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EFFETS DES CONVULSIONS

La violence des convulsions est quelquefois portée au point de produire différents accidents qui méritent d'être mentionnés, quoiqu'ils ne soient pas constants. Les parties convulsées font souvent éprouver des douleurs aiguës qui résultent du tiraillement des fibres musculaires, ou de la com-^

pression des filets nerveux par l'augmentalion de volume et le durcissement du corps musculaire; des ecchymoses, quelquefois très-étendues, d'autres fois limitées à quelques parties du membre convulsé : elles sont l'effet d'une exhalation sanguine dans le tissu sous-cutané, ou de la déchirure de quelques capillaires qui ont laissé extravaser un peu de sang. Cet accident n'est point dangereux. Comme dans les autres ecchymoses, l'absorption du sang rend à la peau sa couleur naturelle. Si pourtant l'épanchement se faisait dans l'intérieur d'un organe , sa gravité augmenterait à proportion de l'étendue du mal et de l'importance de l'organe. Les muscles et les tendons se déchirent et se rompent quelquefois. On a vu même les os se luxer ou se fracturer, et quoique ces cas soient rares, ils n'offrent rien de bien extraordinaire pour celui qui a observé des enfants dans de violents paroxysmes. Lieutaud i a puisé, dans les Mélanges des Curieux de la Nature, l'histoire remarquable d'un enfant de dix ans à qui de violentes convulsions fracturèrent l'humérus et le tibia, et séparèrent le fémur de sa tète. L'es désordres ne sont pas ordinairement aussi grands; ils se bornent quelquefois à courber légèrement les os, et lorsque les accès se répètent souvent, la courbure, augmentant chaque fois, finit par acquérir un degré qui constitue un vice de conformation bien marqué. Le professeur Baumes ^ met l'asphyxie au

I Hlstor. . anatom. med, , tora. ii ., pag. 351. ^ Traité des Convulsions dans l'enfance , pag. 352.

nombre des accidents des convulsions , et il en cite une observation ^.Mais ce qui arrive le plus fréquemment, ce sont les contusions que se fait l'enfant en se heurtant contre les corps durs que ses membres agités rencontrent, ou en se frappant lui-même.

Les convulsions, suivant beaucoup d'auteurs, peuvent dégénérer en épilepsie ^, produire la manie^, l'idiotisme^, la paralysie^, etc.; ils regardent de bonne foi ces maladies comme la conséqueûce de quelques accès. Cette erreur, qui fut pardonnable à une époque où le symptôme le plus apparent était regardé comme la maladie même, ne le

1 Extraite de la Gazette salutaire , année 1776 , n" 16.

2 Les observations m , p. 60 ; vi , p. 68 ; viii , p. 69 ; xi , p. 91 , et xm, p. 9^7, dans le Traité de l'Épilepsie, de Maisonneuve , sont des exemples de convulsions auxquelles ont succédé des épilepsies.

^ Presque tous les aliénés , dit M. Esquirol (Dict. des Scienc. médic. , î. XVI, p. 95) , offraient avant la maladie quelques altérations qui remontaient à plusieurs années, et même à la première enfance ; la plupart avaient des convulsions, des céphalalgies, etc. — Willis , tom. i , cap. V, obs. IV, p. 478 , rapporte l'histoire intéressante d'une jeune fille qui, après avoir eu plusieurs paroxysmes de convulsions interraitlentes , les vit se transformer en accès épileptiques et enfin en manie . kà îit , dit-il , modo ciim furore insaniret , modo cum stupore plané desiperet.

* Gardien , tom. iv. — Tissot , Traité des nerfs , t. iv , p. 214 , cite l'observation d'un enfant qui est resté idiot à la suite de convulsions.

5 On trouve dans l'ancien Journal de Médecine, t. lxxii , année 1787» p. 107, une observation où les convulsions se terminèrent par hémiplégie. — Maisonneuve cite aussi une paralysie du bras gauche avec contraction du membre, succédant à de violentes convulsions chez un enfant de trois ans. C'est la première observation de sa troisième espèce ou épilepsie intestinale. — Boerhaave ( Aphor. 1060) consacre aussi cette conversion des convulsions en paralysie.

serait plus aujourd'hui, grâces aux progrès de Tanatomie et de la physiologie pathologiques. Ainsi, nous savons que ces maladies succèdent aux convulsions ; mais nous savons aussi que les convulsions ne sont alors elles-mêmes que l'effet d'une première maladie , qui continue à être la cause des accidents secondaires. C'est pourquoi nous rejetons ces prétendues conversions des convulsions en une autre maladie. Cependant des crises violentes peuvent laisser dans les muscles une telle mobilité, que l'enfant conserve, pendant un temps plus ou moins long, une sorte de petits mouvements, de tremblement ou d'agitation des membres, qui est indépendante de toute autre affection du cerveau, ainsi que je l'ai vu plusieurs fois.

La mort détruit les spasmes, solvit spasmum: cette maxime d'Hippocrate est vraie sous le rapport des contractions vitales, des roideurs cloniques; mais est-il bien constant, ainsi queCésalpin 1 l'avance , que les cadavres de ceux qui sont viorts de convulsions ne sont jamais tendus^ mais relâchés} J'ai eu plus d'une fois l'occasion de voir persister cette roideur musculaire après la mort. Vésale 2 et Heister ^ ont fait la même remarque ; l'un , sur le côté du front d'un cadavre mort d'une blessure à la tête ; Tautre, sur l'abdomen d'un homme mort de convulsions à l'hôpital de Nurem-

1 Quœstio medîc.^ lib. ii, cap. 46.

2 Chirurg. magn. , l. m , cap. v.

3 Ephemerîd. N. C. , cent, ii , obs. 98 , n° 2,

berg. Morgagni*, en voyant le cadavre d'un prêtre mort subitement, ne craint point d'avancer , d'après la roideur des bras , qu'il a dû avoir des convulsions. 11 ne faut donc pas regarder comme effet exclusif des convulsions la roideur ni le re- Jâchement des muscles après la mort, puisqu'on a remarqué ces deux états sur des personnes qui en étaient mortes, et sur des individus qui avaient succombé à toute autre maladie. Les observations de M. Lallemand ^ éclaircissent la cause de cette différence. Selon lui, si l'inflammation est encore récente au moment de la mort, les membres restent roides, contractés ; si, au contraire, la suppuration ou l'épanchement sont établis, ils restent flasques et flexibles.

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