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I. — Prophylaxie

Notre étude anatomique et étiologique démontre le rôle important de certains facteurs dans la genèse des déviations vertébrales.

Nous devons, en conséquence, indiquer les moyens de prévenir les causes les plus importantes de ces difformités et particulièrement les attitudes vicieuses.

Les conseils pratiques généraux concernant l'hygiène des attitudes peuvent se résumer de la façon suivante :

Faire en sorte que l'action déformante de la pesanteur et du système musculaire sur le rachis ne devienne jamais supérieure aux résistances qu'elle rencontre dans les tissus organiques;

Obtenir que Faction de la pesanteur s'exerce également des deux côtés du rachis ;

Rechercher les moyens de déchargement partiel du poids du corps ;

Eviter le travail exagéré et la fatigue des muscles vertébraux, le surmenage de certains groupes musculaires, d'un côté du rachis, les attitudes relâchées, conséquence de la fatigue musculaire, la répétition fréquente des mêmes attitudes;

Fortifier, par des exercices d'entraînement méthodique et de gymnastique, les muscles régulateurs des attitudes;

Adopter des attitudes symétriques que l'on interrompra fréquemment en évitant l'immobilité qui fatigue tout particulièrement les muscles ;

Varier les attitudes et les mouvements, le déplacement continuel du centre de gravité permettant aux enfants d'échapper aux difformités du squelette, produites par l'action de la pesanteur;

Ne pas permettre aux jeunes enfants du peuple de travailler trop tôt et d'exercer des professions exigeant le déploiement d'une grande force musculaire ;

Interrompre, par des récréations et des exercices physiques, en plein air, les classes dont la durée ne doit pas être trop longue ;

Défendre même les travaux de l'école aux sujets prédisposés.

Toutes les causes prédisposantes aux déviations du rachis, que nous avons étudiées en détail dans notre chapitre Étiologie, doivent être évitées. Nous recommandons surtout d'éviter les attitudes vicieuses dans la position verticale, assise, couchée.

On défendra aux jeunes enfants de marcher trop tôt, de conserver pendant longtemps la position verticale, surtout avec

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hancher unilatéral, de se livrer avec excès aux exercices de gymnastique ou de sport, particulièrement à ceux qui exigent l'usage répété de l'un des membres.

On proscrira absolument les exercices aux appareils de la gymnastique française, les tractions, les. rétablissements et les renversements, qui déforment le rachis.

On signalera le danger de porter les jeunes enfants sur un bras, les inconvénients des chaussures à talons hauts, des vêtements et des corsets mal disposés. On corrigera les difformités des membres inférieurs et particulièrement le pied plat. On surveillera les enfants pendant la position assise, et on leur donnera des sièges, rationnellement construits, proportionnés à leur taille.

Les modèles de siège, à dossier élevé et qui permettent de placer le tronc en réclinaison et de bien soutenir le dos et les

Fig. 130. — Siège et pupitre de Loreuz.

lombes [chaise de B. Roth, de Lorenz (fig. 130), de Staffel, de W. Schulthess], sont excellents.

Ainsi que nos observations nous l'ont démontré, les déviations vertébrales par mauvaise attitude scolaire, qui dépendent en grande partie de l'usage de sièges et de pupitres mal disposés* sont très fréquentes.

D'après nos recherches, le mobilier scolaire doit être construit d'après les indications suivantes :

Les bancs seront proportionnés à la taille des enfants;

Les pieds devront pouvoir appuyer facilement à terre;

La hauteur du siège sera les deux septièmes, et sa largeur le cinquième de la hauteur du corps;

Le siège ne devra pas être trop large. Il sera assez élevér soutenant bien le dos et les lombes ;

Le pupitre ne sera pas trop élevé, incliné à 15° environ, d'une* largeur de 35 à 45 centimètres.

Les meilleurs bancs scolaires sont ceux qui permettent une attitude assise, postérieure, le dos fixe et appuyé en réclinaisan. Cette position évite la fatigue musculaire, les attitudes vicieusesy les efforts d'accommodation des yeux.

La position en réclinaison exige que le pupitre soit rapproché et que son inclinaison augmente d'un nombre de degrés égal à l'angle d'inclinaison du dossier.

Parmi, les principaux bancs d'école que nous avons étudiés dans notre Traité pratique de chirurgie orthopédique, nous citerons les bancs d'école de Wakenroder, de Schreiber et Kleinr de Kuntze (de Chemnitz), de Schenk, de Staffel, de Lorenz, de E. Kuffel, de Ramminger et Stetter.

La table Féret (fig. 131 à 135), à pupitre mobile, est excellente, surtout si le sujet travaille étant debout (fig. 134 et 135).

Le siège recommandé par M. Féret (fig. 131 et 132) est insuffisant, il ne soutient pas le dos; il n'empêche pas de prendre des attitudes vicieuses pendant le travail.

Le mobilier scolaire, en France, laisse à désirer, et sa réforme nous paraît indispensable.

L'écriture anglaise doit, à notre avis, être proscrite et remplacée par Y écriture droite dite bâtarde.

Les cahiers seront placés dans une obliquité moyenne, leur bord inférieur faisant avec le bord de la table un angle de 3(K environ, de façon que, d'après la loi de Berlin-Rembold, la ligne

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de jonction des deux centres oculaires soit perpendiculaire aux traits fondamentaux de l'écriture, la tête se plaçant alors dans la rectitude.

Pendant l'écriture, l'écolier aura une attitude symétrique,

Fig. 131, 132. — Table Féret.

Fig. 133, 134, 135. — Table Féret.

évitant l'avancement d'un des avant-bras et la torsion du tronc. Les jeunes filles devront, en s'asseyant, disposer également leurs jupes sous le siège, de façon à éviter l'élévation du bassin d'un côté.

Les vices de réfraction oculaire des jeunes écoliers seront très soigneusement corrigés au moyen de verres appropriés.

Chez les jeunes filles, on surveillera les attitudes vicieuses pendant les travaux à l'aiguille, pendant les exercices de piano.

On évitera les attitudes vicieuses pendant l'équitation et pendant les exercices de bicyclette. L'usage de la bicyclette chez les très jeunes enfants, surtout si la machine n'est pas proportionnée à leur taille, est, d'après nos observations, la cause d'attitudes vicieuses qui prédisposent aux déviations rachidiennes.

On recommandera de coucher les enfants sur des lits résistants, avec matelas de crin peu épais, bien capitonnés, aussi horizontaux que possible et sans oreillers, en évitant le décubitus sur un côté, et, dans quelques cas, avec un petit coussin bien rembourré au niveau de la région lombaire.

On ne négligera pas enfin de prescrire aux jeunes enfants, après des maladies d'une certaine gravité, au moment de la puberté, surtout aux jeunes filles prédisposées aux déviations en raison de leur état constitutionnel, de leur faiblesse musculaire et de leurs troubles menstruels, l'hydrothérapie, quelques exercices gymnastiques, les bains de mer et diverses préparations pharmaceutiques.

On veillera au bon fonctionnement des organes respiratoires et circulatoires. On traitera l'hypertrophie des amygdales et les végétations adénoïdes qui, d'après nos recherches, sont une cause très fréquente de déformation de la poitrine et de déviations rachidiennes.

La gymnastique, appliquée au traitement des scolioses, comprend une série d'attitudes et de mouvements, scientifiquement réglés, qui ont principalement pour but :

De corriger les attitudes vicieuses du tronc et du rachis ;

D'obtenir une attitude statique inverse de l'attitude pathologique ;

De redresser les courbures vertébrales et de corriger les difformités du thorax ;

D'assouplir les parties molles du côté de la concavité ;

De fortifier les muscles affaiblis ou atrophiés, surtout afin de leur permettre de maintenir le redressement obtenu, soit par la gymnastique, soit par d'autres méthodes;

De mobiliser enfin le rachis scoliotique.

Lachaise, Ling, Nitzsche, Bouvier et Bouland, Screber, Schildbach, Paz, Zander, L.-A. Sayre, Eulenburg, Busch, Behrend, Y. Mosengeil, J.-J. Ilartelius, J. Schreiber, Dubreuil (de Marseille), Daily, M.-B. Roth, J.-B. Reynier, A. Wide, ont décrit les principaux exercices utiles dans le traitement des déviations vertébrales. La plupart de ces exercices sont empruntés à la gymnastique manuelle suédoise, les mouvements d'opposition ou dédoublés et les mouvements doubles concentriques ou doubles excentriques, étant exécutés avec le concours d'aides, sans résistance, s'il s'agit de mouvements passifs, avec résistance, s'il s'agit de mouvements actifs.

Contrairement à quelques gymnastes suédois, nous pensons que la description des exercices qui conviennent au traitement des scolioses doit être séparée de celle des manipulations et dit redressement passif manuel, qui sont de véritables manœuvres de force, surtout destinées à produire l'assouplissement du rachis. Remarquons, cependant, que quelques-unes des positions recommandées dans les manipulations sont utilisées dans les exercices de gymnastique. Très fréquemment aussi, les manipulations sont pratiquées pendant l'exécution active de certains mouvements.

Nous étudions, à part, les exercices de redressement exécutés avec l'aide d'appareils spéciaux [suspension verticale et oblique, suspension latérale) qui, en raison de leur action particulière, sont plutôt du domaine de la mécanothérapie que de la gymnastique.

Les exercices gymnastiques prescrits dans le traitement des scolioses sont extrêmement nombreux. Nous ne décrirons que les exercices que nous avons imaginés, ceux que nous avons empruntés à diverses écoles de gymnastique, particulièrement à l'école suédoise.

Nous passons sous silence les exercices qui sont inutiles ou nuisibles, ceux qui sont basés sur des erreurs anatomiques ou sur de fauses conceptions théoriques, mais que l'on trouve cepen-

dant encore recommandés dans quelques traités de gymnastique et d'orthopédie.

Sans entrer dans le détail de l'effet produit par l'action de chaque 'muscle sur le rachis et sur l'attitude du tronc, nous exposons les exercices qui conviennent aux diverses variétés de scolioses.

La technique de ces exercices doit être basée sur les notions données par l'étude, anatomique, étiologique et clinique des scolioses.

Il faut déterminer avec soin les positions à donner aux sujets, pendant l'exécution des exercices, ainsi que les muscles qui. doivent, par leur contraction, modifier les attitudes vicieuses et redresser les courbures.

Nous n'adoptons point l'opinion d'après laquelle les scolioses sont la conséquence d'un développement rudimentaire du système musculaire ou de l'affaiblissement de quelques groupes musculaires [parésie ou paralysie du trapèze, du rhomboïde, du grand dorsal, du grand dentelé, du côté de la concavité] paralysie du muscle grand dentelé du côté de la convexité (L.-A. Sayre)] ; mais nous pensons qu'il y a intérêt à agir plus spécialement sur certains muscles redresseurs et sur les mucles atrophiés ou affaiblis.

Une étude attentive de chaque cas indiquera les groupes musculaires sur lesquels doit surtout porter notre action.

Sans nous arrêter aux théories erronées sur lesquelles sont basés quelques exercices, faisons remarquer la puissante action des muscles vertébraux sur le rachis. Dans le cas de scoliose flexible, l'expérience démontre que la contraction des muscles fléchisseurs latéraux du rachis produit le renversement, la correction exagérée des courbures.

Il faut surtout agir sur les muscles érecteurs de la colonne vertébrale, sur les muscles fléchisseurs latéraux dorsaux, longitudinaux ou obliques, sur les muscles des gouttières vertébrales, sur le muscle trapèze, grand dorsal, psoas-iiiaque et sur les muscles de l'épaule et du cou.

En dehors de toute idée théorique, nous agissons surtout, par nos exercices, sur les muscles de la convexité, parce que leur contraction est seule capable de redresser l'arc des courbures vertébrales.

Quelques exercices sont destinés à rétablir l'équilibre entre les groupes musculaires antagonistes.

A côté de ces exercices spéciaux, on doit recommander les exercices symétriques, destinés à rééduquer le sens musculaire des scoliotiques, à corriger les attitudes vicieuses, à assouplir les articulations, à agir sur le système musculaire en général.

Nous étudierons donc :

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