PR01’.\GATION LOCALE ET CÉNÉUALISATION DU CANCER
combé dans le marasme , avec tous les signes de 1 infection cancéreuse , et sans que le mal local du sein fût suffisant pour rendre compte de la mort. Nous ne parlerons pas ici des glandes lymphatiques voisines, ni de l intiltration cancéreuse du muscle pectoral, ces altérations appartenant à la propagation directe ; mais voici les organes dans lesquels nous avons rencontré 1 infection : le système osseux avant tout , avec une grande fréquence et une grande variété de manifestations j les glandes lymphatiques superficielles de tout le corps , les voies respiratoires , le foie, les muscles, la peau et les parois thoraciques. Le cancer de l’autre sein appartient a 1 infection tardive , tandis que l’infiltration cancéreuse du sternum et les tumeurs de la partie supérieure de cet organe apparaissent de meilleure heure. Les fractures cancéreuses sont la conséquence de l’infection dans le squelette. Nous y avons observé des cancers secondaires sur le névrilème du nerf médian , à la surface externe de l’artère brachiale, et dans l’intérieur même de la veine cave.
Pour le testicule, lorsqu’il est l’organe primitivement cancéreux , l’infection a lieu dans la moitié des cas. En premier lieu, les tumeurs secondaires apparaissent le long du cordon spermatique , dans le bassin et dans la cavité abdominale. On y rencontre un mélange , pour ainsi dire , des phénomènes de l’infection et de l’irradiation , les premières tumeurs nées de l’irradiation cancéreuse pouvant à leur tour porter plus loin cette irradiation, et former ainsi une chaîne non interrompue entre des tumeurs très éloignées dans la cavité abdominale et la tumeur primitive. Le dépôt cancéreux dans les glandes lymphatiques de l’aine appartient aussi à l’irradiation, tandis que les dépôts secondaires dans les poumons, le foie, les reins et le cerveau, sont plus franchement dus à l’infection.
En thèse générale, les organes parenchymateux riches en vascularité, le foie d’abord et les poumons ensuite, sont des foyers fréquents d’infection de ces dépôts secondaires. Le système lymphatique et les os y sont aussi fortement disposés. Mais comme il y a dans ce rapport de grandes différences selon les organes primitivement atteints , nous en parlerons avec détail dans les chapitres spéciaux.
Le cancer de l’estomac est également presque toujours primitif, et ce n’est que rarement et exceptionnellement que le cancer d’un autre organe l’atteint de dehors en dedans. L’infection générale de 1 économie existe dans les quatre cinquièmes des cas. Les parties ambiantes de l’estomac en ress(Mitent les premières atteintes. Ainsi, les premiers dépôts secondaires se trouvent dans le foie, dans les
S-i IIISTOIRIÎ r.KNKRAI.K DU CANCKH.
glandes im''senti‘riquC‘S , dans les ('•piploons. Viennent ensuite les glandes lymphatiques de l’abdomen , le péritoine, le pancréas. Le système osseux, les poumons, le cerveau, les glandes lymphatiques superficielles et les autres organes éloignés en général, ne se prennent que par l’infection tardive ; car on pourrait distinguer encore dans cette infection générale celle qui est précoce et qui se fait dans le voisinage de l’organe malade, et celle qui est tardive et se montre dans les points plus éloignés de l’économie.
Le cancer des intestins a présenté l’infection aussi dans la moitié des cas. Elle a été généralement bornée aux organes abdominaux, à la surface externe des intestins, au péritoine avec tous ses replis, aux glandes lymphatiques, aux organes du bassin. Dans le cancer du foie, l’infection a existé dans les trois quarts des cas, et quoique de prime abord multiple, il ne s’en est pas moins formé de nombreuses tumeurs dans tout son voisinage, dans le péritoine, à la surface externe de l’estomac, et dans les organes plus éloignés, tels que les ovaires , le cœur et les poumons. Dans le cancer du péritoine , l’infection existait dans la moitié des cas ; elle a été notée dans le foie, dans le pancréas, dans les glandes du bassin, à la surface et entre les tuniques de l’estomac et des instestins , et même j dans les poumons. Dans le cancer primitif des glandes lympha- i tiques, nous avons également vu la multiplicité dans les trois quarts | des cas, localisée presque toujours dans les diverses parties du système lymphatique. Les os, dans leur cancer primitif, nous ont offert l’infection dans les dix treizièmes des cas. Quatre fois, la multiplicité se bornait aux divers os du squelette , et six fois les os et les parties molles étaient à la fois le siège de cancers secondaires. Parmi les parties molles , c’étaient les glandes lymphatiques , les reins , le foie , la rate , les plèvres , la peau , le tissu cellulaire des cavités splanchniques et du système veineux; c’est, après le cancer i du sein , la localisation dans laquelle l’infection est la plus mul- j tipliée et la plus étendue. Dans les centres nerveux, l’infection avait été constatée dans un tiers des cas ; pour l’œil , dans les quatre neuvièmes : abstraction faite des cas d’irradiation cancéreuse étendue , les organes secondairement atteints étaient également éloignés. Le cancer mélanique y était, comme pour la peau, la forme ; la plus infectante. Dans le cancer primitif des reins , l’infection a existé dans les sept douzièmes des cas, occupant les organes abdominaux et thoraciques. Nous allons donner le tableau comparatif de l’infection dans le cancer primitif de tous ces divers organes, et nous
AI;rÊKATlO^S NON CANCÉlUiüSES CÜU LES CANCÉUEUX. 85
I dirons dès à présent que le chiffre moyen de l’infection générale avec {formation de tumeurs cancéreuses secondaires est de 0,56, c est-àsdire, de près des trois cinquièmes.
Cancer des os 0,77
Cancer du foie 0,75
Cancer des glandes lymphatiques 0,75
Cancer du sein 0,74
Cancer des reins 0,58
Cancer de l’estomac 0,57
Cancer du testicule 0,50
Cancer des intestins 0,50
Cancer du péritoine 0,50
Cancer de l’œil 0,45
Cancer de l’utérus 0,33
Cancer du cerveau 0,33
§ IV. Des altérations non cancéreuses que l’on observe chez les cancéreux.
L’habitude extérieure du corps et l’aspect général des tissus attirent hvant tout notre attention, et nous y trouvons encore la confirmation ipleine et entière de notre manière de nous rendre compte dudépérisseiment cancéreux que nous regardons, du reste, comme dépourvu tout iià fait de caractères spécifiques et comme étant dû essentiellement à une atteinte profonde de la nutrition en vertu de laquelle le sang, par j l’augmentation de l’agent cancéreux, est devenu incapable de nourrir
Îles organes. La masse du sang lui-même est ordinairement en petite quantité en comparaison de celui des cadavres qui succombent dans ijun bon état de nutrition ; il est liquide ou mollement coagulé, n’offrant jguère dans le cœur ces caillots denses et fibrineux que nous obserù'ons si souvent dans d’autres circonstances. L’analyse chimique tnous a démontré sa pauvreté en globules et sa richesse en parties »: aqueuses. Des coagulations spontanées ont souvent lieu dans pluusieurs parties du système veineux, et surtout dans les veines des I membres. Ces caillots sont ordinairement intimement adhérents aux c parois épaissies des vaisseaux, et constituent ce que l’on a décrit sous ^ le nom de phlébite adhésive, dont la conséquence est l’œdème partiel d un membre supérieur ou inférieur, dû souvent aussi à la com- ^ pression des veines par des tumeurs cancéreuses, sans qu’il y ait i oblitération de leur calibre. L’infiltration plus générale est ordinai- ' rement aussi en rapport avec la compression veineuse : c’est ainsi que le cancer du foie provoque fréquemment l’ascite , tandis que le
UISTUIRK GÉNÉRALK DU CANCER.
cancer des glandes lymphatiques du bassin ou des ovaires provo(j[Ue de préférence l’oedème des membres inférieurs.
Lorsque l’enflure hydropique ne vient pas masquer l’état de l’embonpoint, on trouve ordinairement ces cadavres réduits au dernier degré de marasme, et nous n’avons rencontré d’exceptions à cette règle générale que chez les malades. qui mouraient d’une affection intercurrente ou d’une opération à une période peu avancée de la maladie, ou lorsque le cancer était localisé de telle façon que les plus importantes fonctions de la vie fussent gravement compromises, comme, par exemple, pour une tumeur cancéreuse de la protubérance annulaire ou pour des cancers multiples primitifs et volumineux dans les poumons. L’émaciation et le mafasme extrême sont donc la règle générale. Il y a décoloration des tissus, surtout de la peau, qui n’off^re la teinte ictérique que quand un obstacle quelconque s’est opposé à l’écoulement de la bile. La teinte de la peau est tantôt celle de la décoloration purement anémique lorsque de grandes pertes sanguines ont précédé la mort , tantôt la teinte d’un blanc jaunâtre que l’on a désignée sous le nom de jaune-paille et que l’on a regardée à tort comme spécifique du cancer. Les muscles sont très amaigris, mous et faciles à rompre. Les os également sont très amincis et beaucoup plus fragiles qu’à l’état normal , ce dont on peut se convaincre pendant l’autopsie en ouvrant le crâne. Cette fragilité des os est indépendante tout à fait des dépôts cancéreux secondaires. Les organes parenchymateux contenus dans les cavités viscérales sont ordinairement exsangues, à moins d’être le siège d’une hypérémie inflammatoire accidentelle, point sur lequel nous reviendrons plus loin. Le cœur est bien souvent d’une mollesse, d’une petitesse et d’une flaccidité remarquables. Il n’est pas rare enfin de trouver une pneumonie terminale à l’autopsie, sans que pendant la vie on ait pu la reconnaître et sans que des dépôts secondaires flans la cavité ^ thoracique aient pu la motiver.
Jetons à présent un coup d’œil sur les altérations non cancéreuses de l’organe cancéreux. Il est impossible de formuler une règle générale. Il n’y a de constant que la disparition des tissus organiques à la place même que le cancer occupe ; mais quant au reste de l’organe, il peut avoir conservé en grande partie ses qualités naturelles, il peut avoir notablement augmenté de volume et être vraiment hypertrophié, ou être raréfié et atrophié, être le siège d’une hypérémie, d’une inflammation exsudative, ou d’un épanchement hémorrhagique à divers degrés d’intensité. Nous allons citer quelques exemples pour montrer
ai.terations non cancéreuses chez les cancéreux.
r la variété de ces altérations secondaires. Dans le cancer de 1 utérus,
I le col est souvent tellement rongé qu’il ne reste qu’une partie du corps ;
5 d’autres fois il est généralement infiltré de matière encéphaloide et offre i en tous sens le double et le triple de ses dimensions normales ; sa cavité alors est notablement élargie et recouverte à sa surface interne d’un muco-pus d’origine inflammatoire lorsque la muqueuse utérine est encore conservée. Le tissu de l’uté'rus dans beaucoup d’endroits a complètement dispara, et là où il persiste, il est mou et friable. Deux fois nous avons noté l’existence d’abcès multiples dans 1 utérus cancéreux, et une fois ces abcès renfermaient de nombreuses filaires. Dans le cancer des ovaires nous avons trouvé la partie non cancéreuse ratatinée ou atteinte au contraire d’une hypertrophie spongieuse et É comme caverneuse ; de plus, tous les auteurs qui ont observé le cancei des ovaires ont noté sa complication avec un développement kysteux considérable. Dans le cancer du sein , nous avons été frappé de la disparition totale du tissu glandulaire partout où le cancer était déposé, et dans son voisinage le reste de la mamelle avait la tendance la plus prononcée à s’atrophier. Les conduits galactophores seuls résistent. Des kystes se rencontrent quelquefois au milieu du tissu encéphaloïde. Nous y avons plusieurs fois trouvé une infiltration ou li une collection purulente, et dans des cas plus rares des concrétions i d’apparence ostéoide, mais non formées de vrai tissu osseux. Dans le sarcocèle , on cherche quelquefois vainement les traces du testi-
icule, et d’autres fois on le rencontre à la surface de la tumeur presque intact et accusant encore fort bien au microscope ses conduits séminifères, mais on n’y observe point dans ce cas de travail hypertroi phique. Dans le tube digestif, le cancer un peu avancé provoque ordinairement un travail inflammatoire dans la muqueuse ambiante i qui favorise l’ulcération , en outre un rétrécissement plus ou moins n notable, et ^u devant de ce rétrécissement une dilatation avec hyperf trophie des tuniques portant essentiellement sur la tunique musculaire. i Cependant, dans le cancer de l’estomac nous trouvons la cavité de cet ' organe quelquefois extrêmement diminuée. Les portions situées au- ‘ dessous d’un rétrécissement dans le tube digestif sont ordinairement 1 atrophiées. La distension au-dessus et le travail ulcéreux au niveau > de ces cancers engendrent ces communications anormales que nous ' décrirons avec beaucoup de détails dans les chapitres spéciaux. Le ; cancer du foie provoque une augmentation notable du volume de cet organe , qui remplit quelquefois la cavité abdominale presque en entier; cependant dans un cinquième de nos observations, cet en-
IllSTOlUJÎ CiliNEKAlÆ UC CA.NCKU.
gorgement a manqué, et plusieurs fois le volume était au-dessous du volume normal. Lorsque le cancer siège dans la vésicule du fiel la formation des calculs biliaires est constante. Que le foie soit augmenté de volume ou non, son tissu est toujours mou et friable Le péritoine cancéreux subit rarement un épaississement notable et étendu ; le cancer y a, par contre, presque toujours pour conséquence une affection inflammatoire de cette membrane séreuse, des épanchements séreux ou purulents, des abcès circonscrits , etc. Dans le cancer cutané on constate quelquefois une hypertrophie des glandules et des papilles autour des dépôts cancéreux, et un observateur inattentif croit alors avoir affaire à une tumeur mixte. Dans le cancer des os nous observons tantôt une hypertrophie et une véritable hypérostosie, surtout lorsque le cancer siège dans le voisinage du périoste, tantôt une atrophie telle, que le tissu compacte peut devenir d une minceur presque transparente et que le moindre effort en produit la fracture. Dans le cancer cérébral , nous observons une plus grande intégrité de l’organe , lorsque la tumeur se développe du côté de la surface et perfore les os du crâne , tandis que quand elle reste concentrée dans le voisinage de la pulpe cérébrale , elle y provôque une compression , un ramollissement simple ou inflammatoire , une altération quelquefois comme gélatineuse, des épanchements séreux dans les méninges et les ventricules , et pendant les derniers temps de la vie elle peut provoquer une méningo-encéphalite promptement mortelle. Dans le cancer de l’œil , nous observons souvent une altération des membranes superficielles qui se termine plus tard par une hypertrophie simple ou fibro-plastique ; les parties directement comprimées disparaissent par usure , et dans l’intérieur de l’œil surtout nous observons plutôt l’atrophie des parties normales , sans produit phlegmasique , tandis que des altérations bien plus diverses , atrophie, hypertrophie, phlegmasie à divers degrés, se rencontrent dans les parties extra-oculaires. Dans les reins, un état d’hypérémie et des épanchements sanguins s’observent dans les parties non encore atteintes de la substitution cancéreuse, tandis que les calices et le bassinet sont plutôt le siège d’une inflammation catarrhale ; lorsque la maladie a fait de grands progrès, on ne reconnaît presque plus la structure primitive de la glande. Le cancer de la vessie , qu’il soit infiltré ou sous forme de champignon , provoque ordinairement un état inflammatoire de la muqueuse et un état hypertrophique de la tunique musculaire. Dans le cancer des poumons , enfin , que nous choisissons comme dernier exemple , on rencontre autour des dépôts
U/rEKAÏlONS iNOiN CAiNCKUEUSES CHEZ LES CANCEKEUX.
1 cancéreux l’état le plus varié du tissu pulmonaire : son altération J est presque nulle lorsqu’on a affaire à un semis cancéreux secondaire ; I mais lorsque les tumeurs sont essentielles, on peut y trouver des i altérations phlegmasiques, hémorrhagiques, gangréneuses, des obli- 1 térations vasculaires , la dilatation ou la disparition des ramifications bronchiques.
Un des caractères les plus fréquents du cancer est de faire contracter à l’organe qui en est primitivement atteint des adhérences avec les parties ambiantes , adhérences au moyen desquelles la propagation du cancer est singulièrement facilitée. C’est ainsi que les organes abdominaux et ceux du petit bassin entraînent les or- ^ ganes même placés aune certaine distance dans la propagation irradiante par l’intermédiaire du péritoine. La glande mammaire cancéreuse, en infiltrant le sternum, auquel elle finit par adhérer, est souvent ainsi en connexion directe avec les tumeurs cancéreuses du médiastin, après que le tissu cellulaire et les muscles pectoraux sont devenus de plus en plus adhérents à la glande malade, et c’est de proche en proche que l’infiltration cancéreuse a gagné le sternum , pour former ainsi des tumeurs irradiantes à sa face postérieure. C’est au moyen de ces adhérences que le cancer de l'estomac se propage j au foie et aux épiploons, que le cancer du foie peut atteindre le rein j ou la rate , que le diaphragme devient secondairement cancéreux
par l’affection primitive de plusieurs organes abdominaux ; que les communications les plus anormales s’établissent, comme celles que nous avons vues, entre l’estomac et le côlon, entre l’œsophage et la ^ trachée-artère , entre le rectum et la vessie. Ces adhérences , qui Il jouent un rôle si important dans l’extension du cancer, sont à la fois I la cause et l’effet de la substitution progressive : la cause, en ce a sens qu’elles rapprochent les parties distantes ; l’effet , par le trau vail de phlegmasie adhésive auquel elles doivent leur origine, et U qui lui-même a été provoqué par la compression et l’état d'hypén rémie dans lequel un tissu accidentel diffus et toujours croissant entretient nécessairement les parties qui l’entourent, f Parmi les altérations non cancéreuses plus éloignées , nous ctte- T rons les affections subinflammatoires des diverses portions du tube - digestif, de 1 estomac, de l’intestin grêle et des gros intestins ; et nous constaterons de nouveau le fait, que toute altération profonde de la nutrition réagit sur la circulation générale dans les parties • même les plus éloignées du siège primitif de la maladie. Nous sommes de plus en plus frappé de la fréquence de ces inflammations
90 IllSTOlUE (iÉNÉIlALE DU CANUEH,
secondaires qui accompagnent le dépérissement. Les organes digestifs en subissent une atteinte plus lente et h.âtent d’une manière moins prononcée la fin du malade; la phlegmasie pulmonaire, au contraire, tout en arrivant plus tardivement , entraîne bien plus vite la mort du malade. Quant à la stomatite et à la pharyngite pultacée, ainsi qu’à la phlébite adhésive, si tant est que ce soit une phlébite et non une simple conséquence de la coagulation du sang et de l’oblitération, elles tiennent également à la même cause générale, mais elles ont bien moins d’importance par rapport à la marche de la maladie. Nous avons vu que les épanchements séreux ou phlegmasiques n’é- { taient pas rares dans le voisinage des organes cancéreux; mais en ! outre il existe une prédisposition générale aux épanchements séreux I dans les grandes cavités. Nous passons rapidement sur toutes ces ! altérations pour ne pas tomber dans des répétitions inutiles , vu que i nous serons complet sur tous ces points dans la partie spéciale de ' cet ouvrage. Nous mentionnerons enfin la fréquence des tumeurs fibreuses de l’utérus dans les autopsies de femmes qui ont succombé , : aux localisations les plus diverses du cancer. |
Il nous reste un dernier point sur lequel nous devons nous étendre un peu plus longuement : c'est la coexistence des tubercules pulmonaires et du cancer.
C’est dans l’école de Vienne qu’on a le plus insisté sur cette espèce de loi d’exclusion entre diverses maladies , et qu’on a surtout formulé l’incompatibilité entre le tubercule et le cancer, incompatibilité signalée, du reste, déjà par Bayle. D’un côté, on se fondait sur l’ob- î | servation directe ; d’un autre côté , on y appliquait la théorie des , j crases en vertu de laquelle les maladies appartenaient à des constitutions diverses du sang, selon que la partie aqueuse, l’albumine ou j 1 la fibrine y dominaient , division arbitraire , du reste , et dans la- i ' quelle l’examen à l’œil nu avait seul fixé les termes de comparai- I son. D’après cette théorie qui a fait un certain bruit pendant plu- | sieurs années en Allemagne, et qui est abandonnée aujourd’hui, on ^ I avait placé le tubercule dans la crase fibrineuse et le cancer dans I la crase albumineuse, et comme ces deux crases ne devaient pas se ^ I rencontrer ensemble chez le même malade, les maladies qui en découlaient devaient s’exclure. Nous ne pouvons accepter ni le fait j d’observation ni l’explication, et nous ne réfuterons pas la théorie j des crases, car nous n’avons pas l’habitude de combattre des om- ! bres , qui n’ont pas même la chance d’être un jour des revenants. ! | Quant à l’observation, la nôtre est contraire à cette loi d’exclusion. '
VLTKKATKt.NS NON CANCÉttKÜSES CUEZ LES CANCÉREUX.
Nous abanclormons volontiers la coexistence du tubercule avec le , cancer dans la même tumeur, et nous avons meme longuement exposé les caractères du tissu que nous appelons phymatoide, et qui, ressemblant au tubercule, n’est cependant qu’une infiltration granu- I leuse ou graisseuse, avec ou sans mélangé fibrineux, offrant parfois i un certain degré de dessèchement, mais étant toujours et primitivement ! de nature cancéreuse, et il est certain que le cancer ne peut pas devenir I tubercule en se détériorant. Nous avons eu soin, dans toutes nos re- 1 cherches , de distinguer le tubercule ancien , crétacé , desséché pour i ainsi dire, de l’affection tuberculeuse récente, se manifestant par des :• granulations grises ou jaunes, par du tubercule infiltré, cru ou ra- ,v molli, par des cavernes de date récente. Nous ne faisons nullement ( entrer en ligne de compte les tubercules anciens, car on sait aujour- \ d’hui qu’on en trouve des traces dans toute espèce d’autopsie. Mais ■4 quant aux tubercules récents, nous n’allons évidemment pas trop loin, en disant qu’on en rencontre assez souvent dans les affections can- 1 céreuses, pour que nous ne puissions pas admettre cette incompatij bilité. En voici quelques exemples : sur 45 autopsies de cancer utérin, ( nous avons trouvé 13 fois des tubercules en général, dont 5 fois des (1 tubercules évidemment anciens et guéris , 6 fois des tubercules de ' peu d’étendue et n’ayant pas les caractères certains de la date récente,
: mais 3 fois des tubercules récents d’une manière nullement douteuse, i; Sur 34 autopsies de cancer de sein , nous avons trouvé 2 fois des ! tubercules récents. Sur 9 autopsies de cancer de l’œsophage, nous ’ avons vu 2 cas de tubercules tout à fait récents. Sur .57 cas de cancer
■ de l’estomac, nous avons trouvé 5 fois les tubercules anciens et 5 fois « les tubercules évidemment récents. Sur 13 autopsies de cancer des os, ■i' nous avons encore eu 2 cas de tubercules anciens et 2 cas de tubercules
■ évidemment récents. Nous voyons donc ici la fréquence osciller entre
■ un cinquième et un dix-septième, et nous arrivons à la somme totale . de 15 cas de tubercules sur 173 autopsies, ce qui fait 8,16 pour 100,
1 en éliminant les tubercules anciens . Mais en faisant encore une concession, en regardant cette fréquence plus grande comme dépendant de circonstances accidentelles, comme due à ce que nous avons recueilli la plupart de nos observations à Paris et dans les hôpitaux, où les tubercules sont très fréquents, nous n’irons certainement pas trop loin en établissant comme règle générale qu’une tuberculisation récente et encore progressive se rencontre au moins dans un vingtième des cas chez des cancéreux , car nos relevés fournissent même la proportion d’un douzième. Or, lorsqu’on tient comqite du fait que l’af-
IIISTUIIIL (.KNÉllALii DU CANCEH.
fectioii tuberculeuse est beaucoup plus fréquente pendant la jeunesse qu il un âge plus avancé, qu'atteignant en moyenne un sixième des populations, ce sixième doit évidemment être réduit à un quinzième, un dix-huitième et même au delà, pour ceux qui dépassent 40 ans, époque à laquelle le cancer devient très fréquent; en tenant compte, disons-nous, de ces faits, les cancéreux nous paraissent tout aussi disposés à devenir tuberculeux que les individus du même âge qui ne sont pas atteints de cancer. Seulement il nous a semblé que les cancéreux devenaient bien plus facilement tuberculeux que les phthisiques ne deviennent cancéreux , cas en effet fort rare et dont nous n’avons point encore observé d’exemple.
§ V. De la fréquence comparative du cancer dans les divers organes.
Il va sans dire que nous ne parlerons ici que du cancer primitif. La science possède peu de bons matériaux sur cette grave question, parce qu une statistique de ce genre n’a de valeur que lorsqu’elle est faite avec un soin extreme , et toujours en vue des proportions avec la mortalité générale et la mortalité cancéreuse en particulier. Nous communiquerons à ce sujet plus loin le résultat de nos propres observations ; mais nous déclarons dès à présent qu’il ne peut avoir aucune valeur statistique, vu qu’il a été fait en dehors de tout but statistique proprement dit, au moins par rapport à la question de la fréquence comparative dans les divers organes. Bien au contraire, nous avons cherché plutôt à recueillir de nombreuses observations sur les maladies cancéreuses rares et dont l’histoire anatomique et pathologique était encore obscure.
Il y a une statistique sur la fréquence comparative qui a été reproduite par beaucoup d’auteurs et qui a ébloui bien des observateurs par ses chiffres à la fois élevés et très divisés, répartis surtout sur des organes nombreux. Ce tableau se trouve dans l’ouvrage de M. Tanchou (1). Cette statistique, qui se rapporte à 9,118 cas, est tirée des registres de l’état civil du département de la Seine, de 1830 à 1840. Nous allons d’abord reproduire ce tableau, si souvent cité, pour indiquer ensuite les raisons pour lesquelles il n’a pas pour nous une grande Valeur dans la question de la fréquence comparative du cancer dans les divers organes.
(l) •). Fatichou , lU’c/tcrchrs sur le tniitciueul médical des lumeurs du sein. Paris, 1844, p. 268 à 260.
FIIEQUENCR COMI'ARaTIVR DU CANCER DANS LES ORC.ANES,
Pour l’utérus
L’estomac
Lo sein, chez la femme. .
Le foie
Le rectum
Dans l’abdomen
Les intestins
La vessie
La face
Le mésentère
L’ovaire
La langue
L’œil
La mâchoire
Le cerveau
Les testicules
Les lèvres
Le vagin
La rate
L’anus
L’œsophage
Le cou
La joue
Le nez
La bouche
La cuisse
Le pénis
La jambe
Le thorax
L’aisselle » . .
La glande thyroïde
Le scrotum
La région inguinale. . . .
Le poumon
Le côlon
La tête
Le cœur
Le bras
L’épiploon
La prostate
La mamelle, chez l’homme.
La main
Total, . 8214
Report.’ .
Le front
L’épaule
La gorge
L’oreille
Le pharynx
L’avant-bras
Les reins
Les parotides
Les amygdales
Le larynx
Le palais
La tempe
Le menton
Le dos
Le pancréas
La fosse iliaque
Le cæcum
La vulve
L’ombilic
La hanche
Le crûne
Le cervelet
L’os ethmoïde
L’orbite
La rétine .
L’apophyse mastoïde. . . .
La nuque
Le sternum
La plèvre
Le péritoine
Le jéjunum
L’iléon.
L’urètre, chez la femme. .
Le périnée
L’omoplate
L’os des iles
Le bassin
Le sacrum
La fesse
Cancers sans désignation d’organes
Total. , 911 8
^ ® occupé de statistique médicale , on sait qu’il est
très difficile de fixer le diagnostic dans chaque cas particulier et nue cela ne se peut, lorsqu’il s’agit de statistique mortuaire , que si les autopsies ont été faites avec le plus grand soin. Or, dans les regis-
HISTOIRE OENÉRAIÆ DU CANCER
très (le l’état civil l’indication de la cause de la mort n’est, en aucune façon, baséci sur l’autopsie. Comment distinguer, par exemple , si les 186 individus notés pour le cancer dans l’abdomen, les 66 pour le cancer du mésentère, les 61 pour le cancer de l’ovaire, les 22 pour le cancer du cerveau, étaient réellement atteints de cancer?
Si nous additionnons le chifïre des cancers superficiels de la peau ou des membranes muqueuses, accessibles à la vue, nous arrivons au chiffre de 251 , dans lequel évidemment la distinction entre le vrai cancer et le cancroïde n’a pas été établie. On sait qu’en outre on peut confondre dans tous les organes le cancer avec les maladies les plus diverses, lorsqu’on n’a pas des connaissances approfondies en anatomie pathologique en général, et en particulier en ce qui concerne le cancer. Or il est de la plus grande invraisemblance que les visiteurs des morts aient mis cette précision dans leur travail. L’auteur lui-mênie ne paraît pas môme se faire une idée nette de ce que c’est que le cancer. En tout cas, il interprète, il accepte avec trop de légèreté les passages des auteurs anciens et les observations des modernes. Déjà dans la première page de l’introduction, nous lisons qu’Hérodote rapporte qu’Atossa , fille de Cyrus et femme de Cam- • byse, fut guérie, sans opération, d’un cancer au sein par Démocède. j J’ai recherché ce passage dans Hérodote. L’histoire n’entre dans aucun détail sur la maladie d’Atossa et la désigne sous le mot vague de cpvixâ (1). Or on sait très bien que ce mot signifie tout simplement j grosseur^ et qu’une grosseur peut être tout aussi bien un abcès , un engorgement inflammatoire, qu’une véritable tumeur, et comme le ^ cancer n’était pas plus curable dans 1 antiquité que de nos jours , la guérison de cette grosseur sans opération prouve clairement qu il ne | s’agissait nullement d’un cancer. L’auteur cite ensuite 89 cancers du sein guéris sans opération , et parmi les moyens curatifs il j indique la gangrène, la carotte, le remède de Pissier, la métastase.
Ces observations elles-mêmes devraient être mises entre les mains de tous les élèves pour leur 'apprendre de quelle manière il ne faut pas observer. Nous en citerons un échantillon. Nous trouvons à la page 152 le titre d’une observation .• Cancer ulcéré guéri par le suc gastrique. Cette observation se termine (pnge 154) en ces termes :
» Peu de temps après , nous apprîmes que son cancer avait repris » sa progression et la fit bientôt périr. » La malade est donc morte
(I) Ce n’est que de nos jours qu’on a donné à ce mot la signification da tubercule en anatomie pathologique.