‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 13 sur 113 · DE LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE DU CANCER · texte numérisé non relu

DE LA PATHOLOGIE GÉNÉRALE DU CANCER

§ Symptomatologie.

Nous passerons un peu plus rapidement sur cette partie de notre travail, vu qu’il y aune si grande différence de manifestation patho-

UISTOIUE UÉNÉKALE DU CANCER.

logique du cancer, selon les organes où il a son siège, que les généralités en doivent naturellement être plus restreintes. Nous allons donc esquisser les traits principaux seulement de la symptomatologie générale, en renvoyant pour plus de détails à la seconde partie de ce livre.

La santé antérieure des malades dont nous avons recueilli l’observation avec soin n’offrait, chez la plupart, rien qui pût paraître avoir un rapport direct avec l’apparition du cancer. Elle était généralement bonne, ou offrait des dérangements tout à fait indépendants de la maladie qui allait se développer ; un fait certain est que nous n’avons jamais pu découvrir la cause du cancer dans une maladie antérieure, dont il pût être considéré comme une simple transformation. C’est ainsi que dans les cas nombreux de cancer de l’estomac et de l’utérus qui nous ont passé sous les yeux, ni la gastrite, ni la métrite, n’ont été le point de départ du dépôt cancéreux. Nous n’avons pas vu davantage un ulcère simple devenir un ulcère cancéreux. En un mot, nous rejetons aussi formellement la transformation dans la pathologie du cancer que nous l’avons rejetée dans sa nature anatomique. Le cancer apparaît au milieu d’une santé bonne ou passable, comme une maladie indépendante et constituant toujours , dès son début , une maladie tout à fait nouvelle; il n’est ni la transformation , ni la terminaison d’aucune autre maladie.

Le cancer n’a point de prodromes, il n’a point de période d’incubation, et si dans les affections tuberculeuses il n’est pas rare de voir un mauvais état général précéder les manifestations locales, rien d’analogue ne s’observe dans le cancer. Bien au contraire, le début est souvent latent, et lors même qu’on peut le ramener à l’apparition précoce d’une tumeur ou de l’engorgement d’un organe, pendant longtemps encore l’état général reste à peu près intact. Qui n a pas été frappé de l’aspect de bonne santé qu’offrent dans les hôpitaux et dans la pratique la plupart des malades qui viennent de bonne heure réclamer l’opération pour une tumeur cancéreuse? L appréciation de tout ce qu’on observe dans le début indique clairement que le cancer apparaît dans le principe comme un mal bien localisé , que l’on pourrait regarder même comme un mal tout à fait local, si la marche de la maladie ne démontrait point que cette stricte localisation du début est déjà le reflet d’une disposition générale, d’une véritable diathèse. Avant d’aller plus loin, nous ferons remarquer qu’on a souvent confondu la diathèse et la cachexie cancéreuse. Nous réservons le terme de diathèse pour la disposition première

SYMrTOMATOLOGlB.

aux dépôts locaux. Quant au terme de cachexie^ nous nous en servirons rarement, vu que le fait physiologique auquel il répond est, comme nous avons cherché à le démontrer, une véritable infection dont l’effet pathologique est un dépérissement, une altération crois- ! santé de la nutrition qui n’a rien de spécifique ni de spécial , mais : qui doit être très soigneusement distinguée de la diathèse, qui est le ■? premier anneau de la chaîne dont le dépérissement est 1 anneau " terminal.

3 En parlant du début, nous rencontrons dès à présent une différence (I de manifestation qui est assez générale, celle qui existe entre le cancer ) superficiel, celui des organes internes, et celui qui fait le passage pour 8 ainsi dire entre les deux, tel que le carcinome des cavités qui s’out vrent directement au dehors. Dans le cancer tout a fait superficiel, t tel que nous l’observons dans la peau, le système osseux, 1 œil etl or- * bite, c’estpar l’apparition d’une petite tumeur que le début s annonce.

) Cette petite grosseur initiale souvent attire assez peu 1 attention pour que les malades la laissent grandir sans presque s’en inquiéter.

i Quant à la douleur, à l’accroissement de la tumeur, à son extension

ii diffuse, etc., tout cela appartient à une période plus avancée de la U maladie. Des troubles fonctionnels ne s’observent guère au début, à ( moins que le cancer n’ait son siège dans le fond de l’œil , où dès le i début il trouble la vision, ou dans quelques points du squelette voi- ' sins d’une articulation , dont les mouvements peuvent alors être

gênés de très bonne heure. Dans le cancer interne au contraire, tel ; que nous l’observons dans l’estomac, les intestins, le foie, les reins,

■ le cerveau, l’apparition d’une tumeur est tout ce qu’il y a de î plus latent au début. Les troubles fonctionnels même peuvent manquer pendant les premiers temps ; mais toujours est-il que c’est 1 par ceux-ci que l’attention du praticien est attirée en premier lieu ! sur l’organe malade. On observe par exemple, au début du cancer de l’estomac, des troubles dans les fonctions digestives, des douleurs qui apparaissent de bonne heure, une diminution de l’appétit qui va bientôt jusqu’à l’anorexie, des nausées qui seront plus tard suivies de vomissement, un malaise général et habituel. Dans les intestins, des douleurs sourdes, vagues ou localisées dans l’abdomen, de la rénitence, des altérations dans les garde-robes, constipation ou diarrhée, montrent qu'une partie des intestins est malade, sans qu’il soit cependant possible de préciser à cette époque la nature ou le siège exact de la maladie. Dans le cerveau, des troubles variés de la sensibilité, des sens, de la motilité et de l’intelligence fixent l’atten-

IllSromK GÉNÉRALE DU CANCER,

lion sur cet organe. Dans les cancers qui se trouvent sur la limite entre la surface et l’intérieur du corps, tels que la bouche, l’œsophage, la matrice, le vagin, la vessie, on a ordinairement les deux caractères ; l'engorgement local dont on constate l’existence par la vue, par le toucher ou en sondant, et les troubles fonctionnels peutêtre plus marqués encore; si c’est l’arrière-bouche, c’est une gêne croissante dans la déglutition et des douleurs sourdes qui apparaissent de bonne heure ; si c est la vessie, des malaises divers et des altérations dans la qualité des urines, ainsi qu’un changement dans kur mode d’émission, fixent le début. Le cancer de l’utérus est peutêtre celui qui a les manifestations initiales les plus variées, des pertes utérines, des pesanteurs hypogastriques, des douleurs au bas du sacrum, en général des douleurs vagues et variées, de la pesanteur sur le fondement, un écoulement blanc ayant quelque tendance à la fétidité, etc. En résumé, le début des affections cancéreuses en général n a rien de pathognomonique. Une connaissance approfondie de la pathologie de ces maladies peut faire diagnostiquer de bonne heure comme cancéreuse une tumeur superficielle et externe ou une affection commençante de l’estomac, de l’utérus, etc. Mais en thèse générale, le début fournit plutôt une preuve de la simple localisation du cancer, et sert bien plutôt à fixer la durée et la marche totale qu’à faire préciser la spécificité du dépôt local, quoique dès cette première période 1 examen anatomique y démontre déjà les mêmes éléments que dans le cancer le plus avancé.

Nous ne parlerons pas dans ce moment des périodes diverses que 1 on a assignées aux maladies cancéreuses. Nous y reviendrons plus loin à l’occasion de la marche et de la durée du cancer. Nous allons passer en revue les signes physiques et les signes physiologiques de la maladie. Dans cette dernière catégorie nous analyserons les troubles fonctionnels directs, irradiants et éloignés. Quant aux signes physiques , nous aurons avant tout quelques courtes remarques à faire sur 1 utilité des divers modes d’exploration, pour parler ensuite de la manifestation du cancer comme tumeur distincte ou comme engorgement infiltré.

Le palper nous sert avant tout pour reconnaître les tumeurs cancéreuses externes ou internes. Pour les premières, il est facile de déterminer leur position, leur étendue, et de se rendre compte de tous leurs principaux caractères extérieurs. Cependant il y a deux sources d erreur de diagnostic que fournit ce mode d’exploration, et contre lesquelles nous devons prémunir le lecteur dès à présent ;

SYMl'TOM.VTOLUUIE.

,j l’une est l’apparence de fluctuation qu’offrent souvent les tumeurs J canct^reuses molles, et qui mainte et mainte fois y a fait plonger le bis- I touri, dans la supposition qu on avait afiaire a une rollectioii de liquide. 4 L’autre source d’erreur est constituée par les battements que 1 on il croit souvent apercevoir à la surface de ces tumeurs. Lne explorait tion attentive fera toujours distinguer l’encéphaloïde d’un abcès et i ses battements artériels d’un anévrisme. L’erreur sera encore moins (i facilement commise à l’égard des mouvements d’expansion que l’on I-. aperçoit pendant les mouvements respiratoires dans les tumeurs 1 perforantes du crâne , et qui ne tiennent qu’au mouvem.ent du / cerveau. Quant au palper abdominal que l’on pratique pour reli connaître les tumeurs internes de cette cavité , nous en parlerons ‘ avec détail à propos du cancer de l’estomac. Le toucher rend sur- ; tout service dans les tumeurs des cavités superficielles, dans le cancer du palais, des amygdales et du pharynx, dans celui du vagin ' et du col utérin, dans celui du rectum enfin. Dans tous ces cas, la vue simple, ou armée du spéculum pour l’utérus et le rectum , doit [ guider ce mode d’exploration . Dans des tumeurs placées d’une ma- ■ nière moins distinctement accessible au toucher et à la vue, on peut ! encore arriver au diagnostic en sondant. C’est de cette façon que l’on reconnaît le cancer de l’œsophage et celui de la vessie. La ponction exploratrice pour les tumeurs superficielles peut encore avoir l'avantage de ramener quelques parcelles de tissu qui, examinées au microscope, montreront l’existence ou l’absence de la cellule cancéreuse. L’examen microscopique peut aussi rendre de grands services pour fixer le diagnostic dans l’examen des parcelles de tissu que l'on amène au moyen du toucher, ou qui restent dans les yeux de la sonde. Lorsqu’on est bien familiarisé avec tous ces modes d exploration, on est par cela même apte à être mis de bonne heure sur la voie du diagnostic pour lequel il faut cependant encore bien d autres éléments dont il sera question plus loin.

Le caractère physique par excellence du cancer, est de former une tumeur, terme qu il faut prendre dans une acception assez large, en y comprenant en même temps l’infiltration cancéreuse. La tumeur, ainsi définie, ne manque jamais dans le cancer, mais elle peut se dérober à tout moyen d’exploration , ce qui est souvent le cas dans le cancer interne et même dans quelques cancers situés plus superficiellement, comme par exemple dans les dépôts cancéreux de la portion médullaire de 1 os. Il est impossible de donner ici des caractères généraux des tiimeurscancéreuses quant à ce qui estdeleurs qualités

HISTOIRE GÉNÉRALE DU CANCER

physiques appréciables avant toute opération. Nous verrons combien ces caractères, d’une importance secondaire d’ailleurs, sont variable.s d’après les organes. Nous avons déjà insisté sur cette circonstance dans la partie anatomique de ces généralités, nous y reviendrons dans la partie spéciale. Le cancer primitif de la peau, par exemple, constitue le plus souvent une tumeur élastique qui plus tard peut prendre la forme d’un champignon cancéreux, devenir hématode, être parsemée ou dépourvue d’éléments mélaniques. Le cancer du sein offre déjà deux variétés fondamentales , selon qu’il est squirrheux ou encéphaloïde. Dans le premier cas il se montre sous l’aspect d’une tumeur dure, dif- | fuse, à traînées irradiantes ; dans le second il est constitué par une tu- : meur molle, bosselée, plus saillante et plus volumineuse. Le cancer i du testicule affecte, au contraire, une forme régulière, une consistance I plus ferme au palper qu’elle ne l’est à l’examen anatomique, une sur- I face plus lisse et plus unie, peu de tendance à l’ulcération, si fréquente h dans le squirrhe de la mamelle. Les tumeurs des glandes lymphati- !] ques conservent volontiers la forme et la disposition naturelle de ces j organes. Rien de plus irrégulier au contraire que le cancer des os; , il est volumineux et diffus, élastique par place, de la consistance de l’os dans d’autres, lorsque le mal part du périoste ; la tumeur paraît . au contraire molle, souple et lobulée, lorsque, partie du centre de; l’os, elle a pu s’épanouir après en avoir perforé l’écorce. Si nous pre- • nons des tumeurs des cavités superficielles, nous trouvons au col de ’

1 utérus une infiltration inégale de forme et de consistance, plus tardi un champignon végétant, ou un ulcère anfractueux, et dans un il sixième des cas seulement des tumeurs appréciables dans la région 1 1 hypogastrique. Dans les amygdales et le palais, le cancer, au contraire, est mou, saillant, diffus. Quant au cancer interne, la tumeur* l se dérobe souvent à nos moyens d’exploration. C’est ainsi que nous s j n’avons pu la découvrir par le palper que dans les deux tiers seule- • | ment de nos cas de cancers de l’estomac, et dans la moitié seule- - ; ment de ceux de l’intestin. Dans le cancer du cerveau, la tumeur : !' n’est appréciable que lorsqu’elle a perforé le crâne. Le foie est cer- ■ ( lainement l’organe où le palper fournit les caractères les plus tran- • | chés par sa surface inégale, bosselée, une augmentation notable j h d étendue , et encore avons-nous observé un cinquième des cas ( s dans lesquels le cancer du foie n’avait presque pas fait augmenter i le volume de cet organe, et où l’exploration par le palper, par con- • li| séquent , n’a fourni que des résultats négatifs.

Si ces caractères établis par l’examen physique ont déjà une ; %

SYMI'TOMATOLOGIE. 107

gertaine valeur, nous sommes bien plus éclairés encore par l’examen ses divers troubles fonctionnels qui forment si souvent le cortege §.u cancer. Avant tout, nous arrivons à ceux que l’on rencontre dans I organe malade. Ici encore nous trouvons une grande différence en- ^re le cancer externe et celui des cavités viscérales. Dans le premier, les troubles fonctionnels locaux sont généralement peu signiïicatifs.

I C’est ainsi que les cancers de la peau, du tissu cellulaire sous- |;utané, des glandes lymphatiques superficielles, de la partie diaphy-

• -.aire des os, peuvent acquérir un volume notable et persister pendant longtemps sans presque produire de troubles fonctionnels. Ces troubles même existent-ils, c’est encore sans dommage pour l’or- ^janisme. La vision se perd bientôt dans le cancer de l’œil ; mais comme |1 est rare, grâce à une singulière prévoyance de la nature, comme "I s’exprimeraient les partisans outrés du but final, que deux organes ‘Symétriques soient pris enmême temps par le cancer, la vision , afi faiblie ou abolie d’un côté, n’empêche pas le malade de voir encore de . l’autre œil ; de même qu’un homme atteint d’un sarcocèle n’est pas i pour cela privé de la faculté de procréer. Le cancer du sein a, sous ce

rapport, encore moins d’importance, car il est surtout fréquent à une époque où cette glande n’exerce presque plus de fonctions. A mesure que nous nous rapprochons des parties plus profondes du corps , les fonctions lésées sont et plus manifestes et plus graves. Le malheureux qui a un cancer au fond de la bouche , et dont la déglutition devient •de plus en plus difficile, est, par cela même , condamné à une mort affreuse ; la tumeur, placée à la porte pour ainsi dire de la nutrition 1 par l’air et par les aliments [janua vitœ) , conduit à l’inanition et à la (suffocation, les deux terminaisons de la vie les plus cruelles. Le cancer de l’utérus permet bien encore quelquefois à ces pauvres femmes de ) devenir enceintes, car malheureusement pour elles, l’altération de l’or- .* gane n’entraîne pas l’abolition des désirs. Mais que d’obstacles alors ‘ accompagnent l’accouchement, qui ordinairement précède de peu de I temps le terme fatal ! L’utérus subit de bonne heure des troubles fonc- ! tionnels graves dans les cas de cancer. Au lieu de l’écoulement périodique et salutaire des règles, des pertes abondantes et répétées plongent bientôt les malades dans l’anémie et le marasme. Au lieu d’une sécrétion muqueuse simplement lubrifiante , surviennent des pertes

• blanches abondantes, qui bientôt deviennent fétides et font de la malheureuse femme un sujet de dégoût qui la sépare de ceux même qui lui sont le plus tendrement attachés. Le sort des malades qui sont

*08 HlSlüinE GENEHALE DU CANCE».

atteints d un cancer de l’estomac n’cst guère meilleur. Au milieu i dune santé bonne ou passable, l’appétit diminue, la digestion devient laborieuse, l’estomac est douloureux, la quantité d’aliments k doit être de plus en plus diminuée, et des nausées suivies de vomis- ^ sements font bientôt rejeter ces aliments indispensables à l’entretien:! de la vie. L’estomac, ainsi débarrassé des substances qu’il devait l rendre aptes à l’assimilation, n’en a pas pour cela plus de répit, et des , douleurs vives et fréquentes tourmentent les malades même en dehors . du temps où l’estomac doit fonctionner. Les troubles fonctionnels de cet organe sont tels, que le moral et le physique ne peuvent point tarder de s’affecter profondément; aussi la marche de ce cancer ^ est-elle généralement rapide. Ceux qui sont atteints d’un cancer de l’intestin ne souffrent peut-être pas tout à fait autant, mais les fonctions intestinales sont profondément troublées pendant la marche de la maladie : la diarrhée s’établit , elle est souvent melée de pus et de sang ; les intestins sont le siège de douleurs plus ou moins vives; ils se ballonnent, ils sont déformés par les j adhérences, et leur calibre peut être tellement rétréci, que le malade 1 meure avec les symptômes de l’étranglement interne. Dans le cancer du cerveau et dans celui du poumon, les fonctions de ces organes se troublent si profondément, que les malades succombent souvent avant que le dépérissement ait pu se produire. Notre tâche, ici, n’est pas d établir le diagnostic, et les chapitres spéciaux renfermeront sous ce rapport tous les détails désirables ; mais, dès à présent, nous pouvons dire que l’étude attentive des troubles fonctionnels d un organe est sans contredit un des meilleurs éléments du dia- ; gnostic d une affection cancéreuse. Il est un point dans ces troubles | locaux dont il faut dire quelques mots ici : c’est l’hémorrhagie can- 1 céreuse. Ce point nous conduit à établir, dès à présent, une distinc-^ tion dune grande importante pathologique, entre l’hémorrhagie de la tumeur cancéreuse et celle de l’organe cancéreux. Nous avons vu que le cancer avait une certaine tendance à s’ulcérer ; l’ulcère, dans ce cas, est tantôt anfractueux et creux, à bords calleux, tantôt couvert de végétations encéphaloïdes. Rien déplus fréquentqued ob- ^ server un suintement sanguin à la surface de ces ulcères qui peuvent J

meme devenir le siège d’hémorrhagies d’une certaine intensité, ii Nous avons observé plusieurs fois le mécanisme de ces hémorrha-l'j gies dans le cancer du sein ; la circulation étant incomplète, on voit .j surtout les veines se gorger de sang, et de petits filets vasculaires .j prendre jusqu au volume d une plume de corbeau, et, gorgés de plus

SYMPTOMATüLUliiE.

. n plus, se rompre et donner lieu ù l’iidmorrhagie. Les vaiseaux distendus reprennent alors l’aspect et le calibre qu ils avaient , vant cette hyperémie, qui, au bout de quelque temps, se reprouit de la même façon et a le même résultat. Il arrive plus rare- ;ient que le cancer érode quelque artère volumineuse et provoque lors une hémorrhagie très copieuse et souvent mortelle. C’est ainsi . ue nous possédons une observation d’un cancer de la glande thyjOÏde, dans lequel l’artère carotide fut érodée, ce qui donna promp- ’sment la mort au malade. Dans le cancer de l’estomac, l’érosion I es artères coronaires provoque également des hémorrhagies abon- ‘ antes et dangereuses.

Il y a un autre genre d’hémorrhagie peu étudié par les auteurs, ui n’est pas rare dans le cancer, c’est celui qui est la conséquence ure et simple d’une forte hypérémie de l’organe dans lequel le tissu 1 ancéreux vient de se déposer. Celle-ci s’observe d’une manière com- (létement indépendante du travail ulcéreux. C’est ce que nous ( oyons dans le cancer utérin, dans lequel non seulement des pertes Ibondantes sont un symptôme précoce, mais souvent même un 'i^'mptôme initial, et qui précède dans la majeure partie des cas le avail ulcéreux. Dans le sein, il y a, outre l’hémorrhagie tardive . ulcéreuse, une autre hémorrhagie qui apparaît de bonne heure : est le suintement sanguin par le mamelon, qui est la conséquence une forte hypérémie. L’hématémèse, dans le cancer de l’estomac, >t le plus souvent le résultat du cancer ulcéré. Dans les reins , lu contraire, l’hématurie, qui est loin d’être un symptôme constant lu cancer, s’observe de bonne heure, sans travail ulcéreux, et peut ■ersister avec une certaine ténacité. L’hémoptysie , dans le cancer ■es poumons, est également l’effet de la plénitude sanguine, et apurait de bonne heure d’après les belles recherches de M. Walshe ir ce sujet. Ce point a encore une autre importance, car on sait ue l’hémoptysie est un symptôme rare en dehors des affections tuerculeuses. Il est bon, par conséquent, d’être prévenu que, lors- ^ u’elle a lieu chez une personne âgée, elle peut tenir aussi bien à un mcer pulmonaire qu’au dépôt de tubercules dans ces organes.

Si les troubles directs de l’organe primitivement atteint ont une rande valeur pathognomonique, il n’est pas moins important étudier les troubles irradiants qui, a leur tour, répondent à la ropagation irradiante du cancer dont nous avons parlé plus haut ans la partie anatomique. Peu prononcés là où les troubles directs 2 le sont pas, comme dans les cancers externes, c’est surtout dans

HISTOIIIK OKNKIIALR DU CANCEK.

les organes plus profonds qu'ils acquièrent une certaine importance. C’est ainsi que le cancer de rutèrus, en se propageant à la portion du péritoine qui le recouvre , provoque une rénitence douloureuse de la partie inférieure de l'abdomen, tandis qu’en se ])ropageant la vessie, il provoque des envies fréquentes d’uriner, un vrai ténesme vésical avec émission involontaire vers la fin et une altération notable dans la qualité des urines. Le cancer de l’œsophage produit, par sa proximité, des symptômes du côté du larynx et de la trachéeartère ; de la toux, une altération de la voix, de l’expectoration, de la gêne dans la respiration. Il en est de même dans le cancer de la glande thyroïde. Du reste, on ne peut pas toujours distinguer dans ces cas les troubles irradiants qui proviennent de la véritable propagation du cancer, de ceux qui sont la conséquence de la compression. Il faut être également prévenu d’un autre fait non moins important : c’est que plus le cancer s’éloigne de son point de départ primitif, moins la manifestation symptomatologique qu’il provoque est vive et appréciable.

Nous arrivons à un autre ordre de troubles fonctionnels. Ce sont ceux qui sont à la fois locaux , irradiants et plus généraux. Dans cette catégorie sont surtout ceux de l’innervation , et au premier rang parmi eux est la douleur, qui est plutôt locale, tandis que les troubles des fonctions respiratoires et circulatoires et de l’état général de la nutrition sont plus franchement généraux et plus indépendants de l’action directe de l’organe malade. Il va sans dire que nous ne plaçons pas en ligne décompté ici les troubles digestifs qui dépendent d’un cancer de l’estomac, ni les troubles respiratoires qui sont la conséquence d’un cancer des poumons. Mais il est certain que les organes digestifs, par exemple, participent même aux cancers internes qui sont éloignés des premières voies, de même que les troubles généraux de la nutrition, qui, en dernier lieu, se terminent par le dépérissement général , constituent un des troubles fonctionnels les plus constants dans la période terminale des cancers les plus diversement localisés.

Nous devons parler ici avant tout des troubles de l’innervation , des douleurs locales irradiantes et plus éloignées. On a étrangement exagéré en indiquant les douleurs lancinantes comme pathognomoniques pour le cancer. On observe ces mêmes élancements dans beaucoup de névralgies, ainsi que dans des tumeurs qui ne sont en aucune façon cancéreuses. Mais ce qu’il y a de vrai et de réel , c’est que le cancer est sans contredit la maladie la plus douloureuse

SYMPTOMATOLOGIE.

dont l’espèce humaine soit affligée. Walshe , ordinairement assez précis dans ses appréciations, va trop loin en disant que les douleurs peuvent manquer dans un cinquième des cas. D après nos observations, il y a à peine la septième partie des malades qui sont exempts de douleurs ou qui ne souffrent que médiocrement. Chez tous les autres, les souffrances sont intenses et ne quittent le pauvre patient qu’avec le dernier soupir.

Avant de donner des détails sur la manifestation pathologique :des douleurs, il nous faut examiner la question de leur raison d’être. Si l’on tient compte de ce que les douleurs locales sont plus vives lorsque le cancer est dur, ou lorsque la partie qui est le siège du cancer le contient dans certaines limites par des barrières membraneuses ou aponévrotiques , on arrive tout naturellement à l’explication des douleurs par l’effet de la compression d’un certain nombre de filets nerveux qui transmettent au centre de perception ces sensa- ;tions produites par une action purement locale. Mais cette explication, qui paraît si naturelle, ne doit point être acceptée sans réserve.

] Car pourquoi, se demandera-t-on, les douleurs sont-elles si vives par ■ moments , pour cesser ensuite pendant des heures entières? Il faudrait alors recourir à la supposition que les douleurs sont plus vives orsque la tumeur est gorgée davantage de sang , et qu’elles cessent orsque cette hypérémie diminue. Cela est possible, mais ce n’est qu’une hypothèse. On a même quelque peine à comprendre pourquoi jne circulation accidentelle qui dépend de la circulation générale , qui est pourvue des mêmes moyens de transport du sang, et qui, comme elle, est incessante, doive éprouver des fluctuations périodiques de plénitude ou de vacuité des vaisseaux, se reproduisant un certain nombre de fois dans les vingt-quatre heures. Et ne voyons- ■nous pas, d’un autre côté , que ces productions cancéreuses les plus /asculaires, le véritable fongus hématode , donnent proportionnelement lieu à peu de douleurs.

11 y a un autre fait qui nous a frappé, ce sont les douleurs vives st portées très loin, que l’on observe de bonne heure dans le cancer ^du col de la matrice. Et pourtant cet organe est si peu sensible, ^d l’état ordinaire, qu’on peut le cautériser avec le fer chauffé à 'Diane sans que les malades en souffrent. Il est donc difficile de se ’endre compte de la dernière cause de la douleur locale du cancer , Dar une explication exclusivement mécanique. Quant aux douleurs rradiantes, on les comprend plus facilement au moyen des anastonoseset par l’action réflexe. Mais il y a un fait dans les douleurs des

HlSrolHE GENEHAI.E DU CANCEK.

cancéreux qui a très peu frappé les pathologistes, quoique en réalité il mérite une sérieuse niédilation. Ce sont ces douleurs névralgiques et rhumatoïdes à la tête et dans les membres que l’on observe à la fin des affections cancéreuses , surtout de celles qui ont leur siège dans la matrice. Ici l’explication par l’irradiation consécutive à une compression locale est tout à fait inadmissible, et si l’on tient compte de l’existence de douleurs semblables sous l’influence de l’infection paludéenne et sous l’influence surtout de l’infection syphilitique commençante, comme l’a si bien démontré M. Ricord, on est involontairement amené à l’idée qu’une altération dans la qualité du sang peut parfaitement donner lieu à des douleurs vives et variées. Parmi les causes qui entretiennent et augmentent les douleurs , il faut enfin ne pas oublier l’état de la phlegmasie chronique dans lequel le dépôt cancéreux peut mettre les organes. Et lorsque celleci est douloureuse , elle augmente par cela même de beaucoup les souffrances des malades. C’est ce qui arrive, par exemple, pour le cancer de l’estomac.

En thèse générale, il est donc difficile de s’expliquer pourquoi le cancer est si douloureux ; il est probable que la cause est ici multiple : consistance dure de la tumeur , plénitude sanguine, compression irradiante, état phlegmasique de l’organe, intervention de l’action réflexe, altération du sang dans sa composition normale ; toutes ces causes se combinent probablement de diverses façons pour produire cet effet.

Nous avons dit plus haut que les douleurs manquaient dans un petit nombre de cas. Voici , à ce sujet, quelques détails. Dans le cancer des testicules, nous avons constaté leur absence pour un cinquième des malades ; dans le cancer de l’utérus , pour un septième; dans le cancer de l’estomac, pour un huitième ; dans le cancer du sein pour un trentième ou pour un vingtième, si nous ajoutons une observation récente; nous manquons de chiffres précis pour les autres localisations.

Quant à la nature des douleurs , elles ressemblent bien plutôt à la névralgie qu’à toutes les autres formes de souffrances. Elles surviennent rarement dès le début. En moyenne , elles ne deviennent sensibles que passé le premier tiers de la durée de la marche totale. Elles sont d’abord rares et ensuite de plus en plus fréquentes, allant souvent en augmentant jusqu’à la fin , mais cessant quelquefois pendant les dernières semaines de la vie. Les cas dans lesquels elles existent depuis le début jusqu’à la fin sont l’exception. Elles sont

S\MrT()M.\TÜl,0(;lE.

antôt lancinantes, et les malades alors les comparent à des coups le canif ou à des coups d’épingle , caractère fréquent surtout dans c cancer du sein 5 tantôt elles sont gravatives, d autres fois teréirantes. Chez quelques malades, elles offrent le caractère d’une ten- •ion douloureuse 5 une démangeaison insupportable les complique diez quelques uns. Leur manifestation, en un mot, est des plus vaiées , et il est à la fois impossible et inutile d’en préciser toutes les mances. Elles apparaissent ordinairement d’une manière spontanée.

: pression ne les excite pas pendant les premiers temps et ne les

irovoque même pas pour longtemps à une période plus avancée. La durée des accès de douleurs est variable et augmente à mesure que a maladie progresse. Les douleurs passagères de la période peu ivancée deviennent par la suite persistantes , et les malades sont ; )endant des heures entières en proie à des souffrances réellement brt pénibles à supporter. Quoique quelques malades souffrent davan- ■age le jour que la nuit , il y a cependant une prédisposition plus j n arquée aux douleurs nocturnes. Lorsque l’intensité des douleurs i:st très grande et l’intervalle entre les accès peu prolongé, la termi- '-laison fatale en est notablement accélérée.

Après cette courte esquisse générale , nous allons jeter un coup l’œil sur les modifications qu’impriment aux douleurs les divers organes qui sont le siège de dépôts cancéreux primitifs.

Dans l’utérus, nous les avons vues manquer dans un septième des as ; dans un peu plus d’un cinquième, elles se sont manifestées dès e début. Leur apparition moyenne a eu lieu entre le tiers et la prenière moitié de la durée totale. Elles n’ont été lancinantes que dans in cinquième des cas. Elles présentaient généralement un caractère lévralgique vague, prenant pour point de départ la région hypogasrique, et se montrant ensuite au bas du sacrum, aux lombes, aux :uisses, aux aines, au flanc, dans le vagin, dans les membres inféieurs. Le sentiment de pesanteur au fondement était très pénible )our un certain nombre de ces malades. Des névralgies frontales et îus-orbitaires ont été constatées plusieurs fois vers la fin. Nous avons )bservé aussi dans ces circonstances des douleurs névralgiques inercostales et des douleurs vagues dans les membres. Dans le cancer lu sein, le squirrhe donne surtout lieu de bonne heure à des douleurs ocales, lancinantes, vives, allant en augmentant pour la durée et intensité, vives par accès , plus fortes pendant la nuit. Si quelques naïades souffrent de très bonne heure, la moyenne de l’apparition les douleurs est entre six mois et un an après celle de la tumeur. Le

HISTOIRK GKNÉRAF.B DU CANCER.

sentiment de gêne et de tension devient plus permanent, on constate i surtout les sensations d’élancements et de douleurs térébrantes. C’est ' dans la seconde période seulement que la pression est douloureuse. Les douleurs alors s’étendent au bras correspondant, à tout le côté i du corps, et affectent volontiers les caractères de la névralgie inter- costale. Dans le testicule, les douleurs sont peu vives pendant la ^ première année; elles manquent complètement chez un cinquième des malades. Elles deviennent de plus en plus vives pendant la seconde période ; elles sont plutôt gravatives que lancinantes; elles i s’irradient au loin pendant les derniers temps, dans la cavité abdo- • minale , aux reins et dans les membres inférieurs , et revêtent assez . fréquemment le caractère d’accès névralgiques. Dans la partie supé- ' i rieure du tube digestif, les douleurs sont ordinairement sourdes, elles i i sont excitées par le passage des aliments. Dans l’œsophage, elles* ^ s’irradient parfois aux muscles du cou , au dos , aux nerfs intercostaux. Le cancer de l’estomac est peut-être la localisation qui fait ; . le plus souffrir, car ici les vomissements ajoutent de nouveaux ma- laises aux douleurs qu’ils peuvent aggraver considérablement. Les * t douleurs manquent chez un huitième des malades. Chez un dixième, , ^ elles ont apparu dès le début ; l’épigastre en est le point de départ. , | De là, elles s’étendent aux hypochondres, aux espaces intercostaux, , k à la poitrine, au dos. Elles sont le plus souvent lancinantes, quelque- - i; fois gravatives. La pression les augmente de bonne heure. Le cancer r :■ des intestins fait moins souffrir ; mais à part les accès de vraie dou- -

leur, il tient les malades dans un état de malaise presque perma- nent, et lorsqu’il a son siège au rectum, la défécation est pénible et i souvent suivie d’accès de douleurs vives. Le cancer du foie donne ‘ lieu de bonne heure à des douleurs sourdes, qui, vers la fin seule- * ment, deviennent de véritables souffrances, plutôt permanentes que ^ névralgiques ; nous l’avons cependant vu un certain nombre de fois ^ avoir une marche tout à fait indolente. Le cancer de la glande thyroïde ? n’est douloureux que lorsqu’il est à l’état desquirrhe très dur. Celui ’ des glandes lynphatiques l’est fort peu. Dans les os, au contraire, le cancer est une affection fort douloureuse. Les douleurs apparaissent de bonne heure et affectent pendant longtemps un caractère rhuma- ■ toïde vague, avant d’être plus strictement localisées; celui de l’os iliaque a été maintes fois pris pour une sciatique. Le cancer de l’œil : ne devient très douloureux que pendant la seconde période. Celui i des voies urinaires l’est généralement peu; aussi le cancer des reins peut-il exister pendant plusieurs mois à l’état latent.

If

SYMPTOMATOLOGIE.

Nous ne pousserons pas plus loin l’énumération de ces exemples,

; U que les chapitres spéciaux contiendront sur ce point de très nombreux détails. Nous avons seulement tenu à démontrer qu’ici encore 'exposé général ne doit pas faire méconnaître les modifications spéciales selon les organes.

Si l’innervation, la sensibilité est la fonction le plus ordinairement ésée dans les affections cancéreuses, d’autres, moins constamment i iltérées, ne sont pas moins importantes à considérer pour la physio-*

! ogie pathologique du cancer. Les organes digestifs sont avant tout 3eux dont les troubles nous frappent. De même que dans la phthisie ; a muqueuse gastro-intestinale se ramollit et s’ulcère, et même dans beaucoup de points où aucun dépôt tuberculeux n’a eu lieu, de même bussi le cancer des organes internes a une tendance prononcée à i.roubler la structure, et partant les fonctions du tube digestif. Le i:ancer des organes externes a , sous ce rapport , une influence bien I Tfioins prononcée qui ne se manifeste guère que pendant les derniers .cemps de la vie, à l’époque où l’infection générale de l’économie tout '.entière s’est déjà opérée en plein.

Il n’y a naturellement rien d’étonnant à ce que les fonctions de ) 'estomac soient profondément troublées lorsque le cancer y a son <;iége; il en est de même pour les intestins. Mais on doit reconnaître me action déjà plus générale , lorsqu’on constate la diarrhée dans 1 es deux cinquièmes des cas du cancer de l’estomac, et les vomisisements dans le quart des cas de cancer de l’intestin. On est bien plus frappé encore de voir dans le cancer de l’utérus, au bout de cinq ou six mois de durée, l’appétit diminuer et faire place bientôt (à l’anorexie; un peu plus tard la digestion devient laborieuse, la langue est chargée; des nausées, des vomissements et de la diarrhée surviennent. Les troubles des organes digestifs ne sont pas moins nrononcés dans le cancer des reins et de la vessie. Et l’on constate !ci de nouveau avec surprise que la nutrition ne peut pas être pro- 'fondément frappée dans un point sans quelle s’en ressente dans tout son ensemble. Quant aux affections couenneuses qu’on observe dans la bouche et l’arrière-gorge à la fin de beaucoup d’affections cancéreuses, elles sont également un des phénomènes terminaux du dépérissement qui surviennent dans les maladies chroniques les plus diverses. ^

Les troubles circulatoires sont proportionnellement bien moins prononcés dans le cancer que ceux de l’innervation et des voies di- 2^estives. Avant tout, nous avons lieu d’être très étonné delà rareté

IIISTOIIIE GÉNÉIIAI.E DU CANCKH,

proportionnelle du mouvement fébrile, qui, dans les cancers les plus graves, peut quelquefois manquer jusqu’à la fin. C’est ce qui arrive ‘ par exemple la plus communément dans le cancer de l'estomac Lorsque la fièvre s’établit dans la seconde période ou pendant les derniers temps de la maladie, elle est rarement intense, et elle tient plutôt à l’état inflammatoire de l'organe malade et de son entourage. C’est ainsi que nous avons vu la fièvre manquer complètement dans la moitié des cas de cancer de l’utérus ; dans l’autre moitié elle n’est survenue que dans le dernier tiers de durée de la maladiele pouls n’a dépassé qu’ exceptionnellement 92 à 96 pulsations par minute. Chez ces malades, comme chez beaucoup d’autres cancéreux, nous avons été frappé de leur impressionnabilité pour le froid, qui est tout simplement la conséquence de l’anémie , et n’a point de rapport avec le frisson de la fièvre. La fréquence du pouls, que l’on observe pendant les derniers temps, tient bien souvent à une inflammation propagée , telle qu’une péritonite purulente à la suite du cancer des intestins ou de celui des ovaires , ou une méningite dans celui du cerveau, ou à une inflammation éloignée idiopathique, comme la pneumonie terminale fréquente dans les affections cancéreuses les plus diverses. L’accélération du pouls dans ces cas est . d’une telle importance, que lorsqu’un cancéreux, arrivé à la pé- • riode d’infection, est pris de fièvre, il faut toujours l’ausculter avec beaucoup de soin, car la réaction est si peu prononcée dans ces cas, qu’une pneumonie pourrait passer inaperçue sans l’examen physique de la poitrine. Dans quelques cas de cancer cérébral, le pouls est plutôt ralenti. Il nous reste enfin à dire deux mots d’une affection des voies circulatoires, pas très rare dans le cancer ; c’est l’oblitération veineuse par suite d’une coagulation spontanée du sang, accompagnée ou non d’un travail congestif entre les tuniques du vaisseau, afiection que l’on a décrite sous le nom de phlébite adhésive.

A part 1 infiltration du membre dans lequel la circulation est gênée et quelques légères douleurs sur le trajet des nerfs qui accompagnent la veine , ainsi que la sensation d’un cordon dur que donne le palper le long de la veine oblitérée , cette affection ne donne pas lieu à beaucoup de symptômes.

Les voies respiratoires ne sont pas directement influencées par le cancer , et elles ne souffrent que par les dépôts secondaires, par un cancer primitif, par la complication tuberculeuse, ou enfin en deve->‘«ili nant le siège d’une phlegmasie terminale. : ir;

L état moral est toujours influencé par cette affection. A peu

SYMrroMAT01-ü(ilE.

exceptions près, le mo.ln.de est de bonne heure triste et morose, t cet état ne fait qu’augmenter avec les progrès de la maladie; insomnie y est presque la règle ; les souffrances plus ou moins . ives, l’affaissement extrême qui est la conséquence de l’infection rénérale , jettent ces malades dans un très grand abattement et les “endent très irritables, fait que 1 on constate surtout dans le cancer ; le l’estomac et dans celui de 1 utérus. Cependant, au milieu de cette ‘ aiblesse croissante et de cet état morose, 1 intelligence reste intacte j iresque jusqu’au dernier moment, et le délire, indépendant d une .iffection aiguë, n’est qu’une rare exception. La mort, ordinairement iirécédée d’une courte agonie, survient plutôt après un affaiblisse- .oent graduel de l’intelligence qu’accompagnée de troubles de cette onction.

Nous arrivons à une dernière manifestation pathologique du can- ' :er qui a été interprétée d’une manière bien diverse par les patho- ^ogistes : nous voulons parler du dépérissement cancéreux, connu bous le nom de cachexie cancéreuse . Nous avons déjà indiqué plus laut les altérations qui accompagnent cet état. Ce dépérissement 'i’appe tous les praticiens qui donnent des soins aux cancéreux, ce lui n’empêche pas que quelques jeunes écrivains, amis des paraloxes , n’aient voulu nier jusqu’à son existence. Rien de plus réel t de plus constant pourtant que cette détérioration complète de la lutrition tout entière. Nous insistons de nouveau sur ce fait , que lous l’avons vue survenir même dans le cas où il n’y avait point de ■ lépôt secondaire , ainsi que dans d’autres , où il n’y avait aucune de ’ îes déperditions de sang ou de pus , ou de ces impossibilités de •épuration par l’alimentation, qui auraient pu rendre compte maté- ' riellement de cet état. Cependant ces causes accélèrent rapidement es progrès du mal : c’est ainsi que la femme affaiblie par des pertes itérines abondantes , et le malade dont l’estomac ne garde plus de lourriture , arrivent bien plus rapidement au dernier degré de narasme que ceux dont le cancer est superficiel , et par conséquent exempt de cette fâcheuse complication. Il est rare de voir 3ette altération de la santé générale se manifester pendant les premiers temps de la maladie ; ce n’est que dans le cancer de l’estomac que nous l’avons vue survenir déjà au bout d’un mois de maladie. .Ordinairement elle ne commence que vers le tiers ou la moitié de la lurée totale. Le teint s’altère et prend une teinte pâle tirant légè- ’ement sur le jaune , ou plutôt d’un blanc mat comme cireux, lorsqu’il y a des pertes abondantes et fréquentes de sang. Chez les per-

UISTOIUË GÉNÉltALË DU UANCKR.

sonnes qui avaient habituellement un teint coloré , cet aspect pâle et jaunâtre forme pour ainsi dire le fond du teint, tandis que les pommettes peuvent encore conserver un reste de rougeur , mais tou-' jours sans trace de cette fraîcheur qui caractérise le teint à l’état de* santé. La diminution des forces survient à cette même époque. Les malades sont facilement fatigués ; le sommeil, s’il est encore conserve, ne les repose point. Ce n’est qu’en faisant de grands efforts sur' eux-inemes qu’ils se livrent à leurs occupations habituelles. Bientôt lis sont obligés de restreindre notablement leur travail. L’époque à laquelle ils commencent à être alités varie beaucoup. Elle survient e SIX mois à un an dans les cancers internes, plus tôt même dans ce ui de utérus et de l’estomac, beaucoup plus tardivement dans les cancers externes, comme par exemple celui du sein. Cette diminution des forces fait des progrès jusqu’à la fin, et à moins que les malades ne succombent à une affection intercurrente, ou que le siège du cancer.

1 empeche d’arriver à sa terminaison naturelle , l’affaiblissement atteint ses dernières limites. Il faut à ces malades un effort de raison-, nement et de volonté pour satisfaire leurs besoins, et le peu de force quil leur reste encore ne leur sert qu’à sentir et à exprimer leur sou rance. Rien de plus triste que de voir une salle de cancéreux à la Salpêtrière, où se trouvent un certain nombre de ces incurables arrivés a la dernière période de la maladie. Mais telle est la lucidité de leurs, facultés, qu ils répondent, jusqu’aux derniers temps, avec intelligence aux questions que le médecin leur adresse. J’ai été souvent frappé de la justesse des renseignements que ces malades me donnaient encore sur leurs antécédents et leur état actuel. J’en ai rencontré dont il n’y avait pas moyen de tirer une réponse ; mais c’était plutôt à cause de leur grande irritabilité, tandis qu’ordinairement, en les abordant avec, intérêt et avec bienveillance, on apaise leur mauvaise humeur, et l’interrogatoire médical, s’il n’est pas poussé jusqu’à la fatigue, les dis-, trait plutôt. A mesure que le teint pâlit et que les forces s’en vont,,

1 embonpoint disparaît, et c’est surtout lorsqu’il a été considérable^ avant 1 invasion delà maladie, que le changement est sensible;,

1 amaigrissement atteint, par les progrès de la maladie, jusqu’au der- ■ nier degré del émaciation et du marasme. Nous avons vu plus haut qu en outre, les fonctions digestives étaient également alors en souffrance ; mais lors même que l’appétit et la digestion restent intacts, la maigreur survient. Celle-ci est quelquefois masquée par l’infiltration hvdropique des membres inférieurs ou d’une grande partie du corps ; cependant il est toujours facile de reconnaître cette en-

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