RÉPARTITION DU CANCER PARMI LES ANIMAUX. H
elle a changé de contexture par suite de la compression exercée de dedans en dehors par le développement de la tumeur. Il est probable . que c’est par la même cause de compression dans le sens latéral , que les collections de liquide finissent par communiquer entre elles.
. Quand le liquide n’est plus séparé de la face externe de la peau que 1 par une pellicule , la surface de la tumeur est violacée , et présente ? des taches plus foncées qui correspondent aux collections de liquide 1 dont la nuance apparaît à travers la peau. A une certaine époque, i ces foyers de liquide s’ouvrent à l’extérieur, soit par l’accumulation 1 extrême du liquide, soit par l’usure de dehors en dedans de la peau 1 sur laquelle des frottements ont lieu. Enfin des ulcères, que je n’ai t jamais vus se cicatriser spontanément, succèdent à la rupture des ;■ kystes. La surface des ulcères se couvre de végétations molles, t d’un rouge violacé, qui elles -mêmes sont couvertes d un liquide fi sanieux d’une odeur extrêmement' désagréable , sui generis ^ cani céreuse , si l’on peut ainsi le dire. Ce liquide est sécrété par les î ulcères (1).
^ » Si cette variété de cancer ne se trouvait avec tous ses caractères
1 qu’aux mamelles , on serait tenté de croire que la structure de ces r glandes , qui est aréolaire , serait la cause de la forme particulière de cette variété de lésions ; mais on la rencontre dans bien d’autres { régions ; je l’ai vue sur le dos , au poitrail , au cou , aux lèvres, etc.
»> Je l’ai déjà dit , j’ai toujours trouvé cette forme de cancer comf binée avec le squirrhe et l’encéphaloïde aux mamelles; mais j’ai i souvent observé les cancers encéphaloïdes et squirrheux sans kystes ;
les matières ramollies, et liquides même , n’étaient point contenues ' dans des cavités à parois lisses ; et quand les parties ramollies étaient liquides, elles n ’étaient pas limpides comme dans le cancer avec : kystes , elles ressemblaient à du putrilage trouble.
" Les cancers uniquement encéphaloïdes sont très rares dans les régions superficielles ; ils sont presque toujours unis à un squirrhe :
: j’en ai vu un cas bien remarquable dans la région anale d’un chien de chasse appartenant à M. Crochet, ancien garde général , demeurant maintenant à Paris, rue Rochechouart, n° 64.
>» Ce chien était très vieux ; son maître y était singulièrement atta-
(1) a .l’ai inoculé plusieurs fois de ce liquide , ainsi que de la sanie cancéreuse du col de l’utérus, à des chiennes bien portantes, sans jamais avoir communiqué le cancer. Les plaies suppuraient bien quelques jours , leurs bords se tuméfiaient , mais elles ne tardaient pas à se cicatriser. »
IIISTOIKF. nÉNFlUr.K OU CVNCKU.
chd : qii()i(jun le eaiicer, par sa nature et par son extrême développe- i ment autour du rectum, à une profondeur de 7 à 8 centimètres d’ar- • rière en avant , ne donnât guère de chance de guérison radicale M. Crochet désirait que j’employasse tous les moyens possibles de ' faire vivre son chien.
H Le cancer existait depuis très longtemps quand le chien m’a été présenté pour la première fois. On ne me conduisit l’animal que lorsque les évacuations alvines ne purent plus avoir lieu , même à l’aide de lavements. L’orifice anal était en apparence réduit au diamètre de 6 millimètres à peu près, par suite du développement de l’encéphaloïde à l’extérieur ; puis le rectum lui-même était fortement déprimé par la tumeur qui l’enveloppait.
.. Je proposai l’excision de toutes les parties malades. J’enlevai tout le tissu encéphaloide dont aucune partie n’était encore ramollie. ’ La plaie qui résulta de l’opération était très large et très profonde. Au centre se trouvait le rectum, qui était encore intact et que je pus isoler assez facilement de 1 encéphaloide. Il existait encore de la peau saine autour de deux tiers de la marge de l’anus. Pendant 1 opération, dès qu’une partie de la tumeur fut excisée, il y eut éva- s cuation d’une très grande quantité de matières fécales. La marge de ' l anus, qui était plissée, se dilata dès que les tissus qui l’entouraient furent excisés. L’hémorrhagie , qui ne fut pas abondante , s’arrêta | spontanément. Je ne fis aucun pansement. H
» Le chien était triste et refusait de manger avant l’opération, ef^ se trouva mieux dès le lendemain.
•’ M. Crochet ne pouvait se séparer de son chien ; il l’emmena, J . et se borna a nettoyer plusieurs fois la plaie avec de l’eau de ffui- ' ' mauve.
» Le tissu encéphaloide ne tarda pas à pulluler 5 on ne me ra- î mena le chien que lorsque la tumeur eut acquis un développement î tel que 1 animal ne pouvait plus rendre ses excréments. Malgré mon ; avis sur 1 incurabilité de la maladie, le propriétaire voulut que j’opérasse de nouveau le chien. L opération fut faite trois mois environ après la première.
Dans la suite, et cela pendant quatre ans, les tissus cancéreux, qui se renouvelaient toujours , furent excisés , d’abord tous les deux mois et demi à trois mois , puis toutes les six semaines ; enfin dans es derniers temps, le développement de l’encéphaloïde était si rapi( e (sans doute parce que j étais obligé d’en laisser quelques vestiges adhérents aux parties épargnées par le bistouri), que l’excision
lU'PAllTiriON nu CANCEU l'AUMI LES ANIMAUX, devenait indispensable aux évacuations alvines tous les quinze à vingt jours.
.. La dernière opération tut faite au commencement de juillet, cette année. Le chien était devenu très maigre ; il respirait très difRcilement. Il succomba quatre jours après cette opération.
» Les ganglions lymphatiques des aines , du mésentère et des bronches , étaient transformés en tissu encéphaloïde dont une partie était ramollie. Le rectum était resté intact au milieu des tumeurs encéphaloïdes qui l’enveloppaient de toutes parts. >•
M. Hurtrel d’Arboval (1) a publié des remarques intéressantes sur le cancer chez les animaux herbivores, et un résumé des symptômes qui ressemblent tout à fait aux observations faites sur l'homme. Voici ces deux passages ;
» Dès 1782, Chabert fut consulté pour une espèce de cancer commun dans les bœufs , et rare dans les vaches , aux environs de Bains en Bretagne. Suivant la description qu’en donne Blanche , le mal avait son siège, soit à la tubérosité maxillaire , soit entre l’œil et la narine, et s'ulcérait au bout de cinq à six mois. Ayant disséqué les mâchoires de deux bœufs malades, on trouva en cet endroit une végétation calleuse, très adhérente à l’os, qui était percé de plusieurs trous. Un troisième bœuf, engraissé, avait aussi l’os du nez criblé de trous, entre l’œil et la narine, et l’ulcère, large comme un ongle d’homme, était garni de fongosités fétides. On lit dans le compte rendu des observations vétérinaires envoyées à la Société royale et centrale d’agriculture, pour 1821, qu’on appela tumeur osseuse un ostéosarcome qui affectait l’o*s de la mâchoire inférieure. Plusieurs de ces ostéosarcomes ont été disséqués à l’école vétérinaire d’Alfort, notamment en 1811, en 1815 et en 1816. En 1811, une tumeur cancéreuse, dans un cheval, placée à la base du cornet maxillaire gauche, avait détruit les os palatins, le vomer, le voile du palais, et une partie de l’os grand maxillaire. On a observé, dans le mois d août 1815, à l’ouverture d’un cheval, une tumeur carcinomateuse, du poids de 5 kilogrammes (dix livres), qui adhérait au rein gauche; et une autre, dans le mois de décembre de la même année , du poids de 1 kilogramme (deux livres), située à la portion cœco-gastrique du côlon. Ona rencontré, dans la même année 1815, un carcinome dont le siège était dans le testicule , avec une masse
(t) Hurtrel d'Arboval, Dictionnaire de médecine ^ de chirurgie et d'hygiène vétérinaire. Paris, 1838, t. I, p. 292 à 294,
148 mSTOlHE GÉNKJULF. DH CANCEK.
(le pareille nature, qui pesait environ 10 kilogramtnes (vingt livres], située près du rein gauche, et d'autres petites tumeurs le long du bassin; on a remarqué dans l’intérieur une substance ramollie, blanchâtre, qui avait beaucoup d’analogie avec la matière cérébrale délayée. Changeux a envoyé à la même école une observation sur une tumeur cancéreuse située dans le canal œsophagien, en avant du diaphragme. Elle s’opposait à l’entrée des aliments solides dans l’estomac, et avait déterminé une dilatation sacciforme vulgairement x\ovnmée jabot ; ce jabot se vidait par le vomissement, qui n’a jamais eu lieu dans l’état de santé. Dans le mois de juin 1816, M. Dupuy a eu l’occasion de disséquer un ostéosarcome à l’os de la mâchoire inférieure, en avant de son contour. Le compte rendu des travaux de l’école d’Alfort, année 1821, rapporte le fait suivant : Un vieux cheval, sacrifié pour l instruction des élèves, et qui paraissait éprouver des douleurs très aiguës, ayant été ouvert, on remarqua que l’extrémité pylorique de l’estomac, le pylore et l’origine de 1 intestin grêle , étaient le siège d’une dégénérescence cancéreuse parvenue a sa dernière période ; qu’un ichor grisâtre, d’une odeur infecte, en sortait par plusieurs ouvertures, et que les ganglions du bord antérieur du mésentère avaient éprouvé le même mode d altération. Une autre observation de cancer de l’estomac a été recueillie par M. Crépin, en 1822, A l’autopsie cadavérique d’un cheval de quinze à seize ans, qui mourut, dans un état complet de marasme, d un accident étranger au cancer qu’il portait , on reconnut les parois de 1 estomac distendues par une masse considérable, qui n était autre chose qu’une énorme tumeur cancéreuse, du poids de 9 kilogrammes (plus de dix-huit livres), dont la base, tournée en haut, tenait a une portion de l’estomac, tandis que l'extrémité libre flottait dans sa cavité.
» Les symptômes locaux et généraux offrent bien des variétés , et sont surtout très obscurs au commencement. Leur accroissement indéfini, leur exaspération par les irritants de toute espèce, la reproduction presque constante du cancer après qu’on a cru ou espéré le guérir, son incurabilité quand on l’abandonne à lui-même ou qu’on le traite mal , 1 amaigrissement progressif qui l’accompagne, tantôt une simple destruction ou érosion des organes affectés, tantôt une transformation, soit en squirrhe, soit en matière cérébriforme, telles sont les altérations qu on prend pour caractères du cancer. Au commencement, les vaisseaux sanguins du voisinage sont gonflés, noiïâtres, violets; ils entourent la tumeur cancéreuse à mesure
DIAGNOSTIC DU CANCtR. 149
quelle augmente, deviennent variqueux, acquièrent un volume quel- . quefois considérable, et finissent par s’ulcérer. A la fin, les gan- ; glions lymphatiques voisins s engorgent, les forces diminuent,
1 l’appétit se perd, les digestions se dérangent, les borborygmes , les i coliques, l’entérite diarrhéique et la toux surviennent; le pouls s’accélère en restant petit, l’urine et les excréments exhalent une odeur li fétide ; en un mot, les symptômes qui caractérisent la fièvre hectique r se manifestent et finissent par amener la mort. ’•
I Le cancer n’est pas très rare non plus chez les oiseaux domestiî ques, chez les poules surtout, d’après quelques vétérinaires. On n’en 1 connaît point d’exemple dans les vertébrés inférieurs , et quant aux IJ animaux non vertébrés, leur pathologie est presque inconnue.
1 En résumé , le cancer n’est pas rare parmi les animaux dont la J pathologie a été bien étudiée. 11 y offre tous les principaux carac- 3 tères que nous lui connaissons chez l’homme , et lorsqu’il y a diver- ■I gence apparente , il est probable que des recherches ultérieures dé- .1 montreront qu’on a pris pour cancéreuses des affections qui , en réalité, I ne l’étaient point ; car si l'art vétérinaire nous a éclairés sur beaucoup I de points delà pathologie humaine, elle n’eu suit pas moins, en général , en fait de doctrine , les diverses phases que celle-ci a parcouî rues : ce qui doit être, vu que la physiologie étant la même pour les j animaux que pour l’homme , la pathologie doit être la même égale- I! ment dans tous ses traits fondamentaux.
§ V. Diagnostic du cancer.
Nous allons comparer le cancer comme produit local et comme maladie, avec plusieurs autres produits et affections avec lesquels on l'a souvent confondu , erreur qui trouve sa source tantôt dans une ' ressemblance réelle sur quelques points , tantôt dans un rapprochement factice résultant de fausses doctrines.
Avant tout se présente ici la phlegmasie chronique avec ses pro- : duits. Tout en rendant pleinement justice à Broussais pour avoir étudié avec une rare sagacité tout ce qui se rattache à l’inflammation chronique, nous pouvons lui reprocher d’avoir singulièrement embrouillé nos notions sur une foule d’affections chroniques non inflammatoires. La fausse doctrine de l’origine phlegmasique des tubercules et du cancer a fait faire bien des saignées inutiles dans ces maladies. Si Broussais aujourd’hui est impartialement apprécié par tous les esprits sérieux comme ayant rendu des services incontestables à la
lllSiOlUli tiliNKUALU DU CANCliK.
science, et si 1 observation a cld})ouillé les résultats de ses travaux ^ de tout ce qu’ils avaient d’exagéré , il est affligeant de voir renaître | ses errements sous une autre forme. L’unité de l’exsudation vers j laquelle tendent aujourd’hui plusieurs savants allemands, ces ana- | tomistes et micrographes qui jugent toutes les grandes questions de | la pathologie sans approcher du lit du malade , est pour nous un retour vers la confusion scientifique, et elle conduit évidemment à identifier l’exsudation inflammatoire, tuberculeuse et cancéreuse. Erreur profonde , doctrine funeste qui , loin d’avancer la science , n’est qu’un faux germe qui ne peut aboutir qu’à un stérile avortement. Nous reviendrons ailleurs , et par la suite , sur cette manière • de voir.
Revenons aux produits phlegmasiques. C’est surtout l’induration inflammatoire qui a été souvent confondue avec le squirrhe. On a favorisé d autant plus cette confusion, que l’on a regardé le passage de 1 une à 1 autre comme très possible, comme fréquent même. Voici quelques caractères distinctifs. L’induration inflammatoire n’est pas i saillante, bosselée, et n’affecte guère la forme d’une tumeur propre- «i ment dite. Diffuse et aplatie , elle se perd insensiblement au milieu I des tissus normaux. La surface qui recouvre une induration phleg- I masique est lisse , unie et sans rougeur, à moins qu’il n’y ait une ■ suppuration dans les parties profondes , et alors l’empâtement et I 1 œdématié particulière font facilement éviter toute méprise. La con- ■ sistance du produit inflammatoire n’est ni celle de la mollesse de i 1 encéphaloïde, ni celle de la dureté du squirrhe. Elle est plutôt élas- I tique, offrant cependant un certain degré de rigidité, et d’une dureté | ; plus grande lorsqu’elle siège sous le périoste ; la dureté alors uniforme distingue la périostite ou la périostose du cancer du périoste , ' dont la consistance est toujours mixte , dure par places , plus molle dans d autres. On a quelquefois pris du tissu encéphaloïde très mou , pour une collection purulente , et la méprise inverse a eu lieu égale- t ment. En tenant compte des antécédents , des douleurs locales et | irradiantes , de la mollesse toujours plutôt élastique du cancer mou , de sa délimitation plus stricte comme tumeur, de sa surface inégale et bosselée , un observateur judicieux hésitera rarement et une ponction exploratrice pourra au besoin lever tous les doutes. Si 1 on a affaire a un kyste purulent ou séreux , un filet de liquide sort par la canule ; si 1 on tombe dans du tissu cancéreux au contraire, la canule, au lieu d être mobile , se trouve plus solidement engagée, et s il sort quelque chose, c’est une pulpe molle que l’examen à l’œil
uiAiiNusru; DU (;A^(;EK. 161
nu, et, au besoin, le microscope, font reconnaître comme cancéreuse.
Lorsqu’on examine anatomiquement une partie qui est le siège d’une inflammation chronique, on trouve , outre le tissu cellulaire et les vaisseaux, les éléments primitifs de l’organe infiltrés d’une substance homogène composée surtout de fibro-albumine coagulée, bien .différente de la pulpe molle , grisâtre , demi-transparente , que le . squirrhe renferme dans sa charpente fibreuse , qui , de plus , s est substituée en entier aux éléments normaux de 1 organe. L examen microscopique montre dans 1 une 1 absence , dans 1 autre 1 existence des cellules cancéreuses. Nous indiquerons ici le jugement qu a porté sur cette différenciation l’un des grands chirurgiens de l’Allemagne, M. de Walther, qui dit, avec raison , que dans l’induration inflammatoire on a affaire aux produits d’une affection morbide plutôt : éteinte que persistante; la résorption , qui tend toujours à s opérer I en pareil cas, fait disparaître de plus en plus le produit d exsudation qui forme l’induration , et ramène ainsi l’organe à son état normal ,
1 tandis que , tout au contraire , les parties dans lesquelles le cancer est déposé s’éloignent de plus en plus de leur aspect normal , pour I être finalement tout à fait envahies par le produit accidentel. L in- -, duration inflammatoire peut rester stationnaire si elle ne se dissipe pas , tandis que le cancer est essentiellement envahissant de sa nature ; et ce qui peut être regardé comir.e le dernier terme presque do l’induration phlegmasique n’est encore pour le cancer qu’une période peu avancée de son accroissement , suivie bientôt de tous les signes fâcheux qui caractérisent sa marche. L’induration inflammatoire est un mal purement local ; la santé générale n’est troublée que lorsque les fonctions de quelque organe important sont directement lésées, comme celles du cerveau, du poumon, du foie, ou lorsque cette lésion est produite indirectement par compression , comme celle, par exemple, qu’exerce la phlegmasie de la glande thyroïde sur le larynx et la trachée-artère ; tandis que le cancer, outre cette action immédiate, exerce également une action médiate sur l’économie tout entière, sur le teint, l’état des forces, les fonctions digestives et l’innervation. La tumeur cancéreuse en grandissant infecte les glandes voisines, qui se tuméfient de plus en plus , s’immobilisent et deviennent à leur tour des tumeurs cancéreuses, tandis que la phlegmasie chronique laisse les glandes voisines intactes ou n’y produit qu’un engorgement peu considérable qui ne les rend en aucune façon immobiles ; et si le retentissement glandulaire est plus fort , il s’y forme plus volontiers un abcès qui s’ouvre au dehors qu’un engorgement homogène. L’âge
IlISlUlUli UKNÉRALK DU CANCKU.
et le sexe , enfin , dont nous avons déterminé les particularités pour
Je cancer, n exercent a peu près point d’influence sur la phlegmasie chronique. °
Nous n’avons envisagé, jusqu’à présent, que l’engorgement inflammatoire chronique avec intégrité des téguments. Nous allons mettre en parallèle l’ulcère qui en résulte et le cancer ulcéré.
Les ulcères d’origine inflammatoire n’ont point cette propension à une étendue toujours croissante, comme ceux qui résultent du cancer Il n’y a qu’une forme spéciale d’ulcères, celle que nous avons désignée sous le nom de cancroïde, et que l’on observe surtout à la face et au col de l’utérus, qui offre cette même tendance envahissante ; mais il y a un caractère fondamental qui fera toujours distinguer ces sortes d’ulcères de ceux qui résultent du cancer, c’est la structure de leurs bords et de leur base. En les examinant avec soin, on n’y voit que du tissu cellulaire induré, ou le tissu normal de l’organe généralement infiltré d’une matière blanche grisâtre que la compression ne fait point sortir sous forme de suc trouble et lactescent; l’examen anatomique simple , aussi bien que celui fait au moyen du microscope , démontre les éléments de l’exsudation inflammatoire, non purulente, fibro-albumineuse, que nous avons décrite plus haut, avec absence totale de tissu cancéreux, lequel, au contraire, ne manque jamais lorsqu’il s’agit d’un ulcère provenant d’une tumeur cancéreuse. Aussi trouvons-nous déjà, dans l’ancien Dictionnaire de médecine, la différence entre l’ulcère cancéreux cancroïde et le cancer ulcéré très nettement établie de fait. En poussant la dissection plus loin, on trouve ordinairement les parties au-dessous de l’ulcère simple dans leur état presque normal, épaissies quelquefois et légèrement hypertrophiées, mais nullement altérées dans leur structure fondamentale, tandis qu au contraire les parties qui se trouvent dans les environs ' du cancer ulcéré disparaissent par absorption et par substitution. Nulle part cette différence n’est plus frappante que dans l’estomac.
L ulcère simple montre une perte de substance de la muqueuse, qui plus tard peut s étendre aux tuniques sous-jacentes, mais dans une étendue toujours moins grande, à mesure que l’ulcère atteint les tuniques profondes, et tout autour de ces parties atteintes d’ulcération les éléments normaux sont faciles à reconnaître. Dans le cancer ulcéré du pylore, au contraire, toutes les membranes ont perdu leur structuie primitive aune epoque avancée de la maladie, et il est presque impossible de les retrouver au milieu de cette substitution cancé- ;euse, La maulie est toute différente dans l’ulcère simple d’origine
DlAljiNOSilC Uü CANCtU. 153
, intlammatoire, dans l’ulcère cancroïde et dans l’ulcère vraiment cancé- ; reux. Tandis que dans ce dernier le travail ulcéreux est sur la limite 1 entre la période d’accroissement et celle de l’infection de l’économie I tout entière , et s’accompagne de douleurs vives , d’engorgements I glandulaires circonvoisins, de dépérissement, et quelquefois de 1 apr, parition de tumeurs multiples, rien de pareil n a lieu dans 1 ulcère î chronique simple. Quant à l’ulcère cancroïde, sa marche diffère selon ( la place qu’il occupe. Fort grave au col utérin, il y produit les hé- 1 morrhagies, l’écoulement fétide et les accidents fâcheux du cancer i- lui-même, dont il diffère par sa structure et sa nature plus locale.
1. L’ulcère cancroïde de l’estomac tend au contraire à la réparation, ï ce que prouvent les cicatrices rayonnantes, si fréquentes dans cet J organe, et qui ne reconnaissent pas d’autre origine. La mort peut r survenir dans ces cas, à la vérité, par l’érosion d’une artère, par la ^ perforation, s’il n’y a pas d’adhérences préalables ; mais la guérison est i la terminaison la plus fréquente , et les cas de prétendus cancers de 1 l’estomac guéris se rapportent ordinairement à l’ulcère cancroïde. A ^ la face, l’ulcère peut persister pendant des années avec un état parjfait de la santé générale, et nous ne voyons sa marche devenir très envahissante, que lorsqu’il atteint les surfaces muqueuses. A la lèvre 1 inférieure, des accidents fâcheux pour la santé générale arrivent î plus tôt, à cause de la difficulté que ces ulcères opposent à l’alimeniitation, sans compter que c’est là et à la verge que le cancroïde se (' rapproche le plus du vrai cancer par son extension au voisinage et ' par l’infection des glandes voisines, tout en montrant une structure S différente et l'absence de généralisation comme produit accidentel. Ç Quant à la dégénérescence des ulcères simples en ulcères cancé- <j reux, nous ne l’admettons pas plus que pour les engorgements non ô ulcérés. Il est certain que le dépôt cancéreux peut exciter autour ! de lui un travail phlegmasique, l’observation journalière le démon- : tre; mais ce que nous n’avons jamais vu, pour notre compte, c’est ' qu’une inflammation primitive ait fourni une exsudation susceptible I de devenir ensuite cancéreuse , et c’est en cela que nous différons ' totalement de l’école qui admet la dégénérescence des ulcères. L’ulcère n est pas une maladie, mais un mode de terminaison des mala- • dies les plus diverses, reconnaissant tantôt pour cause une irritation purement locale , tantôt un trouble circulatoire avec nécrotisation moléculaire des tissus, tantôt enfin une tendance éliminatoire de l’organisme.
Nous avons déjà parlé de l’ulcère cancroïde. Il nous reste à dire
IIISIOIIIK (WiNKUALli DU CANUKU,
deux mots du diagnostic entre le cancer et la tumeur épithéliale can- / t croide. Nous serons court, parce que nous consacrerons un chapitre î spécial à ces productions. .^4
La tumeur épidermique ou épithéliale, d’aspect souvent verru- 8 queux, fait ordinairement saillie au-dessus du niveau de la peau- sa I surface est inégale, sa consistance plutôt élastique; si l’enveloppe ■ épidermique commune disparaît par places, on aperçoit de petites I éminences allongées, coniques, assez vasculaires, que l’on reconnaît I aisément déjà à l’œil nu et mieux au microscope, pour des papilles 1 hypertrophiées que nous avons aussi bien rencontrées dans quelques J cancroïdes du col utérin qu’à la surface de la peau. Après un certain temps de durée, quelquefois de très bonne heure, on voit au niveau H de cet engorgement une petite fissure qui s’agrandit, se recouvre de ■ croûtes, et au-dessous de laquelle on reconnaît indubitablement les ■ papilles engorgées. Si 1 on a affaire au contraire à un cancer cutané, I on II observe qu exceptionnellement un engorgement secondaire des I papilles; le siège du mal est alors ordinairement plus profond, entre I les lames du derme, où l’on reconnaît une substance molle, infiltrée I d’éléments cancéreux, et, dans un grand nombre de cas, d’éléments I mélaniques.
L’examen microscopique différencie encore plus le cancroïde épi- H thélial du vrai cancer. Ici, cependant, il est bon que l’observateur H possède déjà non seulement l'habitude du microscope, mais aussi
j dans 1 appréciation que donne seule une observation
très intelligente, dans laquelle on tient autant compte de l’ensemble H (l aspect que de chaque élément particulier. C’est alors qu’on trou- S vera toujours l’immense majorité des cellules dans les tumeurs épi- H dermiques incontestablement différentes des cellules du cancer, «t Leurs larges parois aplaties et souvent plissées, la petitesse propor- jU tionnelle du noyau, la zone transparente si fréquente autour de ce- 8 lui-ci et qui répond à une seconde paroi, le contenu grenu du noyau, 8 établiront, pour la majorité des cellules, des différences marquées ; 1 de plus, on rencontrera à peu près constamment dans les tumeurs J épidermiques ces globes concentriques d’épiderme que nous avons J décrits avec soin plus haut, et qu’on ne rencontre jamais dans le 8 cancer, tandis qu au contraire, ces belles cellules mères, si fréquentes 3 dans le cancer, ne se trouvent point dans les tumeurs épithéliales. Si, || malgré tous ces caractères d’une valeur très grande, on tient trop ^ e.xclusivement compte de quelques unes des cellules éjndermiques I qui montrent de grands noyaux et de grands nucléoles, on ne pour- ■ I
UlAliNüSTlC Dli CANCEU. *
rail point, a'après celles-ci seules, (HnUir le .llngnnstic, .1 <-el- '■'■‘l' i imais^ le nombre des éléments franchement épulenmqnes et totale - .ment dilférents des cellules cancéreuses est toujours si grand , qu il ilaiit y mettre de la mauvaise volonté ou avoir peu d expéiieiicc dans ces iTcherches, pour rester longtemps dans le doute. Le fait estiiue tMM. Robin, Broca, Follin et moi, nous avons examiné souvent jcliacun de notre côté des portions de ces tumeurs, et que nous soiiiiines toujours arrivés à un résultat identique, La marche des deux «affections est bien différente aussi. Le cancroide épiderinniue est !une maladie curable, tandis que le cancer ne 1 est pas. L un est une 'maladie locale, l’autre est une afTection générale. Lun enlni est l’alteration d’un élément normal, tandis que 1 autre est la substitu-
tion d’un élément nouveau. • « <
Nous ne pouvons pas indiquer ici les caractères différentiels entre
les productions d’origine sypliüitique et le cancer. Nous aurons l’occasion d’y revenir en parlant du cancer du testicule , de a verge , etc. En thèse générale , tous les produits syphilitiques se distinguent par l’absence d’un élément spécial. Les éléments hbroplastiques, épidermiques et autres qu on y rencontre , diffèrent trop de la cellule cancéreuse pour que le doute , par rapport au cancer, puisse exister longtemps. Si l’engorgement siège au testicule, une ponction exploratrice suivie de l'examen microscopique du tissu qui en sort éclairera le chirurgien. Dans le doute, un praticien éclairé aura encore, pour fixer le diagnostic , le succès ou 1 insuccès d un traitement antivénérien suffisamment complet, qui , en pareil cas, est d’autant plus de rigueur qu’il peut guérir là où la nature ne le peut pas, et qu’au fait, si le mal est cancéreux, il ne peut gutie aggraver la position du malade , pourvu qu’on évite la salivation ■et les autres accidents dus à un traitement mercuriel mal dirigé. Du reste, c’est surtout l’iodure de potassium que l’on emploira dans
I ces cas.
i Parmi les tumeurs superficielles et cutanées , il y a une espèce lî assez rare qui pourrait être facilement confondue avec le cancer. '• Ce sont celles qui se composent d’une hypertrophie cutanée circoni scrite. On trouve dans ces cas, sur une portion généralement hyper- } trophiée du derme, des tubérosités plus saillantes et dans lesquelles - le travail hypertrophique s’est davantage concentré. Mais on constate l’absence complète d’adhérences et d’altération des parties sous-jacentes ; le mal à marche lente et bénigne se borne à l’épais- ■ seur du derme; les glandes voisines ne s’engorgent point; la santé
HI.STÜIUK GÉiNÉKAlÆ ÜIJ CANCKH.
générale reste intacte. L’examen anatomique de ces tissus montre un travail d hypertrophie simple , des éléments du derme avec infiltration graisseuse, l’absence d’infiltration de tout suc d’apparence cancéreuse , et dans les tubérosités saillantes on trouve en outre des éléments fibro-plastiques comme base du tissu.
Les tumeurs érectiles , lorsqu on les observe chez un petit enfant, ^ légèrement saillantes seulement, avec leur caractère type, ne peuvent pas être confondues avec le cancer. Mais lorsque la tumeur a duré depuis un certain temps, et que dans l’intervalle des vaisseaux dilatés une certaine quantité de tissu cellulaire et fibro-plastique ! s’est formée, les erreurs de diagnostic sont plus faciles. En lisant les observations sur le fongus hématode dans les auteurs, on est frappé de la confusion qui y règne sous le rapport de la détermination de la nature du tissu, et sous cette dénomination on a tour à tour confondu les tumeurs simplement érectiles et le vrai cancer. Aujourd’hui on est assez généralement d accord pour envisager le cancer hématode i comme un cancer ordinaire dans lequel la vascularité est très déve- j loppée. Mais on a dit qu une simple tumeur érectile pouvait avec le 1 temps dégénérer et devenir cancéreuse. Nous n’avons jamais rien observe de pareil ; les tumeurs érectiles d’aspect douteux que nous avons vu extirper comme cancéreuses n’étaient autre chose que des tumeurs devenues avec le temps volumineuses, et dans lesquelles les éléments fibro-plastiques s’étaient fortement développés. Leur position superficielle, la plupart du temps sous- épidermique , et leur longue durée, leur couleur lie de vin, les différencient ordinairement. Nous en avons vu dans l’épaisseur de la langue, dans l’épaisseur du muscle brachial antérieur , dans la trame de l’extrémité articulaire d un os. Dans ces cas le diagnostic est plus difficile; mais le développement lent, l’absence de toute lésion circonvoisine, sur- , tout 1 examen anatomique après l’opération, peuvent toujours différencier les deux espèces de tumeurs. La consistance de la tumeur érectile, a moins qu’elle ne siège dans l’os, ce qui est infiniment rare, ' est d une mollesse élastique; avant l’opération, on peut la faire mo- ' mentanément diminuer d’une manière bien sensible, par la compres- ' sion, en faisant refluer le sang par les troncs vasculaires. Après l’opération , on voit sur une coupe fraîche les ouvertures de nombreux vaisseaux coupés , et dans leurs instertices du tissu cellulaire adipeux ou musculaire, et la compression n’en fait nullement sourdre le suc caractéristique du cancer. Au microscope, on y reconnaît comme base des réseaux vasculaires, et entre eux du tissu cellulaire