‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 19 sur 113 · DIAGNOSTIC DU CANCER · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DU CANCER

) avec des éléments fibro-plastiqiies et des vésicules du tissu adipeux;

on y constate quelquefois un état hypertrophique des nerfs et du 8 tissu musculaire voisin. Les parties qui se trouvent dans le voisinage de ces tumeurs sont presque intactes. L’influence sur 1 état général de la santé est nulle. La marche , comme la durée . est lente et tout j à fait chronique; leur origine est presque toujours congéniale. En un mot , rien de plus différent que la tumeur érectile et le cancer fl hématode ; et plus la science avancera , moins on comprendra qu’on ; ait pu, dans le temps, confondre ces deux affections.

G Parmi les tumeurs cutanées, il y a une espèce qui n’est que ra- (| rement confondue avec le cancer : ce sont les tumeurs enkystées I de la peau qui proviennent d’une glande sébacée altérée. Cepent dant j’ai vu des tumeurs de ce genre s’enflammer et s’ulcérer et être ^ prises pour des ulcères cancéreux. J’ai observé une petite tumeur i de ce genre, extirpée du sein , qui avait été prise pour un squirrhe.

I Dans un autre cas , j’ai été dans le doute sur le diagnostic i jusqu’au moment de l’opération. Une femme âgée de trente-cinq ans avait subi à Montpellier une opération pour une tumeur dans la région orbitaire. La plaie se cicatrisa, et peu de temps après la malade vint à Paris. Une tumeur se développa à la nuque , à la base des cheveux, et, au bout d’un an après la première opération, une seconde j fut réclamée pour la tumeur qui s’était formée en dernier lieu. Elle i était très dure , mal délimitée , adhérente à la peau , qui était U rouge et vivement injectée à son niveau. J’hésitai, dans mon dia- ) gnostic, entre une tumeur squirrheuse sous-cutanée et une tumeur 1 enkystée au niveau de laquelle la peau se serait un peu enflammée. M. Follin, qui m’aida pendant l’opération , partageait mes doutes. Je circonscrivis dans une ellipse toutes les parties malades, et f j’opérai ainsi partout dans les parties saines. La réunion de la : plaie eut lieu par première intention, et la malade, opérée il y a bientôt trois ans, continue à jouir d’une bonne santé. La dissection de la tumeur montra que nous avions affaire à une tumeur enkystée remplie en partie de concrétions calcaires et ayant contracté des adhérences avec toutes les parties ambiantes qui étaient dans un état subinflammatoire. Les cas de ce genre sont rares. Leur origine, la forme de la tumeur pendant longtemps circonscrite et arrondie sous la peau, l’absence de tout engorgement glandulaire voisin, l’absence de douleurs, l’état intact de la santé générale, malgré la longue durée de la maladie , rendent dans ces cas le diagnostic facile; s’il restait des doutes, la dissection de la

lllSTOIUlv CI>MiHAt,K DII CANCliH,

pi^co, aprrs l’opc^ratinn , Ips lèverait infaüliblement. Si une tumeur enkystée siégeant au crâne s’est ulcérée , on peut ordinairement l'emonter à une violence extérieure comme cause , et lors même qu’un travail inllammatoire ou hypertrophique a duré pendant un certain tem])s dans les parois de ces tumeurs , l’examen microscopique n’y fait voir que des éléments fibro-plastiques et l’absence surtout de ceux du cancer. Quant aux caractères ordinaires de ces tumeurs athéromateuses, il est inutile de les passer en revue ici.

Les tumeurs graisseuses ne peuvent guère non plus être confondues avec le cancer. Ce n’est que lorsque leur surface a été irritée soit par une longue pression avec frottement, soit par l’emploi intempestif des caustiques, que parfois l’erreur devient possible. Ce])endant leur consistance et leur aspect lobulé ont quelque chose de particulier qui les fait distinguer de toutes les autres productions morbides. Leur marche lente et le bon état de la santé démontrent aussi leur nature bénigne. Si le moindre doute existait, il serait levé i après 1 operation, par 1 examen des tissus et par l’observation microscopique. j

Des tumeurs fibrineuses résultant d’un ancien épanchement sanguin ont été plusieurs fois, à notre connaissance, confondues avec le cancer, et l’erreur y devient facile lorsqu’on admet la fausse doctrine qu’un caillot sanguin peut se transformer directement en tumeur cancéreuse. Cependant la consistance de ces tumeurs n’a ni la dureté du squirrhe, ni la mollesse de l’encéphaloïde ; les parties voisines restent intacte.s ; la tumeur , loin de grossir , tend plutôt à diminuer. Elle n a point atteint graduellement le volume qu’elle offre ; et qu elle soit la conséquence d’une violence externe ou de la rupture momentanée d’un vaisseau, toujours est-il qu’elle a acquis à peu près d emblée tout son volume. C’est surtout au sein et dans le testicule que les erreurs de diagnostic de ce genre ont été plusieurs fois commises. Il va sans dire que l’examen après l’opération éclaire facilement le chirurgien sur la nature non cancéreuse de ce produit.

Les tumeurs mélaniques simples ont été souvent confondues avec le cancer, et cette erreur a trouvé un certain appui dans le fait, que la mélanose non cancéreuse peut devenir constitutionnelle et se rnontrer dans un grand nombre d’organes à la fois. Mais , d’un autre coté , les tumeurs mélaniques different par leur structure du cancer mélané. Dans ce dernier, les cellules cancéreuses sont des mieux ca- ■ ractérisées, tandis qu’elles manquent totalement dans les tumeurs mélaniques où l’on ne trouve d’autres éléments microscopiques que

DlAliNOSTIC mi CANCER.

ides granules et des grains pigmentaires, lesquels n’ont rien de caractéristique et n’oftrent pas la ressemblance la plus éloignée avec les éléments du carcinome. Dans un cas de mélanose de l’orbite que nous avons examiné tout dernièrement , il y avait une telle quantité de cristaux de cholestérine, que déjà à l’œil nu ce tissu paraissait parsemé de paillettes brillantes. Le tissu mélané dur a quelque chose de plus sec, de plus franchement noirâtre que le tissu du cancer mélané, qui, au contraire, est mou, pulpeux, boueux, grisâtre; et, à i part la coloration différente, on y reconnaît les caractères les plus i tranchés du suc cancéreux. On trouve quelquefois dans ces tumeurs I mélaniques du tissu cellulaire en quantité très notable. Nous obser- I vons fréquemment , en outre , la mélanose sous forme de pigmen- I tation exagérée dans une foule de maladies , et surtout dans les affections chroniques des voies respiratoires, et, chez les enfants, dans le tube digestif. La plupart des chevaux blancs ou gris ont des tumeurs mélaniques sous la queue, et pourtant la mélanose générale

et constitutionnelle est chez eux plus rare. Cependant nous avons observé des exemples fort remarquables d’une extension constitutionnelle générale ; nous avons constaté , entre autres , chez un cheval, des milliers de tumeurs mélaniques qui existaient à la surface du poumon, sur toute l’étendue du péricarde, dans le foie, dans la rate, sur le péritoine et sur une foule d’autres points. Nous avons fait dessiner plusieurs de ces altérations que nous comptons faire connaître plus tard dans notre iconographie pathologique.

On sait que la mélanose existe en quantité très considérable et

par masses nombreuses et disséminées autour des tubercules du périil toine, et il ne viendrait , à coup sûr, à l’idée de personne de parler A dans ce cas de la complication des tubercules avec le cancer mélap nique, de même que les vétérinaires se moqueraient avec raison du I médecin qui croirait les chevaux blancs atteints de cancer lorsqu’ils t'! portent des tumeurs noires sur quelques points du corps. C’est une ti étrange exagération également , que de vouloir envisager la mélau nose comme cancéreuse, parce qu’elle peut devenir constitutionnelle V et générale. Les maladies syphilitiques , scrofuleuses et tubercu- I leuses, deviennent constitutionnelles et donnent lieu à des altérations I multiples, sans que personne les identifie pour cela avec le cancer. iJ Ainsi , pour nous, la mélanose, de même que le tissu colloïde, n’est è pas cancéreuse par elle-même ; mais on les rencontre souvent i accidentellement dans des tumeurs vraiment cancéreuses.

I' L hypertrophie glandulaire a bien souvent donné lieu à des erreurs

flISTOinE CÉNÉRALK DH CANCER.

de diagnostic. C est surtout dans la glande inaminaire que ces engorgements , ces hypertrophies partielles, ont été confondus par presque tous les chirurgiens avec le cancer. Aussi ce sujet nous paraît-il tellement important que nous consacrerons un chapitre spécial à cette maladie qui , évidemment , n’a pas le moindre rapport avec le cancer, et qui , par conséquent , ne doit pas même être comptée parmi les affections cancroïdes. Anatomiquement , on y trouve, comme caractère distinctif, les lobes, les lobules et les vésicules terminales de la glande mammaire avec leur épithélium particulier que le microscope fait facilement distinguer des cellules du cancer. Sous le rapport clinique on constate que ces tumeurs sont ordinairement mobiles, roulantes, d’une surface inégale et grenue, sans adhérences avec la peau, sans altération du mamelon, à moins de complication avec des kystes, sans retentissement sur les glandes lymphatiques voisines, et que l’état général de la santé se conserve intact. En un mot, le diagnostic, comme nous le démontrerons dans le chapitre spécial , est non seulement possible , mais il peut même rigoureusement être posé, dans la grande majorité des cas, avant l’opération.

L’hypertrophie des glandes lymphatiques a été également confondue quelquefois avec le cancer. Il est rare que beaucoup de glandes lymphatiques deviennent hypertrophiques à la fois , et dans ce cas elles forment une agglomération en forme de grappes qui n’a aucune ressemblance avec le cancer. Lorsqu’une seule glande ljunphatique est le siège d’une hypertrophie, elle forme une tumeur considérable, mais à surface unie, ovoïde, d’une bonne consistance , et peu adhérente aux parties ambiantes. Son siège est ordinairement au cou ou dans le creux axillaire, où un certain nombre de ces glandes peuvent simultanément acquérir un volume très considérable. M. Velpeau insiste avec raison dans ses leçons sur la facilité de leur énucléation. Ces tumeurs glandulaires hypertrophiques se comportent en tout point comme des affections tout à fait locales, sans réaction fâcheuse sur les parties voisines, sans retentissement sur l’organisme tout entier. Le cancer des glandes lymphatiques, au contraire, est ou la conséquence d une tumeur considérable dans son voisinage , ou une maladie primitive. Dans le premier cas , le diagnostic n’est pas difficile, et, dans le second, la maladie est d’emblée plus générale; les glandes malades sont plus disséminées ou forment de bonne heure des masses agglomérées plus considérables. Leur accroissement est plus rapide et la santé générale ne tarde pas à s’affecter.

DlAONOSTir. DU UANCF.H.

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, Tout , en un mot , indique qu’on a affaire ù une maladie g(^n(^rale. i Quant à la structure des glandes lymphatiques hypertrophiées, elle , est on ne peut plus différente de celle du cancer. L’aspect d’une coupe fraîche est homogène, d’un jaune rosé ou d’un rouge plus vif,

; et au microscope on reconnaît , outre des fibres fines et ténues , des 1 petits globules et noyaux que l’on rencontre dans toutes les glandes :f lymphatiques , et qui , pour la dimension et l’aspect , sont totaleî ment différents des cellules du cancer ; en outre on y observe soui vent des éléments fibro-plastiques. Ici encore la différence est tranchée entre l’hypertrophie et le cancer : l’une n’est que l’exagération I de 1 état physiologique , tandis que l’aulre fait disparaître l’élément '1 normal pour lui substituer un tissu nouveau et en tout point hétéro- (( morphe.

1 Nous arrivons à un point de diagnostic qui mérite une attention > spéciale. C’est l’analyse des caractères différentiels des tumeurs fibroi plastiques et des tumeurs de nature cancéreuse.

^ Les dimensions ne peuvent guère servir de caractères différentiels, car il y a des régions où les tumeurs fibro-plastiques peuvent de- :i venir très volumineuses : ce qui est le cas , par exemple, pour celles ; qui se développent dans la cuisse, et qui sont presque toujours con- ) fondues avec l’encéphaloïde. Mais leur surface offre déjà quelque f différence marquée ; elle est ou complètement lisse ou uniformément let régulièrement lobulée. Ces lobules sont petits dans les tumeurs f fibro-plastiques des méninges où ils varient entre le volume d’un grain 3 de chènevis et celui d’un petit pois, tandis que dans les tumeurs de la cuisse, les lobules sont plus volumineux : ils ont le volume d’une cerise et au delà; nous n’y observons ni l’extension diffuse, ni la sur- ; face irrégulièrement bosselée de la plupart des tumeurs cancéreuses. fi Le tissu fibro-plastique est d’une mollesse élastique, et en le comprinnant, onn’en fait sortir qu’un suc séreux, ou tout au plus une espèce |de pseudo-suc dans lequel, au premier abord, des grumeaux de tissu peuvent être pris pour du suc trouble; mais en les délayant dans ;1 eau, on voit bientôt que ce liquide n’en est point émulsionné. Ces tumeurs sont ordinairement bien nettement délimitées, entourées d’une enveloppe fibro-celluleuse qui les sépare de toutes les parties ambiantes ; aussi les voyons-nous atteindre, dans les membres, le volume d une tête d enfant et au delà, sans que les muscles, les nerfs, les os soient altérés, a part le déplacement et un peu de distension. Dans 1 encéphale, où cette tumeur tire ordinairement son origine des méninges, elle peut comprimer diverses parties des centres nerveux,

niSTOIKE GÉNKIlAfÆ T)ll CANCER.

se creuser une cavité dans la substance cérébrale, sans contracter avec elle des adhérences intimes, et sans y produire une infdtration diffuse ou irradiante. Le caractère essentiel qui fera disparaître tout vestige de doute est fourni par l’examen microscopique. Que le tissu fibro-plastique se rapproche de celui que nous avons décrit comme fibro-colloïde et qu’il offre un aspect gélatineux transparent, qu’il soit rose et médiocrement vasculaire ou d’un rouge plus vif, couleur de chair musculaire, toujours y constate-t-on l’absence de toute cellule cancéreuse et l’existence constante des éléments fibro-plastiques, de cellules pâles et finement grenues de 0"'"*, 015, renfermant un noyau rond ou ovoïde de 0“‘'“,005 à 0“™,0075, aplati et à nucléoles indistincts et punctiformes ; il y a beaucoup de petits noyaux libres, quelquefois des cellules mères qui renferment un certain nombre de ces petits noyaux, un grand nombre de fibres fusiformes qui renferment dans leur intérieur un noyau allongé , ne dépassant guère 0'““>,005 de largeur; beaucoup de fuseaux dans lesquels le noyau n’est à peu près pas visible, et enfin toutes les nuances du tissu fibreux ; en un mot, toute la série de formes intermédiaires entre la cellule et la fibre , éléments dont la différence avec le cancer est d’autant plus incontestable , qu’on les examine avec de plus forts grossissements. Il faut être singulièrement préoccupé de conceptions théoriques ou n’avoir observé qu’avec des grossissements insuffisants, pour être conduit à confondre entre eux tous les éléments microscopiques. C’est ainsi que l’on arrive à cette doctrine étrange : qu’il n’y a point de différence entre le globule pigmentaire de la choroïde, l’épithélium, la cellule du cartilage, celle du cancer, l’élément fibro-plastique, le corpuscule du tubercule et le globule purulent. Et lorsqu’on est parvenu à ce beau résultat , on s imagine avoir combattu à outrance l’ontologie. Si l’ontologie consiste à reconnaître que la phlegmasie, l’affection tuberculeuse et le cancer sont trois maladies différentes, fait que ces unitaires nient, nous sommes évidemment obligé, n’en déplaise à cette école, de nous déclarer partisan de cette ontologie.

La tumeur fibro-plastique laisse la santé générale intacte; le mal reste local, et aujourd’hui que nous possédons pour notre compte un très grand nombre d’observations de tumeurs fibro-plastiqueset fibreuses, la plupart avec autopsie, nous pouvons dire que dans la grande majorité des cas ces deux espèces de produits accidentels sont de nature purement locale, et offrent des caractères particuliers tant anatomiques que cliniques. Cependant il y a des cas

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