C.WCKK DF, S UH<;aNKS DF \.\ DÉNKK A l lO.N
trent parfois. La partie non cancéreuse de l’ovaire peut devenir le siège d’une hypertrophie comnie caverneuse. Parmi les lésions secondaires , nous citerons comme fréquents les épanchements et infiltrations de sérosité , et comme moins fréquentes des altérations de la muqueuse des intestins.
2« Les symptômes du cancer des ovaires consistent dans l’apparition et le développement rapide d’une tumeur dans l’une ou les deux régions ovariques , tumeur molle et lobulée au début, se compliquant souvent des signes des kystes ovariques. Des douleurs et des malaises prononcés , ainsi qu’une altération profonde de la santé générale , surviennent de bonne heure j le ventre devient de plus en plus volumineux, ce qui donne lieu à des sjanptômes de compression du côté du tube digestif , du côté de la vessie et des vaisseaux de la cavité abdominale. Des altérations fonctionnelles des voies digestives et urinaires et des suffusions séreuses en sont la conséquence.
3“ La marche de la maladie est assez rapide, elle ne dépasse guère un an en moyenne 5 le diagnostic repose surtout sur cette marche et sur 1 atteinte portée à l’état général. Le pronostic est mauvais, à peu de modifications près.
4® Le traitement ne saurait être que palliatif, la cure radicale est impossible; l’extirpation doit être complètement rejetée. Une bonne hygiène, l’emploi des narcotiques , des ponctions palliatives , même réitérées , lorsqu’il y a complication avec une hydropisie enkystée , sont les seuls moyens à mettre en usage.
SECTION III
CANCER DE LA GLANDE MAMMAIRE
Nous arrivons ici à une partie de cet ouvrage qui nous fournira 1 occasion de démontrer toute l’importance qu’il y a à distinguer d’une manière nette et précise les affections cancéreuses de celles qui ne le sont pas : les unes incurables, d’un pronostic fâcheux ; les autres, au contraire, susceptibles d une guérison complète ou d’une parfaite innocuité, lors même que ni le bistouri ni aucun traitement interne ne leur sont opposés.
Nous décrirons ainsi successivement le cancer de la glande mammaire et les diverses affections hypertrophiques que nous voyons
CA^CEIl DE LA GLANDE MAMMAIHE. 325
encore journellement confondre avec le cancer, même par les chirur- . giens les plus distingués.
Le travail qu’on va lire est le résultat du dépouillement de i soixante-deux observations. Le nombre des cas de cancer du sein
1 que nous avons observés est bien plus considérable ; mais , fidèle à
t nos principes , nous ne baserons nos descriptions que sur des docua ments exacts.
Comme le nombre des matériaux contenus dans cet ouvrage est (} très grand, nous sommes obligé de les résumer d’une manière fort :fe succincte. Aussi ne pourrons-nous , à notre regret, faire intervenir a la statistique que sur un nombre restreint de questions ; cependant I nous ne la négliprons en aucune façon, chaque fois qu’il s’agira 1 d une question où son intervention seule pourra donner des renseii gnements d’une valeur réelle.
§ !*'■. Anatomie pathologique.
Nous décrirons successivement les tumeurs cancéreuses de la .. glande mammaire elle-même, et celles qui , d’une manière secon- 6 daire , se déposent à leur suite sur divers points de l’économie. Nous ajouterons ensuite quelques particularités sur des altérations non
( cancéreuses que nous avons eu occasion d’observer dans les cas de : cancer de la mamelle.
1“ Tumeurs cancéreuses du sein.
Les variétés du cancer du sein décrites par les auteurs n'ont point eu pour principe de classification leur composition histologique, mais des caractères purement extérieurs et fortuits. C'est ainsi qu'on a décrit un cancer rameux, ligneux, apioïde, napiforme , réticulaire atrophique, hypertrophique, sans compter la division plus généra e en squirrhe encéphaloïde et colloïde , cancer mélanfque ,
perdre°dl’vue le Pe“ physiologique, et sans
leurs
1 • . J ^ ■ '^‘^U5c-ci, que noms decnrons en détail plus
dèlinhr ^ 1 r ’ ^"bstance molle qui renferme beaucoup de globules, soit dans un suc liquide, soit à l'état de coagulaHon
Une 7’ S''®®' des nmlières colorantes et des vaisseaux’
Ine forte proportion de fibres donne à la tumeur une consistance solide qui, depuis la consistance élastique, peut aller jusqu'à cell
CANClill DBS ülUiANES DE I.A DÉNÉllATlON.
du fibro-cartilage le plus dense. Ce sont les traînées du tissu cellulaire hypertrophié ou de nouvelle formation autour des dépôts cancéreux qui produisent les irradiations rameuses. La prédominance de l’élément globuleux et mou constitue la tumeur molle , l’encéphaloïde. Un plus grand équilibre entre l’élément fibreux et l’élément cellulaire donne les formes intermédiaires entre le squirrhe et le cancer médullaire. Des infiltrations partielles de graisse, lorscju’elles sont déposées par granulations distinctes , constituent le cancer réticulé de Müller; ces éléments gras infiltrent-ils une portion plus continue de tissu, on obtient ce tissu d’apparence tuberculeuse que nous appelons phymatoïde (<pu|ua, tubercule; fuixaroilo-n; , phyma- i toide, ressemblant au tubercule). Lorsque le squelette fibreux du I cancer renferme dans ses mailles un tissu gélatiniforme , on a la ' variété colloïde qui renferme des cellules cancéreuses et surtout de grandes cellules mères dans une substance intermédiaire demitransparente, et qu’il faut distinguer de la substance gélatiniforme anhyste et du tissu fibro-colloïde, qui n’est autre chose qu’une variété du tissu fibreux ou fibro-plastique. La vascularité, enfin, est-elle fortement développée , on a la forme hématode , plus fréquente dans l’encéphaloïde, mais que nous avons aussi observée dans le squirrhe. Quant aux matières colorantes , mélanose ou xanthose, on les trouve en trop petite quantité dans le cancer du sein pour qu’ elles puissent ^ en constituer des variétés.
A. Le cancer dur , fibreux^ le squirrhe, est l’affection la plus fréquente ; nous l’avons rencontré dans les 3/5®® des cas observés par nous; dans 1/5® le cancer était mou et encéphaloïde, et dans 1/5® il était élastique et présentait les caractères intermédiaires entre le cancer fibreux et le cellulaire. Nous n’avons vu le vrai colloïde carcinomateux qu’une seule fois dans le sein.
Le carcinome dur, le squirrhe, offre les caractères suivants : Il a une bonne consistance qui varie entre la fermeté d’un tissu élastique dense et celle du cartilage. On reconnaît à l’œil nu, et mieux encore à la loupe , une trame d’un blanc grisâtre comme filamenteuse, dont les interstices sont occupés par un tissu plus mou , d’un jaune grisâtre ou rosé ; tout le tissu est infiltré d’un suc trouble et lactescent; c’est dans cette forme que l’on rencontre de préférence un semis de granulations ternes du volume d’une tête d’épingle ou d un grain de chènevis, et quelquefois du tissu phymatoïde. La vascularité est fort inégale ; nulle par places , elle est plus prononcée par îlots ; elle est rarement générale. A mesure que la maladie fait des
CANCER DE LA (iLANDE MAMMAIRE. 327
<j progrès, les tissus qui entourent le cancer s’infiltrent de ses éiért nients, ce qui produit des liaisons intimes avec les parties sous- I jacentes et avec la peau qui le recouvre ; celle-ci devient d’abord
i adhérente , ensuite rose , d’un rouge violacé , puis elle s’érode et
f s’ulcère. Le tissu de la tumeur qui correspond à cette partie super-
I ficielle est parfois très rouge et hypérémié et d’une consistance plus
i molle que les parties les plus profondes. Cependant l’hypérémie et lé le ramollissement n’accompagnent pas nécessairement ce travail g ulcéreux ; sa principale cause est l’extension du carcinome , ainsi que 5! les adhérences qu’il fait subir aux parties qu’il recouvre , ce qui , .1 dans cet état, empêche leur extensibilité. L’opinion généralement f répandue que le cancer se ramollit toujours comme le tubercule n’est .1 basée que sur une fausse analogie. Quant aux caractères de l’ulcère 3 cancéreux que nous avons observé avec détail dans 1/4 de nos obî servations , nous en parlerons a l’occasion de la symptomatologie.
Le squirrhe commençant est souvent entouré de beaucoup de 1 graisse, et l’on peut suivre des traînées du tissu morbide entre les lo- I bules adipeux ; la fréquence de ce fait rend compte de la quantité no- £ table de graisse que l’on rencontre presque toujours dans le cancer du 3 sein ; c’est peut-être à l’absorption de cette graisse qu’est dû en i partie le développement des granulations ternes et du tissu phymatoide qu’on y rencontre. Dans six des tumeurs que nous avons disséquées, les conduits galactophores étaient encore reconnaissables ; au centre de la tumeur, verticalement sous l’auréole. C’étaient des cordons de 2 à 3 millimètres d’épaisseur, d’un blanc mat, d’une - rigidité prononcée et englobés dans le tissu squirrheux , ainsi que dans le tissu cellulaire hypertrophié, ce qui, naturellement, les privait complètement de leur extensibilité. Nous les avons vus aussi très ratatinés et sur le point de disparaître. Tel est, en elfet, leur sort dans les progrès ultérieurs de la tumeur, et leur altération est une des causes de la rétraction du mamelon. Quant à un cancer pécial des conduits galactophores, nous ne l’admettons pas plus que le cancer primitif des cloisons fibreuses de la glande.
La variété très dure du squirrhe s’est rencontrée dans des circonstances très diverses, aussi bien dans les tumeurs commençantes et pc-u volumineuses que dans celles qui avaient duré depuis très lon^emps, et nous n’y voyons autre chose qu’une variété d’emblée mais nullement une phase ou inférieure ou terminale de développement. La première opinion a été soutenue par ceux qui admettaient •lue le squirrhe ne devenait cancéreux que par le ramollissement. La
CANCKH DKS ()U<;ANES DE I-A DÊNÉHATION.
seconde opinion a été soutenue parM, Virchow (]), qui croyait y voir une espèce de tissu cicatriciel ; nous discuterons plus loin cette manière de voir. Nous avons , du reste , ordinairement rencontré une quantité assez notable de suc cancéreux et des cellules bien caractérisées dans cette variété très dure du squirrhe.
Le suc cancéreux subit quelquefois des altérations ; c’est ainsi que la compression peut le faire sourdre sous forme concrète et comme vermicellée; d’autres fois il n’y a presque pas de suc liquide, et en raclant avec le scalpel ou en comprimant, on n’obtient que des petits grumeaux demi-transparents, remplis cependant de cellules cancéreuses. On dirait du suc coagulé. Une fois nous avons vu le suc tellement riche en éléments gras qu’il graissait le scalpel.
Une autre variété du squirrhe est celle où le tissu offre un aspect jaune pale et lardacé 5 le tissu fibreux dans ces cas est moins abondant et moins brillant. On rencontre ces tumeurs quelquefois comme enkystées, ce qui tient à une condensation du tissu cellulaire qui entoure la tumeur. Chez les femmes âgées on observe une forme de squirrhe occupant le centre de la mamelle et entouré de tissu mammaire ratatiné, c’est le cancer atrophique de M. Cruveilhier. Quant au dépôt pigmentaire, nous n avons noté que 3 fois des petites masses mélaniques dans le squirrhe, et 4 fois une teinte safranée d’un jaune orange (xanthose) ; cette dernière coïncidait toujours avec une infiltration grasse abondante, et nous l’avons même observée dans l’intérieur de vésicules adipeuses avec absence complète de tout élément d’épanchement sanguin. Ceux-ci sont rares, du reste, dans le squirrhe de la mamelle.
Les tumeurs squirrheuses sont loin d’acquérir les grandes dimensions dont l’encéphaloïde est susceptible ; cependant , lorsque le squirrhe occupe la mamelle tout entière , nous lui avons vu acquérir le volume des deux poings. La plus grande extension du squirrhe que nous ayons observée affectait plutôt la forme de plaques étendues , de 2 à 3 centimètres seulement d’épaisseur , mais de 10 à 15 de longueur et de largeur.
B. Le cancer mou^ encéphaluide, offre sur une coupe fraîche une teinte jaune pâle, ou jaune rosé, ou même d’un rouge plus vif, quelquefois livide, teinte qui dépend du degré du développement vasculaire; aussi le fongiis hématode du sein n’est-il généralement pn.s
(1) Virchow, Archlv, far Physiologie and Pathologie. Berlin, l8iS, t. J, p. UU.
CANCER DE LA CLANDE MAMMAIRE
autre chose qu’un cancer médullaire très vasculaire. La distribution des vaisseaux est, du reste, souvent fort irrégulière dans la même tumeur ; les épanchements apoplectiformes, sans être fréquents, le sont cependant bien plus que dans le squirrhe de la mamelle. Ce tissu jaune rosé offre ordinairement une consistance élastique molle. Une seconde forme d’encéphaloïde du sein, qui existe seule,
" ou alterne avec la première, est celle d’une pulpe blanchâtre, très molle, ayant réellement une ressemblance marquée avec la substance ; blanche du cerveau ; elle est, du reste, tout aussi riche que la pre- : mière en suc cancéreux.
Les granulations ternes et le tissu phymatoïde y sont bien plus i rares que dans le cancer fibreux. On y observe , par contre , des ; kystes uniques ou multiples qui peuvent atteindre le volume d’une ' pomme et au delà, et qui sont remplis d’un liquide clair et gluant ou rouge brun, par suite d’un épanchement sanguin. Nous n’avons ' jamais observé ces kystes dans le squirrhe du sein. Nous avons plu- ; sieurs fois trouvé des abcès au milieu de tumeurs encéphaloïdes de la mamelle ; deux fois la suppuration avait lieu dans l’intérieur d’un , kyste. Nous avons observé aussi la gangrène d’une énorme tumeur ) cancéreuse , provoquée par l’opération de la ligature en masse.
1 Deux fois nous avons trouvé des concrétions ostéoïdes au milieu de
I cette substance, sans qu’il y ait eu cependant présence de vrai tissu osseux.
Quant au volume , les tumeurs que nous avons examinées ont varié entre le volume d un œuf de poule ou de dinde et celui d’une tête d’adulte ; leur forme était généralement arrondie, bosselée et largement lobulée. L ulcération y est beaucoup plus rare que dans le cancer dur , quoique de bonne heure aussi le bout du sein se rétracte et s’enfonce, pour ainsi dire, au centre des bosselures cancéreuses. Nous n’avons pas pu reconnaître de vestige des conduits galactophores dans cette forme de carcinome. Deux fois la conservation d un certain nombre de lobules glandulaires a pu être constatée, et une troisième fois nous avons lait la même remarque dans un petit squirrhe commençant; mais d’ordinaire le tissu mammaire isparaît promptement dans toute la circonscription de ces tumeurs.
C. Les tumeurs cancéreuses élastiques^ intermédiaires entre le squirrhe et 1 encéphaloïde ont, nous l’avons vu, existé dans 1/5“ de nos observations ; elles étaient composées d’un tissu jaune pâle homogène, élastique et luisant, ne montrant qu’à la loupe une trame 1 reuse, fine et blanchâtre; les granulations ternes s y sont égale-
CANCER DES ORCUNES DE LA GÉNÉRATION
ment rencontrées. Le suc était le môme que dans d’autres tumeurs • une fois nous l’avons trouvé à demi concret. Les conduits galactophores étaient 2 fois assez bien conservés ; le tissu phymatoïde s’y est rencontré 2 fois , la xanthose 1 fois ; nous avons enfin vu plusieurs tumeurs où les tissus squirrheux , encéphaloïde et intermédiaire, existaient avec leurs caractères distincts dans les diverses parties, nouvelle preuve de leur identité fondamentale. Quant au volume, les tumeurs élastiques tiennent également le milieu entre les deux autres variétés. Nous ne leur avons point vu dépasser celui du poing.
D. Colloïde cancéreux . Nous n’avons vu qu’une seule fois le vrai cancer colloïde dans le sein, et bien différent du tissu fibro- colloïde bénin, que nous décrirons avec détail a 1 occasion de l’hypertrophie mammaire. Les principaux caractères de ce vrai colloïde ont été indiqués plus haut.
Examen microscopique. — Nous avons mis un soin tout particulier à étudier au microscope les tumeurs du sein qui se sont présentées à notre observation , et nous avons fait un si grand nombre de descriptions détaillées, accompagnées de mesures micrométriques très multipliées , que nous pouvons donner les détails qu’on va lire comme le résumé d’un vaste ensemble de recherches. Si nous n’en donnons que l’extrait, c’est afin de ne pas fatiguer le lecteur en entrant dans trop de détails.
Nous attachons une valeur d’autant plus grande aux caractères spéciaux des cellules cancéreuses dans les tumeurs du sein, qu’étant bien reconnaissables dans l’immense majorité des cas, les rares exceptions de cellules peu caractérisées ne sauraient infirmer la règle, et que , de plus , l’aspect particulier des cellules implique toujours un mode d’être spécial. C’est ainsi que la cellule propre au cancer se rencontre toujours dans un blastème diffus, dans un tissu homogène ou fibreux , tandis que la cellule épithéliale , que l’on rencontre dans l’hypertrophie mammaire , a des caractères distinctifs bien tranchés de celle du cancer, et se trouve groupée comme expansion membraneuse régulière et interne dans des lobules glandulaires qui ont une forme tellement typique, qu’il suffit de les avoir vues une fois pour ne plus jamais se méprendre sur leur nature.
Les cellules cancéreuses complètes, dans le sein , renferment un ou deux noyaux ; elles sont pâles et contiennent des molécules fines tant qu’elles ne sont pas infiltrées d’une graisse granuleuse ; leur forme est irrégulière ou arrondie ; quelquefois un certain nombre de noyaux
CANCER DE LA GLANDE MAMMAIRE. 331
sont renfermés dans des lambeaux membraneux de blastème. L’extrême variabilité même des enveloppes et de l’entourage du noyau constitue un des bons caractères du cancer. La dimension moyenne des cellules complètes est de 0““,02 à 0*““,25; elles atteignent quelquefois et dépassent même 0““,03 ; nous les avons vues en minimum de 0"““,015, abstraction faite des cellules naissantes et incomplètement formées. Nous avons cru remarquer que les cellules cancéreuses étaientgénéralement petites lorsqu’il existait une infection cancéreuse rapidement développée sur un grand nombre de points de l’économie. Dans quelques pièces, les cellules complètes étaient rares, et 3 fois nous les avons vues exister en si petite quantité, qu’on n'en trouvait qu’un fort petit nombre. Il y avait alors beaucoup de noyaux bien caractérisés. Les cellules mères renfermant 5 à 6 noyaux, et au delà, variaient entre 0“™,04 et 0““,06 ; nous avons une fois vu, dans un cancer colloïde , des cellules qui avaient jusqu’à 0™"‘,2. Les noyaux ont une forme aussi constamment arrondie , ronde ou ovoïde , que les cellules complètes sont variables de forme ; les dimensions moyennes de ces noyaux oscillent entre 0"i'n,01 et 0““,015, et il n’est pas rare de les voir atteindre 0"’“, 02. Celles qui sont elliptiques, ont généralement 1/3 de plus de longueur que de largeur. On rencontre souvent, à côté de noyaux complets et volumineux , d autres qui sont plus petits et à l’état de développement incomplet : ce sont de jeunes noyaux dont le volume varie entre 0"*”',004 et 0“'“,006 ; les plus petits sont ternes dans leur intérieur , tandis que d autres montrent déjà un nucléole : aussi les plus jeunes noyaux ressemblent-ils à des nucléoles bien développés.
Les nucléoles sont généralement bien visibles ; cependant nous avons trouvé, dans près de 1/5» des cas, que les noyaux, d’ailleurs très caractéristiques, renfermaient tellement de granules et de grumeaux, ou étaient infiltrés d une graisse confluente de façon à rendre les nucléoles difficilement reconnaissables. Le plus souvent il n’y avait qii un seul nucléole, plus rarement deux, et exceptionnellement trois et au delà, d’un aspect terne particulier; leur volume moyen varie entre 0n>n',0025 et O"™, 0033 ; nous les avons vus atteindre 0“®,004
à 0n*n.^005 et renfermer alors quelquefois des nucléoles secondaires.
Les globules granuleux, si fréquents dans le cancer, sont régulièrement arrondis et ont, en moyenne, un volume de O*"*", 02 à 0"'"«,03. Nous avons démontré depuis longtemps que ce n’était autre chose que des cellules cancéreuses infiltrées de graisse, et que
CAMJEK IJE6 UU(JA^ES J)K LA l.^:^EKA HOA,
c étaient ces globules granuleux qui étaient l’élément constituant des granulations ternes qui, en grand, reflétaient l’aspect et surtout la teinte de ces mêmes globules. L’infiltration granuleuse ou graisseuse confluente bornée au noyau nous a paru plus rare que celle du globule tout entier.
Le tissu phymatoïde montre également les éléments cancéreux mêlés de beaucoup de graisse ; les premiers quelquefois ratatinés et dans un état de dessiccation incomplète.
La graisse se trouve presque toujours en quantité notable dans le cancer du sein, et outre l’infiltration granuleuse, nous l’avons souvent rencontrée a 1 état de gouttelettes, quelquefois si nombreuses, que les cellules cancéreuses en étaient masquées 5 en même temps elles nous ont paru remarquablement pâles dans ces circonstances. Une seule fois nous avons trouvé au milieu d’une tumeur encéphaloïde considérable de véritables vésicules adipeuses formant un tissu continu, pâle et blanchâtre, et d’un aspect complètement différent de celui des lobules adipeux interposés souvent à la circonférence de ces tumeurs. Nous avons toujours trouvé, comme nous
I avons déjà dit, la teinte jaune-orange conjointement avec les éléments gras , colorant les gouttelettes et les vésicules de graisse , et se trouvant en outre sous forme armorphe et irrégulièrement granuleuse. Nous avons, déplus, constaté la présence de cristaux de cholestérine et une fois de margarine au milieu de ces éléments gras.
Les fibres, très abondantes dans le squirrhe, ont des contours marqués, et sont ou isolées, ou groupées par faisceaux, tantôt ondulées, tantôt roides, entremêlées toujours de beaucoup de fibres élastiques.
II serait irrationnel d’admettre que toutes ces fibres ne sont que celles de l’organe primitif; évidemment il y a dans le cancer production défibrés nouvelles ainsi qu’hypertrophie de lames cellulaires. Il n est pas très rare d’y rencontrer des corps fusiformes et fibroplastiques.
Les épanchements sanguins sont liquides dans les kystes et y montrent beaucoup de globules sanguins bien reconnaissables; lorsqu ils sont interstitiels, ils offrent ou la forme d’ecchymo.ses diffuses, ou lorsque l’épanchement est plus ancien, celle d’une matière grumeleuse plus ou moins décolorée. Ce genre d’épanchement est , du reste, plus rare dans le sein qu’ailleurs.
La mélanose se montre sous forme de dépôt granuleux ou globuleux , ou sous celle d’infiltration pigmentaire des cellules cancéreuses.
(lANCEK DE LA (JLANDE MAMMAIKE.
Nous avons étudié avec un soin tout particulier le mode d’altération de la libre musculaire et du tissu osseux, dans les dépôts cancéreux secondaires. Nous protestons ici encore contre le terme vicieux de transformation. Le dépôt cancéreux qui se fait dans l’interstice des libres musculaires, ou dans la membrane médullaire des os, fait disparaître les éléments de ces tissus par absorption et par i compression, et de plus les vaisseaux chargés de la nutrition normale de ces parties paraissent avoir changé de rôle et ne plus charrier, pour ainsi dire, que les éléments nutritifs du cancer.
En examinant au microscope les adhérences qui s’établissent entre le mamelon et les parties sous-jacentes, on y trouve du tissu cellu- 1 laire, tantôt simplement hypertrophié, tantôt mêlé de tissu cancéî reux englobant les conduits galactophores ratatinés , et atteignant ans un certain nombre de cas, les lames profondes du derme; c’est î alors que la circulation, réduite à un moindre espace, doit produire 1 un état hypérémique de la surface, et bientôt un travail érosif et ulî cereux s’établit par suite d’une circulation de plus en plus impossible.
. L ulcère cancéreux montre au microscope les globules spécifiques : plus OU .noms altérés et ceux du pus et du sang , les uns et les autres ^rarement en bon état ; quelquefois on y trouve des paquets entiers iMe fibres élastiques bien plus résistantes à la fonte cancéreuse que es fibres ordinaires ; de plus, une multitude innombrable de petits
vibrions recouvrent la surface de rulcération. '
^ Un fait important, que l'examen microscopique nous a révélé est
existence de globules cancéreux dans les glandules de l'aisselle à leine engorgées chez plusieurs malades qui avaient succombé aux .uites immédiates d une opération du cancer du sein.
Nous avons trouvé que des tumeurs, extrêmement dures met aient un obstacle au développement quantitatif des cellules 'tandis |ue les tumeurs très molles le favorisaient indubitablement et que uefois dune telle façon que les cellules se formaient en’mln, -
iënt"°‘ " développer individuellè-
Nous avons constaté une fois l'existence du suc cancéreuv d. is vaisseaux lymphatiques de la région axillaire Tp u ans les tumeurs même du sein. Lorsque des tumeurs can Leu^s listaient dans un grand nombre d'organes la forme et I ons des cellules étaient ordinairement les mêmes dans touV""”'' Lorsque 1 examen microscopique nous a révélé la iiersistâne d n.ts lobules glandulaires au milieu du cancer, nous tel
(lANC’.EK nus OlUiANE^; UK I.A UÉNKUATlUN,
néraleiHGTit irouvéti atropliiés et dépourvus de leur épithélium. Un dernier point à noter, enün, est la présence d’éléments fibreux et fibro-plastiques dans le tissu libro-colloïde que l’on rencontre quelquefois conjointement avec le cancer.
2" Infection cancéreuse consécutive au cancer du sein.
Nous possédons en tout 34 observations de cancer du sein , dans lesquelles l’autopsie cadavérique a pu être faite. Sur ce nombre , 25 nous appartiennent en propre ; les 9 autres nous ont été communiquées par notre amiM. Broca, 2 avec des observations complètes, et les autres en résumé seulement ; aussi les deux premières seules entreront-elles plus tard dans l’analyse de l’observation clinique. Pour ne pas toujours les grouper à part , nous dirons tout de suite ici que , sur ces 9 cas , 4 femmes sont mortes un certain temps après l’opération , dont 3 montraient l’infection cancéreuse et 1 l’absence d’infection, tandis que sur 5 femmes mortes des suites immédiates de l’opération, 4 fois il y avait absence et 1 seule fois présence de dépôts cancéreux secondaires.
Si, à présent, nous jetons un coup d’œil sur l’ensemble des 34 autopsies , nous pouvons les diviser en quatre catégories dont les particularités ressortiront dans le tableau suivant :
Infection Absence Somme
cancéreuse.
d’infection. totale.
Femmes mortes sans avoir été opérées. . 2° Femmes ou hommes (1) morts un certain
temps après avoir été opérés
3° Femmesouhommes(1)mortsde l’opération.
4“ Renseignements cliniques insuffisants. . .
Totaux. . . .
11 résulte de ce tableau que , dans 34 autopsies , l’infection cancéreuse a existé dans près des 5/7*® des cas , et qu’elle n’a manqué que dans les 2/7®*, proportion d’infection qui doit être classée parmi les plus fortes dans le tableau de la généralisation du cancer des divers organes. Nous avons , de plus , un enseignement fort utile dans ce tableau : c’est que sur 11 décès qui ont suivi de près l’opération , dans plus de la moitié l’infection manque, tandis que dans les 23 autres cas, elle n’a manqué que chez 1/6^ à peu près des individus, ce qui démontre évidemment que la mort, dans ces circonstances, a été trop précoce pour laisser à la maladie le temps de produire des
CANCER DE LA CLANDE MAMMAIRE. 335
dépôts secondaires et multiples. Hâtons-nous de faire observer tout I de suite ici qu’il ne faut pas prendre le chiffre de 11 individus morts I par opération comme chiflre proportionnel par rapport aux 34 décès,
I car nous y comptons les 5 cas de M. Broca, pour lesquels la proportion de mortalité , par rapport au nombre des opérés , ne nous a pas été indiquée. Notre proportion , à nous , est de 6 cas de mort par suite de l’opération , sur 34 individus qui l’avaient subie.
Nous arrivons à présent à la question de savoir quelle était l’affinité des diverses parties de l’organisme par rapport à ces cancers métastatiques et secondaires. Voici , avant tout, le tableau synoptique qui résulte du dépouillement des 23 autopsies dans lesquelles l’infection a eu lieu :
Système osseux
2° Glandes lymphatiques
3° Organes respiratoires
4” Les deux seins
5* Le foie
6“ Les muscles
7° La peau
8° La surface du cœur
9“ La dure-mère
10“ à 17” Le médiastin, la surface du pancréas, les ovaires, la veine cave , le trajet des gros vaisseaux I du thorax, celui des vaisseaux mammaires, la mem-
brane externe des artères , le névrilème , i fois chaque
\ 4 fois 9 »
, Nous voyons donc que , sans compter la fréquente extension du I cancer d un sem à l'autre, il y a surtout une prédilection non dou- ! teuse aux dépôts secondaires dans le système osseux , dans le foie I dans les glandes lymphatiques, dans les voies respiratoires, les
Î muscles pectoraux et brachiaux, et dans la peau, surtout celle des J parois thoraciques.
lorrr-m». ^ faire quelques remarques sur chacun de ces
g , par rapport aux dépôts carcinomateux métastatiques et
'•ésumé très succinct des cas les plus rearquables d infection que nous ayons observés, pour donner au lec-
r 'f' n y®'™™"® Pniii’ ainsi dire du mode d’extension et de mulmphcite de ces altérations.
1 osseux, infecté chez 14 sujets, a offert plusieurs fois
les dépôts multiples, non seulement dans le même os. mais même
:VM) llANCEK UEH OIU'.ANES DE l.\ (iÉNÉUATluN.
sur divers points du squelette. Nous avons trouvé 8 tois le sternum malade, 6 fois l’un des fémurs ou les deux fémurs, 4 fois les côtes, 3 fois les os du crâne , 2 fois les clavicules et 1 fois l’os des des. On a dit que , lorsque le cancer secondaire avait son siège dans les os , c’était surtout la partie médullaire de l’os qui en était le lieu d’élection. On y a évidemment trop généralisé; cependant cela est vrai pour le fémur, ainsi que pour le diploé des os du crâne. 11 en est tout différemment pour le sternum et les côtes, qui, tantôt sont atteintes par continuité , par usure , tantôt offrent des dépôts secondaires sous forme de tumeurs à leur face postérieure , tandis que leur intérieur, rarement le siège d’une véritable tumeur, est ordinairement plutôt infiltré de suc cancéreux. Nous avons enfin vu, dans la clavicule, l’extrémité articulaire tout entière se perdre dans une masse encéphaloïde dont le point de départ primitif aurait été difficile à déterminer. C’est dans les côtes et les fémurs que les fractures cancéreuses se sont présentées à notre, observation ; l’os atrophié et aminci se rompt alors brusquement dans un effort musculaire, le cancer pullule entre les fragments, et un travail incomplet de réparation, se bornant à de simples réseaux de matière calcaire, se fait à la surface et finit par constituer, au moyen de quelques plaques ossiformes , un cal des plus imparfaits. Le système osseux subit dans le cancer du sein une autre altération fort remarquable, savoir, une diminution générale dans la nutrition , qui a pour suite un amincissement, une plus grande flexibilité, des déformations comme rachitiques; en un mot, une véritable atrophie des os, tant dans leurs parties calcaires que dans leurs parties organiques.
2o L’infection cancéreuse des deux seins peut se faire de deux manières différentes. Dans quelques cas exceptionnels le cancer d’un sein s’étend à l’autre par continuité; mais le plus souvent les dépôts secondaires s’y font d’une manière indépendante , et même d une manière tout à fait tardive, et se distinguent en cela des récidives après l’opération qui, par contre, sont plus fréquentes dans la cicatrice ou dans les environs du sein primitivement affecté.
3“ L’infection des glandes lymphatiques est, on le sait, un des premiers signes de la généralisation du cancer du sein ; aussi le chirurgien qui doit opérer une de ces tumeurs les regarde-t-il comme de mauvais augure. 8 fois sur 9 nous avons trouvé les ganglions delà région mammaire, axillaire et sus-claviculaire affectés, et c’est surtout dans le cancer du sein que leur accumulation, dans le creux axillaire, produit l’œdème par compression dont nous parlerons plus loin. Chez
CANT.KR DE LA ('.LANDE MAMMAIRE
3 (le CPS 9 malades les deux n^^gions inguinales (étaient (également le si(îge de ganglions canc(5reux multiples ; une fois nous avons trouvé les glandes cervicales et une fois les glandes bronchiques cancéreuses. L’infection des glandes de la région mammaire et axillaire , appartient à l’infection précoce, tandis que celle des autres glandes est propre à l’infection tardive.
4® Le foie offre une aussi grande disposition aux dépôts secondaires dans le cancer du sein que dans les autres cancers externes, et , l’on y observe les masses multiples de l’intérieur de son parenchyme . aussi bien que les masses plus superficielles qui offrent une surface déprimée en forme de godet. M. Virchow a cru que cette dépression : était un signe de condensation et de retrait cicatriciel du cancer. Nous ‘ ne pouvons nullement partager cette manière de voir, et aussi bien I U la plèvre qu’à la surface du foie , cette dépression ne nous paraît I indiquer autre chose que le dépôt primitif de ces cancers dans le ! tissu cellulaire sous-séreux ; et comme ces productions ne franchissent I pas alors la surface du péritoine ou de la plèvre, mais croissent de L préférence du côté du parenchyme hépatique ou pulmonaire , de I dehors en dedans , on comprend aisément qu’elles entraînent une J portion de la surface de la séreuse, tandis que celle-ci est bombée, au contraire , lorsque les tumeurs cancéreuses se sont développées 1 primitivement de dedans en dehors. Il est digne de remarque aussi que le cancer du foie et des plèvres , dans le carcinome du sein , appartient aux dépôts tardifs, qui généralement vont en augmentant jusqu à la fin, et sont, par conséquent, bien loin de montrer la moindre ' tendance curative.
5o Les organes respiratoires s’infectent , nous l’avons vu, également avec une grande fréquence. Sur 9 cas , nous avons observé 6 fois des cancers secondaires dans les poumons, 5 fois des plaques grisâtres sous-pleurales , et 2 fois de nombreux réseaux lymphatiques à la surface des poumons remplis de suc cancéreux. Évidemment la fréquence des dépôts secondaires dans le foie et les poumons tient en premier lieu à l’infection du sang , qui tout naturellement produit de préférence les exsudations morbides dans les parties les plus vasculaires de l’économie.
6 Nous avons vu la peau devenir le siège d’une multitude de petits tubercules cancéreux dans ses lames profondes; 2 fois nous en avons rencontré dans celle des parois abdominales, et 5 fois dans e pourtour des seins cancéreux : il y avait alors plus de 100 tu- ^eicules squirrheux, dont le volume n’excédait pas celui d’un pois.
338 «’.ANCEU DKS (tU<iANR^ DF, I.A (,KNFUA l lON .
Ue plus , nous avons remarqué !2 lois que d’anciennes piqûies de sangsues étaient devenues le siège de ces petits squirrhes. H faut distinguer de ces tubercules tardifs, ceux plus précoces, résultant d’une irradiation par l’intermédiaire des lymphatiques sous-épidermiques et sous-dermatiques. Dans une de nos opérations pratiquées pour une maladie qui était loin d’avoir produit l’infection générale , nous avons enlevé un certain nombre de ces tumeurs très petites situées dans le voisinage de la tumeur principale.
T Les muscles étaient surtout malades dans la région pectorale proprement dite : c’était le cas 6 fois d’une manière prononcée et étendue, et 3 fois tous les muscles brachiaux offraient de très nombreux tubercules cancéreux ; 1 fois ces dépôts étaient si abondants, que réellement on n’aurait pas pu reconnaître qu’il s’agissait d’une partie charnue.
8“ Les plaques cancéreuses secondaires trouvées à la surface du cœur montraient une telle abondance d’éléments gras , que ce n'est que par une observation très attentive qu’il nous a été possible d’y reconnaître la présence des globules cancéreux.
9“ Nous avons vu que le cancer pouvait atteindre les vaisseaux, nous y avons observé les deux formes principales. La première est celle qui se développe de dehors en dedans et qui reste bornée à la tunique celluleuse , de même que les dépôts secondaires à la surface des nerfs ne franchissent guère le névrilème dans la majorité des cas. La seconde forme est très rare et très importante à connaître: c’est le cancer de la veine elle-même , qui en est alors remplie dans tout son calibre , et renferme un véritable encéphaloïde dans son intérieur. Nous en citerons tout à l’heure un exemple.
Avant d’analyser les altérations non cancéreuses de nos observations , nous allons passer en revue quelques uns des faits les plus remarquables d’infection. Quoique nous ayons consigné ce point dans nos observations d’une manière très détaillée , l’espace nous manque pour donner autre chose ici que l’indication très succincte des parties infectées.
1° Cancer des deux seins, des deux régions axillaires, de la peau des parois thoraciques et de l’abdomen, des ganglions inguinaux, du pariétal gauche, de la partie postérieure du sternum, de la surface des poumons, des glandes bronchiques, de la surface du cœur et du foie.
2“ Cancer des deux seins, de la surface interne de la dure-mère, de l’ovaire gauche, des deux fémurs, de la surface du cœur ; de plus, |)lus de 100 tumeurs dans le.s lames profondes du derme.
CANr.F.H DE I.A i.l.ANDK MAMMAIME.
Cancer des deux seins , de la partie interne de In voûte ernnienne, tumeur cancéreuse à la surface du cerveau, dépression d’une partie de l’hémisphère droit par une de ces tumeurs ; cancer multiple de la partie postérieure du sternum, sur le trajet des gros vaisseaux, sous la plèvre , dans les poumons , dans le foie et à la surface du pancréas.
4’ Cancer des deux seins, tubercules cancéreux multiples dans les muscles pectoraux et brachiaux, semis cancéreux dans les deux poumons et les plèvres, et dans la membrane médullaire d’un des fémurs, qui est le siège d’une fracture spontanée.
5“ Cancer des deux seins, tumeur cancéreuse à la surface du pou- 1 mon droit, cancer multiple à la face postérieure du sternum, cancer ' de l’intérieur de la veine cave supérieure, des veines sous clavières et ' brachiales entièrement remplies de matière cancéreuse dans une I partie de leur étendue ; les veines malades sont entourées de tissu f squirrheux ; le cancer du sein a atteint le sternum et les côtes à la sur- 1 face externe, le muscle pectoral est généralement infiltré de cancer.
6“ Cancer d’un sein, tumeur cancéreuse dans les clavicules, le ► sternum et les côtes , fractures cancéreuses multiples , cancer dans ' le foie.
Ces quelques exemples suffiront pour donner une idée de la multii plicité de ces lésions.
Lhiona non cancéreuses. — Nous avons été frappé de trouver I chez presque tous les malades qui avaient succombé aux suites imf médiates de l’opération les altérations non douteuses d’une pleu- ’ résie, des épanchements séreux ou séro-purulents , la rougeur in- ! flammatüire de la plèvre , etc. , et cela , ordinairement du côté où [ 1 opération avait été pratiquée. Aussi sommes-nous très disposé à • adopter l’opinion émise par M. Broca, dans son excellente thèse : sur la propagation de l’inflammation, opinion d’après laquelle, en i pareil cas, la pleurésie est la propagation directe du travail phlegma- ; sique consécutif à l’opération. Les malades qni meurent de l’opération et qui ne succombent pas à la pleurésie, meurent de l’érysipèle; nous verrons bientôt que la mortalité , après cette opération , est de près de 1/6*. La terminaison fâcheuse de ces pleurésies a quelque chose de frappant, car on sait, d’après les belles et profondes recherches de M. Louis, que la pleurésie survenant spontanément chez un individu bien portant guérit ordinairement La pleurésie de ces opérés du cancer offre, du reste, comme double condition de gravité d’être traumatique et de trouver déjà l’économie dans de mauvaises
340 tUNT.EIl DES OUDANES DF. I.A CKNÉKATION.
conditions. Nous avons aussi ohscrvf'* la péritonite , conjointement avec la pleurésie, à la suite de l’opération du cancer du sein.
Parmi les lésions non cancéreuses et non consécutives à l’opération, nous signalerons, avant tout, l’œdcme par compression , que nous avons observe 3 fois sur l’un des membres supérieurs , du côté où les veines étaient compritnées , mais non obstruées par des tumeurs cancéreuses , et une fois l'œdème des deux membres supérieurs et de la face consécutif au cancer interne de la veine cave supérieure, des veines sous-clavières et brachiales.
Le corps de ces sujets est généralement très émacié , leur tissu musculaire est facile à rompre, leurs os plus fragiles et leurs organes parenchymateux plus petits qu’à l’état normal.
Les organes digestifs, si souvent malades dans le cancer interne, ne le sont que très exceptionnellement dans le cancer du sein. Aussi n’avons-nous constaté l’état mamelonné et le ramollissement de la muqueuse de l’estomac , de l’intestin grêle et du côlon que d’une manière très exceptionnelle , tandis que l’inverse avait lieu pour le cancer de l’utérus. Les organes respiratoires, si souvent infectés de cancer, ne montraient que deux fois des tubercules récents.
Nous avons constaté trois fois l’existence de tumeurs fibreuses de l’utérus , et une fois celle d’un polype muqueux dans la cavité de l’organe. Les altérations suivantes, enfin , n’ont été notées qu’une fois chacune ; ramollissement des os du bassin et des vertèbres ; ramollissement du sternum et des côtes ; abcès sous-cutanés multiples et en partie sphacélés ; kyste de l’ovaire ; phlébolites des veines ovariques ; kystes séreux dans les reins ; tumeur graisseuse pédiculée adhérente à la surface du côlon ; mort , enfin , par suite du choléra, pendant la dernière épidémie.
§ II. Pathologie.
A. Sympfomafologie. — Le cancer du sein débute toujours comme maladie locale , et peut persister comme telle pendant longtemps, quoique ce fait ne prouve point que le cancer commençant soit une maladie purement locale. La tendance si grande à l’infection , lorsque la maladie parcourt toutes ses phases naturelles , constitue une différence incontestable entre ces tumeurs et toutes celles que nous appelons homœomorphes, et qui, constamment, sont l’expression d’une affection si nettement locale, que l’infection de l’économie n’y a lieu que dans des cas infiniment rares. C’est toujours dans
CANCER DE LA GLANDE MAMMAIRE
un des seins qu’une tumeur commence à être aperçue , et le cancer des deux seins n’est quela manifestation de l’infection tardive. Nous n’avons pas encore constaté la prédilection pour le sein gauche , signalée par quelques auteurs, et dans nos observations nous rencontrons un chiffre à peu près égal pour le début, dans l’un ou l’autre sein.
, Comme la marche de la maladie offre , pendant la première période , des différences pratiques importantes à connaître pour le squirrhe et pour l’encéphaloïde, nous allons décrire séparément leur début. Les tumeurs intermédiaires se rapprochent, pour la marche, tantôt de l’une, tantôt de l’autre, des deux formes. Avant d’entrer 1 en matière , nous ferons remarquer que nous distinguerons dans le cancer du sein trois périodes entre lesquelles il n’y a, du reste, point de limites bien tranchées. Ce sont : 1° le dépôt local du cancer ; 2“ son évolution locale caractérisée par l’augmentation de volume , l’ex- I tension aux parties ambiantes , et une tendance ulcéreuse pronon- ‘ cée ; 3“ 1 infection générale de l’économie , accompagnée ordinaire- 1 ment d’ulcération profonde du mal local et d’un dépôt multiple dans le système lymphatique, le sein du côté opposé , la peau , les os , le - foie, etc.
Le squirrhe commence ordinairement, dans la glande mammaire,
I sous forme d une très petite tumeur dont on ne reconnaît l’existence ; que lorsqu elle a déjà fait assez de progrès pour avoir environ le ' volume dune noisette ou dune amande. Un peu mobile au début, cette tumeur n est cependant pas roulante , comme nous le verrons plus tard pour 1 hypertrophie partielle. La peau reste normale, les douleurs sont rares, l’état général de la santé est bon , à part quelques cas exceptionnels et à marche rapide. Peu à peu la tumeur s accroît , et atteint successivement le volume d’une noix , d’un œuf de poule, etc. Au commencement , elle conserve encore une forme arrondie, mais à mesure qu’elle grandit, elle perd toute mobilité, et sa forme arrondie contracte des adhérences avec les parties ambiantes, sa forme devient diffuse et sa surface irrégulière. De bonne heure les malades souffrent davantage à 1 approche des époques menstruelles, quoique ce ne soit pas là un fait général . C’est à ce moment que, par la même raison, les malades s’aperçoivent souvent, pour la première fois, de l’existence d'une tumeur dans le sein. 11 en est de même lorsque, par hasard, elles se heurtent ou reçoivent un coup sur la région mammaire. D’après nos nombreuses recherches sur ce point, le coup a plutôt pour effet, dans ce cas, de faire apercevoir le sijuirrhe déjà
CANCER DES ORGANES DE LA GENERA I ION
tonné que de le provoquer. A mesure que la surface devient bosselée, on constate, en palpant, des irradiations diffuses de traînées indurées dans le proche voisinage de la tumeur. Abandonné à lui-même, lesquirrhe peut atteindre le volume du poing, et bien au delà ; mais il faut distinguer, sous le rapport du volume, le squirrhe qui commence par un point du sein seulement, et celui qui, d’emblée, occupe la glande mammaire dans sa totalité. Il y a deux raisons qui peuvent faire paraître la tumeur plus volumineuse qu’elle n’est en réalité; l’une est l’induration de tout le tissu cellulaire ambiant, lors même que celui-ci n’est pas encore cancéreux, et l’autre est l’abondance du tissu adipeux tout autour, chez les femmes qui ont un certain degré d’embonpoint. C’est même une variété bonne à connaître. Nous avons vu une fois le tissu adipeux si abondant, que tout autour du squirrhe, on reconnaissait ses lobules à travers la peau , comme c’est le cas dans certains lipomes. Le développement ultérieur du squirrhe a plutôt lieu dans le sens de la longueur et de la largeur que dans celui de l’épaisseur. Dès le début , la dureté , la consistance presque cartilagineuse de ces tumeurs donne à une main exercée la sensation particulière de la densité ferme et rigide du tissu squirrheux. Ces caractères, cependant , manquent dans les tumeurs intermédiaires. Le squirrhe très dur n’est, du reste, qu’une simple variété, et nous avons constaté cette extrême densité dans des squirrhes très petits encore et de date récente. Aussi devons-nous écarter toute idée de tendance curative et cicatricielle propre à cette forte consistance. Quoique le squirrhe conduise aussi bien à l’infection générale que les autres formes du cancer, c’est cependant celle que nous avons vue rester pendant le plus longtemps locale , pendant 1 à 2 ans le plus souvent, pendant 4, 6, 8, 10 ans quelquefois. Nous indiquerons plus loin les chiffres exacts de ces proportions.
L’encéphaloïde apparaît sous forme d’une tumeur molle et arrondie, qui bientôt offre une surface irrégulière et comme lobulée. D’emblée , d’une consistance molle et élastique, sa consistance paraît diminuer à mesure qu’il grandit, ce qui a lieu généralement d’une manière plus rapide que pour le squirrhe. Il n’est pas rare de lui voii' atteindre le volume de l’un ou des deux poings dans l’espace de 6 mois à 1 an ; des exemples d’encéphalo'ide qui avaient atteint le volume d’une tête d’enfant et au delà se sont plusieurs fois rencontrés. Cependant les tumeurs très volumineuses du sein , pesant de 2 à 3 kilogrammes et au delà , sont rarement encéphaloïdes ; ce sont plutôt des hypertrophies générales de la glande mammaire, ce qui
(.ÂiNCËH LA GLAiNDK MAMMAIHË.
» résulte de toute notre expérience personnelle et de la lecture attenj tive d’un certain nombre d’observations de ce genre publiées dans I divers recueils. A mesure que l’encéphaloïde grandit, il devient plus V superficiel et plus mou ; sa consistance est quelquefois si molle, que ■ le chirurgien perçoit en palpant une sensation trompeuse de fluctuation , qui a plusieurs fois engagé les praticiens à y plonger le bistouri , et à favoriser ainsi d’une manière fâcheuse l’ulcération et le
( développement de ces champignons saignants, qui accélèrent tou- I jours la terminaison fatale.
Nous avons observé plusieurs cas d’encéphaloïdes du sein , qui } pendant toute la durée de l’affection conservaient une bonne consis- ) tance élastique.
Si le squirrhe a de la tendance à contracter de bonne heure des i adhérences avec la peau qui le recouvre, avec les conduits galacto- I phores qu’il entoure, avec les muscles au-dessus desquels il est placé,
I l’encéphaloide montre à un degré bien moindre cette tendance enva- \ hissante pour son voisinage. Avant de suivre plus loin les progrès de la maladie, jetons un coup d’œil sur les autres symptômes de la i première période.
Nous avons constaté trois fois un suitement sanguinolent par le 1 mamelon chez des malades qui , plus tard seulement , ont eu des , cancers du sein. Les douleurs sont nulles au premier début, mais au I bout de quelques mois , un an, et exceptionnellement plus tard, les : malades commencent à ressentir des élancements passagers et subits,
^ comme des coups d’épingle, dans la tumeur et dans son voisinage. Ces douleurs deviennent plus fréquentes et plus intenses , et nous les avons vues atteindre, même antérieurement à tout travail ulcéreux, une telle intensité , que les malades en étaient privées de tout sommeil. La nutrition reste ordinairement encore bonne pendant les premiers temps ; mais à mesure que le mal local se développe, une altération de l’état général prend également naissance, le teint perd sa fraîcheur et son aspect normal, l’embonpoint et les forces diminuent, mais les douleurs , aussi bien que les autres symptômes , ne sont généralement a cette époque que le prélude de ce qu’on observera bientôt d une manière bien autrement prononcée.
Quoique débutant d’une manière différente , le squirrhe et l’encéphaloide convergent de plus en plus l'un vers l’autre à mesure que la seconde fiériode , celle du cancer confirmé , s’établit. C’est dans le squirrhe surtout que nous avons vu des adhérences s’établir en tous siMis , fixant d abord le mamelon pour lui donner ensuite un aspect
CANCLK DKS ORGANES UE l,A GÉNÉRATION.
ridé et pour le faire rétracter de plus en plus. A la suite de l’adhérence et de l’augmentation du dépôt cancéreux, la peau , adhérente ou rétractée , rougit tout autour du mamelon ; elle prend peu à peu une teinte d’un rouge cramoisi et presque violacé ; bientôt une érosion très superficielle se montre comme première solution de continuité, érosion qui ne tarde pas à se transformer en ulcère et qui prend de plus en plus, par la suite , les caractères de 1 ulcère carcinomateux.
M. Virchow attribue à l’adhérence et à la rétraction du mamelon une tendance curative, et compare cette dernière au retrait cicatriciel. Nous avons fixé toute notre attention sur ce point , car nous aurions été trop heureux de reconnaître une tendance curative dans cette maladie si obstinément incurable; mais nous ne sommes arrivé qu’à un résultat diamétralement opposé à l’opinion émise par notre savant ami. Nous avons, dans la grande majorité des cas, vu survenir l’adhérence et le retrait de l’auréole indifféremment dans le cours du cancer à marche progressive ou à marche lente ou plus ou moins rapide. Nous les avons observés aussi dans le cancer atrophique des vieilles femmes de la Salpêtrière; mais ici encore le mal local continuait à marcher nonobstant ce retrait et cette adhérence. Si nous analysons 27 de nos observations dans lesquelles l’adhérence et le retrait du mamelon ont existé, nous trouvons : 1® 10 cas dans lesquels l’adhérence existait dans un cancer dont la durée ne datait que de six à quinze mois , et à un moment où il faisait des progrès incessants. 2® Chez 10 autres malades, les adhérences étaient accompagnées de rougeur à la surface et de tous les signes qui précèdent l’ulcération. 3“ Chez 2 malades , l’adhérence existait dans un sein secondairement affecté d’une infection tardive qui fut suivie de la mort après l’accroissement continu du cancer développé en dernier lieu. 4® Chez 1 malade, le retrait reconnaissait pour principale cause le développement d’un kyste dans le voisinage du mamelon . 5° Chez 2 malades atteintes de cancer atrophique, le retrait du mamelon coïncidait, en effet, avec une marche très lente et en apparence bénigne. 6° Il nous reste enfin 2 cas dans lesquels les circonstances qui accompagnaient le retrait ont été trop variées pour qu’on pût attribuer aune seule d’entre elles une influence étiologique.
Si nous résumons, à cette occasion , les causes principales de la rétraction du mamelon, nous constatons les faits suivants : 1° L’ailhcrence a lieu par extension du dépôt cancéreux , par hypertrophie du tissu cellulaire et par inflammation adhésive consécutive à cette extension. 2“ Chez d’autres malades, les alentours du mamelon sont fortement bombés par l’accroissement de la tumeur ou par le deve-
CANCER DE LA GLANDE MAMMAIRE
loppeinent d’un kj^ste, ce qui donne tout naturellement au mamelon une apparence enfoncée et comme infundibuliformc. 3“ Dans la vieillesse même , le squirrhe atrophique n’est pas la conséquence unique d’une sorte de dessèchement du cancer, mais le ratatinement physiologique de la glande mammaire dans un âge avancé doit également y entrer en ligne de compte. 4° Il faut enfin se rappeler que la rigidité et la disparition finale des conduits galactophores que nous avons signalée dans la partie anatomique entrent pour beaucoup dans la facilité avec laquelle l’auréole, après avoir perdu son extensibilité et sa mobilité, subit la rétraction.
L’ulcère cancéreux survient, en moyenne, au bout de six à dixhuit mois. Nous l’avons vu profond et étendu déjà au bout de quatre mois, de même que nous l’avons vu survenir après sept et dix ans seulement ; mais ces cas-là sont exceptionnels. Les bords de cet ulcère sont durs, calleux, infiltrés de matière cancéreuse, recouverts tout autour de réseaux veineux abondants qui fournissent, lorsqu’ils sont trop gorgés de sang, des hémorrhagies par rupture.
Le fond de l’ulcère est d’un jaune verdâtre, recouvert d’exsudation puriforme; cependant on trouve quelquefois un fond d’un rouge vermeil et recouvert de bonnes granulations. Dans le premier cas,
1 ulcère exhale une odeur putride, parce que le tissu cancéreux sousjacent est dans un état de fonte gangréneuse et putride continuelle. Tout autour de 1 ulcère on constate l’existence du tissu cancéreux sous les téguments, et des adhérences intimes fixent à cette époque la masse cancéreuse tout entière aux muscles pectoraux et même au sternum et aux côtes. Nous avons observé plusieurs fois des ulcères cancéreux creux et cratériformes. Quant aux dimensions de ces ulcères, nous les avons vues varier entre la grandeur d’une pièce de deux francs et une étendue de 10 à 15 centimètres en longueur et en largeur. Lorsque 1 ulcération a succédé à l’encéphaloïde, son fond est bourgeonnant , des champignons cancéreux végètent et croissent à travers la solution de continuité de la peau. La vascularité , alors , est prononcée, les hémorrhagies plus fréquentes et le dépérissement général plus rapide.
L ulcération qui succède au squirrhe est celle qui s’étend le plus de pioche en proche, et qui, après avoir successivement détruit les tissus mous dégénérés, atteint les os, surtout le sternum et les côtes.
D un autre côté, il s étend en largeur jusqu’au creux axillaire dont TOUS 1 avons vu atteindre la limite postérieure.
Nous avons noté l’existence du cancer ulcéré dans la moitié de
CANCER ÜKS ORGANES UE LA (iENKRATlüN.
nos observations 5 tous les cas d’intection générale prononcée se trouvaient dans cette catégorie.
Nous nous sommes déjà expliqué sur la non-existence ou au moins l’extrême rareté de la guérison spontanée du cancer du sein. Nous rappellerons encore ici que nous avons vu des masses encéphalüïdes considérables se sphacéler et le fond se recouvrir d’une espèce de cicatrice, sans que cependant la marche générale en fût avantageusement modifiée. Nous en dirons autant du cancer atrophique des femmes avancées en âge, et nous aurons toujours présent à l’esprit le cas d’une dame âgée de soixante-dix-huit ans, qui, un jour, nous montra un petit cancer ratatiné du sein droit qu’elle portait, disait-elle, depuis longtemps, et pour lequel elle désirait seulement ; avoir quelque pommade qui empêchât le frottement du linge. Rien i de plus bénin, en apparence, que ce cancer ; cependant une infection | du système osseux du bassin et des membres inférieurs se déclara plus tard , et fit succomber la malade après de très grandes souffrances.
A mesure que la tumeur cancéreuse persiste et se développe, l’éco-
aujourd’hui que, si quelques exceptions paraissent se présenter de temps en temps, c’est que les malades n’ont pas vécu assez longtemps pour que la manifestation de l’infection ait eu lieu ; car si nous l’avons vue survenir le plus souvent dans un espace de temps qui variait entre un et deux ans et quelquefois même six mois , une fois même au bout de quatre mois de durée , nous possédons , d’un autre côté , plusieurs observations dans lesquelles le cancer du sein , après avoir paru constituer, pendant 7, 8 et 10 ans, un mal purement local , n’a été suivi qu’au bout de ce temps seulement des syrn- j ptômes d’infection qui ont entraîné la mort après quelques mois ou | un an de durée. L’autopsie, dans ces circonstances, démontrait la i généralisation de la maladie. *
Nous donnons, dans ce moment, des soins à une dame polonaise ] qui porte un squirrhe du sein depuis treize ans, et ce n est que depuis i deux ans seulement que les signes de la généralisation et la multiplication des tumeurs se sont manifestés.
Nous signalons, comme premier indice de la généralisation , j | rengorgement des glandes lymphatiques qui survient, selon que la marche est rapide ou lente, au bout de quatre à six mois, au bout d’un à deux ans , et c’est là le cas le plus fréquent , d autres fois, seulement au bout de 4 , 5, 6 ans et ]>lus tard encore, l^es glandes
CANCER DE CA GLANDE MAMMAIRE
: de la région axillaire se prennent ordinairement en premier lieu ; on voit plus tard survenir des engorgements sur le bord du grand pec- I toral, sur la région mammaire antérieure, et au-dessus des clavicules.
Le nombre de ces ganglions cancéreux peut devenir très considé- 1 rable, et, à mesure que l’infection des glandes lymphatiques fait des • progrès , nous voyons le creux axillaire du côté opposé , les gan- , glions cervicaux et les glandes inguinales se prendre. Lorsque des I tumeurs très notables comprennent, dans le creux axillaire, les vaisseaux qui se rendent au membre supérieur, celui-ci s’œdématie, fait sur lequel nous reviendrons bientôt. La compression des nerfs y pro- I duit le plus souvent un engourdissement et quelquefois des douleurs i très vives. Il est difficile de se rendre un compte exact du mode 5 d’extension de l’affection carcinomateuse à ces glandes lymphatiques ;
I nous serions assez porté à croire que les vaisseaux lymphatiques I qui s’y abouchent puisent la matière cancéreuse directement dans la I tumeur du sein.
I Nous ne nous représentons pas cependant cette propagation I d’une manière tout à fait mécanique, en ce sens que des vaisseaux I lymphatiques seraient érodés et charrieraient ainsi directement le I suc cancéreux avec ses cellules ; nous croyons plutôt que les vaisj seaux lymphatiques de la région occupée par la tumeur absorbent 1 par endosmose le blastème cancéreux qui, déposé dans les gan- 8 glions , donne lieu à la formation de cellules cancéreuses plus dé- ► veloppées et plus distinctes quelquefois que dans la tumeur de la I mamelle.
f A l’époque où les ganglions s'infectent , et souvent même avant , k le^ teint des malades s’altère et devient pâle ou plus ou moins jau- 1 nâtre , offrant alors le teint jaune-paille caractéristique. Le jaune r* ictérique est très rare, malgré la fréquence des tumeurs cancéreuses J dans le foie. Quelques malades qui avaient auparavant un teint coîloré montrent , pendant longtemps encore , au milieu de la décoloralüon générale, des plaques rouges aux pommettes. Ce n’est que tout : a fait à la fin que les traits deviennent pointus et effilés. L’altération <du teint coïncide à peu près constamment avec une diminution des forces et de l’embonpoint, diminution qui va en augmentant jusqu’à la fin. Ce n est que chez les femmes avancées en âge que plusieurs ois la maigreur n arrivait pas à ce degré de marasme que compor- :ait la généralisation de l’infection.
Après avoir été notablement altéré, l’état général delà santé de- ■ ient meilleur queh^uefois après les opérations, qui laissent un répit
CANCER DES ORGANES DE I,A GÉNÉRATION
dune certaine durée, et nous verrons bientôt qu’il n’est pas très rare, lorsqu’on opère un squirrhe, de ne voir le mal se reproduire qu’au bout de un à deux ans, plus exceptionnellement même après 3 , 4,7 ans et au delà. Lorsqu on n’a pas examiné de très près, dans ces circonstances, la nature du tissu enlevé, on serait porté à croire à une guérison, tellement l’amélioration générale est quelquefois manifeste. Le pathologiste expérimenté ne se laissera pas cependant tromper par ces bonnes apparences.
A mesure que les forces baissent, les malades sont obligées de garder le lit; mais ici encore nous trouvons une grande différence avec le cancer des organes internes. Nous n’avons vu qu’une seule fois une malade rester alitee pendant les derniers quinze mois. Un an même est déjà un temps exceptionnel, et en moyenne ce n’est que pendant les derniers quatre a six mois que ces pauvres femmes ne quittent plus leur lit. Il va sans dire que ce que nous venons de dire peut être modifié par des complications indépendantes de l’affection cancéreuse.
Les douleurs sont si constantes que nous ne les avons vues manquer complètement que deux fois, à la fin de la maladie, tandis qu’ordinairement elles atteignaient un haut degré d’intensité. Rares et passagères, pendant la première période, ce n’est qu’exceptionnellement qu’ elles sont intenses peu de mois après le début. Elles surviennent ordinairement dans l’espace de six mois à un an après la manifestation de la tumeur. D abord lancinantes et passagères, elles deviennent bientôt plus aiguës et plus fréquentes. Dans le squirrhe à marche très lente, nous avons noté leur apparition intense au bout de 4, 5, 7 et 10 ans seulement. La nature des douleurs est le plus souvent lancinante, quelquefois térébrante. Les malades les comparent souvent à des coups d épingle. Les tumeurs volumineuses , ou celles qui sont très dures, donnent lieu à une sensation de gêne et de tension pénible dans toute la région du sein. Habituellement sourdes et plus vives par moments chez quelques malades, elles sont si fortes et si continues chez d’autres , que celles-ci souffrent jour et nuit , et sont privées de tout sommeil. La douleur excitée par la pression ne se montre généralement que dans la seconde période. Nous avons vu des malades être autant tourmentées par une excessive démangeaison autour du sem malade que par les douleurs elles -mêmes. Siégeant ordinairement dans la région mammaire, les douleurs s’étendent fréquemment au bras correspondant, quelquefois à tout le côté. Les douleurs intercostales s’observent surtout à une période avancée. Les douleurs
f.ANCEK DE l,A CLANDE MAMMAIRE.
sourdes et profondes dans les os du tronn et des membres correspondent ordinairement à une affection consécutive du système osseux. Les changements atmosphériques n’influent qu’exceptionnellement sur l’intensité des douleurs ; elles sont plus fortes le soir et la nuit que pendant le jour; la chaleur du lit les augmente parfois tellement, que nous avons vu une de nos malades être obligée de passer la nuit assise sur une chaise ; elle fut opérée et succomba aux suites de l’opération. Nous ignorons jusqu’à quel point la compression seule ou des altérations inflammatoires et autres des nerfs sont cause . des douleurs. Le système nerveux en général est affecté, en ce sens que les malades sont agitées, inquiètes, tristes et découragées, et le I sommeil est toujours plus ou moins troublé, lors meme que les doui leurs ne sont pas très intenses.
Les organes de la digestion participent bien moins au trouble géï néral que dans les cancers internes et dans celui de la matrice.
I ous avons bien noté, dans nos observations, une diminution de )1 appctit allant jusqu’à l’anorexie, des nausées et des vomissements, ide la diarrhée et des douleurs de ventre ; mais tous ces symptômes ont été rares et exceptionnels. L’infection du foie donne lieu à peu i e signes. On constate son augmentation de volume et ses bosse- :■ ures par le palper; l’ictère y est très rare.
s'affectent que pendant les derniers = nois. Aous avons noté, cliez 8 malades que nous avons observées usqu a la fin naturelle, des douleurs thoraciques vives, de l'oppres-
Trrùafion de la 'r'' signes qui teniLt à
. irritation de la plevre par propagation de l’affection, ou à l'infection
.«ncéreuse pleuro-pulmonaire. La circulation ne se trouble que vers
fin le pouls est alors habituellement de 88 à 9Ü pulsations netit
^ faible ; nous ne l'avons note que 4 fois de 108 pendant les dern’iers
axillaire et sous-clavière pro-
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CANCIÎIt DKS OIK.ANKs DK l.A liKNKlU'l l( »N ,
f luis l’oxistence de IVactures canciTeuses spontanées ou excitées par un très léger mouvement.
La mort survient, dans la marche naturelle, par dépérissement général et ne s’accompagne que d’un affaissement extrême sans délire; l’agonie est courte et peu pénible. Les malades qui meurent de l’opération ofiVent ordinairement les symptômes de la pleurésie, rarement ceux de 1 infection purulente ; quelques unes meurent de l’érysipèle traumatique. La pleurésie, chez quelques malades, s’étend à travers le diaphragme au péritoine, et l’on rencontre alors les signes d’une péritonite suppurative.
Marche et durée. — Il est non seulement essentiel de bien connaître la marche et la durée des affections cancéreu.ses du sein pour le pronostic , mais bien plus encore pour le traitement à leur opposer. On sait que journellement les chirurgiens sont consultés , dans les hôpitaux et dans la pratique particulière, sur l’opportu nité de pratiquer l’opération pour des tumeurs du sein. Il est réellement bien étonnant qu’aucune bonne statistique n’existe sur ce sujet , et nous voyons une fois de plus , par ce fait , combien les notions vagues en pathologie entraînent de l’incertitude dans la thérapeutique. |
Nos matériaux sur ces questions n’oifrent , en aucune façon , des | chiffres aussi considérables qu’aurait pu les fournir la pratique si riche des hommes placés depuis longtemps à la tête des grands hôpitaux. Mais à défaut de matériaux plus complets, nous les donnons comme le commencement d’une statistique qui, à coup sûr, doit occuper dans 1 avenir toute la sollicitude des chirurgiens.
Nous avons des données sur la marche et la durée de 59 cas bien ^ observés de cancer du sein, durée qui, pour 27 d’entre eux, a pu être déterminée d une manière complète, en ce sens qu’elle va jusqu’à la î mort des malades, tandis que pour les 32 autres , elle n’a été notée ' que jusqu au moment où nous les avons perdues de vue. Mais comme, pour le plus grand nombre , ces malades étaient près de la fin , et qu elles avaient subi, la plupart, une, deux, ou plusieurs opérations, ces cas peuvent également nous servir pour la statistique des opérées.
Le premier point important à déterminer , est le moment où les malades se sont présentées pour subir la première opération , et la date, par conséquent, de l’affection à ce moment-là. Nous possédons là-dessus des données sur 34 cas , dont les 5/7®* à peu près offrent une durée de trois mois à deux ans , et les 2/7" une durée plus longue. 2 malades ont dû être opérées avant trois mois révolus;
t:\N(;i;n dk i,v (.i.anuh mammaimp.
mais ici, comme pour tous les faits do cette série, nous devons faire la restriction que nous n’avons pu faire dater le début que depuis le moment de la première manifestation des tumeurs , laquelle est de quelques mois postérieure à leur première formation réelle. 8 malades ont réclamé la première opération 3 à 6 mois après le début; 12, dont 3 pour chaque trimestre, dans l’espace de 6 mois à 1 an ; 5, dans l’espace de 1 à 2 ans ; 4, dans l’espace de 2 à 4 ans ; 3, dans l’espace de 4 à 10 ans.
Si nous jetons à présent un coup d’œil sur les récidives après une première opération, et sur l’intervalle qui a séparé cette première de la seconde, nous avons des données sur 21 malades. Nous arrivons, avant tout, au chiffre énorme des 2/5'* des secondes opérations nécessitées dans 1 espace de 1 à 3 mois après la première, ce qui donne, pour le début des récidives, un moment plus rapproché encore : 6 dé nos malades ont subi la seconde opération 3 à 6 mois après la première; 4, au bout de 1 à 2 ans ; 2, au bout de 2 à 3 ans , et 1 au bout de 8 ans seulement. Si nous défalquons des 34 malades opérées le nombre de 6, près de 1/6® des malades qui ont succombé aux suites immédiates de l’opération , nous trouvons sur les 28 qui restent, pour 21, c est-à-dire les 3/4, des données certaines sur une récidive , qui 2 fois sur 3 a lieu dans un laps de temps qui n’a péTs dépassé 6 mds , et dont un peu moins de 1/4 des récidives dans un temps de 1 a 3 ans. Nous voudrions bien donner les cas qui restent comme guéris^ , mais c’est peu probable. Ce sont des malades qui ont quitté 1 hôpital guéries d'une première opération , et qui ont été perdues de vue. Mais rien n’autoriseà leur supposer un meilleursort
que celui des malades que l'on a pu suivre et qui toutes ont eu des récidives.
Il faut que nous fassions cependant ici une restriction en faveur le loperation, dont nous ne sommes en aucune façon l'antagoniste quand meme. C est que nous avons vu dans quelques cas , rares il est vrai , des récidives ne survenir que plusieurs années après une première opération nécessitée au bout de 6 à 9 mois après la première manifestation de la tumeur, tandis que nous avons vu , au
nüriIT ’ f d<=s malades qui avaient
P^né des tumeurs cancéreuses depuis plusieurs années dans le
Nous avons également noté, chez 5 malades , une troisième opération pratiquée après une seconde récidive, 3 fois dans l'espace^de 1 li 3 mois après la seconde opération , I fois dans l'espace de 3 d
SiŸl CANCF.Il DKS ORCIANFS DE LA «iÉNÉRATlON.
G mois, Pt 1 fois clans l’ospace do G à 9 mois. Parmi les G ras de mort i
des suites immédiates de l'opération , nous trouvons 2 femmes opérées au bout de 3 à G mois après le début , et 4 chez lesquelles la maladie avait persisté pendant 1 à 3 ans. Nous n’attachons pas une ] grande valeur à ces derniers chiffres , cependant ils soulèvent la question ultérieurement à résoudre , de savoir si l’opération n’offre pas des chances de moins en moins favorables à n.esure que la I maladie a duré plus longtemps, et que, par conséquent, la constitu- | tion tend de plus en plus à se détériorer.
Jetons à présent un coup d’œil sur une autre série de faits, celle de 15 malades epi avaient été opérées, et qui ont succombé un certain temps après l’opération. Ici encore nous trouvons le chiffre considérable de près de la moitié, 7 en tout, qui ont succombé j
dans un espace de temps qui n’a pas dépassé 2 ans, tandis que chez I
7 autres la durée a été de 2 à 6 ans, et une fois de plus de 8 ans. ï C’est dans cette catégorie que se trouve un certain nombre des cas déjà mentionnés dans la statistique donnée sur le moment de l’opération ; mais 6 sur ces 15 appartiennent à des malades dont j’ai fait l’autopsie à l’hospice de la Salpêtrière , sans que j’aie pu recueillir des données certaines sur le moment précis de chaque opération , bien qu’en questionnant attentivement, j'aie pu déterminer assez bien la durée totale. Nous avons donc, en résumé, 40 de nos malades qui avaient été opérées , dont 6 ont succombé aux suites immédiates de l’opération ; sur 6 malades , nous n’avons pas recueilli des données précises sur le moment des opérations ; 21 malades ont eu des récidives, et 5 d’entre elles ont subi 3 opérations; 7 malades, enfin, ont été perdues de vue après avoir été guéries d’une première opération.
Nous arrivons à un second ordre de faits, au nombre de 19 , se rapportant à des malades qui n’ont subi aucune opération , et dont 6 vivent encore, tandis que 13 ont succombé. Parmi les 6 survivantes, nous en avons 2 chez lesquelles la durée a été de 1 à 2 ans ; 1, de 2 à 3 ans ; 2 , de 4 à 6 ans, et 1 de 12 ans. Parmi les 13 qui ont succombé, la durée totale a été une fois de 3 à 6 mois ; G fois de 1 à 2 ans ; 3 fois de 3 à4 ans ; et 1 fois de 12 ans. Nous allons donner, dans quelques tableaux synoptiques , le résultat général de toute cette statistique, et sans vouloir en tirer plus de conséquences qu’elle n’en renferme en réalité , nous pouvons , à coup sûr, affirmer qu au total le résultat des opérations n’a pas été heureux, et qu’elles n ont guère exercé une influence salutaire bien manifeste et certaine sur la durée moyenne de la maladie, résultat qui doit rendre très réservé
CANCER ÜE LA (iLANÜE MAMMAIRE. 353
dans le choix de l’opération, sans l’exclure cependant d’une manière absolue.
I* Statistique des malades qui ont subi une ou plusieurs opérations.
i* Duree
îî* Intervalle
5* Intervalle
4* Morts à la suite
5* Morts
au moment
entre les
eutre les
de l’opérut. apr.
un certain temps
ue lu operation.
Ire et 2' opérations.
2c et 3« opérations.
la durée suiv. :
après l’opération.
-1 à 3 mois.
3 à 6 JD
‘l à 2 ans..
Totaux. .
2“ Durée comparative chez les opérés et les non opérés.
Si nous jetons à présent un coup d’œil sur tout l’ensemble de la durée, nous trouvons que dans la moitié des cas la durée a été audessous de 2 ans , tandis que dans l’autre moitié , elle a varié entre 2 et 12 ans. En cherchant enfin à nous rendre compte de la durée
354 CANCEIl DKS 0UGANE3 DE LA (iENÉUATION.
moyenne, pour les cas qui se sont terminés par la mort, celle des cas mortels est de 4 ans. On est frappé- de la différence qui existe sur ce point avec les cancers internes. Nous avons vu pour le cancer de l’utérus, que la durée moyenne était à peine de 17 mois, et nous verrons plus loin qu’elle a atteint à peine 13 mois , pour le cancer de l’estomac. Ce fait, d’une durée plus longue pour le cancer du sein, n’est, du reste, que la manifestation d’une loi beaucoup plus générale, c’est que le cancer abrège d’autant plus l’existence , qu’il a davantage son siège dans les organes internes et profonds, et qu’il attaque davantage les organes chargés de fonctions importantes.
C. Causes. — La véritable et dernière cause du cancer du sein nous est inconnue , comme celle du cancer en général ; aussi n’analyserons-nous ici que les circonstances dans lesquelles on observe le cancer.
1“ Age. 11 est de toute importance d'analyser l’âge de tous ces malades, car nous verrons plus loin combien ce point a de la valeur, par rapport au diagnostic des tumeurs hypertrophiques du sein. Nous n’avons observé , dans 62 cas analysés , qu’un seul au-dessous de l’âge de 30 ans ; 4 seulement entre 30 et 35 ans. Après 35, le mal devient de plus en plus fréquent , et l’âge de 35 à 55 ans est évidemment l’âge de prédilection. Aussi trouvons-nous dans cette période les 2/3 en tout , un peu plus de 1/4 après l’âge de 55 ans , et une proportion naturellement plus forte avant 70 qu’après. Voici le tableau de nos 62 cas :
De 25 à 30 ans i
De 30 à 35 4
De 35 à 40 8
De 40 à 45 iO
De 45 à 50 H
De 50 à 55 12
De 55 à 60 6
De 60 à 65 3
De 65 à 70 4
De 70 à 75 1
De 75 à 80 2
Total. ... 62
L’âge moyen a été de 49 ans et 52/62'*, ou, en chiffre plus rond, de 50 ans. Nous verrons plus loin qu’il y a près de 14 ans de différence avec l’âge moyen de l’hypertrophie partielle du sein.
CANCEU DE LA (JLANDE MAMMAIRE,
:ir)rj
2" SfTe. On sait que le cancer du sein est presque exclusivement propre à la femme , cependant on en observe de temps en temps des cas chez les hommes ; en outre, nous avons trouvé dans les recueils d’anatomie pathologique des faits de ce genre, qui se rapportaient plutôt à un cancer cutané. Pour notre compte, nous avons vu 2 fois le vrai cancer du sein chez les hommes et 60 fois chez la femme.
3" De^ré de fréquence. — Nous ne pourrions guère tirer, sous ce rapport , des conclusions de nos propres observations. Aussi empruntons-nous quelques données sur ce sujet aux tableaux statistiques de M. d Espme, de Genève. La mortalité annuelle par le cancer du sein a Genève, sur 60,000 âmes formant la population totale de la ville et de la campagne, est de 6 à 7 par an, en tout 1/9* environ de la mortalité par les affections cancéreuses, et comme celles-ci forment la 21* partie de la mortalité totale, on peut évaluera 1/200^ environ la mortalité par le cancer du sein. Dans 37 cas pour lesquels M. d Espme a indiqué s’ils appartenaient à la ville ou à la campagne, 22 ont été observés en ville, et 15 dans les environs, ce
* ' I ^ parle cancer du sein en ville
qu a la campagne.
4“ La sanie antérieure a été examinée avec soin dans toutes
nos observations , et rien ne nous autorise à y trouver la moindre
connexion causale avec le cancer de la mamelle. La santé avait été
bonne chez la plupart de ces femmes , et elle ne commençait guère
a s altérer que lorsque la première période passait à la seconde. Quant
aux quelques maladies antérieures , et quant à l’état valétudinaire
de plusieurs de ces femmes, ils ne nous ont rien offert de différent de
ce que nous observons dans les antécédents des maladies chroniques
les plus diverses. La plupart des femmes ont eu plusieurs enfants
que ques unes 5, 6 et au delà. L’influence de la menstruation ei
âge critique ne nous paraît pas démontrée non plus. Nous
développait aussi fréquemment
tre 4-s 1 I f’ intérieure à la cessation des règles, qu’en-
débutaU sou l'* n’ilidie
débutait souvent encore après l’âge de 55 ans
la ™ '“n d’être
40 de idi " «t que 1 exception. Nous l’avons recherchée dans
ce niiiT>° nt nous en avons constaté l’existence 6 fois
ce qui fait un peu plus de 1/7* des cas. ’
les^mtladesf sont si généralement accusées pat-
malades comme cause et comme point de départ des affections
CANCKK UK.S OlUiA.NKS DK LA LKNIiHATION.
canccrcusGS du sein, (|ue j)ros(|uc tous les uuteurs ont udims c^uedes coups portés sur la région du sein pouvaient donner lieu au développement du cancer. Mais, chaque fois que j’ai interrogé très attentivement les malades sur ce point, j’ai pu me convaincre que cette cause présumée n’était pour rien dans le développement de la maladie , et je suis encore a chercher une seule observation bien relatée qui mette cette influence hors de contestation. Du reste , les coups et les contusions sont fréquents sur toutes les parties du corps , et personne ne serait tente de les regarder comme étant d’une manière aussi fréquente le point de départ du cancer, pour les autres parties extérieures du corps , comme pour le sein ; et comment pourrait-on expliquer ce singulier privilège de la glande mammaire , de devenir cancéreuse par suite des coups, tandis que d’autres parties ne le deviennent pas? Nous verrons plus loin que l’hypertrophie partielle de la mamelle peut résulter d’une contusion.
D. Diagnostic. — D’après tout ce qui précède , et tout ce que nous dirons bientôt sur les caractères propres à l’hypertrophie partielle du sein , le diagnostic n’est qu’exceptionnellement entouré de grandes difficultés. Voici les principaux éléments pour reconnaître la nature cancéreuse des tumeurs du sein : 1“ tumeurs dures de bonne heure, peu mobiles, bientôt inégales, adhérentes aux parties ambiantes pour le squirrhe commençant ; tumeurs molles , presque fluctuantes , homogènes ou largement bosselées, bientôt adhérentes aussi au tissu du voisinage, accroissement généralement assez rapide, telle est ordinairement la première période du développement des tumeurs encéphaloïdes ; 2» fréquence des engorgements des glandes lymphatiques voisines du sein ; 3“ douleurs ordinairement plus ou moins vives, lorsque le mal a duré depuis un certain temps, souffrances qui s’accroissent à mesure que le mal fait des progrès ; 4“ tendance prononcée à rendre la peau de la surface adhérente , à faire rétracter le mamelon et à provoquer une érosion d’abord, et ensuite une ulcération déplus en plus profonde; 5“ atteinte plus ou moins profonde de l’économie tout entière, à mesure que le mal fait des progrès ; altération du teint, des forces et de l’embonpoint, dépérissement général progressif; G® marche proportionnellement plus rapide et, à coup sûr, bien plus fréquemment mortelle que celle des autres tumeurs du sein; 7° prédilection pour la seconde moitié delà vie, et rareté proportionnelle avant l’âge de 35 ans ; 8" l’hérédité peut parfois éclairer le diagnostic , mais elle n’a, sous ce rapport, qu’une valeur secondaire ; 9" le développement d’une tumeur , dans d’autres
lin/
CANCER DE LA GLANDE MAMMAIRE
parties du corps, consécutif à celui de la tumeur du sein, militerait fortement en faveur de sa nature cancéreuse ; 10“ une ponction exploratrice peut d’autant mieux éclairer le diagnostic , que s’il y a du cancer, elle amènera des parcelles de cette substance dont l’examen microscopique démontrera la nature; si l’on a affaire à un kyste, et ces cas-là peuvent facilement en imposer pour un cancer, la ponction exploratrice démontrera l’existence d’un contenu liquide ; 11“ une récidive qui aura suivi de près une opération antérieure parlerait également en faveur de la nature cancéreuse de l’affection ; 12“ si enfin il était resté encore quelques doutes avant l’opération , celle-ci pratiquée, il n’est plus permis d’en conserver lorsqu’on tient bien compte des caractères anatomiques et microscopiques indiqués plus haut, et de ceux que nous allons indiquer plus loin en parlant des tumeurs l| hypertrophiques du sein.
E. Pronostic. — L absence totale de toute observation positive prouvant qu on ait guéri un véritable cancer du sein , et que la nature parvienne à triompher de cette maladie , comme elle peut le faire des tubercules , rend le pronostic extrêmement grave. Opérée ou abandonnée à elle-même, ordinairement la maladie a une issue funeste , et nous avons vu , qu’en moyenne, nos malades avaient réclamé 1 opération dans un espace de 6 mois à 2 ans après la manifestation de la tumeur, et que la durée moyenne de la maladie, dans sa totalité, oscillait entre 3 et 4 ans. Quant aux récidives après une première opération , on se rappellera qu’elles ont eu lieu plus souvent peu de temps après la première année révolue qu’au bout de 1 a 2 ans et au delà. Par conséquent, on possède dans ces données un point de départ pour déterminer approximativement la marche et la durée, et pour fixer le pronostic. Toutefois il faudra tenir compte du fait, nullement rare, d’une marche beaucoup plus lente. On peut présumer une marche plus rapide, lorsque tous les symptômes signalés apparaissent de bonne heure et alors on peut presque prédire que h, duree totale n excédera pas 1 an ou 2. L’opération avant été pratiquée, on a bien quelques chances de ne voir le mal se reproduire qu après un long laps de temps; mais, d’un autre côté, il sera plus prudent de prévenir l’entourage des malades, que la récidive pourrait avoir lieu au bout de 6 mois à 1 an , et même plus tôt
mais qu i est possible cependant, quoique moins probable, qu’elle ait heu beaucoup plus tard. ^
Le pronostic général étant mauvais, il y a quelques points cependant qui peuvent le modifier. C'est ainsi que le cancer des fenniies
CANCER DES ORGANES DE LA GÉNÉRATION
avancées en âge, qui est resté un mal local pendant longtemps, peut faire espérer de voir l’existence se prolonger pendant plusieurs années encore , pourvu qu’on n’oublie pas qu’après 8 ou 10 ans de durée bénigne, le sein peut encore s’ulcérer, l’économie s’infecter, et la marche devenir fâcheuse. Le pronostic nous paraît , en général, un peu moins défavorable pour le squirrhe que pour l’encéphaloïde qui a de la tendance à marcher plus rapidement et à récidiver plus piomptement après 1 opération. Nous avons cependant vu à l’hôpital de la Salpêtrière une tumeur encéphaloïde du volume d’une tête d enfant, qui avait mis 10 ans à se développer. En terminant, nous engageons les praticiens à ne pas perdre de vue , que plus on observe
le cancer du sein , plus on constate d’exceptions aux règles générales.
§ Traitement du cancer du sein.
Il est à peu près prouvé, dans l’état actuel de la science, que les fondants et les antiphlogistiques n’ont aucune prise sur le cancer du sein, et si nous trouvions encore dans la Clinique chirurgicale de Lisfranc un mémoire qui tend à prouver que l’application fréquemment réitérée de sangsues pouvait faire disparaître des engorgements squirrheux de la mamelle , on ne saurait douter que ce chirurgien s est étrangement abusé ou sur la guérison qu’il prétendait obtenir, ou sur la nature de la maladie qu’il avait à traiter. Pour ma part, je n ai jamais observé la moindre action salutaire par les sangsues appliquées autour du sein, lorsqu’il s’agissait d’un véritable cancer. On U prétendu que les pommades iodurées étaient capables de réduire ces engorgements en ce sens que, sans agir sur le tissu squirrheux, elles faisaient disparaître les engorgements circonvoisins. Je n’ai pas ete, pour ma part, plus heureux avec les iodures qu’avec les sangsues, et cela se conçoit lorsqu’on tient compte de ce faitanatonnque , que toutes les altérations circonvoisines sont ou le résultat d une infiltration de l’élément cancéreux lui-même , ou bien un effet de compression par l’extension graduelle de la maladie.
On n a donc, en réalité, qu’à choisir entre le traitement chirurgical , 1 opération , et le traitement palliatif médical sans l’opération. Nous n hésitons pas à déclarer, contrairement à l’opinion de la plupart des chirurgiens, que cette dernière manière de traiter le cancer de la mamelle doit être la règle, et l’opération l’exception. Nous ne suivons, du reste, en cela, que les traces de Boyer, deMonro, de Dupuytren. Diefiènbach a été certainement le chirurgien aile-
CANCER DB LA GLANDE MAMMAIRE
I inand de notre époque le plus disposé à opérer, même pour les cas ! en apparence les plus désespérés. Eh bien, très peu de temps avant I sa mort je l’ai consulté pour une dame atteinte d’un cancer du sein, qu’il avait anciennement vue à Vienne. Dans la lettre qu’il m’écrivit à ce sujet il dissuada de l’opération , en disant que plus il acquérait de l’expérience , plus il renonçait à toute opération de cancer du sein. Si nous partageons cette manière de voir, ce n’est pas , à coup sûr, par suite d’une prédilection pour une opinion plutôt que pour une autre, mais on se rappellera que les résultats consignés dans ce que nous avons dit plus haut sur la marche et la durée du cancer du sein nous autorisent pleinement à adopter cette manière de voir. Nous avons vu, en effet, que sur 34 opérées 6 avaient succombé aux suites de l’opération , 7 avaient été perdues de vue après une première opération, et que chez les 21 autres il y a eu récidive. Nous j avons vu, de plus, que la durée totale de la maladie n’était pas plus i longue en thèse générale, pour les femmes qui avaient subi une opéli ration , que pour celles qui n’avaient point été opérées. Si aujour- P d’hui beaucoup de chirurgiens s’abusent encore sur l’utilité de l’opé-
! ration dans le cancer du sein , c’est qu’ils confondent avec le cancer l’hypertrophie partielle de la mamelle, affection qui est loin d’être rare. Nous avons pu, pour notre compte, en recueillir déjà une tren^ f taine d’observations. C’est par suite de cette confusion dans le dia- I gnostic que nous pouvons nous expliquer l’opinion que nous avons I souvent entendu professer à Blandin , qu’on ne réussissait pas dans l’opération du cancer du sein, parce qu’on ne l’opérait pas assez de bonne heure , et que l’on obtiendrait plus souvent une guérison radicale si l’on extirpait le squirrhe lorsqu’il est encore petit et mobile.
Quoique nous n’ayons pas craint d’établir, en nous fondant sur nos documents, combien peu nous approuvions la pratique générale des chirurgiens , relativement à l’extirpation de la plupart des cancers du sein , nous sommes cependant bien loin de la rejeter d’une manière absolue. Nous avons vu nous-même le cancer du sein, opéré par nous, ne revenir qu’au bout de 3 ans; nous avons cité, parmi les 21 cas de première récidive, 4 cas où celle-ci n’a eu lieu qu’au bout de 1 à 2 ans ; 2 où elle est survenue au bout de 2 à 3 ans, et 1 où elle n a eu lieu qu au bout de 7 ans. On pourrait bien objecter ici encore que, si 1 on n avait pas opéré, peut-être la marche n’aurait-elle pas été plus rapide. Malheureusement la thérapeutique est la partie la moins positive de la médecine, et elle ne repose, dans l’état actuel
r.ANCEK DES UUUAiN'ES DE LA (.E.NEll ATK )N.
de la science , que sur un calcul de probabilité. Or les préceptes ne pouvant pas être absolus, il faut au moins les rendre le plus rationnels possible.
L’extirpation du cancer du sein nous paraît indiquée dans les circonstances suivantes : l» Lorsque les malades éprouvent de vives souffrances et que la marche de la maladie est assez rapide. Nous avons vu des tumeurs cancéreuses nécessiter l’opération au bout de 8 mois et ne récidiver que 2 ou 3 ans après la première opération. 2* Lorsque le cancer, après avoir été pendant un certain temps indolent et volumineux, s’accroît un peu plus rapidement, entraîne des adhérences et la rétraction du mamelon, donne Heu à des souffrances vives et plus ou moins continues et commence à altérer l’état général de la santé. On voit, en effet , la santé redevenir meilleure pendant quelque • temps encore après l'opération. L’existence de quelques glandes • engorgées dans le voisinage du sein ou dans l’aisselle ne contre- ^ indique pas 1 opération, pourvu qu’on puisse enlever tout ce qui est ; dégénéré. 3» Le chirurgien est quelquefois forcé, pour ainsi dire, de ! pratiquer 1 ablation d’un sein cancéreux à cause de l’insistance et i des vives inquiétudes de la malade et de son entourage. Dans des J circonstances pareilles, il faut toujours prévenir la famille de l’état véritable des chances, bien plutôt défavorables que bonnes. 4° En thèse générale, l’opération paraît plus rationnelle dans les tumeurs ' squirrheuses que dans l’encéphaloïde.
Les contre-indications de l’opération que nous posons sont les : suivantes : 1° Lorsque le cancer affecte une marche lente, et ne ■ donne point lieu à des souffrances vives et continues, et que les malades sont déjà un peu avancées en âge, passé cinquante-cinq ou v soixante ans. 2° Lorsqu’une tumeur encéphaloïde se développe avec ** une certaine rapidité et prend, en peu de temps, une extension considérable, car 1 expérience a prouvé que c’est dans ces cas surtout | que les récidives ont lieu le plus promptement. 3« Lorsque le ■ ^ cancer est déjà largement ulcéré, qu’un certain nombre de glandes ■ * Ij'inphatiques sont malades, l’infection de toute l’économie est ordinairement déjà assez prononcée pour s’opposer à toute tentative opératoire. 4° Lorsque la tumeur commence à adhérer aux os, au sternum et aux côtés, 1 opération est à la fois inutile et dangereuse.
5“ Quelle que soit la marche ou la forme qu’affecte le cancer du sein, il est toujours bon de ne pas combattre la répugnance des malades et de leur famille contre l’opération, et si d’un côté on est obligé (hi céder quelquefois à leur insistance pour (>pérer , il faut ,
CAMIEK DE LA liLANDE MAMMAIUE.
d’un autre côté, bien se garder de les entraîner malgré eux à l’ablation des parties malades, car, nous le répétons, le bien qui en résulterait est trop problématique.
En résumé, l’opération ne constitue qu’une ressource palliative et incertaine.
Nous allons donner succinctement quelques préceptes sur la manière de pratiquer ces opérations. Il faut avant tout tenir compte du volume de la tumeur. Lorsque celle-ci est petite et que la peau qui la recouvre est intacte, on fait une incision dans le sens du plus grand diamètre de la tumeur, on dissèque les parties superficielles jusqu’à ce qu’on arrive sur la tumeur que l’on saisit avec un crochet, qu’un aide attire dans les divers sens dans lesquels il faut la disséquer. Il faut toujours enlever les tissus sains dans l’étendue de 1/2 à 1 centimètre au moins tout autour de la tumeur. L’hémorrhagie arrêtée et les ligatures nécessaires pratiquées, on réunit la plaie au moyen de bandelettes de sparadrap, on la recouvre de charpie et de compresses, et l’on maintient le tout à l’aide d’une bande roulée. En général il est toujours bon de tenter la réunion par première intention. On croyait autrefois qu’il fallait laisser suppurer ces plaies pour retarder les récidives, mais on est généralement d’accord aujourd’hui sur la nullité de cette influence et sur les avantages incontestables d’une guérison plus immédiate.
^ Il est rare que 1 on ait à opérer des tumeurs cancéreuses du sein d’une très peüte dimension. Un jour M. Dieffenbach m’apporta un prétendu squirrhe de la mamelle dont le volume dépassait à peine celui d’une petite noisette ; mais en l’examinant de plus près, j’ai pu me convaincre qu'il ne s’agissait que d’une tumeur enkystée folliculaire, composée de lamelles concentriques de nature épidermoïdale.
Ordinairement, lorsqu’on est appelé à opérer, les tumeurs ont déjà le volume d’une noix ou d’un petit œuf de poule, ou occupent même une bonne partie de la glande entière; elles sont alors adhérentes à leur pourtour et des traînées indurées s’irradient autour de la tumeur principale : il faut alors enlever toute la masse malade jusqu’au delà de ses extrêmes limites, en pratiquant une incision semi-lunaire ^u deux incisions qui circonscrivent une portion elliptique de la peau i une grandeur proportionnelle à l’étendue de la tumeur ou de l’ul- •ere. On donne a cette ellipse une direction longitudinale ou transversale, ou mieux encore oblique dans la direction des fibres du musclo rrand pectoral, en se conformant toutefois à la position des portions I en ever. Les incisions cutanées prali(iuées, on clisscfjue à longs
CANCER DES ORCANES DE LA ÜENÉHATIO.V.
traits de bistouri ou au moyen de ciseaux courbes peu employés dans ces cas en France, mais usités pour l’extirpation des tumeurs par l’école de Berlin. On enlève ainsi largement toutes les parties malades et suspectes ce qui s’applique, avant tout, aux traînées indurées du voisinage et aux glandes lymphatiques engorgées. Celles qui sont près des bords de la plaie peuvent être enlevées en prolongeant de leur côté les incisions. Celles au contraire qui se trouvent à une certaine distance sont énucléées surplace, après avoir pratiqué une incision à leur niveau. On arrête l’hémorrhagie en pratiquant la ligature des petites artères, et en appliquant sur la plaie des éponges imbibées d’eau froide ; et il est très essentiel de surveiller les malades pendant le jour de l’opération pour prévenir ou combattre les hémorrhagies consécutives. Quelle que soit l’étendue des parties enlevées, on réunit ou l’on rapproche les bords de la plaie au moyen de bandelettes de diachylon, que l’on recouvre d’un linge cératé,de charpie et de compresses, en fixant le tout au moyen d’une bande à laquelle on fait décrire alternativement des tours circulaires et d’autres qui contournent les épaules. La réunion au moyen des serres-fines de M. Vidal (1) est également indiquée lorsque la perte de substance n’est pas très considérable. Il est important de ne pas trop serrer cette bande. S’il survient, après l’opération, des hémorrhagies secondaires, on enlève le pansement et l’on arrête le sang au moyen de nouvelles ligatures et de l’application du froid. On lève ordinairement le premier appareil du troisième au quatrième jour, lorsque la suppuration commence à s’établir; ou avant ce terme, s’il y a une forte exhalation dans la plaie. Pour notre compte , nous changeons toutes les pièces de pansement le lendemain de l’opération, tout en laissant les bandelettes en place. Dès qu’il y a le moindre symptôme de gêne et de douleur du côté des voies respiratoires, on pratique une saignée et l’on applique des sangsues dans le voisinage des points douloureux. Quant à la plaie, on la traited’après les règles générales de la chirurgie.
Lorsqu’il y a récidive, il faut tenir compte des conseils donnés sur l’opportunité de l’opération en général, et l’on sera d’autant plus tenté de pratiquer une nouvelle extirpation que la récidive aura suivi de moins près la première opération ; cependant il ne faut pas être trop exclusif dans ces circonstances. Quant aux préceptes opératoires, nous n’avons, pour ces cas, rien à ajouter à ceux que nous venons d’indiquer.
Nous nous sommes prononcé sur la valeur bien restreinte de l’opé-
(I) Traité (le pathologie externe et de médecine opératoire, t. 1, p. Hi'l-
CANCKR DB LA GLANDE MAMMAIRE
ration dans le traitement du cancer du sein. Nous pouvons en dire autant de l’application locale des caustiques que nous avons vu employer sous diverses formes. M. Velpeau préfère la pâte d’acide sulfurique mêlée avec de la poudre de safran. M. Amussat met en usage la pâte caustique de Filhos. M. Bonnet, de Lyon, préfère la pâte Je Canquoin. En outre, les caustiques employés par les charlatans ont pour la plupart , pour base , des préparations de mercure ou d’arsenic. Tout ce que nous avons pu observer nous-même sur l’emploi de ces divers moyens nous a paru peu encourageant , car cette méthode ne met pas plus à l’abri des récidives que l’instrument tranchant, et elle a contre elle la difficulté d’enlever des tumeurs étendues et profondes, et de détruire ces irradiations cancéreuses qu on ne saurait laisser impunément, La cautérisation ne peut donc pas être érigée en méthode dans le traitement du cancer du sein. Elle ne conviendra que dans quelques cas exceptionnels où l’appréciation individuelle seule pourra déterminer le praticien éclairé à la mettre en usage.
Nous ne pouvons pas passer sous silence ici la compression comme moyen réputé curatif. Elle a eu pour principal partisan un homme trop célèbre, M. Récamier, pour ne pas nous en occuper un instant ici. Comme mode d application elle est simple et facile, car la région mammaire réunit les trois conditions essentielles pour qu’elle puisse être bien effectuée, une partie facile à fixer, un plan dur et résistant I sur lequel cette fixation peut avoir lieu , et des points d’appui suffi- I sants pour la rendre solide. On peut la faire au moyen de cônes ^ d agaric, et mieux encore, au moyen d’une plaque de plomb adaptée 1 à la forme de la tumeur, plaque rembourrée de coton à sa face interne et fixée au moyen de tours de bande ou d’une ceinture à courroies I- circulaires et en forme de bretelle.
En un mot, rien de plus facile pour le praticien exercé que de mettre en usage la compression ; mais une question bien plus grave est celle de son opportunité et de son utilité dans le traitement du cancer du sein. Pour notre compte, nous avons vu son action, dans le véritable cancer, ou nulle , ou nuisible : aussi la voyons-nous aujourd’hui g'énéralement abandonnée dans les grands hôpitaux, et par les praticiens les plus éminents ; et, en outre, les observations que M. Récamier , ainsi que d autres partisans de cette méthode a rapportées à son appui, sont si incomplètes et si peu concluantes, qu’elles ne font que fortifier le doute. Nous nous sommes, du reste, déjà expliqué longuement sur ce point dans la partie générale.
«UiNCER DtS UIIOANES DE lA t.ÉNElUllO.V.
M lanchou (1) a réuni 89 observations tirées d'un grand nombre d auteurs , et dans lesquelles les moyens le plus divers auraient amène la guérison de la maladie sans opération. Voici la proportion de ces divers faits : ^
22 par les antiphlogistiques.
1 3 par la compression.
1 3 par la ciguë.
6 par la gangrène.
5 par le muriato do baryte.
5 par la carotte.
4 par la belladone.
3 par l’ammoniaque.
2 par le sedum acre ou vermiculare.
2 par le remède de Pissier.
1 par le phosphate de fer.
1 par le sirop de Vitalbe.
1 par la digitale.
'I par l’iodure de potassium,
1 par métastase.
1 par l’hydrochlorate d’or.
I par les efforts de la nature,
1 par l’eau froide.
6 par des moyens divers.
Malheureusement, en parcourant toutes ces observations, on est frappé de l’absence totale de preuves, soit de la réalité du cancer, soit de la guérison , et comme nous voyons journellement échouer ces mêmes moyens lorsque le diagnostic est clair et précis, et lorsque nous observons attentivement, il n’est pas raisonnablement permis d ajouter foi à tous ces prétendus résultats. On pourra nous objecter qu il vaudrait mieux ne pas ôter les illusions aux praticiens lorsqu il s agit d’une maladie aussi grave , et qu’il vaut toujours mieux espérer que d’avoir la conviction de l’inutilité de ses ressources. Pour nous , il vaut bien mieux recourir à un traitement palliatif bien ordonné, que d affaiblir inutilement les malades par les antiphlogistiques, ou d irriter leurs tumeurs par la compression , ou d’ajouter une foi puérile à 1 action curative de la gangrène , aux efforts de la nature, aux vertus de l’eau froide ou de la carotte.
Nous arrivons a présent à la question du rôle que le médecin doit jouer lorsqu il est appelé a traiter un cancer du sein qui ne se trouve
( l ) Tanchon , Recherches sur le traitement des tumeurs cancéreuses du sein. Paris, 1 84 4 , p. 1 33 et 1 34.
CANCEU DE LA GLANDE MaMMAIHE.
pas dans les conditions signalées plus haut comme devant offrir quelque chance de prolonger l’existence par l’opération.
Il faut, avant tout, régler avec un soin minutieux toute l’hygiène de ces malades, et comme rien ne prouve que la diète lactée, un régime débilitant, ou un régime spécial quelconque, offrent des avantages réels, nous préférons de beaucoup, appuyé du reste sur notre expérience personnelle , une hygiène qui donne à l’économie les forces nécessaires pour lutter contre une maladie, d’ailleurs incurable. Une nourriture choisie et substantielle, se composant de bons potages , de viandes succulentes , de poisson , de légumes verts ou de racines , de fruits bien mûrs , de bon vin , seul ou coupé avec de 1 eau de Bussang , ou de bière de bonne qualité dans les pays où 1 usage du vin n est pas général , voilà à peu près la base du régime habituel. On surveillera attentivement l’état des voies digestives, la régularité de la digestion et des garde-robes. Ces malades doivent respirer un air pur, avoir une habitation bien aérée, habiter à la campagne pendant la belle saison , s’habiller chaudement , avoir la région mammaire couverte d’une peau de cygne, tant que la tumeur n est pas ulcérée , la panser convenablement avec du cérat et de la charpie lorsque l’ulcération existe. Il est bon que ces malades cherclient, autant que possible, un peu de distraction , et qu’on tâche de J soutenir leur moral. En un mot, nous l’avons dit souvent et nous [ le répétons, il n’y a pas de meilleurs conseils à donner dans le trai-
1 tement des maladies chroniques que de bien régler avant tout l’hyi giene.
r Si 1 on veut tenter de ralentir la marche de la maladie ou de re- > tarder les récidives après l’opération, il faut, outre l’hygiène bien r g e, prescrire de préférence les moyens qui exercent une action favorable sur la nutrition. L’action nulle de la ciguë et des inercuriaux. dans ces circonstances, nous y a fait renoncer depuis longtemps. Les médicaments que nous préférons sont l’huile de foie de
potassium, que nous faisons alterner pendant
dtin Zu •“ bouche par vingt-quatre heures, pendant l’espace
Tri P'-'^''dre, pendant un temps
^al, lodure de potassium, à la dose de50 centigrammes à 1 gramme
ZE: de lux ou tJcnZ
rées a bouche par vingt-quatre heures. Ce traitement a l’avantage
llInà’Tes'd'
douleurs par les opiacés , pris surtout dans la soirée
CANC.Kll DKS OHfiANES DE LA LKNKKAÏION.
pour procurer du sommeil pendant la nuit. L’extrait gommeux d’opium, le diascordium, les sel.s de morphine, les diverses teintures opiacées seront alternativement mis en usage, d’après les préceptes que nous avons donnés à l’occasion du traitement palliatif du cancer de l’utérus. Pour calmer les douleurs dans la journée nous préférons les frictions calmantes, autour des régions malades, avec la pommade d’iodure de plomb, à laquelle nous ajoutons 1/4 d’extrait de belladone et 1/8" d'extrait d’opium. Les bains tièdes avec du son et de la gélatine ou avec addition d’une infu.sion de feuilles de lauriercerise ou d une décoction de têtes de pavot , sont également fort utiles. D après ce que nous avons observé dernièrement de l’action du sulfate de quinine qui nous a paru calmer des douleurs symptomatiques vives, lors même qu’il restait impuissant contre leur cause, nous serions tenté de le conseiller à dose croissante de 50 centigrammes à 1 gramme par jour, contre les douleurs si vives et si tourmentantes qui accompagnent le cancer du sein. On pourra associer au sulfate de quinine , également utile comme tonique, le protocarbonate de fer ; car, vers la fin , ces malades sont très débilités et offrent un aspect anémique prononcé.
Le traitement local se bornera, comme nous l’avons déjà indiqué, à tenir les parties malades chaudement, sans exagérer toutefois, et à les panser convenablement. Des cataplasmes de farine de lin ou de fécule de pomme de terre, délayée avec une décoction de racine de guimauve ou de têtes de pavot, soulagent quelquefois les malades atteints d’un cancer ulcéré; sans les employer d’une manière trop continue, on pourra les appliquer deux à trois fois par jour pendant une heure. Les frictions avec l’huile d’amandes douces ou avec de l’huile de jusquiame, ou avec du baume tranquille, calmeront les démangeaisons autour du sein malade. Cependant nous avons vu ces démangeaisons résister, même à l’application locale du chloroforme.
S’il survient des hémorrhagies par les veines de la surface de l’ulcère, on les arrêtera au moyen des réfrigérants, de l’amadou et, au besoin, par la compression ou la cautérisation. Lorsqu’il survient des fractures cancéreuses, on appliquera un appareil de contention, et l’on maintiendrale membre malade dans l’immobilité. On n’arrive guère, du reste, dans ces circonstances, à un travail de consolidation. Pendant les derniers temps de la vie, lorsque la prostration des forces est considérable, et les souffrances vives , les calmants seuls nous restent encore comme dernière ressource.