DEFINITION DU CANCER
existent en petit nombre, quand leur siëge est dans les organes superficiels, n’entraînent aucune conséquence grave pour l’économie, qu’ils ne deviennent mortels que par l’abondance de leur excrétion , et lorsqu’ils sont déposés dans des organes dont l’intégrité fonctionnelle est nécessaire à l’entretien de la vie. Du reste, rien de plus nettement et de plus franchement différent que les caractères microscopiques du cancer et du tubercule. Quant à la morve et à la syphilis surtout , nous observons bien une maladie locale qui produit des accidents successifs et ensuite une infection constitutionnelle; mais ici l’apparition primitive de la maladie ne se fait pas en vertu d’une prédisposition particulière , mais bien plutôt par l’introduction d’un venin du dehors au dedans. Aussi ce poison, pour être absorbé , doit-il plutôt résider dans le sérum du pus de la morve et de la syphilis , et ne produit-il point , quelle que soit la multiplicité des altérations constitutionnelles, un tissu spécial comme le cancer : l’introduction accidentelle dans l’économie et l’absence d’un tissu spécial posent donc une barrière infranchissable entre ces maladies et les affections cancéreuses.
Nous insisterons souvent sur le fait de la substitution dans le cancer. C’est de cette façon qu’il faut entendre ce que l’on appelait autrefois transformation, d’après une doctrine erronée en tous points et trop généralement condamnée pour que nous ayons besoin de la réfuter. C’est en substituant au tissu normal un tissu hétéromorphe que le premier dépôt cancéreux apparaît dans le sein , dans la peau, dans le col de la matrice, dans le foie et partout. Et à mesure qu’il se développe , qu’il se vascularisé , que la nutrition s’y opère , les éléments histologiques au milieu desquels il a apparu sont corn-, primés , atrophiés et finissent par disparaître. Ce n’est donc point la fibre musculaire, ou 1 élément glandulaire, ou la trame osseuse qui devient cancéreuse , mais c est la place que ces éléments occupaient qui est envahie par le cancer. Qu on ne m’objecte pas que l’on trouve quelquefois des cellules cancéreuses dans l’intérieur des cylindres musculaires. La substitution ici ne change que de manière d’être. Le cylindre musculaire s imbibe d un blastème cancéreux. Les cellules ou les noyaux se développent dans son intérieur, les fibres longues : et les raies transversales disparaissent. Qu’y a-t-il là autre chose I qu une substitution qui s opère de dedans en dehors? Le cylindre I nmsculaire, au lieu de disparaître par compression, est distendu, j désorganisé en dedans , et finit par être diffluent et méconnaissable.
Nous avons dit, dans la définition, que le cancer récidivait à peu
^ HISTOIRE oénérale du cancer.
près toujours après les opérations , et conduisait fatalement à la mort. Nous disons « peu près iovjours pour ne pas être trop absolu. Mais en réalité toutes les observations qui nous ont servi dans cet ouvrage nous ont démontré la constance des récidives, chaque fois que les malades ont pu être suivis pendant assez longtemps, et ce n est que chez ceux qui ont été perdus de vue de bonne heure qu’elle n a pas été positivement constatée. Tel est aussi le résultat de l’observation de M Broca qui , pendant le temps de son internat dans le service de M. Blandin , a suivi un grand nombre de malades atteints de tumeurs cancéreuses ou autres, et chaque fois que e microscope avait mis hors de doute la nature cancéreuse d’une tumeur, les malades qu’on a pu suivre ont eu des récidives. Cepenant nous avons rencontré un certain nombre de cas dans lesquels celle-ci a été tardive, n’ayant eu lieu qu’au bout de quelques années • nous comprenons dès lors très bien que des pathologistes moins versés dans la connaissance de ces maladies puissent regarder les malades dans ces conditions comme guéris , et les citer, s’ils meurent par hasard d’une maladie intercurrente avant que la récidive ait pu survenir, comme des guérisons du cancer par l’opération. Mais plus on étudiera le cancer d’une manière impartiale, en séparant de cette affection tout ce qui n’est pas du véritable cancer plus 011 restera convaincu que la récidive est la règle et presque l’a loi. Nous reviendrons avec détail, dans une autre partie de cet ouvrage, sur les récidives en général , et nous démontrerons qu’il ne faut pas confondre avec la vraie récidive la persistance locale du mal primitif après les opérations insuffisantes. Aussi prouverons-nous ,combien la différence est grande entre la récidive du cancer, souvent éloignée ou accompagnée de dépôts éloignés , et celle du cancroïde toujours locale ou irradiante , celle du kéloïde toujours locale, celle de 1 hypertrophie partielle glandulaire, non seulement toute locale, mais qui est tout simplement aussi une continuation du travail hypertrophique primitif.
Nous stigmatiserons dès à présent comme contraire à une saine classification la division des tumeurs en bénignes et malignes , division, du reste, déjà rejetée fort judicieusement par les deux pathologistes anglais qui dans ces derniers temps se sont occupés avec le plus de succès de l’étude du cancer, par M. Walshe (1) et
(1) Walshe, On nature and treatmcnt of cancer, London, 1846, p. 187.
DEflMTIÜN DU CANCER.
par M. Bennett (1). Une telle division , en posant pour principe de classification un caractère qui dépend des circonstances les plus fortuites , rappelle par trop , en effet , la première enfance de la science. Une tumeur fibro-pl astique unique du cerveau, une tumeur fibreuse non opérable de l’utérus , un ulcère non cancéreux de l’estomac ou des intestins, l’hypertrophie de la tunique musculaire autour du pylore , peuvent entraîner la mort du malade ; pourtant il ne viendra à l’idée de personne de classer, à cause de cela , ces diverses lésions parmi les cancers.
Abstraction faite de la question pratique , il y a dans le terme de malignité une idée qui est plutôt conforme à la manière dont les gens du peuple envisagent la médecine qui guérit ou qui ne guérit pas , qu’uue vérité scientifique. Aussi si un auteur moderne, Mi Bruch (2), a pris pour titre d’un ouvrage sur le cancer « le Diagnostic des tumeurs malignes », ce titre seul fait déjà mal augurer de l’esprit qui domine dans ce livre , impression fâcheuse que la lecture de cet ouvrage ne détruit point.
La inort constante dans tous les cas de cancer dont nous avons pu suivre l’évolution complète est un fait à la fois frappant et instructif : frappant , parce qu’il n’y a guère de maladie chronique qui soit dans ce même cas d’une manière aussi absolue ; instructif, parce que cette mort survient non seulement lorsqu’il y a infection manifeste avec de nombreux cancers secondaires , mais lors même que ces dépôts tardifs n’arrivent pas , lors même que le mal local ne produit pas des accidents assez graves pour expliquer la cause de la mort , et nous sommes obligé d’admettre qu’il y a là une action délétère sur l’économie tout entière, sans que l’anatomie pathologique en rende suffisamment compte. Nous trouvons dans ce fait une nouvelle preuve de la réserve qu’un esprit philosophique doit mettre dans l’appréciation de la valeur de l’anatomie pathologique , qui nous éclaire sur beaucoup de points , mais qui bien souvent ne nous rend pas compte des phénomènes cliniques. Aussi est-il bon de se rappeler toujours que le produit morbide est, comme son nom l’indique , un produit , un effet de la maladie , dont la cause est plus prolonde et malheureusement souvent inaccessible aux sens et à I l’observation.
(1) Bennett, O/i ca/iccrous and cancvoid gron’ths. Edinburgh , 1840, i p. 136.
(2) Bruch, Die Diagnose der boesartigen Geschwuelstc. Mainz, 1847.
^ HISTüIHE GÉNÉHALE ÜU CANCER.
nint™'? r t caractères physiques, microsco-
P lueb et chimiques du cancer, nous dirons deux mots sur les matériaux qui nous ont servi, tant pour cette partie générale que pour la paille spéciale de cet ouvrage. Nous avons réuni 447 observations d affections vraiment cancéreuses. Sur ce nombre , il y en a un sixième a peu près que nous avons emprunté à divers auteurs et a des recueils périodiques. Une partie des observations relatives au cancer de 1 utérus nous a été communiquée en manuscrit par M. Louis. Nous avons puisé un certain nombre de faits dans les Bulletins de la Société anatomique. Quant aux autres faits empruntés, nous en indiquerons la source dans les chapitres spéciaux. J>^us avons réuni ainsi 447 observations sur le cancer et 164 sur les affections cancroïdes, fibro-plastiques et hypertrophiques, confondues avec le cancer, et ce n’est que pour les produits accidentels du cerveau et des méninges que nous avons recherché sur une plus vaste échelle des matériaux en dehors de nos propres observations Nous assoirons donc les recherches renfermées dans ce livre sur un matériel de plus de 600 faits observés avec soin et détail. S’il nous arrive parfois d être très positif sur un point encore litigieux pour quelques auteurs, c’est que l’étude d’un pareil nombre de faits peut donner des convictions bien fermes et bien arrêtées , là où des matériaux moins nombreux ne conduiraient qu’à des impressions auxquelles la dialectique seule peut donner une apparence de vérité et de certitude.
§ H. Caractères physiques du cancer examiné à l’œil nu.
Nous distinguons avant tout , dans le cancer, les parties liquides et solides , distinction plutôt pratique que rationnelle 5 car le suc cancéreux , qui est le liquide du cancer par excellence , tient en suspension une multitude de corpuscules ou cellules au moins en partie solides. Nous allons nous occuper en premier lieu du liquide ordinairement trouble et lactescent que l’on rencontre à peu d’exceptions près dans toutes les productions cancéreuses.
1“ Du suc cancéreux.
Parmi les caractères physiques appréciables à l’œil nu que nous fournit 1 étude du cancer, il n y en a point qui ait une aussi grande importance, une telle valeur pathognomonique , que le suc cancéreux. Qu’on prenne une tumeur cancéreuse dans le col utérin , dans le sein , dans les testicules, dans l’estomac , dans la peau, dans les
glandes , dans les organes des sens , dans les centres nerveux : le plus souvent y trouvera-t-on sur une coupe fraîche un suc trouble et lactescent d’un blanc jaunâtre, auquel on a donné le nom de suc cancéreux. Dans quelques cas , ce suc peut avoir de la ressemblance avec le pus , mais il s’en distinguera par 1 absence des conditions dans lesquelles le pus se forme; de plus, l’examen microscopique ne permet pas de confondre les globules du pus avec les cellules du cancer. La valeur pathognomonique de ce suc cancéreux exige qu on mette un soin tout particulier à 1 avoir pur autant que possible. Lorsqu’il est très abondant, on l’obtient bien en passant simplement une lame de scalpel sur la surface d une coupe fraîche ; mais de cette façon on entraîne souvent des parties solides de tissu. Le meilleur moyen est de comprimer légèrement le tissu cancéreux , ce qui fait sourdre dans un grand nombre de points des gouttelettes de ce suc; on les enlève ensuite avec la pointe d un scalpel pour les mettre sur une lame de verre. Si l’on recouvre cette goutte de suc d une seconde lame mince , elle fournit un liquide trouble et homogène , mais qui acquiert un certain degré de transparence par la compression. Lorsqu’on mêle le suc cancéreux avec un peu d’eau pure , ce mélange est un peu moins trouble, mais le liquide reste également homogène. Les cellules cancéreuses s’émulsionnent donc avec 1 eau , comme toutes les cellules isolées et d’une dimension pas trop grande. Ce caractère est très important, car si l’on délaie avec 1 eau un liquide qui ne soit pas parfaitement émulsionné, des grumeaux, des feuillets ou des parcelles irrégulières se distribuent dans le liquide qui peut rester presque limpide dans les intervalles. La matière tuberculeuse, délayée dans l’eau, se sépare en une multitude de grumeaux. La répartition feuilletée a lieu surtout dans le cancroïde épidermique, et la dissémination de parcelles plus régulières s’observe avec le pseudo-suc de l’hypertrophie de la glande mammaire ou avec celui de certaines tumeurs fibro-pl astiques très molles et très finement grenues.
La teinte du suc cancéreux ordinaire est d’un jaune très pâle qui tire sur le blanc , tandis que la teinte jaune tirant légèrement sur le verdâtre s’observe plutôt pour le pus. Loin de nous cependant l’idée d’attacher trop de valeur à ces distinctions, car il nous est arrivé plusieurs fois de trouver dans des tumeurs cancéreuses de petites collections de ce liquide trouble jaunâtre, dont le microscope seul a pu révéler la nature. C’est dans le suc cancéreux , ainsi réuni en petits foyers, ce qui du reste est assez rare , que l’on peut surtout
UlSTUllŒ GÉNÉKALJi DU CANCEU.
(étudier hi diflusion des cellules sur laquelle M. Virchow (1) a fait
beaucoup de recherches dont nous aurons occasion de parler avec detail plus loin.
Le suc cancéreux est quelquefois rougeâtre par son mélange avec e sang; mais en multipliant les coupes de la tumeur, en essuyant leur surface avant d en exprimer le suc , on obtiendra ordinairement celui-ci avec ses caractères essentiels. Dans le cancer mélanique, ce suc est teint en brun ou presque en noir, teinte dont le fond ressemble toujours à celle de la sépia , et qui trouble l’eau en brun plus ou moins foncé. Lorsque le cancer renferme beaucoup d’éléments gms , le liquide , sans changer de couleur, paraît plus trouble et plus épais , et c est alors que la compression fait sortir du tissu cancéreux le suc sous forme de petits vermisseaux. Dans le squirrhe e suc est généralement plus ténu que dans l’encéphaloïde; quant au suc du cancer colloïde, il y a plusieurs variétés importantes à signaler. Il existe une forme de cancer colloïde qui se rapproche beaucoup de l’encéphaloïde et qui , dans la meme production , peut alterner avec lui. Dans celui-ci on rencontre tantôt un suc peu épais, tantôt le suc par petits grumeaux gélatiniformes que l’on obtient aussi du tissu cancéreux plus franchement colloïde. Selon leur plus ou moins grande quantité d’éléments cancéreux mêlés à la gelée tremblotante, on reconnaît également dans ces cas des cellules cancéreuses au moyen de l’inspection microscopique , et l’on dirait que le sérum de ce suc y existe à l’état coagulé. Une forme intermédiaire entre le sérum liquide de ce suc et les grumeaux que nous venons de décrire est constituée par cette matière d’apparence muqueuse que l’on a appelée pyine.
La description générale que nous venons de donner du suc cancéreux s applique au cancer de tous les organes. En effet, quel que soit le siège du cancer, le suc, avec ses variétés ou altérations, est presque aussi constant et caractéristique que la présence de la cellule cancéreuse.
2° De l’aspect du tissu cancéreux sur une coupe fraîche.
Le tissu cancéreux , tout en ayant des caractères constants, offre H côté de ceux-ci des variétés d’aspect, de consistance, de coloration , de vascularite , de mélangé avec des éléments gras ou gélatiniformes, qui ont fait envisager ces caractères fortuits comme suffi-
(I) Virchow, Avchiv fur puthologischc Anatomie und Physiologie, i.lW,
r.AllACTEHES PHYSIQUES DU CANCER.
sants pour établir autant d’espèces différentes. 11 y a là une profonde erreur. Le cancer affecte des formes différentes , mais il ne peut pas être sous-divisé en espèces j il constitue toujours une unité pathologique bien tranchée.
Les caractères constants et fondamentaux du tissu cancéreux sont bien simples ; une trame molle ou plus ou moins dure , presque homogène , d’apparence fibreuse , généralement infiltrée d’un liquide trouble , lactescent et blanchâtre , tout à fait fluide ou mêlé avec une substance molle et incomplètement transparente. Ce tissu, avec sa trame solide et son suc infiltrant , différencie le cancer de tous les tissus de l’économie. Qu'on le compare , en effet , aux tissus simples , tels que le tissu cellulaire , fibreux , musculaire , cartilagineux ; qu’on le compare ensuite à des tissus plus composés , aux membranes séreuses , muqueuses , au tissu glandulaire : il suffira toujours d’avoir les notions les plus élémentaires en anatomie générale, pour ne retrouver nulle part les caractères du tissu cancéreux. On pourrait objecter que , si celui-ci diffère des tissus normaux à l’état de développement complet , il offre cependant de la ressemblance avec les tissus embryonaux. Il faut avoir peu présent à l’esprit le développement des tissus et des organes pour commettre une pareille erreur, et si cette comparaison a eu pendant longtemps des partisans , c'est qu’on n’avait pas suffisamment étudié la vraie texture des tissus naissants des êtres vivants en voie de formation.
Ce tissu cancéreux mou ou presque homogène , d’un blanc pâle et jaunâtre, forme letyp^ quel’on a décrit comme cancer mou, sous les noms de cancer cérébriforme, d’encéphaloide, de sarcome médullaire. Lorsque le tissu a une plus forte consistance et que la trame fibreuse, à peine ébauchée , dans l’encéphaloïde très mou , est plus fortement développée et offre un aspect finement fibreux et réticulaire, on a sous les yeux une forme intermédiaire entre le cancer mou, encéphaloïde, et le cancer dur, le squirrhe.
L’esprit de systématisation a fait envisager le cancer de consistance élastique comme encéphaloïde à l’état de crudité, et celui d’une, consistance molle et pulpeuse , comme encéphaloïde ramolli. Dans cette manière de voir , on n’a pas tenu compte du fait bien facile pourtant à constater : qu’il n’y a là que des variétés d’embléeet en aucune façon des phases différentielles de développement.
Le tissu cancéreux offre souvent sur une coupe fraîche un aspect plus franchement fibreux. On voit alors des réseaux irréguliers, d’un
HISTOIRE GÉNÉRALE DU CANCER
tissu ferme et blanchâtre, renfermer dans les interstices un tissu plus mou. cl un gris jaunâtre, duquel la compression fait sourdre de nomleuses gouttelettes de suc cancéreux. La vascularité y est ordinairement inégale. On y découvre, comme dans le tissu précédent, des points ou des intetices plus étendus, d’un aspect jaune et terne, qui tranchent sur 1 aspect ordinairement luisant du tissu du cancer Ce tissu cancéreux dur, peut varier depuis la fermeté élastique iusqua la dureté du fibro-cartilage , et constitue le cancer dur la forme décrite comme squirrhe. Quant au tissu d’un jaune pâle et terne que l’on rencontre par grains et par plaques , dans le cancer mou, aussi bien que dans le cancer dur , nous y trouvons déjà une alteration du tissu cancéreux , qui consiste en une infiltration moléculaire granuleuse et graisseuse. Si le cancer dur et le cancer mou constituent deux formes bien distinctes dans leurs types extrêmes ,
on ne rencontre pas moins entre eux d’innombrables variétés de transition.
Un troisième aspect du tissu cancéreux est celui décrit sous le nom de gélatiniforme ou de colloïde, nom sous lequel on a confondu, du reste, des tissus morbides bien différents.
En effet , beaucoup de chirurgiens et de pathologistes ont conclu que tous les tissus accidentels d’apparence gélatiniforme étaient des cancers, parce qu’on rencontre le tissu gélatiniforme dans un certain nombre de tumeurs cancéreuses. Nous reviendrons sur ce point plus tard. Nous dirons seulement, dès à présent, qu’il n’est pas rare de rencontrer dans le cancer quelques portions demi-transparentes, ayant de la ressemblance avec de la gélatine tremblotante ou plus ferme, et que 1 on observe ici tous les passages entre un tissu diaphane et un tissu gélatiniforme plus trouble et plus terne. Il n’est pas rare non plus d observer dans la même tumeur une partie dure, une autre partie molle et une troisième gélatiniforme. On trouve en outre , chez des cancéreux , le caractère colloïde du tissu morbide dans un organe, tandis qu'un organe voisin renferme un tissu assez franchement encéphaloïde ou squirrheux.
L aspect de la coupe correspond dans tous les cas au degré de mélange de ces tissus. La matière gélatineuse n’est pas, par ellemême, cancéreuse, mais elle est souvent combinée avec le cancer.
Du reste , ce tissu colloïde est rarement homogène et la substance demi-transparente est ordinairement renfermée dans une trame fibreuse aréolaire fine, tandis que le colloïde, plus terne, affecte plus volontiers la forme finement lobulée.
CAhACTÈRES PHYSIQUES DU CANCER, H
La vascularité offre des degrés bien variables dans le cancer. Presque nulle dans certaines tumeurs dures ou molles , irrégulièrement distribuée par îlots dans d’autres, elle est surtout uniformément développée dans la forme molle du cancer ; cependant nous avons rencontré des squirrhes très vasculaires, et entre auties un véritable squirrhe hématode du sein. Lorsque la vascularité est uniforme et générale, elle constitue la forme décrite sous le nom de cancer hématode ou de fongus hématode , affection qui a été souvent confondue avec les tumeurs érectiles non cancéreuses. Nous n entrerons pas ici dans les détails sur les divers ordres de vaisseaux contenus dans le cancer, vu que nous devons revenir sur ce point en parlant de sa nutrition. On a souvent confondu les épanchements sanguins qui sont si fréquents dans le cancer, avec cette surabondance de vascularité. Quant au sang extravasé , on le trouve tantôt sous forme d’ecchymoses capillaires pour ainsi dire , tantôt sous celle d épanchements véritablement apoplectiques et même très étendus. Ces épanchements qui subissent du reste de curieux changements par leur résorption partielle ne constituent que l’altération hémorrhagique et non une forme spéciale de ce tissu. Nous insisterons souvent sur la nécessité de séparer , même dans les tissus morbides , les formes qui proviennent de la prédominance d’un de leurs éléments et de leurs phases de développement, de leurs altérations, qui à leur tour , sont de véritables maladies du produit morbide. C’est par cette raison que nous n’admettons pas l’infiltration granuleuse et graisseuse comme une forme particulière de cancer, et Mueller, en établissant le cancer réticulaire comme espèce particulière , n’a pas tenu compte de la valeur de ce réticulum.
Une cinquième forme ou a.spect du cancer est celle dans laquelle une matière colorante noirâtre prédomine, au point de donner à tout le tissu une teinte particulière , la teinte sépiacée ou mélanique, qui colore les tumeurs tantôt dans leur totalité , tantôt partiellement, et leur donne ainsi un aspect que l’on a comparé à celui des truffes. Nous hésitons d’autant moins à regarder le cancer mélané comme une foraie particulière , que la matière colorante , brune ou noirâtre, se rencontre d’emblée , et souvent dans des tumeurs de ce genre qui sont encore tellement petites, qu’on ne les apercevrait même pas sans cette nuance de couleur. En outre, il y a des organes qui ont une prédilection vraiment marquée pour la forme mélanique du cancer. Tels sont , surtout , la peau , l’œil et l’orbite. Nous avons fréquemment observé dans des tumeurs cancéreuses
‘USTülRE GÉNÉRALE DU CANCER.
des trainoes ou de petites places occupées par un pigment jaune particulier, auquel nous avons donné le nom de xanthose , et que nous avons le plus souvent rencontré sous forme d’infiltration d’apparence graisseuse et opalisante, et en dehors de toute trace d’épanchement sanguin antérieur , pigment qui nous paraît avoir de l’analogie avec la matière qui colore le tissu adipeux ou le jaune de l’œuf.
ette matière, quoique bien visible, ne s’est cependant point trouvée, dans nos observations, en quantité assez notable , pour nous autoriser à en faire une forme particulière de cancer pigmentaire xantlîique.
Nous venons de tracer, d apres 1 aspect du tissu cancéreux, ses cinq formes principales : le cancer mou comme prototype, l’encéphaloïde ; le cancer dur, lesquirrhe; le cancer gélatiniforme ou colloïde; le cancer très vasculaire ou hématode ; le cancer pigmenté enfin, ou mélanique. Nous signalons, dès à présent, comme deux altérations fréquentes du cancer, les épanchements hémorrhagiques et le tissu d un jaune terne ressemblant a de la matière tuberculeuse , auquel nous donnons , à cause de cette ressemblance, le nom de phymatoïde (<pü^a, tubercule). Nous avons été conduit à créer ce nom nouveau par la nécessité d éviter de longues circonlocutions , telles que tissu jaune pâle et terne, tissu d’apparence tuberculeuse, etc.
Après avoir ainsi caractérisé les deux points les plus essentiels de l’anatomie générale du cancer , le suc et l’aspect de ce tissu en général , nous allons jeter un coup d’œil sur quelques autres de ses propriétés moins importantes et moins essentielles. Nous allons ainsi passer en revue le volume, la surface et la consistance des productions cancéreuses.
3° Caractères externes, accidentels du cancer.
A. Volume. Le volume des tumeurs cancéreuses est extrêmement variable. On en voit depuis celui d’une tête d’épingle jusqu’à celui d une tête d’adulte , et même la cavité abdominale peut , en majeure partie , en être remplie. Toutefois cette grande variété est encore soumise à quelques règles générales qui sont surtout en rapport avec les lieux où Me cancer se développe, et nous verrons de plus que pour plusieurs organes , les tumeurs très volumineuses , réputées cancéreuses, ne le sont pas en réalité. Aussi tout ce qui a été dit sur le volume du cancer avant l’époque où les études microscopiques ont été invoquées pour la déternjination des produits moi^bides doit être accepté avec une extrême réserve.
CAUACTÈRES PHYSIOUES dü cancer. 13
C’est ainsi, par exemple, queles tumeurs les plus volumineuses de la mamelle sont plutôt d’énormes hypertrophies du tissu glandulaire ou du tissu cellulaire qui l’entoure , de même que les tumeurs très étendues des membres, et surtout de la cuisse, sont souvent, d apres mes recherches, dénaturé fibro -plastique.
Le cancer de la matrice, qui occupe presque toujours le col, est peu volumineux, lorsqu’il est infiltré 5 plus volumineux, mais ne dépassant guère un diamètre de 5 à 6 centimètres, lorsqu’il est végétant. Plus tard, lorsque le corps tout entier de l’utérus est pris, on ne peut plus juger du volume du cancer proprement dit, tout le tissu du corps de la matrice infiltrée de cancer est augmenté de volume. Le cancer des ovaires peut atteindre un volume prodigieux , et nous possédons le dessin d’une de ces tumeurs qui occupait et distendait la majeure partie de la cavité abdominale. Mais ordinairement , on trouve dans les cancers étendus de l’ovaire une partie de la masse totale due au développement de kystes remplis de liquide. Dans le sein , le squirrhe produit généralement des tumeurs moins grandes que l’encéphaloïde ; toutefois une tumeur cancéreuse qui dépasse le volume des deux poings est même une exception pour le cancer mou, que nous n’avons vu qu’une seule fois atteindre le volume d’une tête de fœtus à terme. Le cancer du testicule est généralement volumineux : il peut atteindre de 10 à 15 centimètres de longueur , sur à peu près la moitié en épaisseur et en largeur. Le tube digestif, depuis la bouche jusqu’à l’anus, n’offre guère de cancers de grandes dimensions ; l’infiltration sous-muqueuse y est la forme la plus fréquente. C’est dans l’estomac et quelquefois dans le rectum , rarement dans les parties molles du palais , que l’on peut rencontrer des champignons encéphaloïdes d'une certaine dimension. Quant au cancer colloïde du tube digestif, il est plutôt étendu en largeur qu’en épaisseur. Le foie renferme tantôt des masses peu nombreuses de cancer, et alors très volumineuses, atteignant et dépassant le volume d’une tête d’enfant ; tantôt, et c’est là le cas le plus ordinaire, il se trouve par masses disséminées , très nombreuses , mais ne dépassant guère le volume d’une noix, à moins qu’ elles ne soient confluentes. Le cancer j du péritoine existe plutôt par masses multiples et peu grandes que ! sous forme d’une tumeur unique et étendue. L’inverse a lieu pour le j cancer du tissu cellulaire sous-cutané. Celui de la peau est généralement de petite dimension , mais il tend également à la production multiple. Dans les glandes lymphatiques , il y a à la fois tendance à la multiplicité et au volume considérable. La parotide
HISTOIIIK GÉNÉUALE l>U CANCEU.
cancéreuse est volumineuse , tandis que le cancer de la glande thyroïde est ordinairement beaucoup moins étendu. Le système osseux offre tantôt des tumeurs nombreuses de petite dimension, tanto des tumeurs uniques . et alors de dimension beaucoup plus considérable, surtout lorsqu’elles occupent l’extrémité osseuse d’une des articulations des membres inférieurs. Le cancer des centres nerveux n est qu exceptionnellement très grand lorsqu’il part des méninges et perfore le crâne. Dans l’œil et l’orbite, la tumeur est plus petite orsqu elle est mélanique, tandis que l’encéphaloide peut y acquérir une vaste étendue, le volume d’une tête de fœtus à terme et au delà Le cancer primitif du rein devient d’autant plus étendu qu’il est ordinairement encéphaloïde et qu’il offre une tendance prononcée à de vastes épanchements sanguins dans son tissu. Dans la vessie, l’infiltration sous-muqueuse augmente plutôt le volume de l’organe malade, tandis que les tumeurs, volumineuses par elles-mêmes, sont souvent constituées par des champignons encéphaloïdes qui se développent dans la cavité. Quant aux voies respiratoires, nous y observons de grandes tumeurs dans les médiastins , tandis que les poumons et la plèvre offrent la disposition à des dépôts multiples, mais de grandeur médiocre.
B. Forme et surface. Dans le cancer infiltré, la forme se moule ordinairement sur celle de la partie où le produit morbide est déposé. Quant aux tumeurs proprement dites, on est allé généralement trop loin en indiquant la forme bosselée et l’inégalité de la surface comme caractère essentiel. C est ainsi, par exemple, que le cancer du testicule est, la plupart du temps, lisse et uni à sa surface. Parmi les tumeurs du sein, il y en a beaucoup qui, à aucune époque de leur développement, n’offrent de bosselures distinctes. Dans les glandes lymphatiques, le cancer conserve ordinairement la forme de ces organes. Dans la plèvre, il y a souvent des tumeurs plates et peu étendues , de véritables petites plaques cancéreuses que M. Cruveilhier compare a des gouttes de cire fondue. Le foie peut être bosselé à la surface, lorsqu il est cancéreux, mais il montre tout aussi fréquemment une rétraction centrale à la surface de chacune de ses tumeurs. Cependant il n’est pas moins vrai que pour les cancers appréciables au palper, la surface inégale et bosselée est un caractère important , seulement il n’est pas constant et il n’est pas tout à fait propre au cancer. Le tissu cellulaire qui entoure ces tumeurs se condense assez souvent et forme alors autour d’elles une enveloppe qui peut les délimiter et parfois les enkyster complètement. Mais , en thèse gé-
CAIUCTÈRES MICROSCOriQUES DU CANCER. 15
nérale, les limites du cancer sont diffuses, et il s’insinue et s’irradie partout dans les interstices des parties qui l’entourent.
C. La consistcLTicc du cancer varie à 1 infini, depuis la diffluence presque liquide jusqu’à la dureté fibro-cartilagineuse.^ H J a une espèce de mollesse du cancer qui mérite d’être signalée à part. C’est celle qui simule une fausse fluctuation et qui, bien souvent, a trompé les chirurgiens en leur faisant prendre cette mollesse fluctuante pour un foyer de liquide dans lequel ils ont plongé imprudemment le bistouri, incision qui, au lieu d’évacuer du liquide, fait végéter ensuite, à travers la plaie , un champignon cancéreux.
En général, le degré de consistance dépend du plus ou moins grand développement de la charpente fibreuse , tandis que la prédominance du suc et des vaisseaux donne lieu a une consistance molle. Il en est de même des épanchements sanguins , tandis que l’infiltration phymatoïde donne plutôt une consistance ferme. L’organe dans lequel le cancer se développe influe également sur sa densité. C’est ainsi que le sein et le pylore prennent volontiers la forme squirrheuse , tandis que le testicule , les poumons et le foie , les reins et la vessie offrent de préférence un cancer mou et encéphaloïde. Toutefois on trouve chez le même individu des tumeurs de consistance différente dans les mêmes organes , et même une consistance dure, molle ou élastique, dans les diverses parties d’une seule et même tumeur.
§ III. Caractères microscopiques du cancer.
Nous distinguons les éléments caractéristiques et essentiels du cancer de ceux qui n’y sont ni constants ni doués d’une forme particulière et propre au carcinome.
1® Élément spécifique du cancer : cellule cancéreuse.
Nous avons déjà longuement insisté, dans notre Physiologie pathologique , sur la spécificité de la cellule cancéreuse. Ce fait, dont on a sans doute compris l’importance, a été généralement reconnu en France, tandis qu’en Allemagne des savants d’un mérite incontestable, tels que Yogel et Virchow, et, en Angleterre, M. Bennett, ont cherché à combattre cette spécificité. Plein de déférence pour des hommes qui nous inspirent une aussi sincère estime, nous n’avons pas cessé, durant les cinq dernières années, d’étudier tout ce qui se rattache à cette grave et intéressante question , et nous I n’aurions certainement pas hésité à abandonner notre première opi-
IIlSTOmE OÉNÉllALE DtJ CANCER.
mon sur CO sujet, si nos recherches ultérieures n’avaient pas de plus en jdus confirmé notre intime conviction sur l’exactitude de nos observations sur ce point. Au fait, en regardant les dessins des auteurs cites , je vois qu’ils ont observé comme moi ; seulement ils n ont pas toujours séparé du cancer les produits morbides qui , tout ^ lui ressemblant par quelques points , en diffèrent néanmoins. M. Bennett lui-meme, qui, sous ce rapport, est un des observateurs les plus éclaires, ne me paraît pas avoir bien reconnu l’hypertrophie partielle de la glande mammaire. Si l’on pose la question dans les termes suivants: Une cellule isolée étant donnée, peut-on toujours reconnaître, par l’examen microscopique, si elle appartient a un cancer ou non? nous n’hésiterons pas à répondre par la négative. Mais la question que nous avons toujours cherché à résoudre est celle-ci : Un tissu morbide étant donné , peut-on reconnaître, au moyen de l’inspection microscopique, s’il est cancéreux ou non ? Sur ce point, nous n hésitons pas à répondre par l'affirmative , tout en faisant d’emblée la réserve qu’il y a des circonstances j exceptionnelles que nous indiquerons plus tard, dans lesquelles l’examen microscopique peut rester insuffisant. Mais pour arriver à cette solution de la question, le microscope seul ne nous aurait, à coup sûr, pas suffi. Et ici il faut que nous fassions une petite digression pour rendre compte de quelle façon nous sommes arrivé à nous convaincre du caractère spécial de la cellule du cancer. Nous avons pris pour type des cas dans lesquels le diagnostic était incontestable, tels que le sarcocèle et le cancer du sein parvenu a sa période d’infection générale. Trouvant ensuite qu’un certain nombre de tumeurs enlevées dans les hôpitaux, ou que nous enlevions nous-même comme concereuses, montraient des éléments différents de ceux que nous avons trouvés d’une manière concordante dans les cancers véritables, nous nous sommes imposé la tache de recueillir sur toutes ces tumeurs à structure microscopique différente de nombreuses observations cliniques , pour savoir si à la structure différente correspondaient ou non des caractères cliniques différentiels. Après avoir accumulé ainsi pendant des années des observations , nous sommes aujourd’hui à même de formuler nettement notre pensée à ce sujet, en disant que les tumeurs à caractères microscopiques différents de ceux du cancer doivent tout aussi bien en être séparées par leurs caractères cliniques que par ceux que fournit l’anatomie. Que l’on prenne deux tumeurs du sein , dont l’une contiendra des cellules cancéreuses , tandis que l’autre ne montrera que les éléments glan-
caractères Mir.ROSCOPIOrES DU CANCER. l7
(hilaires avec leur (.^pitluiliuin , qu’on remonte ensuite aux antéciîdents, et qu’on suive ces malades aprî^s l’opiiration, et l’on verra que dans l’un des cas la tumeur a été diffuse , quelle s’est développée assez rapidement, qu’elle tendait à rétracter le bout du sein, qu’elle s’accompagnait de douleurs lancinantes, peut-être déjà de dépôts cancéreux dans les glandes lymphatiques et la peau du voisinage, et que la santé générale commençait à s’altérer ; tandis que dans l’autre cas l’étude des antécédents démontrera que la tumeur était périphérique à la glande, mobile, non accompagnée de rétraction du mamelon ni d’adhérence aux parties sous-jacentes, point douloureuse, ou tout au plus vers les époques menstruelles ; on se convaincra enfin que la santé générale est restée dans un état d’intégrité. Eh bien, il est certain que dans cette circonstance l’une des femmes était atteinte de cancer, tandis que l’autre ne l'était pas , et qu’à la structure différentielle correspondait une marche clinique tout autre. Tout praticien expérimenté reconnaîtra dans cet exemple le fruit de l’observation. Il se rapporte effectivement à deux malades que j’ai opérées l’une et l’autre, dont l’une, malgré une opération des plus étendues , a malheureusement succombé à la récidive , tandis que l’autre est radicalement guérie. En procédant de cette façon , c’està-dire par la combinaison de l’étude clinique et de l’examen anatomique et microscopique, j’ai pu séparer du cancer un certain nombre d’affections que l’on avait toujours confondues avec lui. C’est, guidé par ces observations , que je suis arrivé à me prononcer d’une manière nette et précise sur la possibilité de reconnaître, dans la grande majorité des cas , par l’inspection microscopique , si une tumeur est cancéreuse ou si elle ne l’est pas. Mais qu’on ne s’attende pas à trouver entre les diverses espèces de cellules des différences aussi marquées, qu’on pourrait les constater pour des objets déplus grandes dimensions. Il ne faut pas perdre de vue que lorsqu’il s’agit d’examiner des corpuscules qui , en moyenne , oscillent entre 1 /40Qe et l/40e de millimètre , les moindres (iifférences ont de la valeur, mais qu on ne peut les préciser qu’à la condition d’observer avec une grande exactitude , en prenant toujours des mesures micrométriques et en employant les plus forts grossissements.
Après ces remarques préliminaires , nous allons donner une description succincte des principaux caractères des cellules cancéreuses , en prenant pour point de départ le type de la cellule simple bien développée, pour indiquer ensuite les principales variétés que 1 on rencontre. Nous décrirons plus tard les formes dues à un déve-
HISTOIRE GÉNÉRALE DU CANCER
loppeinent incomplet, et puis les principales altérations auxquellesles cellules cancéreuses sont sujettes et qui peuvent les rendre méconnaissables. C est après cette esquisse descriptive que nous discuterons quelques unes des objections faites par Vogel , par Virchow et par Bennett, à la spécificité de ces cellules.
La cellule cancéreuse est souvent incomplète, et dans beaucoup de tumeurs on voit un nombre considérable de ses grands noyaux L nucléoles vdumineux et un nombre proportionnellement exigu de cellules complètes , fait qui ne s’observe pas à ce point dans les productions épithéliales ni dans d’autres tumeurs qui peuvent avoir quelque ressemblance éloignée avec les éléments microscopiques du cancer. Lorsque la paroi est complète , la cellule a une certaine fixité de dimension, et l’on peut regarder celle de 0““,02 à 0™“,025 comme la véritable moyenne. Si l’on compare ces dimensions avec celles que nous indiquerons tout a 1 heure pour les noyaux , on arrive à cette conclusion importante , qu il y a en outre une proportion particulière entre la dimension de la cellule et celle du noyau , bien I plus grand qu’il n’est ordinairement, comparativement à la paroi qui 1 entoure 5 et cette disposition est telle, qu’à elle seule elle fait reconnaître dans bien des circonstances la nature cancéreuse du tissu Nous avons plusieurs fois examiné entre autres des cancers cutanés qui renfermaient de ces cellules à grands noyaux et nucléoles • si nous leur comparions l’épiderme de la surface avec ses larges feuillets et ses petits noyaux , nous y trouvions une telle différence , que réellement 1 observateur le moins exercé ne pouvait point prendre l’une pour l’autre. Quant aux dimensions, nous avons bien vu la paroi cellulaire n’avoir que 0““,0175; nous l’avons même vue parfois descendre à 0“™,015 ; mais ces cas sont tout aussi exceptionnels que ceux où on leur voit atteindre les grandes dimensions deO">™ 03 à 0"“",04 et au delà. Outre cette moyenne fixe pour les dimensions nous constatons un autre caractère non moins important , c’est l’extrême variété de forme de cette paroi. Le type delà cellule cancéreuse est une petite sphère régulière avec un noyau elliptique excentriquement placé, occupant près de la moitié et au delà de l’intérieur et renfermant un ou plusieurs grands nucléoles. Mais ce type n’est souvent pas bien pur; l’enveloppe cellulaire prend la forme ovoïde , allongée, triangulaire, à angles aigus ou émoussés, fusiforme, pointue aux deux extrémités et large au milieu ; d’autres fois elle présente , au lieu de deux appendices verticaux , un seul appendice long et pointu partant d’une cellule ronde, ou trois ou quatre appen-
CAKACTÈRES MICROSCOPIQUES DU CANCER. lî)
ilices allongi^s et pointus parlant d’une cellule ovoïde ou irrégulière.
Il serait inutile et même impossible de signaler ici toutes les formes; il suffit de signaler le fait que cette muliiformiié de la paroi cellulaire ne s observe a ce degré dans aucune autre espèce de cellules. Dana les tumeurs épidermiques , on pourrait croire à une aussi grande variété , lorsqu on les examine superficiellement j mais on pourra toujours réduire ces formes a divers degres de plissement du feuillet épidermoïdal ou à des altérations de nature diverse , telles que la diffusion, l’altération grasse ou granuleuse. Les contours de la cellule cancéreuse sont généralement pales et fins, et contrastent singulièrement avec les contours fortement accusés des noyaux. Le contenu cellulaire, s’il n’existe aucune infiltration , ni pigmentaire , ni granulo- graisseuse , sè compose de molécules fines et ternes ressemblant à ces molécules fibro-albumineuses que l’on rencontre dans toute espèce de produits. Aussi cet aspect finement granuleux , loin de cacher le contenu nucléaire de la cellule , sert plutôt à en faire ressortir les contours extérieurs. Comme l’infiltration pigmentaire noire est ordinairement une variété primitive et non une détérioration successive de la cellule , il faut que nous en disions deux mots dès à présent. Dans le cancer mélanique, qu’il n’ait encore que le volume d’une tête d’épingle ou qu’il remplisse déjà toute une cavité comme celle de l’orbite, on trouve le pigment sous deux formes dont l’une, plus rare, est celle de son existence en dehors des cellules cancéreuses. On a alors le pigment dans l’interstice de celles-ci , sous forme de granules fins de 0"'“,002 ou sous celle de petits globulins de 0““,004 à 0““,005, plus rarement sous celle de vrais globules mélaniques de 0"*™,01, sans noyau, sans nucléole , exclusivement remplis de pigment. Ordinairement celui-ci est contenu dans les cellules cancéreuses sous forme de granules ou de globulins qui peuvent exister en quantité plus ou moins notable et permettre tantôt de voir encore le noyau et le nucléole, et qui tantôt remplissent tellement la cellule cancéreuse tout entière, qu’on n’y voit plus autre chose que ce pigment. Nous avons observé plusieurs fois une variété bizarre d’infiltration pigmentaire tout à fait bornée au noyau. Les cellules cancéreuses pigmentées sont ordinairement un peu distendues , et on les voit plus grandes d’un quart , d’un tiers et au delà, que les autres cellules cancéreuses de la même tumeur. Ainsi , nous les avons vues souvent atteindre 0‘""',03 et même O»»"*, 04.
Le noyau de la cellule cancéreuse est, nous l’avons déjà vu, l’élément constant. Toutefois il ne faudrait pas toujours juger de
ill.'^TOIUR OKNKltU.fî DH C.vXCKU,
l absence des cellules coinplèles clans ces cas-là ; plusieurs fois nous ayons vu , au moyen de forts grossissements, qu’un limbe cellulaire pale entourait assez cîtrcvtement le noyau pour ne point pouvoir être aperçu avec (les grossissements moins forts. Le noyau de la cellule cancéreuse est rond lorsqu’il n’est pas complètement développé. On en rencontre cependant aussi de ronds , quoique passablement volumineux et arrivés au terme de leur évolution. Le type prédominant du noyau est la forme ovoïde ou elliptique. Ses contours sont toujours très fortement accusés , ce qui indique une assez grande épaisseur. Leur dimension moyenne est de à 0”’"‘,015. Fréquem-
ment on les voit dépasser cette mesure et aller jusqu’à 0"‘n»,02. Il est plus rare de les voir au-dessous de de 0075 et
alors le grand volume du nucléole et la multiformîté de la paroi cellulaire ne permettent également point de doute, dans la majorité des cas, sur la nature du produit. 11 va sans dire que lorsque le noyau est elliptique, il est en moyenne d’un tiers à un quart plus lono- que large. ° ^
Dans 1 état normal , on rencontre bien quelques granules pâles dans le noyau, mais l’élément qui frappe même les observateurs les plus inattentifs , est le nucléole. Celui-ci est grand , terne et bien plus volumineux, bien plus frappant d’aspect que dans toutes les autres espèces de cellules. Il y en a au nombre de un , de deux , de trois, rarement au delà. Il est très rare de l’observer au-dessous de 0™"’,0025, et sa dimension moyenne varie entre cette mesure et celle de 0™™, 0033 5 on le voit atteindre 0™“,004 et 0*"“,005 et alors on reconnaît dans son intérieur une ou plusieurs grandes molécules que nous avions prises dans le temps pour des nucléoles secondaires et sui la nature desquelles nous nous abstenons aujourd’hui de nous prononcer.
On voit donc que la cellule cancéreuse type que l’on rencontre dans la grande majoiite des cas se distingue par des dimensions moyennes fixes , par la multiformité de la paroi cellulaire , par le noyau volumineux tant en lui-même que par rapport à son enveloppe et par son nucléole terne , grand et très apparent. On trouve bien parfois des noyaux volumineux à grands nucléoles dans certaines tumeurs épidermiques, mais ce sont des exceptions ; le plus souvent on les y voit entourés de la large paroi plissée et feuilletée de l’épiderme pavimenteux ; on y trouve en outre les globes concentriques de l’épiderme dont nous parlerons plus loin, et enfin on voit, en pareil cas, un si grand nombre de cellules épidermiques non
CAUACi'ElŒS MlCKOSCuriUüES DU CANCEK, 21
douteuses , que l’erreur n’est pas sérieusement possible. Aussi répétons-nous ici l’axiome fondamental des sciences naturelles r « la nécessité de tenir compte de l’ensemble des caractères , méthode qui conduit à la vérité , tandis que 1 étude des caractères , pris isolément et poussés à leurs dernières conséquences logiques, ne conduit qu’à des notions fausses et paradoxales », Nous avons décrit la cellule cancéreuse normale avec quelques unes de ses variétés ; nous allons jeter à présent un coup d’œil sur deux variétés qui sont également normales , et dont l’une surtout est très fréquente dans le cancer : ce sont les cellules mères du cancer et les cellules à parois concentriques. Les cellules mères sont caractérisées par la multiplicité de leurs noyaux ; ceux-ci , tout en présentant leurs caractères ordinaires , peuvent exister au nombre de trois , de quatre et jusqu’à dix, quinze et au delà. Quant aux cellules à deux noyaux, nous les regardons encore comme des cellules simples. Les dimensions de ces cellules mères sont ainsi portées à 0'““,04 et à 0“”,06 et au delà. Outre les noyaux, on trouve dans leur intérieur quelquefois des cellules complètes , seules ou entremêlées avec des noyaux. Rien ne nous autorise à regarder ces grandes cellules comme des foyers de formation endogène de cellules. Je sais bien que plusieurs auteurs ont essayé de faire prévaloir cette opinion ; mais nous n’avons rien vu qui nous autorisât à admettre cette hypothèse. Nous n’y voyons qu’une variété de la multiformité étonnante de l’élément cancéreux ordinaire.
Quant aux cellules cancéreuses concentriques, nous trouvons dans nos observations et dans nos dessins , aujourd’hui bien autrement nombreux qu'à l’époque de la publication de notre Physiologie pathologique^ un grand nombre d’exemples de cette forme observée dans les organes les plus divers , dans le testicule , dans les poumons, dans la glande mammaire, dans l’épiploon. Tantôt la paroi cellulaire complète était entourée d’une autre paroi tout aussi régulière et plus grande , tantôt la concentricité consistait dans plusieurs membranes d’enveloppes superposées, d’apparence lamelleuse. Nous avons rencontré ces cellules concentriques en particulier dans la forme colloïde du cancer. Il va sans dire que nous ne con- I fondons pas ces cellules concentriques, un peu plus grandes seulement ! que les cellules ordinaires du cancer , avec les globes concentriques ; d’épiderme du cancroïde, formations que personne, à coup sûr, n’a i étudiées avec autant de soin que nous. Du reste, M. Ch. Robin a ! observé aussi un grand nombre de fois de vraies cellules concentri-
^ HISTOIHE GÉNÉKAI.E DU CANCKK.
ques dans le cancer. M. Henle (1) nen ayant point observé, met eiir existence en doute, et se demande si je n’aurais pas fait un dessin de cellules idéales ou si je ne les aurais pas confondues avec (les cellules d’amuion. Nous ne reprocherons pas à M. Henle de ne les avoir point observées. Quant à des cellules idéales, il aurait pu voir diins le texte de la Physiologie pathologique et dans l’atlas , que j ai vu de ces cellules dans l’intérieur de l’os maxillaire, dans le poumon, dans le testicule. Je ne prendrai pas au sérieux le reproche d’avoir dessiné des cellules idéales ; une telle manière de présenter un point d’observation est trop contraire à mes habitudes scientifiques. J avoue humblement que je ne suis pas encore converti a 1 opinion du célèbre professeur de Heidelberg, qui prétend que le jour de la dernière hypothèse serait aussi le jour de la dernière observation [Rationelle Pathologie^ Vorrede, p. 1), jour que cet auteur recule autant qu’il est en son pouvoir. Je crois au contraire que le jour de la dernière observation serait celui où commencerait 1 empire des hypothèses. Quant à la confusion des cellules du cancer avec des granules d amidon , c’est une erreur tout au plus supposable chez un élève au début de ses études.
Nous avcins dit déjà plus haut qu’il y a des circonstances dans lesquelles 1 examen microscopique ne fait pas reconnaître dans une tumeur cancéreuse les caractères types de la cellule. D’abord le fait est assez exceptionnel , ne se rencontrant que deux à trois fois sur cent, pour ne pas infirmer la règle de sa forme spéciale. Ce sont surtout des cellules incomplètement développées dans lesquelles la paroi cellulaire n existe ordinairement pas et dont les noyaux , assez petits , de 0““,005 a 0“™,006, ne renferment qu’exceptionnellement un nucléole caractéristique. Ces cellules , incomplètement développées , que nous décrirons avec détail plus loin , se sont surtout rencontrées dans des tumeurs cancéreuses très molles et qui s’étaient développées avec une grande rapidité. Trois fois nous avons constaté ce fait dans des encéphaloïdes de l’intérieur de l’os. Nous avons également constaté ce fait dans plusieurs cas d’infection très prompte et très étendue. En thèse générale , on peut dire que si l’encéphaloïde , de consistance moyenne, d’un développement pas trop rapide, est celui qui montre la plus riche variété de cellules, d’un autre côté, c’est celui aussi qui en provoque la formation quantitative la plus abondante, qui alors, sous le rapport qualitatif, montre le
(I) Henle, Rationelle Pathologie. Heidelberg, I8S0, t. II, p, 697.
développement le plus imparfait. Outre ces cas, dans lesquels la cellule cancéreuse n’a point pu arriver à un développement plus complet, il faut mentionner ceux dans lesquels 1 évolution a été parfaite, mais a été troublée dans son aspect par les altérations de ces cellules dont nous allons parler. On comprend que des observateurs inattentifs ou prévenus se prévalent de ces exceptions et de ces altérations pour attaquer la règle générale.
Les principales formes d’altération des cellules cancéreuses sont les suivantes : la diffluence , l’épaississement des parois , la diffusion, l’infiltration granuleuse et graisseuse, le dessèchement avec déformation des cellules et des noyaux. Avant de parler de chacune d’elles , nous ferons observer que ces altérations , si communes , n’occupent presque jamais la masse entière de la tumeur, et qu on retrouve toujours des cellules types à côté de celles qui ont perdu leur aspect normal, de même que les divers degrés de développement incomplet ne peuvent pas non plus induire en erreur , vu qu’à côté d’eux on observe toujours un nombre plus que suffisant de noyaux et de cellules complètes.
La diffluence consiste en ce que des cellules perdent leurs contours et deviennent un amas informe de granules moléculaires. Nous observons ce phénomène avec des gradations diverses. Dans un premier degré , le contenu du noyau , les nucléoles aussi bien que les granules moléculaires , se réunissent pour former une espèce de globe régulier ou irrégulier dans l’intérieur du noyau. Dans un second degré, le noyau lui-même perd ses contours, et 1 on voit à sa place et à celle de son contenu un amas granuleux qui conserve encore une forme nucléaire, mais qui commence déjà à être diffus. Dans un troisième degré , enfin , la cellule tout entière n est plus qu’un amas de granules , avec ou sans contour régulier.
L’épaississement des parois cellulaires est une altération assez fréquente. Nous l’avons vu atteindre jusqu’à 0“"’,005 d’épaisseur et au delà. La paroi présente alors un double contour entre lequel on reconnaît tantôt une substance granuleuse et tantôt une substance terne et homogène. C’est dans ces cellules que l’on rencontre des noyaux complètement hyalins , qui ressemblent à des vésicules et qui constituent également une des altérations du noyau qui ont été très bien décrites, dans ces derniers temps, par M. Virchow (1).
Nous recommandons comme fort instructive la lecture de ce mé-
(^) Virchow, np, dl.y t. 111, p. 211.
OENlilUl.li DU CA.NUiK.
^noire sur la formation des cellules endo^^ènes dans le cancer et nous citons ICI surtout le passage qui se rapporte à l’altération dont nous venons de parler : « Une partie du contenu d’une grande cellule à - contenu granuleux partie qui correspond peut-être à un noyau « disparu, devient homogène et limpide. Cette portion montre •• e principe une paroi distincte et assez résistante, qui bientôt épaissit par 1 apposition de substance nouvelle. Elle prend alors es doubles contours et un aspect comme cartilaginiforme. A me- » que le volume et la cavité augmentent , le reste de l’ancienne ” T homogène et disparaît fréquemment en totalité ..
Ea diffusion est également une cause assez remarquable d’altération de la cellule cancéreuse, à laquelle elle donne les formes les plus izarres. C est un simple phénomène d’endosmose et d’imbibition de
T "^o^tenu. Voici
ses différents effets. La paroi cellulaire s’agrandit et devient limpide.
Quelquefois on croit y voir comme des gouttelettes pâles ou des vésicules a contours faiblement marqués. D’autres fois, la diffusion ou I imbibition a lieu dans la substance pour ainsi dire de la paroi cellulaire , et alors on voit dans celle-ci comme deux lamelles occupées par un espace transparent. D’autres fois, ce soulèvement lamelleux est partiel , en forme de verre de montre. Dans d’autres circonstances , enfin , on voit deux et rarement trois de ces soulèvements partiels sur la périphérie d’une même paroi cellulaire ; celle-ci conserve ordinairement un assez grand degré de limpidité.^ Il nous paiaît probable que souvent les cellules concentriques doivent cette concentricité de leurs enveloppes à ce phénomène d’imbibition. Dernièrement nous avons observé un phénomène semblable de diffusion dans les cefiules du pus d’un épanchement pleurétique ; en outre, ces vésicules pâles et transparentes existaient à l’état libre , à la circonférence des parois cellulaires.
L’infiltration granuleuse et graisseuse est une des altérations les plus communes de toute espèce de cellules, comme Virchow et Reinliardt 1 ont péremptoirement démontré, fait que j’ai pu pleinement confirmer et que j ai même observé dernièrement dans les globules rouges du sang. Elle consiste dans le développement de molécules granuleuses qui finissent par remplir à un tel point la cellule du cancer que bientôt le noyau et le nucléole en sont complètement cachés , et qu’on ne croit plus avoir sous les yeux que des amas globuleux de granules. II est cependant aisé d’observer toute a filiation de cette infiltration. 11 est plus rare de voir le noyau seul
CMIAUTÈHES MlCUOsCOl'UjUliS DU CANCER. ü5
et dépourvu d’une paroi d’enveloppe, devenu globule granuleux. Lorsqu’il y a beaucoup de ces corps , on voit en même temps une certaine quantité de gouttelettes et de grandes et de petites vésicules graisseuses. Nous avons vu plusieurs fois aussi le noyau tout entièrement infiltré d’une graisse liquide , et son aspect était si parfaitement celui d’une vésicule graisseuse, que sa dimension, sa forme ovalaire et la persistance du nucléole dans quelques uns, les en faisaient seules distinguer. Quant aux réactions chimiques qui pourraient éclairer dans ces circonstances , sous le microscope même , j’avoue que j’en suis peu satisfait jusqu’à présent. L’éther à froid agit peu, la potasse n’agit souvent point, et comme elle détruit les substances albuminoïdes , elle n’éclaire pas sensiblement le diagnostic. J’ai fait quelques essais avec des huiles volatiles qui dissolvent la graisse , telles que l’huile de caoutchouc , l’huile de naphte , la benzine et la camphène quatre fois distillée. Mais ces substances, tout en dissolvant bien la graisse , troublent trop l’objet à examiner. Jusqu’à présent , l’aspect opalisant tout particulier des vésicules graisseuses d’une certaine dimension nous paraît encore le meilleur caractère, et il nous a toujours semblé fort difficile de distinguer si des granules, ou des petites vésicules sans aspect bien tranché , étaient de nature graisseuse ou albumineuse. Toutefois l’absence d’action de l’acide acétique a une grande valeur, quoique négative. Cette infiltration granuleuse et graisseuse, disséminée dans un certain nombre de cellules cancéreuses , se trouve surtout en quantité plus considérable lorsque le tissu offre l’aspect terne et phymatoïde. Mais nous ne pouvons pas partager , par des raisons que nous exposerons plus loin, l’opinion des auteurs qui envisagent cette altération comme une tendance curative locale du cancer. Nous n’y voyons autre chose qu’une détérioration cellulaire pure et simple.
Le dessèchement et la déformation des cellules cancéreuses s’observent aussi quelquefois. C’est le phénomène inverse , pour ainsi dire, de la diffusion. Nous l’avons surtout vu dans des cancers atrophiques qui, après avoir été plus volumineux , se sont en partie flétris et desséchés , ce qui malheureusement ne constitue nullement une guérison du cancer ’ car à côté de la tumeur atrophique il y en a ordinairement d’autres qui montrent le développement le plus complet et infectent l’économie tout entière. Ce dessèchement consiste tout simplement en une perte des contours réguliers avec aspect grumeleux dans leur intérieur, et l’on croirait, en pareille circonstance, avoir affaire à de la matière tuberculeuse , si ces globules , même
•II^TOIIIE générale du cancer.
déformés n'étaient pas plus volumineux que ceux du tubercule et s. a coté de ceux qu, sont desséchés on n'en rencontrait pas quelques uns plus complets et a caractères types. ^
Nous ne pouvons pas terminer ce sujet sans dire deux mots des globulms sans caractère particulier, que l'on rencontre souvent dans les tumeurs cancéreuses riches en cellules ; car évidemment un observateur qm porterait d'abord son attention sur ces formes incomplètes, et qui ne suivrait pas leur filiation avec des cellules plus déveoppées, s exposerait à des erreurs graves de diagnostic. Les globules ancéreux de la plus petite dimension ont à peine 0““,003 à O»*™ 004 Leur intérieur est homogène et ils ressemblent à de petits nucléoles' Leux qui sont un peu plus grands, variant entre 0"”“,004 et 0“™,006 ont déjà des contours plus marqués et un contenu plus pâle et quelques uns montrent un ou deux nucléoles. Plusieurs de ces globulins sont même entourés d’une enveloppe celluleuse pâle, dont les dimensions (varient entre O-^OOe et 0"’"',007. D’autres noyaux offrent un type plus parfait et montrent des contours nettement accusés avec un ou deux nucléoles volumineux. Il suffit d’en être prévenu pour retrouver tous les passages entre les globiilins les noyaux incomplets, les petites cellules d’un coté, et les noyaux ainsi que les cellules les plus parfaitement développés, d’un autre côté. Cette courte esquisse descriptive des globulins cancéreux n’est pas sans intérêt pour I histoire de leur développement. Du reste , dans les productions épidermoïdes et épidermiques on trouve des globulins incomplets analogues , qui n’ont également rien de typique , tandis que les cellules complètes , ou les formes intermédiaires déjà plus avancées, ont un caractère distinctif d’une grande valeur.
Avant de quitter ce sujet, nous allons indiquer quelques uns des caractères chimiques de la cellule cancéreuse. L’acide acétique rend la paroi cellulaire plus diaphane, mais il reste ordinairement sans action marquée sur les noyaux , et moins encore sur les globulins. La potasse caustique fait pâlir et dissout graduellement la cellule et le noyau , tout en respectant un certain nombre de granules d apparence opalisante et graisseuse. Ce fait nous a vivement frappé.
L acide nitrique condense toute la masse du suc que l’on met en contact avec lui. Quelquefois ce suc prend un aspect comme arborescent. Tous les éléments cellulaires , le noyau, aussi bien que la cellule, sont condensés sans être dissous ; les contours des parois cellulaires en deviennent même plus marqués. Nous avons été frappé plusieurs fois de l’absence de teinte jaunâtre dans ce suc ,
teinte que cet acide donne si généralement aux tissus albuminoïdes, et que l’on observe également dans le tissu cancéreux en masse mis en contact avec lui. L’ammoniaque a une action analogue à celle de la potasse , mais plus faible. Nous avons vu plusieurs fois dans cette réaction se former des aiguilles cristallines , sans que nous ayons pu en déterminer la nature. L'alcool ne produit pas d autre action qu’une légère condensation , et rend les contours des cellules un peu plus marqués. Il en est de même de la solution de nitrate d’argent. Le nitrate acide de mercure produit à peu près la même action que l’acide nitrique. La teinture d’iode contracte les cellules et les colore en jaune foncé, et de préférence les portions qui renferment des granules d’apparence graisseuse.
Nous ne pouvons pas tirer de conclusions de ces réactions, et nous ne les donnons que comme de simples faits d’observation qui , entre les mains de quelqu’un qui s’occuperait spécialement de chimie pathologique, pourraient acquérir par la suite quelque valeur. Nous allons du reste parler bientôt avec détail de la composition chimique du cancer, telle qu’elle résulte des travaux faits jusqu a présent sur ce sujet.
Nous venons de passer en revue les formes normales de la cellule cancéreuse. Nous avons soin d’en séparer celles qui résultent ou d’un développement incomplet, ou d’un arrêt de développement, ou d’une véritable altération. Nous croyons avoir ainsi porté un peu plus d’ordre dans ce dédale , qui reste si confus lorsqu on ne prend pas pour guide le grand principe des études positives , qui consiste à ne pas se contenter de l’observation brute , mais a coordonner 'd’une manière aussi naturelle que possible les faits observés, selon leur valeur et selon leur nature.
Fort de ces notions, nous pouvons aborder à présent la discussion de la spécificité de la cellule cancéreuse, en analysant les objections des auteurs qui ont soutenu une opinion différente : celles de Vogel, Virchow et Bennett.
M. Vogel (1) dit, en parlant des cellules cancéreuses, qu’elles varient à l’infini et qu’elles ne sont cependant que des degrés divers de développement des cellules primaires. Parmi les cellules , selon lui les mieux caractérisées, il indique des cellules à queues et rameuses, des cellules qui renferment un grand nombre de noyaux ou de jeunes cellules, des cellules à paroi fort épaisse , des cellules doubles ,
(I) Vogel, Anatomie patlwlo^i(iiie générale, trad.par A.* J. -L. Jourdan. Pans, J8i7, p. 267 k 269,
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des cellules pleines de granulations, des cellules, enfin , qui renferment un pigment noir. 11 résulte de là , continue l’auteur , que le T\omÙQ cellules cancéreuses ne peut être appliqué à une forme déterminée differente de toutes les autres, et qu’en voyant une cellule au microscope, on ne pourrait généralement pas dire si elle appartient ou non a un cancer, mais que fort souvent toute incertitude cesse quand on a sous les yeux des masses de cellules cancéreuses. Kt cela tant a cause de leur diversité, qu’en raison des caractères particuliers appartenant à chacune d’elles.
Nous allons examiner la valeur de cette manière de voir. Les cellu es primaires jouent un grand rôle dans les travaux histologiques allemands, et il est impossible d’avoir abusé davantage d’une chimère d un être de pure imagination , qu’on ne l’a fait de ces cellules primaires. Abstraction faite de l’uniformité des cellules dans la premipre période embryonale , à une époque où les tissus n’ont pas encore commencé à se différencier, nous n’avons rien observé de pareil pour les cellules qui entrent dans la composition des divers tissus en voie de formation, tant normaux que pathologiques. Prenez même l’embryon de poulet^bieii jeune; et vous verrez que déjà, au bout de quarante-huit heures d’incubation, la jeune cellule du sang est complètement différente du globule organoplastique. Prenez un peu plus tard la jeune cellule épidermique , les grandes vésicules de la corde dorsale, les éléments globuleux du cartilage, ces corps allongés qui constituent la première formation du muscle et que nous avons décrits sous le nom de myoplastiques, et vous verrez déjà à cette époque peu avancée du développement, des différences incontestables» entre ces éléments. En pathologie, on a voulu faire dériver de la cellule primaire : les éléments hbro-plastiques, les globules d’exsudation (globules purulents), et, comme nous venons de le voir, la cellule cancéreuse. Mais si l’on étudie ces divers éléments dans leur apparition primitive et dans leur développement, on découvre de bonne heure des différences qu’on ne saurait nier. Et si, par hasard, quelques uns de ces globules fort peu développés peuvent se ressembler, n’est-il pas logique d’y voir une simple ressemblance, mais non une identité, lorsqu’on constate par la suite, et à mesure que leur évolution progresse, les différences les moins douteuses?
Tout en niant l’existence d’une cellule cancéreuse type, M. Voo-el décrit ensuite diverses formes qui sont un singulier mélange de simples variétés de la cellule type, telles que la cellule rameuse et la celhde
})igmcntéc, et de véritables altérations de la cellule, telles que l’épais-
t:\RAr.TKRES MICROSCOPIQUES DU CANCER. 29
sissemcntclescs parois elles granulations de son intérieur. Si l’auteur a méconnu la cellule type, qui pourtant est à peu près constante et facile ù apprécier , c’est que d’un côté il paraît s’être servi de grossissements trop faibles, commele feraient supposer ceux qu’il indique dans son Icônes yailiologicæ ; et, d’un autre côté, il n’a guère séparé du cancer une foule d’affections que l’on n’en avait point séparées avant nous. On conçoit que la confusion entre tous ces éléments réellement différentiels a pu influencer l’auteur au point de lui faire nier la cellule cancéreuse particulière. Et pourtant cet auteur , dont la bonne foi est parfaite, fait lui-même l’aveu que nous enregistrons, et auquel nous attachons de l’importance : «que l’ensemble de l’aspect microscopique fait cesser fort souvent toute incertitude sur la nature cancéreuse d’un tissu. >> Or, nous le demandons, comment estil possible que des éléments, isolément tous sans caractères tA^pes et sans aspect particulier, puissent imprimer un cachet frappant de particularité à l’ensemble et à leur réunion en masse? N’est-il pas bien évident qu’en cas pareil , il y a plus de justesse dans l’appréciation de l’observateur , que de pénétration et d’exactitude dans son observation?
Nous arrivons aux arguments de M. Virchow. Avant tout, cet auteur attaque la valeur du volume comparatif des cellules et des noyaux dans les produits morbides, par conséquent la valeur des mesures micrométriques en général. 11 dit ensuite qu’il y a des cellules normales qui ne pourraient être plus ressemblantes à celles du cancer; tels sont, par exemple, les éléments de l’épiderme et de l’épithélium ; il combat ensuite la valeur de la particularité des cellules mères comme existant aussi dans le cartilage. Quant aux cellules cancéreuses pigmentées, il leur trouve l’analogie la plus positive avec les cellules pigmentées de la choroïde, des poumons, etc. Par conséquent, les cellules cancéreuses, trouvant leur analogue dans les cellules épithéliales, cartilagineuses et pigmentaires, n’offrent aucun élément de spécificité. Reprenons ces objections en détail. Nier la valeur des mesures micrométriques , c est se priver d une des plus précieuses ressources dans l’appréciation de tous les éléments microscopiques ; mais pour bien mesurer , il faut mesurer constamment et avoir le micromètre dans 1 oculaire, avec une bonne détermination des unités, selon les divers systèmes de lentilles. Si l’on veut mesurer avec 1 instrument de Schiek, de Berlin, qui s’adapte à la table du porteobjet, on ne fera jamais que des mesures rares et servant plutôt à satisfaire la curiosité que la science. Si l’on mesure beaucoup avec de
UiSTOIRK GÉNÉIULE DU CANCER.
bons instruments et impartialement, on arrive au contraire à la conviction qu’il y a des moyennes fort bien établies pour les dimensions de chaque élément microscopique différent. C’est ainsi que le corpuscule du tubercule oscille entre 0"‘'“,005 et 0'"“,0075, Le globule du pus se trouve en moyenne de et dans le cancer ,
nous trouvons la paroi cellulaire, en moyenne, de 0""",02 à 025 le noyau entre 0-»n>,01 et O-"*, 015 , le nucléole entre O"'"*, 0025 et 0"“»,0033. Ce que nous avançons ici est le résultat d’un très grand nombre d observations faites et de mesures prises depuis plus de dix ans. Nous savons fort bien que les maxima et les minima peuvent vaiier, mais ce sont la les exceptions, tandis que les moyennes sont la règle. Si les études statistiques de tous les bons observateurs nous ont démontré que le cancer est une maladie plus particulière à la seconde moitié de la vie, cette règle générale est-elle infirmée parce qu’on observe un certain nombre de cas de cancer avant l’âge de vingt ans? Certainement non. Et faire la part juste des règles et des exceptions, est un des points les plus importants pour s’entendre en pathologie , science qui offre beaucoup plus de règles , admettant la possibilité des exceptions , que de lois qui n’en admettent point.
L auteur nous dit que les cellules cancéreuses ont souvent beaucoup de ressemblance avec celles de l’épithélium, du cartilage et du pigment. Il s’ensuivrait avant tout, comme conséquence logique, mais trop paradoxale pour être défendue , que ces cellules alors devraient être identiques entre elles. Que parfois une cellule cancéreuse offre quelque ressemblance avec un cellule d’épithélium ou de cartilage, nous ne le nions pas. Mais en prenant la plus grande partie des cellules cancéreuses d’une préparation , la plus grande partie des cellules cartilagineuses d’une autre, et les épithéliums les plus variés en troisième lieu, quel est l’observateur exercé qui ne les distinguera aisément les unes des autres? Nous sommes persuadé que sur cent préparations, M. Vichow se tromperait à peine une fois dans leur détermination. Prenez un cancer utérin, et comparez les cellules de sa matière encéphaloïde avec l’épithélium de la muqueuse utérine ou vaginale ; prenez un cancer delà peau, et comparez les cellulesde son intérieur avec l’épiderme de sa surface ; prenez un cancer mélanique de l’œil, et comparez ses cellules pigmentées avec les cellules de la choroïde; et si vous vous servez d’un bon microscope et de forts grossissements, si vous regardez avec un peu d’attention, vous distinguerez certainement du premier coup d’œil le tissu cancéreux de celui de l’épiderme, de l’épithélium ou du pigment.
Quant à la formation endogène des cellules, nous n’y attachons pas en elle-même une grande importance. Nous trouvons même que l’endogénèse des cellules est un terme qui préjuge déjà trop leur mode deformation. Il est exact que l’on trouve des cellules renfermant au delà de deux noyaux dans les cartilages. Nous en avons signalé depuis longtemps dans les éléments fibro-plastiques ; mais si le fait de l’existence simultanée de grandes cellules renfermant des noyaux , et de petites cellules dans le cancer et dans le cartilage , et quelquefois dans les tumeurs fibro-plastiques , n’a rien de particulier,
, comparez , d’u,n autre côté , entre elles ces trois espèces de cellules , mères, et vous trouverez de bien grandes différences. C’est ainsi i qu’on ne trouve guère dans le cartilage ces grandes et belles cellules ovoïdes qui renferment des noyaux volumineux elliptiques à ; contours fortement accusés, avec des nucléoles ternes, frappants d’as- ; pect et proportionnellement de grandes dimensions. La petitesse des noyaux et des nucléoles dans la cellule mère fibro-plastique les dif- : férenciera toujours très aisément , sans compter que l’entourage J dans les trois cas est complètement différent. Dans le cancer, beau- . coup de cellules typiques et de noyaux nagent librement dans le . sérum ; dans le cartilage, des cellules à noyaux déformés sont fixées et comme emprisonnées dans le tissu inter-cellulaire ; dans le tissu fibro-plastique, des éléments que l’on ne saurait confondre avec rien ; autre se trouvent à côté des cellules à noyaux multiples. A l’occa- . sion des tumeurs épidermiques, nous reviendrons encore sur la différence qui existe entre la cellule épidermique et celle du cancer.
{Mais dès à présent, nous devons signaler plusieurs faits qui ne sont pas sans valeur pour la différenciation. Si la cellule cancéreuse était identique avec l’épithélium, comment se ferait-il que, la prenant dans
Ile cancer du centre de la masse cérébrale, dans celui de la portion médullaire de l’os, de la pulpe du testicule, dans n’importe quel organe enfin où le cancer se rencontre , vous y trouviez toujours la même cellule type , et ce type , toujours différent de l’épithélium le plus voisin et de l’épithélium en général? Ajoutez à cela que le cancer fuit pour ainsi dire les surfaces épithéliales et qu’il se dépose partout au contraire à une certaine distance de celui-ci. Dans la peau , ce sont les mailles profondes du derme j dans les muqueuses, c’est le tissu sous-muqueux ; dans les membranes séreuses, le tissu sous- ^ séreux. Nous dirons enfin, en terminant cette argumentation , que, I pour nous , 1 hétéromorphisme dans le cancer n’est pas seulement t prouvé par la cellule cancéreuse; c’est un élément d’une grande va-
lll.STOIliE nÉN'ÉRAt.R î)tt CaNCRH,
leur, à coup sur, niais qui ne nous nieUrait pas on droit de nous prononcer en sa faveur. Cet hétéromorphisme résulte incontestablement de 1 ensemble de tous les caractères anatomiques et patholom-
ques du cancer, et la spécificité de sa cellule en est plutôt la conséquence que la base.
Nous arrivons aux objections que M. Bennett (1) fait à la spécificité de la cellule cancéreuse. Ne trouvant pas de différence entre les cellules du cancer et celles de formation épithéliale, cartilagineuse et les cellules embrjonales , l’auteur dit que la tumeur cancéreuse! lorsqu elle occupe la membrane muqueuse, la peau, l’os, n’est qu une excessive augmentation de la structure normale, qu’en outre 1 extension des membranes muqueuses dans beaucoup de viscères et d orpnes glandulaires vient à l’appui de cette manière devoir. C’est ainsi que dans le foie les cellules de l’organe ressemblent beaucoup à celles du cancer, etl auteur s’est souvent demandé si, en pareil cas, les cellules morbides n’étaient pas ces mêmes cellules normales simplement altérées. Un peu plus loin, l’auteur dit cependant que la cellule cancéreuse étant la meme partout , on peut mettre en doute que la cellule cancéreuse soit jamais une transformation d’une cellule || noiinale ^ d un autre cote, les cellules de 1 épithélium et du cartilage peuvent, d apiès lui, av^oir tous les caractères de celles du cancer, et leui origine normale ou anormale constitue la principale différence.
Malgie toute la justice que nous aimons a rendre à l’ouvrage de M. Bennett, nous ne pouvons pas dissimuler que nous trouvons dans ses arguments des contradictions manifestes et une confusion d’autant plus fâcheuse, qu’elle est pleinement condamnée par les beaux dessins et l’observation même de l’auteur. Si nous avons reproché à M.Vogel d avoir, dans cette question, mieux apprécié qu’observé, nous pouvons dire 1 inverse de M. Bennett. En lisant la première partie de son ouvrage, nous trouvions une telle confirmation de nos observations, que nous avons été réellement surpris d’en voir tirer de pareilles conclusions. Jetons maintenantun coup d’œil sur les objections de l’auteur. Il dit que dans les membranes muqueuses, la peau et les os, le cancer « n’est que l’augmentation de la structure primitive. D’abord , quant aux membranes muqueuses, on sait qu’elles ne sont guère atteintes primitivement de cancer, et que celui-ci se dépose plutôt dans le tissu sous-muqueux, où il constitue d’emblée un tissu tellement différent des tuniques entre lesquelles il se trouve, qu’il est de toute impossibilité
(l) Op, cit., p. i48-J49.
d’v voir la moindre ressemblance avec un travail hypertrophique simple. Ainsi, l’œil nu condamne déjà ce rapprochement. Le microscope ensuite démontre, à n’en pas douter, que les cellules du cancer du pylore sont bien différentes de celles de l’épithélium de sa mu- ( queusp. Quant au cancer de la peau , nous démontrerons plus tard î que les deux caractères distinctifs essentiels entre lui et le cancroïde ; sont justement d’avoir, non seulement une origine, mais aussi une : structure bien différente. Dans l'un, le derme est malade ; dans l’autre, ce sont les papilles et l’épiderme. Dans l’un, il y a substitution : d’un tissu nouveau ; dans l’autre , hypertrophie des éléments nor- ' maux. Dans l’un , on trouve des cellules cancéreuses munies de : grands noyaux et de grands nucléoles ; dans l’autre , des feuillets épidermiques à petits noyaux offrant un groupement, un aspect, des [proportions et des dimensions tout à fait différentes. Du reste, M. Bennett a trop bien décrit le cancroïde épidermoidal pour que j’aie, à ce sujet, rien à lui apprendre. Quant au cancer des os, peuton soutenir qu’il consiste dans l’augmentation de ses éléments anormaux \ Admettons même un instant que la cellule cartilagineuse ait plus de ressemblance avec celle du cancer qu’elle n’en a en réalité, mais où trouve-t-on ces cellules du cartilage dans l’os compacte et formé dans lequel le cancer siège si fréquemment? Comparez l’encépha- . loïde de l’os avec la structure de celui-ci : impossible de voir une plus parfaite dissemblance à l’œil nu et au microscope 5 et cet humérus , cette côte qui se brisent, parce que le cancer a fait disparaître leur substance, parce que l’élément hétéromorphe s’est substitué au tissu normal, ces os se brisent-ils parce qu’il y a exagération de leur ■ structure normale (multiplication, terme de l’auteur)? Nous ne nions pas moins énergiquement l’identité entre les cellules normales du foie et les éléments microscopiques du cancer de cet organe. Dans les premières, nous avons une paroi cellulaire arrondie , souvent quadrangulaire , très plate , ayant tout à fait l’aspect d’un feuillet mince, renfermant un petit noyau rond de 0““',005 à 0“««,Ü06, avec un nucléole fort petit et inappréciable ; on n’y rencontre jamais cette multiformité des parois cellulaires , ces grandes cellules mères, ces grands noyaux elliptiques en quantité considérable, sans être revêtus d’une paroi de cellule et renfermant des nucléoles volumineux. Il faut que M. Bennett ait observé avec de bien faibles grossissements pour être arrivé à une pareille confusion dans l’appréciation des formes. Que l’on rencontre quelques cellules dans le foie et dans le cancer de cet organe qui aient entre elles de la ressem-
UISTOIUE GÉNÉUALE ÜU CANCER.
blancs , cela n a rien d extraordinaire , mais cela ne prouve rien
Si un peu plus loin M. Bennett dit lui-même qu’il y a doute, si ' la vraie cellule du cancer est jamais constituée parla transformation j d une cellule préexistante, nous dirons que non seulement cela n’est * pas douteux , mais que nous sommes convaincu du contraire ; une cellule épithéliale ne peut pas plus devenir une cellule cancéreuse qu un moineau franc ne peut devenir un chien de chasse.
En un mot, la théorie delà non-spécificité de la cellule cancéreuse est difficile à soutenir.
Si nous avons examiné sévèrement les travaux des trois savants éminents dont nous venons de parler, nous avons pris, à juste titre , leur opinion en grande considération , parce que leurs beaux ouvrages réunissent à un haut degré les trois principales qualités qui rendent un travail scientifique discutable, l’abondance des matériaux, une parfaite bonne foi pleine d’impartialité, et un langage en tout point convenable. Nous aurions parlé également des opinions de M. Bruch sur ce sujet , si son livre se fût trouvé dans les mêmes conditions.
Nous avons dit plus haut qu’en France nous avons trouvé plus de faveur pour la forme spéciale des cellules du cancer. Déj à, en 1846, M. Sédillot et son collaborateur, M. Kuess , ont publié sur ce sujet de fort bonnes recherches dans lesquelles ils ont pleinement confirmé cette doctrine. Je ne connais pas les travaux de Hannover et de Meckel sur la cellule cancéreuse ; mais d’après Virchow, il paraît que ces deux observateurs sont arrivés au même résultat que moi.
A Paris, il y a plusieurs observateurs d’un grand mérite qui depuis longtemps s’occupent d’études cliniques et microscopiques sur le cancer, et qui tous ont constaté la nature particulière de cette cellule. Nous citerons, en première ligne, M. Charles Robin, dont le talent d’observation n’est contesté par personne, et qui a déjà pris rang parmi les auteurs scientifiques les plus distingués de notre temps. M. Broca n’a pas encore publié ses travaux sur le cancer; mais son manuscrit achevé renferme de précieux documents tirés constamment de la réunion de l’observation clinique avec l’examen anatomique le plus minutieux et des éludes microscopiques exactes. M, Follin n’a encore rien publié non plus sur le cancer; mais depuis des années, vivant dans les hôpitaux et dans les grands services de chirurgie, il en a fait également le sujet d’études spéciales, et il est arrivé exactement au même résultat que nous. Nous pouvons citer, comme s’étant également beaucoup occupés de cette question, plusieurs anciens internes des hôpitaux de Paris, tels que
CARACTÈKES MlCROSCOriQUES DU CANCER. 35
i\IM. Gubler, Blot, Racle, et d’autres qui sont encore dans ce inonent dans les hôpitaux, etc. Parmi les professeurs de la Faculté qui )iit pu vérifier ces observations, nous citerons enfin MM. Andral et ?,ruveilhier. Il en est de même de M. Rayer. En un mot , il y a en I France , chez tous les hommes compétents , une telle unité de vues sur ce point , que nous sommes réellement heureux de signaler cctle concordance dans le pays qui est , par excellence , celui de la libio 'discussion et de l’indépendance scientifique.
Nous avons parlé de l’élément essentiel des tumeurs cancéreuses. Nous arrivons à l’analyse des autres éléments très fréquents également, mais d’une valeur secondaire et exempts surtout de tout caractère pathognomonique.
1® Le tissu Jihreux est très fréquent dans le cancer et constitue surtout, par son abondance, la forme dure, le squirrhe. Nous avions d’abord cru qu’il s’agissait alors de préférence d’un développement anormal , d’une véritable hypertrophie du tissu cellulo-fibreux de l’organe dans lequel le cancer a son siège ; mais , d’un autre oôté , nous rencontrons le squirrhe aussi bien, sinon aussi souvent, dans les organes qui, à l’état normal, renferment peu de tissu cellulaire , comme la matrice , le rein , le toie. Il est vrai que le squirrhe est la forme dominante dans les portions riches en parties fibreuses , telles que la mamelle ou le périoste. Mais, en thèse générale, nous sommes aujourd’hui bien plus portés à admettre que le tissu cellulo-fibreux du cancer se forme jdutôt par le blastème cancéreux lui-même que par 1 hypertrophie du tissu préexistant. Dans le cancer dur, ce tissu fibreux est disposé en réseau blanchâtre, rigide, d apparence souvent fasciculaire, et qui se montre au microscope tantôt composé d un tissu fibroïde dans lequel les fibres sont contenues par une substance intermédiaire, tantôt sous forme de fibres plus indépendantes} rigides ou flexueuses, disposées en plan uniforme ou en faisceaux, ou
sans type quelconque et montrant à l’examen microscopique des fibres pâles et fines qui ne dépassent guère 0“'", 0012 de largeur 5 cependant leurs contours peuvent être j)lus nets et plus fortement accusés. On distingue toujours aisément ces fibres ordinaires d’une seconde espèce, qu’on rencontre fréquemment dans le cancer du sein et dans celui de la peau , des fibres élastiques , à contours fortement marqués et doubles, à largeur plus grande et souvent ramifiées. A mesure que le cancer présente davantage la forme élastique ou tout à fait molle , l’élément fibreux diminue. Pâles, fines et rares dans l’encéphaloïde, les fibres peuvent y manquer complètement, et c’est alors que les
mSTOlllE GÉNÉRALE bU CANCER,
cellules cancéreuses sont ordinairement réunies entre elles par un blastème granuleux et amorphe.
2» Les éléments Jibro-plastiques, que l’on distingue toujours très aisément des cellules propres au cancer, s’y rencontrent quelquefois et essentiellement sous l’aspect de corps fusiformes longs, à noyaux plats, elliptiques et étroits. Nous en avons vu dans le cancer de 1 utérus, dans celui du pylore, et surtout en quantité considérable dans celui du périoste. Les cellules cancéreuses à parois fusiformes se distinguent toujours aisément de ces fuseaux fibro-plastiques , par leur largeur , leur épaisseur , leurs grands noyaux à contours fortement marqués et leurs nucléoles volumineux.
3° La giaisse est d une fréquence extrême dans les tumeurs cancéreuses. On la rencontre sous forme de granules, de vésicules, fréquemment sous forme cristalline, surtout à l’état de cholestérine, et plus rarement sous celle des rosaces d aiguillesd’acide margarique.Ces infiltrations graisseuses déforment, comme nous l’avons vu plus haut, les cellules cancéreuses en les infiltrant de diverses manières. Dans des cas infiniment rares , par leur accumulation , dont nous n’avons vu qu un exemple, des cellules adipeuses peuvent former dans le cancer de vrais fragments de tissu graisseux. L’infiltration granuleuse et graisseuse des cellules du cancer forme le tissu d’apparence tuberculeuse que nous avons appelé phymatoïde.
4 Le pigment a déjà été signalé avec détail plus haut, quand nous avons indiqué de quelle façon le pigment mélanique se comportait avec les éléments du cancer. Quant au pigment jaune que nous avons appelé xanthose, nous répétons que nous l’avons toujours rencontré avec des éléments gras et en dehors de toute connexion avec des épanchements sanguins antérieurs.
5® La substance g elatinif orme ^ qui donne en partie au cancer colloïde ses caractères, est tantôt dépourvue de tout élément spécial, tantôt intimement melee avec des cellules cancéreuses. Dans le premier cas , on n y voit qu une charpente de fibres fines et rares disposées en larges réseaux et renfermant dans ses mailles une substance amorphe et presque transparente, ainsi que des corps granuleux sans type fixe. Cette espèce de tissu gélatiniforme se rencontre aussi dans des tumeurs d’une tout autre nature , et , chose curieuse, on 1 observe avec un aspect et une structure microscopique toute semblable dans plusieurs animaux inférieurs tels que les acalèphes, et surtout dans le manteau des méduses. Dans le tissu gélatiniforme plus franchement cancéreux, on trouve une grande prédo-
C4RACTEUKS MlCllUhCOPiyUKS DU CANCER. 37
ininance des cellules mères et des formes assez variées de cellules cancéreuses simples ^ tous ces divers éléments paraissent alors* contenus dans des lacunes du tissu gélatiniforme.
f)0 PcLvties TntnèTOilp.s . Nous avons vu plusieurs fois dans des ! tumeurs cancéreuses diverses formes cristallines différentes de celles ; de la graisse et sur la nature desquelles nous n avons pas pu etre fixé. Plus fréquemment encore , nous avons vu dans le cancer des 1 concrétions amorphes et granuleuses qui, par leur ensemble, offraient ' quelquefois un aspect ossiforine. Nous n y avons vu de véritable tissu osseux que lorsque le cancer provenait de quelque point du i squelette. Cependant nous signalerons une exception fort curieuse ) à cette règle , l’existence de véritable cartilage et de réseaux osseux • que nous avons observés dans un cancer du testicule.
1 7“ Des éléments inflammatoires se rencontrent accidentellement
: dans le cancer ^ on y trouve parfois des abcès qui alors montrent ; les mêmes globules purulents que ceux du pus formé dans toute autre ; circonstance.
' 8® Les éléments hématiques se rencontrent surtout à la suite des
épanchements sanguins. On y reconnaît le plus souvent la fibrine avec ses divers degrés d’altération, ainsi que les globules sanguins, mais rarement les transformations plus parfaites de la matière colorante du sang, les agminations de globulins d’un jaune rougeâtre, entourés d’une membrane d’enveloppe , ou les cristaux prismatiques à base rhomboïdale, d’une coloration orange ou rouge, cristaux que l’on rencontre presque constamment dans les épanchements apoplectiques du cerveau , ainsi que dans d’autres épanchements san- : guins, et sur lesquels M. Virchow a fait des recherches fort intéressantes. Nous avons mis un soin tout particulier à les chercher dans les épanchements sanguins du cancer , et nous avons été frappé de les y voir si rarement.
9° La vascularité du cancer a fait le sujet de plusieurs travaux intéressants qui ont conduit leurs auteurs à des opinions divergentes. MM. Bérard (1) et Schrœder Van der Kolk (2) soutiennent que le cancer ne renferme que des artères et qu’il est complètement dépourvu de vaisseaux veineux. Nous avons rapporté ailleurs (3) les
(1) Dictionnaire de médecine^ t. VI, p. 274 à 275.
(2) Lespinasses, Specimen anatomicn-potholngicuni de vasis novis pseudometnhranoriun , etc. Rheno Traject. , 1842, p. 33.
(3) Physiologie pathologique, Paris, 1845, t. II , p. 265.
HISTÜIUK GÉNIiHAl.E DU CANCER.
^ passages relatifs h l’opinion Je ces deux auteurs, et il suffit d’énoncer ’ ici cette opinion pour la soumettre à la discussion. Déjà Mueller avait combattu cette manière de voir, mais il ne cite point d’observations, à l’appui de la circulation artoi'io-veineuse dans le cancer. En France, pendant ces derniers temps , 1 opinion de la double circulation avait i généralement prévalu , mais plutôt par des raisons physiologiques? que par suite d’une démonstration directe. Comme on ne compre-nuit pas la possibilité d une nutrition et d une circulation régulières? sans qu’il y eût des vaisseaux de retour, on était amené à la nécessité d’admettre les veines dans le cancer. Cependant les auteurs quenous venons de citer opposaient des faits a une opinion. Par consé- (juent, il fallait opposer des faits aux faits, en s'entourant de pré-cautions telles, que toute interprétation fausse devînt impossible. Avant d entrer dans quelques détails sur les recherches que j’aii faites a ce sujet avec M. Ch. Robin , je dirai seulement que ledegré de vascularité est extrêmement variable dans le cancer, que- 1 on en trouve qui n en renferment qu’une très petite quantité, tandis! que d autres ont une vascularité inégale , distribuée par petits îlots,.! et enfin , lorsque la vascularité est plus uniformément répandue ài travers une tumeur, on trouve tous les degrés intermédiaires entres une vascularité peu copieuse et des réseaux tellement abondants {[ue le terme de fongus vasculaire ou hématode leur paraît pleinement applicable.
Revenons aux divers ordres de vaisseaux que l’on rencontre danss le cancer. Il est démontré pour nous et hors de toute contestation,, que dans le cancer il y a des artères , des veines et une infinité dei réseaux capillaires intermédiaires.
Dans des injections que nous avons faites avec M. Ch. R(jbin,. dans le but d’arriver à une démonstration positive , nous nouSii sommes entourés des plus minutieuses précautions. Personne aujourd’hui n’a poussé aussi loin que M. Ch. Robin l’art de faire les injections les plus fines, les plus nettes et les plus complètes. On n’ai qu’à lire son 'Traité du microscope et des injections (1) pour se^ convaincre avec quelle intelligente persévérance il s’est occupé d«' cette partie de l’anatomie. Ses pièces et dessins sur les organes? circulatoires des poissons, travaux encore inédits, méritent certainement une place très honorable à côté des travaux les plus?
(1) Ch. Robin , Du nticrnscope rt des injections dans leurs nppUcationi' à l’anatomie et n la pathologie. Paris, 18^9 , iil-8 . avec fig.
consciencieux que nous offre l’anatomie comparée , tels que l anatomie de la chenille du ver à soie par Lyonet et 1 anatomie du hanneton par Strauss-Durkheim. Chaque fois que nous avons fait une de ces injections, la journée tout entière a dû y être consacrée. La préparation irréprochable des matières fines d’injection pour les capillaires, les matières moins fines pour les gros vaisseaux , la recherche d’un certain nombre d’artères et de veines par lesquelles les injections partielles ont été poussées, la ligature de tous les vaisseaux par lesquels des fuites pouvaient s’opérer, l’application des petites pinces à pression continue pour empêcher les fuites , la cautérisation avec le fer chauffé à blanc là où, malgré toutes les précautions , des fuites s’opéraient ; tous ces détails de manipulation prennent , pour être bien faits , un temps considérable. Mais la question en valait la peine. Du reste , j espère mettre bientôt toutes ces pièces au jour. Ces injections, que j’ai toutes fait dessiner, occupent huit planches coloriées et constitueront une des livraisons
de ma grande Iconograj)hie pathologique .
Nous avons injecté de cette manière un cancer du col utérin dans lequel, comme dans nos autres pièces, les artères étaient colorées en jaune, les veines en bleu, et les unes et les autres reunies entre elles par les plus beaux capillaires qui, par le mélange des deux couleurs, étaient coh^rés en vert. Dans une seconde préparation de tumeur cancéreuse de la trompe et des ovaires, une des principales tumeurs était divisée en un chevelu de masses longitudinales et parallèles , tandis que d’autres tumeurs étaient plus molles, ymlpcuses et homogènes. Dans ce chevelu, les artères et les veines ôtaient longues et parallèles et placées le.s unes à côté des autres. Dans {]uelques parties, le nombre des artères était plus considérable, tandis ({ue dans d autres les veines paraissaient prédominer. La vascularité des tumeurs plus homogènes montrait les artères et les veines plutôt sous forme de réseau. Des kystes existaiit à la surface des ovaires avaient été également injectés et montraient de riches réseaux vasculaires parmi lesquels les veines prédominaient. Dans une troisième pièce d’une dimension énorme, constituée par un cancer volumineux de l’ovaire, l'existence des artères , des veines et des capillaires intermédiaires n’était pas moins incontestable. La vascularité était réticulaire dans les parties molles, franchement encéphalo'ides ; il y avait prédominance tantôt des artères , tantôt des veines , tantôt équilibre , et partant quehjue difficulté à préciser la nature des vaisseaux là où il n’y avait que des capillaires. Une substance amorphe et granuleuse dans le centre de la
UISTOIUE GKNÉKAl.K DU CA.NCKll.
tumeur ne contenait à peu près point de vaisseaux. Une assez vaste portion de la surface , enfin , présentait une structure tout à fait caverneuse, et toutes les mailles étaient entourées de riches réseaux artériels et veineux en proportion à peu près égale. La surface de cette tumeur était unie à une portion de l’intestin grêle par une t^ausse membrane fort bien organisée, dans laquelle des artères et des veines ont été injectées, mais avec prédominance des veines En outre , ayant découvert à la loupe , dans cette fausse membrane, des vaisseaux lymphatiques reconnaissables à leur calibre inégal à leur aspect noueux et à leur mode particulier de se distribuer en capllaires, nous les avons également injectés, et il est impossible de voir des réseaux plus abondants et mieux caractérisés de vaisseaux lymphatiques que ceux qui se trouvent tout le long dans cette fausse membrane entre la tumeur ovarique et l’intestin.
Dans une quatrième pièce (cancer de l’estomac) , nous avons vu la même constance des divers ordres de vaisseaux. Dans une cinquième pièce (cancer énorme de l’épiploon), on voit on ne peut plus distinctement les artères et les veines d’un certain volume se suivre dans un très long trajet, se ramifier dans tous les sens, fournir des artères de plus en plus petites et se résoudre finalement dans une multitude d’endroits en fort beaux réseaux capillaires. Il va sans dire que nous nous sommes toujours servi , vîans ces études, de loupes assez fortes ; en outre , le microscope de dissection de Nachet nous y a rendu de grands services. Dans les fausses membranes qui reliaient l’épiploon cancéreux au côlon , les réseaux artériels et veineux ont été fort bien remplis. Dans une sixième pièce (cancer des glandes lymphatiques), les artères ont été fort bien remplies ; les veines n’ont pu l’être : mais en faisant la dissection attentive de la pièce , nous nous sommes convaincu que cela tenait à ce qu'elles étaient restées remplies après la mort par un plasma sanguin qui permettait de les étudier et de les suivre jusque dans les capillaires , aussi bien que si elles avaient été artificiellement injectées. Dans une septième pièce que j’ai étudiée avec JVX. Follin , des tumeurs cancéreuses du foie et des poumons d’un chien ont été injectées avec un rare bonheur. Déjà à la surface on voyait sillonner de nombreux réseaux des deux ordres de vaisseaux, et en pratiquant de nombreuses coupes , on pouvait également se convaincre, comme dans le cas précédent, de l’existence des veines, des artères et des capillaires. Même résultat dans une huitième pièce provenant d’un cancer du foie et des poumons chez l’homme,
CARACTÈRES MICROSCOPIQUES DU CANCER. 4l
et dont les dessins avec les détails angiologiqnes qui s’y rapportent m’ont été communiqués par mon ami M. Follin.
Dans le courant de l’été dernier, j’ai vu M. Broca faire à l’Ecole pratique l’injection de plusieurs tumeurs cancéreuses , entre autres d’un cancer de la fosse iliaque, et d’un cancer de la partie supérieure du fémur. Dans ces deux pièces , comme dans une troisième que j’avais vue précédemment dans son cabinet à l’Ecole pratique, et qui se rapportait à un cancer de la plupart des organes abdominaux, tous les divers ordres de vaisseaux ont pu également être bien remplis. M. Bérard, qui a vu les pièces, en est convenu lui-même.
! L’existence des artères , des veines et des vaisseaux capillaires n’est donc plus aujourd’hui une vérité théorique , mais bien un fait des mieux démontrés en anatomie pathologique.
Je n’ai jamais rencontré de vaisseaux lymphatiques dans le cancer. L’absence des nerfs que j’y ai souvent cherchés avec soin, m’a également frappé.
Nous ne pouvons terminer cette esquisse histologique du cancer I sans mentionner une substance amorphe et granuleuse sur laquelle Vogel (1) a le premier attiré l’attention , et qui, d’après lui, est probablement de la fibrine coagulée. Nul doute , dit-il, qu’on ne doive la considérer comme le cytoblastème solide du cancer , et . qu’avec le temps elle ne se métamorphose en cellules et en fibres.
Virchow (2) parle aussi de cette substance amorphe et gélati- ■ neuse. Il la regarde également comme une exsudation primaire du cancer. Cette manière de voir ne peut être pour nous qu'une hypothèse. Nous avons bien rencontré quelquefois cette substance amor- >’ phe et gélatiniforme dans d’autres cancers que le colloïde , et à peu près constamment dans le cancer colloïde. Mais rien ne nous a jamais fourni la moindre preuve que c’était là le premier degré du développement du cancer. Bien au contraire , nous avons vu souvent des tumeurs cancéreuses n’ayant encore que le volume d’une tête d’épingle ou d’une lentille , tumeurs mélaniques ou encéphaloides, qui offraient déjà delà manière la moins douteuse les cellules cancéreuses et tous les caractères en général du cancer. C’est cette malheureuse tendance à vouloir réduire toutes les exsudations à un seul et même mode d’origine et de formation qui fait que dans ces cas l’observation s’efforce de confirmer ce que la théorie désire
(<) Traite fF anatomie pathologique, p. 266.
(2) Op. cit., p. n 6.
illSTOmu (iÉNÉRALK I>U CANCER.
démontrer, tendance dont les esprits les plus éminents n’ont souvent pas pu se garer.
§ CaraclArei chimiques du cancer.
A en juger par les grands progrès qu’a réalisés de nos jours la chitine organique , on entend souvent prononcer un jugement sévère sur le peu de lumières que cette nouvelle science a portées dans la pathologie proprement dite , et surtout dans la connaissance des produits morbides. Mais on ne s’est pas suffisamment rendu compte de toutes les difficultés du sujet. Aussi ce reproche est-il généralement formulé par ceux qui ne se sont pas beaucoup occupés de chimie. Qu’on n’oublie point que la physiologie pathologique date d’hier , et par une raison toute simple , c’est que la physiologie est depuis peu d années seulement assez avancée pour donner une large base à la pathologie. Or il ne pourra être question d’une chimie pathologique avancée et appliquée que lorsque la chimie physiologique constituera elle-même un véritable corps de doctrine; ce qui n’est pas le cas aujourd hui. Qu’on se rappelle seulement ce qui s’est ' passé dans ces dernières années pour une des substances que l’on avait regardées comme base d un grand nombre de corps organiques i du règne animal, la protéine. Avec quel enthousiasme n’a-t-on point accueilli cette découverte de Mulder? Et la découverte une fois faite, j ne l a-t-on pas immédiatement appliquée aussi largement que possible | à la chimie morbide? Et n’a-t-on pas trouvé comme base dans presque tous les produits accidentels des combinaisons diverses de protéine? Et qu est-elle aujourd’hui celle protéine? Malheureusement, comme le nom 1 indique déjà, un Protéequi, après av oir successivement pris toutes les formes , n’en a conservé aucune , depuis que M. Liebig a prouvé que le soufre et le phosphore n’étaient pas assez facilement éliminés pour que la protéine pût constituer un corps distinct, et qu’en outre la fibrine et l’albumine contenaient rien qu’en soufre plus de 1,6 pour 100, d’après l’analyse de M. Verdeil; qu’en un mot, les divers corps albuminoïdes ne reconnaissaient pas comme base commune un corps particulier à caractères chimiques distincts. Prenons un autre exemple. Tous les médecins qui aiment les progrès de la science ont accueilli avec la plus vive satisfaction les travaux hématologiques de MM. Andral et Gavarret, et ceux de leurs successeurs.
Et pourtant il est certain aujourd’hui qu’on ne tient compte, dans des analyses aussi sommairement faites, que des changements phy-
CAUACTÈUKS CHIMIQUES ÜU CANCER.
siques les plus élémentaires , tandis qu’une infinité de changements plus importants peuvent s’opérer dans le liquide nourricier général, sans que la méthode employée par ces célèbres auteurs en révélé
l'existence.
La chimie pathologique ne peut donc pas être déjà une science ,
, puisque la chimie physiologique n’existe encore que par fragments.
Quant à la question qui nous occupe plus spécialement ici, l’ana- . lyse chimique des produits cancéreux , nous pouvons dire que jus- 1 qu’à présent elle n’a porté à peu près aucune lumière dans nos ^ notions sur cette maladie. Outre l’imperfection de la science en général, il y a eu ici un vice de méthode. On y a ordinairement analysé ; en masse les tumeurs cancéreuses. Or nous venons de le voir , il y a dans le cancer une foule de substances qui se retrouvent dans • presque tous les tissus, tels que des vaisseaux et du sang , des fibres,
^ de la graisse, des substances minérales, des matières colorantes, et ( nous n’en voyons qu’une seule qui offre un caractère spécial , la cellule cancéreuse. Or rien de plus rationnel , rien de plus naturel , f que de commencer par séparer le liquide particulier qui infiltre le 1 cancer , le suc cancéreux , des parties plus solides qui l’entourent ,
. chose facilement réalisable , si l’on coupe en morceaux très menus les pièces que l’on examine, et si on les laisse digérer dans cet état J avec de l’eau distillée froide ; toutes les substances solubles dans ce véhicule seront ainsi séparées du reste de la masse, qui ne sera plus composée que d’une partie seulement de ses éléments constituants, insolubles dans l’eau. L’examen de la liqueur pourra alors se faire d’après les procédés employés pour l’étude des liquides. Une fois le suc obtenu , il faut commencer par le débarrasser de la graisse ou par sé|iarer sur un filtre les globules et le sérum , analyser l’un 1 et l’autre séparément, combiner constamment l’analyse microscopique avec l’analyse chimique, ce qui est très facile lorsqu’on opère dans des verres de montre. Tl faut que, pour un pareil travail , un homme profondément versé dans la connaissance anatomique et pathologique du cancer se réunisse à un chimiste qui , de son côté , soit au courant des progrès les plus récents de la science. Je ne dis pas que de cette façon on découvrira un corps particulier dans le tubercule ou dans le cancer. Je suis trop partisan de la méthode baconienne, pour ne pas préférer accepter et méditer les résultats de l’observation , })lutôt que d’avoir la prétention de prévoir le résultat des recherches et des expériences. Mais qu’on y trouve ou qu’on n’y trouve point un corps particulier, toujours est- il qu’on fera de cette façon de
IIISTOIKE GÉNÉUALK üü CANCER.
bien meilleures analyses que celles que nous possédons aujourd’hui.
Après cette critique générale, nous allons mettre sous les yeux du lecteur lesprincipaux matériaux que la science possède aujourd’hui sur les caractères chimiques du cancer. Il ne sera plus question ici de l’analyse micro-chimique des cellules , qui se réduit au fait , à peu de résultats , tels que 1 inattaquabilité des noyaux par l’acide acétique , 1 action plutôt condensante que destructive par les acides minéraux et 1 action dissolvante par les alcalis concentrés.
Parmi les premières analyses faites sur le squirrhe et l’encéphaloïde , nous citons celle de Foy (1) , telle que nous la trouvons reproduite dans l’ouvrage de Walshe.
Albumine
Matière grasse blanche. .
Matière rouge
Osmazôme
Fibrine
Eau
Oxyde de fer
Sous-phosphate de chaux.
! soude. . .
chaux. . .
magnésie .
Hydrochlorate de f
(soude.
Tartrate de soude
Encephaloïde,
Squirrhe.
Lobstein (2) a fait faire, dans le laboratoire de la Faculté de Strasbourg, quelques essais analytiques sur les tumeurs cancéreuses. Mais ces expériences sont si incomplètes, que le résultat n’en a que fort peu de valeur. L’auteur le résume en ces termes ; « Il suit de »' ces expériences , dit-il , que l’encéphaloïde au premier degré est » plus riche en gélatine, tandis que celui du second renferme beau- » coup plus d’albumine. >•
Nous arrivons ainsi jusqu’en 1838, pour rencontrer pour la première fois une analyse chimique vraiment physiologique du cancer dans l’ouvrage de Mueller (3) sur la structure intime des tumeurs.
(1) Archives générales de médecine, t. XVII , 1828.
(2) Traité d’anatomie pathologique. Paris, 1829, t. I , p. 426.
(3) Mueller, XJehcr dcn jeincrcn Bau dcr Gcschwuelste. Berlin , 1838 , p. 24-25,
'Voici la traduction de ce passage : « L’eau froide extrait des tumeurs cancéreuses de l’albumine soluble et de l’osmazome ; leur masse prin- ;pale se compose d’un corps albuminoïde insoluble par la coction. La J quantité de gélatine paraît subordonnée a la quantité du tissu cellu- ) laire qu’elle renferme. Morin, Collard de Martigny et Hecht, indif quent la gélatine comme substance constituante de ces tumeurs, i Alais je ne puis pas regarder cette substance comme constante dans : le cancer; car dans la plupart des tumeurs de la mamelle, bien isoj lées de la peau, une coction même prolongée pendant dix-huit et vingt-quatre heures , n’a pas fourni une quantité bien notable de e gélatine. Cependant j’ai obtenu un peu de cette substance, en sou- J mettant un cancer réticulaire du médiastin antérieur à une coction J de trente- six heures, et en soumettant un encéphaloïde des reins à : une coction de dix-huit heures. Hecht n’a trouvé la gélatine que dans Il l’ encéphaloïde cru , mais point au second degré. D’un autre côté, ] Wiggers l’indique aussi dans l’encéphaloide ordinaire. Quelques 5 auteurs distinguent la fibrine et l’albumine comme appartenant i plutôt l’une au squirrhe , et l’autre à l’ encéphaloïde; mais nous ne r connaissons pas de moyens pour leur exacte différenciation.
» La caséine n’est pas notée dans ces analyses. Mais on la ren- I contre pourtant ordinairement dans les tumeurs cancéreuses du sein, let il n’est pas probable qu’elle provienne simplement du lait resté I dans les conduits galactophores ; car j’en ai trouvé également dans 'i l’encéphalo'ïde du rein. Boutin-Limousineau en a trouvé aussi dans -le carcinome utérin pultacé , et il se rencontre aussi, d’après mes îi recherches , dans un grand nombre de tumeurs. L’auteur indique ^'ensuite les expériences qui l'ont conduit à ce résultat.
* » La gélatine du cancer alvéolaire ne renferme pas de trace, dit il,
de gélatine, mais bien une substance analogue à la ptyaline, que j’ai J trouvée aussi dans la tumeur gélatineuse que j’ai désignée sous le I nom de collonema.
« La masse blanchâtre particulière qui forme le réticulum dans le cancer réticulaire a pu être analysée dans un cas , et l’analyse ; chimique a démontré qu’elle était constituée par un corps semblable à 1 albumine coagulée. Quant aux graisses que renferme le cancer, ' Collard de Martigny indique dans le squirrhe de la mamelle une graisse molle ; Wiggers a trouvé dans l’encéphaloïde une graisse phosphorée ; Gugert a trouvé de la cholestérine dans l’encéphalo'ïde de 1 œil ; Breschet, dans un squirrhe, et Lassaigne dans les ulcères cancéreux de 1 intestin et du mésocôlon du cheval. »
niSTÜIWE GÉNÉRALE DU CANCER.
Voici ce que rapporte M. Lhéritier sur la nature chimique du cancer (1).
» Matière encèphaloide . Cette matière extraite de la substance du foie, analysée par M. Baudrimont, a fourni 0,6500 d’eau, 0,3325 de fibrine, 0,0180 de graisse rouge et blanche, analogue à la graisse cérébrale , mais avec une trace smlement de phosphore , 0,0012 de gélatine, 0,0008 d’osmazôme; perte, 0,0035. On trouve dans le recueil de Froriep une autre analyse de la même matière; elle est due à Wiggers. Cet observateur y a trouvé à peu près les mêmes produits constituants que dans la substance musculaire , c est-a-dire, de la fibrine faisant la base du tout, de l’albumine coagulée; delà graisse phosphorée , de la gélatine, de l’osmazome , du phosphate de chaux , du sulfate de soude, du chlorure de sodium et des traces de carbonate de chaux et de magnésie. J’ai moimême extrait d’une masse encèphaloide développée dans les ovaires, de l’albumine, de la gélatine , de la fibrine , de la graisse phosphorée, de la cholestérine et des sels.
» Squirrhe. Plusieurs observateurs se sont occupés de la constitution chimique du squirrhe. M. Collard de Martigny l’a trouve composé de 0,8718 d’eau, de 0,1857 d’albumine, en partie soluble dans l’eau , de 0,0108 de gélatine, et de 0,010 i de graisse, avec 0, 0014 de perte et une trace de phosphore et de sels Suivant Hecht, un squirrhe du sein était constitué par 0,2778 de gélatine, autant de fibrine , 0, 1388 de graisse , 0,0278 d’albumine , avec 0,2778 d’eau; y compris la perte. Le même chimiste a trouvé dans un squirrhe de la matrice : 0,2144 de gélatine, 0,1428 de fibrine, autant de graisse, et 0,5000 d'eau, avec la perte. John a consigné dans ses tables chimiques l’analyse d’un squirrhe du sein, fait parHosshoff. Ce dernier en a retiré de l'albumine, de la fibrine , de la gélatine , de la soude , phosphate de soude, du chlorure de sodium , du soufre , et un peu de phosphate et de carbonate calcaires.
» J’ai fait l’analyse de trois squirrlu's. L’un appartenait au sein, l’autre à l’utérus, et le troisième au tissu cutané de la région dor-^ sale. Les résultats de mes recherc hes sont réunis dans le tableau suivant ;
(1) Lhéritier, Traité de chimie pathologique, Paris, 1842, p. 683 , 687 et 688.