CANCER DE C.V LAN(JUE
I viennent, les malades maignssenl , leur teint devient jaunâtre, les |( forces baissent , leur disposition d’esprit devient triste , inquiète et H agitée 5 le sommeil les fuit, et la terminaison fatale est encore hâtée par 1 impossibilité d’une alimentation suffisante 5 et ce qu il y a de plus triste, c’est que, vers la fin de la maladie, le patient répand autour de lui une odeur infecte , accompagnée d’un écoulement de salive mêlée de sanie de si mauvaise odeur, que le pauvre malade est abandonné par tout le monde, au point que , comme s’exprime très bien Boyer, l’ami le plus tendre, l’épouse la plus dévouée ne peut vaincre le dégoût que cette odeur repoussante inspire.
Abandonnée à elle-même, la maladie se termine ordinairement par la mort, dans l’espace d’un an à quinze mois. L’opération peut interrompre, sinon retarder cette marche fâcheuse. Les malades , notablement soulagés, et souvent très satisfaits du bien-être qui leur I est rendu par l’opération, recouvrent un mieux momentané et se « livrent avec joie à l’illusion d’être guéris ; mais ils ne tardent pas à être détrompés. Quelquefois , déjà au bout de deux a trois mois , d’autres fois au bout de quatre à six mois, une récidive se manifeste et ils s’en aperçoivent de bonne heure , leur attention étant fixée sur cet organe. La promptitude de la rechute est si grande, que Travers, cité par Walshe (1) , dit n’avoir observé qu’un seul cas dans lequel la rechute, après l’opération, n’avait pas eu lieu au bout d un an.
Causes. — Ici encore , nous sommes obligé d’avouer notre igno- I rance, quant à la cause immédiate de ce mal. L’influence du sexe ne » peut pas être déterminée, vu qu’il n’existe pas un assez grand nom- 1 bre d’observations bien détaillées, et que pour décider cette influence il faut des matériaux bien autrement complets que ceux que la science possède aujourd’hui. Toutefois le mal paraît beaucoup plus fréquent chez l’homme que chez la femme, ce qui tient peut-être à ce que le cancer est confondu avec le cancroïde épidermique qui peut 1 succéder à l’abus des pipes courtes chez les hommes qui en ont / contracté une longue habitude. Quant à l’âge des malades dont nous i avons recueilli l’observation , ils étaient entre 40 et 60 ans. Cepen- ! dant la maladie a été observée assez souvent avant cette époque. Une de nos observations se rapporte à un homme de 32 ans. L’âge moyen , dans 7 cas , a été de 47 ans. Quant à la fréquence, elle viendrait, d’après les registres de l’état civil de Paris, en douzième ligne , par rapport aux divers organes atteints de cancer, savoir,
(1) Op, cit. , p.
CANCER DES UIUUNES DE LA DDiESiluN,
36 cas sur 9,118 (1). Nous nous sommes , ilu reste , déjà prononcé plus haut sur la valeur de ce document.
Nous regrettons de ne pas trouver des notes précises sur ce point dans les importantes recherches du docteur d’Espine, de Genève sur la statistique du cancer. Nous y voyons figurer, sur 471 cas de décès par cancer, dans 1 espace de huit ans, 6 cas de cancer de la bouche J mais comme on n a pas séparé celui du palais de celui de la langue , et meme de celui des lèvres , nous ne pouvons point tirer parti de ces données. Sans pouvoir donc préciser le degré de fréquence comparative du cancer de la langue , il est pourtant certain qu il se rencontre bien plus souvent que celui de Tarrière-bouche.
Nous mentionnons ici, parmi les causes souvent indiquées par les malades, 1 existence d une dent cariée, qui, en irritant le bord de la langue, serait devenue la cause du cancer. Nous n’admettons pas cette - ■ manière de voir 5 nous avons pu nous convaincre , en questionnant attentivement les malades , que telle n’avait point été la véritable origine de la maladie dans tous les cas observés par nous. On sait, ! du reste , qu en général , les malades cherchent à rapporter leurs souffrances à quelque cause bien appréciable. Nous croyons bien ; mieux expliquer le fait dont il s’agit , en admettant que la langue, \ en augmentant de volume par la présence du cancer, se rapproche | de plus en plus de 1 os maxillaire et finit souvent par être en con- \ tact avec quelque dent gâtée, ce qui est alors l’effet , et non la cause de la maladie. La suite prouve ordinairement la justesse de cette explication , car la mauvaise dent arrachée, le mal n’en continue pas moins sa marche , tandis que nous savons que les ulcères de la bouche qui reconnaissent pour cause l’irritation produite par une dent cariée, guérissent très promptement dès que celle-ci a été enlevée.
Diagnostic. — La langue est le siège de maladies si diverses, qu il n est pas rare d y rencontrer des affections que l’on peut confondre avec le cancer , erreur dont nous avons été témoin plusieurs fois. Il est d abord une affection de la surface de la langue , que l’on prend aisément pour cancéreuse, ce sont les tumeurs épithéliales. Elles en diffèrent par leur siège beaucoup plus superficiel , et soit qu elles se développent sur le bord, soit qu’elles se forment à la surface supérieure de 1 organe , on peut souvent , en y mettant de l’attention , se convaincre qu elles ont leur siège tout à fait à la superficie de la membrane muqueuse de la langue. 11 est moins facile
(1) Tanchou, Op, dt., p. 2{}8.
CANCEIl DE I,\ LVNtillE.
'! (IVn reconnaître la véritable nature, lorsque, persistant depuis long- : temps, ces tumeurs ont subi un travail d’ulcération. Mais celui-ci t est bien plus rare dans ces sortes de tumeurs que dans le cancer. Ensuite la marche lente de l’afléction , l’état intact de la santé générale , l’étude des antécédents , le siège toujours plus superficiel ,
, peuvent, dans les cas douteux, éclairer le diagnostic. Toutefois le cancroïde épidermique peut affecter une marche beaucoup plus grave, et le diagnostic anatomique est alors seul possible. Après l’extirpation, la structure microscopique montre, dans la tumeur épithéliale , l’absence d’éléments cancéreux, et l’on y reconnaît,
: comme élément principal, de grandes cellules d’épithélium pavimenteux tassées et formant une masse assez compacte, cellules identiques avec celles qui recouvrent la langue à l’état physiologique. On y voit, en outre, des globes concentriques d’épithélium. Telle était, entre autres, la composition d’une tumeur de la langue que . j’avais extirpée à un jeune ecclésiastique du Valais qui portait cette : tumeur depuis deux ans, et en éprouvait de la gêne pour manger, pour parler et pour chanter la messe. La tumeur , saisie avec un < crochet double, fut enlevée en totalité avec des ciseaux courbes sur le plat , la plaie fut ensuite cautérisée. La guérison fut prompte ; l’examen microscopique de la pièce enlevée montra, d’une manière nette, l'épithélium pavimenteux de la langue et du tissu cellulaire hypertrophié comme les seuls éléments de la tumeur. Ayant enlevé le mal au milieu des parties saines, je pus promettre, avec assurance, une guérison complète au malade. Depuis cette époque, j ai observé des tumeurs épithéliales de la langue plus diffuses et bien moins heureusement placées. Les affections syphilitiques de la langue sont bien loin d’être toujours faciles à distinguer des affections cancéreuses. Dans les cas très rares de chancre primitif de la langue , dont M. Ricord a observé quelques exemples , il insiste avec raison sur la possibilité de l’inoculation sur d’autres parties du corps ; mais la plupart du temps , les affections syphilitiques de la langue sont plutôt une manifestation de la généralisation de la syphilis qu’un mal primitif; aussi l’inoculation n’estelle point utile dans ces circonstances. Il est curieux de voir combien la syphilis, dans ses symptômes secondaires et tertiaires, a de tendance aux productions épidermiques et épithéliales locales. Ces cas là ne sont pas les plus embarrassants; mais lorsqu’il y a une induration dans l’épaisseur même de la langue, une gomme, ou lorsqu’il y a un ulcère à bords calleux et à fond grisâtre, le seul
CANCER 1)ES ORGANES DE LA DIGESTION
moyen pour arriver ù un diagnostic exact est l’action d’un traitement spécifique par les inercuriaux et par l’iodure de potassium. On a , en effet , guéri plusieurs fois par ces moyens des affections de la langue qui avaient d’abord été prises pour cancéreuses. Ajoutons que l’iilcbre syphilitique n’offre guère des bords épais, renversés, présentant la forme des végétations de l’encéphaloïde, ce qui s’explique par une structure différentielle, qui, dans l’ulcère syphilitique, se compose de tissus indurés, fibreux ou fibro-plastiques, ' tandis que le bord de l’ulcère cancéreux est infiltré de tissu et de suc encéphaloïde. i
Les tumeurs érectiles se rencontrent quelquefois dans la langue, j Nous en avons observé un cas curieux dans les salles de M. Louis j a 1 Hotel-Dieu, C était une femme déjà d’un âge avancé, qui portait : depuis sa naissance un certain nombre de tumeurs érectiles dans ' la langue, que l’on reconnaissait aisément comme telles parleur teinte bleuâtre , leur mollesse , la possibilité de les vider et de les flétrir momentanément par la pression, par l’absence d’induration tout autour, etc. Les cas de ce genre sont, du reste, très rares, et la longue durée de ces tumeurs , qui ordinairement sont congéniales, écartera, par cela même, le soupçon d’un cancer. Il ne serait, | a la rigueur, pas impossible que des tumeurs érectiles qui ont existé f depuis longtemps pussent devenir le siège d’un dépôt cancéreux, ' mais nous n’en connaissons pas un seul exemple rigoureusement ^ observé.
Quant aux cystes et abcès de la langue, leur diagnostic est parfois très embarrassant. La fluctuation , dans un certain nombre de cas, peut être mise hors de doute par un examen attentif. Mais il n’en est point ainsi, lorsque ces collections de liquide sont entourées de tissus indurés.
Les abcès s ouvrent ordinairement au bout de peu de temps, et ils sont, de plus, accompagnés de symptômes non douteux de glossite, qui manquent le plus souvent dans le cancer. Dans des cas douteux, une ponction exploratrice pourra mettre sur la voie d’un diagnostic exact.
Les ulcérations simples produites par des aphthes ou par l’action irritante d une dent gâtée ne pourront jamais tenir longtemps le jugement du chirurgien en suspens. Les ulcères aphtheux guérissent par la cautérisation réitérée au moyen du nitrate d’argent j et il suffit d arracher une dent gâtée pour guérir les ulcères qui ne reconnaissent pas d autre cause. Il n’est guère nécessaire d’indiquer ici des