CANCER DE LA LANGUE
caractères différentiels entre l’hypertrophie générale de la langue et le cancer. Quelques auteurs ont insisté sur ce point , mais c est montrer peu de confiance dans la sagacité d un praticien que de croire une telle erreur possible.
§ III, Traitement.
Le traitement peut avoir un but curatif, en enlevant le mal local au moyen d’une opération , ou se borner a des secours purement palliatifs. Nous savons qu’il y a des chirurgiens qui, frappés par les rechutes fréquentes , on peut dire presque constantes , du cancer après l’opération , ont voulu proscrire toute extirpation du cancer. Nous croyons qu’il est bon d’opérer tant qu’on peut circonscrire le mal et l’enlever en totalité, tant que la constitution na pas encore éprouvé une profonde atteinte , tant que des signes de cancer dans des organes inaccessibles au bistouri, ne se sont pas manifestés. Nous n’admettrons pas ici, comme pour le cancer du palais, une opération palliative dans laquelle on enlèverait les parties accessibles en laissant persister le reste. Une telle opération, praticable dans le voile du palais , devient impossible pour la langue , dans laquelle le cancer est le plus souvent diffus et situé dans l'épaisseur de l’organe même ; les végétations des bords de ces ulcères n'y produisent guère des masses encéphaloïdes assez considérables pour obstruer, d'une manière mécanique, le passage de l’air et des aliments. Du reste, les accidents les plus graves dans la période avancée du cancer de la langue sont plutôt produits par l’immobilité de la langue et par l’odeur nauséabonde de ses sécrétions que par un obstacle mécanique. Les contre-indications résultent tout naturellement de cet exposé des indications.
L’opération du cancer de la langue est une de celles pour lesquelles l’esprit des chirurgiens s’est le plus évertué à varier les procédés , et il faut convenir que ce n’est pas un vain luxe d’invention qui a inspiré ce grand nombre de procédés, mais plutôt la nécessité de les varier selon le siège différentiel et l’étendue de ce carcinome. Nous ne partageons donc point l’opinion de quelques chirurgiens modernes qui n’admettent que l’excision, en rejetant tous les autres procédés.
Quelle que soit la méthode que l’on mette en usage , le malade doit être assis pour que le sang puisse facilement s’écouler , et ne tombe pas dans l’arrière-gorge, où il pourrait produire des accidents graves en entrant dans le larynx. La bouche est maintenue ouverte au moyen d’un bouchon de liège placé entre les dernières dents mo-
CANCEK DES OUGANKS DE LA DlGESIION.
laires du côté opposé au siège du mal, La fixation de la langue est un des points importants, et si l’opération du bégaiement, dans laquelle on excise un coin de la substance de la langue, n a pas rendu de grands services pour la guérison de cette affection, il faut cependant convenir qu’elle nous a appris à mieux manier’ la langue pour toute espèce d’opération. La meilleure manière de la fixer, est de la saisir avec de fortes pinces de Museux légèrement recourbées. La fixation par des pinces garnies d’agaric ou d’amadou, employées par quelques chrirurgiens et recommandées par Boyer, est un moyen insuffisant; on ne fixe pas ainsi la langue d’une manière sûre. Du reste, on n’a pas à craindre d’y placer solidement les pinces à crochets aigus ; cela est tout a fait sans inconvénient. Nous verrons bientôt qu’on peut encore se servir, pour fixer l’organe, d’un faisceau de fils que l’on passe à travers la langue avant l’opération, dans le double but d'arrêter l’hémorrhagie et de réunir la plaie dès que l’excision est terminée ; car, en général, on ne peut guère lier des vaisseaux dans la langue , s’il y a une forte perte de sang. Il est d’ex- i périence que celle-ci s’arrête le mieux par la cautérisation au moyen du fer chauffé à blanc, ou parla suture de la plaie. Il y aurait enfin encore un autre moyen d’arrêter le sang, si l’on voyait de quel endroit à peu près provient l’hémorrhagie ; ce serait de passer un fil, au moyen d’une aiguille recourbée, autour des tissus au milieu desquels se trouve le vaisseau ouvert et de lier la partie en masse.
Lorsque le cancer occupe la substance même de la langue, entre : la ligne médiane et les bords , ou le milieu de la langue elle-même , l’excision en forme de coin et la réunion par la suture constituent la meilleure méthode, chaque fois surtout qu’il est possible de bien circonscrire le mal.
Parmi les diverses descriptions que donnent les auteurs de ce procédé , une des meilleures est celle de Dieffenbach, qui commençait à s occuper beaucoup , dans les derniers temps de sa vie , des opérations à pratiquer sur la langue. Nous citerons ce passage de son ouvrage de médecine opératoire (1) : « Le malade est assis , la tête ” ‘^ppuj'ée par un aide placé derrière lui ; il ouvre largement la bouche.
» On saisit la partie antérieure de la langue avec des pinces de Mu- ” seux recourbées sur le plat, et l’on tire la langue en avant. Lors- ” qu elle ne suit pas convenablement la traction, on fait une incision
(I) Dielîenbach, Die opcrftiivc chirurj^U-, Leipzig, 1847, t. il, p. 90.
CA^C^iH Di. LA LANGUli. '<39
f . au-dessous de la langue. On lait tenir les manches des pinces par I » un aide. Un cordon de plusieurs pieds de longueur , formé de six
i» fils de soie épais et bien cirés , et garnis d’une aiguille courbe à '* chaque extrémité , est ensuite passé de bas en haut par les côtés .. de la langue , à une distance d’un demi à un travers de doigt du j bord, d’abord d’un côté , ensuite de l’autre , en traversant ainsi H >» toute l’épaisseur. On ôte ensuite les aiguilles , et 1 on place le fil I .. de façon que tandis que ses extrémités dépassent de la longueur f '• du doigt la partie supérieure de la langue , la partie moyenne pende I » au devant du menton par une anse large. L’aide qui, placé du coté } » gauche du malade , fixe la langue par les pinces qu il tient dans I ” la main gauche, saisit de la main droite le bout supérieur du fil et J » un des côtés de l’anse. Un autre aide, placé du côté opposé, prend : « les fils et l’anse du côté droit. Tous les deux tirent dans une direc- » » tion opposée, et étendent ainsi la langue dans le sens de la lar- ) *» geur. Ces préparatifs faits , l’opérateur applique un scalpel droit ; >' et pointu avec son tranchant sur le bord sain de la langue, et coupe ; >' celle-ci dans une direction oblique d’avant en arrière jusqu à la . » ligne médiane, en se tenant aussi éloigné des parties malades que j « de l’anse. Il fait ensuite une incision semblable de l’autre côté , et ’ « enlève ainsi un morceau régulier en forme de V.
» La réunion se fait de la manière suivante : On saisit les extré- < •' mités du fil que l’on tire rapidement , jusqu’à ce que son milieu » s’applique à la face inférieure de la langue, sur le dos de laquelle >' on noue solidement ses extrémités. Cette première suture princi- >• pale sert en même temps à maintenir la langue dans une position " commode à l’application des autres sutures, qui toutes doivent être » des sutures à nœuds et formées de trois à quatre fils. Lorsque l’an- « gle n’est pas bien réuni, on y place encore une suture. A la pointe » même on applique une paire de sutures fines, et l’on coupe les fils « assez courts. Lorsqu’on a enlevé par l’opération une grande partie » de la langue jusqu’à sa partie postérieure, on peut laisser les fils I- de la première ligature dans toute leur longueur pour pouvoir bien M manier la langue s’il survenait une hémorrhagie consécutive. De » cette manière, on peut faire les plus grandes extirpations de toutes « les parties de la langue. Lorsqu’on veut pratiquer l’excision sur " un des côtés de la langue , on attire la pointe de la langue au •' moyen des pinces de ]\[uscux du côté opposé, et l’on introduit une •' des extrémités du fil au moyen d’une pince qui tient l’aiguille par ” la [tartie la plus [lostérieure du bord, tandis qu’il est aisé de passer