‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 61 sur 113 · C.ANCKR DRS ülUlANFS DK DA DlfiHUÎlON · texte numérisé non relu

C.ANCKR DRS ülUlANFS DK DA DlfiHUÎlON

et la fièvre s’allume et devient de plus en plus intense; la face Hn. pde et terreuse exprime l’anxiété et la souffrance, et la mort survient 6, 8, 10 jours au plus tard même, après l’arrêt complet des • matières.

Dans le cancer du rectum, il survient quelquefois une incontinence des matières avec diarrhée ; la défécation dans d’autres circonstances est douloureuse , longue , accompagnée d’épreintes et de ténesme. En dehors des garde-robes , un écoulement de sanie purulente devient habituel ; celle-ci est parfois teinte de sang , et de loin en loin il y a même des hémorrhagies par l’anus.

Lorsque les matières encore moulées deviennent rubanées et aplaties par suite d’un rétrécissement , un examen attentif fait quelquefois reconnaître du pus et des filets de sang à leur surface. Des mucosités purulentes , parfois sanguinolentes , composent aussi en partie les selles liquides des malades atteints de diarrhée , et l’examen microscopique peut, en pareil cas , faire découvrir non seulement les globules purulents, mais même ceux du cancer.

Outre ces signes locaux , le cancer des intestins s’accompagne ordinairement d une réaction générale prononcée , surtout par rapport à l’état des forces et de l’embonpoint. Les malades maigrissent dès le début, ou à une époque assez rapprochée de celui-ci. Les forces diminuent, bientôt ils sont obligés de quitter leur travail et de s’aliter ; la rapidité du dépérissement varie , du reste, selon celle de la marche de la maladie en général. Le teint s’altère ; il devient pâle ou jaunâtre, ou comme plombé et terreux, ictérique seulement lorsqu'il y a quelque obstacle au flux de la bile ; la face devient grippée et les traits s’altèrent de plus en plus, surtout vers la fin.

L œdème des membres inférieurs est quelquefois consécutif à une compression des vaisseaux iliaques par la tumeur ou par des dépôts multiples dans le péritoine et dans le foie, qui , du reste , produisent plutôt un œdème général et l’ascite.

La fièvre, nulle au début, survient ordinairement à un léger degré; par la suite les malades ont alors le pouls petit , faible , très dépressible , de 92 à 100 pulsations par minute ; vers la fin il s’accélère davantage, la peau est chaude et sèche ; des sueurs nocturnes colliquatives ne s’observent pas aussi fréquemment que dans d’autres maladies chroniques.

Quant à l’état du système nerveux , il n’y a rien à noter, si ce n est de 1 agitation et de l’insomnie , la tristesse et l’anxiété des malades. Les douleurs s’irradient presque toujours de l’abdomen , et

llANCER DES INTESTINS. 5G1

; souvent de la partie malade des intestins vers les parties environt nantes, et quelquefois très au loin.

j Nous avons vu dans la partie anatomo-pathologique que les lé- 1 sions appartenant à la péritonite n’étaient pas rares. Les symptô- I mes connus de cette phlegmasie, douleur abdominale étendue, gon- . flement et tension du ventre, vomissements, etc., la font reconnaître I aisément ; cependant, parfois, la péritonite a une marche lente et in- : sidieuse, et ne montre pas pendant la vie des symptômes aussi évi- \ dents que les altérations péritonéales le sont après la mort. Les abcès ' de la fosse iliaque se reconnaissent par la fluctuation , et pour s'en 1 assurer il est souvent nécessaire de pratiquer le toucher par le vagin. Les abcès stercoraux, lorsqu’ils existent, s’ouvrent au dehors dans la région inguinale , et se font aisément reconnaître par l’odeur et la couleur de leur suppuration. 11 est curieux d’observer que l’établissement naturel d’un anus anormal est une tendance curative de la nature que plusieurs chirurgiens, tels que Littré, Callisen et surtout M. Amussat, ont fort bien su imiter pour préserver quelques malades des souffrances horribles et de la mort douloureuse dues à l’obtura*

1 tion consécutive au rétrécissement intestinal.

Lorsque la vessie est le siège d’un cancer secondaire, les malades ! éprouvent de fréquentes envies d’uriner, qui à la fin sont remplacées par une rétention d’urine ; les urines alors sont troubles , filantes ,

[ visqueuses , tenant souvent en suspension des éléments sanguins et cancéreux. En palpant on trouve une tumeur hypogastrique , de même que la sonde fait découvrir les tumeurs qui peuvent exister dans l’intérieur de la vessie, et souvent même on trouve dans les yeux de la sonde des fragments de tissu morbide dans lesquels le : microscope fait découvrir les éléments du cancer. Lorsqu’il y a communication entre la vessie et les intestins, on peut la reconnaître soit par le passage des vents par la verge, soit par la sortie des liquides injectés dans la vessie à travers l’ouverture anale , soit même par la circonstance qu’une injection poussée dans la vessie ne ressort qu’en très petite quantité. Comme nous l’avons déjà vu plus haut, il est rare que la communication anormale soit assez étendue pour permetrte un échange continuel entre les produits de sécrétion des deux ordres d’organes.

L’ulcère chronique non cancéreux n’est pas très rare dans les intestins, quoique bien moins fréquent que dans l’estomac. On l’observe dans le duodénum , l'iléum , le cæcum , le côlon et le rectum , et c’est surtout dans ces deux dernières régions qu’il se rencontre le plus sou-

oG

CàNCEK dus UllÜÀNIiS DE La ÜIGE;5TIuN,

vent. Dnns l’S iliaque, nous l’avons vu provoquer la jriort avec tous les accidents d’un él.ran^denient interne ; mais c’est un mal pour ainsi dire latent, qui, pendant longtemps, ne donne lieu à presque aucun symptôme, si ce ii est la constipation et un changement dans le calibre des matières, etc. Parfois il s'établit une communication anormale entre la partie située au-dessus et celle d’au-dessous du rétrécissement, ce qui éloigne le moment d’un arrêt complet. Telle était la marche du rétrécissement qui a fait succomber Talma. L’ulcère ■' du rectum se reconnaît par l’absence de bosselures ; ses bords peu- j vent être durs et calleux ; mais on ne constate guère ces fongosités ■ friables, ces champignons ou ces tumeurs dures et squirrheuses qui caractérisent le véritable cancer. La marche de ces ulcères est bien plus lente aussi , et elle altère bien moins la santé générale. Nous avons vu une darne fort âgée vivre pendant plusieurs années avec un état général tout à fait satisfaisant , malgré un ulcère étendu qu’elle , portait dans le rectum. Quant à l’écoulement purulent et sanieux et les hémorrhagies même, on les rencontre aussi bien dans l’ulcère , cancroïde que dans 1 ulcère cancéreux. 5

La marche du cancer des intestins varie, et ici encore nous distin- •' guons la forme à marche rapide, de 6 mois à 1 an, et celle à marche ' lente , de 1 , 2 , 3 ans et au delà. Quant à la succession des syin-, | ptômes, il n y a pas une bien grande régularité. La durée moyenne a été dans nos observations de 18 mois et une fraction, durées plus longue que celle du cancer de 1 estomac. Il va sans dire que / 1 obturation de l’intestin , une communication entre l’intestin et la vessie cancéreuse , la rupture de l’intestin , une péritonite intense , • peuvent abréger considérablement la durée de la maladie.

Les matériaux que nous avons consultés pour déterminer le degré de fréquence du cancer des intestins ont fourni des résultats divergents, Nous ne tirons d abord aucune conclusion de nos propres observations, vu que, recueillies sans but statistique dans divers pays, elles ne sauraient avoir de valeur dans la question qui nous occupe ici. En comparant les matériaux de Prague , de Genève et de Paris, il y a divergence complète. A 1 hôpital de Prague , il y eut sur 1,251 autopsies, faites depuis le l"octobre 1844 jusqu’au l**" avril 1846 , 94 décès par cancer, et sur ce nombre 7 cas de carcinome des intestins, y compris le rectum, ainsi 1 sur 13 1/2. A Genève, il y a dans les tableaux inédits de M. d’Espine , depuis 1838 jusqu en 1845, 471 décès cancéreux ; sur ce nombre 24 cancers des intestins, 1 sur 19 5/8". Dans les registres de l’état civil de

Cancer des intestins.

Paris, il y ^ sur 9,118 décüs cancéreux 369 par cancer des intestins et du rectum , 1 sur à peu près 25. Malgré cette divergence , il est pourtant certain que le cancer des intestins est beaucoup plus rare que celui de l’estomac , et l’on ne s éloignerait pas beaucoup de la vérité en admettant qu’il constitue à peu près la vingtième partie des cancers en général.

Les deux sexes y paraissent également prédisposés. Sur 22 de nos cas, il y a eu 11 hommes et 11 femmes ; sur 7 cas de 1 hôpital de ’ Prague , il y a eu 4 hommes et 3 femmes ; ce qui fait sur 29 cas 15 hommes et 14 femmes.

Quant à l’âge, nous pouvons donner le tableau de 42 cas , tant nous appartenant que tirés des tableaux de M. d’Espine, et quelques uns des comptes rendus de Prague. Très rare avant 35 ans, le cancer des intestins est d’une fréquence égale entre 35 et 55 ans , sa fréquence est bien plus grande de 55 à 70 ans, et c est 1 âge dans lequel on le rencontre le plus fréquemment; après 70 ans il est de nouveau rare. L’âge moyen a été de 55 ans 1/2. Voici ce tableau :

De 4 5 à 20 ans .

De 30 à 33 ans.

De 35 à 40 ans.

De 40 à 43 ans .

De 43 à 30 ans.

De 30 à 33 ans.

De 33 à 60 ans.

De 60 à 65 ans.

De 63 à 70 ans.

De 70 à 75 ans.

De 75 à 80 ans.

Total.

Quant à l’influence des saisons, nous n’avons pu préciser le début : que dans 9 cas , dont 5 en juin et juillet ; la date de la mort a été notée 27 fois , 16 fois dans nos observations , et 11 fois dans les tableaux du docteur Marc d'Espine : ce sont mars, juillet et décembre qui montrent la plus grande fréquence, et il y a des différences peu notables pour les autres mois.

Voici , du reste, le tableau synoptique :

CViNCKIl

l)i;s OlKiANKS l)H LA I)1CKST10\.

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Totaux

1*'' trimestre

Totaux égaux. . . .

D(iljul.

Mort.

Quant à l’étiologie proprement dite du cancer des intestins , elle nous est tout à fait inconnue, à moins qu’on ne se contente d’assertions sans valeur, telles que les chagrins , la misère, l’abus des purgatifs, des métastases goutteuses, hémorrhoïdales , etc., qui figurent parmi

les causes de toutes les maladies , et ne sont démontrées telles pour aucune.

Le pronostic est toujours très fâcheux. Le cancer des intestins est une maladie absolument incurable. Lorsqu’une opération peut procurer un soulagement momentané, telle que l’établissement d’un anus artificiel ou 1 extirpation d un cancer bas placé du rectum, on peut un peu prolonger les jours des malades. Le pronostic est plus fâcheux lorsque le dépérissement se montre dès le début et d’une manière

bien appréciable, que lorsque la marche de la maladie tend plutôt à être lente.

Le diagnostic du cancer des intestins n’offre pas de grandes difficultés dans le plus grand nombre des cas. On le distinguera d’une entérite chronique par le dépérissement, l’altération du teint, la constipation fréquente, le palper de l’abdomen qui souvent fait constater la présence d une tumeur ; les douleurs sont généralement plus vives que dans 1 entérite. La complication avec une affection de la vessie, i existence d une communication anormale et les symptômes d’un

C\NCEU Üliï» l^TliSll^S. ObÔ

, étraiigleiriBiit iiittriiti , n’appartiennent guere non plus a 1 entérite simple.

La péritonite tuberculeuse montre plutôt un empâtement général de l’abdomen qu’une tumeur circonscrite , et , chez 1 adulte surtout, elle est ordinairement accompagnée des signes de la tuberculisation dans d’autres organes. J’ai cependant observé un cas dans lequel les poumons étant sains, le diagnostic présentait des difficultés , et ce n’est qu’à l’autopsie que tous les doutes ont été levés.

' Le cancer du duodénum pourrait quelquefois être confondu avec celui de l’estomac ; mais il est en lui-même rare , et le cancer des autres portions des intestins en est facile à distinguer.

Le cancer du rectum pourrait quelquefois être confondu avec des hémorrhoïdes indurées ou des plaques syphilitiques ; mais son siège est généralement plus haut, à 4 , 5 , 6 , 8 centimètres au-dessus de l’anus, tandis que les autres affections en question se trouvent plutôt à son pourtour et à son entrée. Les hémorrhoïdes internes même ne sont guère aussi haut placées , et elles montrent une turgescence ; inégale et une bien plus grande souplesse que le cancer, qui est inégal , dur et bosselé. Les polypes muqueux sont circonscrits , pédiculés, superficiels , exempts de tout signe de dépérissement. Le diagnostic entre le cancer et le simple rétrécissement dû à l’ulcère : cancroïde est quelquefois très difficile à établir. La tumeur inégale , dure; l’écoulement sanieux et fétide; les douleurs vives, même spontanées ; l’altération prompte de l’état général de la santé, sont autant de signes propres à éclairer le chirurgien sur l’état carcinomateux de l’altération ; cependant , malgré l’examen local le plus attentif et l’appréciation juste de tous les symptômes , on n’arrivera pas toujours à un diagnostic net et certain .

§ III. Traitement.

L incurabilité reconnue du cancer des intestins n’ouvre pas un grand champ à la thérapeutique ; cependant tout palliatif que soit le traitement dans cette douloureuse maladie, la chirurgie peut ici plus facilement venir en aide que la médecine , et pallier des accidents que les remèdes internes ne sauraient atteindre. Nous voulons parler de l’établissement d’un anus artificiel , de la colotomie dans .e cancer des intestins , et de l’extirpation des tumeurs de la partie nférieure du rectum.

Avant d’entrer dans quelques détails sur les indications et les

r.ANCEll DES OUGANES DK LA DK;EST10i'<,

procédés opc^ratoires de ces affections, nous parlerons d’abord du i traitement médical et hygiéînque.

Le régime mérite avant tout la plus grande attention ; il doit être ■ doux et nourrissant : du bon laitage , des bouillons succulents , des $ œufs , des viandes rôties dans leur jus, des fécules , de l’eau rougie» ou du vin coupé avec de l’eau de Seltz factice ou avec de l’eau de î Vichy, constitueront la base de ralimentalion, qui doit être modifiée i selon les circonstances et selon l’appétit des malades.

Tant que la disposition à la constipation existe, il faut avoir soin i de prévenir un trop grand amas de matières dans l’intestin. Deg| lavements simples ou purgatifs, avec une infusion de séné et dui sulfate de soude ou du miel mercurial, de petites doses d’huile de* ricin , d eau de Sedlitz, des pilules d’aloès et de rhubarbe, doivent t être employés et modifiés selon l’effet ; il faut surveiller bien soigneusement l’état des intestins, et ne jamais laisser le malade plus ? de deux jours sans aller à la garde-robe , car même en allant régu- * lièrement en apparence , il ne rend souvent à chaque fois qu’une i partie des matières , dont il reste une certaine quantité , suffisante t; pour donner lieu ultérieurement à des accidents. ti; ^

Lorsqu’au bout d’un certain temps, la constipation devient plusi opiniâtre, il est quelquefois nécessaire d’introduire les doigts ou unei sonde de femme dans le rectum et de diviser tous les morceaux matières fécales que l’on peut atteindre. C’est après que tous ce^ moyens ont échoué , et lorsque tout fait craindre une oblitération intestinale que la colotomie peut quelquefois prolonger les jours dui malade; mais le cancer est une maladie trop grave en elle-même ■ pour que le succès offre quelques chances de durabilité. ;

Chez les malades atteints d’emblée, ou dans le courant de l’affec- ► tion cancéreuse , d’une diarrhée rebelle et opiniâtre , il faut corn- ■ battre celle-ci par des quarts de lavement avec addition de 10 ou i 12 gouttes de laudanum, par l’usage interne de l’opium, du Colombo, . de l'acétate de plomb, de la cascarille, de l’extrait de monésia ; en : un mot, par les astringents, dont l’action, du reste, n’est jamais que i momentanée. Il ne faut pas porter trop loin les doses d’opium dans > les lavements, et il faut toujours se rappeler que les surfaces ulcé- ■ rées absorbent plus facilement et plus énergiquement que celles qui •[ ont conservé leur couche épithéliale; il faut prendre garde, par con- séquent, de ne pas provoquer des symptômes toxiques. Lorsque la diarrhée alterne avec la constipation , il ne faut pas non plus être trop prodigue avec l’opium , parce qu’en arrêtant ou en diminuant

au moins le mouvement péristaltique des intestins , ce médicament pourrait favoriser l’amas de matières, dangereux dans tout rétrécissement intestinal.

Les narcotiques à l’intérieur et en frictions sur les parois abdominales, ainsi que des cataplasmes de farine de lin seule ou mêlée à parties égales d’herbes de jusquiame , diminueront 1 acuité des douleurs abdominales et soulageront les malades.

Lorsqu’il y a un écoulement sanieux par le rectum , il faut de grands soins de propreté , il faut désinfecter 1 air a 1 aide d un vase rempli de chlorure de chaux placé sous le lit du malade. Lorsqu il y a une rétention d’urines , il faut sonder le malade avec beaucoup de précaution, vu que la rétention d’urine, en cas pareil, tient ordinairement ou à un cancer de la vessie ou à une communication anormale de celle-ci avec l’intestin.

Nous arrivons à présent aux opérations chirurgicales, et nous passerons successivement en revue la c'olotomie, l’extirpation du cancer du rectum , la dilatation et la cautérisation (1).

La colotomie, l’établissement d’un anus artificiel , n’est , à notre avis, indiquée dans le cancer des intestins , que dans le seul cas d’une rétention complète des matières fécales, surtout pendant les premiers jours qui lui succèdent. Il serait aussi peu convenable de pratiquer cette opération lorsque les accidents ne sont pas encore sur le point de se déclarer, qu’il serait inutile de la pratiquer lorsque la péritonite consécutive à l’arrêt complet des matières fécales se serait déjà manifestée. Dans le premier cas, en opérant sans qu il existe d’obturation , on fait subir des douleurs inutiles au malade , et l’on ajoute à son mal douloureux un mal plus désagréable encore, l’anus artificiel, qui ne peut exercer aucune action salutaire sur l’affection cancéreuse elle-même. Dans l’autre cas , en opérant trop tard, on ne ferait que hâter la terminaison fatale. On ne saurait être trop pénétré de l'action purement palliative de la colotomie dans le cancer, afin de ne pas passer trop légèrement et sur les dangers de l’opération en elle-même, et sur le grave désagrément qu’occasionne l’anus anormal, lors même que le danger immédiat de l’opération est passé.

Plusieurs chirurgiens avaient pratiqué cette opération vers la fin du siècle dernier, Pilore et Fine sont cités par tous les auteurs qui se sont occupés de cette question. Les noms de Littré et deCallisen

(I) Voyez Vidal (de Cassis), Traité de pathologie externe et de médr» fine opératoire , t. IV.

CANClill OHOAMsb Dt LA DlLKMiu.N.

IW™r'"'rr parle de

delnie T ^ '"“'M’ersonne certainement, dans ces

utant de succès de cette opération que M. Amussat. C’est donc on procédé que nous allons décrire, tel qu’il est rapporté dans u„ J>™ arücle sur les maladies du rectum par M. Laurier (Il - L incision transversale se pratique à deux travers de doigt auessiis e os es iles , au milieu de l'espace compris entre la •• deniiere fausse cote et la crête de l’os des iles ; elle commence au » ord externe de la masse commune (des muscles sacro-lombaire et long dorsal) , et s’étend jusqu’au milieu du bord supérieurTe ” 1 os des lies. On peut dire qu’elle doit correspondre au tiers supé " rmur de cet os. Après avoir incisé la peau et les couches super- ■■ licielles , on peut couper crucialenient les couches profondes • on

" peut soulever avec facilité le carré lombaire et inciser son bord >' GxternG , si CGla Gst nécGssairG.

” Le temps le plus délicat de l'opération est la perforation de l'in- » testin. Avant d’ouvrir le côlon , s’il est contracté , il faut le cher- " c 1er en arriéré ; quelquefois il est complètement caché sous le carré . lombaire ; mais sur le vivant , il doit être dilaté , soit par les ma- ■' tieres elles-mêmes , soit par l’injection que l'opérateur doit avoir " pratiquée avant l’incision des téguments, et qu’il serait encore » tGmps dG fairG avant d’ouvrir l’intGstin.

» On pGut ouvrir CGlui-ci , soit avGC la pointa du bistouri, soit à •> 1 aida du trois-quarts (Amussat). Il est bon aussi, pour soutanir sa ” ]3aroi, d y passar un ou doux fils. Après una incision suffisantaà

évacuation das matières, on fixe l’ouverture à la peau par quatre » points de suture. Il est possible que des matières dures oblitèrent véiitablement 1 intestin au-dessus de l’incision ; il faut alors enle- •> ver avec le doigt ou avec la curette les bols de fèces accessibles,

•• et faire, dans la direction du bout supérieur, une ou deux injec- >' tions , après avoir assuré l’écoulement des matières par l’anus » artificiel. Dans les premiers jours , il ne faut pas croire qu’aucun >• soin ne doive être pris pour maintenir cette ouverture. On sait , pai 1 une des observations, que l’anus artificiel lombaire peut avoir » de la tendance à se rétrécir : on le dilate à l’aide de bougies et - par des morceaux d’éponge préparée. ..

(1) Dictionnaire de médecine, t. XXVII, p. 305 et 306. — Amussat, Mémoires sur la possibilité d’établir an anus artificiel dans la région lombaire sans pénétrer dans le péritoine. Paris, 1 839-1843, 3 parties, in-8.

CANCliU DI-, S IMIiSlliNS.

jbO

L’extirpation de la partie inf(?rieure du rectum peut certainement être envisagée comme une des belles conquêtes de la chirurgie moderne; et malgré les dangers immédiats de l’opération, malgré l’incurabilité du cancer. en lui-même, elle peut cependant amener une guérison complète, lorsqu’il ne s’agit que d’un ulcère cancroïde bas placé, ou d’une de ces tumeurs hypertrophiques du derme qui, depuis la marge et le pourtour de l’anus , s’étendent au rectum.

Dans le vrai cancer, l’opération ne peut avoir qu’une action pal- Hiative, et elle s’applique même bien plus rarement à celui-ci qu’aux (deux affections citées, carie cancer commence ordinairement à 4 ou q 5 centimètres seulement au-dessus de'l’anus, et il est essentiel , jj pour que l’opération réussisse, qu’on puisse en dépasser la limite [{supérieure avec le doigt ; et lors même que le carcinome est assez icirconscrit pour que le doigt puisse le dépasser, il faut prendre garde ride ne pas arriver au delà des limites du péritoine qui est situé à la ijdistance de 8 à 10 centimètres au-dessus de l’anus , et dont la lésion est toujours fort grave. Il faut se rappeler, en outre , que les ijopérations pratiquées dans cette région ont donné lieu assez souvent i|à une , phlébite suivie d’intoxication purulente , d’abcès métastatiques et de mort.

i Ces considérations anatomiques et pathologiques bien pesées ponduisent tout naturellement aux contre-indications de l’opération pt restreignent les indications pour les cas de cancer circonscrits et joas placés, jusqu’à la limite supérieure à 8 , 9,10 centimètres tout pu plus, au-dessus de la marge de l’anus.

ü La statistique de ces opérations n’est guère favorable , et nous proyons même que les cas de guérison durable après l’opération ih’étaient dus qu’à la nature non cancéreuse du mal. Nous insistons sur ce fait, parce qu’il montre de nouveau de quelle haute ' mportance est partout la question de diagnostic entre les affections îiancéreuses et celles que l’on confond avec elles.

. Lorsqu’on se trouve placé dans les conditions favorables que 'lous venons d’indiquer, et auxquelles il faut ajouter l’état sain du : issu cellulaire qui entoure l’extrémité inférieure du rectum , voici r.omment il faut pratiquer l’opération d’après les préceptes de Laurier, Lisfranc, Velpeau, etc.

- Le malade est placé comme pour l'opération de la fistule à l’anus.

anus est circonscrit par deux incisions semi-lunaires ; on isole enuite la partie inférieure du rectum que l’on abaisse au moyen du loigt indicateur recourbé en forme de crochet ; le reçtum est ensuite

CANCER DES ORGANES DK LA DIGESTION

fendu en arrière , mi moyen de forts ciseaux , jusqu’au-dessus du mal; on lie les vaisseaux à mesure qu’ils sont ouverts; en attirant ensuite la partie supérieure de plus en plus en bas, on coupe avec précaution le pourtour au-dessus du cancer, ou les deux parties latérales du sommet de la fente pratiquée. Chez la femme, un aide, doit abaisser la cloison recto-vaginale au moyen de deux doigtai portés dans le^ vagin, ou mieux vaudrait que cela fût fait par lechirurgien lui-même, pour bien juger de la distance entre les ciseaux > et le vagin. Dès que l’opération est finie , on porte sur 1e doigt unei mèche dans le rectum , et l’on en continue l’emploi pour empêchen un rétrécissement consécutif. Le traitement ultérieur rentre dans leS! règles générales de la chirurgie , et nous renvoyons pour plus dei détails aux mémoires publiés sur ce sujet et aux traités spéciaux dei médecine opératoire.

Quant à l’opération par écrasement ou arrachement, elle ne pour-, rait convenir que dans des cas très exceptionnels, et n’est jamais! d un secours durable. La ligature ne s’applique guère non plus aui cancer du rectum , ordinairement diffus et à base large. La dilatation n est ordinairement pas bien supportée dans le vrai cancer ; d’uni grand secours dans le rétrécissement non carcinomateux, elle estaui contraire très douloureuse dans le cancer et tout à fait insuffisante,, parce qu elle lutte contre un mal toujours croissant sous l’influencei d une cause qu’aucun moyen ne saurait atteindre dans l’état actuel de la science. La cautérisation , foi t utile dans l’ulcère chronique simple du rectum , ne saurait pas mieux agir sur l’ulcère cancé-’ reux , quelle n’agirait sur un ulcère carcinomateux du sein, auquelle aucun chirurgien sensé ne l’applique dans le but de cicatriser une plaie qui n’est que la surface d'un mal profond, étendu et incurable.

RÉSUMÉ

1® Le cancer des intestins est beaucoup plus fréquent à partir du cæcum qu’au-dessus. Sur 24 observations que nous possédons, 2 fois* le cancer avait son siège dans l’intestin grêle , 5 fois dans le cæcum , } 6 fois dans le côlon , 5 fois dans l’S iliaque , et 6 fois dans le rectum.; Il commence ordinairement sous forme d’infiltration sous-muqueuso et s’étend de là aux autres membranes. 11 occupe tantôt un côté d( l’intestin , tantôt tout le pourtour, et c’est dans ce dernier cas qu il f la plus grande disposition à rétrécir le calibre de l’intestin ; 2 fois nou.s avons vu de larges poches dilatées se former au-dessus de 1 en-

droit rétréci, et 7 fois des communications anormales, dont 3 fois f^ec L ab^és iliaques et 4 fois avec la vessie , communications toujours fort étroites, ün en a observé entre les diverses portions de

On rencontre dans l’intestin le squirrhe , l’encéphaloïde et le colloïde . quelquefois tous les trois ensemble. La forme colloïde notée 6 fois pour le cæcum et le rectum, dont 2 fois mixte, et ce n es que dans ces cas que nous y avons trouvé des cellules cancéreuses, tandis que dans les 3 autres il n’y en avait point. Cependant nous avons observé dernièrement un cancer de l’S iliaque qui avait apparence du colloïde pur et dans lequel bien évidemment il y avait beaucoup de cellules concentriques et.de cellules mères.

3» Le cancer des intestins peut former un véritable champignon étendu et saillant. Mais, qu’il soit infiltré ou végétant , il tend toujours à s’ulcérer. L’ulcère est recouvert de détritus et parfois d escarres gangréneuses.

4« Parmi les altérations non cancéreuses du tube digestif, nous avons noté 4 fois l’épaississement des membranes de l’estomac avec ramollissement de la muqueuse; la dilatation au-dessus du rétrécissement avec hypertrophie de la membrane musculaire , 7 fois. Au dessous du rétrécissement , l’intestin était atrophié. La péritonite adhésive est fréquente , mais elle devient surtout grave et s accompagne d’un épanchement purulent, d’une entérite très forte, lorsque le rétrécissement amène l’étranglement interne. Nous avons noté la péritonite 9 fois en tout sur 24 cas , 3 fois des abcès iliaques , 2 fois des abcès stercoraux qui s’étaient ouverts dans la région inguinale , 3 fois des inflammations thoraciques (1 fois pneumonie et 2 fois pleurésie) , et 1 fois des abcès métastatiques dans divers organes, à la suite de l’opération d’un cancer du rectum.

5° L’infection générale manifestée par des dépôts secondaires a existé dans la moitié des cas , 12 fois sur 24. Elle avait lieu à la surface externe des intestins , dans les glandes lymphatiques de l’abdomen, même dans celles de l’aine, sur divers points du péritoine, dans le bassin, dans la vessie. Ainsi, nous constatons en général la propagation par irradiation. M, Legendre a signalé, dans un cas de cancer des intestins , de la matière cancéreuse dans 1 intérieur du canal thoracique.

6o L’ulcère cancroïde , non cancéreux , signalé depuis longtemps dans l’estomac n’est pas très rare dans l’intestin. Nous en avons rencontré plusieurs exemples dans l’intestin grêle, dans le cæcum ,

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dans le côlon , dans l’S iliaque, et 3 fois dans le rectum ; 8 cas en tout. Dans cet ulcôre, d y a absence île tissu cancéreux tout autour et nu fond . absence do toute généralisation de l’alfection mais les symptômes locaux et la marcbe de ces ulcères peuvent avoir une haute gravité et eîitraîner la mort. ^

70 Le cancer des intestins se manifeste par les symptômes suivants : Douleurs sourdes dans le ventre , continues ou par coliques vagues ou bien localisées, accompagnées d’un dérangement des fonctions intestinales; constipation ou diarrhée; plus tard, perte de 1 appétit, digestion laborieuse, nausées et vomissements dans un quart des cas , tension du ventre, rénitence près de la portion malade, existence d’une tumeur dans plus de la moitié des cas et variant de siège suivant la partie atteinte de l’intestin. Pour le diagnostic des tumeurs du rectum , le toucher par l’anus donne des renseignements plus directs. Elles ont ordinairement leur siège à la hauteur de 4 à 8 centimètres au-dessus de l’anus ; aux symptômes indiqués viennent s’ajouter les souffrances qui accompagnent la défécation .

8° Le cancer des intestins , et surtout celui de l’S iliaque, peut conduire à l’arrêt complet des matières, et les malades meurent alors avec les symptômes d’un étranglement interne. Les selles , dans le cancer confirmé des intestins, renferment souvent du pus et du sang.

9° Le dépérissement survient de bonne heure. Dans la seconde période , il y a ordinairement un peu de fièvre. Vers la fin , on voit j survenir 1 œdème des membres inférieurs ou l’ascite. La péritonite, j les abcès iliaques , simples ou stercoraux , la propagation du cancer à la vessie , se manifestent par des signes qui appartiennent à ces affections en général. Toutefois il y a à la fin peu de réaction locale, et ces complications peuvent rester à l’état latent. Dans quelques cas de communication entre l’intestin et la vessie , les malades rendent des vents par la verge.

10° La durée moyenne du cancer des intestins a été de 18 mois dans nos observations. Elle a varié entre 6 mois et plusieurs années.

Sur 22 cas où le sexe a été noté, il y a eu 11 hommes et 11 femmes.

La maladie s observe surtout après 35 ans et volontiers pendant la vieillesse. L âge moyen de nos observations a été de 55 ans 1/2.

11° Le pronostic est toujours mauvais. Le traitement médical doit consister dans une bonne hygiène, et s’il y a constipation, il faut prévenir les amas de matières. En combattant la diarrhée, on sera sobre des préparations opiacées. Les cataplasmes émollients et les

bains donneront quelque soulagement momentané. Lorsque 1 étranglement interne s’est manifesté et n’a pas encore duré au delà de 2 ou 3 jours , la colotomie offre quelques chances de prolonger la vie du malade.

12° L’opération du cancer du rectum , très perfectionnée dans ces dernières années, ne peut être pratiquée que lorsque le mal est assez bas placé , pour que le péritoine ne soit point lésé. Elle n est que d un secours palliatif dans le traitement du véritable cancei , tandis que le traitement de l’ulcère cancroïde du rectum nous paraît avoir un meilleur avenir chirurgical que ne le ferait supposer 1 état incomplet de nos connaissances actuelles sur cette maladie.

SECTION VI

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