I .) Arsenic blanc 2 grammes
I . Cendres brûlées de vieilles semelles de souliers. 40 centigrammes.
■ ' Sang dragon 60 centigrammes.
■ Cinabre 6 grammes.
I On délaie cette poudre avec de l’eau pour en former une pâte, que
■ l’on étend de l’épaisseur de 1 à 2 millimètres sur la partie à détruire, I en empiétant même sur les parties saines.
■ Nous adoptons pleinement pour notre compte cette pâte du frère
■ Corne, telle qu’elle a été modifiée par M. Manec ; et tout sceptique S que nous sommes généralement sur l’efficacité d’un traitement ■I quelconque, nous devons accorder les plus grands éloges aux B brillants succès que nous avons vu obtenir au chirurgien delà Salt| pêtrière dans le traitement du cancroïde par la pâte arsenicale dont t| voici la composition :
Arsenic blanc t ,50 grammes.
Cinabre 7,50 grammes.
Éponge calcinée 3,75 grammes.
On en forme une pâte homogène et consistante par l’addition de quelques gouttes d’eau. On en place sur les parties malades une couche de 2 millimètres d’épaisseur, et l’on recouvre ensuite toute l’application d’un morceau d’amadou mouillé. M. Manec donne le précepte très judicieux de ne point faire à la fois une application trop étendue. J’ai pu vérifier, en effet, que l’arsenic était absorbé et se trouvait déjà au bout de 12 heures dans les urines , et pouvait y être constaté pendant 8 à 10 jours. Jamais je n’ai vu des symptômes toxiques succéder à l'emploi prudent de cc caustique , et
CANCEll ET CANCUUIDE ÜE LA l'LAL’.
dans les observations d’accidents graves et meme mortels qui ont succédé a 1 emploi de la pâte arsenicale, la faute en était toujours au chirurgien qui en avait fait l’application sur une trop grande surlace a la fois. L’arsenic étant absorbé par la plaie , mettez-en line quantité assez peu considérable pour que l’économie puisse éliminer sans trouble, et vous aurez tous les bénéfices de ce moyen héroïque sans exposer la vie du malade et votre réputation. Rien de plus aisé, -du reste, que de faire au bout de quinze jours une seconde application si la première n’a pu atteindre qu’une partie de 1 ulcère. Le grand secret de la réussite gît même ici dans la persévérance , et il faut réitérer l’application du caustique jusqu’à la destruction totale de la partie à enlever. Il va sans dire qu’il faut toujours Ôter les croûtes avant de mettre la pâte sur la tumeur ou 1 ulcère. La plupart des chirurgiens connaissent peu l’action locale de ce topique, et si 1 on ne prévenait pas les praticiens de ces effets immédiats, ils seraient, à juste titre , très effrayés, dans leurs premiers essais, paijl action immédiate de ce moyen qui est un des plus douloureux de la chirurgie. Déjà, au bout de quelques heures, de.s douleurs vives commencent à se manifester dans la plaie, et tout autour; une tuméfaction d abord, et une inflammation comme érysipélateuse ensuite, succèdent bientôt à ces premières douleurs, et ce i n est qu au bout de 5, 6 et 8 jours, que cette inflammation générale et étendue commence à diminuer. Pendant tout ce temps, les souffrances sont assez grandes pour priver les malades de tout repos et de sommed, et ce n est qu au bout de 10 a 15 jours que ces accidents ont disparu. On observe parfois des vomissements , des douleurs
d’estomac et de ventre, et de la diarrhée pendant ce temps, effet dû probablement a 1 élimination partielle de 1 arsenic par les voies digestives. L escarre ne tombe qu’au bout de plusieurs semaines, et si toute la partie morbide a été enlevée, la plaie que l’on découvre après la chute de 1 escarre est recouverte de bonnes granulations et se cicatrise comme un ulcère simple. Lorsqu’on tient compte des douleurs que cette méthode fait éprouver, et de la nécessité de détruire, dans ces cas, toutes les parties malades, on appréciera toute 1 importance du précepte d’exciser d'abord tout ce que le bistouri peut enlever avant de recourir à l’emploi de l’arsenic qui , nous le répétons ici, ne doit elre appliqué que 2 ou 3 jours après l’excision, et au moment où la plaie commence à suppurer. Nous ne faisons que mentionner ici les préparations arsenicales de Rousselot, de Boyer et d’Antoine Dubois, (jui ne sont que des modifications de la
CANCKUÏÜK DE LA TEALt. Dl/
pâte du frère Corne. La pâte de Dupuytren , préparée avec 1 ou 2 parties d’acide arsénieux pour 200 parties de calomel , est d une activité bien inférieure 5 aussi la pâte de M. Manec est-elle la seule préparation arsenicale que nous recommandons.
Les acides minéraux concentrés ne peuvent etre appliqués que solidifiés. M. Velpeau emploie depuis longtemps dans sa clinique l’acide sulfurique solidifié avec la poudre de safran , caustique qu il désigne sous le nom de sulfuro-safrané, et qui, entre ses mains habiles, a eu des succès incontestables. L’acide nitrique solidifié par son mélange avec de la charpie , préconisé dans ces derniers temps parM. Rivallié, rentre dans cette même catégorie.
La pâte caustique de Vienne, dont tout le monde connaît la composition et le mode d'emploi, n’agit généralement pas d’une manière assez profonde pour détruire suffisamment les tissus morbides. Nous la préférons sous forme solidifiée, telle qu’elle a été indiquée par M. Filhos. On n’a qu’à appuyer pendant cinq, dix minutes et au delà avec le crayon caustique , préalablement débarrassé de son incrustation de carbonate calcaire et humecté d’alcool , et suivant qu’on appuie plus ou moins longtemps, on peut produire à volonté une escarre plus ou moins profonde. Une des raisons pour laquelle nous préférons l’arsenic à tous ces moyens , c’est qu’il excite une bien plus vive réaction dans tout le voisinage , et modifie ainsi davantage les tissus ambiants, sans compter que l’expérience des siècles parle en sa faveur. Le caustique qui s’en rapproche le plus est lapâtede Canquoin, composée de 1 partie de chlorure de zinc, mêlée avec 3 ou 4 parties de farine et humectée avec un peu d’eau au moment de son emploi. Son action est profonde , énergique et également très douloureuse.
On employait autrefois, à la Clinique chirurgicale de Berlin, une pâte corrosive composée de 6 grammes de sublimé corrosif, de 1 gramme de poudre de gomme arabique , le tout délayé avec 20 gouttes d’eau distillée, pour en former une pâte molle ; mais ce moyen encore , tout douloureux qu’il est, n’a guère une action suffisamment profonde. Nous citons enfin , comme moyen plutôt ingénieux qu utile , l’action caustique des rayons du soleil concentrés au moyen d’un verre biconvexe , mise en usage par le chirurgien Comte, dont l’observation est relatée dans les Mémoires de V Aca-^ demie royale de chirurrjie .
Qu’il s’agisse d’un cancer ou d’un cancroide , que l’on emploie 1 excision ou les caustiques, nous recommandons de ne jamais se
CANCER ET CANCROJDE DE LA PEAU
laisser rebuter par les récidives , et de leur opposer toujours les secours également énergiques de la chirurgie, tant qu’il est possible de détruire le mal, qu’il soit primitif ou récidivé dans sa totalité.
Cependant il arrive , pour le cancer le plus ordinairement , et pour le cancroïde dans les cas surtout où les secours ont été insuffisants et tardifs , que des ulcérations trop étendues pour être opérées se sont peu à peu développées. On n’a plus alors d’autre ressource que le traitement palliatif. On peut essayer de soutenir les forces, avant tout, par une bonne hygiène , un régime tonique et substantiel ; on fera des pansements réguliers, méthodiques, faits, selon les circonstances, avec du cérat simple ou saturnin, et mieux encore, avec de la charpie sèche, renouvelée selon l’abondance de la suppuration, une à deux fois par jour. Les malades de cette catégoriels plus difficiles à traiter sont ceux qui ont un ulcère étendu à la lèvre inférieure ; on ne peut leur donner que des aliments liquides ou à demi solides ; on se servira, pour l’ingestion des premiers, d’un biberon à longue embouchure. Si les malades sont tourmentés par des douleurs vives, on leur donnera à l’intérieur les préparations opiacées, et l’on mettra de temps en temps sur l’ulcère 1 à 2 centigrammes de sulfate de morphine.
Du reste, si dans 1 état actuel de la science, nous ne sommes pas i encore en droit d’espérer de voir disparaître la cachexie cancéreuse ii comme période terminale du vrai cancer , nous sommes cependant autorisé à nourrir l’espérance que le cancroïde , opéré largement et de bonne heure, poursuivi dans toutes les récidives et dans tous les ij
tissus, les muscles, les os et les glandes compris , deviendra de plus jfi
en plus complètement guérissable.
Nous passons à la description du cancroïde dans les diverses ré- ]« gions. iç
§ IV, Cancroïde des diverses régions du corps.