‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 80 sur 113 · CANCER DBS GLANDES LYMPHATIQUES · texte numérisé non relu

CANCER DBS GLANDES LYMPHATIQUES

cependant, pour ne pas conserver de doutes sur la possibilité de leur affection cancéreuse primitive. Sur 12 cas de ce genre que nous avons observés, il n’y a eu qu’un seul cas de maladie primitive des glandes abdominales , un autre de cancer primitif des glandes bronchiques et mésentériques , tandis que les dix autres se rapportaient aux glandes lymphatiques superficielles , dont 5 à la figure et au cou, 4 à la région inguinale et 1 dans le creux de l'aisselle. La plupart de ces malades ont subi des opérations , et nous n’avons pas pu les suivre jusqu’à leur fin naturelle. Nous n’avons, dans cette dernière catégorie que quatre malades , et sur ce nombre, trois offraient un cancer multiple , et un seulement un cancer unique. '

Le cancer du cou ou de la région parotidienne se montre tantôt sous forme de tumeurs multiples , tantôt sous l’apparence d’une tumeur unique , mais qui, la plupart du temps , est composée d’une amas de ces glandes malades. C’est dans la région de la parotide que ces tumeurs sont quelquefois prises pour un véritable cancer de çette glande , et la méprise est d’autant plus facile que , lorsque la tumeur ganglionnaire a acquis un certain volume et duré depuis quelque temps , la parotide est ordinairement secondairement atteinte.

Les caractères anatomiques du cancer des glandes lymphatiques sont partout a peu près les mêmes. Une surface inégale, comme lobulée , une enveloppe fibro-celluleuse et vasculaire , une consistance plutôt molle et élastique, et sur une coupe fraîche un tissu jaunâtre pulpeux dont on fait sourdre par la pression un suc cancéreux abondant, une vascularité inégale, quelquefois de petits épanchements sanguins, voilà les caractères physiques et ordinaires de ces tumeurs. Une seule fois nous avons vu des tumeurs des glandes lymphatiques du cou entièrement mélaniques. Dans plusieurs cas où les tumeurs avaient acquis un volume considérable , on voyait au milieu du tissu encéphaloïde des portions d’apparence tuberculeuse phymatoïde , qui n étaient autre chose que des infiltrations graisseuses et granuleuses du tissu , et qui à la compression fournissaient un sue épais et grumeleux. Dans un cas de cancer de l’aisselle que nous ayons observé , le tissu encéphaloïde était tellement mou , qu’il était bien inférieur en consistance à la pulpe cérébrale. Quant à la naturq des vaisseaux qui pénètrent ces tumeurs, nous avons une observation provenant du service de M. Cruveilhier, où l’injection a été pratiquée ; de beaux réseaux artériels étaient ])artout visibles , uiais les

CANCER DES GLANDES SUPERFICIELLES, veines dans l’intérieur de la tumeur n’avaient point été injectées, par la raison toute simple qu'elles étaient remplies jusque dans les capillaires par du sang coagulé.

La structure microscopique montre ordinairement comme base un stroma fibreux composé de fibres pâles et fines, de fibres élastiques et de cellules cancéreuses fort bien caractérisées. Dans 6 cas de ce genre, où nous avons pris des notes très détaillées sur ces cellules elles ont varié entre 0"‘“,Ü15 et 0“>“.03, offrant en moyenne 0-‘»,02| les parois étaient ordinairement simples , quelquefois concentriques, d autres fois il y avait des cellules mères avec les formations cellulaires internes les plus bizarres. Les noyaux avaient en moyenne 0'«'«,0l à 0““,012 et les nucléoles 0mn*,0025, et 1 fois jusqu’à 0 005. Dans 2 de nos observations, les cellules complètes étaient

beaucoup plus rares que les noyaux à grand nucléole. C’est surtout dans les cancers les plus mous que nous avons rencontré le plus de cellules infiltrées de granules et de graisse.

Que ce soit au cou , a 1 aine ou a 1 aisselle , la tumeur cancéreuse ganglionnaire est d’abord petite, indolente et assez mobile, et bien qu on observe des cas à marche assez rapide, comme nous le ver-rons plus loin, pour l’ordinaire cependant cette première période ne* montre qu un accroissement lent, et nous l’avons vu durer pendant: 1, 2 et 3 ans. Mais, sans qu’on puisse bien en déterminer la cause, , il arrive un moment où l’accroissement est plus rapide, où les dou-leurs, d’abord rares, deviennent plus fréquentes et plus intenses. Nous ' les avons cependant vues manquer pendant toute la durée de la ma-ladie. Les bosselures que l’on aperçoit alors dans les tumeurs tien-nent ordinairement à l’agglomération de tumeurs multiples. La mobilité cesse , des adhérences s’établissent avec la peau, qui d’abord, se congestionne, rougit et s’ulcère par la suite. La période ultime* est l’infection de l’économie tout entière qui, du reste, peut avoir* lieu sans que l’ulcération se soit établie. Des souffrances vives, des; lésions viscérales diverses , un dépérissement général et progressif; précèdent la terminaison fatale. La compression des organes voisins; par des ganglions cancéreux peut surtout produire des accidentsgraves au cou où la trachée et l’œsophage peuvent être coniprimés au point que les malades meurent d’asphyxie et d’inanition. Ce genre d’accidents cependant appartient plus en propre au cancer de la glande thyroïde. Nous avons observé aussi une mort par asphyxie dans un cancer des glandes bronchiques qui comprimait les grosses: bronches à l’endroit de la bifurcation , et nous avons vu survenir des =

CANCER DES (iLANDES LYMPHATIQUES. 70l

symptômes d’hydropisie dans un cancer étendu des ganglions abdominaux.

La marche de la maladie est donc généralement plutôt lente pendant la première période. Nous avons cependant vu la mort survenir au bout de 6 mois. Dans nos 4 cas d’autopsie, la durée avait été de 6 mois , de 15 mois , de 18 mois et de 2 ans. Nous avons noté la durée chez 10 de nos malades en tout , et sur ce nombre il y en a eu 3 où elle a été assez prolongée, 1 fois de 3 et 1 fois de 4 ans. Voici , du reste , ce tableau ;

De 3 à 6 mois 3

De 6 à 9 mois \

De 9 mois à 1 an »

De t an à t 8 mois 2

De 1 8 mois à 2 ans \

De 2 à 3 ans 1

De 3 à 4 ans 2

Total 10

En général , d’après tous nos calculs sur la durée , soit de nos observations, soit de celles tirées de divers auteurs , elle a été, en moyenne , de 2 ans.

La maladie est répartie d’une manière égale pour les deux sexes. Sur 12 observations nous avons 6 hommes et 6 femmes.

L’âge a été noté chez 1 1 malades. Il a varié entre 30 et 70 ans ; sa plus grande fréquence cependant est entre 40 et 45 et entre 50 et 60 ans. L'âge moyen a été de 50 ans et 5/lD*. Voici le tableau :

De 30 à 35 ans . . .

De 43 à 30 ans. . . .

De 50 à 53 ans. . .

De 33 à 60 ans . . .

De 63 à 70 ans . . .

Total

Le pronostic n offre rien de particulier. Généralement mauvais , il 1 est davantage si le mal, par son siège, peut exercer une compression fâcheuse sur des parties importantes, telles que les nerfs et les gros vaisseaux du cou. Il est plus fâcheux encore si le cancer, en se propageant de proche en proche, atteint les cavités viscérales. Le

CANCEU des (ilwVNDES SIIPEUFICIELUÎS.

cancer des glandes inguimdes a , sous ce rapport , plus de tendance à envahir la cavité abdominale que n’en a le cancer des glandes du cou à s’étendre à la cavité thoracique. j

Le diagnostic peut offrir quelques difficultés au commencement ; i car lorsqu on voit paraître des engorgements glandulaires externes , ' on est généralement plus porté à croire à l’existence de tumeurs strumeuses , tuberculeuses ou reconnaissant pour cause la syphilis ! constitutionnelle, que de penser au cancer, qui est une maladie pro- ! portionnelleinent plus rare dans ces organes. Cependant l’âge du I malade qui , ordinairement , approche de la cinquantaine ou l’a dé- j passée , i accroissement continu de la tumeur, l’apparition inul- i tiple , les douleurs quelquefois très vives , l’altération de la santé j générale , tous ces signes rendront le diagnostic d’autant plus clair i que la maladie se trouvera plus éloignée du début. Ici encore il faut i prendre garde de ne pas se laisser tromper par cette sensation de | fausse fluctuation propre à 1 encéphaloide très mou , et que l’on | prend quelquefois pour des abcès , auquel cas l’incision , au lieu de ; donner issue à du pus , donne issue bientôt à un champignon can- ■ céreux dont rien ne saurait réprimer l’accroisseinent. Nous avons : observé une fois un cas de cancer encéphaloide du creux axillaire, qui s’était développé si rapidement et offrait une telle apparence de ! fluctuation, que des chirurgiens de premier mérite croyaient avoirafiaire à un phlegmon suppuré. A la surface de cette tumeur, quii avait le volume du poing , existait un trajet fistuleux qui conduisait: vers son intérieur. J y introduisis une sonde cannelée pour gratter* les parois de ce trajet, et pour soumettre ces parcelles à l’examen i microscopique, qui me fit constater, d’une manière non douteuse,, l’existence de cellules cancéreuses. L’extirpation faite le lendemaini confirma pleinement ce diagnostic, et montra qu’on avait affaire ài un encéphaloide très mou, La maladie avec laquelle on pourrait le; plus facilement confondre le cancer des glandes lymphatiques est: leur hypertrophie : nous avons vu plusieurs fois commettre cette erreur par de bons chirurgiens; mais la marche de cette dernière* affection est beaucoup plus lente, le mal conserve toujours, en outre,, les caractères d’une affection purement locale, quoique de loin en loin on rencontre une disposition hypertrophique générale des glandes • lymphatiques superficielles; de plus, ces tumeurs restent toujours ' mobiles et indolentes , ce qui n’est pas , comme on le sait , le cas )i pour le cancer. C’est au creux de l’aisselle que l’on rencontre une . î forme d’hypertrophie, non décrite , que je sache, par les auteurs de ' I

CANCER DE LA GLANDE PAROTIDE

chirurgie ; elle consiste en un amas de glandes hypertrophiées qui peut atteindre le volume des deux poings et au delà , et où chacune des glandes peut prendre un tel développement qu’elle offre de 4 à 5 centimètres de longueur sur 3 à 4 de largeur. Cependant, malgré l’étendue de ces tumeurs, on constate leur mobilité et leur position superficielle ; aussi M. Velpeau, qui a fort bien apprécié ces tumeurs sous le rapport chirurgical , insiste-t-il , dans sa clinique , sur la facilité avec laquelle on fait l’extirpation de ces tumeurs , malgré les dangers que l’opération paraît offrir à priori , à cause de la proximité des nerfs et des gros vaisseaux.

Le traitement du cancer du système lymphatique n'offre rien de particulier. Palliatif et se composant d’une bonne hygiène , lorsque le mal est inaccessible aux moyens chirurgicaux , il peut être plus actif si le cancer est placé assez superficiellement , et s’il est assez strictement localisé pour pouvoir être enlevé avec le bistouri. Il va sans dire qu il ne faut pas toucher à ces tumeurs cancéreuses tant que leur marche est très lente et accompagnée de peu de souffrance ; mais dès que la marche devient plus rapide, que des douleurs vives se montrent, il faut opérer. On ne guérit pas le malade radicalement , mais on peut prolonger son existence. On fera l’extirpation par une incision droite ou curviligne, selon l’étendue de la tumeur, et l’on aura soin , pendant l’opération , de tenir toujours le bistouri à la superficie des glandes malades pour ne pas léser des nerfs et de gros vaisseaux. Dans les parties profondes, on cherchera à énucléer avec les doigts ou le manche du scalpel 5 l'important c’est de ne rien laisser de suspect , et la masse principale enlevée, on explorera avec soin le fond de la plaie pour voir s’il n’y reste rien de cancéreux • on traitera ensuite la plaie d’après les règles générales de la chirurgie. Les récidives doivent être opérées tant qu’on peut les enlever en totalité, et tant qu’on a la probabilité qu’il n’existe pas de tumeurs cancéreuses dans les organes internes.

2o Cancer de la glande parotide. Nous ne dirons que fort peu de chose sur cette maladie, assez rare, et qui n’offre pas, d’ailleurs un bien grand intérêt pathologique. Nous ne l’avons observée pour notre compte que 3 fois : 1 fois chez une femme de 33 ans, 1 fois chez une femme de 60 ans , et une autre fois chez une femme dont nous n avons pas noté l’âge. Nous avons pu plusieurs fois nous con vaincre que des tumeurs qu’on avait prises pour des cancers de la parotide n étaient autre chose que des affections ganglionnaires pré parotidiennes : une fois c’était une hypertrophie simple de la glaii^de,

CANCICR DES (JLiNDES SUPEKKICIELLES.

et une autrefois une affection fibro-plastique siégeant dans la parotide elle-nieme. On voit, d après c(4a , que le mal est plus rare encore en réalité qu’on ne le professe généralement dans l’état actuel de la science.

Le développement, la marche, la terminaison et le traitement du cancer de la parotide sont les memes à peu près que ceux que nous avons indiqués pour le cancer des glandes lymphatiques, avec la différence seulement du siège de la maladie et des modifications qu’y apportent les rapports anatomiques ; et il faut se rappeler ici que le cancer de la parotide envahit, en faisant des progrès, l'os maxillaire dont il faut enlever toute la portion malade en cas d’extirpation. Quant aux symptômes particuliers que nous avons notés , nous insistons surtout sur la diminution de l’audition et l’altération de la motilité de la face , consécutives à la compression exercée par la tumeur sur les organes auditifs externes et sur le nerf facial.

3® Cancer de la glande thyroïde. Nous insisterons un peu plus sur cette maladie qui , dans les pays de montagnes, n’est pas aussi rare que les auteurs qui ont écrit sur le cancer l’ont généralement prétendu. Nous possédons sept observations de cette maladie. '

A. Anatomie pathologique. — La tumeur cancéreuse de la j glande thyroïde occupe plus souvent un seul côté que les deux à la ! fois ; elle est dure, circonscrite, ne dépassant guère le volume d’une grosse pomme, lorsque son tissu est de nature squirrheuse. Elle est plus volumineuse, plus molle, s’étendant jusqu’au bas du cou, depuis le haut du larynx, lorsqu’elle est de nature encéphaloïde. Nous l’avons vue une fois s’étendre jusqu’à la crosse de l’aorte. Sa mollesse i est quelquefois telle qu’elle donne la sensation d’une fausse fluctua- | tion. Lorsque le cancer de la glande thyroïde est primitif, il se coin- ! pose ordinairement d’une seule tumeur. On n’en observe plusieurs que | dans les cancers secondaires. Le tissu cancéreux n’offre rien de spé- | cial dans la glande thj'roïde, et dans les cas que nous avons soumis | à l’inspection microscopique, nous y avons trouvé de fort belles cel- | Iules cancéreuses. j

Les altérations des parties voisines sont ici très importantes àij noter, parce qu’elles sont dans la corrélation la plus directe avec | les symptômes observés pendant la vie. Nous noterons d’abord la.j carie du cartilage cricoïde observée une fois , la dilatation de la Ira- ; chée et des bronches ; mais des lésions bien autrement graves? sont les diverses perforations. La tumeur cancéreuse, après avoir, contracté des adhérences intimes avec la surface externe de la I

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