‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 81 sur 113 · CANCER DE LA GLANDE THYROÏDE · texte numérisé non relu

CANCER DE LA GLANDE THYROÏDE

trachée et de l’oesophage, finit par user leurs parois et par les perforer ; on y trouve alors de véi'itables pertes de substance avec saillie du tissu cancéreux dans l’intérieur de ces deux canaux. Nous avons observé deux fois les deux perforations à la fois , et dans un troisième cas celle de l’œsophage seulement. Nous possédons enfin l’observation d’une perforation bien autrement curieuse , celle de l’artère carotide, accident qui a donné lieu à une hémorrhagie mortelle. Deux fois les nerfs récurrents étaient englobés dans la masse cancéreuse , fortement comprimés et altérés dans leur structure. Les Bulletins de la Société anatomique contiennent une observation dans laquelle il est dit que les vaisseaux se rendant au corps thyroïde étaient atrophiés et les lymphatiques dilatés. Dans une de nos observations , il y avait des dépôts cancéreux secondaires dans les ganglions lymphatiques du cou, dans les poumons et dans les plèvres. Nous ne comptons pas comme infection générale un autre cas où 1 utérus était cancéreux ; car , quoique ce fait permette quelque doute, il est plus probable cependant que l’utérus était l’organe primitivement atteint , car on sait que les cancers secondaires de cet organe sont infiniment rares. Si, dans cinq de nos autopsies, nous constatons 1 absence de toute infection, nous en trouvons l’explication la plus naturelle dans la marche rapide de la maladie et dans sa terminaison promptement fatale , par suite de la gêne que ces tumeurs cancéreuses apportent à la respiration et à la déglutition , gêne qui, comme nous le verrons tout à l’heure, est des plus graves et des plus fâcheuses dans ses manifestations et ses résultats.

B. Pathologie. — Les caractères que nous avons indiqués relativement au volume , à la consistance et à la connexion avec les parties voisines , lorsqu’il existe une tumeur cancéreuse dans le corps thyroïde, s’appliquent également à la symptomatologie.; seulement ces caractères sont plus tranchés pendant la vie qu’après la mort. C est ainsi que le squirrhe peut y avoir une dureté pierreuse telle , que si 1 on n avait pas affaire à une tumeur diffuse occupant tout un lobe de la glande, on serait tenté de croire à l’existence d’une de ces concrétions ossiformes fréquentes dans le goitre. C’est dans ces cas que les symptômes de compression sont le plus marqués. Lorsque la tumeur offre les caractères encé{)haloïdes , elle peut présenter deux signes trompeurs : l’un est cette fausse fluctuation qui a souvent fait prendre ce tissu pour une collection de liquide, l’autre est la perceplion de battements dans toute l’étendue de la tumeur , ce qui pourrait la faire confondre avec le goitre érectile et très vasculaire. On

CANCEU DES OLANDES SUI'ERFICIELI.ES.

peut s’expliquer ces battements, d’un côté, par la i)roxiniité des carotides, d’un autre côté, par la transmissibilité toute particulière des dilatations artérielles que possède le tissu mou et élastique de l’encéplialoïde, car nous observons ce même phénomène dans beaucoup de régions différentes du corps. Deux fois , dans des squirrhes très durs , nous avons vu une déviation du larynx et de la trachée qui étaient repoussés du côté opposé du siège de l’affection cancéreuse. A ces symptômes physiques viennent s’en ajouter d’autres plutôt fonctionnels, sans compter les douleurs sourdes et parfois lancinantes de la tumeur elle-même. En général, cependant, le corps thyroïde cancéreux n’est pas le siège de douleurs vives. Plus tard, les malades se plaignent d’une douleur au larynx ; il survient d’abord une toux sèche qui s’accompagne bientôt de l’expectoration de crachats muco-purulents souvent teints de sang ; la voix s’altère ; enrouée d’abord, elle devient plus tard tout à fait rauque, et il survient une aphonie complète. La respiration est de plus en plus embarrassée. La dyspnée devient telle que les malades ne peuvent presque plus rester couchés, et cette gêne habituelle est souvent augmentée par de fréquents accès de suffocation. La respiration devient tout à fait sifflante et offre quelque ressemblance avec le sifflement croupal. Vers la fin, la suffocation devient presque habituelle ; quelques malades éprouvent alors un sentiment de strangulation et la mort a ordinairement lieu par asphyxie. On se rend compte, du reste , de tous ces symptômes du côté des voies respiratoires par la compression directe du larynx et de la trachée, par la congestion vive de leur membrane muqueuse, par leur perforation qui peut arriver à la fin de la maladie, et tous ces symptômes sont certainement aggravés encore par suite de la compression de l’un ou des deux nerfs récurrents. La déglutition est gênée de bonne heure, et vers la fin elle devient une véritable dysphagie , surtout lorsqu’il y a perforation de l’œsophage. Dans le cas de perforation de la carotide mentionné plus haut, il y a eu vomissement et crachement de sang, et le malade a succombé promptement avec les signes d’une hémorrhagie interne. A l’autopsie, les bronches et la partie supérieure du tube digestif étaient remplies de caillots sanguins. Ces symptômes locaux s’accompagnent de bonne heure d’un malaise général, d’une grande agitation, de fièvre et de dépérissement; cependant les malades succombent ordinairement par suite de la compression des voies respiratoires , avant d’être arrivés au dernier degré de marasme.

CANCEIl ÜK LA GLANDE THYROÏDE. 707

Lamarche du cancer de la glande thyroïde est rapide. Dans 5 cas où elle a été notée, nous l’avons vue varier entre 6 semaines et 1 an ; elle a été une fois de 6 semaines, une fois de 4 mois, une fois de 6 mois, une fois de 10 mois , et une fois d’un an. En moyenne, elle a été de 6 mois 1/2; c’est donc un des cancers dont la marche est la plus rapide.

L’âge de la plus grande fréquence a été entre 55 et 60 ans ; cependant nous l’avons rencontré avant et après cet âge. Dans une observation que nous avons analysée ici , et qui se trouve dans les Bulletins de la Société anatomique ^ l’âge a été de 91 ans. Si nous faisons abstraction de ce cas-là , nous arrivons à l’âge moyen de 57 ans et 1/3. Voici, du reste, le tableau :

De 40 à 45 ans.

De 45 à 50 ans.

De 50 à 55 ans .

De 55 à 60 ans.

De 60 à 65 ans.

De 65 à 70 ans.

De 70 à 91 ans.

Total 7

11 y a répartition à peu près égale pour les deux sexes. Sur 7 cas, nous avons 3 hommes et 4 femmes. Les causes de cette affection nous sont tout à fait inconnues.

^ Le pronostic est, d après cette esquisse symptomatologique , plus fâcheux encore qu il ne 1 est pour le cancer en général , et cette gravité trouve sa cause principale dans l’altération profonde que subissent de bonne heure les fonctions respiratoires. Aussi avonsnous vu combien cette marche était rapide , et si l’infection générale de 1 économie n’y est peut-être pas aussi fréquente que dans d autres cancers , c’est que le mal tue avant qu’elle ait pu avoir

n tenant compte de tous les détails que nous venons de donner, le diagnostic ne saurait être douteux. Il n’y a 'qu’une maladie que on pourrait confondre avec le cancer du corps thyroïde , c’est son inflammation subaiguë ; erreur que nous avons vu commettre, et dont 1 autopsie n’a pas tardé à faire justice.

Le traitement n’offre guère que des secours palliatifs; rien ne saurait arrêter les progrès du mal, et, de plus, il faut user sobrement

CANCEU DES (il.ANDES SUl'EUFIClELlÆS.

des narcotiques et même des émissions sanguines , surtout lorsque la maladie est déjà un peu avancée. Dans un cas pareil où nous avons pratiqué la saignée pour soulager le malade de ces angoisses d asphyxie et de suffocation , il a succombé quelques heures après. Les secours de la chirurgie sont bien incomplets encore , car on sait de quel danger est entourée 1 extirpation de la glande thyroïde. Cependant le mal est si grave et si promptement mortel, que si la tumeur est dure , circonscrite et n’offre pas les caractères d’une trop forte vascularité , 1 extirpation doit être tentée ; car si le malade en meurt, on n’abrége pas de beaucoup son existence, et s’il guérit on la prolonge à coup sûr. Quoique, en pareille circonstance, nous ne puissions pas empêcher la récidive en général , celle-ci serait cependant beaucoup moins grave ailleurs que dans cette région du larynx et de la trachée , et la rareté de la participation des glandes lymphatiques du cou au cancer du corps thyroïde peut faire espérer que la récidive n’aura pas lieu sur place.

RÉSUMÉ

1» Les réseaux lymphatiques contiennent souvent de la matière cancéreuse, mais toujours d’une manière secondaire. On les rencontre dans cet état surtout à la surface du poumon, du mésentère, plus rarement à la surface du foie. Ces réseaux , d’apparence cancéreuse , ne sont quelquefois remplis que de Ijunphe stagnante, par suite de l’obstruction des glandes auxquelles ils aboutissent.

2° Nous avons observé 12 fois le cancer primitif des glandes ,

5 fois au cou , 4 fois à l’aine, l fois à l’aisselle, 1 fois dans les glandes mésentériques, et 1 fois dans les glandes mésentériques et bronchiques. Un certain nombre de glandes sont ordinairement malades à la fois; mais tantôt isolées et disséminées, tantôt agglomérées par paquets.

3" Ou squirrheuses, ou encéphaloïdes , ces glandes offrent quelquefois d’une manière prononcée l’infiltration phymatoïde; 1 fois seulement nous les avons vues complètement infiltrées de méla-

nose. î

4® La structure des glandes cancéreuses montre un stroma î fibreux , mêlé de fibres élastiques avec une substance plus molle et pulpeuse qui renferme beaucoup de suc cancéreux , dans lequel les cellules sont ordinairement très développées. Nous y avons rencontré quelquefois des cellules mères très développées, remplies d’élé-

Page 1