‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 85 sur 113 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

CANCER ET AFFECTIONS CONFONDUES AVEC LE CANCER dans les CENTRES NERVEUX.

SECTION PREMIÈRE

Nous nous occuperons , maintenant surtout , des tumeurs cancéreuses et des productions accidentelles confondues avec le cancer de la portion encéphalique des centres nerveux , en y comprenant toutefois les enveloppes membraneuses et osseuses , les méninges et la boite crânienne j car on ne saurait réellement pas séparer, lorsqu'on veut arriver à un résultat pratique, les produits accidentels de toutes ces diverses parties. Quant a la description de ces mêmes maladies dans la moelle épinière, elles y sont à la fois plus rares et bien moins connues ; et comme nous avons sur ce point peu de faits personnels, nous nous contenterons de donner un résumé des recherches de M. Ollivier (d’Angers).

Quant aux matériaux qui nous ont servi dans nos recherches sur plusieurs espèces de tumeurs cérébrales, nous avons, au contraire, un véritable embarras de richesse ; car la science , tout en étant incomplète encore sur plusieurs points importants de leur histoire , a cependant été dotée depuis cent ans d’un grand nombre de travaux sur les tumeurs crâniennes , méningiennes et encéphaliques , et plusieurs sont fort remarquables par les détails d’observation et par les généralisations judicieuses auxquelles elles ont donné lieu.

Nous commençons par éliminer toutes les tumeurs qui ne tiennent pas à ces organes par un lien vasculaire et circulatoire. De cette façon nous n’avons point à nous occuper de la grande classe des affections tuberculeuses, qui, du reste , ne sont, pour la plupart du temps, dans le cerveau qu’un dépôt secondaire. Nous éliminons aussi les hydatides et surtout les cysticerques , qui ne sont pas rares dans le cerveau de l’homme. Nous n’avons pas à nous occuper non plus des kystes de nature diverse , et qui ne sont , la plupart du temps, que des abcès enkystés ou des restes d’épanchements sanguins. Nous

CANCKK ET TUMEI'HS NON CANCÉHEUSES DU CERVEAU. 739

nous en tiendrons de préférence à la description des tumeurs cancéreuses proprement dites, et de celles que le plus grand nombre d’auteurs ont confondues avec le cancer, et qui , comme nous le démontrerons plus tard, sont bien souvent composées de tissu fibro-plastique, point sur lequel nous avons déjà insisté dans notre Physiologie pathologique.

Cette distinction entre les tumeurs cancéreuses et fibro-plastiques fera aisément comprendre pourquoi, avant cette distinction, on avait déjà généralement remarqué que les tumeurs fongueuses de la duremère étaient souvent uniques dans l’économie.

Nous démontrerons aussi , par l’analyse de faits nombreux , que depuis la surface du péricrâne jusqu’au fond de la base crânienne , pas un tissu , pas un organe n’échappe au développement primitif de ces tumeurs, et que celles-ci, par conséquent , peuvent naître dans le péricrâne , dans le tissu osseux , surtout dans le diploé , à la surface externe et interne de la dure-mère , sur ses parties planes , et dans les sinus ou sur le tranchant même de la faux, dans l’arachnoïde et la pie-mère, dans tous les points enfin de la pulpe cérébrale et cérébelleuse.

Nous n’aurions évidemment pu être complet sur tous ces points si variés de l’anatomie et de la pathologie de ces tumeurs, si nous nous étions borné à nos propres observations. Quoique recherchant depuis longtemps les tumeurs crâniennes et intra - crâniennes dans tous les hôpitaux de Paris, nous n’avons pu réunir, pour les tumeurs qui upus occupent ici, que 21 observations, chiffre qui est également supérieur à celui des observations originales de chacun des auteurs sur cette matière. Nous en avons observé 3 nouveaux cas depuis l’analyse de nos anciennes observations.

Pour réunir en doctrines toutes les notions éparses sur ce point de la pathologie , nous avons dû puiser dans les nombreux travaux de nos prédécesseurs. Voici en deux mots le choix de nos ipatériaux. Nous avons étudié avant tout les travaux plus anciens sur cette matière, à commencer par le célèbre mémoire de Louis (1). Nous avons ensuite comparé et cherché à contrôler les opinions divergentes émises par ceux qui se sont occupés de ce sujet après le travail de l’illustre secrétaire de l’ancienne Académie. De ce nombre sont surtout Sandifort, Siebold, les frères Wenzel, Walther, Graefe, Klein, Chélius.

(1) Mémoire sur le fnugus de la dure-mère [Mémoires de l'Académie de chirurÿie , t. Y).

740 CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DES CENTRES NERVEUX. Nous rendons surtout hommage à ce dernier auteur qui, s’il n’a pas encore compris la différence des tissus et de nature des tumeurs décrites comme cancéreuses dans ces régions , a au moins le premier démontré la diversité et la multiplicité de leur siège , ainsi que leur point de départ dans les parties dures, molles, compactes, membraneuses et parenchymateuses de tous ces organes. Les auteurs de cette première période nous ont donc plutôt fourni , par la lecture , des notions générales que des observations complètes susceptibles dune analyse détaillée.

Nous avons emprunté de fort bons matériaux ensuite pour nos analyses aux auteurs plus récents que nous appellerons de la seconde période, et qui, tout en ayant moins généralisé, ont cependant observé ces tumeurs avec plus de détails , et à la fois d’une manière plus éclectique et plus physiologique. Avant tout nous trouvons , dans les Bulletins de la Société anatomique , des matériaux fort précieux. Parmi les nombreux faits de tumeurs cérébrales et crâniennes que renferme cet excellent recueil , il y en a 33 qui ont pu nous être de quelque utilité. Tous , il est vrai , n’ont pas pu nous servir au même degré 5 mais tous au moins sont rapportés avec des détails suffisants pour les points sur lesquels nous invoquons leur témoignage.

Abercrombie (1) nous a également fourni de précieux matériaux. Deux de ses observations détaillées ont pu entrer en entier dans nos analyses. De plus, nous trouvons, dans l’appendice de la troisième partie , sur le nombre des 46 faits rapportés en extrait , 27 qui ont pu nous être de quelque utilité. Nous empruntons , de plus , pour notre analyse , 7 observations à M. Andral (2) , 6 à M. Cruveilhier (3) , un fait curieux à M. Rayer (4) , un fait fort remarquable d’une tumeur cérébrale avec perforation du crâne , à la thèse de M. Malespine (5), et 2 observations, enfin , à un manuscrit sur les maladies cérébrales que M. Durand-Fardel a eu la bonté de mettre à notre disposition.

(1) Des maladies de l encéphale et de la moelle épinière ^ traduit de l’anglais parM. Gendrin. Paris, 1835.

(2) Clinique médicale. Paris, 1834, t. V.

(3) Anatomie pathologique du corps humain. Paris, 1829-1842, 8* livraison.

(4j Mémoire sur le cancer de la glande pituitaire [^Archives générales de médecina, 1823, t. III, p. 350 à 367).

(5) Thèse sur le jongus de la dure-mère. Paris. 1846, n” 14.

CANCKU Eï TUMEUllS NON CAN’CÉUEUSES Dü CERVEAU. 741

Le nombre total des faits qui nous ont servi s’élèvent ainsi au chiffre de 101 ; mais comme plusieurs ne sont complets que pour les détails anatomiques , tandis que dans d’autres les symptômes sont plutôt décrits avec soin, sans que la même exactitude ait été portée dans la description des lésions , nous arrivons au chiffre de 98 faits analysés dans la partie anatomique et à celui de 90 dans la partie pathologique de ce travail.

Nous aurions pu porter le nombre de nos matériaux beaucoup plus loin en y faisant entrer les faits anciens qui sont rapportés avec détail , et en utilisant le très grand nombre d’observations publiées dans ces dernières années dans les ouvrages physiologiques et pathologiques sur les centres nerveux , ainsi que dans les divers recueils périodiques. Mais ces matériaux trop nombreux n’auraient servi qu’à embrouiller plutôt qu’à éclairer les doctrines, si confuses encore, sur ces maladies.

Quoique nous ayons mis un soin extrême à tirer de toutes ces observations le parti le plus complet possible , nous sommes cependant obligé d’avouer que , par suite de leur manque d’homogénéité , les résultats statistiques et numériques qui pourraient en être déduits 5 tant sur la fréquence comparative des lésions que sur celle des symptômes , n’auront peut-être pas toute la rigueur et toute l’application générale désirables. D’un autre côté , cependant, nous espérons être à même de tracer, avec ces matériaux , l’histoire de tous les points essentiels de ces tumeurs , sans sortir de la voie de l’observation , la seule compétente en pareille matière.

Avant d’aborder les résultats de nos propres analyses , nous allons jeter un coup d’œil historique rapide sur les travaux que 'nous considérons comme ceux de la première période , en ce qui concerne les doctrines sur les tumeurs cérébrales , méningiennes et crâniennes.

Louis a, sans contredit, le mérite d’avoir le premier attiré d’une manière générale l’attention des médecins sur ce sujet, en réunissant des matériaux épars , qui par cela même étaient auparavant restés sans portée , en un ensemble homogène dans son mémoire sur le fongus de la dure-mère. Cependant il y fait plutôt preuve d’une grande sagacité et d’un rare talent de généralisation que d’une méthode d’observation rigoureuse et exacte. Bien que la description générale du fongus de la dure-mère y soit tracée assez fidèlement et que les principaux symptômes de cette affection y soient analysés avec discernement , il n’est pas moins vrai que les 20 observations

742 CANCIÎR liT TUMKUUS NUN CANCEUEüSliS DES CENTRES NERVEUX.

qui servent de base à ce travail laissent, pour beaucoup d’entre elles, des doutes légitimes sur la nature, le point de départ et le siège des altérations décrites. Pour commencer par la première observation, la seule , à peu près , qui aj)partienne en propre à Louis , la lecture attentive de ce fait laisse évidemment de l’incertitude sur la question de savoir si la tumeur provenait réellement de la dure-mère ou des méninges sous-jacentes. Le passage suivant ferait supposer que la tumeur n était nullement située a la surface externe et libre de la dure-mère, et qu’elle avait plutôt poussé celle-ci audeVant d’elle : « La substance fongueuse de la dure-mère était ” t'evêtue d’une membrane qui en circonscrivait exactement l’é- » tendue. »

Nous devons, avant tout, faire remarquer que nous éprouvons une difficulté dans l’indication du chiffre des observations, et c’est pour cela que nous serons obligé chaque fois d’y ajouter le nom des auteurs, car le chiffre 10 se trouve pour deux observations , pour celle ‘de ]\farrigües et pour celle de Heister. Nous désignerons donc Tune par le chiffre et l’autre par celui de 10 a. L’observation de Fabrice de Hilden , qui est relatée à la fin , est sans chiffre; nous la désignerons sous le n" 20 a.

Sur le nombre total il n’y en a que 12 dans lesquelles les tumeurs nous aient paru tirer leur origine des méninges, sans que nous puissions cependant décider si c’était de la dure-mère exclusivement ou des antres membranes du cerveau. Ces 10 observations sont • la de Louis, la 5® de Février, la 6* de Sivert, la 8® deRey, la 10* de Martigues, la 11® deChopart, la 13® de Saltzmann, la 14* de Volpreèht, la 15® de Jauchius, la 16® de Grima, la 17® de Pohlius et la 18* de Phillippe. Les 12® et 19® observations de Kœnig et de Sand iiè ridus paraissent être autre chose que des cas de carie crânienne.

Les observations 2* d’Ambroise Paré , 3® de Petit, 4® de Engerran ,

7* dë Robin, 9® de Legrand, 10 a de Heister , ce qui fait six observations , sont trop incomplètes pour qu’on puisse bien se rendre compte de la nature et du siège des lésions. Deux observations |enfin, la 20® de M. A. Severin et la 20* a de Fabrice de Hilden , laissent des doutes bien plus légitimes encore que les précédentes par rapport au diagnostic , vu qu’elles traitent d’un prétendu fongus de la dure-mère guéri par l’opération. On jugera combien nous avons raison d’accepter ces faits avec réserve en les citant textuellement. Voici d’abord celui de Marc-Aurèle Severin.

Cèt auteur , en parlant des opérations qu’on pratique sur les

CANCER KT iCMEllRS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU.

OS (1), traite de la perforation du crâne par le trëpaii , pour la cure de l’affection mélancolique et de la manie. Un seigneur de la cour d’Espagne, de la maison d’Avalos , souffrait, dit-il, des douleurs insupportables à la tête qu’aucun remède , ni interne , ni externe , n’avait pu soulager. On lui persuada de se laisser Ouvrir les téguments et ruginer le crâne , jusqu’à ce qu’on parvînt à la racine du mal. Par cette opération , on découvrit sous l’os une excroissance fongueuse dont la destruction préserva pour toujours ce seigneur dés violentes douleurs dont elle était la cause. »

Voici maintenant l’observation de Fabrice de Hilden (2) :

'■ Un jeune homme de quatorze ans eut le pariétal droit fracturé en plusieurs pièces par la chute d’une pierre du poids de 12 à 13 livres, laquelle tomba de fort haut sur sa tête. L’extraction de huit portions d’os (dont l’auteur a donné le dessin) prouve que la déperdition de la substance de l'os a été considérable. Il survint des accidents très graves qui se dissipèrent peu à peu ; et le vingtième jour*, il n’en était plus question, la partie de la dure-mère lésée eh mêmè temps que le crâne s’était séparée l)ar l’action bienfaisante de la nature à l’aide de médicaments , lorsqu’il survint tout à coup un fongus , lequel acquit en vingt-quatre heures un volüme assez considérable pour excéder la surface du crâne de la grosseür d’un œuf de poule. Fabrice de Hilden lava la plaie deux fois le jour avec une décoction de fleurs et de feuilles debétoine, de sauge, de carnomille, de mélilot, de roses , de sommités de marjolaine et de romarih, de semences d’anis et de fenugrec. Du marc de celle décoction , on formait un sachet qu’on faisait bouillir dans parties égales dé vih et d’eau, afin de l’appliquer chaudement sur la tête, après avoir couvert le fongus d’une poudre aromatique préparée avec les racines de benoîte, d’angélique, àe calamus aromaiicus , d’aristoloche rondé, d’iris de Florence , de bois de gayac , des fleurs de sauge, des somîhités de marjolaine et de romarin; le tout misenq)oudre très fine. Le fongus s’affaissa peu à peu en 14 jours, et le blessé fut parfaitement guéri en 2 mois 1/2. »

On voit, d’après cette courte critique du méinoire de Louis, combien il faut mettre de réserve dans l’appréciation des faits qui datent d’une époque où généralement les observations étaient rapportées

( I) De medicina rjffîcnci , lib. î , part. ti. — Chir, quœ ad ossa pertinet, cap. III.

f2) Ohs, chir., cent. I , obs. iv

7U CAKClill ET riuniuiis non CABCÉIIEUSES UES CEUTIIBS KEHVEU.V.

avec peu de détail. Mais quoi(iuc toutes les observations comitmni quées dans le mémoire de Louis n’aient pas pour sujet des tumeurs do la dure-mere, ou pour nous exprimer plus correctement, des tumeurs mémngiennes . nous pouvons encore moins approuver l'opinion de plusieurs auteurs qm ont vivement attaqué les doctrines professées par Louis. Sandifort , Siebold et Walther nient presque Pexistence du fongus de la dure-mere, et rapportent à peu près exclusivement tout ce qui a été décrit comme tel au cancer des os du crâne et du diploé surtout. Les observations sur lesquelles ces auteurs s'appuient ne manquent pas d’une certaine valeur, et ils ont en efrefeu sous les yeux des cancers de la boîte crânienne , mais ils ont eu’ le grand tort de trop généraliser , de nier ce qu’ils n’avaient pas vu de n appuyer leurs doctrines que sur un nombre exigu de faits et de passer condamnation , pour ainsi dire,>ur des faits d’un tout autre ordre. L observateur impartial trouve donc dans cette succession de travaux plutôt un enchaînement de recherches complémentaires que de la polémique et des faits contradictoires. Louis décrit le premier avec soin les tumeurs méningiennes ; puis ces auteurs ajoutent à ces notions initiales sur les tumeurs crâniennes la description de celles qui proviennent de la boîte osseuse. Dans une des observations de Walther, cet auteur indique même d’une manière nette et précise une origine multiple de ces tumeurs , qui , chez le

même individu , prenaient naissance dans le diploé, le péricrâne et la dure-mère.

Les frères Wenzel croient devoir, à leur tour, combattre la manière de voir des auteurs que nous venons de citer et confirmer celle de Louis. Mais n’ayant eu sous les yeux eux-mêmes qu’un seul fait, ils ne jettent pas un grand poids dans la balance. Nous en dirons autant de l’observation de Graefe, qui , tout en confirmant les doctrines de Walther, n’a cependant pas plus de valeur que ne peut en avoir un fait isolé , lors même qu’il est bien et judicieusement relaté. Quant à l’observation de Klein , que nous trouvons souvent invoquée, elle laisse tellement de doutes dans l’esprit que nous ne saurions réellement admettre son témoignage ni pour l’une ni pour l’autre des opinions émises. Il s’agit dans ce fait d’une opération peu croyable. Un individu soulfre de maux de tête dans une place très restreinte ; on y applique une couronne de trépan, et 1 on tombe juste sur une glande de Pacchioni hypertrophiée qui disparaît ensuite par la suppuration , la plaie se cicatrise et le malade guérit. Quelques mois plus tard , la douleur se reproduit à quelque

CANCEU El TUMËUUS NüiN CANCEREUSES DU CERVEAU. 7-45

distance de l’endroit premier ; même opération, même succès et guérison définitive. On ne nous taxera pas de trop de sévérité si nous regardons un fait aussi aventureux comme nul et non avenu pour l’avancement de la science.

Nous arrivons ainsi à l’année 1829, où Ebermayer a le premier cherché à démontrer l’origine variée des tumeurs attribuées exclusivement par les uns à la dure-mère , par les autres aux os du crâne; mais son travail, quoique très érudit et témoignant d’un bon jugement, ne renferme pas un assez grand nombre d’observations originales. C’est pour cela que Chélius a le mérite incontestable d’avoir le premier introduit un éclectisme raisonné et appuyé sur de bonnes observations, dans les doctrines sur les tumeurs crâniennes, en assignant pour point de départ à ces tumeurs tantôt les os, tantôt les méninges, tantôt le cerveau lui-même. Son travail est , sans contredit , après le mémoire de Louis , celui qui a fait faire le plus de progrès à plusieurs des grandes questions qui se rattachent à ce sujet.

Mais tout en reconnaissant qu’il y a eu là un grand progrès, l’histoire anatomique et pathologique de ces produits accidentels restait en grande partie à faire. Pour n’en indiquer que quelques points, nous dirons que dans les travaux cités , tout ce qui se rattache aux tumeurs de la base du cerveau et des méninges était presque omis, quoique depuis Morgagni , les ouvrages et les recueils anatomo-pathologiques rapportent un certain nombre de faits de ce genre. La séparation des tumeurs de composition histologique différente était à peine effleurée ; on prenait généralement toutes ces tumeurs pour des tumeurs cancéreuses , et ce n’est que dans des cas rares , et lorsque les caractères en étaient incontestables, qu’on les désignait comme fibreuses. Quant a la fréquence des tumeurs fibro-plastiques et non cancéreuses, mais généralement confondues avec le cancer, nous croyons être le premier qui l’ait signalée et qui ait tout particulièrement insisté sur cette différence de structure. 11 est un autre point enfin sur lequel la science est loin d’être fixée. Malgré les beaux travaux de MM. Andral , Rayer, Cruveilhier, Abercrombie, Durand-Fardel sur ce sujet , la symptomatologie des tumeurs crâniennes et intra-crâniennes laissait encore beaucoup à désirer. Quant à la thérapeutique , nous avons bien moins de progrès à signaler que pour l’anatomie et pour la pathologie. Il résulte déjà clairement du travail de Louis , et ce point a été pleinement confirmé par tous les observateurs impartiaux après lui, que lorsqu’une tumeur crâ-

74Ü OANCER El TUMEURS NON CANCÉREUSES UES CENTRES NERVEUX.

luemie existe avec perfoi ntion'ile la table iuternc, toutes les opérations chmirgicales tentées ne font qu’accélérer la terminaison fatale, et I on peut se convaincre aisément, en parcourant les auteurs combien les prétendues guérisons en cas pareil méritaient peu de confiance.

Ainsi la science , quoique aujourd’hui avancée pour la connaissance et 1 appréciation de ces produits accidentels , offre cependaht encore de nombreuses lacunes. Combler quelques Unes d’entre èllês, tel est le but de ce travail. Comme dans les chapitres précédents ! nous allons passer eh revue successivement l’anatomie , la pathologie et le traitement des tumeurs cancéreuses et des tumeurs de diverse nature Confondues avec le cancer , qui ont leür siège dans les os du crâne , les méninges et les divers points de la màsse encéphalique.

§ Anatomie pathologique.

Nous diviserons ces tumeurs en deux catégories , division fondée plutôt sur des considérations pratiques que sur une délimitation anatomique bien nette : la première catégorie comprendra les tumeurs crâniennes provenant du tissu osseux ^ du diploé , du pérlcrâne, etc.j et faisant saillie âü dehbfs J dânS là Seconde seront comprises les tumeurs ihtra-crânienhés firovehant des méninges où dü cerveau , et dont les unes finissëiit également par faire saillie au dehors après avoir perforé la boîte hsseUse du en s’insinuant dans ses ouvertures naturelles, tandis qüe les autres restent toujours confinées dans l’intérieur dü crâne.

A. Tumeurs crâniennes. — Sur les 21 observations de tumeurs cancéreuses ou d’apparelice Cancéreuse j que noüs avons recueillies nous^même , nous en trouvons 6 qui ont pris leur point de départ dans 1 os. Dans l’une, le milieu des deux pariétaux, ainsi que le sommet de la tête , était Occupé par une tumeur fibro-plastique parsemée de réseaux de tissu osseux , et provenant du péricrâne sans perforation aucune de la boîte crânienne. Le second cas était celui d’un cancer inultiple dü système osseux, où l’altération de la boîte crânienne avait pris pour point de départ le diploé de presque toute la partie convexe dans laquelle étaient disséminées un certain nombre de tumeurs parvenues à divers degrés de développement : les unes encore renfermées entre les deux tables de l’os , d’autres qui avaient perforé la table interne , d’autres qui avaient perforé les deux tables , et une qui avait fini par s’étendre sur la portion

CANCEH ET TUMEUWS NON CANCÉllEUSES DU CERVEAU. 7-17

correspondante de la dure-mère. Le troisième cas était aussi un exemple d’infection multiple de toute l’économie. Le cancer avait débuté par la surface externe des os du crâne où plusieurs tumeurs isolées avaient paru , qui , plus tard , sont devenues confluentes et ont perforé la région sincipitale. A l’autopsie , nous avorts constaté les altérations suivantes, fort remarquables : des adhérences intimes existaient entre la dure-mère et le sommet de la voûte crânienne ; la substance osseuse des deux pariétaux a disparu sur une étendue de 12 centimètres de long , sur 6 à 7 de large ; tout cet espace est occupé par une tumeur bosselée à la surface externe, lisse à sa sürface inférieure, et renfermant des plaques osseuses dans une enveloppe fibro-celluleuse ; les bords de la perte de substance des os sont fortement déprimés ; une tumeur beaucoup plus petite que la première existe un peu plus loin à la surface interne de la boîte crâ*nienne dont la table interne a disparu à ce niveau. La principale tumeur dont nous avons parlé avait déprimé le lobe droit du cerveau sur une grande étendue, surtout dans sa partie inférieure ; une petite tumeur cancéreuse , enfin , s’était développée à la surface interne de la dure-mère , et avait déprimé deux circonvolutions de la partie moyenne du lobe droit. Ce qu’il y a de fort remarquable érlcore dans ce cas, c’est que toutes ces altérations avaient existé sans donner lieu à des symptômes cérébraux. Le quatrième cas était celui d’une perforation du pariétal par une tumeur qui avait pris son origine à la surface de la dure-mère. Le cinquième cas j enfin ^ était celui d’un polype cancéreux sorti par les fosses nasales , et pfeharil son point de départ à la face interne de la base du crâne.

Si à présent nous jetons un coup d’œil sur les tumeurs du meme genre que nous avons rencontrées dans nos autres matériaux , en dehors de nos observations propres, nous avons encore 13 cas à ajouter^ ce qui fait en tout 18 sur 98, ou un peu plus de 1/6®. L’origine , dans ces cas-là, était tantôt exclusivement dans le système osseux, tantôt mixte, provenant des os, des méninges ou dè la substance cérébrale. Voici en quelques mots les caractères anatomiques principaux dans ces 13 cas ; 1“ Tumeur cérébrale et crânienne ayant perforé la région pariétale , et ayant produit en outre de nombreux petits trous dans les os environnants , trous qui n’allaient cependant pas jusqu’à la perforation. 2° Le second cas est celui de tumeurs multiples de la boîte crânienne ayant leur siège à lâ région fronto-pariétale. 3” Perforation du pariétal droit, cancer des os et du cerveau. 4“ Perforation de la suture fronto-pariétale,

CANCIÎH ET TLIMEUKS NON CANCÉUEUSES DES CKNTHES NEHVEUX.

perte de substance très étendue , tumeurs provenant de la dure-mère et du diploé. 5" Cas analogue en tout au précédent. G» Large perforation du coronal par une tumeur qui prend son origine dans la substance cérébrale. 7“ Perforation du temporal par une tumeur qui provient des méninges de la base. 8» à 10" Dans ces 3 cas, les tumeurs , provenant des méninges de la base , avaient perforé l’os ethmoïdal, et avaient fait saillie dans les fosses nasales ; dans une de ces observations il y avait en même temps perforation du coronal , et saillie des prolongements de la tumeur dans les sinus frontaux. Il» Une fois une tumeur méningienne avait fait saillie au dehors à travers le trou occipital. 12» et 13° Deux fois, enfin, les tumeurs, provenant des os , n avaient pas atteint la surface externe du crâne , mais avaient détruit une portion restreinte de la partie osseuse de la base du crâne. Chez 1 un de ces sujets, c’était le pourtour du conduit

auditif interne; chez l’autre, la substance osseuse de la selle turcique.

Ainsi sur ces 18 cas , nous en avons 16 où le crâne a été perforé au dehors . 5 fois c était l’un ou les deux pariétaux; 4 fois l’os ethmoïdal, dont 1 fois en meme temps le coronal, 3 fois le temporal ; 2 fois la région fronto-pariétale, 1 fois le coronal seul, et 1 fois saillie à travers le trou occipital.

Il nous reste à rechercher à présent quelle est la proportion, dans ces 18 cas, de l’origine différentielle de ces tumeurs du tissu osseux , des méninges , du cerveau , ou de plusieurs de ces points à la fois. Sept fois les méninges et surtout la dure-mère en étaient seuls le point de départ, proportion analogue à celle que nous trouvons dans le mémoire de Louis , lorsqu’on le soumet à une analyse critique rigoureuse : 5 fois c’étaient les os seuls, 4 fois les os et les méninges, 1 fois les os et le cerveau, et 1 fois le cerveau seul.

Lorsqu’on médite sur la valeur de ces chiffres, on est frappé de la nécessité d’abandonner à tout jamais toute doctrine exclusive sur l’origine et le point de départ de ces tumeurs crâniennes. Il est donc fautif de désigner ces tumeurs sous le nom de fongus de la duremère.

Par rapport au siège, M. Velpeau (1) est arrivé à des proportions très analogues aux nôtres. « Sur 51 exemples où ce siège est indiqué,

*' j’en trouve, dit-il, 13 pour les régions pariétales, 8 pour les tempes,

(1) Dictionnaire de médecine ^ art. Fongus de la ddre-mère , t. IX, p. 52L

>• 7 au front , 7 dans la rt^gion orbito-nasale , 7 à l’occiput, 5 au » vertex, 3 sur le rocher, et 1 dans l’épaisseur de la faux du cer- *> veau. »

Après cette digression un peu longue sur la cause et l’origine variée des perforations crâniennes , nous reprenons nos 98 observations pour arriver à la détermination précise du point de départ de ces produits accidentels eti général.

Nous en ferons deux catégories , suivant qu’elles ont trait à des cas de tumeurs uniques ou de tumeurs multiples.

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