‹ Traité pratique des maladies cancéreuses et des affections curables confondues avec le cancerChapitre 95 sur 113 · NERVEUX · texte numérisé non relu

NERVEUX

generale; la constipation est remplacée par des selles involontaires; il meurt dans le coma. La glande pituitaire est le siège d’une tumeur cancéreuse, qui a aplati , comprimé et atrophié les nerfs optiques à leur origine.

Il serait difficile de trouver quelque chose de pathognomonique dans ces cas. Tout ce que nous observons ici se rapporte aux tumeurs de la base en général. Seulement nous rencontrons les troubles digestifs en plus forte proportion que pour les autres régions de la base , tandis que nous venons de constater leur absence pour les produits accidentels de la partie antérieure. Les troubles moteurs sont proportionnellement très peu notables, se bornant une fois à un engourdissement de la main , une autre fois à des convulsions , et ayant, par conséquent, plutôt de la valeur par leur absence. Au total , ce diagnostic , strictement localisé , nous paraît possible dans quelques cas, mais, en général, difficile à établir. Nous ne pouvons cependant pas quitter ce sujet sans citer, pour compléter la symptomatologie des tumeurs de la glande pituitaire , les conclusions d’un travail de M. Rayer (1) :

» En résumé , nous nous croyons autorisé à déduire les propositions suivantes de ce petit nombre de faits , jusqu’à ce que des observations ultérieures les aient confirmées ou rectifiées : 1“ Par cela même que les usages de la glande pituitaire sont restés indéterminés, ses maladies ne peuvent être annoncées pendant la vie par des désordres fonctionnels. 2“ Mais si la glande pituitaire est non seulement altérée dans sa structure , mais encore augmentée de volume , elle comprime plus ou moins les parties voisines , et , en particulier, les nerfs optiques. 3“ Cette compression produit des phénomènes qui peuvent faire soupçonner le siège du mal ; douleur ou pesanteur à la partie antérieure de la tête , apathie , diminution de la mémoire , affaissement, assoupissement avec cécité plus ou moins complète, le plus souvent des deux yeux. 4° Les maladies de la glande pituitaire, comme celles des parties du cerveau situées sur la ligne médiane, ne déterminent ni convulsions, ni paralysie d’un côté du corps ; mais la cause qui a donné lieu au développement de la tumeur formée par la glande pituitaire, et cette tumeur elle-même , finissent par provoquer une inflammation dans les parties voisines; aussi les symptômes des phlegmasies cérébrales viennent-ils , sur la fin de la maladie , se joindre à ceux de la compression. 5“ Si l’on ne peut espérer de pou-

Archiva ^ènéralff! de médecine , 1823, t. III, p. 350 à 367.

voir distinguer pendant la vie les tumeurs formées aux dépens de la glande et de la tige pituitaires , de celles qui se développent vers l’entrecroisement des nerfs optiques , au moins les mêmes difficultés ne se présenteront-elles pas lorsqu’il s’agira de juger des maladies de cet appendice du cerveau, comparativement avec celles d’un de ses hémisphères. 6° Toutefois le diagnostic des maladies de la glande et de la tige pituitaires est rendu très obscur par l’existence simultanée d’une ou de plusieurs autres lésions du cerveau. >»

c. Tumeurs de la région de la p^'otuhérance . Nous avons 9 cas de ce groupe, et nous y comprenons aussi bien les tumeurs qui avaient comprimé la protubérance en y prenant leur origine directe, que celles qui , tirant leur origine de son proche voisinage , ont plus indirectement comprimé cette portion de l’encéphale ; car, sous le rapport symptomatologique, nous ne trouvons pas ici des différences bien marquées. Avant tout, nous sommes frappé de Inconstance des altérations de la motilité dans ces 9 cas, et nous verrons bientôt que ces troubles étaient portés à un haut degré, et qu’il n’y a pas d’organe encéphalique qui exerce une aussi profonde influence sur ces troubles fonctionnels, ce qui conduit naturellement à conclure à son influence physiologique sur le mouvement. La sensibilité était altérée chez 6 de ces 9 malades ; les sens 4 fois seulement, l’intelligence 2 fois, la digestion 1 fois. Le groupement multiple des symptômes est conforme à ce résultat général ; ainsi nous trouvons 3 fois le mouvement seul altéré ; 3 fois la sensibilité, les sens et le mouvement ; 1 fois la sensibilité , le mouvement et l’intelligence; 1 fois la sensibilité, le mouvement et la digestion ; et 1 fois enfin la sensibilité , les sens, le mouvement et 1 intelligence. Voici une très courte esquisse de ces 9 cas : 1“ Hémiplégie gauche et paralysie du côté gauche de la face dépendant d une tumeur située sur le côté gauche de la protubérance et de la moelle allongée, et qui avait aplati et comprimé la cinquième paire du même côté. L’hémiplégie donc n’était pas croisée. 2“ Tumeur peu volumineuse de la partie droite de la protubérance , et n’ayant donné lieu à d’autres symptômes qu’à une hémiplégie gauche incomplète; celle-ci était croisée. 3“ Tumeur du bulbe rachidien sur son milieu , n ayant donné lieu qu’à une paralysie du côté droit de la langue ; l’action sur l’entrecroisement de la paralysie, dans ce cas, ne saurait donc point être déterminée. 4" Céphalalgie , trouble de la vue, diminution de la sensibilité générale, affaiblissement du côté droit du corps , s’accompagnant plus tard de raideur et d’engourdissement ; paralysie de la face et de la paupière supérieure du côté

gauche, trismus, urines et selles difficiles, assoupissement, mort. La tumeur se trouve à la partie inférieure et postérieure de la protubérance, tout près de la moelle allongée ; elle est située en majeure partie dans la moitié gauche. Voilà donc une hémiplégie incomplète croisée, tandis que la paralysie qui dépend de la cinquième paire est du même côté. 5® Céphalalgie, convulsions, hémiplégie du côté droit, paralysie de la paupière supérieure gauche avec photophobie et dilatation des pupilles ; surdité , embarras de la parole , délire pendant les derniers jours qui précèdent la mort. La tumeur se trouve à gauche, à la partie supérieure du pont de Varole ; la substance cérébrale est ramollie tout autour : on trouve une quantité notable de sérosité dans les ventricules latéraux. 6“ Céphalalgie vive et souvent lancinante , diplopie , hémiplégie du côté droit , strabisme gauche , convulsions, mort dans un accès épileptiforme. La tumeur se trouve dans le côté gauche de la protubérance ; elle s’étend à l’éminence pyramidale du côté gauche, et elle avait fortement comprimé le nerf abducteur de ce côté. Voilà donc encore une hémiplégie croisée avec convulsions, tandis que la paralysie faciale et sensorielle existe du meme côté que la tumeur. 7® Céphalalgie en arrière et à gauche , affaiblissement du côté droit , accès apoplectiformes , perte du mouvement. hallucinations, plus tard retour de la motilité. La tumeur se trouve à gauche dans la protubérance , et comprime le pédoncule du cervelet. Nous avons donc ici un affaiblissement d’abord croisé, puis général, et faisant place à la fin à un retour du mouvement. 8° Céphalalgie surtout à gauche ; hémiplégie gauche survenant pendant les derniers temps, paralysie incomplète du côté droit; contracture, secousses fréquentes, élancements, douleurs vives dans les membres paralysés du côté gauche ; selles et urines d’abord difficiles , puis involontaires ; vomissements pendant les derniers temps. La tumeur, qui n’a que le volume d’un pois , occupe la partie moyenne et inférieure droite de la protubérance. Nous rencontrons ici encore une paralysie d’abord croisée et ensuite plus générale , accompagnée de souffrances assez vives dans les membres affaiblis. 9® Céphalalgie vive , plus intense encore de temps en temps par paroxysmes , cécité, dilatation des pupilles , affaiblissement et roideur des membres, rigidité tétaniforme du tronc ; accès convulsifs qui n’ont lieu que lorsque le malade est assis; respiration gênée et bruyante, parole embarrassée , mort. Tumeur de la partie antérieure du lobe gauche du cervelet ayant déjeté la protubérance en dehors et s’étant creusé une cavité dans sa partie antérieure. Les nerfs voisins de la base ont

CANCER ET TUMEURS NON CANCÉREUSES DU CERVEAU. oü7

été comprimés. Nous trouvons donc encore ici, en fait de paralysie, une paralysie générale, avec accès convulsifs, accompagnée en outre de roideur tétaniforme.

Nous aurions pu ajouter à ces faits plusieurs autres dans lesquels la protubérance avait été également comprimée ; mais comme d’autres organes de la base l’avaient été aussi, le siège, dans ces cas, avait été plus complexe ; nous retrouverons ces faits tout à l’heure dans la catégorie des tumeurs de la base en général. Toutefois nous constaterons plus d’un rapport entre celles-ci et les tumeurs de la protubérance que nous venons de passer en revue.

Nous revenons à notre question principale , celle de la possibilité du diagnostic. Nous croyons que, dans un certain nombre de cas, on peut reconnaître qu’une tumeur de la base a son siège dans la protubérance ou dans son voisinage. L’altération de la motilité en est une des premières conditions; on observe le plus ordinairement, dans ces cas , une hémiplégie d’abord croisée qui tend ensuite à devenir plus générale et qui s’accompagne assez souvent de roideur, de secousses et d’accès convulsifs, soit dans les membres paralysés, soit même dans toute autre partie du corps. A ces troubles de la motilité viennent se joindre volontiers des altérations fonctionnelles qui dépendent de la compression des diverses branches de la cinquième paire , et qui existent ordinairement du même côté que la tumeur. Parmi les troubles sensoriels , nous en rencontrons le plus souvent dans les organes de la vue. La douleur de tete siège quelquefois à la région occipitale du même côté que le produit accidentel ; plus souvent elle est générale et assez intense. Les vomissements pourraient être rapportés à une compression des nerfs pneumogastriques, si on ne les observait pas dans les circonstances les plus variées de maladies cérébrales. Les troubles respiratoires non accompagnés de signes physiques ont, sous ce rapport , plus de valeur. Nous constatons donc ici un fait physiologique intéressant, c’est qu’une partie de l’encéphale qui , proportionnellement , n’occupe qu’un petit volume , donne lieu aux troubles les plus variés et les plus intenses de la motilité et de la sensibilité , tout en occasionnant souvent en même temps une altération profonde des fonctions sensorielles et de toutes les parties innervées par la cinquième paire et quelquefois même une gêne notable de la respiration.

4» Tumeurs occupant une plus grande étendue de la hase du cerveau. Nous trouvons dans cette catégorie encore 13 de nos ob-

surT^'T^’ constamment atteinte, et 12 fais

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de a moitié des cas , 6 fois en tout ; la digestion 2 fois seulemLt.

■bi nous trouvons, pour la sensibilité et l’intelligence, des différences

inouïs marquées entre les parties supérieures de l’encépliale et la

base , si le mouvement est un peu plus souvent altéré dans ces der-

nièies, d un autre côté, nous constatons de nouveau ici que les alté-

rations sensorielles ajoutées aux symptômes précédents , autorisent

g^randenient a présumer l’existence d’une tumeur de la base.

Avant de passer en revue quelques uns de ces 13 cas, nous indiquerons en deux mots le groupement simple ou multiple des symptômes dans cette catégorie. Le mouvement seul n’était troublé quune ois; chez 3 malades . c’étaient les sens et le mouvement ; cnezi, la sensibilité, les sens et le mouvement; chez 1 autre la sensibilité, le mouvement et l’intelligence. La plus grande prédilection existe pour le groupement quadruple des troubles de la sensibilité, des sens, du mouvement et de l’intelligence; nous la rencontrons , en effet , dans 5 de nos observations ; 2 fois , enfin , les altérations de l’intelligence dans ce groupement étaient remplacées par des troubles digestifs. Voici maintenant quelques exemples de cette catégorie : 1» Hémiplégie droite, vue altérée à droite, tumeur occupant la pointe du rocher du côté droit et comprimant une partie du lobe droit du cerveau , le nerf optique droit et la partie droite de la protubérance. 2° Cécité , hémiplégie gauche , s’étendant à droite vers la fin ; paralysie du mouvement et du sentiment du côté droit de la face ; tumeur de la dure-mère du côté droit et du canal auditif, comprimant le pédoncule cérébelleux moyen droit et une partie de la protubérance. La cinquième paire est presque détruite à droite. Toutes les parties comprimées offrent un ramollissement superficiel.

3 Affaiblissement de tous les sens du côté gauche ; paralysie des paupières, œil gauche saillant, immobile, injecté; cornée opaque, ulcérée, pupilles immobiles , rétrécies, œil droit naturel. Dans la fosse temporale gauche , près du rocher, il existe une tumeur du volume d un œuf de pigeon, située près du ganglion de Casser; le trifacial est séparé en nombreux filets ; tout le ganglion a l’apparence cancéreuse, et la branche optique, surtout à sa sortie du ganglion , est unie au cancer. Le nerf maxillaire inférieur est très altéré aussi, de même que le facial. Nous recommandons, du reste, la lecture de cette intéressante observation qui appar-

tient à M. Landouzy (I). 4* Céphalalgie fixe à la partie postérieure du crâne, amaurose complote à gauche, incomplète à droite, hébétude , paralysie de la commissure labiale droite , puis du bras droit; engourdissement et fourmillements successifs dans tous les membres; voix nasonnante, déglutition difficile, goût obtus. La tumeur se trouve sous la tente du cervelet , en dedans du rocher, ayant comprimé et excavé en partie le pédoncule droit du cerveau, la moitié droite de la protubérance annulaire et la face antérieure du lobe droit du cervelet ; elle se prolonge dans le conduit auditif interne ; les nerfs suivants ont été comprimés : le facial , l’acoustique , le trifacial, le pneumo-gastrique, le glosso-pharyngien et le spinal, le pathétique , les moteurs oculaires commun et externe. 5° Céphalalgie occipito-temporale gauche , paraplégie , convulsions siégeant d’abord dans la partie gauche de la face, et plus tard dans les membres supérieurs ; accès de stupeur ; surdité à gauche ; perte de la mémoire. La tumeur est située à la base à gauche, dans le voisinage du ganglion de Casser ; elle se prolonge dans le conduit auditif, et comprime le côté gauche de la protubérance et du pédoncule cérébelleux. La sixième paire passe au-dessous , la cinquième au-dessus de la tumeur. 6° Céphalalgie vive , affaiblissement et engourdissement des membres, diminution de la sensibilité, affaiblissement de tous les sens et surtout de la vue, roideur du cou, respiration embarrassée , perte de la mémoire ; tumeur située sur le sommet du rocher gauche, tenant au pédoncule cérébelleux gauche et à la partie externe de la protubérance ; le corps restiforme gauche est détruit. 7“ Céphalalgie , vomissements opiniâtres, paralysie du côté gauche, commencement d’amaurose; tumeur à gauche audessus du pédoncule moyen du cervelet ; dépression du côté gauche du bulbe , de la protubérance et du pédoncule cérébelleux moyen.

Ce que nous avons précédemment exposé nous dispense d’insister de nouveau- sur le diagnostic des tumeurs de la base en général. Il deviendra assez facile tant qu’il ne s’agira pas de déterminer le point de départ précis , et encore avons-nous vu qu’il y a des signes qui permettent de se prononcer, dans un certain nombre de cas, sur la probabilité plus grande du siège des tumeurs à la partie postérieure de la base plutôt que sur les autres régions.

Pour pouvoir embrasser en un seul coup d’œil toutes ces particularités , nous ajoutons ici quelques tableaux synoptiques qui feront

(Ij IhtUeüns de la Société analomiqnc , t. XIII, p. 340.

ressortir à la fois les particularités symptomatologiques des tumeurs des diverses régions de la base et de celles-ci prises dans leur ensemble.

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