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§ IV. De la répartition du cancer parmi les animaux.
L’étude de la pathologie comparée est encore aujourd’hui très négligée parmi les médecins, et c’est là une des graves lacunes de l’enseignement.
Quoique nous ne puissions consacrer que très peu d’espace à la pathologie comparée du cancer, on trouvera cependant , dans le témoignage de plusieurs vétérinaires fort distingués que nous citerons, la preuve que le cancer est la même maladie spéciale, différente de toutes les autres, dans le règne animal que chez l’homme. Pour notre compte, nous avons disséqué un certain nombre d’animaux atteints de cancer, et nous y avons trouvé la même disposition anatomique et une très grande analogie dans la structure microscopique. Chez le cheval, les cellules du cancer se rapprochent davantage de celles que l’on observe chez l’homme. Chez le chien , elles sont d’un tiers plus petites, mais leurs nucléoles sont tout aussi volumineux. Dans le système osseux nous avons rencontré les mêmes altérations d’hypertrophie que dans diverses formes d’ostéosarcome chez l’homme. Nous avons vu la généralisation s'opérer de la même manière et avec la même étendue, surtout chez le chien. Dans une injection faite avec M. Follin, nous avons pu reconnaître l’existence ries veines et des artères dans un cancer du foie et du poumon d’un ’hien. Chez les animaux, enfin, nous avons vu commettre les mêmes
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erreurs de diagnostic, et prendre pour cancéreuses des tumeurs fibro-plastiques et des hypertrophies diverses. On a prétendu que le cancer, chez les animaux, était la conséquence de la domesticité : beau thème pour ceux qui aiment à déclamer contre l’état existant de notre vie sociale, contre les inconvénients de la civilisation et du servage auquel nous assujettissons les animaux. Il est tout naturel que l’on ait rencontré le cancer plus fréquemment chez les animaux domestiques que chez les autres. Car qui peut se vanter d’avoir assez bien étudié l’anatomie pathologique des animaux sauvages, pour décider si le cancer est fréquent chez eux ou non!
Pour donner au lecteur une idée de quelques uns des principaux caractères du cancer chez les animaux, nous allons citer quelques passages tirés de recueils de l’art vétérinaire. Nous reproduisons avant tout , textuellement , un travail sur le cancer du chien et du chat, publié par M. Leblanc en 1843 (1) :
« On avait, pendant longtemps, cru que les animaux domestiques n’étaient pas sujets au cancer; mais depuis que l’on étudie avec plus de soin , on s’est convaincu que cette affreuse maladie n’est pas très rare chez la plupart des espèces d’animaux domestiques, sans en excepter les oiseaux de basse-cour. Je l’ai aussi observée sur des singes, sur des perroquets et des kakatoès. On l’a rencontrée sur un grand nombre de parties du corps.
» Le résultat de mon expérience a été que le cancer était beaucoup plus fréquent chez le chien et le chat que chez les herbivores. C’est surtout aux organes de la génération qu’on l’observe le plus souvent chez le chien et le chat, aux mamelles, à la vulve, au vagin et à l’utérus.
» Le cancer mélanique, qui est si commun chez le cheval, est plus rare chez le chien et le chat. Ce sont les formes squirrheuse et encéphaloïde qui sont les plus fréquentes chez ces animaux ; elles sont presque toujours réunies dans une même tumeur cancéreuse. J’ai encore remarqué chez le chien une variété de cancer, surtout aux mamelles , qui n'a pas été décrite, que je sache, et qui a pour caractère différentiel d’être accompagnée d’une multitude de petits kystes remplis d’un liquide très fluide, très aqueux et d’une nuance roussâtre. Je n’ai jamais rencontré cette forme de cancer à l’utérus, ni au vagin.
(1) Clinique vétérinaire , publiée par M. Leblanc, 4 4' année, août 4 843, p. 346 à 354.