RÉPARTITION DU CANCER PARMI LES ANIMAUX
elle a changé de contexture par suite de la compression exercée de dedans en dehors par le développement de la tumeur. Il est probable que c’est par la même cause de compression dans le sens latéral , que les collections de liquide finissent par communiquer entre elles. Quand le liquide n’est plus séparé de la face externe de la peau que par une pellicule , la surface de la tumeur est violacée , et présente des taches plus foncées qui correspondent aux collections de liquide dont la nuance apparaît à travers la peau. A une certaine époque, ces foyers de liquide s’ouvrent à l’extérieur , soit par l’accumulation extrême du liquide, soit par l’usure de dehors en dedans de la peau sur laquelle des frottements ont lieu. Enfin des ulcères, que je n’ai jamais vus se cicatriser spontanément, succèdent à la rupture des kystes. La surface des ulcères se couvre de végétations molles, d’un rouge violacé, qui elles -mêmes sont couvertes d’un liquide sanieux d’une odeur extrêmement désagréable, sui generis , cancéreuse , si l’on peut ainsi le dire. Ce liquide est sécrété par les ulcères (1).
» Si cette variété de cancer ne se trouvait avec tous ses caractères qu’aux mamelles , on serait tenté de croire que la structure de ces glandes , qui est aréolaire , serait la cause de la forme particulière de cette variété de lésions; mais on la rencontre dans bien d’autres régions : je l’ai vue sur le dos , au poitrail , au cou , aux lèvres, etc.
» Je l’ai déjà dit , j’ai toujours trouvé cette forme de cancer combinée avec le squirrhe et l’encéphaloïde aux mamelles; mais j’ai souvent observé les cancers encéphaloïdes et squirrheux sans kystes ; les matières ramollies, et liquides même , n’étaient point contenues dans des cavités à parois lisses ; et quand les parties ramollies étaient liquides, elles n 'étaient pas limpides comme dans le cancer avec kystes , elles ressemblaient à du putrilage trouble.
» Les cancers uniquement encéphaloïdes sont très rares dans les régions superficielles ; ils sont presque toujours unis à un squirrhe : j’en ai vu un cas bien remarquable dans la région anale d’un chien de chasse appartenant à M. Crochet, ancien garde général , demeurant maintenant à Paris, rue Rochechouart, n° 64.
» Ce chien était très vieux ; son maître y était singulièrement atta-
(1) « J'ai inoculé plusieurs fois de ce liquide, ainsi que de la sanie cancéreuse du col de l’utérus, à des chiennes bien portantes, sans jamais avoir communiqué le cancer. Les plaies suppuraient bien quelques jours , leurs bords se tuméfiaient , mais elles ne tardaient pas il se cicatriser. »
lu
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ché : quoique le cancer, par sa nature et par son extrême développement autour du rectum, à une profondeur de 7 à 8 centimètres d’arrière en avant , ne donnât guère de chance de guérison radicale , M. Crochet désirait que j’employasse tous les moyens possibles de faire vivre son chien.
»• Le cancer existait depuis très longtemps quand le chien m’a été présenté pour la première fois. On ne me conduisit l’animal que lorsque les évacuations alvines ne purent plus avoir lieu, même à l’aide de lavements. L’orifice anal était en apparence réduit au diamètre de 5 millimètres à peu près, par suite du développement de l’ encéphaloïde à l’extérieur ; puis le rectum lui-même était fortement déprimé par la tumeur qui l’enveloppait.
» Je proposai l’excision de toutes les parties malades. J’enlevai tout le tissu encéphaloïde dont aucune partie n’était encore ramollie. La plaie qui résulta de l’opération était très large et très profonde. Au centre se trouvait le rectum, qui était encore intact et que je pus isoler assez facilement de l’ encéphaloïde. Il existait encore de la peau saine autour de deux tiers de la marge de l’anus. Pendant l’opération, dès qu’une partie de la tumeur fut excisée, il y eut évacuation d’une très grande quantité de matières fécales. La marge de l’anus, qui était plissée, se dilata dès que les tissus qui l’entouraient furent excisés. L’hémorrhagie , qui ne fut pas abondante , s’arrêta spontanément. Je ne fis aucun pansement.
>■ Le chien était triste et refusait de manger avant l’opération, et se trouva mieux dès le lendemain.
- M. Crochet ne pouvait se séparer de son chien ; il l’emmena, et se borna à nettoyer plusieurs fois la plaie avec de l’eau de guimauve.
» Le tissu encéphaloïde ne tarda pas à pulluler; on ne me ramena le chien que lorsque la tumeur eut acquis un développement tel que l’animal ne pouvait plus rendre ses excréments. Malgré mon avis sur l’incurabilité de la maladie, le propriétaire voulut que j’opérasse de nouveau le chien. L’opération fut faite trois mois environ après la première.
» Dans la suite, et cela pendant quatre ans, les tissus cancéreux, qui se renouvelaient toujours , furent excisés , d’abord tous les deux mois et demi à trois mois , puis toutes les six semaines ; enfin dans les derniers temps, le développement de l’encéphaloïde était si rapide (sans doute parce que j’étais obligé d’en laisser quelques vestiges adhérents aux parties épargnées par le bistouri), que l’excision