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I. Traitement réputé spécltlqiie

A. Spécifiques du règne végétal.

On sait que, depuis Stoerck, on a attribué une action fondante particulière à beaucoup de narcotiques. On a invoqué surtout, en faveur de cette manière de voir, la part beaucoup trop large que l’on faisait au système nerveux dans la nutrition normale et pathologique; et quant aux cas de réussite , on n’a guère rapporté d’observations complètes , mais des cas douteux dans lesquels le diagnostic avait été incomplètement établi , et où l’action du médicament avait été jugée avec trop d’optimisme.

La ciguë apparaît en première ligne parmi les prétendus fondants du cancer utérin ; elle a été prônée de nos jours par Hallé, Récamier et Duparcque. Nous ne pouvons que nous associer aux remarques que faisait déjà Antoine Petit à Stoerck, dans la lettre qu’il lui écrivit au sujet de ses insuccès dans le traitement du cancer par ; la ciguë. Nous regrettons bien sincèrement que pas une observation

recueillie avec soin et réellement convaincante n'ait été mise en avant par ceux qui invoquent leur expérience en faveur de ce médicament (1). Pour notre compte, nous n’avons jamais observé d’action de la ciguë sur le cancer de l’utérus. Lorsqu’on met ce médicament en usage, du reste , il faut , avant tout , se convaincre qu’on emploie réellement une substance médicamenteuse , car les extraits narcotiques de beaucoup de pharmaciens ne sont que du charbon et de l’amidon.

L’extrait alcoolique bien préparé est la substance généralement la plus usitée en France. On commence par des pilules de 3 à 5 centigrammes, dont on donne 2 ou 3 par jour, et l’on porte la dose successivement jusqu'à 1 gramme par jour. Nous donnons pour précepte général, dans l’emploi des narcotiques, d’aller toujours jusqu’au commencement du narcotisme , en surveillant toutefois avec attention l’état des voies digestives. Des éblouissements, des vertiges et de la céphalalgie sont les symptômes qui caractérisent l’action de la ciguë. Lorsqu’on a produit ces effets, on est sûr, au moins, qu’on a affaire à une préparation bien faite; on diminue alors la dose et l’on continue pendant six semaines ou deux mois à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme par jour. Au bout de ce temps, on laisse un mois d’intervalle pour recommencer le même mode d’emploi. Si, après ce temps, on s’est convaincu qu’il n’y a aucun changement favorable , que la maladie , au contraire , fait des progrès, on abandonne ce médicament. Si un examen attentif au contraire a démontré que la maladie est restée stationnaire, que l’état général reste bon, que les voies digestives s’accommodent bien de la ciguë, on en continue l’usage. On peut substituer à l’extrait alcoolique la teinture mère préparée avec le suc frais de la plante mêlé avec une ou deux parties d’alcool rectifié. On commence par 1 gramme dans 24 heures , et l’on augmente jusqu’à 4 , 5 grammes et au delà , selon la tolérance. Le suc frais est de beaucoup la meilleure préparation , mais on ne peut le prescrire qu’au printemps et au commencement de l’été ; il faut, de plus, être très sûr de l’habileté du pharmacien. On peut le donner aux mêmes doses que la teinture , et le porter même au delà de 6 à 8 grammes, lorsque les symptômes de narcotisme ne surviennent pas. On prescrira la teinture ou le suc frais de ciguë dans une potion de 150 grammes de véhicule avec 30 grammes d un sirop inerte à prendre en trois fois dans les vingt-quatre heures. Le pra-

(f) Bayle, Bibliothèque tir thérapeutique . Paris, 1835, t. III , p. 358.

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ticien exercé saura, du reste, varier les doses et la forme. Nous donnons tous ces détails pour le praticien qui , plus confiant que nous, serait disposé à mettre la ciguë en usage contre le cancer utérin.

Parmi les autres narcotiques recommandés , nous nous bornerons à citer la belladone, l’acide cyanhydrique, l’eau de laurier-cerise, etc. Généralement abandonnés aujourd’hui comme spécifiques anticancéreux, il est inutile de les analyser plus longuement ici.

La ca/endu/a officinalis (souci officinal) a joui en Allemagne d’une grande vogue dans le traitement du cancer de la matrice. Elle a été, dans le principe, recommandée par un médecin suédois, West ring , qui vante surtout ses vertus dans le traitement des ulcères cancéreux. Connue en Allemagne depuis 1817, par la traduction de Sprengel , cette plante a réuni dans un temps d’assez nombreux suffrages; cependant aujourd’hui on l’a généralement abandonnée.

On en employait l’extrait en pilules , en commençant par 3 à 4 pilules de 10 centigrammes par jour, et en portant la dose à 10 , 12 et au delà. On fait en même temps des injections vaginales avec une décoction de la même plante.

La salsepareille, les bois dépuratifs et d'autres substances végétales ont été également vantés dans cette affection ; mais on les a .généralement abandonnés aujourd’hui.

B. Spécifiques du règne minéral.

Les "préparations d'iode ont été recommandées dans le traitement du cancer de l’utérus , depuis qu’on avait constaté l’action salutaire

tque ce métal exerçait sur diverses formes des affections scrofuleuses. Il n’existe cependant point d’observation positive sur son action directe sur le cancer utérin. Tout en nous prononçant d’une manière nette contre toute action spécifique et anticancéreuse de ce médicament, c est cependant celui que nous mettons le plus volontiers en usage. 11 ne fait pas plus résorber la matière cancéreuse que le tu- Dercule; mais , dans l’une et l’autre maladie , il nous a paru parfois exercer une influence utile sur les tissus hypérémiés du voisinage du lancer qui en augmentaient le volume , et qui par leur état subinlaminatoire étaient moins aptes à résister à l'extension du dépôt ;ancéreux.

C'est de cette façon que nous nous expliquons la diminution de -olume de tumeurs cancéreuses sous l’influence du traitement iodé; ar sans atteindre le tissu cancéreux, l’iode, en activant la résorpion autour du tissu accidentel , peut réduire la masse totale de l’en-

CANCER DES ORGANES DE LA GÉNÉRATION, gorgement. Nous convenons cependant que notre prédilection pour l’iode, dans la maladie qui nous occupe, est plutôt basée sur une appréciation pratique que sur des preuves rigoureuses. Ne savonsnous pas , d’ailleurs , que ce métal exerce souvent une action étonnante sur l’amélioration de l’état général de la santé.

La préparation d’iode que nous préférons est l’iodure de potassium dont on fera prendre 50 centigrammes à 1 gramme par jour, soit délayé dans une certaine quantité d’eau, soit dans une tisane amère. Comme l’iodure de potassium se conserve mal à l’état de poudre, nous en faisons dissoudre 8 à 10 grammes dans 200 grammes d’eau, dont le malade prend deux à quatre fois par jour une cuillerée à bouche dans une tasse de tisane de houblon , de petite centaurée ou de quassia. Plus tard, lorsque les malades sont arrivées à la seconde période et se trouvent dans un état de profonde débilitation , nous préférons l’iodure de fer en sirop à la dose de deux à trois cuillerées ■ à bouche par jour.

Le fer, vanté par quelques auteurs , est nuisible dans la première période et congestionne plutôt les organes du bassin , ce qui prédispose aux pertes, sans avoir l’ombre d’une action spécifique. Il ne peut exercer qu’une action palliative dans la période de la maladie où un état anémique consécutif aux pertes sanguines répétées s’est établi d’une manière prononcée , et lorsque les pertes sont devenues plus rares et moins abondantes , ce que nous avons vu arriver dans un certain nombre de cas pendant les derniers mois de la maladie. Nous employons de préférence les pilules de proto-carbonate de fer (pilules de Vallet) au nombre de deux à quatre par jour, ou l’iodure de fer, tel que nous venons de l’indiquer, ou des pilules de tartrate de fer et de potasse à la dose de 1 à 2 grammes par jour. Si les pertes persistent encore , nous préférons les préparations astringentes de fer, soit le sulfate de fer en pilules à la dose de 20 à 30 centigrammes par jour, soit le perchlorure de fer sous forme de la teinture de Bestuchef, préparation qui, par son véhicule éthéré, est en même temps un bon calmant pour le système nerveux; les malades en prennent deux à trois fois par jour 10 à 20 gouttes dans une infusion amère , ou , lorsqu’il s’agit surtout d’agir sur le système nerveux , dans une infusion de feuilles d’oranger.

Les mercuriaux , parmi lesquels le calomel et le mercure soluble de Hahnemann ont été préconisés comme capables de fondre les engorgements squirrheux de la matrice, n’ont pas la moindre action sur cette maladie , et présentent plutôt des inconvénients lorsqu on

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en prolonge 1 usage , soit par la salivation , soit par la purgation qu’ils provoquent. Il est donc plus sage de s en abstenir.

L ’or et ses préparations ont été vantés comme antisquirrheux par l’école de Montpellier, et par Chrestien surtout, qui l’a recommandé contre le squirrhe de la matrice. Ce moyen est aujourd’hui généralement abandonné, et nous sommes a nous demander si le discrédit dans lequel ce médicament est tombé tient réellement a son peu d’efficacité ou au manque de persévérance dans son emploi. Toutefois rien ne nous autorise à le regarder comme efficace dans le cancer.

L 'arsenic figure aussi parmi les prétendus spécifiques , mais on a a été guidé dans son emploi par des considérations théoriques. Voyant qu’on guérissait souvent par son emploi local des ulcères réputés cancéreux, on a cru reconnaître dans ce métal un spécifique contre le cancer. Mais nous prouverons bientôt que les ulcères que l’on guérit par la pâte arsenicale ne sont pas vraiment cancéreux , et qu’en outre, son action locale est purement caustique.

L 'acide phosphorique a été indiqué comme spécifique dans le traitement du cancer utérin par Alibert, conseil tombé dans l’oubli comme la plupart des recommandations thérapeutiques faites par cet auteur.

Nous avons démontré combien était restreint le parti qu’on pouvait tirer des agents que nous venons d’analyser. Nous allons jeter un coup d’œil sur les méthodes thérapeutiques préconisées dans un but curatif.

Les résolutifs ont été envisagés par un grand nombre de praticiens allemands comme pouvant dissoudre les engorgements cancéreux commençants. Sans compter les mercuriaux dont nous avons . déjà parlé , c'est surtout aux eaux minérales salines que ces auteurs ant accordé de la confiance De ce nombre sont celles de Carlsbad ,

■ Vlarienbad, Ems, Kissingen, Ischl. Aujourd'hui, les bons praticiens l’Allemagne, qui sont au courant des progrès récents de la gynékoogie, ont abandonné ces moyens, tout au plus capables d’exercer quelque action sur de légers engorgements non cancéreux de la matrice.

Les purgatifs ont eu pour partisans des médecins anglais et allenands. 11 serait trop long de faire l’énumération de tous ceux que ’on a recommandés. Les uns ont préféré les eaux minérales salines, l’autres l’aloès et le jalap , et d’autres encore les drastiques plus énergiques. Nous ne saurions assez blâmer une pareille méthode, -a fréquence des affections gastro-intestinales , dans le courant et

surtout dans la seconde période du cancer utérin , prouvent combien il faut être sobre de ces moyens et qu’il faut bien se garder d’éveiller cette prédisposition déjà si prononcée et si fâcheuse par elle- même.

Les antiphlogistiques ont eu surtout des partisans depuis le com mencement de ce siècle. Partant de l’opinion fausse que le squirrhe était une inflammation modifiée , les uns ont recommandé les saignées larges et spoliatives , les autres des saignées peu abondantes, fréquemment répétées et révulsives , et l’on a , de plus , associé aux saignées générales les émissions sanguines locales les plus variées. Voir dans les saignées un spécifique contre le cancer utérin est une erreur très fâcheuse; au lieu de détruire la maladie, les saignées détruisent plutôt le malade , lorsqu’on y a recours trop largement. Cependant, en abandonnant toute idée d’action spécifique, en usant avec mesure et sobriété de cette méthode , on peut en tirer un bon parti. C’est ainsi qu’au début, une saignée générale médiocrement abondante est capable de diminuer le mouvement fluxionnaire vers la matrice, et nous l’avons vue arrêter des pertes qui avaient résisté à tout autre moyen ; mais il ne faut y avoir recours que rarement et ne tirer que 300 à 360 grammes au plus de sang. D après notre expérience , nous avons peu de confiance dans les saignées révulsives selon la méthode de Lisfranc. Parmi les diverses saignées locales , la plus recommandable de toutes est l’application de sangsues au col de la matrice. On y applique chaque fois 6,8, jusqu’à 10 sangsues , on y a recours plusieurs fois à quinze jours , un mois, six semaines d’intervalle. Leur usage n’est indiqué que dans le squirrhe commençant, avant qu’il y ait ulcération , et ce moyen offre l’avantage que si , par mégarde, on prenait pour un cancer commençant un simple engorgement hypertrophique , le moyen serait également utile. 11 va sans dire qu'il faut subordonner toutes ces émissions sanguines à l’état des forces et de la santé générale. Quant à l’application des sangsues à l’anus , aux aines , à l’hypogastre , aux grandes lèvres , il faut les réserver pour des indications spéciales, sans accorder une grande confiance à leur action sur le col utérin.

Les exutoires ont été mis en usage dans le but d’évacuer par un ulcère artificiel la matière morbifique qui tendait à se déposer dans le col utérin. On a recommandé dans ce but des cautères aux bras et aux lombes. Leur parfaite inutilité les a fait abandonner aujourd’hui; du reste, les raisons médicales qui les ont fait recommander

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sentent par trop les doctrines humorales de Galien et de la médecine du moyen âge.

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