‹ Traité pratique des maladies cancéreusesChapitre 30 sur 77 · C. Marche et durée · texte numérisé non relu

C. Marche et durée

Quoique le tableau général de la symptomatologie, ainsi que l’analyse des symptômes, fasse pressentir une assez grande irrégularité dans la marche et la durée , celle-ci est cependant moins grande lorsqu’on résume un certain nombre de faits. On voit alors que les cas sont rares dans lesquels la maladie existe pendant longtemps à l’état latent , et qu’ordinairement on est à même de fixer le début et de suivre la filiation des symptômes. On peut admettre deux périodes, comme nous l’avons vu plus haut , mais leur délimitation est insensible, et en moyenne, c’est plutôt le toucher qui établit la principale différence entre l’engorgement cancéreux du col et son ulcération.

Les cas sont également rares dans lesquels la marche est très rapide, ainsi que ceux dans lesquels elle est très prolongée ; ce n’est qu’exceptionnellement que le cancer utérin peut revêtir la forme aiguë. Nous avons déjà cité une des observations de M. Louis, dans laquelle la durée totale a été au-dessous de 3 mois. M. Kiwisch nous a cité dernièrement , lorsque nous l’avons vu à Paris , un cas beaucoup plus aigu encore, de 5 semaines de durée en tout. Cette affection était survenue après les couches, qui avaient été faciles et naturelles, et comme cet auteur avait fait l’accouchement lui-même , il a pu se convaincre qu’il y avait absence de toute affection cancéreuse à ce moment. Q,uant au cancer de très longue durée , nous ne l’avons vu qu’une seule fois durer pendant 5 ans et 2 mois. Dans les observa- • cionsqui nous ont été communiquées parM. Louis, il y en avait une font la durée était fixée au delà de 9 ans ; mais comme il y avait en aiême temps des tumeurs fibreuses , et que pendant 7 ans la santé générale est restée intacte, à part les hémorrhagies qui se sont profites de temps en temps , et que les vrais symqitômes du cancer l’ont apparu qu’ après cette époque , nous sommes en droit de con- 3lure que la durée du cancer ne remonte nullement au commencenent de l’apparition des pertes.

Nous avons déterminé dans 39 cas la durée totale de la maladie. Dans un tiers des cas à peu près , elle n’a pas dépassé 9 mois ; dans m autre tiers , la durée a varié entre 9 et 18 mois , et dans le tiers •estant, elle a été au-dessus de 18 mois; sur ce nombre elle a' été 1 fois de 2 ans , 2 fois de 23 mois, et 3 fois au delà de 2 ans. Le taileau suivant fera ressortir toutes ces proportions :

*270 CANCIJH I)1ÏS ORGANES DK I.A GÉNÉRATION,

Durée au-dessous de 3 mois 1

— de 3 à 6 mois 5

— de 6 à 9 mois. 6

— de 9 à 12 mois o

— de 12 à 4 8 mois 9

— de 1 8 à 24 mois 10

— au delà de 2 ans . 3

Total. ... 39

Si', enfin , nous prenons la moyenne totale de ces 39 cas , nous arrivons au chiffre de 16 mois et 7/3904; ce qui fait près de 5 mois en sus de la durée moyenne du cancer de l’estomac, durée moyenne bien inférieure à celle des cancers superficiels. Nous avons noté, chez un certain nombre de malades , le mois du début et celui de la mort. Pour le début, les mois les plus forts étaient mai et novembre; pour la mort, c’étaient ceux d’avril , d’août et de septembre.

En voici le tableau synoptique ;

Début. Mort,

Premier trimestre 8 4

Deuxième 10 10

Troisième 9 9

Quatrième 8 9

Total 35 32

Si nous cherchons à-déterminer la fréquence comparative du cancer de l’utérus par rapport aux autres affections carcinomateuses, nous trouvons dans les tableaux de M. d’Espine, ainsi que dans les manuscrits qu’il a bien voulu nous communiquer, sur 537 cas de mortalité cancéreuse à Genève, pendant huit ans, le nombre total de 83 de cancer utérin, et dans la moyenne annuelle sur 67 cas de cancer, 10 pour celui delà matrice, ce qui fait varier cette fréquence entre 1/6* et 1/7*, proportion bien différente de celle indiquée par M. Tanchou (1), qui, sur 9,118 cas de cancer en général, cite 2,996 pour l’utérus, proportion évidemment exagérée, et qui serait presque d’un tiers du nombre total. Nous nous sommes, du reste, déjà expliqué plus haut sur la valeur que nous attachons aux tableaux statistiques de cet auteur.

(1) Tanchou, Recherches sur le traitement des tumeurs du sein. Paris, 1 844, p. 258.

U. Étiologie.

Nous savons combien, en général , tout ce qui se rattache aux causes des maladies est obscur et mal étudié, lout ce que les auteurs ont dit sur les prétendues causes du cancer utérin est entaché d 'inexactitude et d’une extrême légèreté a conclure; aussi ne pourrions-nous mieux commencer l’exposé de cette partie de notre travail et formuler à ce sujet le résultat de nos recherches , qu en citant le passage suivant de l’ouvrage de M. Cruveilhier (1) :

•> Vainement ai-je interrogé les antécédents de la vie des ma- » lades pour pouvoir y découvrir quelque cause au moins éloignée » de cette terrible maladie. La vie la plus irréprochable comme » la plus dissolue, la stérilité comme la fécondité, les grossesses et » les accouchements les plus heureux comme aussi les plus mal- » heureux, l’allaitement comme le défaut d allaitement, la mensn truation la plus régulière comme la plus irrégulière, 1 avortement » ou le défaut d’avortement , une vie active , laborieuse , comme » aussi la vie la plus inoccupée, l’hérédité, le tempérament, les scro- » fuies, la syphilis, les flueurs blanches, les polypes utérins, les » tumeurs fibreuses, aucune circonstance appréciable, en un mot, ne « paraît exercer la moindre influence sur le développement du can- » cer utérin. »

Nous n’aurons, par conséquent, à parler que des circonstances au milieu desquelles on voit le cancer utérin se développer, mais nullement des causes proprement dites de la maladie.

1° Age des malades. — C’est avec un grand étonnement que nous trouvons dans les relevés de Boivin et Dugès un certain i nombre de cas mentionnés avant l’âge de 20 ans. Il y a eu là évidemment erreur de diagnostic. Tous les bons observateurs sont aujourd’hui d’accord pour regarder l’âge de 25 ans comme presque l’extrême limite du développement du cancer utérin pendant la première moitié de la vie. Cependant la maladie n’est pas excessivement rare entre 25 et 35 ans. Nous y avons rencontré l/5e de nos cas. La plus grande fréquence est évidemment entre 35 et 50 ans, environ i la moitié du nombre total, et répartie sur ce nombre d’une manière presque égale. De 50 à 70 nous trouvons presque 1/3, ce qui est une proportion supérieure à celle observée entre 25 et 35, Après

(1) Cruveilhier, Anatomie pathologique du corps humain , t. II , 23“ li- !' ■ vraison , texte de la planche 6.

70 ans, nous avons noté un cas. On a même cité l’existence de cernai chez des femmes qui avaient 90 ans et au delà.

Si la proportion paraît peu différente entre l’âge avant 35 et après 50 ans, cette analogie des chiffres correspond cependant à une fréquence bien plus grande après 50 ans, vu que le nombre des femmes qui arrivent à cet âge est naturellement bien moins grand que celui des femmes qui atteignent l’âge de 35 ans. L’âge moyen a été de 44 et 2/25e*. Le tableau synoptique suivant fera ressortir les détails mentionnés :

De

ans

De

ans

De

ans

De

ans

De

ans

De

De

ans

De

ans

De

ans

De

2° Influence du degré de fécondité. — Parmi les causes les plus généralement admises, les auteurs indiquent des couches nombreuses. Rien en effet ne paraît plus rationnel que d’admettre qu’un organe fatigué par de fréquents changements de volume, de fonctions et de nutrition , doit être singulièrement prédisposé au dépôt cancéreux , lorsqu’on tient compte surtout de l’influence des couches répétées sur l’état général de la santé. Voyons cependant si l’observation confirme cette prévision. Nous trouvons , dans 37 de nos observations, des notes détaillées sur ce point, dont la moitié à peu près parmi des femmes qui n’ont point eu d’enfants ou qui n’en ont eu qu’un ou deux. Si nous fixons le nombre de 4 enfants comme limite moyenne du nombre des couches que l’organisme doit pouvoir supporter sans qu’une atteinte grave en résulte , soit pour l’état général, soit pour l’état de la matrice, nous arrivons presque au nombre des 3/4 de nos malades qui n’ont pas eu au delà de 4 couches; sur 11 cas qui restent, deux femmes ont eu 5 enfants, quatre femmes en ont eu 6 , et les cinq autres de 7 à 13. Voici le tableau synoptique de ces 37 cas :

1 enfant 8

2 enfants 7

3 enfants 4

4 enfants 4

5 enfants 2

6 enfants 4

7 enfants 4

8 enfants 4

9 enfants 4

4 I enfants 4

4 3 enfants * . . 4

Nous avons noté avec soin la distance qui séparait les dernières couches du début de la maladie. A l’exception de 3 cas, dont l’un à dix mois, l'autre à quatre mois de distance de l’accouchement , et le troisième développé pendant la grossesse même, dans tous les autres le début du cancer était séparé des dernières couches de 2 à 3 ans au moins, et d’un laps de temps beaucoup plus long dans la majorité des cas ; ce qui résulte déjà aussi du tableau précédent, vu que dans plus des 2/5 la maladie s’est développée après 45 ans, époque à laquelle les accouchements deviennent très rares.

On a aussi accusé les couches trop rapprochées comme cause prédisposante au cancer. Nous n’avons rencontré cet élément que chez 4 de nos malades ; nous en dirons autant de l’avortement ; 5 seulement des 37 femmes comprises dans le tableau avaient eu une ou plusieurs fausses couches.

3° Lîhêrèdilè, si généralement admise par les théoriciens, a été recherchée chez 13 malades , et constatée chez 2 seulement. Sans attacher une valeur absolue à ce chiffre , il vient confirmer ce que nous avons dit ailleurs : c’est que l’hérédité dans le cancer est l’exception et non la règle. Peut-être pourrait-on en dire autant pour la plupart des maladies dans lesquelles on admet son influence.

4° Chagrins. — On connaît la large part que les médecins font à cette cause, dans la production des maladies organiques de l’utérus. Sans nier la possibilité de cette influence, nous ne la trouvons cei pendant pas basée sur de bons documents chez les auteurs qui l’invoquent ; nos observations ne nous apprennent rien de positif non plus sur ce sujet , et ce qui n’est que possible nous laisse en général dans la plus grande indifférence, car dans les sciences d’ob-

servation on 11e doit prendre en considération (pie ce qui repose sur 1

des preuves.

5° Professions. — Le cancer de l’utérus est une maladie si frequente dans les classes aisées de la société, que cela seul doit déjà écarter l’idée d’une grande influence des professions. Si nous jetons un coup d'œil sur la population des hôpitaux, nous trouvons l’état que les malades exerçaient, noté avec soin dans 39 cas. Sur ce nombre nous rencontrons à peu près toutes les professions que les femmes exercent dans la classe ouvrière de Paris. Nous avons été frappé cependant d’y trouver 7 blanchisseuses. Nous signalons ce fait sans rien en conclure. Après les blanchisseuses venaient, par fréquence, les couturières au nombre de 4, puis les domestiques et les journalières au nombre de 3, ensuite les cuisinières, les marchandes ambulantes , les ouvrières de diverses industries ; les Unes parmi ces 39 malades ayant passé leur temps habituellement en plein air, les autres renfermées dans leurs chambres , les unes habituellement debout, les autres plus ordinairement sédentaires et assises pour leur travail. Nous pouvons d’autant moins admettre l’influence des professions , que plusieurs éléments nécessaires pour la solution de ce problème nous manquent complètement. C’est ainsi que parmi ces femmes , qui en majorité ont dépassé l’âge de quarante ans , il y en a un bon nombre qui ont exercé plusieurs états dans le courant de leur vie. Il faudrait, de plus, connaître la fréquence relative des diverses professions, et savoir, en outre, quelle est cette fréquence, relativement aux divers âges de la vie. On voit, d’après ces courtes remarques , de quelles difficultés sont, entourées toutes les questions dans lesquelles il s’agit d’établir les causes des maladies, surtout lorsqu’on ne veut admettre que celles qui produisent des effets.

6° Santé antérieure . — Nous avons déjà vu plus haut que la plupart des malades dont il est question dans ce travail jouissaient d’une santé passable au moment du début. Nous répéterons ici que 23 avaient habituellement une bonne santé; chez les autres, les maladies antérieures , telles que des inflammations des voies respiratoires , des accès hystériques , un état chlorotique , des flueurs blanches habituelles, une digestion souvent troublée, une santé habituellement délicate, etc., se sont rencontrés un trop petit nombre de fois pour pouvoir en inférer quoi que ce soit.

Si nous jetons un coup d’œil sur l’état de la menstruation, nous trouvons dans nos relevés du commencement de l’établissement de

cette fonction toutes les variétés de l’état physiologique : 4 malades ont commencé à avoir leurs règles avant 1 âge de 11 ans ; chez 11, elles ont paru de 12 à 14 ans ; chez 4 , de 14 à 16 ; et chez 8 , de 16 à 20 ans. Sur ce nombre, il y en avait 13 chez lesquelles le début de la menstruation a été accompagné de quelques troubles qui ont persisté à un plus léger degré pendant longtemps. Chez 3 , elle était habituellement irrégulière ; chez 6 , accompagnée de douleurs ou de coliques pendant les premiers jours ; chez 4 enfin , les époques étaient habituellement abondantes. Or pour quiconque a étudié avec soin l’établissement de la première menstruation , il n’y a là que des variétés physiologiques auxquelles on ne peut attribuer aucune influence sur la production ultérieure du cancer.

Nous trouvons , du reste , un résultat fort analogue dans les relevés de l’ouvrage récent de J. Bennett (1). Cet auteur a donné, à la fin de son livre, un relevé de 300 cas d’affections diverses de l’utérus. La menstruation a été notée avec soin chez la plupart, et ■ si nous jetons un coup d’œil sur 262 de ces faits dans lesquels l’affection de l’utérus n’était point cancéreuse, nous trouvons , à peu de variations près, des proportions fort analogues à celles que nous venons de mentionner.

Si, d'après ce qui précède, de légers troubles fonctionnels dans la menstruation ne peuvent point être invoqués comme causes du cancer utérin , voyons quelle est la part de la cessation des époques ; comme élément étiologique. Sur 50 de nos malades , il y en avait 18 qui n’avaient plus leurs règles depuis longtemps; chez 6 , le début de la maladie coïncidait avec l’époque de la cessation menstruelle ; chez les autres, les règles persistaient. Y a-t-il,' là-dedans, quelque chose de plus qu’une simple coïncidence? C’est ce que nous | ne nous permettrions pas d’établir. Il faudra évidemment de très îombreuses observations ultérieures pour trancher cette question.

En fait de maladies antérieures, les auteurs ont signalé la syphilis 4 les scrofules comme prédisposant au cancer utérin. Ce n’est cependant qu’une vaine hypothèse , et tous les médecins spécialement '.ttachés à des services d’hôpitaux destinés aux femmes syphilitiques , s’accordent à reconnaître la rareté du carcinome de la matrice ;hez les filles publiques , fait déjà signalé depuis longtemps par ^arent-Duchâtelet (2).

Quant aux scrofules, non seulement elles appartiennent à un tout

(1) Traité de T inflammation de l'utérus. Paris, 1850, in-8.

(2) De la prostitution dans la ville de Paris. Paris , 1 837, t. I , p. 249.

autre âge que le cancer, mais nous avons même constaté leur absence antérieure chez les malades que nous avons questionnées sur ce point.

Parmi les maladies antécédentes, il n’y en a pas auxquelles on ait fait une aussi large part dans la production du cancer que les affections inflammatoires chroniques du col de la matrice. Déjà avant l’école de Broussais on admettait que les indurations simples du col étaient le point de départ fréquent de la dégénération squirrheuse. L’école physiologique est venue prêter un immense appui à cette doctrine erronée , et nous regrettons de trouver cette opinion professée dans l’ouvrage de M. Duparcque sur les maladies de l’utérus. On n’a jamais prouvé, par l'observation directe, qu’un état phlegmasique du col de la matrice pût se transformer en carcinome. Tout ce que nous avons dit dans la partie symptomatologique de ce travail prouve contre l'hypothèse de la dégénération , et toutes nos recherches , si vastes et si nombreuses , sur les maladies cancéreuses en général , nous ont démontré que le cancer apparaît toujours primitivement comme tel, et ne peut en aucune circonstance être assimilé à un produit phlegmasique.

E. Diagnostic.

Nous donnerons , à la fin de ce chapitre , un résumé aphoristique qui fera assez bien ressortir les caractères propres à la maladie qui nous occupe, pour pouvoir glisser rapidement ici sur ce point. Nous dirons seulement qu’on ne pourrait confondre le cancer utérin qu’avec d’autres affections de l’utérus. Pour la métrite chronique, un peu d’attention préservera d’une erreur. Le corps de l’organe est ordinairement développé à une époque où le col est intact, ce qui n’est pas le cas dans le cancer : si la métrite a son siège au col , l’induration, qu’elle soit générale ou partielle, est plus uniforme, plus diffuse, la coloration plus égale, la muqueuse de la surface lisse et arrondie ; les pertes manquent , dans ce cas ; la marche de la maladie est lente , et malgré des malaises assez variés , l’état général s’altère peu , et les forces ainsi que l’embonpoint se conservent bien mieux que dans le cancer. Les pertes blanches ne sont pas fétides ; la position horizontale soulage ordinairement assez pour que le sommeil soit peu troublé. Quant aux ulcérations superficielles du col, qu’elles soient granuleuses , qu’elles soient un peu plus profondes , à bords lisses ou calleux , un observateur habitué à examiner les femmes au spéculum ne s’y méprendra guère, et il serait inutile d’entrer à ce sujet dans de plus amples détails.

Quant aux déplacements de la matrice , quels que soient les troubles qu’ils produisent, le toucher par le vagin et le rectum, le palper hypogastrique et l’appréciation de 1 état général , ne permettront pas le doute. Les chutes de la matrice peuvent , lorsque celle-ci a franchi la vulve, prendre un aspect qui les ferait ressembler à une affection cancéreuse ; mais un examen attentif montrera toujours qu'on a affaire , dans ce cas , à une tuméfaction simple et non à des dépôts cancéreux. Ce diagnostic a été confirmé par l’autopsie dans un cas de ce genre que nous avons observé dernièrement, et nous adoptons pleinement l’opinion de M. Kiwisch, qui regarde le cancer d’un utérus sorti des parties génitales comme infiniment rare et exceptionnel, et même comme non constaté jusqu’à présent par l’observation directe.

Nous avons rencontré une fois des tumeurs gommeuses syphilitiques dans la portion vaginale du col chez une femme qui en avait présenté sur de nombreux points de la surface du corps et dans plusieurs organes internes; nous publierons ce fait ailleurs avec détails. Ces tumeurs gommeuses du col avaient donné lieu à une ulcération qui, cependant, à l’époque de la mort de la malade, n’était que peu étendue. En général , ce cas est trop isolé dans la science pour qu’on doive craindre de commettre une erreur de diagnostic de ce genre.

Il est un dernier point sur lequel nous appelons toute l’attention des pathologistes : c’est le diagnostic du cancer utérin pendant la vie , au moyen de l’examen microscopique de parcelles prises sur le col ou même dans la cavité de l’utérus. Que l’on enlève en grattant avec l’ongle ou avec des pinces un fragment d’une tumeur des bords d’un ulcère ou du col intact, ou que l’on enlève par le grattage, au moyen de la curette de M. Récamier, des fragments d’une production douteuse de la cavité du corps , le microscope sera toujours à même de décider si l’on a affaire à une affection cancéreuse, à un cancroïde épidermoïdal, ou à de simples productions polypeuses de la muqueuse du col ou du corps. Dans le premier cas, on reconnaîtra 1 existence des cellules cancéreuses , et dans les autres , celle de papilles et d un épithélium pavimenteux ou cylindrique. Nous ne donnons pas là un conseil seulement théorique, mais nous avons pu nous convaincre , dans un certain nombre de cas, de l’utilité de cette méthode. C’est ainsi que nous avons vu que des portions de tissu enlevées sur des végétations du col dans un cas , et de tumeurs plus profondes de l’utérus dans deux autres , étaient de nature encépha-

loïde. Dans 3 cas, des granulations enlevées par le grattage sur la muqueuse interne de l’utérus, ont été évidemment des arrachements partiels de la muqueuse , dans lesquels les glandes utriculaires pouvaient fort bien être reconnues. Il en était de même dans un septième cas, ou plusieurs tumeurs avaient été enlevées à la surface du col. Les récidives engagèrent à pratiquer l’amputation , et l’examen de la pièce démontra qu’il n’y avait absolument que la muqueuse de malade : elle était le siège de productions papillaires polypeuses à tous les degrés de développement.

Les tumeurs fibreuses doivent enfin nous occuper ici encore un moment. Les pertes nombreuses et répétées en dehors des époques menstruelles, l’état anémique qui en résulte souvent, pourraient facilement induire en erreur, si le toucher et le palper ne venaient pas en aide pour éclairer le diagnostic. Ces tumeurs , plus fréquemment situées dans le fond de l’organe que dans le col , peuvent être reconnues par le toucher rectal ou par le palper hypogastrique, lorsque les tumeurs siègent à la surface du corps. Lorsqu’elles ont pénétré dans la cavité du corps, le col est ordinairement béant , et l’on peut constater par le toucher l'existence d’une tumeur au-dessus de son niveau, en même temps qu’on acquiert la conviction que le col lui-même est intact et exempt d'engorgement ou d’ulcération. L’état général, malgré l'anémie, ne subit du reste pas de profonde atteinte, lorsqu’il n’y a que des tumeurs fibreuses dans l’utérus. De plus , les troubles concomitants des voies digestives et du système nerveux existent à un bien plus faible degré.

F. Pronostic.

Nous avons fait justice, plus haut, des allégations d’après lesquelles le cancer de l’utérus devait être guérissable lorsqu’on s’y prenait à temps et lorsqu’on empêchait l’engorgement inflammatoire de dégénérer, comme disaient les hommes qui défendaient ces doctrines. Rien déplus arbitraire et de plus opposé à l’observation de tous les jours que ces assertions. Le cancer de l’utérus est, dans l’état actuel delà science, une des maladies incurables qui laissent le moins d'espoir au médecin. On sait que des tubercules pulmonaires même peuvent se sécher et devenir crétacés, que des excavations peuvent se cicatriser , mais il n’existe pas d’exemple authentique qu un véritable cancer de l’utérus ait jamais été guéri. Si I on parcourt d abord 1 histoire des opérations pratiquées sur cet organe, on trouve la confirmation de ce que nous venons de dire pour toutes

celles où les malades ont été suivies pendant assez longtemps. Les cas où on n’a noté que les suites immédiates d’une opération ne peuvent pas entrer en ligne de compte. H y a enfin des relevés dont nous parlerons plus tard , qui sont établis avec une si insigne mauvaise foi , qu’on ne saurait assez sévèrement flétrir la mémoire des hommes qui, pour satisfaire leur cupide vanité , n’ont pas craint de répandre les plus graves erreurs. Il est quelques faits cependant dans la science qui prouvent que l’ulcère cancéreux de l’utérus peut se cicatriser. Rokitansky , dont nous aimons à invoquer l’autorité , dit avoir observé des ulcères du col de l’utérus , complètement cicatrisés, et avoir rencontré alors une cicatrice profonde et infundibuliforme. Malheureusement, il ne cite pas les détails des phénomènes cliniques , et l’on pourrait objecter qu’il ne s’est agi que d’ulcères rongeants non cancéreux.

M. Kiwisch nous a parlé dernièrement d’un cas d’amputation du col de l’utérus cancéreux , faite à Vienne en 1846 , et à la suite de laquelle aucune récidive n’a eu lieu , quoique l’examen anatomique et microscopique ait mis hors de doute la nature cancéreuse de la portion enlevée. Cependant on peut se demander s’il ne s’y est point agi d’un cancroïde papillaire.

Le pronostic doit donc généralement se borner à juger, sinon l’issue finale de la maladie , du moins les chances d’une marche plus ou moins prolongée et les éléments qui peuvent hâter ou éloigner la fin. Les remarques statistiques qne nous avons communiquées plus haut sur le maximum , le minimum et la moyenne de la durée , doivent être présentes à l’esprit du praticien , lorsqu’il s’agit de juger la durée probable. La cause finale de la mort , sans compter les affections aiguës des derniers jours , est évidemment un profond épuisement de toutes les forces vitales ; le système nerveux est épuisé par les douleurs et les souffrances ; le sang est appauvri par les pertes, sa qualité est détériorée par le principe du cancer lui-même ; un foyer de sécrétion purulente , sanieuse , du mélange même des diverses excrétions lorsqu’il y a cloaque , ajoute encore l’infection putride aux autres éléments délétères. Des dépôts cancéreux, enfin, s opérant dans divers organes , altèrent un nombre de plus en plus grand de fonctions organiques.

Ceci posé, on comprend que la marche doive être plus lente lorsque les pertes sanguines sont peu considérables , plus éloignées , et ne surviennent pas dès le début de la maladie. Lorsque les douleurs sont peu vives et peu continues, le repos et le sommeil donnent à

l’organisme quelques forces pour la lutte. Lorsque l'état des organes digestifs , qui se détériorent si souvent dans le courant de la maladie, reste ou intègre ou n’est que peu altéré , une alimentation sagement combinée met la malade à l’abri d’une destruction rapide. Lorsque l’ulcère ne s’étend que lentement et se borne au col , sans envahir le plancher vésical, sans s'étendre à la cloison rectovaginale, et que ses sécrétions n’exhalent pas l’odeur fétide du putrilage , on peut encore espérer une marche lente.

Nous avons vu qu’une pneumonie, une péritonite aiguë, une affection couenneuse de la bouche appartenaient aux phénomènes ultimes. Il en est de même d’un extrême affaissement et d’une profonde altération des traits.

Malheureusement, dans l'état actuel de la science, les affections cancroïdes de l’utérus comportent le même pronostic fâcheux que le vrai carcinome , mais en sera-t-il toujours ainsi? Ne pouvonsnous pas espérer qu’il en sera autrement, lorsqu’on aura pris l’habitude de soumettre à une analyse microscopique bien faite toutes les parcelles des tumeurs du col , dès qu’il y aura possibilité d’en avoir? Nous savons, par toutes nos recherches, que le cancroïde est une maladie plus strictement localisée, qui, cependant, peut se propager aux glandes lymphatiques voisines , et lorsqu’on aura reconnu de bonne heure qu’un ulcère est simplement rongeant , qu’une tumeur est composée essentiellement de papilles et d’épithélium, on sera assurément autorisé à agir bien plus hardiment , à se laisser même bien moins rebuter par les récidives que lorsqu’on agit avec la certitude que tout secours local n'est pas capable d’atteindre la cause générale de la maladie, comme c’est le cas dans le vrai cancer.

§ III. Truitemcut des affections cancéreuses et cancroïdes de l’utérus.

Ce que nous avons dit sur le pronostic de la maladie montre que nous ajoutons peu de foi aux prétendus spécifiques vantés pour prévenir ou pour guérir la maladie, ce qui ne nous empêchera pas de passer les principaux d’entre eux en revue, pour que des praticiens qui auraient plus de confiance que nous puissent les soumettre à une nouvelle expérimentation. Du reste, si le doute est permis en science, la négation, lorsqu’elle n’est pas bien solidement fondée, a des conséquences plus fâcheuses encore que des assertions trop crédules, car celles-ci permettent au moins d’agir, tandis que la négation , mal fopdée , ôte prématurément toute espérance.

Partant de l’opinion qu’une inflammation chronique du col était le point de départ le plus fréquent du squirrhe, qu'à son tour, celui-ci, primitivement dur et circonscrit, ne se transformait qu’au bout d’un certain temps, par son extension et son ramollissement, en véritable cancer, on a posé en principe qu’il fallait empêcher l’inflammation de dégénérer et le squirrhe de devenir cancer. Mais, malheureusement, le squirrhe est toujours d’emblée un cancer, et par bonheur, l’inflammation ne dégénère jamais.

Le traitement préventif n’est donc qu’une chimère.

Le traitement prophylactique n’étant pas admissible, deux questions se présentent tout naturellement à l’esprit. L’une, s’il existe quelque moyen pour guérir la maladie en elle-même ; l’autre , si le médecin appelé au début de la maladie peut en ralentir la marche. Nous croyons que le traitement symptomatique bien ordonné peut rendre d’éminents services, en soulageant et en palliant les accidents les plus sérieux. Quant aux spécifiques, voici ceux auxquels on a accordé le plus de confiance.

Les spécifiques ont été choisis dans le règne végétal et dans le règne minéral ; selon les doctrines dominantes des diverses époques et des diverses écoles , on a cru voir tour à tour des spécifiques pour la maladie qui nous occupe , dans les résolutifs , les dérivatifs et les antiphlogistiques.

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