‹ Traité pratique des maladies cancéreusesChapitre 34 sur 77 · IV. Traitement symptomatique · texte numérisé non relu

IV. Traitement symptomatique

1 Nous avons vu, en analysant les divers moyens proposés, comien peu le traitement curatif avait de prise sur la maladie en elleîême. Nous avons également indiqué le parti qu’on pouvait en tirer ans le traitement des symptômes ; aussi pourrons-nous passer plus ipidement sur cette dernière partie de ce travail.

1° Hémorrhagies utérines. On prescrira à l’intérieur les astringents et les acides minéraux ; parmi les premiers, ce sont surtout le

Myi r.ANCEIt DES OltOANES DE f.A (ÎÉNÉKATK)N .

tannin , l’extrait Je ratanhia ou de monésia à la dose de 50 centi grammes à 2 grammes et au delà, par jour, ou en pilules de 10 cen- j tigrammes , ou dans un véhicule liquide que l’on mettra en usage en premier lieu. Si ces moyens échouent, on aura recours au seigle ergoté ou à l'alun : le premier en poudre , de 25 à 30 centigrammes pris toutes les deux heures ; le second à la dose de 4 à 8 grammes par jour dans un demi-litre d’eau édulcorée avec 30 à 60 grammes de sirop de monésia. Si ces moyens encore échouaient, on aurait recours aux acides minéraux, parmi lesquels la meilleure prépara- j tiori hémostatique est , sans contredit , l’eau de Rabel , prise à la dose de 6 à 12 grammes dans un demi-litre de liquide réparti sur les j vingt-quatre heures , ou sur un temps plus prolongé dans les hémorrhagies moins graves. Il est bon d’associer aux astringents quelque préparation opiacée, telle que le sirop diacode, l’extrait gommeux d’opium ou la teinture thébaïque. Les médecins allemands ajoutent, de plus, dans ces cas , l’eau de cannelle à la dose de 15 à 30 grammes par vingt-quatre heures. Ce traitement interne convient dans la forme la plus fréquente des hémorrhagies utérines , où les malades affaiblies par l’affection cancéreuse se trouvent dans de mauvaises conditions générales. La saignée du bras doit être réservée pour les femmes pléthoriques qui ont conservé un certain degré de vigueur, et chez lesquelles les pertes sont accompagnées d’un orgasme vasculaire général. On donnera à ces malades , pendant les pertes , des; boissons acidulées , limonade ou orangeade à la glace , et même la, glace à l’intérieur, par petits morceaux avalés toutes les dix à quinzei minutes dans les pertes graves. Tous ces moyens intérieurs doivent naturellement être modifiés selon la période de la maladie et, surtout selon l’état des organes digestifs. On aura soin de recommander la position horizontale, le siège élevé par un traversin, etl de ne conseiller le séjour au lit que pendant les heures du sommeil. Parmi les moyens locaux, il n’y en a que quatre qui aient réellement de la valeur. Le premier est l’ application des réfrigérants , de) linges imbibés d’eau glacée ou de la glace renfermée dans un mor-i ceau de vessie, sur l’hypogastre , sur la vulve ou dans le vagin. Le) second moyen est celui proposé par M. Kiwisch , les injections avec) une solution de muriate de fer (8 grammes pour 180 grammes de liquide). Cet auteur conseille de faire ces injections avec une seringue de verre munie d’un long tuyau d’ivoire qu’il faut introduire i le plus profondément possible pour agir directement sur la partie» cancéreuse de l’utérus, injections qui, convenablement faites, aroe-

l'.ANClSR DU 1,’OTIilUlS. 303

nent ordinairement une amélioration très prompte. Si les réfrigérants et le chlorure de fer n arrêtent pas les pertes et que celles-ci menacent les jours de la malade par leur abondance , il faut introj duire le spéculum, absterger le col et cautériser profondément avec le fer rouge la portion qui fournit le sang. Le tamponnement , enfin,

, ?st une dernière ressource pour les cas où la cautérisation ne peut I loint être pratiquée et lorsque la glace et les injections astringentes mt échoué.

2" écoulement vaginal réclame l’emploi des diverses injections analysées plus haut, aussi renvoyons-nous à cet article. Nous réoéterons seulement en deux mots, qu’un écoulement abondant et

Iion fétide réclame des soins de propreté, des bains salés tièdes, les injections astringentes avec une solution d’acétate de plomb, de >ulfate ou-de muriate de fer, d’alun , de tannin , etc. On donnera en même temps le tannin et les ferrugineux à l’intérieur. L’écoulement est-il accompagné de douleurs vives , on associera les narcotiques lux astringents , et l’on y ajoutera enfin les diverses substances lésinfectantes dès le moment que l’écoulement commence à être ’étide.

3° Les troubles des organes digestifs doivent réclamer toute la sollicitude du praticien , vu leur fréquence et leur gravité, par rap- Dort à la. marche de la maladie.

Dès qu’on s’aperçoit de ce côté du moindre dérangement , il faut h égler avec un soin tout spécial tout ce qui a rapport au régime , en .1 vitant toutefois de mettre les malades à une diète trop débilitante, a le n’est que tout à fait vers la fin qu’il faut y avoir recours, lors- ■ u’ elles ne supportent plus qu’un peu de bouillon ou des potages lé- : ers ; il est cependant bon de toujours essayer si des aliments solides, I Lis que des viandes rôties, en petite quantité, sont supportés, et i. an sait que dans toute espèce de dérangement des fonctions diges- - ves les aliments solides sont souvent mieux supportés que les li- ! uides. Tant qu’il n’y a qu’une digestion un peu lente et laborieuse, a peut la stimuler en faisant couper le vin que les malades boivent i jx repas par une eau ferrugineuse, telle que l’eau de Bussang ou j 3 Spa. L’usage des alcalins est également un des moyens qui facitent le plus la digestion. L’eau de Vichy, prise aux repas et alternée i e temps en temps avec l’eau de Bussang, pourra, dans ces cas, :ndre de bons services. On sait qu’ordinairement le moment où les •oubles digestifs sont les plus pénibles se trouve deux à quatre I eures après l’ingestion des aliments. C’est à ce moment qu’on peut

lour faire prendre 2 ù4 grammes de bicarbonate de soude dans un

verre d’eau sucrée ou dans une infusion légèrement aromatique.

Lorsque plus tard, les nausées et les vomissements surviennent, il faut diminuer, avant tout, la quantité des aliments. On continue à faciliter leur digestion parles alcalins, et l’on prescrira en outre des boissons gazeuses , telles que l’eau de Seltz factice ou une solution de bicarbonate de soude dans de l’eau sucrée, avec addition de jus de citron, au moment même où on la boit : un quart de cuillerée à café de bicarbonate de soude, sera dissous chaque fois dans un verre d’eau sucrée auquel on ajoutera deux à trois cuillerées à café de jus de citron. La glace pilée, dont la malade prendra tous les quarts d’heure ou toutes les demi-heures la valeur d’une cuillerée à café, réussit souvent après que tous les autres moyens ont échoué. Quant à l’application de sangsues à l’épigastre, il faut en être sobre, et les réserver pour les cas où des douleurs très vives , spontanées ou à la pression , tourmenteront les malades , ce qui n’a que rarement lieu. Nous donnons la préférence aux révulsifs, tels que l’application d’un vésicatoire de 10 à 12 centimètres de largeur sur la région épigastrique. La potion de Rivière peut également rendre des services dans le mal en question. Quant aux aromatiques et aux stimulants en général , nous en rejetons l’usage à cette époque de la gastrite cachectique.

La diarrhée , qui survient surtout pendant les derniers mois , réclame avant tout un régime de viande, de farineux, de bons potages, de vin de Bordeaux en petite quantité, si l’estomac, à cette époque, supporte encore une nourriture tonique. Les légumes et les fruits doivent être évités. On donnera de plus des quarts de lavement avec une décoction de têtes de pavots et de graine de lin et addition de 8 à 10 gouttes de laudanum de Sydenham. On fera prendre à ces malades la décoction blanche ou une infusion de simaruba ; on aura enfin recours aux astringents tels que le inonésia ou le tannin associés aux opiacés. Un mélange que nous recommandons en pareille circonstance est celui de tannin et de diascordium , 1 partie de tannin sur 4 parties de diascordium ; 011 ajoute la poudre de j racine de guimauve pour en faire des pilules de 25 centigrammes , ; | dont on fait prendre successivement trois fois par jour une à deux , aux malades. Il est plus rare que l’on ait la constipation à combattre. . Lorsqu’elle existe, on donnera des lavements émollients ou légère- , ment laxatifs en y ajoutant 30 à 60 grammes de gros miel ou de ; temps en temps une pilule de 3 à 5 centigrammes d’aloès avec h

CANCER DE l/UTÉRUS. 305

10 centigrammes de rhubarbe. Comme, en thèse générale, la diarrhée est plus fréquente dans cette maladie et tend même souvent à survenir après une constipation prolongée , il taut toujours être sur ses gardes dans l’emploi des purgatifs.

4° Les douleurs , si tenaces et si variées dans le cancer utérin, réclament, pendant toute la durée de la maladie, les soins du médecin ; aussi est-il bon de pouvoir les combattre avec un certain choix Je moyens, car on sait que rien ne s’use vite comme l’action des narcotiques , lorsqu’il existe une cause permanente de douleurs. L’opium est, avant tout, le moj^en indispensable ; il vaut bien mieux réserver son emploi pour la nuit et en prescrire une bonne dose lieux ou trois heures avant le moment où l’on désire qu’il agisse. On donnera 8 à 10 gouttes de laudanum dans de l’eau sucrée ou une ulule de 3 à 5 centigrammes d’extrait gommeux d’opium , ou 2 à 3 centigrammes d’hydrochlorate de morphine en poudre ou en solution , ou 1/4 de lavement sédatif d’une décoction de tête de pavot, ivee addition de 10 gouttes de laudanum. On augmente les doses à nesure que les malades s’y habituent. Pour calmer les douleurs dans a journée, il vaut mieux se servir de calmants qui ne narcotisent )as,tels que l’eau de laurier-cerise, la belladone, le stramonium. On ïommencera aussi ces extraits sédatifs à petites doses, en augmentant successivement tant que les malades n’en sont pas incommodées, -/éther sulfurique est parfois utile pour calmer le système nerveux n général. Nous mentionnerons enfin un sédatif recommandé par Dewees , qui dit que l’huile de térébenthine à la dose de 20 gouttes ni a réussi quelquefois à procurer du sommeil aux malades , après ue l’opium avait échoué. Quant au traitement externe des douleurs, lies cèdent quelquefois, au commencement , aux antiphlogistiques, oit à une application de sangsues au col , soit a une saignée du ' ras. Nous ne reviendrons pas sur les injections narcotiques et le 1 ansement de l’ulcère cancéreux avec ces substances, dont nous avons arlé longuement plus haut. Il est enfin un moyen que nous recomtandons à toute l’attention des praticiens , c’est l’application locale a chlorolorme sur les divers points douloureux , à l’hypogastre , au rs des reins, sur les cuisses, etc. Le mode d’emploi est bien simple: r imbibe du coton de chloroforme , à la dose de 20 à 30 gouttes et î delà, on le pose sur la région douloureuse, et, pour concentrer son îtion, on applique un verre à boire par-dessus. Ce moyen produit une ritation érythémateuse légère et passagère de la peau, mais qui ne fiten rien à l’action anesthésique. D’aprèsles recherches de M. Aran,

3üG CANCEK DES ORGANES DE LA GÉNÉRATION,

la liqueur des Hollandais serait encore préférable au chloroforme j pour cette application locale. Des bains tièdes calment quelquefois très bien les malaises et les douleurs. Il y a enfin une dernière ma- ! nière d'employer les calmants qui nous a quelquefois fort bien réussi, c’est de faire faire des suppositoires de beurre de cacao , auxquels on incorpore 3 centigrammes d’un sel de morphine , et que l'on fait introduire le soir dans le rectum, moyen dont l’action calmante est à la fois locale et générale.

5° h’ accouchement d’une femme atteinte de cancer utérin mérite enfin une attention toute spéciale. Tous les accoucheurs savent combien la vie de la mère et de l’enfant est compromise dans ces circonstances , lorsqu’on veut abandonner l’expulsion du fœtus aux seuls efforts de la nature. Aussi , dès qu’on se sera assuré qu’une induration squirrheuse du col s’oppose à sa dilatation , au lieu de laisser la pauvre femme s’épuiser en efforts inutiles, on pratiquera le débridement multiple de l’obstacle avec un bistouri boutonné conduit sur le doigt indicateur de la main gauche. Si une tumeur fongueuse du col bouche pour ainsi dire le passage , il faut en faire l'excision, à titre palliatif, et enlever toutes les portions qui gênent le travail.

Les secours chirurgicaux, dans des cas pareils, peuvent sauver le fœtus sans faire le moindre mal à la mère, pourvu qu’on y mette les ménagements nécessaires, et qu’on se garde de pratiquer inutilement des incisions ou des ablations trop étendues.

RÉSUMÉ

1° Le cancer de l’utérus est bien plus fréquent que le cancroïde, dans lu proportion de 15 à 2. Le corps des femmes qui succombent à cette affection est pâle , anémique , très amaigri ; les membres inférieurs sont infiltrés, dans près d’un tiers des cas ; le tissu muscu- . laire est plus facile à rompre , les os plus minces et plus fragiles. 1

2" Le dépôt local du cancer dans le col utérin offre tous les degrés possibles entre le squirrhe et l’encéphaloïde , l’un et l’autre infiltrés dans une trame dure et filamenteuse pour le premier, plus homogène et plus molle pour le second. L’encéphaloïde végétant du col constitue des champignons mous et jaunâtres , d’une teinte presque violacée dans la forme hématode. On observe , mais dans des cas très rares, le cancer colloïde dans l’utérus.

3° Le cancroïde s’y montre sous trois formes : sous la forme d’ul-

cère rongeant, à base calleuse, niais non cancéreuse ; celle de tumeurs épidermiques, végétantes, à structure mamillaire, composées de feuillets épithéliaux, et celle enfin d’ulcères épidermiques, qui, .outre des surfaces plus étendues, peuvent occuper des follicules du col très élargis.

4° Le siège du cancer de l’utérus est si constamment dans le col, que sur 45 cas nous ne l’avons constaté que 2 fois primitivement lans le corps ; ce n’est que secondairement qu’il peut s’étendre à ;outes les parties de cet organe.

5° Nous avons vu, dans 1/7C des cas, le cancer du col conduire à a terminaison fatale, sans qu’il fût survenu d’ulcération ; la durée moyenne n’a pas été autre, dans ces circonstances, que dans celles ni la phase ulcéreuse a signalé la seconde période de la maladie; ' sur 38 cas d’ulcères profonds , 33 étaient manifestement cancéreux >t 5 c.ancroïdes; chez 5 malades, l’extension de l’ulcère avait donné ieu à la formation de cloaques.

6° Des tumeurs saillantes ont existé, dans les 2/508 des cas , au îombre de 18, dont 6 sans ulcération. Ces tumeurs avaient leur ;iége à toute la surface du col , ou sur les bords de l’ulcère ou à 1a. surface de l’utérus , ou enfin dans le fond de la cavité de l’organe.

7° Le vrai cancer, dur ou mou, blanc grisâtre, jaune rosé, ou d’un •ouge plus vif, était toujours infiltré de suc cancéreux, excepté dans e cas de colloïde, tandis que les tumeurs épidermiques en étaient i lépourvues et montraient une structure grumeleuse et feuilletée ; et au ieu de troubler l’eau d’une manière uniforme, ces feuillets s’y dé- . lyaient sous forme de lamelles minces et circonscrites.

8° Le microscope montrait dans le cancer ses cellules caractérisiques , de plus des éléments fibro-pl astiques , de la graisse , des ranules et des globules mélaniques; tandis qu’on reconnaissait dis- | linctement les papilles et l’épithélium dans le cancroïde épidermique, ?s ulcères montrant un détritus de ces divers éléments mêlés de lobules altérés de sang et de pus.

9° Le corpsde l’utérus était considérablement augmenté de volume : ans 1 /6e des cas, nous l’avons vu atteindre de 12 à 15 centimètres e hauteur sur 10 à 12 de largeur et 6 à 8 d’épaisseur. Nous fai- Dns abstraction ici de plusieurs cas dans lesquels le volume augmenté du col était dû au développement de tumeurs fibreuses. Le ssu de l’utérus était généralement mou et friable, la cavité élargie implie d’un muco-pus sanieuxet mêlé de sang.

Nous avons observé 2 fois des abcès multiples qui , dans un des

308 GANGE lt DES ORGANES DK GA OÉNÉHATION.

faits analysés, renfermaient de nombreux entozoaires du genre Jilaria.

10° L’utérus cancéreux contracte de bonne heure des adhérences avec toutes les parties qui l’entourent, et celles-ci facilitent l’extension des ulcères qui se transforment en cloaques. Le péritoine adhérent se crispe et se ratatine plutôt, mais ne devient guère le siège d’une perforation. La coexistence de tumeurs fibreuses avec le cancer utérin a été notée dans les 2/15cs des cas.

11° Le vagin est ordinairement diminué de hauteur, ne gardant en moyenne que celle de 4 à 5 centimètres ; sa muqueuse se ramollit, et le tissu sous-muqueux s’épaissit notablement, malgré la fréquence des dépôts cancéreux dans ce conduit, dépôts observés dans 1/3 des cas. Nous avons cependant constaté plusieurs fois la nature simplement hypertrophique de ces indurations, même étendues. Il faut, de plus, distinguer de l’infiltration, ou des tumeurs cancéreuses du vagin, une forme particulière de petites éminences papilliformes qui ne sont constituées que par une hypertrophie papillaire d’une partie de la muqueuse vaginale et surtout du voisinage du col.

12° La muqueuse vaginale est ordinairement d’un rouge foncé, offrant au fond un aspect plus ou moins putrilagineux. Des ulcères non cancéreux s’y montrent tantôt sous forme diffuse, tantôt comme de petites ulcérations isolées. Une fois , nous avons observé des fausses membranes à sa surface. Nous notons enfin l’existence de fistules borgnes et incomplètes du côté des organes voisins.

13° La vessie était cancéreuse dans les 2/15cs des cas. L’infiltration carcinomateuse siégeait surtout dans le tissu sous-muqueux sous forme de tumeurs discrètes ou de tumeurs confluentes qui donnaient alors à la muqueuse un aspect mamelonné; nous n’avons pas rencontré dans ces circonstances les champignons cancéreux que l’on observe dans les cancers primitifs de l’organe.

14° La vessie était enflammée chez 1/4 des malades , rouge , injectée, ramollie, dépourvue ordinairement de son épithélium; une fois il existait des collections purulentes dans le tissu sous-muqueux; 3 fois , la couche musculaire était épaissie.

15° Les ovaires étaient généralement petits et ratatinés, nous y avons trouvé 3 fois des kystes , 2 fois des abcès et 2 fois seulement des cancers secondaires ; les reins ne participaient qu’une seule fois au cancer. Chez 4 sujets, ils étaient très congestionnés; chez 1/4 des individus, les uretères étaient très notablement dilatés , et dans 2 cas une transformation kysteuse énorme du rein en a été la con-

CANCER DE L UTERUS.

i séquence. Un exemple de cette transformation a été présenté à la i -Société de biologie par M. Follin.

16° Les glandes lymphatiques ont participé au cancer dans 1/6® : des cas ; ordinairement c’étaient celles du bassin, plus rarement celles • de la région inguinale qui correspondaient surtout au dépôt cancé- : reux dans le vagin. Nous avons enfin trouvé les glandes mésenté- 1 riques bronchiques et cervicales infiltrées de cancer. Le péritoine n’a I été cancéreux qu’une fois; les lésions que nous y avons constatées i étaient des inflammations adhésives ou purulentes, ces dernières ! quelquefois très étendues , et . de plus , des épanchements d’une i -sérosité citrine ou roussâtre.

17° Le tube digestif, pas une seule fois cancéreux , a été cependant le siège très fréquent de diverses altérations phlegmasiques sei condaires. La bouche a été 5 fois atteinte d’une affection couenneuse «pendant les derniers temps, affection qui ordinairement s’étendait ji au pharynx et une fois au larynx. L’estomac était malade dans la ! moitié des cas; sa muqueuse était ordinairement ramollie, surtout , dans le grand cul-de-sac, quelquefois dans une plus grande étendue. D’autres fois elle offrait un état mamelonné et un léger épaississement. L’intestin grêle offrait , chez les 2/5es des sujets, un ramollissement de la muqueuse accompagné de rougeur ou d’amincissement, j et siégeant ordinairement à sa partie inférieure. Le gros intestin était injecté chez les 4/5" des sujets , dont les 3/4 avec ramollissement et 1/4 avec ulcération. Le rectum était plutôt malade à sa surface externe, à moins qu’il n’existât des cloaques. Des dépôts sancéreux , des foyers purulents , une hypertrophie du tissu cellu- : aire se sont rencontrés plusieurs fois à la surface.

Nous nous sommes gardé de prendre pour des lésions de simples ■ iltérations cadavériques , et l’étude des symptômes a clairement dénontré leur rapport avec les altérations signalées.

18° Le foie était généralement petit, pâle , anémié, légèrement 'ras dans 1 /5e des cas, et 2 fois d’un manière prononcée, en ! nême temps qu’il existait, de nombreux ulcères dans le côlon ; 2 fois 1 était cancéreux; 2 fois la vésicule du fiel renfermait des calculs I âliaires , présentant , dans 1 cas , une ulcération de sa muqueuse au i ùveau du col.

La rate, ordinairement saine, était 2 fois cancéreuse à sa surface.

19° Les organes respiratoires offraient quelques altérations dans es 2/3 des cas ; ce chiffre se réduit aux 2/5cs, si nous défalquons eux de lésions légères, telles que des adhérences ou des tubercules

de date ancienne. Nous avons noté 2 fois des dépôts cancéreux dans les poumons, 9 fois des pneumonies, 1 fois des abcès métastatiques, 2 fois de l’emphysème pulmonaire, et 7 fois des épanchements pleuraux d’un litre, et au delà, de sérosité rarement trouble et floconneuse.

20° Nous avons constaté en tout 13 fois l’existence de tubercules dans les poumons; sur ce nombre, 5 fois l’affection tuberculeuse était bien manifestement guérie; 5 fois elle était trop peu étendue pour pouvoir entrer en ligne de compte, et 3 fois, enfin , c’est-àdire dans l/15c des cas, elle était récente et étendue : nouvelle preuve que pour Paris la loi d’exclusion entre les tubercules et le cancer n’est pas valable.

21° Le cœur était ordinairement décoloré , pâle et petit. Chez 7 malades , nous avons constaté une oblitération de la veine crurale affectant la forme de la phlébite adhésive des auteurs. Rien de particulier dans les plaques et la rougeur de l’aorte et des artères. Le cerveau était généralement sain. Nous n’avons noté qu’une infiltration sous-arachnoïdienne fréquente. Nous n’avons pas observé nous -même les altérations du plexus sciatique signalées et décrites par M. Broca.

22° Dans toutes nos observations, le cancer de l’utérus a été primitif. Nous signalerons ailleurs l’existence du cancer consécutif de l’utérus, du reste, toujours rare. Dans 1/3 de nos faits , l’infection cancéreuse avait eu lieu en suivant la succession suivante de fréquence dans les divers organes : vagin, vessie, glandes lymphatiques, ovaires, poumons, foie, rate, péritoine, reins. Dans plus de la moitié de ces cas, le cancer était multiple.

23° La santé de nos malades, avant le début, était parfaite chez j les 2/3 , et chez les autres il n’existait aucune affection antérieure j qui eût quelques rapports avec le cancer utérin. Le début, tel que nous l’avons précisé dans nos observations , ne doit pas être bien différent du début réel , et nous n’admettons pas un début latent dans un grand nombre de cas, lorsqu’on examine avec une attention suffisante. Les pertes utérines caractérisaient chez plus des 2/3 le commencement de la maladie : elles survenaient eu dehors des époques, et étaient généralement fortes, tantôt continues d’emblée, i tantôt plus interrompues. Parmi les autres symptômes du début, nous signalons la pesanteur hypogastrique , se faisant sentir au fondement surtout , des douleurs au bas du sacrum (douleurs de reins) , un écoulement vaginal assez abondant alternant avec les pertes,

CANCKIt DK LUTKKfJS. 311

, écoulement qui était souvent de couleur roussâtre et fétide dès le commencement , dans les cas à marche rapide; de plus, des malaises divers dans les parties génitales et dans les membres inférieurs. Nous avons enfin signalé plusieurs fois, comme principaux symptômes initiaux , un écoulement vaginal très abondant accompagné de beaucoup de malaises ou de douleurs vives et variées dans le bassin, les reins et les membres abdominaux , sans pertes sanguines.

24° Le toucher rectal est indispensable pour juger de l’état du corps de l’utérus ; le toucher vaginal fait reconnaître de bonne heure ( un abaissement notable , la matrice se trouvant à 4 ou 5 centimètres de distance de la vulve. Tant que le cancer n’existe qu’à l’état d’infiltration dans le col , on constate sur celui-ci une inégalité à la fois de surface et de consistance , les portions plus dures paraissant surtout plus profondément situées. On reconnaît facilement si des , végétations recouvrent la portion vaginale , ou s’il est le siège d’un I ulcère inégal et anfractueux. Tous ces renseignements sont des plus précieux , indispensables même pour fixer le diagnostic.

25 0 Le spéculum n’est pas d’un grand secours pour le diagnostic. Au début , il fait reconnaître la teinte inégale du col signalée plus haut. Il a l’avantage, en faisant constater plus tôt l’absence d'un ulcère simple , de faire rapporter à leur véritable cause les accidents I utérins; par la suite, son usage est indispensable pour porter divers j moyens thérapeutiques sur l’organe malade. Le palper abdominal ne . donne des renseignements que dans 1/6" des cas à peu près, lorsque des tumeurs existent à l’hypogastre ou dans les aines, ou lorsque, dans des cas rares, un des reins a été transformé en un vaste kyste.

25° Sur 44 cas dans lesquels tout ce qui a rapport aux hémorrhagies utérines a été noté avec détail , nous avons noté 5 fois l’absence des pertes, 7 fois elles n’existaient qu’à un léger degré, et 32 fois elles étaient copieuses. En réunissant les deux dernières ca- I tégories , nous les trouvons 19 fois avec le caractère plus ou moins continu , et 20 lois intermittentes , ne durant que quelques jours et laissant entre elles un laps de temps qui varie entre quelques semaines et plusieurs mois. Elles paraissent le plus souvent sans prodromes et sans causes bien appréciables. Le sang sort par caillots ou par suintement; les pertes existent avant l’ulcération du col ; on les voit se produire aussi dans les cas , rares il est vrai, où la maladie parcourt ses phases sans que le col présente une solution de conti- | nuité.

27° Les pertes blanches sont ou jaunes et épaisses ou roussâtre* ,

quelquefois très séreuses et abondantes , mêlées parfois de détritus cancéreux ; l’odeur fétide n’existe que dans près de la moitié des cas : plus rare au début, elle ne survient qu’au bout de quatre ou six mois de durée, et quelquefois plus tard.

28° Des douleurs très variées se montrent dans l’immense majorité des cas ; ce n’est que dans 1/7C de nos observations que nous les avons vues manquer ou peu considérables ; 8 fois nous les avons vues survenir dès le début ; dans les autres cas, vers la fin de la première période, entre le tiers et la moitié de la durée totale ; chez quelques malades, elles allaient en augmentant vers la fin et les privaient de tout sommeil. Le caractère lancinant n’a été constaté que dans l/5edes cas; quelques malades éprouvaient des coliques utérines; mais chez la plupart, leur nature était difficile à déterminer, offrant plutôt le caractère de douleurs névralgiques vagues. Quant à leur siège, nous l’avons observé le plus souvent à l’hypogastre, au bas du sacrum , aux lombes , aux cuisses , aux aines , dans les flancs , dans l’intérieur des parties génitales et sur le trajet des membres inférieurs , le plus souvent sur plusieurs des régions indiquées à la fois.

29° L’état de l’abdomen était rarement tout à fait normal ; tantôt on y constatait des tumeurs dans la proportion indiquée plus haut, tantôt il y avait simplement de la rénitence et de l’endolorissement dans toute sa portion sous-ombilicale , tantôt enfin un léger météorisme. Quant aux épanchements, souvent constatés à l’autopsie , ils n’étaient pas assez considérables pour donner lieu à de la fluctuation.

30° Chez près de la moitié de nos malades , l’émission des urines a éprouvé des changements notables pendant la seconde période. Douloureuse et difficile chez quelques unes, elle a été le plus souvent fréquente, accompagnée parfois de ténesme vésical ; 5 fois les urines ont été rendues involontairement vers la fin , époque à laquelle elles étaient généralement troubles et floconneuses.

31° Les troubles des organes digestifs n’ont manqué qu’exceptionnellement et survenaient ordinairement après cinq à six mois de durée, quelquefois beaucoup plus tard. La succession des sj'mptômes de cet ordre est la suivante : D’abord diminution de l’appétit, allant par la suite jusqu'à l'anorexie complète; puis la digestion devient difficile et laborieuse , en même temps la langue devient sale et villeuse à son centre ; puis surviennent des nausées et par la suite des vomissements qui ont existé chez près de la moitié des malades; et ce n’est que plus tard que la diarrhée, généralement peu abon-

iantc, survient dans une proportion plus forte encore que les nausées et les vomissements. L’affection couenneuse delà bouche et du pharynx ne se montre que pendant les derniers jours de la vie. La aesanteur au fondement dépend de la pression du col utérin ; elle a existé chez plus de la moitié , et 7 fois dès le début.

32° Les symptômes occasionnés par les cloaques n’ont pas besoin l’analyse ; les affections des voies respiratoires qui surviennent pen- !ant les derniers jours se reconnaissent plutôt par l’auscultation et ■a percussion que par les symptômes subjectifs, peu en rapport dans ;es circonstances avec l’étendue des lésions.

33° La lièvre est généralement peu en rapport avec la gravité de a maladie ; elle manque dans la moitié des cas , et chez l’autre moitié elle ne survient que pendant le dernier tiers ou le quart de la durée totale. Le pouls montre rarement au delà de 90 pulsations par ninute ; 7 fois seulement nous l’avons vu dépasser 96 ; il était généralement petit, faible, facile à comprimer. Vers la fin , ces maades deviennent très impressionnables au froid , indépendamment les mouvements fébriles auxquels elles sont sujettes. La soif est orlinairement en rapport avec la fièvre.

34° L’état général de la santé s’altère de bonne heure ; les maades pâlissent et prennent de plus en plus un teint anémique ou aune-paille ; la maigreur va toujours en croissant ; ce n’est que vers a fin que les traits s’altèrent profondément. La plupart de nos malades n’ont été alitées que pendant les derniers six à huit mois 5 juelques unes peu après le début; d’autres vers la fin seulement. Les symptômes hydropiques, oedème d’un ou des deux membres inférieurs , appartiennent également au dernier temps et surviennent l hez 1/3 des malades environ. Il est plus rare d’observer une anaarque plus générale.

35° Le moral est affecté ; ces pauvres femmes deviennent tristes p-t très irritables , agitées malgré l’affaissement croissant, privées le sommeil malgré la lassitude de plus en plus grande. Aux doueurs mentionnées plus haut se joint quelquefois une céphalalgie rontale ou sus-orbitaire. L’agonie est courte et peu pénible ; les naïades conservent généralement leur connaissance jusqu’à la fin , 4 l’on observe rarement du délire pendant les derniers jours.

36° La durée du cancer utérin peut varier entre deux ou trois nois et plusieurs années; elle est plus souvent d’un à deux ans qu’au - - lessous d’un an. La durée moyenne de 39 cas, dans lesquels le dé- >ut a été déterminé avec soin, a été de seize mois et une fraction.

37° Nos études sur l’étiologie du cancer utérin nous ont généralement fourni des renseignements négatifs. Nos relevés sur l’âge donnent une absence complète avant 25 ans, 1/5' des cas de 25 et 35 , la moitié entre 35 et 50 , et les 2/5es entre 50 et 70. L’âge moyen a été de 44,12. D’après nos relevés , nous rejetons, comme cause générale , les couches nombreuses et très rapprochées. L’hérédité existe, mais elle n’est pas la règle générale. Nous n’avons pas été à même de déterminer l’influence des professions. Celle de l’état antérieur de la menstruation , et même de l’âge critique , nous paraît douteuse ; il en est de même de celle de la syphilis , des scrofules et des affections antérieures de l’utérus. 11 n’existe point d’observation dans la science qui en prouve l’influence directe ou ( [ui nous montre, d’une manière concluante, le passage d’une affection phlegmasique ou ulcéreuse simple du col utérin à un état cancéreux.

38° Le pronostic du carcinome de la matrice est tout à fait fâcheux, et il n’existe pas de fait authentique de guérison d’un vrai cancer de cet organe. La connaissance approfondie de la symptomatologie peut seule imprimer au pronostic quelques modifications par rapport à la marche et à la durée probables. Le degré d’intensité des pertes, des douleurs et des troubles des organes digestifs, ainsi que l’appréciation de l’état local, doivent surtout guider dans ces circonstances.

39° Le traitement de cette affection n’offre, d’après tout ce que nous venons de dire, point de chance de guérison radicale, mais le praticien habile et expérimenté peut rendre de grands services à ces malheureuses femmes et leur donner des secours palliatifs vraiment précieux. Quant aux prétendus spécifiques anticancéreux pris dans les règnes végétal ou minéral , ou dans les diverses méthodes curatives, nous ne leur accordons pas de valeur curative, mais on peut tirer un bon parti de l’emploi de plusieurs d’entre eux. C’est ainsi que la ciguë bien préparée peut calmer une partie des souffrances. Les préparations iodurées nous paraissent rationnelles comme capables de lutter contre la réaction phlegmasique des dépôts locaux sur les parties ambiantes. Le fer, peu utile dans la première période, n’est pas sans avantage à l’époque où l’anémie est prononcée et la débilitation profonde. Nous préférons ses préparations astringentes, telles que le sulfate de fer ou le perchlorure de fer. La teinture de Bestuchef est une préparation recommandable dans ces circonstances. L’emploi des purgatifs, préconisé par quelques auteurs, nous parait

CANCER DE L UTÉRUS, i nuisible à cause de la disposition prononcée à l’altération du tube i digestif. Les antiphlogistiques, sagement maniés, la saignée du bras ou l’application de sangsues au col , peuvent être de quelque utilité au début pour diminuer le mouvement fluxionnaire vers 1 utérus. Une saignée générale arrête quelquefois mieux que tout autre moyen les pertes initiales.

40° L’hygiène de ces malades mérite la plus sérieuse attention et doit avoir pour but de soutenir les forces et de prévenir le dérangement des fonctions digestives. Un régime mixte de végétaux et de i viandes, soigneusement prescrit pour la quantité et la qualité, en lait i la base. Pendant les pertes on diminue la quantité des aliments et l'on donne toutes les boissons refroidies ou à la glace. Lorsque les ■symptômes d’une affection gastrique sont survenus , on est lorcé aussi de diminuer la quantité des aliments; un peu d’exercice, des promenades, des distractions doivent être continuées aussi longtemps que possible, et il faut se garder de condamner ces femmes à un repos trop précoce et trop absolu. Des bains de propreté, des injections journalières, faites avec de l’eau fraîche faiblement aromatisée, entrent également dans l’hygiène. Il faut interdire de bonne heure les approches sexuelles.

41° Les injections, si généralement employées dans cette maladie, peuvent être adaptées à toutes les conditions spéciales ; les plus usitées sont celles préparées avec des narcotiques, tels que la décoction de ciguë, de morelle, de pavot|, de belladone avec addition de diverses préparations opiacées ou d’eau de laurier-cerise. Une • éponge fine, roulée en cylindre, imbibée de ces liquides, et par-dessus laquelle on pousse, après son application, une nouvelle injection, est ; préférable à leur mode d’emploi ordinaire, d’une action trop passagère. Des injections réfrigérantes, à la glace, conviennent dans la disposition aux pertes; la solution de muriate de fer est très recommandée dans ces cas par M. Kiwisch. Parmi les astringents que l’on oppose à la leucorrhée et à la sécrétion sanieuse, voici la gradation des moyens que nous employons : l’acétate de plomb, l’alun, le nitrate d’argent, le muriate de fer; tous ces métaux dissous, selon le besoin, dans un véhicule narcotique. Parmi les astringents végétaux nous préférons le tannin à tous les autres. Les principales injections désinfectantes mises en usage sont les solutions de chlorure de chaux ou de soude, l’eau de charbon, l’eau de suie, la solution de créosote, l’acide pyroligneux; nous mentionnons enfin l’acide carbonique, recommandé d’une manière plus ingénieuse que pratique par Dewees.

42° Des bains de siège froids au commencement, et narcotiques plus tard, peuvent calmer les malaises. Nous rejetons les douches ascendantes comme trop excitantes. Le pansement du col avec des narcotiques ou des détersifs ne peut pas être d’un emploi bien général. Utile seulement lorsqu’il existe un ulcère profond, il offre l’inconvénient de nécessiter l’emploi trop répété du spéculum.

43° La cautérisation seule ou aidée de l’excision palliative constitue une précieuse ressource ; elle convient surtout à l’époque de l’ulcération et lorsque des végétations molles bourgeonnent sur le col. Malgré la grande variété des moyens proposés, il n’y en a réellement que trois qui soient nécessaires dans la pratique : c’est la solution de nitrate de mercure, le caustique deVienne solidifié par Filhos, et le fer chauffé à blanc. Chaque fois que les végétations auront une certaine étendue, on les enlèvera préalablement , soit en grattant avec le doigt, soit en les arrachant avec des pinces à polype, à l’exemple de Kiwisch.

44° L’amputation du col ne convient que lorsque le mal est assez circonscrit pour qu’on puisse trancher dans les parties saines, et lorsqu’il n'existe de dépôt cancéreux nulle part ailleurs. On en tirera un jour un meilleur parti dans le cancroïde, qu’on n’a su le faire pour le cancer. Cette opération est, à juste titre, tombée en grand discrédit dans cette maladie, parce qu’on avait étrangement exagéré son utilité. La statistique de Lisfranc a été, on le sait, fortement attaquée parM. Pauly ; malheureusement le maître a plutôt blâmé la manière d’agir de son ancipn élève que réfuté ses assertions. L’extirpation de l’utérus dans le cancer doit être complètement rejetée.

45° Résumons enfin le traitement de quelques uns des principaux symptômes. Les pertes abondantes et continues réclament l’usage interne des astringents , du tannin , du ratanhia , du monésia, du seigle ergoté, de l’alun, de l’eau de Rabel fortement diluée. Lorsque la maladie n’est qu’au début et que l’état général est encore bon, unfe saignée du bras peut être fort utile. On prescrit en même temps des boissons acidulées à la glace ; la position horizontale, le siège étant élevé ; l’emploi local des réfrigérants ; des injections d’une solution de muriate de fer portées sur le tissu du col lui-même ; la cautérisation avec le fer rouge, et comme dernière ressource, le tamponnement.

Le traitement de la leucorrhée réclame l’usage des bains salés et des diverses injections astringentes et désinfectantes mentionnées plus haut.

CANCER DES OVAIRES. 3l7

46° Les troubles des organes digestifs demandent avant tout des modifications du régime. De bonnes viandes rôties sont ordinairement supportées plus longtemps que des légumes ou même la nourriture liquide ; on coupera le vin bu aux repas avec de l’eau de Vichy ou avec une eau ferrugineuse, celle de Bussang ou de Spa. Lorsque les troubles digestifs surviennent, surtout quelques heures après les repas, on fera prendre à ce moment une demi-cuillerée à café de bicarbonate de soude dans un verre d’eau sucrée. Les seuls moyens qui -soulagent contre les nausées et les vomissements sont l’eau de -Seltz et la glace, et quelquefois un large vésicatoire appliqué à l’épigastre. Les stimulants doivent être rejetés en pareille circonstance. !La diarrhée réclame le régime que nous venons d’indiquer et l’emploi des opiacés à l’intérieur ou en lavements, seuls ou combinés avec du tannin.

47° Les douleurs qui tourmentent si cruellement ces malades sont palliées par les narcotiques. Nous préférons l’emploi des opiacés à l’intérieur et en quart de lavement pour le soir et la nuit, pour procurer du sommeil aux malades, tandis que dans le milieu du jour nous employons les calmants moins hypnotiques, tels que l’eau de lauriercerise , l’extrait de belladone, le stramonium. Parmi les calmants, il y en a un sur lequel nous attirons l’attention des praticiens : c’est l’usage de suppositoires de beurre de cacao auxquels on incorpore 2 à 3 centigrammes d’un sel de morphine. L’application locale du chloroforme pourra être tentée pour calmer les douleurs névralgiques. Des bains tièdes, enfin, procurent souvent un calme momentané.

48° Lorsqu’une induration cancéreuse du col oppose un obstacle l’accouchement, il faut débrider par une seule incision ou au moyen lu débridement multiple, et enlever, par l’excision palliative, les fongosités qui pourraient gêner le passage de l’enfant.

SECTION II

Nous passerons beaucoup plus rapidement sur la description du cancer des ovaires que sur celle du carcinome utérin , vu sa rareté oeaucoup plus grande et son importance pratique bien inférieure.

: 2e cancer est facile à confondre avec les transformations kysteuses le cet organe , et la thérapeutique serait même impuissante ou à

dlfl CANCER DES ORfiANES DE LA GÉNÉRATION.

ppn près , si l’on parvenait à un diagnostic aussi sûr pour cette affection que pour le cancer de la matrice.

1° Anatomie pathologique.

Nous avons ici principalement en vue le cancer primitif de l'ovaire, car les dépôts secondaires dans cet organe sont le plus souvent peu considérables , et ne révèlent leur existence qu’à l’autopsie, où on les rencontre, d’ailleurs, dans des circonstances bien diverses. C’est surtout dans le cancer du péritoine que le mal se propage aux ovaires, tandis que c’est rarement le cas dans le carcinome utérin.

On a bien souvent confondu avec le cancer des ovaires les diverses transformations des affections cystoïdes uniques ou multiloculaires des ovaires. C'est ainsi que nous avons vu prendre pour cancéreuse l’hypertrophie molle, végétante et de nature fibro-plastique des parois de ces kystes , tandis que nous avons vu d'un autre côté confondre avec le cancer colloïde les cas pas très rares d’une affection kysteuse commençante où toutes les loges de l’ovaire sont élargies et montrent , tant dans les kystes que dans le tissu cancéreux de l’organe, un liquide épais et gélatiniforme. L’embarras, en pareil cas, peut être grand, même pour l'anatomo-pathologiste consommé; car la coïncidence du véritable cancer et des kystes multiloculaires n’est nullement rare , et l’on peut dire, en thèse générale, que si les kystes se rencontrent fréquemment sans le cancer, le cancer primitif de l’ovaire, au contraire; est souvent compliqué d’un développement kysteux plus ou moins étendu.

Le volume des tumeurs cancéreuses de l’ovaire varie depuis celui d’un œuf de poule ou du poing jusqu’à celui d’une tête d’adulte. Nous l’avons vu dépasser cette étendue tout en constituant une masse solide, quoique généralement l’énorme accroissement de volume soit dû à l’accumulation des liquides dans un des kystes. On observe cette maladie tantôt dans l’un , tantôt dans les deux ovaires , et , dans ce dernier cas, le mal est ordinairement très inégal des deux côtés. Le tissu cancéreux se trouve sous forme d’infiltration générale molle, d'un blanc jaunâtre, ou d’un jaune rosé, dans toute l’étendue de l’organe, ou al infiltre les parois d’un kyste volumineux, ou enfin il occupe des petits kystes dans leur totalité. L’abondance du suc cancéreux, d’un blanc, jaunâtre trouble et lactescent, est un des meilleurs caractères pour établir le diagnostic, et le microscope fait disparaître jusqu’au dernier doute, en montrant la présence de la cellule cancéreuse. Les dépôts peuvent être discrets ou confluents . Nous avons rencontré 2 fois

Page 1