‹ Traité pratique des maladies cancéreusesChapitre 70 sur 77 · CANCER DES ORGANES DE LA CIRCULATION ET DE LA RESPIRATION · texte numérisé non relu

CANCER DES ORGANES DE LA CIRCULATION ET DE LA RESPIRATION

Nous n’avons que fort peu de choses à dire sur le cancer des organes circulatoires. Nous avons rencontré un bon nombre de fois des cancers secondaires autour du péricarde, et même dans la substance musculaire du cœur , mais nous n’avons pas vu jusqu’à présent, pour notre compte, de cancer primitif de cet organe, et les faits rares qui, sous ce titre, se trouvent répandus dans les ouvrages sur les maladies du cœur, ne sont pas rapportés avec assez de détails, sous le rapport anatomique , pour que nous soyons autorisés à admettre un cancer primitif de cet organe. Nous en dirons autant des vaisseaux sanguins et lymphatiques ; il n’est pas rare de voir des cancers les atteindre, pénétrer, pour ainsi dire, dans leur intérieur, et y produire des dépôts irradiants. On observe aussi des dépôts cancéreux secondaires entre les tuniques et dans l’intérieur des veines. Mais nous ne connaissons pas d’exemple d’un cancer primitif du système veineux; et l’opinion de M. Cruveilhier , qui place le point de départ général du cancer dans le système veineux , nous paraît contraire aux renseignements que nous fournit tous les jours l’observation.

Le cancer primitif des voies respiratoires est une afiection bien moins rare , quoi qu il doive également etre compte parmi les localisations insolites de cette maladie. Ln comprenant dans une même catégorie le cancer du poumon , des plèvres et du médias tin , nous n’avons pu réunir, pour notre compte , que 6 observations qui nous suffiront pour tracer la description anatomique, mais qui, évidemment, sont insuffisantes pour la symptomatologie. Aussi sommes-

nous heureux de trouver à ce sujet de nombreux détails dans l’ouvrage déjà souvent cité de Walshe.

Quant aux dépôts cancéreux secondaires dans le poumon et le médiastin , leur grande fréquence doit frapper tous les observateurs et tous ceux qui ont lu cet ouvrage avec quelque attention.

§ I'r. Anatomie pathologique.

Les tumeurs du médiastin sont ordinairement volumineuses, uniques ou en petit nombre, squirrheuses, encéphaloïdes ou mixtes, tandis que le cancer primitif des poumons et des plèvres est ordinairement multiple et encéphaloïde. Nous n’avons , pour notre compte, rencontré qu’un seul cas d’infiltration étendue et unique de la substance cancéreuse dans un poumon , et ce fait offre encore cela de curieux, qu’il s’est rencontré chez un enfant de 7 mois, chez lequel nous l’avons trouvé accidentellement à l’autopsie, l’enfant ayant succombé à une affection du cerveau. Ces masses multiples de la plèvre et des poumons sont ordinairement molles , pulpeuses, variant entre le volume d’un grain de millet et celui d’une noisette, et allant quelquefois bien au delà. Leur aspect est d’un blanc jaunâtre. Elles sont infiltrées de beaucoup de suc cancéreux; dans le tissu pulmonaire, leur aspect est un peu moins franchement encéphaloïde, parce que les fibres pulmonaires les traversent en tous sens. Cependant il est toujours facile d’en exprimer du suc, et le microscope y montre souvent de fort belles cellules cancéreuses. Nous avons vu plusieurs fois dans le cancer des poumons les réseaux lymphatiques qui se trouvaient à la surface des tumeurs encéphaloïdes remplis et fort élégamment injectés de substance cancéreuse. Dans un cas fort remarquable , nous avons trouvé dans les deux poumons un certain nombre de tumeurs encéphaloïdes ayant jusqu’au volume d’une petite pomme, et qui toutes étaient suppurées et transformées en abcès dans leur intérieur ; un examen microscopique attentif nous y a montré des globules purulents dans l’abcès et les cellules cancéreuses dans le tissu encéphaloïde. Il paraît que le cancer primitif est plus fréquent dans le poumon droit que dans le gauche et dans les deux poumons. M. Walshe, qui a pu réunir 29 cas de cancer primitif des voies respiratoires, indique les proportions suivantes : 18 fois un seul poumon a été malade et 13 fois c était le poumon droit ; 3 fois les deux poumons seuls , 7 fois un des poumons avec un des médiastins ; I fois un des deux poumons et un des médiastins.

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.'>o. j* a von-. observé I irradiation cancéreux- dan# le# 5/6“ d<- no#, ca>, Le rnal s’étendait du poumon a Ja plèvre , ou de# plèvres au poumon De# dépôt# secondaire# #e formaient dan# les médiastin», le# glandes bronchique# et le diaphragme. Cette abondance de l’irrad.ation, La rn .itiplicité des dépôts cancéreux même primitifs, rendent fort bien compte de la rareté de l’infection générale et éloignée que pour notre compte nous n’avons vue qu’une fois chez une femme qui portait à la fois une tumeur très volumineuse dans le médiastin postérieur et une autre dan# le mésentère. Le ti#su pleural ou pulmonaire qui entoure le tissu cancéreux devient d’abord le siège d’un afflux vasculaire considérable , et, plu# tard, d’une inflammation ou d'épanchement# sanguin# circonscrit# ; d’autre# foi# le# dernières ramification# des veines et artère# pulmonaires s'oblitèrent cm sont envahies par le cancer d une manière semblable aux lymphatiques dont TiO J -. avons parié plus haut. Le-, bronches qui aboutissent aux tumeurs cancéreuses s’y perdent insensiblement et sont quelquefois dilatées au-dessus d’elles. .Vous avons vu une fois la bronche principale du coté gauche comprimée et aplatie d’arrière en avant par un cancer du médiastin postérieur. Nous mentionnerons enfin le dép lacement, la compression , le# altération# secondaires , inflammatoires ou cancéreuses , du péricarde , du cœur et de l’œsophage. D’après ces détails, on voit que le cancer primitif des voies respiratoires, tout rare qu’il est, est une des localisations les plus fâcheuses par 1 abondance et la multiplicité des dépôts, et par l’importance des fonctions a l'accomplissement desquelles il oppose des entraves insurmontables.

«i II. Pathologie, d’aprèt Wabhe (I).

Nous ne nous occuperons ici que du cancer des poumons. Si le cancer disséminé par petites granulations , résultant d’un dépôt secondaire, peut exister a l’état parfaitement latent, il n’en est pas de même de celui qui a lieu par masses plus considérables. Dans le premier ca# , un peu de toux et un peu de gène dans la respiration peuvent bien donner l’éveil, mais rien n’autorise à les considérer comme occasionnés parle dépôt cancéreux.

Dans la forme non latente, la douleur est un des symptômes presque constants. Elle peut être sourde ou plus aiguë et se montrer dari# plusieurs points du thorax. Elle est ordinairement rémit-

(1) O/j. cit., [>. 348 a 3GG.

tente ou intermittente, très rarement constante. Les points où la douleur est perçue spontanément sont également douloureux à la pression. La dyspnée est aussi un des symptômes qui manquent rarement , elle va toujours en augmentant pour la fréquence et la continuité. La toux est moins régulière et moins constante, tantôt sèche, tantôt accompagnée d’un peu d’expectoration muqueuse et quelquefois teinte de sang ; on a même prétendu y avoir trouvé de la matière encéphaloïde. Deux fois l’odeur des crachats était rendue fétide par l’existence d’une gangrène circonscrite dans le poumon. L’hémoptysie a existé dans 9 cas , quelquefois rare et à de grands intervalles , d’autres fois plus fréquente. Si l’on ajoute à ces cas ceux de crachement de sang moins abondant , il y a à peine un tiers des malades qui n’aient craché du sang dans le courant de la maladie. Ce symptôme est proportionnellement plus fréquent chez les femmes que chez les hommes. La position des malades varie : les uns peuvent rester couchés sur le dos , tandis que les autres se couchent de préférence sur le côté alfecté. Quelques uns ont une véritable orthopnée; plusieurs éprouvaient de la peine à avaler, par suite de la compression de l’œsophage. La gêne que le dépôt cancéreux apporte à la circulation veineuse produit une dilatation des veines superficielles et un œdème partiel. La voix n’est affectée que lorsque la trachée est comprimée. Les signes physiques ont, dans ces cas, une grande valeur, et ici M. Walshe distingue l’infiltration cancéreuse avec ou sans tumeurs dans les poumons , du cancer dans lequel les tumeurs prédominent avec infiltration nulle ou peu considérable. Voici les signes de la première catégorie : Rétraction ou dépression de la poitrine du côté affecté, avec diminution des mouvements intercostaux, diminution du frémissement de la voix dans le côté affecté. La mensuration montre une diminution de capacité du côté affecté. Le médiastin , le cœur et le diaphragme sont déplacés. La percussion donne un son mat et l’auscultation une respiration diffuse faible; plus tard il y a de la bronchophonie, et les bruits du cœur sont perçus avec une grande intensité du côté affecté. Plus tard, enfin , lorsque la matière cancéreuse s’élimine en partie, la percussion devient plus claire et un peu amphorique, et l’on entend une respiration caverneuse avec râle muqueux ou caverneux.

Lorsque, au contraire, le cancer se présente sous la forme de nombreuses tumeurs , le côté affecté est dilaté, mais d’une manière inégale ; les espaces intercostaux sont élargis ; les côtes perdent complètement leur mobilité; on sent parfois comine une légère fluctuation

CANCER DES OROANES DE LA RESPIRATION-, entre les espaces intercostaux ; le frémissement de la voix et de la toux manque complètement. La mensuration fait constater surtout une dilatation antéro-postérieure, plus rarement verticale, un déplacement du cœur et du médiastin , dépression du diaphragme , son mat, respiration diffuse, râles de la bronchite, bronchophonie, souffle bronchique, bruits du cœur remarquablement clairs. Nous renvoyons, du reste, à l’ouvrage de Walshe pour les détails nombreux et intéressants qu’il donne sur ces signes physiques. Le poumon sain est le siège d’une respiration non exagérée , et le son de ce côté est plus clair qu’à l’état naturel.

L’état général de la santé est peu affecté , ce qui tient à ce que les malades succombent par suffocation ou par les autres symptômes locaux avant que le dépérissement ait eu lieu. Si , au contraire, le malade survit à ces souffrances, et si la période de dépérissement peut s’établir , elle va jusqu’aux dernières limites du marasme. On observe quelquefois des morts subites probablement par obstruction de l’artère pulmonaire. M. Walshe entre dans beaucoup de détails sur le diagnostic et rapporte quelques observations intéressantes ; nous engageons le lecteur à les consulter dans cet ouvrage.

La durée n’a été notée avec détail que dans 10 cas par cet auteur. La durée moyenne a été del3mois etl/5®, leminimum de3 mois 1/2, le maximum de 27 mois. Sur 44 cas. il y a eu 25 hommes et 19fem mes. Pour notre compte, nous avons, sur 4 cas où le sexe a été noté, 2 hommes et 2 femmes. L’âge a été noté par nous dans 4 cas seulement; sur cejiombre il y avait un enfant de 7 mois, et 3 autres individus âgés de 50, de 52 et de 55 ans, ce qui nous donne pour ces 3 cas la moyenne de 52 ans et 1/3. Voici le tableau de Walshe :

De 1 0 à 20 ans 3

De 20 à 30 ans. 8

De 30 à 40 ans. 7

De 40 à 50 ans 9

De 50 à 60 ans M

De 60 à 70 ans 5

De 70 à 80 ans I

Total. 44

Le pronostic, est toujours fort grave , car la maladie est non seui lement constamment mortelle, mais elle amène même la terminaison

fatale avant la période de dépérissement ; de plus , elle se termine

quelquefois par mort subite.

Le traitement est tout à fait palliatif. De larges vésicatoires souvent répétés sont les moyens qui , d’après Walshe , soulagent le mieux la dyspnée; on peut aussi recourir de temps en temps à une petite saignée qui soulage momentanément. On emploiera aussi de l’opium qui procurera aux malades un peu de sommeil et un peu de bien-être. Quant au traitement symptomatique, celui de la toux , de l’hémoptysie, des douleurs thoraciques, etc., il doit être le même que celui que nous employons dans la thérapeutique de la phthisie; mais plus encore que cette maladie, le cancer des poumons résiste à tout secours même passager et palliatif.

Ie Nous n’avons point observé jusqu’à ce jour de cas de cancer primitif du cœur et des vaisseaux ; mais ces organes sont fréquemment le siège de dépôts secondaires.

2° Nous n’avons observé que 6 cas de cancer primitif des voies respiratoires , du médiastin, des plèvres et des poumons. Les tumeurs des médiastins sont volumineuses, uniques ou peu nombreuses, ordinairement d’une bonne consistance. Celles des poumons sont plutôt multiples et encéphaloïdes, elles ne dépassent guère les dimensions d’une noix ou d’une petite pomme, et renferment du suc cancéreux et de fort belles cellules. Les vaisseaux lymphatiques au niveau de ces tumeurs sont souvent injectés de matière cancéreuse. Nous avons trouvé une fois toutes les tumeurs cancéreuses des poumons suppurées dans leur intérieur. Le cancer primitif est plus fréquent dans le poumon droit que dans le gauche ou dans les deux à la fois.

3° La propagation par irradiation à tous les organes renfermés dans la cavité thoracique a été observée par nous 5 fois sur 6. Dans le sixième cas il y avait généralisation. Les tissus qui entourent les tumeurs cancéreuses de la plèvre et des poumons s’injectent, s’enflamment souvent, suppurent quelquefois et deviennent dans des circonstances exceptionnelles le siège de la gangrène. Les terminaisons des veines et des artères pulmonaires peuvent s’oblitérer. Les bronches au niveau des tumeurs disparaissent , tandis qu’elles sont quelquefois dilatées au-dessus. Le cœur, l’œsophage et le diaphragme peuvent se déplacer par l’extension de l’affection carcinomateuse.

4° Les symptômes du cancer pulmonaire sont des douleurs thoraciques vagues et fréquentes, de la dyspnée croissante allant jusqu’à la suffocation , de la toux avec expectoration muqueuse, quelquefois sanguinolente , parfois fétide , hémoptysies plus ou moins abondantes, la dilatation des veines superficielles et l’oedème partiel. L’altération du son et du bruit respiratoire, et les changements de forme et de capacité du thorax, varient selon l’étendue et la disposition des tumeurs. Les malades succombent à la gêne croissante de la respiration et quelquefois subitement avant que le dépérissement ait fait de notables progrès.

5° La durée moyenne a été de 13 mois et 1/5®, le minimum de 3 mois 1/2, le maximum de 27 mois. Nous avons noté le sexe 4 fois ; sur ces 4 cas il y avait 2 hommes et 2 femmes. Walshe cite sur 44 cas 25 hommes et 19 femmes. Par rapport à l’âge, que nous avons constaté 4 fois , nous avons rencontré la maladie 1 fois chez un enfant de sept mois et 3 fois entre 50 et 55 ; la moyenne est de 52 ans et 1/3.

D’après tout ce qui précède, le pronostic est constamment fâcheux, et le traitement ne peut consister que dans l’emploi de moyens propres à procurer quelque soulagement momentané.

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