Les narcoliques el autres poisons
12. Les maladies aiguës ou chroni((ues des organes de la digestion. 15. L'albuminurie, ou maladie de liright.
14. La perte continue des Iluides du corps, comme dans le scorbut, le diabète, la lactation prolongée, la masturbation, etc.
15. Les airections de la cinquième paire, telles que l'irritation, les plaies (F. t. I, p. 160), et les changements morbides à l'intérieur du crâne. (F. p. 752, 761.)
[16. La fièvre intermittente.] [17. La phlébite.]
Il n'y a que ceux qui ont essayé de classer les causes de l'amaurosc qui puissent se faire une idée des difficultés attachées à ce sujet. L'une d'elles ressort de ce fait que beaucoup de ces causes sont de nature mixte ; il y en a, par exemple, qui consistent dans des changements de structure de l'encéphale, et qui cependant agissent principalement en exerçantune compression mécanique sur l'appareil optique. L'hydrocéphale et les diverses tumeurs qui se forment dans le cerveau sont dans ce cas.
Si l'on rencontre de pareilles difficultés dans la classification des causes de l'amaurosc, combien est-il plus difficile encore de déterminer, sur le sujet vivant, le siège particulier du changement organique et la nature spéciale de ce changement ! Ceux qui ne veulent entendre parler d'aucune classification des amauroses, et qui soutiennent que celte affection est toujours une, ne font pas autre chose que de nier la possibilité de reconnaître ces altérations par des symptômes qui leur soient propres : ils considèrent la combinaison et la succession des phénomènes morbides qui accompagnent les différentes espèces d'amauroses, comme trop compliquées, trop variables, ou trop obscures pour que l'on puisse établir le diagnostic. Il est incontestable que, même avec la plus grande attention, le diagnostic est difficile : combien à plus forte raison n'en sera-t-il pas ainsi si le praticien est négligent, indifférent, ou ignorant !
Le peu de progrès qu'a faits la pathologie de l'amaurosc tient surtout à la difficulté que l'on rencontre à faire l'autopsie des personnes (jui étaient atteintes de cette affection. Lorsqu'on a l'occasion de les pratiquer, il faut avoir présents à l'esprit les trois points suivants :
1 . Lorsque, sur des amaurotiques, on trouve après la mort des altérations morbides dans l'œil, le nerf optique, le cerveau ou les tissus environnants, il importe d'examiner si ces altérations ont été les causes ou les effets de la maladie. L'atrophie du nerf optique, par exemple, peut être la cause, mais est souvent aussi l'eflet d'une amaurose.
EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUKOSE. 797
2. Au point tlo vue de l'aniaurose, aueune disseclioii ne peut être considérée conitne coniplèle, si l'on n"a examiné soigneusement le cerveau, la totalité du nerf optique dans son trajet à l'intérieur du crâne et de l'orbite, et la rétine, cette dernière, au moins, à l'aide du microscope. Pour démontrer la nécessité de recourii- au microsco|)e, il me suliira de dire que la mélanosc de la l'étine consiste en général en dépôts si petits qu'ils ne sont pas visibles à l'œil nu.
5. Si l'on ne découvre rien, il ne faut pas conclure que la maladie n'était que fonctionnelle, qu'elle ne consistait qu'en un changement d'action, sans changement dans les parties chargées d'accomplir cette action. On peut très bien appliquer aux dissections des amaurotiques ce que Ilaller disait de celles des maniaques. — « Id utiquc adparet, plerumque in mentis vitiis encephalum pati : et si aliquando rariori exemplo non visum est pati, potuit vitium in minoribus démentis laluisse, aut incisori patientia defuisse (1). »
EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE. ^ I. — Amaurose par apoplexie de la rétine.
Fig. Ammon, Iheil I, laf. XV, flg. 21.
On entend par apoplexie de la rétine (2) un état de cette membrane dans lequel ses vaisseaux sanguins sont brusquement distendus ou rompus, et par suite sa substance nerveuse comprimée, et ses facultés sensorielles diminuées ou abolies.
On suppose que la suppression de quelque excrétion naturelle du corps et diverses autres causes de congestion du sang vers la tête et les yeux, déterminent assez souvent des affections des vaisseaux de la rétine susceptibles de donner lieu à l'amaurose. On doit toutefois distinguer les affections chroniques de cette espèce de celles qui sont soudaines, et ce sont ces dernières seules qui doivent être considérées comme des apoplexies. La saignée a beaucoup de chances de les faire disparaître promplement et de rétablir la vision, tandis qu elle n'agit point sur l'amaurosequi dépend delà distension chronique des vaisseaux.
Les causes de l'apoplexie de la rétine sont généralement d'une nature violente, et elles agissent, soit en occasionnant un afflux soudain du sang vers la tête et les yeux, soit en s'opposant à son retour; telles sont : un voyage fatiguant à la chaleur brûlante du soleil, une suppression brusque de l'écoulement menstruel, et d'autres inlluences semblables. J'ai vu la maladie, dont le principal symptôme consistait en un spectre rouge, succéder à de violents éternùments.
(1) Elementa pliysiologiœ, l. V, p. \i7i ; Lausannœ, 1763.
(2) LANCENnECK. Dc rcliiia obsoi valioiius aiuilomico |iatliologicœ, p. 148 ■ Gollinptp, 1836.
AMAiinosi:.
Ohs. t](.)r>. — tloclcur Cocks, de Diiiidéo, ni'iidressa en consullalion une dunie qui jiviiil ou doux all!ii|ues d'apoplexie de la réline, qui paraissaient ducs à la rupture d'un vaisseau sanguin de celle membrane, survenue dans des attaques de vomissements pendant la grossesse.
Obs. S{i6. — Langenijcek rapporte le cas d'un meunier, iiomme roiiuslc et plélliorique, qui fut terrassé i)ar un voleur qu'il avait trouvé dans son moulin et don! il cliercliail à s'assurer; le voleur essaya de l'étrangler en tordant sa cravate, et en lui comprimant les carotides avec les pouces. Le meunier perdit momentanément l'ouie et la vue, et toml)a à terre sans connaissance. La vision d'un œil se rétablit promptement, mais l'autre resta pendant un certain temps complètement amaurotique; il finit pourtant par se rétablir aussi (1).
Obs. 567. — Un monsieur, âgé de plus de 70 ans, grand, mince et bien portant, avait parcouru une longue dislance, tenant un parapluie contre le vent, ce qui l'avait mis en nage. Dans cet état,ils'étaitarrèté dans une l30ulique pour y faire quelques achats, etavail posé son chapeau sur le comptoir; il sentit immédialemenl un frisson, ce qui ne l'empêcha pas de monter dans un omnibus pour retourner chez lui. Tout à coup il aperçut devant son œil droit un spectre noir, qui lui parut avoir la dimension de l'œil lui-même, et recouvrir tout le centre du champ de la vision. 11 l'apercevait encore, même en fermant l'œil. Au bout de quelques jours, le spectre prit une forme presque octogone, et disparut graduellement après l'application de sangsues à la tempe et de plusieurs petits vésicatoires.
L'obscurcissement de la vision, qui prive tout à coup le malade de la faculté de distinguer les petits objets, et l'apparition d'un spectre sombre devant Fœil affecté, sont les symptômes les plus saillants de cette affection. Le spectre n'est pas toujours rouge; quelquefois il est d'une teinte verdàtre ou parfaitement noir. Il est généralement étendu et de forme irrégulière. Un grand nombre d'extravasations sanguines punctiformes, comme Desmarres (2) en a trouvé à la dissection dans la rétine, donnerait probablement lieu à l'apparition de mouches fixes.
La soudaineté de l'attaque d'amaurose, jointe à la rougeur subite et à la turgescence des vaisseaux de la face, à un pouls plein et lent, à des vertiges, rendent en général le diagnostic facile. S'il survenait en même temps une apoplexie cérébrale, le diagnostic serait moins aisé, car un épanchement de sang dans le cerveau peut produire une amaurose incurable, sans que la rétine soit affectée.
Si les vaisseaux de la réline ont simplement subi un excès de distension, sans avoir été rompus, la cessation de la cause et la saignée peuvent faire complètement disparaître l'amaurose. Mais si un coup sur l'œil, la strangulation ou toute autre cause a déterminé la rupture des vaisseaux sanguins de la rétine, l'amaurose totale ou partielle qui en résulte étant due à une exlravasation de sang entre la rétine et le corps vitré, et en partie infiltrée dans ce dernier, ne peut disparaître qu'à mesure que le sang s'absorbe ; ce qui généralement ne s'accomplit que très lentement.
[Pour les symptômes ophthalmoscopiques, Foy p. xlvu.]
(1) Ncue Bibliolliek fur die Ciiirurgie und Opbllialmologic, Band IV, p. 780; Flannovcr, 1828.
(2) Traité des maladies des yeux, p. 702 ; Paris, 1847.
EXKMPLES 1)K yllELQUliS-UMÎS UES ESPÈCES DAMAL'llOSE. 799
^ II, — Amaurose due à un anévrysme de l'artère centrale de la rétine.
M. Warc avnil iii£;niieuseinonl conjocluré quo la tlilaialioii do l'artère cenirale du nerf 0|)(i(|iic |)ouvail, devenir une cause d amaurose. 11 avait souvent pensé que c était une cause de cette nature (jui agissait dans les cas où la maladie se déclare hrusquemenl, et dans lescjuels, bien que tous les objets placés directement devant l'œil soient coin|)lélement invisibles, cet organe conserve encore une légère sensibilité à la lumière, de façon à apercevoir confusément les objets placés de côté.
Cette conjecture est complètement confirmée par une préparation d'anatomie pathologique que possède le professeur Scbmiedlcr, de Fribourg, c'est-à-dire un anévrysme de l'artère centrale de chaque rétine. La pièce provient d'une princesse de Baden, qui avait été longtemps aveugle, et auprès de laquelle Plenck, Richter et les premiers chirurgiens de l'Allemagne avaient été appelés. Elle ne voyait qu'un peu en regardant en bas. L'anévrysme comprimait les nerfs optiques (!}.
Graefe (2) rapporte un cas semblable. Il s'agit d'une femme qui avait perdu la vue après avoir éprouvé de la photophobie et une sensation de pulsations dans l'orbite. L'artère centrale de la réline, à l'intérieur du nerf optique, avait acquis le volume d'un brin d'herbe, et les vaisseaux sanguins de la rétine étaient variqueux.
g III. — Amauroses produites par des tumeurs attachées sur les enveloppes du nerf optique ou contenues dans leur intérieur.
M. Wardrop (5) a donné la figure d'une préparation du Musée de M. Heaviside, dans laquelle on aperçoit une tumeur dans le névrilemme du nerf optique. Tout ce que l'on sait de l'histoire de ce malade, c'est qu'il était amaurotique de l'œil correspondant à la tumeur.
[M. Bôhm rapporte l'observation suivante d'amaurose partielle due à un épaississement d'une portion du névrilemme du nerf optique :
Obs. 568. — Un jeune homme de 19 ans était atteint depuis son enfance d'un straiiisnie externe de l'œil droit. A l'âge de 6 ans, celle affection s'accompagna de diplopie, mais sans douleur et sans aucune autre incommodité. Le globe de l'œil commença alors à faire saillie en avant, el la pupille à se diriger en haut et en dehors. A l'âge de 19 ans, la vue de cet œil était lellenienl affaiblie qu'il pouvait à peine distinguer une pièce de monnaie. On lui conseilla de ne point se faire opérer, el l'on diagnostiqua une tumeur non maligne située au fond de l'orbile. Ce malade étant mort à Berlin de phlhysie pulmonaire, on put faire l'examen nécroscopique qui donna les résultats suivants : Le nerf optique, dans l'étendue d'un peu plus d'un quart de pouce à partir de son insertion à la sclérotique, est ù l'étal normal ; mais plus en arrière il oll're le volume et la forme d'une grosse olive qui, située en travers du fond de l'orbite, aurait projeté en avant el en deliors le globe de
(1) Dictionnaire des sciences médicales, t. XXXV, p. 20 ; Paris, 18)9.
(2) Angieclasie, p. 32; Leipzig, 1808.
(3) Morbid Anatoray of llie Iluniaii Eye; vol. Il, pl. XV, fig. 1 ; London, 1818.
AMAUnOSE.
l'œil, (le la faron que nous avons docrilo. En ari in'e do celte tumeur, le nerf reprenait sa dimension ordinaire, et, se portant en arrière à travers le trou o|)ti<|ue, n'olTrail plus rien à noter dans le reste de sou trajet. La tumeur donnait la sensation d'une dureté considérable, et eu l'incisant ou la trouva surtout formée par un épaississemenl du névrilemme. Au microscope, on reconnut (|ue la sulistance nerveuse n'était point altérée. Les tumeurs sur le trajet des nerfs sont assez cou)muues dans d'autres régions du corps, mais elles sont très rares sur le trajet du nerf optique [■[}. T. W.]
g IV. — Amaurose par changement de structure des nerfs optiques.
La variélc cramaurose duc à quelque alléralion morbide de la substance ou de la gaine du nerf optique, se développe lentement suivant Beer, et rarement dans les deux yeux. Elle s'accompagne de la sensation d'un nuage noir, qui semble s'épaissir graduellement, et d'un tel degré de vîsus defujuratus, que le malade en est extrêmement troublé. Il accuse rarement beaucoup de douleur dans l'œil ou la tète, mais seulement la sensation d'une pression obtuse à la partie postérieure de l'orbite, bien que l'on ne remarque pas la moindre saillie du globe de l'œil. Dès le début, la pupille est extrêmement dilatée, l'iris complètement immobile, et le bord pupillaire iiTégulier. Il survient un glaucome, suivi d'une cataracte glaucomateuse, et finalement le globe de' l'œil devient sensiblement plus petit qu'à l'ordinaire.
[Pour les altérations de la papille du nerf optique et leurs symptômes ophthalmoscopiques, Voy. p. lu.]
[L'observation suivante démontre que l'altération peut occuper les deux nerfs optiques et être très étendue sans que la nutrition des yeux paraisse en souflVir.
Obs. 569. — Amaurose double et complète; atrophie de toute la portion inlra-crânienne des nerfs optiques. Ayanl eu l'occasion d'examiner, à l'hospice général de Lille, le cadavre d'un homme affecté depuis longtemps d'amaurose double et complète, j'ai trouvé l'appareil oculaire dans l'étal suivant: Les deux yeux, de volume et de forme ordinaires, offrent une cornée parfaitement transparente; de chaque côté, la pupille est réguhère quoique fort dilatée. La coque des yeux incisée, on trouve intactes toutes les parties constituantes de cet organe.
Les deux nerfs optiques, dans toute la partie intra-orbitaire de leur trajet, paraissent sains, quoique d'un moindre volume que de coutume; mais à partir de l'anneau musculolibreux que forment les attaches des muscles moteurs de l'œil, et que Valsalva appelle modérateur du nerf optique, attribuant à sa contraction spasmodique la production de certaines amauroses; à partir de cet endroit, dis-je, jusqu'à leur émersion apparente des couches optiques, ces deux nerfs se présentent sous l'aspect de deux bandelettes d'un jaune sale, aplaties, formées d'un tissu sec et cassant. Quand on incise transversalement la portion antérieure du chiasma, au lieu de ces petits mamelons blancs qui, dans l'étal normal, viennent saillir à la surface de la section, on voil ici de petits trous qui semblent les orifices des canalicules d'où la substance médullaire aurait disparu. On dirait d'une des préparations obtenues par Reil, à l'aide de la macération dans la liqueur des savonniers. Kien à noter dans le cerveau (2). T. W.]
[(1) Dublin Quart. Journ. of Medic. Science. February, 1847, cl Hay's Lawrence, p. 551. Pliila-
''''[(2)' A. TestIliu. Mémoires de la Sociélcdes Sciences, de rAgriculture et des ArU de Lille, vol. XIX, 1841, 1« partir.]