‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 110 sur 143 · EXEMPLES DE QUELQUES-UNES UES ESPÈCES DAMAUHOSE · texte numérisé non relu

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES UES ESPÈCES DAMAUHOSE

Voici quclqiios-unos dosiilU'i'alions inorhidos que l'on a décoiiverles, à la disscclioii, dans les portions oï liilairc cl cncc|)liali(|nc du nerf optique : induration de ce dernier, adhci'cnccs conlre nature entre ce nerf (>t sa gaine, concrétions calculeuses dans sa gaine. La plupart de c(!S ;dtérations sont, sans aucun doute, le résultai d'une indaninialion chronique qui peut être due à une multitude de causes.

Comme il est parl'ailemenl élabli (jue la deslmction de Tœil amène IVéquemment Talrophie et divei'scs autres altérations du ncrl' oplique, il importe toujours de s'assurer, dans les dissections, si l'on a allaii-e à une atrophie du nerf optique, conséquence d'une désorganisation de rœil provoquée par l'inflammalion, ou à une alléralion du nerf ayanl déterminé l'amaurosc et l'alropiiie de l'œil.

Obs. 570. — M"*, âgée de 83 ans, élail complètement aveugle depuis trente ans, pur suite d'une amaurose, lorsqu'elle mourut en 1817. Elle avait aussi été sujette à une goutte irréguli6re qui revêlait des formes diverses, el quelques mois avant sa mort, elle avait été attaquée d'hémiplégie.

En ouvrant le crâne, on trouva un épancliement aqueux au-dessous de l'araclinoïde et ■ dans les ventricules latéraux. Une portion du cerveau était de consistance pulpeuse; mais cet étal était probablement en rapport avec la récente attaque de paralysie, et nullement avec l amaurose. Tous les nerfs, à l'exception des nerfs optiques, offraient leur aspect accoutumé. En en examinant les enveloppes membraneuses, on s'assura que la substance médullaire avait complètement disparu. Ce changement s'étendait même jusqu'à un point plus rapproché du cerveau que celui où ces nerfs s'entrecroisent. Les artères du cerveau étaient presque partout altérées; leurs tuniques étaient parsemées de points blancs, el leur tissu plus rigide et plus dur qu'à l'état normal. Les deux carotides, dans le point où ces vaisseaux se trouvent en contact avec les nerfs optiques près des trous optiques, étaient fortement dilatées; ce qui faisait naître l'idée que Tabsorption du tissu nerveux était en rapport avec l'agrandissement des vaisseaux. Toutefois, cet étal des artères ne rendait pas compte de l'absorption de la portion du nerf plus rapprochée du cerveau; de sorte qu'il n'était pas facile de décider si l'élargissement des vaisseaux était la cause ou l'effet de l'absorption du nerf optique. On remarquait aussi une tendance à la dilatation des artères cérébrales, dans le point où elles entrent dans le crâne, et il est probable qu'on aurait observé la même chose dans d'aulres points si les recherches avaient été plus minutieuses.

La sœur jumelle de celte dame était morte dans sa 81° année et avait aussi été complètement amaurotique pendant les huit ou dix années qui avaient précédé sa mort. Quoique sa santé générale fût meilleure qu'elle ne l'est d'ordinaire à un âge aussi avancé, elle avait complètement perdu, outre la vue, l'odorat, le goût et l'ouie. Elle ne pouvait distinguer la nourriture animale de la végétale, ni reconnaître aucune espèce de liquide. On ne put obtenir de l'examiner après la mort.

Le docteur Brown, qui communique ces particularités au docteur Monteath, dit que la fille unique de M*** est encore vivante, qu'elle est dans sa 56" année, el que déjà depuis plusieurs années elle est complètement aveugle par suite d'amaurose. Le docteur Monteath ajoute qu'il a été consulté par le lils et le petit-fils de M***, qui tous deux ont la vue faible. Le petit-fils était aflécté d'une amblyopie congéniale fort gènanle. Tout exercice des yeux amenait une cécité temporaire, el quoique à certains nionients il pût distinguerde petits objets, dans d'autres il allait se jeter contre une table, une chaise, etc (1).

Obs. 571. — Un monsieur, âgé de 78 ans, complètement amaurotique depuis plusieurs années, mourut pendant que je le traitais. Ses pupilles avaient leur dimension normale, niais elles étaient immobiles; ses cristallins étaient glauconiateux. Plusieurs mois avant sa

(I) Notes du niîiniicl de Wi'llcr, vol. Il, p. 79; Glasgow, 1821.

AMAUUOSE.

niorl, il avait éprouvé parfois des iialliicinalioiis de la vue, toujours d'un gonre agréable. A <•(; symptôme avaient succédé de la failjlesse, des vertiges, du délire et di; la céphalalgie, symptômes que l'on avait comhaUus avec (juclque succès par les sangsues et les vésicaloires.

A la dissection, on trouve le crâne très épais. Il existe sous raraciinoïdc, à la surface supérieure du cerveau, un épancliement séreux ahondant. Les ventricules latéraux sont ahondammont distendus par un (luide aqueux. Les couches optiques, à leur face supérieure, sont petites et de forme allongée. Il existe des adhérences assez fermes entre la surface inférieure des lohes antérieurs du cerveau et la face supérieure des nerfs optiques. La sul)stance qui constitue l'adhérence est grenue, comme si elle consistait en un dépôt de matière calculeuse. Les nerfs optiques sont aplatis et atrophiés, surtout derrière le chiasma, où ils sont complètement privés de sul)stance médullaire, ils sont tellement altérés qu'on ne peut les suivre au delà des pédoncules cérébraux. Ils ont un aspect membraneux et comme aqueux. Les corps quadrijumeaux paraissaient à l'étal normal. Le cerveau était de consistance moyenne; les artères basilaire, vertébrale, et quelques autres ù l'état cartilagineux.

g V. — Amaurose suite de fracture du crâne avec dépression, ou par extravasation sanguine, conséquence de la fracture.

L'inscnsibililé qui succède à la compression du cerveau par les causes indiquées ci-dessus, peul élre plus ou moins complète; dans quelques cas, en effet, le malade gil insensible à tout ce qui se passe autour de lui, mais peut être excité par de fortes impressions provoquées dans les organes des sens, tandis que, dans d autres cas, la perte des sens est si complète qu on peut lui pincer la peau, tenir une chandelle allumée près de ses yeux, produire les sons les plus forts à ses oreilles, sans obtenir aucun effet.

Lorsque la cause de ces symptômes consiste simplement dans une fracture avec dépression d'une portion du crâne, ils surviennent immédiatement après la production de la blessure; mais lorsqu'ils dépendent d'une extravasation de sang, qu'elle soit la conséquence d'une fracture ou qu'elle en soit indépendante, la collection de sang peut se former lentement et un temps considérable s'écouler avant que le malade devienne insensible.

Sir B. C. Brodie (1) fait observer « qu'il arrive quelquefois que la sensibilité est complètement détruite dans un point du système, tandis que la sensibilité générale n'est que peu diminuée; » et il donne à l'appui de sa remarque l'exemple suivant dans lequel la sensibilité du nerf optique était surtout affectée:

Obs. 572.— Un vieillard sur lequel avait passé une voiture, fut admis à Saint-George's Hospital, ayant une fracture du pariétal avec dépression. Il avait conservé sa connais- ';ance, mais il répondait lentement aux questions, était de mauvaise humour, et tout a m aveugle. M. Gunning enleva, à l'aide de la tréphine, une portion du pariétal et releva es parties osseuses enfoncées; mais celle opération n'amena aucun changement dans les syuiplômes. 36 heures après l'accident, le pouls devint fréquent cl le malade délira, ii resta enlièremenl privé de la faculté de voir, avait la perception d'ol)jets imaginaires,

(I) On Injuries ofllic Hrain, dans le U'= volume des Medico-Cl.irurglcal Transaclioiis.

EXEMPI.US DE QUEI-QIES-UNES DES ESPÈCES d'aMALIIOSE.

mais irai«f'*'t!'>i'i' aucuiiciiicnt ciiux qui se Irouvaionl dcviiiil ses ^'iix. Il inourul à l'expiration du cin(|ulî'Mu; jour.

A ro\aiiiLMi ilu corps, on trouva les nieiiibrauos du cerveau enllnniiuées cl couvertes de pus et de lymphe. Il existait à la hase du crâne une fraclure en travers du sphénoïde; les l)ords en étaient déplacés de façon à comprimer les nerfs o|)ti<iues immédialemenl derrière les orbites et ù expliiiuer de la façon la plus satisfaisante la perte totale de la vision.

Pronoslic. — Parmi ceux qui échappcnl à une fraclure du crâne avec dépression, ou avec exlravasalion de sang à l'inlérieur du crâne à la suite d'une blessure à la léte, il en est quelques-uns chez lesquels les symptômes disparaissent complètement dans l'espace de quelques jours, et d'autres chez lesquels quelques restes de ceux-ci persistent encore après plusieurs années. Celle variété dans l'époque de la disparition des symptômes est surtout remarquable en ce qui concerne la sensibilité de l'œil, la mobilité de la pupille et l'activité des muscles animés par la troisième paire.

Traitement. — Il est inutile de rien dire ici du traitement chirurgical des fractures du crâne avec dépression. Les moyens médicaux les plus propres à rétablir la vision en pareil cas, sont: le repos, l'abstinence, la saignée, les laxatifs, et, au bout d'un certain temps, le mercure administré à dose altérante. On se trouve bien aussi d'entretenir un écoulement continu au voisinage de la tète.

g VI. — Amaurose par altérations morLîdes des membranes du cerveau

ou des os du crâne.

Plusieurs altérations de la dure-mère et des os du crâne peuvent produire l'amaurose ; telles sont : les ossifications de la dure-mère, surtout celles qui ont la forme d'aiguilles tranchantes, les épaississements athéromateux, les tumeurs fongueuses et les exostoses de la table interne du crâne. Il n'existe aucun moyen de reconnaître pendant la vie l'existence de pareils changements organiques.

Les symptômes ressemblent extrêmement à ceux des formations morbides à l'intérieur du cerveau. Une céphalée intense ou une douleur fixe au sommet de la téte, la paralysie de quelques-uns des muscles de l'œil, soit de l'abducteur ou des muscles animés par la troisième paire ; l'altération de quelque autre sens spécial, de la faiblesseetde la raideur dans les membres, auxquelles succèdent de la douleur, des spasmes et des convulsions, tels sont les symptômes qui portent à soupçonner une compression agissant sur la base du cerveau ou sur le pont de Varole. Les symptômes s'accroissent très lentement pendant un certain temps: un œil est d'abord aflccté, puis l'autre, puis l'organe de l'ouie. Dans plusieurs de ces cas, les yeux finissent par être poussés en avant hors de l'orbite; symptôme qui annonce une altération grave des os de la base du crâne, de la dure-mère qui recouvre la

AMAUROSE

selle liu'ciquc , ou delà partie supérieure des orbites. (Voy. Obs. Hl , t. I, p. 106.)

C'est surtout à la base du crâne qu'on trouve les altérations morbides des os qui produisent l'ainaurose. On rencontre Iréquemnient, en pareil cas, la carie, uiais beaucoup plus Iréquemnient des exostoses de • diverses formes. Dans quelques cas, d'innombrables aiguilles osseuses l'ont saillie à l'intérieur du crâne, si tranchantes qu'elles blessent facilement les doigts. Beer conservait le crâne d'une dame qui avait été complètement aveugle, et qui, quelques semaines avant sa mort, perdit connaissance; il existait à peine une partie de ce crâne qui ne lût pas criblée d'exostoses aiguës. Les os, en pareil cas, sont quelque lois très minces, le diploë manquant presque complètement. Chez un jeune garçon amaurotique qui avait été aliéné peu de temps avant sa mort, Beer trouva, à la dissection, une épine d'une longueur considérable située à côté de la selle turcique et perforant les nerfs optiques à leur jonction.

Ceux qui, pendant leur enfance, ont souffert du rachitisme, de la syphilis ou de la goutte pendant l'âge moyen, sont plus sujets que d'autres aux épaississements et aux autres altérations morbides des os du crâne.

Les chutes ou les coups sur la tête amènent lentement les affections des enveloppes du cerveau.

Dans tous les cas rapportés par Beer, la maladie paraît avoir débuté dans la tête et les yeux après un refroidissement soudain de la tète, suivi d'un rhumatisme qui, quoique léger au débuts s'était fixé dans l'enveloppe fibreuse du crâne.

L'altération morbide à laquelle j'ai donné le nom de chloroma, (t. I, p. 122), et qui paraît être de nature fibro-plastique, attaque quelquefois le péricrâne , d'autres fois la dure-mère, et parfois ces deux membranes à la fois. Telle paraît avoir été la nature d'une série particulière de cas décrits par Sir Everard Home (1), et attribués par lui à l'extension de l'inflammation de la dure-mère au péricrâne. Les cas dont il s'agit étaient accompagnés des symptômes ordinaires de la compression du cerveau par d'autres causes, et entre autres par l'amaurose : on amena du soulagement en incisant sur le crâne, de façon à faire disparaître la tension des parties qui le recouvraient. Dans un de ces cas, terminé par la mort, Sir Everard trouva le péricrâne épaissi, formant une masse fibreuse ossifiée; et en regard de cette altération , à l'intérieur du crâne, un épaississement et une induration semblable de la dure-mère. La plupart de ces malades avaient subi de longs traitements mercuriels, sans avantage, et chez quelques-uns avec aggravation des symptômes.

(1) Transactions of a Society for Ihe Improvemenl of Médical and Chirurgical Knowledge, Tol. m, p. 122; London, 1812.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE.

Le pronoslic des ainîuiroscs, résiillaiil (ralloralions morbides des membranes ou des os de la lète, esl, j ai à peine besoin de le dire, extrêmement délavoi-able. On a à redouler le développement |)rogressif de la cécité, et non-seulement la mort, mais une mon des plus lamentables. L'art de guérir ne possède aucun moyen cflicace de Caire diminuer, et encore moins disparaître les altérations organiques, causes de la maladie, si ce n est peut-être dans les deux cas où les symptômes doivent évidemment leur origine à quelque accident, conunc à un coup, ou à quelque aireclion constitutionnelle évidente, et surtout à la syphilis.

L'observation suivante, rapportée par feu M. Wilson, de Londres, montre ce qu'on peut quelquefois obtenir, même dans des circonstances qui pourraient paraître presque désespérées.

Obs. 573. — En novembre 1806, M. Wilson fut appelé par un chirurgien de sa connaissance auprès d'un gentleman alleint depuis longtemps d'une maladie grave. On donna à M. W. les renseignements suivants :

Durant le printemps de 1803, alors que régnait une épidémie d'influenza, M. C, liomme fortement musclé, âgé d'environ 28 ans, et d'un tempérament assez sanguin, fut pris d'une douleur très intense, profondément située dans l'orbite gauche. On consulta un médecin éminent, qui prescrivit un traitement antiphlogistique sévère. Ce traitement fut mis en usage pendant longtemps sans aucun avantage. On considéra alors que la maladie était nerveuse et l'on employa à hautes doses les médicaments destinés à combattre cette classe d'affections. On prescrivit au malade d'aller habiter Hampstead pour y jouir d'un air pur. Ce traitement ne réussissant pas, on consulta d'autres médecins; de nouveaux moyens furent essayés, mais la maladie empira graduellement. L'ouïe était complètement abolie à gauche. L'élévateur de la paupière supérieure et le droit externe se paralysèrent; ce qui produisit un strabisme très prononcé. La pupille de l'œil gauche resta fortement dilatée, et la vue de cet œil se perdit. Le côté droit de la bouche fut aUiré à droite d'une manière permanente. Le malade fut pris d'un enrouement extrême, et l'articulation des mots devint si indistincte que ses amis mêmes ne pouvaient le comprendre. 11 perdit la faculté d'avaler les substances solides, et les liquides ne passaient qu'avec la plus extrême dilljculté et en provoquant une vive sensation de suffocation. Un vase était constamment placé près de lui pour recevoir la salive, qu'il ne pouvait ni avaler, ni cracher, et qu'il s'efforçait de chasser hors de sa bouche avec la langue. 11 était fortement constipé et obligé de recourir fréquemment aux drastiques.

M. Wilson, lors de sa visite, trouva le malade ayant la main et le bras droits dans la flexion, et la jambe du même côté dans un état de paralysie complète. La violente douleur de l'orbite gauche persistait encore ; les vertèbres du cou étaient aussi extrêmement douloureuses, ainsi que le sommet de l'épaule. Lorsqu'il était au lit, le malade ne pouvait soulever la tête de dessus l'oreiller; il pouvait à peine dormir, et éprouvait presque continuellement des douleurs atroces ; en un mot, on s'attendait à le voir mourir d'un instant à l'autre. M. W. apprit aussi qu'avant le début de sa maladie il avait eu à deux ou trois reprises des chancres et des bubons commençants, qu'il avait fait usage du mercure jusqu'à ce que les symptômes eussent disparu et que le chirurgien qui le traitait eût déclaré sa guérison complète. Dans l'été qui précéda sa maladie, il s'était fatigué le dos à sauter; peu de temps après, un bubon s'était formé dans l'aine droite. On surveilla cet accident, dans la supposition qu'il pouvait être vénérien. Le bubon suppura et guérit sans qu'on eût employé le mercure.

M. Wilson ayant remarqué quelque chose de particulier dans la forme d'une des jambes, demanda la permission de roxaminer; et lorsque le bas eut été enlevé, il aperçut une cicatrice étendue et une augmentation marquée du volume du tibia. Le malade "ne ressentait néanmoins aucune douleur dans cet os. 11 lit connaître, en écrivant de la main gauche, que, plusieurs années auparavant, il avait reçu sur cette jambe un coup violent, el

AMAimOSE.

qu'il en élail sorti une portion d'os considérable; il ne se rappelle pas s'il a pris alors du mercure, et il ne croit pas que son ciiirurgien ail coiisiUéré la maladie de l'os comme vénérienne. Il ne se rappelle avoir eu ù aucune époque des taches à la peau ou des ulcères dans la gorge. Sa maladie actuelle, ajoule-l-il, n'avait jamais été considérée comme vénérienne par aucun des médecins qu'il avait consultés, et aucun n'avait employé le

mercure.

M. Wilson, en examinant le cou, trouva plusieurs vertèbres fort tuméfiées. Il découvrit aussi un gonllemenl considérable de l'acromion droit, ainsi que de toute l'épine el de la plus grande partie de la côte supérieure de cet os. Comme les muscles élaienl émaciés il fut facile de sentir sur l'humérus une tumeur située un peu au-dessous de l'inse'rtion du deltoïde. La clavicule droite était trois fois au moins aussi épaisse qu'à l'état normal.

Toutes ces tumeurs pouvant être d'origine vénérienne, M. Wilson se crut autorisé à proposer l'usage immédiat du mercure. Les parents du malade redoutaient que son extrême faiblesse, et la mort qui paraissait approcher à grands pas, ne rendissent cette tentative inutile; mais ils consentirent volontiers à ce que l'on tentât cet essai, car si Ton n'agissait point promplement, la mort semblait inévitable.

En conséquence, on frictionna le malade tous les soirs avec un gros de fort onguent mercuriel contenant cinq grains de camphre, et on lui passa un sélon à la partie postérieure du cou. Dès le quatrième jour, la bouche se trouva affectée par le mercure : au bout de dix jours, il avala moins difficilement; il dormait bien, et ses douleurs avaient presque disparu. Au bout de quinze jours, le gonflement de la clavicule avait évidemment diminué, et les muscles étaient plus pleins el plus fermes. Il avait aussi récupéré la parole assez pour se faire comprendre. On porta la quantité de l'onguent à un gros matin et soir, el on en continua l'usage pendant onze semaines; vers la fin de ce temps, lorsqu'il put avaler facilement, il prit chaque jour environ huit onces de décoction de salsepareille, el de temps en temps quelque préparation de quinquina.

Pendant ce traitement, quoique la bouche du malade fût extrêmement affectée, sa santé et ses forces allèrenl néanmoins chaque jour en s'accroissanl, et il était devenu gras avant la fin du traitement. Ses muscles avaient presque repris leur fermeté et leur force primitives, el ses membres la faculté de se mouvoir. Toutes les douleurs avaient disparu, el le gonflement des os avait beaucoup diminué. La faculté d'avaler et de mouvoir les extrémités droites sembla d'abord revenir à mesure que diminuait le gonflement des vertèbres cervicales- mais ce gonflement ayant fini par rester stationnaire, la force des muscles ne s'en rélabl'll pas moins complètement. Sa guérison fui parfaite el se mainlienl depuis deux ans à l'exception des symptômes suivants : La pupille de l'œil gauche reste plus dilatée que la droite et la paupière supérieure gauche ne se relève plus autant qu'auparavant; mais l'oËil de ce côté distingue, dans une certaine mesure, les couleurs et les objets et même les petits, en faisant usage de simples lunettes vertes et en n'employant que œd eauche seul. Lorsqu'il fait usage des deux yeux, la vue devient confuse parce qu i voit les objets doubles. Sa voix est resiée enrouée, mais il articule assez distinctement (1).

Obs 574 — Le docteur Abercrombie (2) rapporte le cas d'un homme, âgé de 47 ans, dont le mal débuta en mai 1816, par delà céphalalgie, de la pesanteur dans la lete, symptômes qui s'aggravaient lorsqu'il se baissait, et qui augmentèrent gradue lemen , n âge de copieuses évacualions sanguines. En août, sa vue commença a s affaiblir et il fut pris d'élourdissemenls; en septembre, il ne voyait plus que les objets très fo™^^^ ^^^^^^^^ en décembre, il était complètement aveugle; la douleur elait ^onsanie et intense, ver. 1 milieu de jan;ier, il y avait stupeur el perle de la mémoire ; le 31, U tomba dans le coma et

Zu-ouva à la dissection, une tumeur du volume d'un gj-os œuf, fixée à la tente du cervelet de telle façon qu'une portion faisait saillie au-dessus et une autre au-dessous; a fîx du c vea SilrSil dans la substance de la portion supérieure. Elle était ferme a l'InÏÏieur" TsT structure ressemblait un peu à celle du rein. Il y avait quatre onces de liquide dans les ventricules.

(1) Transactions of a Socicly for Ihe lmprovenu.nt of Médical and Surgical Knowledge. ^I^)' l>;LVogical and Practical Rescarehes on Discases of the Brain, p. 461 ; Edinbu.-gh, .829.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'AMAI'ROSE.

Obs. 575. — Une personne, donl l'âge ni le sexe ne sonl mentionnés, après avoir éU' privée pondant un certain temps de l'odorat, puis en dernier lieu de la vue, tomba dans le coma (H mourut.

On trouva à la dissection une tumeur s'tSIevant de la portion de la dure-mère qui recouvre la surface supérieure do l'étlimoïdo, et que le professeur Cruveiiliier considéra comme carcinomatouse. I.a tumeur (lig. i-W) s'étendait en ari'iérc un peu sur In selle lurcl(pie et recouvrait de chaque côté la voûte de l'orbite. Elle offrait à l'extérieur un aspect mamelonné, avait complètement détruit les troncs des nerfs olfactifs, comprimait les nerfs

Fig. m. Fig. m.

optiques et s'était creusé une cavité à la face inférieure du cerveau. La couche de substance cérébrale en contact avec la tumeur était ramollie. Une section verticale de la masse morbide (lig. 144) lit voir une disposition de libres radiées semblable ii celle que l'on rencontre dans d'autres cas de carcinome. Quelques ramifications vasculaires, qui paraissaient être des veines, suivaient la direction des fibres. Celte figure fait aussi voir que la tumeur avait envoyé quelques prolongements dans les fosses nasales, où ils présentaient le même aspect mamelonné et la même texture (1).

§ VII. — Amaurose par congestion cérébrale.

On admet universellement, non-seulement que Tamaurose peut être la conséquence de l'afflux d'un excès de sang au cerveau, ou d'un obstacle au retour du sang de cet organe, mais encore qu'une des causes les plus communes de cette maladie est une simple turgescence des vaisseaux qui se rendent à l'appareil optique interne.

Symptômes. — Les premiers symptômes de l'amaurose congestive sont généralement une sensation de plénitude dans le globe des yeux et une photopsie presque continuelle. Ces symptômes, promptement suivis d'une céphalalgie avec stupeur, s'accompagnent généraleiuent de vertiges, de tintements d'oreilles et d'une diminution manifeste de la faculté visuelle. Dans quelques cas, le malade est privé de sommeil; dans d'autres, il est aiïecté de léthargie. Lorsque ce sont les artères carotides internes qui sont spécialement affectées, la léthargie est d'or-

(1) CnovEiuiiEn. Analomie pathologique du corps liumain, 8<"<^ livraison, pl. III, fig. 1 cl 2 ; Paris, 1830 : Voyez un cas .le (umeur fibreuse de la dure mère, pur Lri:i.L, Edinhurj^Ii Monihly Journal of Médical Science, Seplemher, tSîiO, p. 201 : Des observalions d'aniaurose produile par .les tumeurs encéplialoldcs du crâne cl de la dure-mère, par Stam.i;y. Lancel,G May, IS^S,

AMAUUOSE.

dinaire un symptôme dominant; quand ce sont les artères vertébrales, il y a surtout de la douleur à l'occiput (1). Le malade est le plus souvent d'une constitution athlétique et |)résenle des signes de pléthore générale. Le contraire s'observe aussi dans d'autres cas ; par exemple, chez les femmes enceintes, qu'on a quelquefois vues attaquées d'amaurose ■ à la fin de plusieurs grossesses successives. On rencontre toujours les signes d'une pléthore locale. L'œil parait i)lus plein qu'à l'ordinaire; il semble faire une saillie inusitée hors de l'orbite ; le malade le fait moins bouger qu'à l'état sain; sa surface est parcourue par des vaisseaux rouges; la face est injectée, et l'arlère temporale et parfois aussi les carotides battent fortement. Au début, la pupille peut n'être pas fort afl'ectée, n'étant ni trop dilatée, ni trop contractée, et variant assez facilement de dimension suivant l'intensité de la lumière à laquelle l'œil est exposé.

A mesure que la maladie avance, la céphalalgie suit une marche irrégulière, parfois elle est intense , d'autres fois à peine perçue. Le malade se plaint surtout alors de ce qu'une gaze épaisse ou un réseau i-end confus tous les objets qui se trouvent devant lui. Au jour, ce réseau est uniformément obscur ; mais, dans l'obscurité, il parait de feu et très brillant, quelquefois rougeâtre ou bleuâtre. Ce symptôme s'accroît sous l'inlluence de toute cause qui augmente la pléthore locale, ne fût-ce que pour un instant. Ainsi, par exemple, si le malade fait de grands efforts en allant à la selle, le réseau semble plus épais pendant quelques minutes; et si cette cause ou d'autres analogues et propres à augmenter la congestion locale, se répètent fréquemment, et que Ton n'ait point recours aux moyens propres à faire disparaître la pléthore locale, la vision s'éteint bientôt complètement. C'est, au reste, ce qui arrive presque constamment, même en l'absence de ces causes, quand on n'emploie point le traitement indiqué; seulement, ce résultat est moins rapide que lorsque ces causes viennent agir fréquemment. A la fin, toute trace de sensibilité à la lumière disparaît. Le malade continue de se plaindre de pesanteur de tète. Il accuse aussi une sensation comme si ses yeux augmentaient de volume; ces organes sont aussi plus durs au toucher qu'à l'ordinaire. La pupille devient immobile, quoiqu'elle soit rarement fort dilatée. Le malade regarde à vide, et offre d'une manière frappante le regard fixe, particulier aux amauroliques.

Causes excitantes. — Toute influence capable de produire ou d'accroître d'une manière continue ou fréquemment répétée un afflux de sang vers la tête, peut être considérée comme cause de cette espèce d'amaurose. Les individus d'un tempérament pléthorique peuvent généralement la faire naître à volonté à un léger degré. Lorsqu'ils s'in-

(I) BiiiciiT Guy's llospital Reports, vol. I, p. 9; Lomloii, 1856.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE.

cliiient en avant, qu'ils se mettent la tète en bas, qu'ils serrent forlcincnt leur cravate, ou qu'ils ont recours à tout autre moyen propre à accroitre la circulation du sang à travers le cerveau, ou, peut être , pour parler plus correctement, lorsqu'ils empêchent de (iuel(iue façon que ce soit le retour de ce lluide vers le cœur, ils excitent l'apparition de mouches volantes, ou même une cécité complète temporaire. Boerhaave rapporte le cas d'un homme qui, chaque fois qu'il s'enivrait, était atteint d'une amaurose complète. Cette maladie venait par degrés, s'accroissait avec la quantité de vin bu; et après que l'ivresse était dissipée, la vision revenait (1). Beaucoup de personnes pléthoriques s'ajierçoivent que leur vue s'allaiblil pendant l'accroissement de rapidité de la circulation qui succède à un bon repas accompagné de quelques verres de vin; au contraire, assez souvent les personnes d'une constitution faible trouvent qu'en pareille circonstance leur vue s'améliore.

On peut signaler les influences suivantes comme causes prédisposantes probables d'amaurose congestive ; la grossesse, l'accouchement lent et laborieux, l'habitude de lever et de porter de pesants fardeaux, les occupations qui exigent que l'on reste pendant longtemps la téte courbée en avant, en même temps que les yeux sont fort employés; les travaux qui exigent une grande activité de la vue en même temps que de l'intelligence, la colère et les autres passions violentes, la suppression brusque de quelque écoulement sanguin habituel, la suppression des menstrues, l'oubli de saignées périodiques auxquelles l'individu était accoutumé, l'ablation, par la ligature ou de toute autre façon, d'hémorrhoïdes dont l'écoulement sanguin était devenu habituel, des vomissements violents et de longue durée, une marche forcée par un temps chaud, des bains très chauds, même les bains des pieds seuls, un trop long séjour dans une assemblée trop nombreuse, une débauche excessive et inaccoutumée , la constipation fréquente , les efforts violents pour aller à la garde-robe, l'habitude de se coucher la léle très basse, les tumeurs scrofuleuses volumineuses du cou qui compriment les veines jugulaires, un obstacle à l'entrée du sang veineux dans le cœur par suite d'un rétrécissement de l'orifice auriculo-venlriculaire droit. Si deux ou plusieurs de ces causes agissent ensemble, et surtout si elles viennent à agir brusquement sur un individu qui se trouve constitutionnellement disposé aux congestions vers la tête, le danger de voir survenir une amaurose congestive est bien plus grand encore.

Causes prochaines. — On décrit la pléthore comme étant caractérisée par une plénitude excessive des vaisseaux, une surabondance de sang, la rougeur de la partie par suite de la distension des vaisseaux sanguins ; par la rougeur, la chaleur et même la tuméfaction de la

(t) De morbis oculorum, p. 7b ; GoUingoe, 1746.

SIO

AMALUOSE.

lolalilé ou d'une partie du corps, par suite de la même cause; et comme étant néanmoins un étal dillércnt de riiillanmiation. L'absence de douleur aiguë paraît être un des principaux caractères qui distinguent la pléthore de rinllammation ; mais on peut ajouter, bien que la pléthorcse termine fréquemment parla rupture de vaisseaux delà par- ' tieaflcctée, quelle peut souvent se terminer d'une autre façon, tandis que l'inflammation, bien que se terminant parfois par résolution, s'accompagne le })lus généralement d'un épanchcmenl de sérum ou de lymphe coagulablc, de la formation de pus, d'ulcération, de gangrène, ou même de l'apparition successive de plusieurs de ces phénomènes.

« Les mots pléthore et afjlxix sangiim vers la tête, dit le docteur Burrows, sont souvent employés comme synonymes dans le langage médical ; ils diffèrent cependant beaucoup, car l'afflux peut exister sans qu'il y ait pléthore, et celle-ci sans qu'il y ait afllux. Le sang peut arriver au cerveau avec une vélocité extraordinaire, n'agir que par l'accélération de sa circulation et être emmené aussi facilement par les veines qu'il a été apporté par les artères : voilà l'afflux. Le sang peut y être envoyé avec sa rapidité ordinaire, ou avec un degré de rapidité plus grand ou moindre qu'à l'étal normal, et, par suite de quelque obstacle, être empêché de revenir par les veines en proportion convenable avec l'abord qui s'en fait au cerveau ; il s'y accumule donc : voilà la pléthore (1). »

La pathologie de la pléthore du cerveau et de sa conséquence fréquente, l'apoplexie, ne me paraît pas bien comprise; car, si d'un côté de nombreuses observations portent à supposer que l'inflammation des tuniques artérielles et le dépôt de matière athéromateuse et calcaire entre leurs membranes moyenne et interne sont dans un rapport étroit avec ces maladies, si elles n'en sont pas les causes prochaines réelles, et conduisent dans les cas d'apoplexie à la rupture des vaisseaux et à l'extravasation du sang; d'un autre côté, les cas nombreux dans lesquels, après la mort par apoplexie , on ne peut découvrir aucune apparence morbide à l'intérieur du crâne, démontrent que non-seulement il reste beaucoup de recherches à faire sur ce sujet, mais que, quant à présent, on ne saurait tirer de conclusion générale sans s'exposer à quelque grave erreur. Les symptômes que l'on admet vulgairement comme indiquant un afllux de sang vers la tète ou un accroissement dans la quantité de sang du cerveau, se rencontrent dans des états tout opposés de cet organe.

Pronostic. -— Tant que l'amaurose est à la période commençante et que la vue n'est pas fort affaiblie, le praticien peut se hasarder à porter un pronostic favorable; dans la période confirmée, ou lorsque la vision est complètement ou presque complètement abolie, le pro-

(1) Comnicntarics on Iiisanity, p. 120, London, 1828.

EXE.Ml'LtS DE QUELQUES-UNES DES ESPliCES d'a.MAUROSE. 81 i

noslic est cxtrcineinonl fàclicux. Lors inrinc (luc, le mal ne dalc que de quelques jours, si la vue manque eomplélemeiit, il n'y a que peu d es[)oir de guérison. l^orsque le malade esl resté plusieurs mois dans cet état, il n'arrive presque jamais qu'il obtienne la restitution même du plus léger degré de vision (1).

Traitement. — Les attaques, légères au début, sont souvent guél'ies par le repos, les pui'gatil's et la diète. Dans les cas |)lus menaçants, on doit recourir à la saignée, pratiquée soit à l'une des veines du bras, soit à la veine jugulaire, soit à l'artère temporale. On y ajoute, si on le juge nécessaire, des saignées locales, comme des ventouses scarifiées à la nuque ou aux tempes, ou des applications de sangsues à la tète. Les purgatifs ont une utilité toute spéciale. On prescrira l'abstinence de toute nourriture animale, aussi bien que de toute boisson alcoolique. On fera des applications froides sur la tète préalablement rasée. On recommandera le rei)os complet des yeux et du corps, et l'on écartera soigneusement l'irritation que pourrait produire la lumière.

C'est donc sur le traitement déplétif et antiphlogislique sous toutes ses formes que l'on doit compter au début de l'amaurose. Ils échoueront rarement si l'on y a recours dans les deux ou trois premiers jours, et si on les emploie avec la vigueur nécessaire.

Si la maladie a été négligée, ou traitée sans la saignée, ce qui équivaut à l'absence de tout traitement, il faut encore recourir à la saignée. Si on l'a déjà largement appliquée sans avantage, le pronostic est très fâcheux. On doit alors essayer d'exciter le système absorbant, surtout à l'aide du mercure et des révulsifs, provoquer la salivation au moyen du calomel ou des blue pills, et appliquer des vésicatoires à la tète et un cautère à la nuque.

Si ce traitement échoue, on peut encore recourir à beaucoup d'autres moyens; mais on ne doit employer les stimulants qu'avec les plus grandes précautions, attendu qu'ils peuvent reproduire facilement une nouvelle congestion, ou même déterminer une apoplexie.

§ Vm. — Aniaurose produite par l'apoplexie, l'hémorragie cérébrale, etc.

Lorsqu'on néglige la pléthore cérébrale, il arrive très fréquemment qu'elle se termine par l'abolition brusque de la sensibilité et du mouvement, état auquel on donne le nom apoplexie. VarmWes symptômes ordinaires de cette affection, figurent l'abolition de la vision et très fréquemment la dilatation des pupilles.

Au point de vue pathologique, l'apoplexie se divise en trois variétés, savoir : l'apoplexie avec exlravasation de sang, l'apoplexie avec épanchement séreux, et l'apoplexie qui ne laisse voir aucune altération

(1) Voyez une observation rapportée par I. J. Ikin, Luiicel, JiUiiiaryO, I85G, p. î)69.

AMAUUOSE.

ôvidcnlc, à la dissection. Le docleur Abercrombie appelle celle dernière apop/erie simple. Lorsqu'une personne esl l'rappée d'apoplexie, et qu'on ne trouve à l'autopsie aucune altération morbide dans le cerveau, on doit rechercber la cause du tnal dans la rupture de l'équilibre qui doit exister entre les systèmes artériel et veineux de cet organe. L'aniaurose peut être la conséquence de l'une ou l'autre de ces trois variétés d'apoplexie, et être l'un des symptômes les plus prompts ou les plus lents à disparaître.

Il n'est nullement improbable que, dans certains cas où l'on ne pense point à l'apoplexie, l'amaurose est le résultat de la rupture de plusieurs petits vaisseaux laissant écbapper isolément du sang, qui se rassemble en un seul caillot, ou qui se creuse plusieurs petites loges sur ou dans le cerveau, dont il déchire, dans ce dernier cas, la substance. Ces légères attaques apoplectiques peuvent ne point attirer l'attention du malade, jusqu'à ce qu'il s'aperçoive qOe sa vue est fortement affaiblie. Cet état est fréquemment suivi de paralysie et de perte de la mémoire.

La soudaineté de l'attaque et les circonstances dans lesquelles se trouve le malade au moment de son invasion, peuvent nous amener à conclure qu'il s'agit d'une apoplexie. Un homme qui me consulta, par exemple, était devenu soudainement aveugle de l'œil gauche pendant qu'il assistait à un meeting public, brillamment éclairé au gaz, et dans lequel il avait été excité et exposé à une forte chaleur. Quelque temps après , il survint aussi une amaurose de l'œil droit et une paralysie partielle de la langue. J'ai vu un autre homme, affecté depuis dix ans d'une amaurose incomplète de l'œil droit, qui devint tout à coup incomplètement amaurotique de l'œil gauche, pour avoir soufflé pendant une demi-heure dans une cornemuse des Highlands, ce qui exige de grands efforts de la part des poumons. Jai vu, en consultation avec le dopteur Rainy, un gentleman qui, pendant un voyage, se levant un matin et regardant par la fenêtre de son hôtellerie, s'aperçut qu'un de ses yeux était complètement amaurotique; quelques mois après, il devint hémiplégique. James Gregory, le célèbre inventeur du téle'scope à réflecteur, fut brusquement frappé de cécité, dans sa trente septième année, pendant qu'il observait les satellites de Jupiter, et mourut quelques jours après.

Dans un cas d'apoplexie rapporté par M. 'Williams (1), on trouva que du sang coagulé avait pénétré dans la substance même de l'un des nerfs optiques.

Le traitement de l'amaurose suite d'apoplexie ne diffère en aucun point essentiel de celui que nous avons exposé ci-dessus pour la même maladie, suite de congestion cérébrale.

(1) Médical Faets and Observations , vol. V, p. 97 ; London, 1794.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE. 813

Obs. 576. — M. Stevenson fut appelé ù donner des soins à un malade, âgé de 40 à SO ans, qu'on avait trouvé gisant a terre dans un étal apoplectique. Cette personne était grande et mince, sa face pâle, et sa manière de vivre extrêmement sol)re et régulière; il n'y avait donc pas lieu do penser qu'elle serait devenue victime de l'apoplexie. Malgré l'emploi de moyens variés et actifs, il mourut douze heures après l'atiaiiue.

Dans la matinée du jour suivant, M. Stevenson examina le contenu du crâne, et trouva non-seulement les marques les plus évidentes d'une congestion sanguine dans les méninges mais une accumulation considérable de Iluide décoloré dans les ventricules du cerveau, et une masse de sang coagulé disposée de façon à comprimer le cliiasma. Cette circonstance expliqua la cécité absolue et la dilatation prononcée des pupilles, que l'on avait observées quoique, lors du premier examen de M. Stevenson, le malade n'eût pas encore complètement perdu la connaissance et la sensibilité (1).

Obs. 577.— Ann Nowlan , âgée de 43 ans, mariée, entre au Sir Patrick Dunn's IIospital, à Dublin, affectée, disait-on, depuis plusieurs jours d'une lièvre pour laquelle elle s'était procuré chez un médecin une potion cordiale diapliorélique. Lorsqu'elle entra dans le service de M. Law, elle offrait les symptômes suivants: — Céphalalgie sus-orbitaire très intense; pouls à dOO, faible; langue chargée h sa base et à son centre d'une croiile d'un brun foncé, rouge et luisante à la pointe et aux bords ; é])igaslre sensible et douloureux à la pression; peau d'une température normale; pas de pétéchies; grand aballcment d'esprit. Douze sangsues à l'épigastre, une potion effervescente avec de l'opium; lotions froides sur le front. Ces moyens ne tirent disparaître ni la céphalalgie, niles nausées, ni l'irritabilité de l'estomac.

En examinant soigneusement les symptômes, le docteur Law fut amené à considérer la céphalalgie comme le premier chaînon de la maladie, et tous les autres désordres comme en étant les effets. La malade reconnaissait qu'elle était depuis longtemps sujette à la céphalalgie. La puissance de la voix et la faculté de se mouvoir qu'elle conservait, paraissaient incompatibles, relativement aux autres symptômes, avec l'idée d'une fièvre. Agissant donc d'après cette idée, on appliqua des sangsues à la tempe gauche, point où elle rapportait principalement la douleur. Cette application amena du soulagement. On essaya ensuite des vésicatoires, qui soulagèrent aussi pour un temps. Le docteur Law se détermina alors à mettre le système sous l'influence du mercure, et prescrivit dans ce but une combinaison de caloniel avec la poudre de James. La bouche ne fut pas plus tôt devenue malade, que la céphalalgie cessa et que la langue se nettoya. La disparition complète de la douleur ne dura que le temps que la bouche resta malade; et l'influence mercurielle n'eut pas plus tôt cessé, que la douleur revint, quoique moins constante et moins intense. Lorsque la douleur reparut, la langue redevint chargée. On eut de nouveau recours au mercure, qui fit disparaître la douleur sans retour.

La malade appela alors pour la première fois l'attention de M. Law sur un affaiblissement de la vue de son œil gauche, dont elle pouvait se servir parfaitement à l'époque de son entrée à l'hôpital. On trouva la pupille dans un état de dilatation permanente. Le docleur Law appliqua plusieurs vésicatoires, et en saupoudra quelques-uns avec de la strychnine, mais l'œil devint complètement amaurolique.

La malade était depuis longtemps exempte de céphalalgie et ne paraissait plus en proie qu'à un grand découragement, lorsqu'elle fut prise soudain d'une atlaque. On la trouva dans un état d'insensibilité complète; la respiration était extrêmement laborieuse, mais sans stertor; le pouls était faible et lent; la face n'était pas injectée; il n'y avait pas de battements des carotides. On ouvrit l'artère temporale, et quand on en eut tiré à plein jet environ dix onces de sang, le pouls commença ù faiblir. On appliqua une compresse et un bandage, maison n'arrêta qu'avec difllculté l'écoulement sanguin. La face s'injecta alors, les carotides commencèrent à battre avec force, et au moment où l'on allait administrer à la malade un lavement à la térébenthine, deux heures environ après l'apparition de son attaque, elle expira.

Autopsie. 11 s'écoula une quantité considérahle d'un sang noir et fluide lorsqu'on incisa le cuir chevelu. Les vaisseaux superficiels du cerveau étaient fortement congestionnés. Lorsqu'on eut enlevé le cerveau, on ne trouva pas moins do six onces de sang fluide

(I) Stevenson. On Amaiirosis, p. i; Londun, 1821.

AMAUROSE

épiincli(5 à sa base. Un caillol ■voliiniiiioiix occiipail la place du locus perforalus, ou planclior du iroisiùino voiilriculo, qui soiiililall conipléleuiciil délrull. Les deux pédoncules cérébraux élaient allongés el déplacés, cl leur consistance diminuée par suite de la violence qu'ils avaient essuyée. Les ventricules latéraux étaient distendus par <leux caillots de sang qui se trouvaient en contact l'un avec l'autre |)ar la destruction du sepLuvi lucidum. La couclie optique droite était à l'état normal ; le centre de la gauche, ramolli et décbiré, contenait un caillot sanguin. L'artère basilaire était saine, mais les artères moyennes du cerveau présenlaieiil plusieurs poinis ossifiés. 11 n'y avait aucune apparence de maladie dans les neris optiques (1).

Obs. 578. — Feu le comte de Liverpool fut atteint, à la suite d'un refroidissement, d'une phlébite crurale accompagnée d'un ralcnlissement marqué du pouls qui ne battait que 44 fois par minute. La vue de l'œil gauche s'affecta, et il éprouva bientôt une série d'attaques d'apoplexie qui entraînèrent la mort.

La veine iliaque gauche était complètement obstruée, et il existait dans le cerveau, audessus du ventricule droit, une grande cavité remplie de sérum (2).

Obs. 579. — Le docteur Abercrombie (3) rapporte le cas d'un gentleman qui, à la suite d'une attaque d'apoplexie, perdit la vue el resta pendant environ sept ans dans un élat de cécité complète. Au bout de ce temps, un jour qu'il se promenait dans sa voiture, il récupéra soudain la vue, et constata qu'il avait conservé toute l'habileté à dessiner, qu'il possédait avant son attaque.

H se peut que, dans ce cas, un caillot sanguin eùl comprimé les nerfs optiques; avec le temps, il s était sans doute contracté, avait changé de place et délivré ainsi les nerfs optiques de la pression qu'il exerçait sur eux. Une chute sur la tète, dans un cas puhlié, rendit la vue à un amaurolique, probablement en déplaçant un caillot (4).

g IX. — Amaurose produite par un anévrysme des artères du cerveau.

M. Ware pensait que l'amaurose était due assez souvent à la dilatation dncirculus arleriosus. «Si, dit-il, la dilatation occupe la partie postérieure du circulus artei-iosus, de façon à comprimer les nerfs moteurs oculaires, il en résulte une paralysie des paupières, et les yeux perdent la faculté de se mouvoir. Mais si la dilatation occupe la portion antérieure du circulus, comme la compression porte alors sur les nerfs optiques, la vue est nécessairement détruite. Et si la dilatation s'effectue dans les deux portions à la fois, de façon à comprimer en même temps et les nerfs moteurs oculaires et les nerfs optiques, les paupières restent immobiles, et les yeux sont à la fois paralysés dans leurs mouvements et dans leur faculté visuelle (5).

(1) Dublin Journal of Médical Science, vol. IX, p 107; Dublin, 1856.

(2) Lee. On Ihe Diseasesof Women,p. 169; London, 1852. (5) Op. cit., p. 309.

(4) Voyez le cas de .lacob nenlinger, qui devint aveugle trois semaines avant une attaque d'apoplexie mortelle, Wepfert ITistoriœ apoplecticoriim, p. 14-; Amsiclœdami, 1724: Un cas de guérison d'amaurose apoplectique; Poiital, sur la Nature et le Iraitcmenl de l'apoplexie, p 19- Paris 1811 : I.e cas de John Cunningium Saunders, Farrc's Life of Saunders, en téle du Treatise on some Praclical Poinis rclaling to ll.e Diseases of the Rye, p. 19 ; London, 1811 : Un cas survenu pendant le typhus, Armstronc's Praclical lllusirations of'l yphus 1-evcr, p. ZJ; London, 1819. "

(5) Observations on tlic Cataractand Gutta Serena, p. 400; London, 1812.

EXEMPLES DE Ql'EI.QllES-l)^ES DES ESPÈCES D'AMAUflOSE.

Il esl impossible do (lire si c'est irolleinenl là iiiu! cniise fré(|iienle (raiiiaurose. Le manque d'autopsies bien laites esl ('((rtaiiiement une des grandes causes de l'obscui ité qui règne sur les ulleclions amauroliques. L'observation suivante, rapportée par M. Spurgin, démontre que l'amaurose est quelquel'ois la conséquence de lanévrysme des artères cérébrales.

Obs. 580. — Un ouvrier, âgé de 57 ans, perdit tout à coup connaissance pendant qu'il était à son travail, vers le comnienconient de mars; mais il se rélahlil promplement sans secours, et reprit ses occupations. Trois semaines après, nouvelle atUMpie à la suite de laquelle il resta trois ou quatre jours dans un étal de stupeur, il accusait, au sommet de la tète une douleur constante, qui augmentait beaucoup lorsqu'il se penchait en avant, et qui souvent l'enipêcliait de dormir, il avait l'air abattu, pesant et le teint cachectique. Il était morose et chagrin, refusant fréquemment de répondre à ceux qui le soignaient et les trouvant souvent en faute. Les pupilles étaient fortement dilatées, mais toutes deux se contractaient lentement lorsqu'on en approchait une forte lumière. L'œil droit était affecté de cataracte; néanmoins il distinguait de ce côté la lumière d'avec l'obscurité. Son pouls était d'ordinaire à 90 et faible. On le purgea largement, et on lui appliqua un vésicatoire à la nuque. Ces remèdes le soulagèrent un peu; mais après quelques jours, la douleur revint aussi constante et aussi forte que jamais. On lui appliqua au cou des ventouses sca-rifiées qui donnèrent liult onces de sang et diminuèrent beaucoup la douleur. Quatre jours après, pendant qu'il était à diner, il perdit de nouveau connaissance et tomba dans le coma : respiration difficile et stertoreuse, pouls plein et lent. La pupille de l'œil droit était dilatée; celle de l'œil gauche contractée; toutes deux immobiles. On lui pratiqua une large saignée du bras, et on lui appliqua des vésicatoires; mais son état empira rapidement, et il mourut le lendemain matin.

On trouva, à la dissection, que la dure-mère adhérait plus fortement que de coutume au crâne et qu'elle offrait une teinte d'un bleu noirâtre due aux veines situées par-dessous. Des adhérences s'étaient établies entre celte membrane et l'arachnoïde, et entre celte dernière et la pie-mère. Les veines de la pie-mère étaient fort dilatées et gorgées de sang. Trois ou quatre fongosités s'étaient élevées de la surface du cerveau à travers les membranes et adhéraient à l'os. En soulevant la faulx du cerveau, on la trouva unie aux deux hémisphères, et celles-ci, au-dessous de la faulx, unies l'une à l'autre. Une quantité considérable de fluide fortement coloré par du sang, s'échappa du ventricule gauche dès qu'il fut ouvert, et l'on trouva un pelit caillot attaché au plexus choroïde. En enlevant la partie supérieure de l'hémisphère droite, on ouvrit le ventricule droit, qui se trouvait à un niveau plus élevé que de coutume, et l'on découvrit une quantité de sang coagulé pouvant s'évaluer à trois ou quatre onces. Le corps strié droit avait plus que double de volume. La surface de ce corps et les parois du ventricule étaient pulpeuses, de couleur rougeâtre, et semblaient avoir subi une abrasion. Lorsque l'on eut enlevé le cerveau hors du crâne, on découvrit à la surface inférieure du lobe antérieur droit une longue trace rouge, audessous de laquelle on découvrit un abcès de plus d'un pouce de longueur. Immédiatement au-dessous, de l'autre côté du nerf olfactif, et avant la jonction des nerfs optiques, on trouva un anévrysme de l'artère cérébrale antérieure droite, du volume d'une noisette, comprimant le nerf optique droit. Les parois du sac anévrysmal étaient épaisses et sa cavilé contenait un petit coagulum. Il s'était rompu à sa paroi supérieure dans le ventricule latéral.

La gaîne du nerf optique droit, au niveau surtout de l'entrée du nerf dans l'œil, fut trouvée épaissie, distendue par le sang et fortement adhérente à la substance propre du nerf. Les veines étaient fortement dilatées sur la face postérieure de la sclérotique. La choroïde avait son aspect ordinaire; mais la réline présentait une teinte gris rougeâtre, et l'on pouvait suivre sur toute sa surface jusqu'au cristallin les ramifications de la veine centrale. La capsule postérieure du cristallin était opaque, le cristallin à demi opaque et réduit à la moitié de sa dimension naturelle (1).

(1) London Médical Repository for Jiine, 182S, p. 443 : Voyez une obscrvalion par Slilling, Ammon's Zcilsehiifl fur die Oplilhalmologic, vol. Itl, p. 465 j Dresden, 1853.

AMAUnOSE.

§ X. — Amaurose suite de tuméfaction de la glande pituitaire. ^

Située au-dessous et derrière le cliinsma des nerfs optiques, la glande piluilaire, lorsqu'elle prend un développement morbide, vient néeessuirement comprimer ces iierls; on Ta quelquefois vue en délei-mincr l'absorption presque complète. Dans quelques cas il se développe une tumeur entre les deux lames de la dure-mère qui renferme la glande, celle-ci, de même que les nerfs optiques, est déplacée par la tumeur (1).

On a publié de nombreux exemples d'amaurose déterminée par raugmentation de volume de la glande pituitaire. Dans quelques-uns de ces cas, l'afTection de la vue a été Tun des premiers symptômes; tandis que, dans d'autres, elle n'a été troublée qu'après que divers autres signes d'affection encéphalique se furent manifestés. En même temps que l'amaurose, qui affecte généralement les deux yeux, et qui, après avoir été incomplète pendant un certain temps, devient tout à coup complète, le malade accuse de la douleur ou une sensation de pesanteur dans le front, une violente douleur dans les tempes, de l'apathie, la perte de la mémoire, l'émacialion, et une faiblesse générale. La tuméfaction de la glande pituitaire paraît ne déterminer ni convulsions, ni hémiplégie, mais sa présence parait provoquer de l'inflammation dans les parties environnantes, de sorte qu'à la fin les symptômes présentent une combinaison de ceux de l'encéphalite avec ceux de la compression du cerveau.

A la dissection, on trouve la glande fort augmentée de volume, quelquefois dilatée sous la forme d'un kyste, ou contenant du pus, et les parties environnantes fort enflammées. Dans quelques cas, l'infundibulum est le siège de gonflement, comme dans une observation rapportée par De Haen (2).

Obs. 581. — John Auslin, boulanger, homme fortement musclé, menant une vie bien réglée, âgé de 38 ans, était depuis trois ans affecté d'un obscurcissement de la vision, accompagné, à de certains intervalles, d'une douleur intense dans la partie antérieure de la tête et d'une sensation de brûlure et de plénitude dans les orbites. Il ne retira aucun avantage des sangsues, des vésicatoires et d'autres remèdes; les sangsues, au contraire, semblèrent plutôt accroître ses souffrances. Ses forces et sa santé générale continuaient à être bonnes, il restait levé la plus grande partie de la nuit, et portait souvent pendant le jour de pesants fardeaux. Les fonctions digestives s'exécutaient bien la plupart du temps, excepté à de courts intervalles, et alors par suite de causes que l'on pouvait considérer comme entièrement indépendantes de toute affection locale.

Le dimanche 25 mai 1823, il se plaignit que pendant les cinq ou six dernières semâmes, l'obscurcissement de sa vue avait considérablement augmenté; que ses douleurs avaient été beaucoup plus intenses, qu'il avait ressenti une forte propension au sommeil, au point que si pendant le jour il s'asseyait un peu pour se reposer, il s'endormait malgré lui et restait dans cet état jusqu'à ce qu'on vînt le réveiller. Depuis deux ou trois jours il avait complètement cessé de voir de l'œil droit, et ce matin même il s'était trouvé comple-

(1) Médical Gazelle, February 7, tSSl, p. 2o3.

(2) Ualio Medendi, Pars 6'°, p. 271 ; Vienna!, 1703.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMADHOSE.

(cmcnt aveugle. Pendiiiit huit à dix jours, il jivnit encore pu disliuguL'r les olijels; mais en allant se coucher le soir précédent, le seul objet qu'il put distinguer était la chandelle, et encore pas très nettiMuent.

lùi examinant les yeux, on n'y découvrait aucune maladie apparente: les pupilles ne se contraclaient pas sous rinilucnce d'une forte lumière; elles élaicut un peu i)elites, mais parfaitoment Iransparentos. i.e malade accusait de la perte d'appélil. l'ouls à !JG et pelil. Dans la supposition que les symplômes les plus saillanis dépendaient d'un état maladif de l'estomac, on lui prescrivit un éméliqno, à faire suivre de la prise de cinq grains de calomcl et d'une potion apérilive le lendemain matin.

Le jour suivant, la céphalalgie n'était point aussi intense, et il avait jusqu'à un certain point récupéré la vue de l'œil gauche; il voyait les fenêtres, et lorsqu'on plaçait la main devant ses yeux, il apercevait quelque chose, mais sans pouvoir dire ce que c'était. On répéta les mêmes médicaments.

Le (27, il se plaignit d'être beaucoup plus faible, elconséquemmenl garda le lit, ce qu'il n'avait point encore fait jusqu'alors. La céphalalgie avait diminué; la vue était comme 10 26: il dormait constamment et ronflait bruyamment. On prescrivit six sangsues aux tempes; on continua le calomel et la potion apéritive, et l'on appliqua un vésicatoire à la nuque.

Le 28. on appela un oculiste éminent, qui considéra la maladie comme due à une congestion des vaisseaux du cerveau, prescrivit une saignée du bras de vingt onces et une potion saline toutes les quatre heures. Le malade tomba en syncope lorsqu'on le saigna.

Le 29, il était encore plus disposé au sommeil ; on ne l'éveillait qu'avec difficulté, mais alors il parlait sensément, et répondait aux questions qu'on lui adressait. Depuis la saignée, le pouls élail à 120 et plus faible ; le malade était plus affaibli. Un médecin que l'on appela prescrivit une saignée du bras de 24 onces, la continuation de la potion saline, 4 grains de calomel à prendre le soir, et un laxatif le lendemain malin. Le lendemain à midi et demi, le malade mourut.

A la dissection, on trouva les membranes du cerveau complètement saines; les vaisseaux étaient un peu distendus; les ventricules ne contenaient qu'une quantité ordinaire de liquide. En soulevant les lobes antérieurs du cerveau, on découvrit une tumeur qui s'élevait de la région de la glande piluitaire et comprimait les nerfs optiques : son volume était considérable, elle s'était creusé un nid dans les lobes antérieurs; les nerfs optiques étaient étalés sur elle, le droit plus que le gauche; les nerfs olfactifs étaient également comprimés (1).

Obs. 582. — Un individu du nom de Bardon, âgé de 36 ans, entra à l'Hôtel-Dieu de Paris le 8 septembre 1827. Ses pupilles étaient fortement dilatées; la droite était encore légèrement mobile, mais la gauche ne l'était plus du tout. L'œil gauche était complètement perdu; le droit ne permettait d'apercevoir que les gros objets, sans que le malade pût en distinguer la dimension, la forme, ou la couleur. Il avait été pendant huit ans sujet à de violentes douleurs de tête, et, un an et demi avant son admission à l'Hôtel-Dieu, il avait été obligé de renoncer à ses occupations, qui exigeaient qu'il écrivît beaucoup. Son teint était paie et sa constitution lymphatique. On le saigna et on lui passa un sélon au cou. mais sans résultat avantageux. On appliqua ensuite au front et aux tempes des vésicaloires qui furent suivis d'une amélioration si notable, que, au bout de trois semaines, il apercevait très distinctement des personnes passant h une grande distance. On continua l'usage des mêmes moyens, et le malade resta dans cet état jusqu'au 13 novembre. Ce jour-là, il accusa de la céphalalgie et des douleurs violentes dans les yeux et les oreilles. Le IS, on lui appliqua 15 sangsues derrière les oreilles : la céphalalgie céda, mais les autres douleurs persistèrent. Le 21, deux ou trois minutes après avoir parlé à un de ses médecins, il expira subitement.

Il existait dans l'intervalle situé entre la jonction des nerfs optiques et le i)onl de Varole, et entre les vaisseaux qui forment le cercle de Willis, un kyste du volume d'un petit œuf de poule, en partie fibreux, en partie osseux, rempli d'une substance jaunâtre

(I) WAnn. London Mcrlical Roposilory, vol. XX, p. 217; Loiulon, 1825 : Voyez Powell. Médical Transaclioiis, vol. V, p. 225; LÔiidoii, 1815 : IUyeii. Archives générales de médecine, . III, p. ôiiO : Paris, 1825.

SIS AMAlinOSE.

iiu'Iiiiigée (le siing. Un tiers environ de colle siibslimce était solide ot rcsseiniiiait assez à un liiliercule; le reste était nn lliiide oléagineux, (^e l;\st(! avait aplati et prestiue détruit les n(.'rls optiques. Ce (pii restait de ces lu'vk adhérait eu deitans au kyste par un peu de sul)stauee cérébrale altérée et venait se iicrdre en avant sur la pcirtiou osseuse qui correspondait à la couiniissure des neris. IMus en avant, les neris entrant dans iesorliites étaient fort amoindris, et entre leur portion antérieure et la postérieure, il n'y avait pas d'autre moyen de continuité que celui constitué par l(! liyste. Il n'existait point de traces de la glande pituitaire, dont le kyste occupait la place. La réline à rintérieur de l'œil élait mince, rougeàlre et presque transparente (1).

Celle observalion a élé publiée par Mageiulie, avec la queslion suivanle en icle : La vision peut-elle persister malgré la destruction des nerfs optiques? Il esl à présumer, ou que le malade s'esl trompé relativement au degré de- vision qu'il a récupéré après l'application des vésicatoires, ou que, si réellement il voyait passer les personnes dix jours avant sa mort, comme le dit l'observation, les progrès de la maladie avaient été extrêmement rapides pendant sa dernière période.

g XI Amaurose suite de commotion ou de toute autre lésion traumatique

de la tète.

Les lésions Iraumaliques de la tête, plusieurs même de celles qui paraissent légères et n'occasionnent aucune inquiétude au début, déterminent l'amaurose beaucoup plus souvent qu'on ne le pense.

Il arrive assez fréquemment, dans les cas de commotion cérébrale ou d'autre lésion traumatique de la tête, assez intense pour étourdir le malade, qu'il reste pendant un certain temps complètement insensible aux impressions extérieures. Le rétablissement, qui d'ordinaire esl prompt, estparfoiscomplet; d'auli^esfois, à l'insensibilité complète succède un étal dans lequel la sensibilité n'est qu'aflaiblie, mais non détruite. Les impressions ordinaires n'agissent point sur le malade; mais néanmoins on peut l'amener à les percevoir. Les pupilles se contractent lorsqu'on expose l'œil à la lumière et sont quelquefois plus resserrées qu a l'ordinaire. Ces symptômes peuvent disparaître complètement en quelques heures, ou persister pendant deux ou trois jours Dans ce dernier cas, il arrive fréquemment que le malade récupère sa sensibilité pour un temps et qu'il retombe ensuite dans son premier état. Lorsque l'inflammation du cerveau succède à la commotion, cette réapparition de la sensibilité peut manquer et les symptômes de la commotion se transformer graduellement en ceux de l'inllammation. Mais il arrive souvent aussi que la sensibilité a reparu pendant un espace de temps considérable, qu'il existe même une période de santé apparente avant que les symptômes de l'inflammalion surviennent. Il peut s'écouler des années avant que le malade soit atteint d'aucun signe marqué de maladie du cerveau.

(1) Journal de Physiologie, t. VUl, p. 28; Paris, 1828.

EXF.Mr'I.KS I)K QUELQIÎES-UNKS DES ESPÈCES u'aMAIIHOSE

L'iiinammalidn qui succède à la coinuioiiou cl aux aulros Icsious lrauinali(iucs de la tcle, pcul être plus ou uioiiis cicudue cl |)lus ou uioins aiguë, aUcclcr loulcs les parties couleuucs dans le crâne et devenir rapidement mortelle, ou rester bornée à (iuel(|iic point particulier du cerveau et ne déterminer la mort qu'après une série de symptômes les plus alarmants, comme une cé|)lialalii;ie violente, Tamaurosc, la paralysie, les convulsions, etc. Ces sym|)tônies apparaissent tantôt dans un ordre, tantôt dans un autre. La connaissance que nous avons des maladies du cerveau n'est pas encore suilisammenl exacte pour nous permettre de rapporter les symptômes qui se présentent à aucun siège spécial ou à aucune terminaison ])arliculière de l'inllammalion.

Les altérations que l'on trouve à la dissection consistent en déchirures du sommet des circonvolutions cérébrales, in jections vasculaires, extravasations de sang, épancbemenis séreux, indurations, ramollissements, abcès diffus ou enkystés, etc.

Obs. 583. — Un jeune enfiint de douze ans reçut à- l'école un coup du bord d'une règle plaie parce qu'il apprenait dllïlcilemcnl. Le coup avail porlésur le côté droit de la tcle, el il en était résulté une petite plaie qui, pendant six ans, refusa de guérir; elle se cicatrisa enfin, el peu de temps après la vue commença à faiblir. Cet affaiblissement continua d'augmenter jusqu'à donner lieu à une cécité complète. Puis se présentèrent des accès épilepliques qui revenaient presque tous les jours.

Le seul moyen qui parût offrir quelque chance de succès, était l'ablation d'une portion des os du crâne, à l'aide du trépan, i^a cicatrice de la plaie ancienne, suite du coup reçu, n'offrait aucune apparence particulière: l'os mis à nu ne semblait point malade; sa couleur n'était même point altérée. Lorsqu'on enleva la pièce d'os détachée par la couronne de trépan, il s'échappa un peu de sang et de fluide séreux qui se trouvait entre le crâne ella dure-mère. Celle membrane, toutefois, n'avait point perdu sa coloration normale. Le lendemain, les deux pupilles avaient repris leur sensibilité ; elles se dilataient el se contractaient suivant le degré de lumière. La cécité resta complète comme avant l'opération. Les forces du malade déclinèrent d'heure eu heure; il survint une lièvre lente, el le troisième jour après l'opération, le malade fut pris d'un accès beaucoup plus intense qu'à l'ordinaire, et à la suite duquel il mourut.

A l'autopsie, le crâne el la dui'c-mère sembliiienl partout sains. Au-dessous du point où la dure-mère avait élé mise à nu par la tréphine, el en regard par conséquent de l'ancienne blessure, la pie-mère avait évidemment élé le siège d'une inflammation chronique circonscrite. En incisanlle cerveau, on le trouva le siège d'une induration s'étendanlà tout le lobe moyen du cerveau, débulantà la surface de l'Iiémisplière el s'étendanl jusqu'à la base du crâne ( I).

Obs. oS4. — Une jeune fille de quinze ans reçut en jouant une légère tape plutôt qu'un coup sur le côté droit de la tète. Elle ressenlil sur .le moment une douleur assez vive; mais elle ne s'en occupa point, el il ne survint d'autre conséquence immédiate qu'une céphalalgie débutant toujours par la partie qui avait élé frappée. Elle continua pendant plus de Irenle ans à Cire sujelle à ces attaques; à celle époque, quoique naUirellenieiil vive, elle devint pesante, quelquefois hébétée et assoupie, sans aucune cause nouvelle connue. Cet état alla en s'accroissanl au point que, pendant les dix-huit derniers mois^de sa vie, il était très dilïicile de la maintenir éveillée; mais lorsqu'elle s'éveillait, ne fût-ce que pour une demi-heure, elle déployait tout le brillant de sa conversation ordinaire. Puis, loulù coup, elle tombait dans un assoupissement dont on ne pouvait la tirer.

(I) PraRlical Observations on Siirgcry and Moibid Aiinioniy, by Joiiin llowsiiir, p. lit ; Londun, I8IG.

AMAllIlOSE.

Les choses marchèreiU ainsi jusqu'à ce qu'elle (oinl)a dans un coma continu ; elle mourui au milieu dos convulsions. ]a\ vue s'était fort afliiilille, mais irùs giaduellenienl.

A la dissection, dès que l'on eut mis à nu le pariétal droit, ou découvrit qu'une portion d'os, de la dimension d'une pièce d'une couronne environ, cl correspondant au point où elle avait reçu le coup et où elle rapportait constamment le siège de sa douleur, était d'une couleur très foncée. En enlevant le pariétal,, on reconnut que la portion dont lu coloration était altérée, était transparente et presque coniplétemenl absorbée. Elle devait sa couleur foncée !\ ce que la portion de riiémispbère droite qui était immédiatement audessous d'elle était complètement noire ; la dure-mère ayant été absorbée en ce point, la couleur apparaissait à travers l'os. Si la malade avait vécu plus longtemps, l'os aurait été aussi complètement absorbe, et le cerveau, suivant toute probabilité, serait venu faire hernie au dehors. La portion du cerveau située en regard de la blessure était indurée et squirheuse; allèralion qui s'étendait ù tout le lobe moyen du cerveau. La couleur était d'un noir livide. Toutes les autres parties du cerveau étaient parfaitement saines, il n'existait aucune altération morbide dans le thorax ou l'abdomen. L'altération que nous venons de décrire avait tellement comprimé les nerfs optiques ù leur origine, qu'elle les avait rendus aussi plats que des rubans; c'est ce qui avait occasionné la perte de la vue qui, quelque temps avant la mort, équivalait presque à une cécité complète (l ).

g XII. — Amaurose par congestion ou inflammation de l'appareil nerveux opti<|ue, occasionnée par l'exposition des yeux à une lumière intense, ou par l'excès d'exercice des yeux.

C'est une des variétés d'amaurose les plus fréquentes; elle peut être le résultat d'une seule exposition des yeux pendant un court instant à une ti^ès vive lumière; d'autres fois, elle est produite par l'examen fréquemment répété d'objets luiuineux, ou par l'exercice prolongé des yeux sur des objets modérément ou imparfaitement éclairés. Certaines personnes, par exemple, ont été frappées de cécité pour avoir regardé une éclipse de soleil. L'exposition des yeux pendant un long temps à la lumière réfléchie par une contrée couverte de neige, l'usage fréquent du télescope ou du microscope, l'action de lire ou d'écrire plusieurs heures de suite, surtout à la chandelle, et d'autres causes analogues, donnent fréquemment lieu à cette variété d'amaurose, et produisent sur les yeux des eff'ets d'autant plus nuisibles, que ces oi^ganes sont plus faibles, ou que les individus sont plus disposés à la congestion cérébrale. Les littérateurs, les graveurs, etc., dont les occupations sont sédentaires et exigent l'exercice continu de la vue, sont souvent afleclés de cette amaurose.

Les symptômes sont variables, mais principalement subjectifs. La congestion ou l'inflammation dont ils dépendent, afl'ecte la rétine, les nerfs optiques et la portion cérébrale de l'appareil optique. Si on la néglige, ellese termine par l'atrophie de ces parties.

Le traitement consiste principalement dans le repos, la saignée, le mercure et les révulsifs.

Qh^ gyS Ayant été consulté, le l" juillet 1844, pour Miss F., âgée de seize ans, je trouvai que, après avoir travaillé au tricot de Berlin, elle avait été prise de douleur dans

(1) Ibid.p. 119.

EXEMVLKS DU QUELQUKS-UNKS DES ESPÈCES D'AMAUHOSE. H!2i

le côlé iîiiuclie lie la lèle el d'un loi obsciircisscinciil de hi vue de l'œil gauche, qu'elle pouvait à peine s'en servir pour lire le titre d'un journal. L'œil droit était aussi un |)eu trouille. ,rappli(|uai dos sangsues autour de l'œil, des vésiealoires derrière l'oreille, elj'adniinislrai trois bliic pills par jour. Ces pilulcsn'iilTcclaiil |)as la liouciie aussi proniptenienl (lueje m'y attendais, j'y suhsliluai des pilules eoinposées de deux grains de caloniel avec un demi-grain d'opium. Ces dernières agirent i)roniplement sur la liouelie et la vue conimeiiea immédialement à s'améliorer. La houclie devint exlrèniemenl malade; une salivation "aboiidanle survint. Vers la lin de juillet, la malade lisull de l'œil gauche les plus petits caractères.

Ol's. S86. — Le célèbre docteur Rcid, professeur de iiliilosopiiie morale à TLlniversilé de Glascow, étant occupé, en mai 1761, îi tracer un méridien exact alin d'observer le pa.ssage de Vénus, dirigea imprudemment vers le soleil, au moyen de son œil droil, les cheveux entrecroisés d'un petit télescope. Il avait fré(iuemnient pendant sa jeunesse exécuté cette manœuvre sans inconvénient, mais celle fois il en souffrit. Il reconnut bientôt que la vue de cet œil était remarquablement obscurcie; pendant plusieurs semaines, chaque fois qu'il se trouvait dans l'obscurité ou qu'il fermait les yeux, il voyait devant l'œil droit un point lumineux qui tremblait comme l'image du soleil vue par réllexion dans l'eau. Ces apparitions diminuèrent graduellement cl devinrent moins fréquentes; mais il lui resta des traces très sensibles de celle affection. La vue demeura trouble: la limite la plus rapprochée de la vision exacte se trouva plus éloignée que de l'autre côlé; enfin cet œil voyait courbes les lignes droites (1).

Obs. 587. — Un soldat qui ne connaissait pas la manière d'examiner une éclipse de soleil, employa pour cela un morceau de verre opaque otï'rant à son centre une portion iransparenle. Malgré la vive douleur que lui faisaient éprouver les rayons du soleil Iraversant cette porlion du verre, il continua de regarder jusqu'à la lin de l'éclipsé. 11 fut pris peu après de vertiges, de douleurs dans le côté droit de la tète, côté correspondant à l'œil qu'il avait employé, et se trouva presque compléleinent privé de la vue de cet œil. Quelques semaines après, s'apercevant que la douleur aiguë qu'il éprouvait dans la tête, persislail, il vint consulter le Baron Larrey, qui trouva les vaisseaux de l'œ^l injectés : la pupille était un peu moins large que celle du côté opposé, mais conservait néanmoins ses mouvements naturels; la vision était très obscure et presque perdue. Après deux saignées, l'une de Tarière temporale et l'autre de la jugulaire, Larrey prescrivit des vésicaloires à la tempe et à la nuque. On appliqua ensuite de la glace sur la tète, puis des moxas qui rétablirent complètement la vue du malade; mais il conserva néanmoins une douleur sourde dans tout le côté droil de la tête (2).

Obs. 588. — Un habitant des Indes Orientales, qui vivait largement et dans l'oisiveté, après avoir été pendant quatre heures ù cheval, exposé <à un soleil brûlant, commença presque immédialemenl à remarquer l'obscurcissement de la vue de l'œil droit; élat qui alla en s'accroissant rapidemeni, au point qu'au bout d'une quinzaine de jours la vue était complètement perdue. 11 n'y eut jamais ni douleur ni inflammation dans la partie. Dix-huit mois plus lard, l'œil, bien que complètement perdu, ne présentait aucune apparence morbide, si ce n'est que la pupille ne se conlraclail qu'imparfaitement lorsqu'on l'exposait h l'action de la lumière (3).

Obs. 589.— Un capitaine de marine s'était beaucoup servi de l'œil droit, depuis plusieurs années, pour faire des observations à l'aide de télescopes et de sextants. Une semaine environ avant de s'adresser à M. Travers, il remarqua devant son œil un brouillard qui alla croissant jusqu'au point qu'il ne pouvait plus distinguer les traits de ses amis, ni apercevoir les grandes lettres des titres des pages. L'œil était exempt d'inflammation, la pupille dilatée et paresseuse ; il n'é|)rouvail de douleur ni dans \'œi\ ni dans la tète. On

(1) Inquiry inlo llie Iliimnn Mind, Cliap. VI, secl. 12.

(2) LAunEY. Recueil (le Mémoires (le chirurgie, p. 227; Paris, 1821.

(3) Collcclioiis l'roiii Ihe Uii|)ublishcd Wrilings of C. II. Paiiuv, M. h , v(d. I, p. îiGI : I-ondoii, I82.'i.

AMAimOSE.

lui tira une grande quanlilé de sang du bras et de la lenipe, el on le purgea éncrgiqueinonlA docouris intervalles avec, un mélange ilccalonic! etdojaliip. Dos vésicaloires furent appliqués aux tempes, puis on (riclioiina celles-ci plusieurs soirs de suite avec un gros de fort onguent mercuriel; ce qui produisit un écoulement abondant de salive et une violente diarrhée, de sorte qu'il n'en obtint aucun avantage. Une pilule de calomel avec l'opium, prise matin et soir, rendit immédiatement les gencives malades. En trois jours, le brouillard commença à se dissiper, et le malade put reconnaître l'heure à sa montre. L'amélioration augmenta si rapidement que, au bout de dix jours, il lisait avec la plus grande facilité les caractères ordinaires et que la pupille avait repris sa dimension el son activité ordinaires (1).

Obs. 590. — M. Allan rapporte le cas du maître d'une imprimerie qui devint aveugle. Il corrigeait les épreuves et lisait 18 heures sur 24; pratique qu'il continua pendant douze mois malgré l'alTaiblissement évident de sa vue. A la fin de ce temps, l'amaurose était si complète, qu'il ne pouvait distinguer un objet d'avec un autre, cl ne conservait qu'assez de perception de la lumière pour trouver son chemin dans les rues. Il resta plusieurs années dans cet étal; mais il Gnil par recouvrer la vue. Le iraitemenl n'esl pas mentionné (2).

I XIII. — Amaurose par congestion ou inflammation de l'appareil nerveux optique, excitée par la présence de vers dans les intestins.

Dans rénumération des symptômes indiquant la présence des vers dans l'intestin, figurent généralement la dilatation des pupilles, l'aspect terne des yeux, une coloration bleue au-dessous de la paupière inférieure, l'épiphora, la pâleur de la face, la céphalalgie, des battements dans les oreilles, un sommeil troublé ; d'un autre côté, on trouve aussi parfois indiqués : l'amaurose, la surdité, et des accès apoplectiques ou épilepliformes, comme pouvant provenir de la même cause. Toutefois, l'existence de la majorité même de ces signes ne peut être considérée comme indiquant à coup sûr l'existence des vers; il n'y a d'autre symptôme formel que le rejet de ces entozoaires par les vomissements ou les évacuations alvines. Chez ceux mêmes qui sont atteints de vers, on doit toujours considérer comme douteuse la question de savoir si c'est à cette cause ou à quelque autre, telle que l'hydrocéphalie ou la formation de quelque altération morbide à l'intérieur du crâne, que sont dus les symptômes amaurotiques. Un médecin de mes amis m'apprend qu'il a eu à traiter, il y a quelque temps, un enfant amaurotique qui avait rendu un grand nombre de lombrics, à la présence desquels il se trouva naturellement conduit à attribuer l'affection des yeux. L'amaurose, toutefois, ne céda point aux anthelmintiques; l'enfant mourut et, à la dissection, on trouva la glande piluitaire formant une tumeur qui comprimait les nerfs optiques et avait déterminé l'absorption de leur substance médullaire.

On doit induire que l'amaurose produite par les vers n'est point une maladie fréquente, de ce fait que Bremser (5) se borne à citer, d'après

(\) Travers. Synopsis of the Discases ofttie Eyc, p. IGG; Loii.lon, t820.

(2) A..1.AN s Syslera of Suri;cry, vol. III, p. 187 ; Eaii.burgh, I82i. Voyez : Case of Discascd Vision, by M. KtiR, Lancct, 8 oclobci- 1842, p. 60.

(3) Traite sur les vers inleslinaux, Iradull par Gruiidlcr, p. 570 ; Pans, 1824.

EXIÎMl'LliS Uli QUliLUUlCS-UNliS DliS ESPÈCES d'aMAUUOSE. 8!23

Hannœiis , le cas (ruiio pclilo (illo do qualre ans, (jiii, ayant pcM'du la l'acullé de voir el de parler, l'ut guérie par l'usage dos vcruiiluges; et d'après Renier, que deux personnes alleetées d'aniaurose lurent guéries par l'évacuation d'ascarides. Uognctla (■l)cite, d'après Weller, le cas d'une petite lillc, âgée de six ans, qui avait été coniplélemenl aniaurotique pendant trois ans. Tout autre moyen ayant échoué, on administra des poudrcsanthelmintiques, à la suite desquelles l'enfant expulsa treize lombrics en six jours. Au moyen de l'usage continué des purgatifs, la vue se trouva en grande partie rétablie. Dans un cas rapporté par M. Pétrequin (2), la guérison fut due principalement à l'emploi des semences de santonine, ou artemisia judaïca.

Obs. 591. — Je n'ai vu qu'un seul cas d'amaurose produite par les vers. C'était sur une petite lille, âgée de 7 ans, malade du Glasgow Eye In/iruiary. Su vue était restée obscurcie à la suite d'une attaque d'inflammation des yeux, quand tout à coup ses pupilles se dilatèrent largement et devinrent immobiles. L'abdomen était fort tumélié. Un mois environ avant celte époque, elle avait expulsé un lombric. On lui administra tous les trois jours, le matin, une demi-once d'une mixture composée d'buile de ricin et d'iiuile de térébenthine : elle rendit par les selles, en diverses fois, neuf lombrics, et en vomit deux; il la suite de quoi son ventre devint mou, les pupilles se contractèrent à la lumière, el en quelques mois de Iraitemenl la vision se trouva rétablie.

Obs. S92. — Delarue rapporte le cas d'un jeune garçon de la campagne, qu'on amena à l'Hôtel-Dieu de Clermonl-Ferrand; on le trouva aveugle, les pupilles forlement dilatées, l'expression de la physionomie égarée, la face luméhée et injectée, l'esprit troublé de temps en temps par des accès de délire. On avait raconté qu'il avait été mordu par un chien enragé; on le plaça donc au rez-de-chaussée dans un local approprié pour les malades hydrophobes. Il refusa la boisson et toute espèce de nourriture, et mourut la première nuit après son entrée à l'hôpital. A l'autopsie, ou trouva que les intestins contenaient environ 160 lombrics (3).

[Le docteur Vandevoorde, de Denterghem, nous communique le fait suivant :

Obs. 593. — Le 11 novembre 1852, je fus appelé près de la fille V..., âgée de 10 ans, dentellière. Cette fille était à la période de desquamation d'une scarlatine. Depuis quelques jours, il était survenu un œdème général de tout le corps, quand tout à coup la malade éprouva des attaques d'éclampsie qui se reproduisirent de demi-heure en demi-heure et devinrent de plus en plus intenses. Dès les premières attaques, elle avait dit qu'elle n'y voyait plus. — A mon arrivée, le matin, je trouvai la malade dans l'étal que je viens de décrire: je fus témoin d'un accès qui fut suivi de somnolence; puis elle revint peu ù peu à elle; les paupières restèrent largement ouvertes, les yeux fixes el les pupilles dilatées. Une lumière que j'en approchai n'y produisit aucune impression. Je prescrivis : jalap, un demi-gros; calomel, quinze grains; à diviser en dix doses à prendre toutes les demi-heures. Pendant la journée, la malade eut plusieurs selles liquides el expulsa deux grands bols d'ascarides lombricoïdes entrelacés. Après cette expulsion, les accès d'éclampsie cessèrent et la vue se rétablit complètement. Quelques purgatifs el diurétiques sulTircnt pour amener cette malade à la guérison au boul de huit jours.

« On doit bien regarder ici, dit M. Vandevoorde, la présence des

(1) Kcvuc mcdiciiin, t. IV, p. 435; Paris, 1852.

{'l) Ti'iiilé praliquc (le rainuiiroso, p. 14; Pai is,184l.

(3) Cours complet des maladies des yeux, p. 378 i Purif , 1820.

AMAUUOSE.

oiilozoaires dans le Uihe tligcslil" coinine la cause de réclampsie el de ramaui-ose, puisque ces deux aU'eclions ont cessé a|)i'ès Texpulsion des vers, tandis que ralhuiniiiurie a persisté. » Pcul-èlre celle conclusion iresl-elle pas ahsohinicnl riiïoureuse el raniélioralion n'a-l-elle élé, dansée cas, (jue le résuUal de raclion des niédicanieiils sur lepanchemeul séreux dont le cerveau élail vraisenihlablenienl le siège el qui a pu disparaître avant les autres symptômes de l'albuminurie. T. W.)

g XIV. Amaurose par congestion ou inflammation de l'appareil nerveux

optique, due à la suppression des régies.

Lorsque Tamaurose survient comme transformation d'une antre alTeclion , ou comme conséquence de la suppression de quelque évacuation habituelle, il est souvent dillicile de dire si la maladie du cerveau, à laquelle est due l'altération de l'appareil nerveux optique, est une congestion, une. inflammation, ou une hydrocéphalie. Au point de vue pratique, cette difficulté est sans importance; car, quelle que soit la nature de raflection cérébrale, les principaux moyens de soulager le cerveau seront toujours la saignée, les purgatifs et le rappel de l evacuation supprimée ou de la maladie primitive.

Obs, 594. — M. Brown, de Mussdburgli, rapporte le cas suivant: Il s'agit d'une malade, âgée de 40 ans environ. Pendant une longue promenade par un temps très cLaud, les règles apparurent au moment ou elle allait rentrer. Bien que lorl échauffée, elle but une grande quanlilé de lait battu; ce qui détermina immédiatement de l'oppression à la région précordiale, de la céphalalgie et la cessation complète de l'écoulement menstruel. En peu d'heures, la douleur de tôle devint déchirante, et il survint des symptômes d'hémiplégie avec une attaque d'amaurose de l'œil gauche.

Des saignées générales el locales abondantes, les vésicaloires et les purgatifs amenèrent un soulagement considérable: ma:s l'affccLion oculaire resta la même. Lorsque la période menstruelle revint, il ne se lit aucun écoulement. M. Brown, étant convaincu qu'aucune guérison complète ne pouvait s'effectuer sans qu'on eût obtenu le retour des menstrues, dirigea surtout son altenliou de ce côté. Elles reparurent au bout de six mois, et leur retour l'ut suivi peu après du réiablissement complet de la vue (1).

Obs. 595. — Une dame, âgée de 30 ans, s'étanl, vers la lin de juin 18ii4, exposée au froid et à la fatigue pendant qu'elle avait ses règles, celles-ci s'arrêtèrent prématurément. A la suite de cette suppression, celte dame resta fort languissante, triste el abattue. Le pouls était naturel: la malade accusait une légère céphalalgie; mais l'ensemble de son aspect faisail plutôt redouter une affection mentale qu'une maladie corporelle. Les choses marchèrent ainsi pendant neuf à dix jours. Le docteur Abercrombie la vit le 15: elle avait alors des laçons bizarres, des brusqueries et des absences; mais lorsqu'elle parlait, elle le faisail fort sensément ; elle accusait une céphalalgie légère; le pouls était un peu fréquent. — Le 16, elle était fort oppressée, et le 17 elle se trouvait dans un coma presque complet: cet élat persista le 18. — Le 19, à la suite d'une forte purgalion avec l'huile de crotoii liglium elle sortit complètement de son élat comateux, redevint sensible à toute chose, et aucun symptôme alarmant ne persista, si ce n'est que parfois elle voyait les objets fortement dé'lorniés, el d'autres lois doubles. Bans d'autres moments, sa vue était parfailemenl naturelle le pouls fréquent el la langue chargée. Elle resta plusieurs jours dans cet état, puis elle accusa de nouveau de la céphalalgie; les divagations reparurent, la vue devint

(!) Edinburgh Mc.liciil and Surgical Journal, vol. XXVI, p. 279 ; Ediuburgii, 1826.

EXEMPLKS Dlî QUIÎLQUES-UINICS DES ESPÈCES d'aMAHIIOSE.

plus confuse, cl la pupillo se liilala : la fn^uoncc du pouls s'olalt accrue. Le pouls conlinua lie s'élever, l'incoliéreiice des paroles à auëiiieiiler, el les forces s'aU'aissèrenl. l'aile mourut le '20 sans coma.

Les ventricules lilaient dislcndus jiar du liquide, et il existait un raiiiollissenienl du sepluni et de la voûte. Il n'y avait pas d'autre apparence morbide (1).

Obs. 59(5. — Uiiii jciiiic femme, qui avait été pendant longtetnps affectée d'aménorrhée, avait eu des altaques nomlireuses et soudaines de congestion dans (lilTérenls organes; néanmoins, elle se sentait assez hien depuis quelque lenips, lorsqu'un malin elle s'éveilla aveugle. On crut d'abord qu'elle plaisantait; mais on s'aperçut bientôt qu'elle ne disait que trop vrai. On appliqua des sangsues derrière les oreilles, et l'on eut recours aux |)édiluves et aux laxatifs; vers le douzième jour, il survint quelque amélioration. M. Desmarres, ayant été appelé, trouva les puiiilles complètement immobiles et forlemenl dilatées, el la perception de la lumière complètement abolie. La malade resta aveugle malgré l'emploi de plusieurs médications énergiques ("2).

A côte de ramaurose duc à une suppression morbide des règles, on peut menlionncr la perte de la vision qui est quelquefois occasionnée par la grossesse (3).

Obs. 597. — Beer a vu une jeune juive qui, pendant ses trois premières grossess-'S, qui se succédèrent rapidement, commençait à devenir aveugle dès le début; dans le troisième ou quatrième mois, elle devenait complètement amaurolique. Lors des deux premières grossesses, elle récupéra la vue après ses couches; mais après la troisième, elle resta aveugle (4).

[M. Santesson rapporte (5) le fait suivant : Une femme, faible et délicate (épouse d'un pharmacien de Wadstena, village de la Suède), a été atteinte d'amaurose complète des deux yeux pendant les cinq derniers mois de huit grossesses successives et dans un laps de dix années. Après chaque délivrance, elle récupérait complètement la vue; mais chaque grossesse la rendait de plus en plus faible, et elle lardait davantage à se remettre. Pour ce qui est de Tamaurose, elle mit, chaque l'ois, plus de temps à disparaître. Dans les premières grossesses, la vue se rétablissait une semaine après laccouchement; mais, lors dès dernières délivrances, il se passa un mois avant que le retour de la vision fût complet.

Dans un mémoire très intéressant, intitulé : De la paralysie comme accident de la grossesse et de l'état puerpéral, le docteur F. Churchill (6) a rassemblé cinq observations d'amaurose survenues pendant la grossesse, le travail de l'accouchement, ou peu de temps après la

(1) ADEncnoMDiE. Op. cit., p. 143. Voyez une obscrvalion de Peciilinus. Observaliones Physico- Mcdictc, Obs. 42, p. 96; Hamburgi , 1691 : Un cas par Devai,. Traite de l'amaurose, p. 2; Paris, 18S1.

(2) Traité des maladies des yeux, p. 705 ; Paris, 1817.

[(5) Roscnw. 01)servalion do convulsions avant le travail, avec perle de la vue. (Associaiion Médical .luiinial, Aiig. 10 18;W, p. 7W.) On Iriompbc en pareil cas de la congcsiion cérébrale par la <iélivi'ance, les sangsues el les puri;alil's, {iXvtedc M . iHorkvnzie.)]

(4) I, élire von den Augenliraiiklieilen, Baïul 11, p. 414; Wieii, 1817.

l(î)) iMlinburgli Monlbly .loiirnal of Médical Science ; 18/i.«.]

[(6) Dublin Qtiarlerly .loiirnal of Med. Science, Mai \SU: p. 2:i7 ; Irad. par M. II. Blot, Arcbives générales de iMédeciiic, 'o"'" série, t. V, 18U5, vol. 1, p. lo el sniv.]

8^2(> AMAunosi".

parUirilion. Ces soi'lcs d'observalions sont encore assez rares pour que nous croyions devoir les reproduire ici :

Obs. 598. — M™" T., 31 ans, peu de loinps nprè.s avoir commencé ù seiilii- remuer son ciilanl, éprouva loul i\ coup, en travaillant à l'aisuillu, une sensation |)arliculière dans !. . globes oculaires; elle s'aperçut à l'instant qu'elle ne pouvait plus qu'à peine apercevoir h s ol)jels dont le centre lui paraissait tout à fait ohscur : yeux noirs, pu|)ide resserrée; quoique lente à subir i'inlluenee de la lumière; niol)ilité moindre du globe oculaire, qui esi comme immobile, ainsi que les paupières qui couvi'cnt presque entièrement les glob. ; oculaires; séclieresse et picotements des conjonctives. Cet étal persisie jusqu'à laccouclienient. Notable amélioration liuil jours api'ès la parturition. Quatre mois plus lard, la -vue est redevenue ce qu'elle était avant ces accidents (1).

Obs. 599. — Ll'Ki dame, de 30 ans environ, très nerveuse, enceinte de liuil mois, fut prise d'amaurosc coni|)lèle dans un œil, incomplète dans l'autre, après des allaqucs dont je ne pus savoir la nature: il y avait albuminurie. On hâta l'accoucliemeut par la rupture arlilicielle des membranes. Le travail commença vingt-quatre lieures a|)rès cette opération; Tenfanl naquit vivant. Trois semaines plus tard, celle dame pouvait jouer aux cartes.

Obs. 600. — M™'^ X..., 26 ans, primipare, est prise des douleurs de renfanlemenl le 9 septembre 1811. Presque aussitôt surviennent des convulsions fréquentes et violentes qui persistent après la délivrance, opérée par le forceps (saignées abondantes, vésicaloires, froid sur la tête); insensiliililé durant quaranle-luiit heures, après lesquelles elle se rétablit peu à peu; cécité pendant quinze jours, vision imparfaite pendant six semaines.

Dans un aulre cas, la vue d'un œil surtout resta quelque temps imparfaite (2).

Oba. 601. — 1V1""= G..., 30 ans, primipare: convulsions dès le début du travail, perle de la vue'et de la sensibilité, pupilles dilatées; accouchemeiil par le forceps (saignées, vésicatoires); cessation desaltaques convulsives, cécité absolue pendant plusieurs jours, puis enfin rétablissement complet (3). T. W.]

g XV. — Amaurose par congestion ou inflammation de l'appareil nerveux optique, consécutive à la suppression d'un écoulement purulent.

Oiis 602 — Un voiturier, âgé de 48 ans, entreprit un voyage pendant un temps froid et humide L'écoulement purulent d'u cères qu'il portait depuis longtemps aux jambes se supprima, et il devint complètement aveugle. Quatorze jours après, on l'amena a 1 hop lai. H ne distinguait rien, pas même une fenêtre fortemeiil éclairée; les pui)ii:es étaient oblon- -ues et exlrémemenl dilatées. Beer porta immédiatement le pronostic le plus favorable, surtout parce qu'il existait dans les yeux des sensations internes de lumière, sans varicosiles et sans changement dans les humeurs, il avait vu guérir plus de vingt cas d amaurose de cette espèce par le rétablissement de l'écoulement purulent. 11 prescrivit des s.nap.smes de la grandeur de la paume de la main, à appliquer sur les ulcères des deux jambes des pediluves siiiapisés. et, à l'intérieur, trois des poudres suivantes par («"^ ^^'«'•'^ aurali anUmonii, gr. I; camphorce, gr. H; fl,orum sulphum gr. H; «' ' ^ ■ Misce On appliqua chaque jour de nouveaux sinapismes, et, le dixième joui , la vimoi commenc à revenir. Les Sinapismes agirent avec iiilensité sur les ulcères, qu. deviiiren ics milés profondes, avec des bords de couleur foncée. En trente jours, la vision fut presque complètement rétablie (4).

[(1) Guy's Ilospilal Reports, t. V, p. 17.]

[(2) DiîWEii's Compcnilious Sysleni of Midwifery, p. i)0.i.]

[(3) Cnos.sE's Cnse-s in MidwilVry, p. 1!)5.]

(4) OsiANDiiH's Nachricliten voii Wien, y. 7G ; ïubmgcn, 1817.

EXEMPLES DE QUELQUES UNES DES ESPÈCES d'aMAL'HOSE. 827

XVI. — Amaurose par congestion ou par inflammation de l'appareil nerveux optique par suppression de la transpiration.

Divers ailleurs ont rapporté des cas d'aniaiirose qui paraissent dus à raclion du Croid , ou à la suppression brus(|ue de la transpiration. Ainsi, Arracliart l'apporte le cas d'une jeune l'einine (|ui, pendant les chaleurs excessives de rété, ayant porté une charge de linge vers la rivière, y arrivant dans un état de transpiration abondante, plongea ses mains dans Teau. Elle lut saisie par le Croid; sa peau se sécha inslantanénient et, en moins d'un quart d'heure, elle lut privée de la vue. 11 rai)porte aussi le cas d'un jeune homme très corpulent qui, après être resté longtemps dans un appartement l'ortement chauiïé par un poêle, eut rimprudence de sortir pendant qu'il était en transpiration. L'air froid supprima brusquement celle-ci. Il alla se coucher avec une céphalalgie violente, et le lendemain s'éveilla aveugle. Dans l'un et l'autre de ces cas, les pupilles restèrent noires, dilatées et immobiles, les yeux (îxes et sans expression, et le corps accablé et' incapable d'agir (1).

J'ai été consulté par un monsieur qui, pour avoir pris pendant qu'il était échautï'é, un bain de poussière d'eau, pratique à laquelle il n'était nullement accoutumé, fut frappé de céphalalgie et d'amaurose incomplète.

Traitement. — Le traitement général consiste dans la saignée et les purgatifs, suivis des diaphorétiques et des altérants. Le calomel avec l opium, la poudre de Doner, le gaiac, le camphre et la salsepareille, sont très utiles.

Parmi les applications externes, les vésicatoires tiennent la première place. On doit les mettre alternativement derrière l'oreille, à la tempe et sur le front, de façon à en avoir toujours un en action.

Obs. 603. — Un homme d'iiabitudes intempérées, el souvent exposé nu froid pcndnnl son IraYail qui consistait à voiturerdu poisson à Londres pendant la nuil, fuld'aiiord pris d'une violente douleur dans le front et perdit la vue d'un œil. La continuation de ses anciennes habitudes amena bientôt le même résultat à l'autre œil. 11 continua à éprouver une violente douleur et de la tension à la région frontale, ce qui le détermina à entrer au Uiiiver&ily CoUege HospitaJ, dans le service de M. Liston, où il fut saigné et purgé avec avantage. 11 était sujet à des attaques convulsives et succomba à une fièvre qui vint le saisir. En examinant le cerveau, on découvrit de suite la cause de l'amaiirose; les lohes antérieurs du cerveau étaient recouverts d'une couche de lymphe plastique qui y faisait adhérer la dure-mère, enveloppait et comprimait les nerfs optiques (2).

Obs. 604. — J. Powell, vieillard de 77 ans, jouissant d'une très bonne santé, était depuis plusieurs années sujet à une transpiration excessive des pieds, surtout lorsqu'il prenait de l'exercice. Celte tendance ii la transpiration le gênait depuis plusieurs années, au point qu'il était (pielqucfois obligé de changer de bas plusieurs fois par jour. Un de ses voisins lui conseilla un jour d'appliquer sur ses pieds des feuilles fraiches d'oseille, lui allirmant que cela le débarrasserait de son incommodité. Il mil donc sur la planle de ses

(1) Mémoires de Chirurgie, par ,1. N, AiiiuciiAnT, p. 201 ; Puris, 1805.

(2) Laiicel, April 28, 1858, \>. 173.

AMAMUOSE.

pieds une seule feuille d'oseille el s'aperçut proniplement qu'elle faisait effet. 11 ressentit une sensation de baltenient el d'irrilalion (IÎ!S (juc les feuilles eurent été mises en contact avec la peau. Une dcnii-lieure après l(!ur application, il ressentit un grand malaise et de la céplialali^ie. Clclte douleur devint liienlot très forte, surtout au-dessus des yeux, qui s'alTectèrent d'une façon si prompte, qu'une heure après l'application des feuilles, il était presque coniplélenienl aveugle.

Lors(iu'il fut admis à Sainl-Gconje's Ivfirmary , on constata qu'il apercevait la lumière intense el qu'il reconnaissait la ligure d'un objet opaque placé entre lui et la lumière. Ces objets lui paraissaient envelojjpés d'un brouillard épais. La nuit suivante, la douleur qu'il ressentait dans la tête le priva complètement de sommeil ; mais il n'éprouvait aucun trouble général et n'avait aucune disposition à la lièvre. Le lendemain, son élat était le même. L'iris n'éprouvait de cbangemenl d'aucun côté sous l'influeuce de la lumière. Les pupilles restaient immobiles, dans un élat de contraclion permanente. 11 s'apercevait encore lorsqu'on l'approcliail d'une fenêtre, mais c'était tout.

On appliqua un vésicaloire derrière chaque oreille el d'autres sur les parties latérales des pieds. On administra de petites doses de calomel à de courts intervalles, dans le but de plonger le système sous l'influence du mercure. Dès que les vésicaloires commencèrenl à agir et devinrent douloureux, il s'aperçul que sa douleur de lêle el l'élal de ses yeux allaient s'amélioranl. Lorsqu'on les pansa au bout du temps ordinaire, vingl-qualre heures, il distingua déjà assez bien plusieurs objets. On appliqua des onguents irritants parce qu'on jugea utile d'entretenir pendant longtemps un écoulement considérable. On prescrivit aussi de lui plonger les pieds matin el soir dans de l'eau chaude, et de les essuyer ensuite dans de la flanelle fortement chauffée, afin de rétablir, si cela était possible, la transpiration habiluelle.

Sous l'influence de ce traitement, la santé du malade se rétablit graduellement, la douleur intense qu'il éprouvait dans la léle disparaissant el sa vue s'amélioranl chaque jour. Le mercure agit assez vivement sur la bouche, el, sous son influence, il eut la satisfaction de voir disparaître le peu qui lui restait de son mal de lêle, ainsi que la presque totalité de son alTecllon oculaire. 11 avait joui jusqu'à sa maladie d'une netteté de vision rare à son âge; après sa guérison, sa vue revint presque aussi bonne qu'avanl la suppression de la transpiration des pieds. Lorsqu'il quilla l'infirmerie, on lui recommanda de s'envelopper les pieds dans du lalfelas ciré, dans le but de favoriser la perspiration insensible (d).

gXVlI. — Amaurose par congestion de l'appareil nerveux optique, produite

par l'action des poisons.

Presque toutes les substances renfermées dans la classe des poisons narcotiques ou dans celle des narcolico-àcres, parmi d'autres effets qu'ils produisent sur le système nerveux, déterminent, lorsqu'on- les prend à certaine dose, l'obscurcissement de la vue et la dilatation des pupilles. La dilatation et l'immobilité de la pupille succèdent même à la simple application sur la peau de quelques-unes de ces substances, propriété que nous utilisons dans plusieurs maladies des yeux; mais la belladone el la jusquiame, employées de cette façon, ne paraissent exercer d'autre effet que celui qui est la conséquence d'un trop grand afllux de lumière à travers une pupille dilatée, c'est-à-dire une confusion de la vue, due à l'éblouissement. Pris à l'intérieur, toutefois, ces poisons, ainsi que beaucoup d'autres de la même classe, occasionnent l'insensibilité complète de la réline, accompagnée le plus souvent de la dilatation des pupilles, mais quelquefois de leur contraclion. Ils déterminent

(1) HowsHip. Op. cit., p. 135.

EXEMPLES DE QUEhyi KS UiNES DES ESPÈCES d'aMAI IIOSK. .S"20

aussi rinjcclion delà fiicc, le délire, des hallueiiiatioiisde la vue, le conia, les couvulsions, el s'ils ne soul ])oinl |)roui|)leinenl conihallus, la uioi L On a eu frcqueninienl l'occasion d'observer les ellels de la belladone prise à haute dose, parce que la belle couleur el le brillant, que possèdent les baies de cette plante, lenlent souvent les enlanls ei les per- , sonnes adultes. La sécheresse de la i^orge, de la dillicullé dans la (léi;luliliou, sont dos symptômes accusés par prescpie tous les malades, i.e délire est généralement d'une nature ti'ès extravagante ; il s'accompagne de rires immodérés et que Ton ne peut arrêter, tantôt avec loquacité conlinuelle, tantôt avec perle de la voix. Les globes oculaires sont rouges el proéminenis. La vision est i)lus ou moins alleclée; elle

I est parfois au ))oint que le malade ne peul même pas dislinguer la lumière la plus vive. La lorpeur ou ia léthargie qui succède au délire arriveplus ou moins promptemcnl, mais généralement plusieurs heures seulemenl après l'ingestion du poison. Il est rare que la belladone produise des convulsions. Les elïels de ce poison se dissipent rarement aussi promplemenl que ceux de l'opium. La cécité surtout constitue souvent un symptôme très obsliné, qui persiste parfois longtemps après que les troubles de rinlelligence se sont dissipés. Les pupilles restent dilatées el la vue dérangée pendant des jours et même des semaines(l).

De fortes doses de jusquiame et de stramonium produisent des eiïets semblables (2). La cécité avec dilatation des pupilles accompagne aussi l'empoisonnement par la doiice-amère, Tellébore blanc, le tabac el plusieurs autres substances (5). L'opium et l'alcool (4) déterminent aussi rinsensibililé de la réline, accompagnée d'abord de la contraction, puis, aux approches de la mort, de la dilatation des pupilles(5).

Comment les poisons narcotiques et les narcolico-âcrcs produisentils l'amaurose? Agissent-ils par l'intermédiaire du système nerveux sur celle portion du cerveau qui constitue l'organe immédiat de la perception visuelle, sur le nerf optique, ou sur le moteur oculaire commun qui anime l'iris, et les autres nerfs en rapport avec le globe de l'œil et les paupièi'cs? Se bornent-ils à déterminer la congestion des vaisseaux du cerveau, et parfois une extravasalion de sang à l'intérieur du crâne ?

II est vraisemblable qu'ils exercent celle double action. On trouve fréquemment, à la dissection, mais pas toujours, une congestion des vais-

{{) Voyez un cas par BunroN, Médical Gazelle, Jiiiie lli, ISIS, p. 1024 : Cas <laii.s lequel lo sulfate il'ali'u])iiic fui pris à l'intérieur, Uulilin Mediciil l'ress, Novetnber 15, 18;i(), p. .îlO : Deux cas par rurNELL, dans lesquels des baies de belladone furent avalées ; Ibid., Jaiiiiary ii, iSo.ï,]). •i.

(2) Effets mortels d"un dose excessive de stranioninni, par Dn'i'iN, Médical (la/.ette, vol. .\.V,

(5) Voyez des observations de !\Iaiitin, .sur la dij^ilalc, Edinbur^b Médical and Surijic.-il Journal, vid. lAI, p. 5;jii; Edinburgli. iSil : Un cas pai' l'acnuil inipel. pai' 1)i;vav, Ibid,, p. i\H). (4) OcsTON. K(linbur;^li Médical and Sui'ijical Journal, vol. \L, p. 277.

[{'■>) Dans un cas d'bydrotliorax, une arnaurose <'(>inplèle cl incurable a suivi l'cniploi d'uni; infusion de di^'ilale à la dose d"uu demi gros sur l onces <le liipiid(', dont lo nuilade prenait une cuillerée de deux en deux bc«res..(ll. IIaiin, De la méningite tuberculeuse, p. 177, Paris, I85Ô,T.\V. ] 11. 70

AMAunosu.

seaux du cerveau chez les individus qui ont succombé à Tingeslion de poisons narcotiques ou narcotico-àcres. Cet état doit induhilahlcnioiu avoir de la tendance à produire l'insensibilité, comme il le l'ait dans les cas d'apoplexie ou de |)létbore cérébrale ; mais il ne parait pas probable (|ue les eU'ets amaurotiqiies de ces substances doivent être attribués comjdétement à cette congestion. Lorsqu'on l'elléchit (|ue la dilatation des pupilles succède parl'ois, en quelques minutes, à l'application de la belladone sur la peau des paupières, et qu'on regarde ce pbénoniènc comme |)ioduit par l'action nerveuse ou par l'absorption, on ne |)eut guère l'attribuer avec quelque raison à une compression cérébrale.

J'ai déjà eu maintes l'ois l'occasion d'accuser l'un des poisons narcotico-àcres, le tabac, dont la mode l'ait si sottement prévaloir l'usage, d'être une cause fréquente d'amaurosc. La majorité des amaurotiques par qui j'ai été consulté, avaient l'habitude de chi(|uer ou plus souvent de fumer de grandes quantités de tabac. Il est certainement difficile de prouver que la cécité est due à une cause en particulier, quand plusieurs causes favorables à sa production ont pendant longtemps agi sur le même individu; il est surtout difficile de suivre l'action d'un poison appliqué au corps journellement, et pendant des années, en quantité telle à la fois, que l'influence délétère ne s'en fasse que très peu sentir, et dont l'effet consiste seulement à déterminer l'insensibilité d'un certain nombre d'organes nerveux. Néanmoins, nous sommes familiarisés avec les conséquences que de petites doses d'autres poisons que Ton laisse agir pendant longtemps finissent par avoir sur la constitution, tels que'i'alcool, l'opium, le plomb, l'arsenic, le mercure, etc. ; et Ion ne saurait guère douter qu'un poison aussi délétère que le tabac ne doive aussi finir par déterminer des altéralions spéciales.

L'huile essentielle de tabac est un poison si violent, que les petits animaux meurent instantanément lorsqu'on les blesse avec une aiguille trempée dans ce liquide, ou lorsqu'on en laisse tomber quelques gouttes sur leur langue. Le docteur Paris (1) rapporte le cas d'un jeune enfant qui mourut pour avoir avalé une portion de tabac à moitié fumé qu'il avait prise de la pipe de son père, et dans laquelle existait sans aucun doute une certaine quantité d'huile essentielle. Pendant qu'on fume, l'huile essentielle séparée, et rendue empyreumatique par l'action de la chaleur, vient se mettre en contact avec l'arrière-gorge, sous sa forme la plus active. On ne saurait donc s'élonner que l'application régulière d'un poison si puissant, renouvelée de cette façon, peut-être cinq ou six fois par jour pendant des mois ou des années, ne finisse par produire des elfets sérieux sur le système nerveux, et notamment sur le cerveau. Il serait même surprenant qu'il en fût autrement.

(I) Plinrmiicdlogin, vol. 11, p. «I ; l.omlon, 1723.

l'XlùMl'LKS Ulî QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUROSE. 831'

Le docloiii' Pl'oul suppose que le lîihîuulovcloppe chez certains iiidivitliis (iiiel(iiie pniicipe vénéneux. De là leur iispocl caeliecli(|ue, et souvent la leinle jaune-verdàlre de leur sang. Il pense que le tabac dérange les fonctions assiniilatriccs en général, mais particulièrement rassimilalion du principe saccliarin. « Il en est du tabac, dit-il, comme des aliments malsains; les personnes vigoureuses et en bonne sanlé en soudrent comparativement peu, tandis (|ue les laibles et les \aléludinaires tombent victimes de son action toxique (1). »

Lorsqu'on veut se faire une idée des mauvais ell'ets du tabac, on doit prendre en considération la perle de la salive qu'occasionne l'babiludc de cbiquer ou de fumer.

Les Allemands accusent de produire l'aniaurose beaucoup de substances amères, employées comme aliments ou comme médicaments; je ne saurais dire jusqu'à quel point celte opinion est fondée. Beer énumèrc les amandes amères, la racine de cbicorée, le quassia et la centaurée comme étant dans ce cas.

La colique de plomb s'accompagne assez fréquemment d'amaurose,, aussi bien que de surdité, de vertige, de délire, d'épilepsie et d'autres symptômes nerveux (2).

Traitement. — 1 . Si l'aniaurose est la conséquence de l'ingestion d'une forte dose d'un narcotique qui se trouve encore dans l'estomac, il faut ordinairement commencer par administrer le tartre émétique, nu le sulfate de zinc, et les donner dans une aussi petite quantité d'eau que possible, parce que, tant que le narcotique reste dans l'estomac, l'addition de tout liquide qui n'est pas immédiatement rendu ne fait que dissoudre le poison s'il a été avalé à l'état solide et ajouter à son activité. Le vinaigre, en particulier, qui agit si efficacement contre les accidents consécutifs produits par l'opium, ne fait qu'ajouter à l'activité du poison, s'il n'a pas encore été expulsé de l'estomac. Lorsqu'on n'a à redouter aucun danger de cette nature, comme dans les empoisonnements par l'alcool, on aura recours de préférence à des injections faites dans l'estomac à l'aide de la pompe stomacale, au moyen de la quelle on relire immédialement tout à la fois le liquide injecté et la sublance toxique. Dès que le contenu de l'estomac a été évacué, on doit administrer un fort purgatif, surtout s'il y a lieu de sou|)(;onner que le narcotique est déjà arrivé aux intestins.

2. La saignée, tant générale que locale, est d'un grand secours dans l'aniaurose produite par des poisons narcotiques. Ce remède doit probablement son edllcacité à ce qu'il remédie à la lendance à la congeslion cérébiale cpii accompagne toujours l'aniaurose.

(I) Nature aiul Ti'<';ilTiiciil ()r SlDniadi iiiid lU'iiiil Disriiscs, p. '2'); I.oinloii. ISiO.

("2) Duri.AV. Aicliivcs néiicriiles ilc iiu'il('<;iiic, 2'' .•-(■rii', I. V, |i. .'i ; l':ii'is, IS.li, [VVciss Aiiiii'iiiis<; s;ilurriiii(î lidnirr à l'œil ilioii, ancsllicsii! ilo In |)iiu|)ioi'(' su|ioi-ifiii'(i jîiuicIh;. Aimak's (l'Ofiilisll(nic, I. Il, 1). 252 ]

AM.UmOSE,

5. L;i maladie j)i'oduilo par le narcotique, cl dont ramautose nesi qu'un syniplôme, doit ensuite être coinl)allue à l'aide de foi'tos doses do café, de eainphi e, de vinaigre, et des acides végéiaux.

4. On s'est bien trouvé des applications froides sur la tête ci, les yeux. Les allusions IVoidcs sur la tète sont surtout avantageuses lorsque les syniplùmes sont dus à l'ingestion de l'opium ou de l'alcool.

5. Dans les cas invétérés, après la saignée et les purgatifs, on peut essayer le mercure et les révulsifs de dillerentcs sortes, les stcrnutatoires et l'éleclricité. Le pronostic est alors très défavorable, si les pupilles sont immobiles, la réline insensible elles vaisseaux externes do l'œil, variqueux. ■

6. Le traitement de la colique de plomb par les purgatifs réussit généralement à faire disparaître l'amaurose qui accompagne quelque fois celle maladie (1).

Obs. 605. — Le 24 mai l8lo, M. J. H., âgé de 19 ans, et n'ayant commencé que depuis un jour ou deux à faire usage du lahac, fuma une première pipe, et en partie une seconde, sans avoir la précaution de craclier sa salive; il but aussi en même temps un peu de porter, il fut pris de syncope, de violentes nausées et de vomissements. Il retourna chez lui. se plaignit de douleur dans la tête, se déshabilla et se mit au lil. Bientôtil tomba dans la stupeur et sa respiration devint laborieuse. Son médecin le trouva dans l'état suivant : La face était d'une couleur livide foncée, les yeux dépourvus de leur brillant, les conjonctives injectées; la pu|)ille droite était extrêmement contractée; la gauche, beaucoup plus dilatée qu'à l'ordinaire, avait perdu sa forme circulaire; l'une et l'autre restaient insensibles à l'approche de la lumière. Les mains élaient jointes et dans un état de rigidité; les bras croiséssurlapoitriue; tout lereste du corps affecté de contractions spasmodiques. La respiration était stertoreuse; le pouls à 80 ou 82, et presque naturel sous tous les autres rapports. U n'y a plus de vomissements, ni de selles; il n'existe pas de |)aralysie et les urines ne sont pas rendues.

Un pratiqua immédiatement une saignée de 14 onces à la temporale, etl on administra le vinaigre. Lemaladerevintà lui ; sa contenance était moins livide, l'état spasmodique des mains cessa, la respiration devint moins stertoreuse. On le lil vomir à l'aide de l'ipécacuanha, et on lui fit prendre ensuite un purgatif.

Il fut assoupi pendant la nuit. Le lendemain malin, syncope pendant les efforts qu il fit pour sortir du lil el aller à la chaise percée. H accusait une forle douleur dans la léte et les yeux; les yeux et les paupières étaient rouges et injectés. Langue chargée et brune, line selle. Pouls naturel à 80. L'assoupissement continue. Pieds froids le matin. Saignée du bras de 16 onces.

Le troisième jour, il étaitencore assoupi, se plaignaitde douleursdans la lete,de nausées et de tendance à la syncope. Face plus naturelle; pupilles normales et se contractant sous l'influence de la lumière. Pouls à 72. Il rend une selle liquide dansson lit sans s'en apercevoir Dans la soirée, il est de nouveau pris de stupeur, de spasmes des mains et de respiration stertoreuse. On lui tire six onces de sang de l'arlère temporale, on administre le vinaigre, on applique un vésicatoire au front el des sinapismes aux pieds, ce qui calme beaucoup les symptômes.

Ui qualrième jour il est comme la veille. Il va de la céphalalgie, mais point de nausee. ni de vomissements. Il se rétablit ensuite graduellement (2).

[(I) Voy .1. Ai.nKnsoîî. N-uvclle incilhodc do trailcmcnl do l'amaurose siiltirnine (occlusion).

' (ï' (i°:rEÏÏ2is orro;;:S;!, I,y M.ns.u. ....... M. .). . ...i....ursh Medioa. -nd Surgica.

Journal, vol. XII, p. Il ; Edinburgh, 1816.

Kxi-.Mi'LKS UK qui:lqi;i:s ij.ni;s di-s usi'kciîs d'amaciiose. 800

Cesl là un cxoinplo iritnumrose aigiii' produilc par le tabac; on peut on rciiconlrcr joiiniollonioiil dos cas chi'oiii(|ucs dans tous les clahlisscinenls consacrés aux maladies des yeux, cl le plus ordinaircuieiil à la période où il y a lieu de sup|»oser (juc la l'éliiic el le iierl' opliciue se irouvcnl dans un étal d alrophie plus ou moins coni|)lèle.

Une des meilleures preuves que le labac est, une cause d'amaurose, c'csl lamélioralion considérable, el (|uel([uelois le rélablissemenl com- |)lel de la vue, (|ui survienl lorsqu'on renonce à Tiisage de ce poison. Un bomnie dont la \ue se perdail ra|)idemenl vinl me consulter; je lui expliquai que la cause de son mal résidait dans son habitude de fumer, et je lui conseillai sérieusement d'y renoncer. Il revint quelques mois après, l'orl satisfait car il pouvait lire. Mon avis avait produit une forte impression sur son esprit; il n'avait fait usage d'aucun médicament, mais avait dès lors renoncé au tabac, et il venait me remercier. De pareils cas sont rares; les personnes qui fument sont tellement allachées à leur habitude, qu'elles préfèrent pour ainsi dire renoncer à voir que de renoncer à fumer. Il est parfaitement inutile d'essayer aucun traitement médical contre l'amaurose de personnes qui persistent à s'exposer à la cause de leur maladie (1).

[L'amaurose saturnine existe parfois indépendamment de la colique de plomb. Elle comporte alors un traitement spécial dicté par les symptômes et la cause qui l'a déterminée . L'observation suivante se rapporte à une amaurose produite par la teinture des cheveux au moyen d'une préparation contenant du plomb.

Obs. 606. — Il y a trois ans que je fus consulté par une femme, âgée de 57 ans, pour une cécité complète qui s'était développée rapidement; elle jouissait d'ailleurs d'une bonne santé, abstraction faite d'une tumeur ancienne dans l'abdomen, qui ne lui causait qu'une incommodité relativement légère, lorsqu'après plusieurs jours de céphalalgie, elle s'éveilla, un matin, aveugle de l'œil droit. Malgré le traitement de son médecin habituel, le quatrième matin elle était à son réveil aveugle des deux yeux. Je trouvai les deux pupilles extrêmement dilatées, complètement immobiles, un peu ternes ; la sclérotique présentait des vaisseaux fortement dilatés, et dans leurs espaces un réseau de très petits vaisseaux qui se ramiliaienl irrégulièrement jusque près de la cornée. Yeux très tendus, sensibles au contact, immobiles, parce que tout mouvement y occasionnait une forte tension. Forte céphalalgie frontale, tête briJlante, pouls très fréquent et remarquablement dur; cécité .telle que la plus forte irritation lumineuse ne produisait aucune impression; abdomen médiocrement tendu, douloureux à la pression, ce que la malade attribuait à une constipation de plusieurs jours à laquelle elle était assez sujette. N'ayant aucun renseignement étiologique, je dus diriger mon plan de traitement d'après les sym|)l.ôines objectifs, et diagnostiquant une hypérémic aiguë de la choroïde, voisine de son indammation,

[(1) Amaurose par la quinine, \i)yv7. : Coirr\KciiAU. Sur les fièvres pernicieuses i'i licjrdeaiix, p, -41, Paris, 1809 : Guersunl rappurle le cas d'une dame qui fui forcée par son mari, maniaque, lie prcnilre Gôl grains (lesuHalede quinine dans respace de quelques jours. Klle perdil ToiMe, lii vue, la voix cl la elialcnr, mais ne mourut pas. I5i:nok .Iom;s. l^ledical Tiuies and (ia/.elle, JuncO, ISuli, p. — Amaurusc parle tabac. Sur la quanliléde nicotine absorbée en fiimaul. Dublin Médical Press, Seplembre 11). IS,";;», p. 182. — Lu fumée de Inbac renfernie dix pour cent lie nicDlinc: uik; porlion en esl rejelce ; une aulrr, absorbée, se mêle au sang el a;;il eomiue poison sur le cerveau el sur les nerfs. Il y a eiimparalivemenl plus de nicotine dans les ci};ares ipie dans Taulre labac. — V. sur les alfeetions nerveuses produites i)ar la nicoliiie, Hublin llospital (la/.elle, Janv. lli, I8.")li, p. 57(1 iJVolc de M . Maclsoizir.)]

AMADUOSE.

je prescrivis une forle saignée nu brns, à l'iiilérieur du caionio! à dosps purgatives, de? l'rlc.tioiis d'onguenl merc.urici à lu région sus-ori)iliiire, un lavoincnl purgatif eldes pédiluvt's irritanls. Malgré los noiiilirousL's selli'S qu'il amena, le caloiiicl lit naître dès le troisième jour les avanl-eoureurs d'une salivation, qui me détournèrent d'autant moins de l'emploi de ce médicament, que ma malade récupérait un degré assez distinct de pcrcejjtion de la lumière. l,es doses, diminuées, durent être suspendues le cinquième jourii cause du plyalisme, et remplacées par des poudres de sel amer additionné de soufre. Le Iinitième jour, la malade, dont la salivation avait diminué, voyait tous les objets assez distinctement, mais incolores et comme enveloppés d'une fumée; les pupilles, un peu plus contractées, réagissaient à la lumière, cl la douleur frontale avait disparu.

A celte période de la maladie, j'appris par une personne qui habitait la même maison que celte femme, que celle-ci avait, depuis un certain temps, et en dernier lieu peu avani sa cécité, teint sa clicvelure déjà grise avec un remède secret, dont on me monlra encoiv une certaine quanlilé. Je retrouvai dans celte substance noire et molle un mélange à moi connu de litliarge el de chaux, dont j'avais déjà vu deux fois les applications locales suivies d'accidents" Cette découverte ne pouvait m'engager à changer sensiblement le Iraitement que j'avais suivi. Je recourus à l'iodure de potassium, dans le but de faire cesser les dernières traces du plyalisme. Quinze jours après l'accident, celle malade était assez rétablie pour pouvoir distinguer même de petits objets avec leurseontours Irancliés el leur couleur naturelle, mais pas assez pour lire. Une cure forlilianle, l'usage des lunettes el une saison aux eaux de Bade (en Argovie) n'améliorèrent pas davantage la vue de cette personne, qui mourut un an |)lus tard, de sa tumeur abdominale, à ce qu'il parait (1). T. W.j

^ XVIÏI. — Amaurose par congestion ou inflammation de l'appareil nerveux optique, dépendant de maladies aiguës ou chroniques des organes digestifs.

Beaucoup de personnes sujettes à la dyspepsie accusenl certains symptômes afl'ectant les organes de la vision, tels que la tension el la raideur des yeux, une sorte d eblouissement, de brouillard devant les yeux, des mouches volantes, et autres phénomènes semblables. Ces symptômes s'accompagnent généralement de céphalalgie, parfois de vertige, et disparaissent graduellement à mesure que leslomac reprend son activité accoutumée. Les Français désignent sous k nom à' éblouissement, une perte soudaine et temporaire de la vue, parfois presque complète, et accompagnée généralement d'une douleur intense à l'estomac et quelquefois au front. Ces accès reviennent de temps en temps dans la journée. Ils elfrayent le malade, surtout lorsqu'il en est pris soudainement dans la rue. Dans quelques cas, les ellets sympathiques de l'indigestion ne sont pas aussi fugitifs ; ils consistent dans la dilatation des pupilles, la lenteur des mouvements de l'iris el un obscurcissement continu de la vision. En même temps, le malade se plaint d'éprouver constamment des.ériiclations acides ounidoreuses, une chaleur brûlante à l'estomac, une sensation de pesanteur au scrobicule du cœur, delà distension de l'abdomen, un haut degré de llatulence, de la soif, des nausées, du malaise général et de l'agitation; la bouche est amcre, la langue sale et le pouls accéléré.

Tous ces symptômes, y compris ceux de l'amaurose, disparaissent en général promptcment après l'usage de quelque médecine absor-

r(t) Rad. Ophllialmologischc Misccllon. Arcliiv fOr Opblhi.liuologie, I. 1, 2, p. 203-208.]

F.XK.MPLES I)F. QIIF.LQIIKS-IJNF.S DES ESPÈCES d'aMAUUOSE. 851)

banlc ou laxiUive, coiimui la magnésie calciiu-e ou le carbonalc do mac;nésie, le niolange de ees deux luédicamenls avec la rhubarlic et le gingembre, ou d'autres substances analogues, l.es |)ersonnes sujettes aux ébloiiissements se débarrassent pour un certain temps de leurs attaques en prenant une dose de calomel, suivie d'un purgalil'.

Dans (luelques cas, c'est plutôt entre ra|)pareil opti(iue et les intestins, qu'entre celui-ci et reslomnc, qu'agit la cause syinpallii(ine qui occasionne Tamaurosc temporaire. Ticdemann (1) cite, d'après llclwicb, le cas d'un bypocbondriaque qui devint aveugle sous rinlluence d'attaques de constipation spasmodique. Les lavements le dcbai-rassèrenl de la cécité.

Des attaques fréquemment répétées et négligées, de la nature de celles que nous venons de mentionner, surtout chez les personnes sédentaires, inaltentives à leur régime alimentaire et aux moyens de préserver la santé, peuvent néanmoins tinir par amener des conséquences plus sérieuses. L'appareil optique n'est d'abord aflecté que d'une congestion sympathique ; mais, comme dans toutes les aiïections' sympathiques fréquemment renouvelées, l'œil finit par rester soumis à l'action morbide et le siège d'une amaurose permanente. Chaque attaque de l'espèce purement sympathique dure plus longtemps que la précédente, et, à la fin, la congestion du cerveau se termine par une altération de structure qui ne cède plus aux simples évacuations de l'estomac et des intestins. Les intestins deviennent paresseux, le foie n'exécute plus ses fonctions, l'appétit diminue, la digestion se fait mal, l'esprit deviein chagrin et abattu. Sous l'influence de pareilles conditions qu'on laisse se prolonger sans interruption pendant des années, il survient souvent une faiblesse de la vue qui s'accroît lentement, et se termine à la tin par une amaurose confirmée. Chez Milton, dont la maladie appartenait, je crois, à cette catégorie, l'allection de la vision dura dix ans avant de se terminer par la cécité; il s'écoule même parfois un temps plus long avant que la maladie soit complètement développée. Le malade accuse i)endant tout ce temps un accroissement constant dans la détérioration de la vue, souvent sans avoir été obligé de renoncer à ses occupations habituelles. Bien que celte espèce d'amaurose ait en général une marche lente, il y a cependant des cas dans lesquels elle prend une marche ra|)ide, ou devient même mélastatique.

La pupille est dilatée, les mouvements de l'iris sont très lents et limités, la sclérotique revêt une teinte jaunâtre ou cendrée, les vaisseaux de la conjonctive sont souvent turgescents. Chaque objet parait enveloppé d'un brouillard épais, et assez souvent même une poi lion seulement en est aperçue. L'airaililisscment de la vue s'accompagne d'une céphalalgie avec pesanteur et stupeur, s'étendant à toute lu tète, [)rivaul

(I) Zuil.-clii-irt lùr l'hysiologie, vol. I, p. 271 ; noi<lull)crg, 1821.

AMAUROSE

le mnliido du peu de vue qui lui reste, el de loul plaisir dans les occupations qui exigent à la l'ois l'usage de la vue et de la pensée.

L'aniaurose (|ui est la conséquence de désordres des organes digestifs, ne se distingue pas lacilenuint de celle qui dépend d'altérations de structure de l'encéphale et s'accompagne de synq)tônies ([ue Ton rapporte à l'estomac, mais qui réellement dépendent d'une maladie du cerveau. Les malades sont très sujets à se méprendre, en pareille circonstance, sur le siège de leur maladie. Il se peut (ju'ils ra|)porteiil toutes leurs soulTrances à l'estomac, et que ce|)eiidant, a|)rès la mort, on ne découvre pas un seul symptôme de maladie dans les viscères de l'abdomen, tandis qu'on trouve dans le cerveau ou les membranes, des traces d'altérations anciennes, susceptibles de produire l'aniaurose et d'agir en même temps sympatbiquement sur l'estomac.

Trailement. — La condition la plus importante dans cette espèce d'amaurose, c'est de renoncer à tout ce que l'on peut soupçonner avoir donné naissance à l'afl'ection des organes digestil's , que cette cause ait été l'élude trop prolongée, des écarts de régime, l'usage des boissons alcooliques ou d'autres poisons, le manque d'exercice, la respiration d'un air impur, ou d'autres causes analogues. La nourriture du malade devra être simple et de facile digestion; il veillera à ce que ses selles soient régulières, fera chaque jour de l'exercice en plein air dans la campagne, soit à pied, soit à cheval; il recherchera la société des personnes gaies.

La saignée, surtout rapplication de sangsues aux tempes, rendra de grands services. On fera raser la tète, et on la couvrira de linges mouillés. Les révulsifs, tels que les vésicatoires derrière les oreilles, sont quelquefois nécessaires. On se trouvera souvent bien du mercure à doses altérantes, et l'on retirera beaucoup d'avantages de l'usage des médicaments toniques judicieusement choisis et combinés.

Beer déconseille les éméliques et les nauséeux dans le traitement de l'aniaurose dépendant d'une all'ection chronique des organes digestifs ; il proscrit aussi l'usage de tous les stimulants externes et de l'électricité ou du galvanisme.

Obs. 607. — Scarpa rapporte le cas d'une jeune lille,àsée do 16 ans, d'une consliUition délinilo, qui n'élail point encore réglée, et qui, vers la lin de mai, fut prise d un appélitmorl)ide qu'elle pouvailà peine satisfaire en avalant d'énormes quantités d'aliments grossiers de toute espèce, et surtout du pain de maïs. Le dur travail de la campagne, auquel ei;e n'était point encore accoutumée, la fatiguait beaucoup, et sa vue commença a s'oliscurcir. Son appétit Immodéré cessa brusquement; un goiit amer se manifesta dans la bouche et une sensation de pesanteurà l'épigastre, accompagnée de nausées el d'une céphalalgie continue. Elle perdit alors complètement la vue de l'œil droit et en grande par le celle de l'œil gauche. Les pupilles étaient considérablement dilatées el presque insensible^ ù la lumière la plus vive. Elle paraissait aussi atleinte d'un strabisme commençant. ^

l.e 4 iuin, elle prit par cuillerées à soupe une solulioii de (pialre grains «le tartre enic tique dans cinq onces d'eau, ce qui détermina des nausées fortes et continues, mais poii de vomissement, si ce n'est celui d'un peu de matière visqueuse blancbativ. - Lu o, on

EXEMPI.KS DK QUELQlIKS-llNKS DES ESPÈCES d'aMAUROSK.

ro|iiHn le même vomitif ;iclmiiiisti'é lie In màiie façon, el i\m (lolorminu un vomisseiiuMil plus iihondiint que la veille, mais toujours d'une unilière uiU(|U(;use hliincliàtre. La cépiialaliiie el la sensation de pesanteur i» l'épigaslre se trouvèrent eonsidérahlenienl diminuées. Toutefois, les nausées persistaient, et la langue reslait chargée. La pupille se mouvait un peu à une lumière lirillante, el de l'œil di'oit la malade pouvait disliiiguer le jour de rol)seurité. l'aile eommenea à exposer ses yeux toutes les deux ou trois heures à la vapeur de rammonia(iue. — Le G, la céiihalalgie avait sensihlemenl diminué, cl la houclic était moins amére. La pupille avait repris un peu de mouvemept. On prescrivit la conli- Mi'iatioM des vapeurs ammoniacales, el trois poudres apéritives par jour, eonsistanl eu crème de tartre mélangée avec une pelilc proportion de larlre éméliquc. — Le 7, peu de céphalalgie. Les poudres ont produit des nausées pendant quelques heures, puis deux selles copieuses. La pupille se contractail un i)eu el la malade discernait les contours des gros ol) ets. — Le 8, la céphalalgie, le gout amer de la lioudie el l'enduit de la langue avaient disparu. La pupille élait aussi i)lus sensible. La malade continua l'usage des poudres apéritives el de rammoniaque les 9, 10, 11 ell'â. — Le 13, elle accusa de nouveau de la céphalalgie el un goût amer dans la bouche; langue chargée. .Au lieu des poudres, Scarpa pniscrivil un vomitif composé d'un demi-gros d'ipécaeuanlia el d'un grain d'éiiiélique;la malade vomit une grande quantité de matière jaune-verdàtre. La céphalalgie s arréta immédialenienl, el la jeune liilepul distinguer assez bien les objets qu'on lui présentait. Le 14, elle se sentait très bien. La pupille de l'œil droit, qui avail été le plus amaurolique, était même plus contractée que celle du côté gauche. Le 15, la malade recommença l'usage des poudres laxalives el de rappliealion externe de la vapeur d'am-moniaque.'Le 16, elle reconnaissait de l'œil droit une petite aiguille. Les 17, 19 et "10, les poudres déterminèrent chaque jour deux selles copieuses, sans que la malade en lut alTaiblie. Elle avail bon appétil el digérait bien. Le "M, on substitua aux poudres une décoction de quinquina avec une infusion de valériane. En quelques jours, elle put distinguer les plus petits objets aussi bien d'un œil que de l'autre. Son teint était devenu bon el le strabisme avail presque complètement disparu. Elle sortit parfaitement guérie, mais on lui conseilla de continuer pendant une semaine l'usage de la vapeur d'ammoniaque, de prendre malin et soir une poudre com])osée d'un gros de quinquina et d'un demi-gros de valériane, d'observer un régime régulier, el d'éviter les rayons brûlants du soleil (1).

Obs. f)08. — Un gentleman d'une constitution faible était sujet à des attaques de constipation opiniiitre, qui s'accompagnait d'une amblyopie allant parfois jusqu'à l'amaurose complète. Lorsque M. Edwards vil ce malade pour !a première l'ois, il le trouva complètement amaurolique. 11 s'était plaint, quelque temps auparavant, d'une céphalalgie iilroce, et avail rejeté par le vomissement tous les médicaments solides ou liquides que lui avail prescrits son médecin. L'amblyopie dont il était atteint s'élail transformée en amaurose complète pendant ce vomissement, que l'on pouvait appeler spontané, par opposition à celui que l'on avail déterminé dans une autre attaque au moyen d'un émétique. Le malade tomba dans le délire.

On appliqua des sangsues à l'abdomen, el l'on débarrassa les intcsiins au moyen des lavements. A l'aide de ces moyens el d'applications froides sur la tête, le malade récupéra promptementet complètement l'usage de la vue et de ses facultés mentales.

M. Edwards pense que, dans cette attaque, la coexistence de la céphalalgie et du délire, el le rétablissement obtenu par le traitement anliphlogistique, indiquent sullisammenl une congestion locale active, ou une inflammalion commençante du tissu nerveux des yeux, il existait en même temps une grande faiblesse, el l'amaurose n'était devenue complète qu'après W. vomissement.

.Au bout de six semaines, il survint une nouvelle attaque d'obstruction viscérale : l'amaurose concomitante fui incomplète; 11 n'y eut pas de vomissement. L'alîection amaurolique languit i)endaiil un temps considérable, résistant à remploi des lavenu'iits, el l'irritation persislanl plus longtemps que lors de la première attaque, dans b-Kpielle la congestion vasculaire avail été presque exclusivement sympathique el transitoire.

Le malade, à la suite de quelques erreurs de régime, eut une nouvelle rechute au boni de quelques semaines. 11 avail de la constipation, les hypoehondres tendus, des nausées,

(1) Triillulo dollc principiili Maliiltic dtîgll Occlii, vol. M, )). 281 ; P!ivi;i, 1816.

AMAUnOSE.

(le la céplialiilgic cl do raiiihlyopic. M. lùhvards oui alors recours au Iruileiiicnl oinploNi' sur lo couliiioul, cl doniiu un ciiiéliquo. il on rosulla l'ovacualion d'une grande (luanlilé do nialièro jaune verdiUre, mais l'ainaurose deviiil iinniodialonienl coniploto. Ou vida les inlesUnsù l'aide de lavenionls, mais la cécilé |)orsisla l)eaueou|) plus loiii^leinps ipie dans aucune autre allaque aiilérieure, cl ne disparut enliii que sous riniluenco de nonibrousos applications de sangsues aux tempes cl de lotions évaporanles sur la tète.

Dans chaque attaque, le degré de l'amaurose fut en rapport avec l'oxistonco ou l'ahsenco de vomissements: elle lut complète lorsqu'il y cul vomissement spontané, comme dans lu |)rcmière attaque, ou vomissement provocpié par un éméti(|uo comme dans la dernière; l'amaurose fui incomplète lorsqu'il n'y eut pas de vomissement, comme dans la seconde.

M. Edwards pense que les vomitifs sont contre-ludiqués dans les alTections amauroliques; il allègue, à l'appui de celte opinion, que les vomissemenls opiniâtres du délmlde la grossesse occasionnent parfois l'amljlyopie ou même l'amaurose complète (l).

Qlg (309. Thomas Criglilon, âgé de 23 ans, {ui-ddimsîx SaiiU-BurUiulometv's llospilal pour une paralysie des memhres. Un au auparavant, alors que ses membres n'étaient point encore afl'aiblis, il eut à diverses reprises dans les intestins de violentes douleurs uniformément précédées de conslipation, et qui se terminaient généralement par des évacuations copieuses de selles liquides, fétides et noires. Le soulagement amené par la diarrhée était prompt et constant. Il y a six mois, il ressentit parfois des tiraillements dans les membres inférieurs, et s'aperçut qu'en marchant il ne pouvait p us en régler les mouvements : cet état s'accrut au poiiit qu'il lut réduit à ne plus pouvoir faire aucun exercice. Il avait éprouvé, au début de son mal, de la confusion dans la vue et une douleur conslanle et violente dans la tète. Le premier de ces symptômes s'accrut au point qu'il ne pouvait plus apercevoir distinctement aucun objet : une chandelle, par exemple, tenue près de lui, lui paraissait aussi large que la lune. La sensibilité restait parfaite dans les extrémités inférieures; mais la volonté n'avait plus, d'empire sur la vessie: tantôt l'urine coulait involontairement, tantôt elle était retenue pendant plusieurs heures avec des douleurs très vives. Il commença ensuite à perdre l'usage des extrémités supérieures: la main et le bras gauches étaien't plus alîectés que les droits; mais les deux membres inférieurs étaient dans le même état. La parole s'embarrassa aussi beaucoup: il hésitait et liêgayail; les tons de sa voix étaient irréguliers: de sorte qu'à la fin, il pouvait à peine se faire comprendre A l'époque de son admission à l'iiôpilal, il a\'ail complètement perdu le mouvement volontaire des extrémités inférieures, et ceux des extrémités supérieures étaient fort diminués. Les intestins étaient dérangés, la cépliàlalgie constante, la parole très indistincte et la vision si imparfaite, qu'il ne pouvait lire les plus grands caractères.

On établit un cautère au cou, el l'on prescrivit quelques médicaments a prendre sous la direction du médecin. Comme le traitement n'amenait aucun soulagement, on pria M Abernethy d'examiner la colonne vertébrale; il trouva une courbure el uiiesaillie toiles des apophyses épineuses des vertèbres lombaires supérieures et dorsales iiiferieures, qu'il pensa que le corps de ces verlèbres était malade. Il fut donc dispose a attribuer la paralysie des membres inférieurs à la maladie de la colonne vertébrale, et conseilla en conséquence d'appliquer des cautères de chaque côté des vertèbres saillantes. Comme cette hypothèse n'expliquait pas l'al'feclion paralytique des parties situées au-dessus de co point, et comme les intestins étaient dérangés, M. Abernethy prescrivit deux grains de calomol et huit de rhubarbe, à prendre deux fois par semaine, et de temps en temps un peud'inlusion de gentiane avec du séné. . , ,•

Lorsque le malade eut suivi ce traitement pendant trois semaines, ses intcslins reprirent leurs fonctions, la sécrétion biliaire se fit normalement, et rappétitdeviiil bon. Il avait repris la faculté de' mouvoir les mains et les bras presque aussi bien qu'a l'étal sain ; sa vue s'était lellomeiil améliorée qu'il pouvait lire le journal ; il était en vente presque comnlétemeul guéri. La vessie avait repris régulièrement ses fonctions; sa voix olait bien iriiculée et sa santé générale fort améliorée sous tous les rapports. Il resta encore dans i'hôpiial environ deu.x mois, mais avec peu d'amélioration dans l'état de ses extrémités inférieures (.2).

S l:::::;;.;;rsJ5iL'Sj;vSns o.. .... CoustiUUio... O-igi.. «na Treatmcnt of I..C.1

Disoases, p. 91 ; Luiidoii, 1S09.

EXKMPl.KS DE QliELQlES-l'NES DES ESPÈCES I) AMALROSE. HÔO

Obs. CIO. — l-llisiibelli llealey, jeune feiiiiiic frêle el ilélicale d'environ 'iriiins, nicrianl un genre de vie sédenlnire, ayant la figure t'niaciée, un tempéranienl faillie el niéliincoliquc, vint consullor M. Lcssey, le 9 juin 18';>0, pour une alTeelion inleslinale à laquelte elle élaitsujelle depuis plusieurs annexes, et qui, lors même qu'elle se portait relativement liien, nécessitait l'usage coiistaut des purgatifs. Le dérangement des IomcIIoiis inleslinales était si intense et si permanent, ([u'on était porté à croire (ju'il s'agissait d'une altéralioii organique. Elle était de plus sujette îi une céphalalgie fréquente et intense, et parfois à des alUuiues de dyspnée, avec spasme de la poitrine el de la gorge, qui, lorsqu'elle s'elTorcail d'avaler, délerminaient des symptômes alai'uiants de sullocation. Ces attaques étaient soudaines el violentes, s'accomjtagiiaieMl d'une gramie faililcsse de la voix, et étaient suivies d'épuisement complet. On avait fréquemment remédié à l'état de ses intestins à l'aide de calliartiques mercuriaux et salins, el aux attaques de céphalalgie par la saignée du liras, l'applicalion de sangsues et de vésicaloires à la têle et au cou, el à l'alTection pulmonaire par divers autres remèdes. En janvier ISil, ei:e eut une atla(|ue de son af/e(;lion intestinale; celle-ci paraissait céder aux remèdes, (juant tout à coup le la malade fut prise d'une violente dyspnée. Chaque tentative qu'elle faisait pour avaler était suivie d'un spasme convulsif du pharynx cl de la poitrine, et accompagnée de sanglots fréquents (1). Quelques doses d'élher et d'opium el un vésicaloire sur le sternum, parèrentaux symj)tômes les pius urgents; néanmoins la respiration continua à être laborieuse, et la voix, qui avait été longtemps faible, se trouva réduite à un murmure que l'on entendait à peine. Le dérangement intestinal reparut; les selles étaient vertes et visqueuses, le pouls faible, et la débiïilégénérale si grande, que M. Lessey désespérait de la guérisoii.

Elle resta dans cet élat, avec peu de changement, jusqu'au 15 février. A celte époque, la difflculté de respirer disparut tout à coup, la voix devint distincte, forte et claire; mais elle l'ut prised'une douleur violente et soudaine, el, au grand étonnementde ceux qui l'enloiiraieiil, elle se mil à appeler au secours avec des cris perçants. On se liâla de la secourir el on la trouva agonisante de douleur el complélemenl aveugle. M. Lessey ht immédialement raser la tête, sur laquelle il appliqua un vésicaloire, ainsi qu'une douzaine de sangsues aux teni'pes, ce qui diminua la. violei\fe de la douleur, maisii'amenaaucun changement dans la vue. Les yeux élaienliixes el presque privés de mouvement, la pupiiid immobile, dans un élat moyen enlre la coniraction et la dilalalion, et complètement insensible à la lumière. Lorsqu'on amenait brusquement une chandelle devant ses yeux, elle ne s'apercevait point de sa présence, à moins qu'elle ne fût assez rapprochée pour pouvoir en sentir la chaleur. On appliqua des vésicaloires aux tempes, qu'on pansa fréquemment avec (le l'onguent canlharidé, de façon à entretenir l'écoulement pendant plusieurs semaines. Les intestins restaient paresseux el exigeaient l'usage constant des purgatifs. On essaya ensuite les blnepiUs; les gencives s'afl'ectèrent légèrement, mais aucun elTcl ne se |)roduisil sur la vue. La voix, continua à être forte, la respiration facile, et l'alTection de la l)0ilrine semblait tout à fait disparue. La douleur de la tête avait considérablement diminué, mais la vision restait si complélemenl éteinte, qu'on perdit tout espoir el qu'on l'envoya au n'or/>/iOî/sf de Manchester comme amaurotique incurable.

Trois mois après .son admission, elle fut prise d'une violente attaque de son affection de poitrine et des intestins; il y avait une consliiiation opiniâtre, de la dyspnée, un spasme violent et une grande difficulté dans la déglutition. Cette attaque dura trois semaines else dissipa lentement. A la fin de 1822, elle eul une légère attaque de pleurésie qui céda à la saignée, aux vésicaloires, el aux autres moyens ordinaires; elle resta ensuite assez bien débarrassée de ces accidents, excepté de légères céphalalgies.

Ouoiiiu'elle n'eût que peu ou pas d'espoir de recouvrer la vue, elle n'en essayait pas moins de temps en temps ses yeux avec une chandelle. Le soir du 29 oclobre, elle n'apercevait pas la moindre lueur; mais, à sa grande surprise, le soir du jour suivant, pendant qu'une personne la guidait dans la nie, elle aperçut confusément une apparence de feu, et s'écria : Qm'// ci-l-il dans mes yeux? Au bout de quelques minutes elle reconnut que c'étaient les lampesà gaz qu'elle voyait confusément. Sa vue continua à s'améliorer pen-

(1) l.o.s paroxsymcs que décrit ici M. Lessey sonl pcnérnlemcnl considérés comme liyslériqucs. J';il Innivc sur une femme qui avail élé longtemps en proie ù do pareilles atlaquos, le rtrur I cmarqiinhlcmcnl pelit. lillc uvail élé saignée excessivement souvent pendant les cinq on six années qui avaient précédé sa mort, et c'est peiil-circ à celte circonstance qu'était dù le petit volume du cœur.

AMAimOSE.

diiiit la soirée. Lo londem.-iin, M. Lossey la trouva avecin vuo nuageuse el confuse, et avec des luouclies voliiiiUîscoulcur de feu; néanmoins, elle disUngnail les trails de ses connaissances, el pouvail même lire lesgraiidiis lellres capitales; mais les petits caractères lui paraissaient confus. Tous les oljjels éloignés n'étaient vus qu'à travers un l)rouillard coloré, L'I paraissaient en conséquence indistincts el confus.

Le •iO novembre, la vue était à peu prés dans le même état. Elle avait néanmoins été meilleure dans l'intervalle; mais la malade y avait nul en restant imprudemment dans uiir clianihre lortenienl cliaulTée. Elle élail encore parfois troublée par les brouillards colorés; les mouciies volantes étaient quelquefois très nombreuses; elles paraissaient mêlées, disiiil-elle. do petits flocons blancs commcde la neige. Elle ne lisait pas mieux, liiais, nvcc l'aide d'un veri'c bi-con'cave, elle distinguait les lellres qui, à l'œilnu, lui paraissaient um masse confuse. Ses inlestins et ses poumons étaient exempts de toute maladie depiii> douze mois, et elle élail remplie de joie à l'idée qu'elle marcluiil vers une guérison complète (1).

SIX. Amaurose par congestion ou inflammation de l'appareil nerveux

optique, due à la perte continuelle des liquides du corps.

Celle amaurose esl caraclérisée dès son début, par.la sensation d'un réseau au-devanl des yeux, sensation qui ne s'accompagne (jue rarement, ou même jamais, delutiurs brillanles ou d'cblouissemenls, comme il arrive dans d autres variétés de la même maladie. Cbez un malade qui vinl-me consulter, elqui rapportait sa cécité à des excès vénériens, il n'existait ni photopsie, ni globes lumineux tournoyant devant les yeux, mais la sensation d'un nuage qui s'élendit d'abord devanl un œil, puis devant l'autre, de la lempe vers le nez, comme s*i c'était la portion nasale de la rétine qui lût devenue' insensible la première. Durant la marclie de la maladie, l'état de la vue éprouve des cbangements très remarquables, suivant les influences pbysiques ou morales auxquelles l'individu se trouve soumis. Après avoir fait un repas joyeux, ou pris (juelques verres de vin, ou sous l'influence de (luelque émotion vive et agréable de l'esprit, le malade voit pendant un certain temps beaucoup mieux ; mais un efl'el tout opposé se produit sous l'influence des passions déprimantes, du manque de nourriture, des veilles continues, elc. Assez souvent cette amaurose se déclare par un brouillard qui survient le soir devant les yeux, la lumière artificielle ordinaire étant troi) l'aible pour stimuler suffisamment la sensibilité émoussée de l'appareil nerveux de la vision. Il n'y a que rarement de la douleur dans la tète ou dans les yeux, ni aucune sensation de plénitude ou de pesanteur. Les symptômes marcbent d'ordinaire très lentement. Les malades sont souvent mélancoliques, timides et hypochondriaques : ils sont sujets aux vertiges, à la perte de la mémoire, incapables de travaux d'esprit, capricieux, tourmentés par l'insomnie, la gastralgie, le manque d'appétit, des flatulences el de la constipation. 11 n'existe (lue rarement des symptômes objectifs, si ce n'est peut-être une dilatation des pupilles, accompagnée d'une débilité générale évidente, de

(1) Kdi.iburgh .Médical and Surgical Journnl, vol. XXV, p 519 : Edinl.iiri:!.. 1820.

EXEMPLES DE QUELQIIES-DNES DES ESPÈCES l)"AMAi:nOSE.

pâleur, dcmacialion, de palpitations cl d'un pouls faible, petit et fréquent.

Canses. — Parmi les causes les plus fréquentes de celle espèce damaurose, on peut mentionner une nutrition imparfaite, toute perte considéi-able et continue des fluides du corps, ainsi que cela se voit dans les hémorrhagics, le plyalisme, la diarrhée chronique, l'ahus des plaisirs vénériens, la spcrmalorrhéc, ronanismc, la lactation contreindiquée, la leucorrhée, l'abus des médicaments allaiblissanls, etc.(l). C'est quelquefois une des suites du typhus fevcr, surtout quand cette maladie s'est accompagnée d'épistaxis abondantes, ou a été traitée par (les remèdes qui déterminent des supcrpurgalions. Le chagrin et les autres alVections de l'ame, décourageantes et dépressives, amènent l'épuisement du corps, la congestion cérébrale et Tamaurose.

Nous avons déjà dit que les personnes pléthoriques peuvent ordinairement déterminer à volonté un certain degré d'amaurose congeslive, en se penchant en avant, par exemple, ou en serrant fortement leur cravate. On rencontre aussi assez fréquemment une amaurose temporaire due à une cause opposée, c'esl-à-dire à l'épuisement. Parmi les symptômes mentionnés comme atteignant lès femmes grosses par suite de pertes sanguines, survenues avant le travail, nous trouvons les vertiges, les sifflements dans les oreilles et l'aflaiblissement de la vision. Lorsque le système nerveux n'est le siège d'aucune excitation particulière, on remarque que la soustraction brusque du sang par la phlébotomie affaiblit d'une manière remarquable la vision , comme aussi tous les autres organes des sens. Chez quelques individus, la débilité persiste pendant plusieurs jours, et si quelque organe des sens avait déjà éprouvé antérieurement de l'affaiblissement, la faiblesse de cet organe se trouve souvent augmentée. Lorsqu'il survient une syncope par perte de sang, le sens de la vue paraît être le premier à faiblir et le dernier à se rétablir. Vient ensuite l'ouïe; tandis que l'odorat, le goût et le loucher sont moins affectés, plus facilement ranimés par les excitants, et reviennent promplement à leur étal naturel. C'est une opinion populaire que la saignée affaiblit la vue, et jusqu'à un certain point cette opinion est basée sur l'expérience.

Traitement. — L'objet principal du traitement doit être de fortifier, par un bon régime et des médicaments toniques, les organes digestifs et de faire disparaître la faiblesse du malade. Bien qu'il ne soit que trop vrai que l'amaurose ne disparaît pas toujours quand les forces physiques du malade ont été rétablies , il n'en est pas moins indispensable d'arrêter avec le plus grand soin tous les écoulements débilitants et de faire renoncer le malade à toute habitude mauvaise. On pres-

(I) Voyez un cas, par O'Reili.y ù la suite d'une Iiénial^mùse, Laiiccl, 27 Mars, 1852, p. 305 : lIu cas par perle saiij^uinc à la suilc île la phlcboloniie, EsguiiioL, Des maladies nieiilnlcs, l. I,p. l83; Paris, 1838.

Page 1