‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 111 sur 143 · II. 7i · texte numérisé non relu

II. 7i

AMAimOSE.

crira en même temps Tair de la campagne, un exercice modéré, les bains froids, et tous les moyens généraux propres à rétablir les forces.

Lorsque la cause réside dans les pertes séminales, on |)ourra recourir à la cautérisation de la portion prostatique de lurelbre, suivant la métliode recommandée par Lallemand (1), en y joignant les toniques.

Quelques-unes des causes que nous avons mentionnées produisent incontestablement une congestion cérébrale qui, malgré Tétai daflaiblissement de la constitution , exige l'application de sangsues à la tétc et des révulsifs. M. Wade (2) recommande l'emploi de moxas que l'on fait brûler lentement sur les téguments de la tête ; pratique qui n'est point exempte de danger, car on y a vu succéder une carie des os, ayant entraîné consécutivement la mort (5).

On s'est bien trouvé en pareil cas des stimulants locaux, tels que la vapeur d'éther dirigée sur les yeux.

La découverte de la cause débilitante spéciale qui a engendré la maladie est la première condition du succès de son traitement.

Lorsqu'elle est récente, il suffit le plus souvent de soustraire le malade à la cause du mal, pour en arrêter la marche. Quand c'est la lactation, par exemple, le sevrage de l'enfant est le principal remède.

Q]jg Q{[ Arracliarl rapporte le cas d'un jeune homme qui, toute sa vie, avait été liabiluéà oréndre du vin comme Ijoisson journalière,etqui, ayant changé de pays,avaitélé rcduil à ne lioire nue de Ceau. Il en résulta pour lui une diarrhée qui dura neuf mois, nuis une fièvre intermillenle. On lui pratiqua deux saignées du bras, et des ce moment sa vue commença à baisser. Une troisième saignée du pied accrut sensiblement la faiblesse de la vue et immédiatement après une quatrième saignée, pratiquée également au pied, le malade devint complètement aveugle. On appliqua de grands vésicaloires et I on administra le tartre émétique, comme vomitif d'abord, puis comme altérant, pendant plus d un mois mais sans aucun succès. L'épuisement du malade s'accroissait rapidement; neanmo n's on continuait l'administration du tartre émétique. Lorsque Arrachart fut appelé, il nrescrivil une nourriture douce et de facile digestion, et plaça un selon au cou. La sanle ri , m hde s'améliora, mais l'étal de sa vue restant le même, il continua encore a prendre

nn ^d'Ar r des doses de six grains de tartre stibié. 11 survint des convulsions, m is poin d'évacuations. Arrachart ayant découvert ce dont il s agissai , prescrivit une noTioranoc vne et anti-spasmodique, et en vint au régime nourrissant. Au bout de deux mo s le mala e comm nca à voir un peu de l'œil gauche, et dans l'espace de trois autres Tisli v^e de cS œd s'était sensibleJnenl améliorée, mais l'œil droit resta perdu (4).

Obs m - Un maçon fut admis à VHÔlel-Dieu dans le service de Dupuytren ; il avait perdu la vue le lendemain de son mariage. Les bains froids, les frictions irritantes sur îégion dorso-lombaire, et les toniques diffusibles à l'intérieur, furent mis en usage, la vue se rétablit promplemenl (5).

Obs. 613. - Un jeune campagnard, de constitution robuste, devint l'amant heureux

(J) Des pertes séminales involontaires; Paris, 1856 Paris, 1857.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUUOSK

de deux servantes qui vivaient sous le même loilque lui. Kii moins d'un an il fut allaqué de gouUe sereine (1).

0/'.s-.614. — Un autre jeune garçon, au dt^liut de sa pulicrli;, tonil)a sul)itenient dans l'al)attement,et se mit à luir la société. Il ne quittait jamais sa c.liamlire (pie lorsque romiin; delà nuitledérol)ail aux regards, eldioisissait alors dos clieinins déserls. On m découvrit que trop lard que, outre d'autres signes d'épuisement nerveux, il était atteint d'une paralysie de la rétine, conséquence de l'iiabitude de la masturbation (2).

Obs. G15. — Elisabetli Firman,agcede20 ans, s'adressa i\M. Wells, le 28 janvier 183'2, pour une perte complète de la vue, avec paralysie lolale de la paupière supérieure gauche et paralysie parlielle de la paupière sujjérieure droite. Ix's traits relâchés et boullis de la malade "suggérèrent à M. Wells la pensée (pie ces symptômes pouvaient être dus à une leucorrhée. 11 apprit qu'en effet elle avait commencé à être réglée ù l'âge de IG ans, que les menstrues étaient revenues régulièrement pendant dix-huit mois, mais qu'à partir de colle époque elles étaient devenues très irrégulières, et qu'il était survenu un écoulement muqueu.x excessif qui avait beaucoup affaibli sa conslilulion.

Deux ansavani de consulterM. W., elle avait ou une oplithalmieintensequiavait promptpmenl cédé au traitement. Peu après, la paralysie des paupières était survenue, et la vision s'était graduellement obscurcie, jusqu'à être totalement abolie, d'abord dans l'œil gauche, et bientôt après dans le droit. Lorsqu'on soulevait la paupière et qu'on laissait arriver' la lumière jusqu'à la rétine, la pupille n'éprouvait ni dilalation ni conlraclion, mais la malade accusait une grande douleur à la partie postérieure de l'orbite. La pupille avait une forme ovalaire, et son bord élaitirrégulicr. Douze ou dix-huit mois avant, la malade "avait éprouvé de la douleur dans le côté gauche, derrière et au-dessous des fausses côtes.

Pendant la durée de sa maladie, elle fut admise- dans un hôpital public, où elle resta onze .semaines; elle y fui traitée par des ventouses scariliées, des vésicatoires, le mercure, mais sans aucun avantage. On essaya aussi de l'électricité, mais sans plusde succès. Les symptômes s'accrurent au contraire pendant l'emploi de ces moyens, et l'œil gauche devint complètement insensible à la plus forte lumière.

Bien que M. Wells fût convaincu que tous ces symptômes étaient la conséquence de l'affection du système génital, il n'en crut pas moins à l'existence d'une congestion cérébrale; en conséquence il commença le traitement par l'application de ventouses scariliées à la nuque et par une dose active de calomel et de jalap.

Quelques jours après, la peau étant sèche et la langue chargée, il prescrivit dix grains de nitre à prendre trois fois par jour, et chaque soir cinq grains d'exlrail de jusquiame, cinq d'extrait de coloquinte composée, et deux de bluc pills. Il prescrivit en outre d'injecter trois fois par jour dans le vagin une solution d'alun el de sulfate de zinc. La malade suivit pendant un mois ce traitement, en y ajoutant de temps en temps des purgatifs, mais avec peu de changement dans les symptômes. Comme elle accusa alors de la douleur à la partie postérieure de la lêle, on lui pratiqua une saignée du bras de 18 onces, el l'on renouvela son premier purgatif. On lui recommanda de faire slriclemciit les injections vaginales et de prendre encore pendant un mois le soir, les pilules déjà indiquées. C'est ce qu'elle fil, el avec avantage, car à la fin de celle époque elle pouvait soulever une de ses paupières, el distinguer les- objets avec cel œil. Onze semaines après que M. Wells l'eut vue pourla première fois, elle ressentit une douleur aiguë, rossemblaiità quelque chose qui se serait brusquement détaché de la partie postérieure de sa tète; et de ce moment une légère lueur avait commencé à se faire sentir dans son autre œil. M. Wells lui pratiqua encore une saignée de douze onces ; la vue conliniia à se rétablir graduellenienl.

Quatre mois*^ après avoir commencé les injections, elle pouvait lir(! et travailler, et sa santé s'étailbeaucoupaméliorée. Lorsque M. Wells rédigea son observation, elle était aussi bien qu'elle eût jamais élé; la leucorrhée avait entièrement cessé, el la menslriiation était devenue régulière. L'auteur ajoute qu'outre les pilules la malade avait pris un demi-gros de carbonate de fer trois fois par jour, lorsque la vision avait commencé à revenir (3).

(1) TnwEns' Synopsis oflhcpiseases oflhe Eye,p. U'i ; Londoii, 1820.

(2) Ibid.

(3) London Médical and Surgical Journal, Novciiibcr 3, 1832, p. 45t.

AMAUROSE

Obs. 616. — M™" J. accouclia à l'âge de 30 ans, et comme elle était d'une constitution saine, elle voulut nourrir ellc-mC'me son enfant, ce qu'elle lit pondant un certain temps sans en éprouver le moindre inconvénient; mais, au bout de six semaines, ses forces coniniencèreiil à diminuer, et son an'ailjlissemunt alla en augnienlant, au point qu'il lui devint impossibled'allereldevenir dans sa maison sans éprouver une langueurdouloureuse. Vers la même époque, sa vue commença ù s'affecter, à un degré léger d'abord, mais si fortement ensuite, que la lueur du soleil dans son |)lein ne lui paraissait pas plus forte que celle de la lune. A celte époque de sa maladie, elle n'apercevait pas de points noirs de l'un ni de l'autre de ses yeux, cl les objets ne lui paraissaient point recouverts d'un brouillard ni d'un nuage. Elle éprouvait dans le cou une violente douleur qui remontait jusqu'à la partie latérale de la tèle. Ce symptôme décida la personne (lui lui donnait des soins, à lui tirer, à l'aide des ventouses, quatre onces de sang du siège primitirdu mal. L'étal de sa vue empira à la suite de ce moyen, cl bientôt elle perdit l'usage des deux yeux.

11 y avait trois jours qu'elle était dans cet étal de cécilé lorsque M. Watlicn fut pour lu première fois appelé près d'elle. Il trouva les deux pupilles largenienl dilatées et insensibles à l'action de la plus vive lumière. Son prenuer conseil fut de sevrer sui-le-clianip l'enfant. 11 ordonna aussi à la mère de prendre trois fois par jour une potion au quinquina, plus un laxatif de temps en temps pour combattre une constipation liabituelle qui l'avait presque toujours tourmentée depuis sa délivrance. En outre, on fit de fréquentes applications de vapeur d'élbcr aux yeux et au front.

Quatre jours après l'ailoptlon de ce mode de traitement, M. Ware vint voir la malade avec M. Watlien. Ses forces et son courage commençaient un peu à revenir; elje percevuit de légères lueurs lumineuses, bien que les deux pupilles fussent dilatées et immobiles comme auparavant. On continua le quinquina et l'élher, et le lendemain on fitarriverun fort courant électrique sur les yeux, en même temps que l'on fit jaillir de petites étincelles de divers points des yeux, du front et des tempes. Le lendemain, pour accroître l'cU'et de l'électricité, on fll placer la malade sur un isoloir et l'on renouvela les mêmes manœuvres que la veille. Elles parurent exercer une influence notable sur la guérison. La première tentative lut suivie d'un tel degré d'amélioration que la malade, pour qui tout était confus, put distinguer clairement combien il y avait de fenêtres dans l'appartement où elle était assise, quoiqu'elle ne pût apercevoir l'encadrement d'aucune d'elles- Le troisième jour, peu de temps après qu'elle eut été électrisée, ses règles reparurent pour la première fois depuis son accoucbement ; elles durèrent trois jours, pendant lesquels on jugea convenable de suspendre le quinquina et l'électricilé. On en reprit l'usage dès que les règles furent passées; la vue s'améliora tous les jours. Au bout d'une semaine, elle apercevait tous les gros objets, et en peu de temps elle put lire les plus petits caractères. Les forces, toutefois, ne revinrent pas aussi promplemenl; c'est pourquoi on lui conseilla d'aller habiter la campagne, où le cbangement d'air et une alimentation douce et nourrissante eurent bientôt complètement rétabli sa santé (1).

g XX. — Amaurose suite d'albuminurie.

Le docleur Addison (2) avait appelé l'attention sur ce fait que la forme d'affection cérébrale qui survient communément par suite de l'altération des reins, appelée îwato/<e de Brig/it ou albuminurie, est Irès fréquemment précédée d'étourdissemeuts, d'obcurcissement de la vue, et de douleur dans la tète. Le docteur Landouzy, de Reims (5), a' annoncé, depuis, que l'altération de la vision est un des symptômes du début de cette affection et un symptôme qui parait ou disparait suivant que l'albumine existe ou n'existe plus dans l'urine. L'affection de la vue arrive insensiblement et ne s'élève jaimiis jusqu'à la cécilé

(1) Wade's Observations on llic Calaracl and Gulta Screiia, p. 585; London, 1812.

(2) Guy's Ilospilal Repoi-ls, vol. IV, p. 1 ; London, 1839.

(3) Gazette médicale de Paris, 20 Oclobrc 18^9, p. 815.

EXKMlM.l'S 1)K QIIKLQIJF.S-UNES DKS ESPÈCES d'AMADHOSE.

complète. Los pupilles sont dilaléos, le malade se plaint de la lumière, et voit comme à travers un voile. Il survient de la douleur à la réi^ion lombaire, de l'oedème des extrémités inférieures, Taseite el riiydrotliorax.

L'abus des liqueurs alcooliques, les rapports sexuels pi-ématurés, le séjour ou le travail dans des lieux humides et IVoids, une nourriture insullisarile et des fatigues excessives, telles sont les causes auxquelles le docteur Landouzy rapporte la maladie.

Si Famaurose se montre combinée avec des signes d'iiypérémie ou d'inllamniatiou du rein, qui constituent le premier degré de l'albuminurie, la saignée, les diurétiques et les révulsifs sont indiqués; si elle survient dans la seconde période, alors qu'il existe une altération de structure et que des produits morbides se sont développés dans le rein, on doit persister dans l'usage des diurétiques, des révulsifs énergiques, et givoir recours aux altérants avec prudence. On se trouvera probablement bien des bains de vapeur dans l'une et l'autre périodes. Le mercure agit avec une violence plus qu'ordinaire sur les' personnes atteintes d'albuminurie, on doit donc ne l'employer qu'avec la plus grande circonspection, si même il ne vaut pas mieux s'en abstenir complétement(l). (Voir, pour les signes ophlhalmoscopiques,

p. XLIX.)

§ XXI. — Amaurose par irritation des branches du nerf de la cinquième paire.

La congestion de l'appareil nerveux optique, provoquée par une irritation de la cinquième paire, est une cause d'amaurose sympathique, qui est loin d'être rare; on a publié de nombreuses observations dans lesquelles l'ablation de tumeurs en contact avec le nerf de la cinquième paire, ou de dénis cariées, a déterminé le retour de la vision.

■ Obs. 617. — Un liomme vigoureux, d'un âge moyen, peintre de navire, vint consulter

■ M. llowship en 1808 pour une pelile lumeur située sur le sommet de la lèle. Il y avait

■ au moins dix ans qu'il s'élail aperçu de son existence. Il supposait qu'elle était la consé- ^ quencede quelque coup reçu sur îa tête. Elle n'avait jamais été douloureuse; néanmoins

il pensait que sa santé s'altérait, car il était depuis quelques années en proie à une céphalalgie qu'il n'avait jamais ressentie auparavant. La fréquence de ce mal de lèle allait en augmentant, el la vue était devenue si faible que, depuis plus de deux ans, il ne pouvait plus lire même les caractères les plus gros et les plus nets. Lorsqu'on comprimait la lumeur du cuir chevelu, il n'éprouvait ni douleur, ni sensibililé.

M. Howship conseilla l'extirpation, qui fut exécutée au moyen de deux incisions elliptiques pratiquées sur les téguments au delà de la hase de la tumeur; on détacha ensuite du péricràne, avec lequel elles se trouvaient en contact, la portion de peau ainsi cernée et la lumeur elle-même. On lia deux pelils vaisseaux, et l'on rapprociia presque complètement les lèvres de la plaie à l'aide de bandelelles agglulinalives. Au bout de trois semaines, la plaie était complètement cicatrisée.

[(I) Voir sur fanimirosc comme symplôme initial ilc rallmminiiric : Annales trOculisliquc , t. XXII, pp. 129, IGO, 180; l. XXVI, p. loi ; t. XXVIll, p. !2'2-2 ; l. XXXI, p. 235 ; t. XXXIII, p. 252; t. XXXIV, p. m.]

AMAUUOSE.

On trnuviij fi rcxiunun, que la lumcur élait coiisliluéc par un fort kyste cartilagineux, situé dans la nienil)ranc cellulouse au-dessous du cuir ciievelu. La cavité du kyste était remplie d'un fluide purulent jauniilro dont les parties les plus épaisses avaient formé un dépôt grumeleux sur les parois de la cavité.

Le malade n'avait pas perdu plus d'une once de sang pendant l'opération; néanmoins, le soir suivant, il se sentit la tète beaucoup mieux qu'elle n'avait été depuis plusieurs mois. Il trouva que son malaise et sa céphalalgie allaient chaque jour diminuant, et conslala avec quelque surprise que sa vue devenait plus forte et plus claire. A l'époque de la cicatrisation de la plaie, toute trace de céphalalgie avait disparu, et sa vue s'était tellement améliorée, qu'il se trouvait de nouveau en étal de lire le livre imprimé en petits caractères, dont il se servait dix ans auparavant. La céphalalgie, ni l'affection oculaire ne reparurent plus par la suite (1).

Obs. 618. — F. Brzesmycki, âgé de 30 ans, qui avait toujours joui d'une bonne santé, à l'exception de quelques douleurs rhumatismales qu'il ressentait parfois dans la tète et les articulations, fut pris tout à coup, pendant l'automne de 182S, d'une violente douleur partant de la tempe gauche et s'étendant à l'œil et à la moitié de la face du même côté. On attribua la douleur au froid; elle dura plusieurs jours, puis s'amenda, puis revint périodiquement, sans être cependant assez intense pour le déterminera consulter un médecin. Mais au bout de deux mois, elle revint avec une telle intensité, surtout dans Tceil, qu'il semblait au malade que cet organe allait être cbassé de son orbite;* il s'aperçut en même temps que la vue de ce côté était perdue. Pendant six mois, on employa divers traitements, mais sans en obtenir d'autre avantage que de rendre la douleur périodique de continue qu'elle était. Au bout de ce temps, la douleur reprit une nouvelle force, la joue enfla, et il s'échappa pendant la nuit d'entre la conjonctive et la paupière inférieure, plusieurs cuillerées de pus sanguinolent. A la suite de cette évacuation, le gonflement disparut et la douleur diminua, mais la cécité resta aussi complète qu'auparavant. Trois semaines après, nouvel écoulement semblable au précédent, et qui reparut plusieurs fois dans l'espace de six mois. Pendant l'hiver de 1826, le mal fut si intense que, au commencement de 1827, le malade se rendit à Wilna, dans l'intention de se faire extirper l'œil, s'il n'y avait pas d'autre moyen d'obtenir du soulagement.

M. Galenzowski, qui fut alors consulté, trouva la vision de l'œil gauche perdue; la pupille restait dilatée. 11 pensa que le pus s'était formé dans le maxillaire supérieur et s'était fait jour par la portion orbitaire de cet os; mais sachant aussi que les suppurations à l'intérieur du maxillaire supérieur dépendent fréquemment de l'existence de dents cariées , il procéda à un examen attentif, et découvrit une racine cariée correspondant à la région du sinus. On enleva cette dent et, au grand étonnement de M. Galenzowski et de son malade, on trouva fixée ù sa racine une écliarde de bois, d'environ trois pouces de long, et de la grosseur d'une tète d'épingle. On supposa que cette écharde s'était détachée d'un cure-dents en bois; on ne trouva du moins pas d'autre explication plausible. Lorsqu'on retira la sonde que l'on avait introduite dans le sinus, il s'écliappa quelques gouttes d'un liquide séro-purulent, et au bout de neuf jours le malade avait complètement récupéré la vue (2).

Obs. 619. — Le docteur Vanzandt de Saint-Louis, aux États-Unis, m'a rapporté le cas d'un jeune homme, affecté d'amaurose complète, excitée par la persistance de deux dents temporaires. Dès qu'on les eut enlevées, le malade parut éprouver une grande frayeur, et s'aperçut que la vue lui était rendue.

[Nous empruntons à M. Hays les citations suivantes (5) : M. Travers (4) a vu une amaurose commençante, évidemment enrayée par l'extraction d'une dent malade sur un malade chez lequel l'œil du côté opposé avait été atteint, deux ans auparavant, d'une

(1) IIowsiiip. Op. cil., p. 1.

(2) Archives géiiérulcs (le médecine, l. XXIM, p. 2Gi ; Paris, 1830. [(5) Lawiiociî. lîdiliiin iiméricaiiie. p. (ilG cl suiv.]

[^4) Synopsis of tlie Diseuses o[ llie liye, p. oOii, ô'-' édition 1

EXliMl'LKS DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAI'UOSE. 847

ainaul'ose complèle (lue Ton avait allribuéc à la présence de dents cai'iccs.

M. Caffe(l) cite le cas d'une personne qui avait à la mâchoire supérieure une dent creusée par la carie : chaque l'ois ([u'il y pénétrait une parcelle d'aliment, l'œil du côté correspondant devenait amauroLiquc. l/amaurose disparaissait dès (jue l'on nettoyait la cavité de la dent.

Le docteur Walson l'apporte que le fils d'un médecin de Londres a perdu, à deux ou trois reprises dilïërentes, la vue d'un œil, sans cause appréciable et sans que l'on pût découvrir aucun changement dans l'organe malade. La cécité disparut chaque fois à la suite et comme conséquence présumée de l'extraction de quelques dents dont la croissance était irrégulière (2). Le docteur Ashburner dit que ces sortes de cas sont communs (5).

De son côté, le docteur James Hunier (4) rapporte le cas suivant d'amaurose temporaire d'un œil, survenue à la suite de l'extraction d'une dent :

Obs. 620. — En juillet 1838, un garçon de 17 ans se présenta au dispensaire, pour un obscurcissement de la vue survenu à gauche assez brus;iuenienl et dans des circonstances, spéciales. Il raconta que la vue avait toujours été fort bonne des deux côtés, si ce n'esl depuis quatre jours, il avait alors souflerl des dents et était allé chez un droguiste pour s'en faire enlever une implantée dans la moitié gauche de la miichoire supérieure. L'opération avait été proraptement et adroitement exécutée, et sans provoquer trop de douleur. Le malade, au moment où la dent était devenue mobile dans l'alvéole, avait aperçu devant l'œil gauche un éclair brillant, auquel pendant quelques minutes en avaient succédé d"autres moins intenses et à de courts intervalles. S'élanl couché, une ou deux heures après, les éclairs reparurent et persistèrent pendant une heure environ, puis cessèrent graduellement. Le lendemain, le malade reconnut que la vue de son œil gauche élait fort affaiblie et que tous les objets qu'il regardait étaient enveloppés d'un épais brouillard. Il eut aussi la sensation d'une espèce d'anneau coloré tournoyant à l'intérieur de l'œil. Les choses restèrent à peu près dans le même état les deux jours suivants, mais le quatrième jour il crut reconnaître une amélioration. — La pupille gauche parait un tard soit peu plus contractée que celle de l'œil droit, mais la forme en est parfaitement régulière, et l'iris a conservé tous ses mouvements. L'organe paraît aussi sain à tous autres égards. La santé générale de ce garçon, d'un tempérament nervoso-sanguin, était bonne. Il n'éprouvait de douleur ni dans l'œil ni dans le sourcil, ni aucun symptôme de congestion cérébrale ou de dérangement des organes digestifs. Lorsqu'il fermait l'œil droit, dont la vue était bonne, et que du gauche il essayait de lire un livre imprimé en caractères qu'un œil normal pouvait distinguer à 48 pouces, il ne pouvait le faire qu'à la distance de 15 pouces, et encore dilTicilemeiit; et si l'on diminuait la dislance, les lettres lui paraissaient bien plus grandes, mais brouillées. En faisant un essai avec des caractères de moitié plus petits, il ne put lire aucim mot. quelque rapprochée que fiJl la dislance. Ni les verres concaves, ni les verres convexes n'amélioraient la vision. Il paraissait ne plus distinguer aussi bien les couleurs, mais je n'avais sous la main aucun moyen d'explorer l'œil sous ce rapport. La dent extraite élait la première grosse molaire de la mâchoire supérieure gauche. En pressant fortement avec le doigt sur son alvéole, je ne déterminai aucune sensibilité anormale, ni aucun élancement douloureux, et ne découvris aucun fragment, de dent, ni aucune cs(iuilie du bord alvéolaire.

[(H Lanfiolle Française. 22 Août I8ô9.]

[(2) Leçon dans London .Mcd. Gazelle, February li, 1841 ]

[(3) Ibi'd., p. 712.]

[{i) American Journ. of Mcd. Science, Oclobcr 1811.]

AMAUUOSE.

Le docteur Hunier laissa faire la iialure, et, au iioul de quinze jours, le malade voyait tout distiuc.tenionl, excepté les plus petits objets. A dater de ce moment, il ne se représentii plus, de sorte qu'il est prohahle que sa guérison l'ut complète. T. W.J

XXII. — Ailiaurose par paralysie de la rétine, consécutive à des névralgies des branches de la cinquième paire.

M. A. iNotla (1), à qui nous cmprunlons ce chapiire, a recueilli dix observalions qui rculrcnl dans celle calégorie ; huil fois la yu(! élait complélcmenl abolie, el deux lois il esl dil que l'aniaurose élail presque complèle.

Neuf lois lelal de la pui)ille est indiqué, et Ton trouve que sept fois €lle est dilatée, et deux fois normale cl contractile. M. iNolta rapporte ces deux observalions en détail, pour bien établir que c'est sous Tinlluence de la névralgie sus-orbiiaire que la vue a été abolie, et qu(! cette cécité ne peut être attribuée à une mydriase, comme le veut M. Siebel, qui a, avec raison, signalé celte cause de trouble de la vision dans les névralgies de la cinquième paire. Mais ces deux observations ne sont pas les seules qui démontrent que la cécité peut être due à la paralysie de la rétine. Ainsi, dans les sept cas dans lesquels la pupille est dilatée, M. Nolla a trouvé que quatre fois elle est immobile et deux fois encore un peu contractile; une fois l'état de sa contraclilité n'est pas indiqué. Ici, l'objection de M. Siebel reparaît, car il y a mydriase, et l'on a négligé l'expérience qui consiste à s'assurer si le malade ne voit pas plus distinctement en regardant à l'aide d'une carte noire percée d'un petit trou; mais, dans ces observations, il est dit que la cécité est complète. Mais la mydriase ne produit pas la cécilé complète; elle ne détermine qu'un éblouissemenl à la lumière, qui diminue même au bout de quelques jours. Or, la durée de la cécilé a presque toujours dépassé un mois ; elle a même persisté pendant une année.

Dans les dix observations rassemblées par M. Nolla, plusieurs rameaux de la cinquième paire étaient afl'eclés ; mais ceux qui étaient le siège principal de la névralgie étaient : quatre fois le nerf sus-orbilaire ; deux fois les nerfs sus el sous-orbitaires; une fois le nerf sous-orbilaire; trois fois, le siège principal de la névralgie n'est pas indiqué d'une manière précise. Il résulte de là que l'amaurose se manifeste plus particulièrement sous l'influence de la névralgie du nerf sus-orbitaire.

La cécité survient un temps variable après le début de la névralgie. Le plus souvent, on la vue apparaître quelques jours et même plusieurs mois après ; quelquefois, elle s'est manifestée presque en même temps. Tantôt elle se montre brusquement; le malade s'en aperçoit à son réveil, ou parce que, éprouvant quelque chose d'insolite dans la vue, il ferme l'œil sain , et reconnaît alors qu'il a perdu la faculté de

[(1) Mémoire sur les lésions lonctionnellcs qni sont sous la dépendance des névralgies; Archives générales de médecine, !i« série, 1. 111, vol. I, p. 12 el suivantes.]

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUUOSE,

voir de l'aulre; craulrcs fois, la perle de la vue survient d'une manière graduelle. Toujours esl-il qu'une fois coniplèle, la eécilé persiste dans l'intervalle des aecès. Sa durée est très variable, et quoi(|ue existant depuis un temps considérable , elle est encore susceptible de guérison. Le tableau suivant en donnera une idée :

Nombre lifs cas. Diirt'o de la cc'cllii. Riisullnt du traUcmcnl.

"i 6 jours. Guéris.

1 4 mois. —

i 1 an. —

1 4 — Soulagé.

1 Pas indiqué. Pas indiqué.

On comprend combien il importe, pour le praticien, de savoir reconnaître l'amaurose névralgique; car, à moins qu'elle ne soit fort ancienne, le pronostic en est peu grave. Les détails dans lesquels nous venons d'entrer, ont lait ressortir la relation qui existe entre l'amaurose et la névralgie; il faut donc bien préciser l'existence de cette dernière, savoir si elle a précédé ou suivi l'atraiblissement de la vue. Quelquefois, au début, certaines formes de glaucome déterminent des douleurs névralgiques qui pourraient induire eu erreur; mais il y a alors une altération particulière du cristallin qui fait paraître le fond de l'œil verdâtre (Mackenzie), et sur l'iris des plaques d'un gris ardoisé (Siebel) qui ne permettent pas de le confondre avec l'amaurose névralgique, dans laquelle le cristallin et l'iris conservent leur aspect normal.

Dans le tableau qui précède , on a vu que l'amaurose névralgique, même ancienne, est susceptible de guérison. Ici encore tout le traitement est dirigé contre la cause, la névralgie; cependant, il arrive quelquefois, surtout lorsque l'amaurose date déjà de quelque temps, que la névralgie disparait complètement sans que la vue revienne. Dans des cas semblables, après avoir combattu la névralgie, il faut avoir recours à des excitants spéciaux du nerf optique, tels que des vésicatoires volants pansés avec de la strychnine, des frictions sur le front et les tempes avec de l'huile de strychnine, et surtout des friclions avec la pommade à la vératrine, dont voici la formule :

Vératrine 1 gramme.

Axonge 20 »

§ XXIII. — Amaurose bydrooéphalique.

L'hydrocéphale peut être aiguë ou chronique; l'amaurose est d'ordinaire uii symptôme propre à chacune de ces variétés. Le troisième

AMAUROSE

ventricule se trouvant dilaté, ainsi que les ventricules latéraux, ses parois font saillie en avant de façon à venir comprimer le chiasma.

L'oculiste est rarement appelé à traiter riiydrocéphale aiguë chez les enfants, attendu que, dans celte maladie, d'autres symptômes graves précèdent d'ordinaire la perte de la vue. Toutefois, le strabisme est assez fréquemment le |)remier signe de l'hydrocéphale aiguë, et il arrive parfois aussi que la perte de la vue soit le premier symptôme qui excite les alarmes. M Le docteur Graves (1) rapporte qu'il fut appelé auprès d'un jeune ^ malade, beau garçon, se promenant comme s'il était en bonne santé, mais complètement aveugle. L'amaurose fut ici le premier symptôme; les autres suivirent, et l'enfant mourut quinze jours plus tard dans un accès de convulsions.

Les adultes qui sont pris d'hydrocéphale aiguë ont ordinairement été tourmentés pendant nombre d'années de céphalalgies fréquentes el graves; à la fin, une de leurs attaques habituelles s'accompagne de symptômes de compression du cerveau, de délire, d'altération de la parole, de dilatation et d'insensibilité des pupilles, et de cécité; puis surviennent le coma et la mort. La saignée, le mercure et les révulsifs sont les moyens auxquels on doit avoir recours chez les adultes.

Chez les enfants, la maladie est souvent unie à une constitution scrofuleuse, et la santé générale d'ordinaire trop altérée pour qu'on puisse avoir recours aux remèdes débilitants. S'il existe de la chaleur et des battements dans la tête, en même temps que d'autres signes de pléthore ou de congestion, on doit appliquer des sangsues, recouvrir le cuir chevelu de compresses imbibées d'eau froide, et administrer des purgatifs. Si la constitution est faible, on donnera de petites doses fréquemment renouvelées de sulfate de quinine. Si la maladie a succédé à la disparition de quelque éruption, on aura recours aux révulsifs appliqués derrière les oreilles ou à la nuque.

Les symptômes d'hydrocéphale doivent parfois leur origine à l'épuisement. L'enfant est affecté de stupeur; les paupières sont à demi closes et restent immobiles à l'approche ou même au contact du doigt ; la respiration est irrégulière et le pouls fréquent. Le froid et la pâleur des joues, et l'apparition des symptômes, comme cela se voit souvent à la suite de la diarrhée, peuvent suggérer l'espoir que la maladie est plutôt la conséquence de l'épuisement que celle d'une affection cérébrale encore existante. Si l'on nourrit le malade, el qu'on lui administre un peu d'eau de vie et de petites doses de carbonate d'ammoniaque, les paupières redeviennent sensibles au contact des doigts, la respiration reprend sa régularité, et parfois la guérison survient (2).

(1) London Médical Gazelle, vol. XIX, p. 811. Wnmm n vm ■

2 Gooci's Aecouniol some ol' U.e n.osl i.nporlant Diseases pccuhar to PiJlLTim : llAU.. Mcdico-Chirurgical Trunsuclions, vol. XXIV, p. 93 ; London, 1841.

EXEMPLES DE QUELQUES-l)^ES DES ESPÈCES d'aMAUUOSE.

La présence d'eau dans les venlricules est souvent une affection congônialc. Dans ce cas, à mesure que l'enfant grandit, son crâne acquiert un volume anormal ; les lacullés mentales ou sensitivcs sont plus ou moins aiïaiblies, et la vie se prolonge rarement au delà de quelques années. Lorsque la tète est le siège d'un dévelop|)ement (jui s'est eiïeclué lentement, et que les venlricules sont distendus |)ar de Teau, l'amaurose s'observe fréquemment. Les révulsifs sur le cuir chevelu et les toniques à l'intérieur sont quelquefois utiles.

g XXIV. Amaurose par inflammation et hydropisie du cerveau consécutives

à la scarlatine.

Cette variété est une des formes les plus remarquables de l'amaurose hydrocéphalique.

Il n'est pas rare de voir un enfant, convalescent de la scarlatine, être pris, peut-être après s'être exposé au froid, d'une céphalalgie, suivie de rêves effrayants, de convulsions, de cécité, et de coma. Ces. symptômes peuvent avoir été précédés de l'albuminurie et de l'œdème, qui s'ajoutent fréquemment à la scarlatine, et, à cause de cela, on les attribue souvent à un épanchement brusque dans le cerveau; mais je crois, comme le docteur Abercrombie, que cette maladie est de nature inflammatoire, et que le malade ne peut être sauvé qu'à l'aide du traitement anliphlogistique le plus vigoureux : saignées, purgatifs, etc. A l'aide de cette méthode, beaucoup d'enfants guérissent; quelques-uns restent pour toujours sujets à des accès d'épilepsie; d'autres meurent et présentent les altérations que l'on trouve d'ordinaire dans les afTections inflammatoires du cerveau.

0^5. 621. — Une petite fille, âgée de 8 ans, le malin du troisième jour de l'affection hydropique qui succède à la scarlatine, se plaignit d'une céphalalgie qui, dans le cours de la même journée, devint extrêmement violente. Dans la soirée, elle fut prise de convulsions qui, d'après le récit de sa mère, durèrent 19 heures presque sans interruption. Elles cessèrent alors, mais reparurent au bout de deux heures. Durant cet intervalle, on s'aperçut qu'elle était aveugle et que ses pupilles étaient fort dilatées. Les convulsions, à celte seconde reprise, durèrent 36 heures, et la malade resta aveugle 8 heures encore après leur disparition. Cette enlanl guérit. L'œdème, qui était borné à la face et aux mains, disparut pendant les convulsions, mais revint après qu'elles eurent cessé (1).

Obs. 622. — Un jeune garçon, âgé de 13 ans, fut pris de céphalalgie le matin du septième jour après que sa face avait commencé à s'enfler; dans la soirée, ses membres étaient convulsés et sa vue presque entièrement perdue. La mémoire, néanmoins, et les autres facultés intellectuelles ne paraissaient point affaiblies. Les convulsions cessèrent au bout d'une demi-heure; mais elles revinrent au bout d'une heure et durèrent encore environ le même temps. Ces accès, suivis d'intermission, se reproduisirent ainsi onze fois en vingt heures. L'œdème disparut pendant que ce malade était ainsi en proie aux convulsions, et il se plaignit beaucoup d'une douleur dans le ventre, augmentant par la pression. Lorsque

(t) Observations on lheDropsywhichsuccecdsScai'IclFcvcr,by William CiiAnLEsWEi.is,M.D., Tiansaciions of a Society for thc Improvement of Médical and Chirurgical Knowledge, vol. III, p. 177; London, 1812.

AMAUnOSE.

les convulsions cessèrent complétcmcnl, sa vue devint moins imparfaite; mais sa face resta pâle et son pouls faible el très fréquent. Il mourut le lendemain matin (1).

§ XXV. — Amaurose, suite de productions morbides dans le cerveau,

Fig. lloopcr, pl. X, XI, XII XHI el XIV. Dalrympic, pl. XXXVI, ng. 3.

Les maladies dont il s'agit ici sont des tumeurs formées par Tépaississement des membranes internes du cerveau ou par le dépôt d'une substance de nouvelle formation entre leurs lames ou sur leurs surfaces; ce sont aussi des tubercules, des hydatides, des kystes et des productions fongueuses. Le lecteur trouvera un bon exposé des symptômes auxquels donnent lieu ces diverses altérations, dans les Palhological and Practical Rescarches on Diseuses of the Brain du docteur Abercrombic. 11 établit, toutefois, que les symptômes ne sont pa.'. assez constants pour que l'on puisse les rapporter à chacune de ces altérations en particulier. Il en rapporte les principales modifications à sept formes, qui sont : 1 Une céphalalgie intense, continue et de longue durée, sans autre symptôme remarquable. 2 Après qu'une céphalalgie occupant un point fixe a duré un certain temps, altérations des sens, de la parole et de rintelligence. o Céphalalgie, altérations des sens et convulsions. 4. Convulsions sans aucune altération des sens. 5. Paralysie. 6. Les symptômes les plus saillants se remarquent du côté des organes digestifs. 7. Vertiges, attaques apoplectiques. Les observations que le docteur Abercrombie cite à l'appui de ces divers groupes de symptômes, sont extrêmeiTient intéressantes. Il ne faut cependant pas s'imaginer que ces diverses classes de symptômes restent toujours distinctes et ne se montrent jamais ensemble sur le même sujet. Il est évident qu'il reste beaucoup à faire relativement à l'histoire pathologique des productions morbides du cerveau; cela ressort bien de ce fait, établi par le docteur Abercrombie, que l'on rencontre parfois des tumeurs dans cet organe, qui n'ont produit aucun symptôme remarquable, tandis que, chez d'autres sujets, de semblables tumeurs, occupant la même région et offrant le même volume, s'accompagnent de cécité, de convulsions, ou de paralysie.

Beer dit que l'amaurose qui résulte de la présence de productions morbides dans le cerveau attaque généralement les deux yeux à la fois. La cécité survient ti^ès lentement, ne s'accompagne pas de la sensation d'un nuage noir, mais surtout de visus defiguratus, tous les objets paraissant indistincts et confus. A ce symptôme se joignent des attaques répétées de vertiges, une photopsie gênante et de la photophobie. La pupille reste contractée pendant un certain temps; les vaisseaux sanguins de la surface de l'œil sont turgescents ; l'œil el les pan-

(1) Ibid., p. 178.

FAU.MPI.ES DE QlIlîI.QUr.S-UNI'S DES KSPlU'.F.S n'AM.UnOSF..

pières sont d'abord agiles do inouvemcnls coiivulsiCs, puis paralysés; de sorte que l'œil csl invariabliMUCMl dirigé du niéuic côlé e( que la paupière supérieure ne peut plus èti'e relevée. I.ii pupille se dilate alors cl la vue csl coniplélcinenl éteinlc. La céphalalgie va d'ordinaire en s'accroissant cl le malade ressent aussi de la douleur le long de la colonne vertébrale. La douleur n'est point uniforme, elle a des rémillences, puis reprend avec une violence telle, que le malade en perd presque la raison. 11 survient à la lin une altération permanente des •mires sens externes et dos facultés iiitcllectuelles. L'ouïe commence ie premier à s'alTaiblir ; puis viennent l'odorat et le goût, et quelquefois ' tous les deux presque en même temps. Le malade finit par perdre la mémoire et tombe dans un état d'insensibilité générale ou dans la manie. L'hydrocéphale et une attaque de paralysie viennent en général clore la scène.

Causes. — Les productions morbides du cerveau ne se développent que rarement sur d'autres sujets que des personnes d'une constitution cachectique. Leurs causes excitantes sont des coups sur la tête, la fatigue, l'anxiété, l'action du froid, etc.

Traitement. — Relativement au traitement de l'amaurose, accompagnée de symptômes qui portent à soupçonner l'existence de quelque foraiation morbide dans le cerveau, il importe de faire remarquer que ces cas ne doivent sous aucun rapport être considérés comme entièrement désespérés. Beaucoup de cas de cette espèce doivent leur origine à une action inflammatoire el, à l'aide d'un traitement convevable, on peut souvent en arrêter la marche, prolonger la vie du malade, la lui rendre plus agréable, et lui conserver même un certain degré de vision. Le traitement consistera à maintenir le sujet dans un certain état de faiblesse à l'aide des évacuations et d'un régime ténu, à user des altérants avec précaution, en même temps que l'on maintiendra des applications froides sur la tête, que l'on entretiendra des cautères ou des sétons au cou, et que l'on évitera toute cause d'excitation.

Obs 623. — Élisabelh Lindup, âgée de 19 ans, d'une constitution robuste,^ d'une santé Générale bonne, se plaignait depuis trois ans de céplialalgie et de vertiges qui augmentaient par les mouvements, et surtout lorsqu'elle se baissait. Ces symplomes persistèrent avec des exacerbations accidentelles, s'accompagnant d'irritation d*) J'est^mac et d'une injection des yeux comme celle qui suit les pleurs, jusqu'au 22 août 1810 Pendant qu'elle était occupée à préparer à dîner, elle fut prise, sans aucun prodrome, d un accès pendant lequel elle n'eut point de convulsions, mais resta complètement immobile faisant des inspirations longues et profondes, qui cessèrent à mesure quelle revint a elle Ces accidents arrivèrent immédiatement après la cessaliondesreglesetnedurerentque quelques minutes. M. Morrnh la vil avant que l'accès fût complètement passe et i resta parliculièrement frappé de la douleur aiguë qu'elle accusait dans un iioiul lixe de la lete el de l'aspect bagard de ses yeux. Un mois plus lard, elle eut une nouvelle attaque, qui survint si inopinément, qu'elle tomba en tenant ù la main une casserole remplie de lait; depuis cette époque jusqu'au 20 du mois d'août, elle eut une attaque toutes les trois semaines. Chaque paroxysme pouvait être considéré comme consistant en deux accès, l'un qui suru. '^^ '

AMAlinOSE.

venait (iniis la soirée, el dont elle ne se ri-nictlait qu'iinparfailcmenl, jusqu'à l'arrivée du second qui avait lieu le lendemain matin ; après quoi elle restait pendant trois semaines exempte de tout accident. Le 20 août, elle eut dans le même jour trois accès, qui s'accompagnèrent de dérangement considérable de l'estomac, de cris per^tanls, et d'autres indices d'une grande soulïrance, poussée presque jus(|u'au délire. Il survint une série de ces attaques douloureuses, dont l'intensité alla croissant, et qui s'accompagnèrent de stupeur, jusque vers le milieu de septembre, époque ù laquelle elle avait pres(|ue perdu l'ouïe. Peu de temps après, elle perdit la vue de l'œil droit, et quatorze jours plus tard celle de l'œil gauclie. Son odorat était tellement aboli que ses nerfs oll'nctil's restaient insen.sibles même à ran)monia(iue; la parole et la déglutition étaient fort em|)êcliées, et son côté gauche, dans lequel elle s'était plaint antérieurement de ressentir des frissons, fut frappé de paralysie. Le vendredi 7 décembre, elle tomba dans un étal de stupeur apoplectique, qui continua jusqu'au matin du mardi suivant: pendant cet intervalle, elle ne proféra point une parole el ne prit aucune nouri iture. Vers celle époque, elle revint à elle, parla, avala quelques rafraîchissements, mais retomba bienlôt dans son premier état. Le vendredi 14 décembre au soir, elle expira. Pendant toute sa maladie, le mois d'oclobre excepté, elle fut régulièrement réglée. Le pouls ne fut point aiï'eclé, si ce n'est vers la lin; la chaleur ne fut point accrue, il y avait un peu de constipation, mais dont on triomphait aisément, el la vessie exécutait bien ses fondions. Celte jeune lille élail toutefois constamment en proie à une irritabilité nerveuse, peu explicable chez une personne d'une organisation aussi robuste el dont la sanlé générale paraissait si bonne.

A la dissection, les vaisseaux de la dure-mère étaient un peu plus distendus que d'habitude. En enlevant celle enveloppe, on vil que la pie-mère était soulevée par une tumeur, qui se trouva être une hydalide ou un kyste d'environ trois pouces de long sur deux pouces de large, enfoui dans la substance du cerveau qui lui fournissait un grand nombre de petits vaisseaux. Le ventricule gauche contenait un peu plus de liquide qu'on n'en trouve d'ordinaire chez un sujet sain; le ventricule dioil, qui était comprimé par la tumeur, en contenait à peine (.1).

Obs. 624. — Miss. M. A. fut atteinte de céphalalgie intense au début de ranréel820; elle avait alors 17 ans. Elle était d'une constitution délicate, avait les cheveux et les yeux d'une nuance claire, un beau teint, et l'humeur douce et joyeuse. Elle avait jusqu'alors joui d'une bonne sanlé, était régulièrement menstruée, n'avait reçu ni coup ni blessure, el ne connaissait aucune cause à laquelle elle pût attribuer son mal. Elle fut soulagée par des moyens simples, el alla passer quatre mois de l'été dans le Cheshire, où elle prit beaucoup d'exercice; elle lit même une fois assez facilement 10 milles à pied, néanmoins son mal de tête ne la quitta jamais complètement. Peu de temps après son retour à la ville, la douleur devint très gênante; elle se trouva de nouveau bien des moyens qu'on lui prescrivit et d'un vésicatoire au cou. En janvier 1821, à la suite d'un retour grave de sa douleur, on lui appliqua des sangsues au front; elle éprouva alors un intervalle de mieux comparatif assez long. En février elle alla au bal, dansa pendant plusieurs heures, et parut s'amuser beaucoup; elle ne consulta point de nouveau jusqu'au 30 mai suivant. Les symptômes s'étaient accrus rapidement, el sa douleur de tête avait pris un caractère plus sérieux. Elle occupait d'ordinaire la tempe droite; mais chaque malin elle subissait une exacei*alion régulière telle, que pendant une heure ou deux la malade se roulait sur son lit dans une véritable agonie; la douleur diminuait ensuite el était supportable pendant le reste du jour. Elle éprouvait des vertiges, des syncopes, une grande frayeur d'objets imaginaires, un étal d'irritation nerveuse extrême, de la dureté d'ouïe et de l'obscurcissement dans la vue. Elle devint myope ; les objels lui paraissaient plus grands qu'ils n'étaient, et parfois elle restait complètement aveugle pendant quelques secondes. Son pouls était fréquent, sa peau chaude; elle ressentait de violentes douleurs à l'eslomac, des nausées et des vomissements. Elle épi ouva successivement dans diverses parties du corps de violentes douleurs que n'accompagnaient aucuns symptômes d'inflammation externe: tantôt c'élail à la gorge, ce qui occasionnait une gêne extrême de la déglutition,; lanlôtù la poitrine, ce qui déterminait l'embarras de la respiration; tantôt encore en différents points de la colonne vertébrale, surtout vers le cou, aux genoux, aux chevilles el aux

(1) Medico-Chirurgiral Transactions, vol. Il, p. 262: London, 1823.

EXEMI'LF.S DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES D AMADIIOSE. 8ljô

poignets. On essaya les vdsicaloircs, les iii)|)liciiiions froides sur la lêle, le mercure à petites doses el sans dcHerminer la salivation, et divers autres moyens; mais on n'ol)tint que peu ou pas de soulagement. 8a santé déclina rajiidcment; les vomissements continuels avaient déterminé une émaciation marciiiée.

Le3l août ))endanl qu'elle élailau lit, elle fut prise d"nn violent accès de convulsions, accom|)agiié de straliisnie et de cris perçants, cpii dura environ une demi-heure el la laissa dans un état de stupeur. Le lendemain, elle avait perdu toute puissance sur son corps, ellcnepouvailselevorni même se tourner dans soii lit; elle ponvaitencore remuer un peu les bras et les jamhes; sa vue, quoicpie très ari'ail)lie, lui avait permis jus(|u'à ce moment de reconnaître les ohjets; elle se perdit alors au point (|u"elle ne pouvait plus que distinguer la lumière de l'obscurité. Les pupilles étaient lortenient dilatées, mais néanmoins encore un peu sensibles ù l'action de la lumière. La surdité avait aussi beaucoup augmenté. L'aflaiblissement de la vue et de l'ouïe avait d'abord commencé à gauche, côté opposé à celui où existait, à l'origine, la douleur lixe. La constipation était opiniâtre, les vomissements et la douleur à l'estomac continuels, la céphalalgie intense, le pouls vite, la respiration précipitée, la peau chaude el sèche, le sommeil tranquille et sans slertor. Dans l'espace de quelques jours, elle eut une nouvelle attaque semblable à la première; puis ces attaques se renouvelèrent avec i)lus ou moins de trequence el d'intensité, jusque peu de temps avant sa mort: l'état du canal alimentaire inlluail généralement beaucoup sur ces attaques. lille en avait parfois cinq ou six dans un jour; d'autres fois, plusieurs jours s'écoulaient sans qu'elle en eut. Généralement, elles se déclaraient sans prodromes; elles paraissaient d'autres fois amenées par de légers efforts. Outre les attaques convulsives générales, elle éprouvait des soubresauts spasmodiques el des Iressaillemenls dans différentes parties du corps. La vue el l'ouïe furent bientôt complètement perdues; puis il en fut de même de l'odorat; le goût, s'il existait encore, était très imparfait. Elle désirait parfois certains aliments, mais elle se plaignait toujours qu'ils n'avaient pas de saveur; rarement elle reconnaissait ce qu'elle mangeait.

Comme elle étail privée de tous les organes des sens, excepté du loucher, le seul moyen de communication que l'on pouvait encore avoir avec elle, consistait à tracer avec les doigts des lettres sur ceux de la malade. Elle acquit rapidement l'habitude de reconnaître au toucher les personnes avec qui elle communiquait d'ordinaire; ellecontracta une facilité extraordinaire à converser de cette façon, devinant les mots avant qu'ils fussent à moitié écrils. Lorsqu'elle étail éveillée, elle occupait constamment ainsi les personnes qui la soignaient. Elle aurait voulu se distraire à l'aide de quelque occupation manuelle, mais ses bras étaient si faibles qu'elle n'en put supporter la fatigue. Son intelligence n'était point affaiblie, si ce n'est lorsqu'elle étaitsous l'influence des attaques. Elle paraissait connaître sa situation désespérée, el manifesta le désir que l'on ouvrit sa lêle après sa mort. Elle montrait beaucoup de patience pendant ses souffrances, el témoignait même de la gaieté lorsque la douleur étail modérée. Néanmoins, lorsqu'elle était éveillée, elle était rarement exempte d'une douleur intense dans la tête; cette douleur étail lancinante ou pulsative, mais n'occupait aucun point en particulier. La douleur qu'elle éprouvait à la partie supérieure el à la partie inférieure de la colonne vertébrale, la sensation de froid extrême dans le dos, et la douleur qui se faisait sentir dans le sein droit, puis dans le gauche, la tourmentaient aussi quelquefois excessivement. Les joues s'injectaient aussi parfois par places, la chaleur de la peau devenait excessive, elles démangeaisons intolérables. La langue étail quelquefois chargée, mais le plus souvent nette. Elle n'avait point de soif. Lorsque les vomissements eurent cessé, l'appétit devint presque insatiable, et elle repril des chairs. Les yeux conservaient leur lustre, mais ils étaient complélement insensibles à la lumière, el les pupilles restaient largement dilatées.

Elle eut ensuite des attaques répétées de vomissements bilieux, qui la réduisirent chaque fois à un étal de débilité extrême, dont elle se remettait avec une surprenante facilité. La constipation fut toujours opiniâtre, elle n'allait guère à la selle qu'au moyen descalbartiques. Elle passa une fois quatorze jours sans évacuation. La constipation amenait invariablement l'aggravation de tous les symptômes. Les règles cessèrent de paraître dès qu'elle garda le lit. Sa respiration étail nalurellc et facile; la parole n'était point empêchée; la voix était claire et distincte; le pouls de 80 h 100, petit el généralement faible ; le sommeil facile et tranquille, si ce n'est lorsqu'elli; criait pour qu'on la retournât; après quoi elle retombait immédiatement assoupie. Klie ne |)0iivait rester couchée sur le dos, ni sur l'un ou l'autre côté, ni dormir pins d'une demi-heure dansla même position: de sorte

AMAUUOSK.

qu'elle avait hcsoin d'une porsonnc exprès pour la retourner. Si on ne le faisait point aussitôt qu'elle le cleniandait, elle était souvent prise d'un accès, lille ne récupéra jamais la faculté de mouvoir son corps, et ne pouvait soulever la tête au moindre degré; mais le sens du loucher resta parfait. On essaya plusieurs fois de la lever graduellement dans son lit, mais chaque tentative produisait une douleur considérable, et si l'on persistait, on déterminait un accès. Les médicaments (lu'on lui administra n'eurent d'autre hut que de soulager ses souffrances, à l'exception d'une tentative que l'on lit pour mercurialiser le système; mais les accès augmentèrent tellement pendant l'emploi de ce remède, que l'on fut obligé d'y renoncer.

Les symptômes que nous venons de mentionner persistèrent avec plus ou moins d'intensité jusqu'en février iS'iS, époque à laquelle l'estomac rejetant toute espèce de nourriture, les forces dé la malade commencèrent à faiblir. Aucune évacuation alvine n'avait lieu qu'à l'aide des lavements. Tout le système musculaire parut perdre sa tonicité, les membres étaient demi-flécliis et elle a-vait à peine la force de les mouvoir; les lèvres étaient ù demi-fermées, la bouche pleine d'ulcérations aphlheuses, et les dents recouvertes de fuliginosités ; les traits du visage étaient déviés , elle dormait les paupières ù demi ouvertes; les yeux se troublèrent ; il survintà l'œil gauche une inflammation qui détermina l'ulcération et l'opacité de la cornée. Elle n'accusa aucune douleur, et ne s'aperçut même pas que cet œil était affecté. Elle rendait les urines et les fèces involontairement. Elle ne pouvait avaler aucune sulislance nutritive qu'elle ne fût à l'état liquide, et ce n'était alors qu'avec la plus grande difficulté. Elle fut prise d'une toux fatiguante, qui, à cause de son extrême faiblesse, la menaçait souvent de suffocation. Les facultés intellectuelles commencèrent aussi à diminuer; elle parlait peu, et seulement de ses douleurs. Son pouls était si faible qu'on le sentait à peine. Elle respirait librement et dormait beaucoup. En septembre, il survint une légère diarrhée. Elle pouvait alors à peine prendre de quoi se soutenir, et l'émaciation était telle que la pression avait déterminé en plusieurs endroits l'excoriation de la peau. Elle mourut le 5 octobre 1823, après avoir langui pendant plus de deux années à la suite de la première attaque convulsive, et près de quatre ans depuis le commencement de ses maux de tête.

Le cuir chevelu était légèrement œdématié, les os du crâne extrêmement mmces, et plusieurs petites épines se projetaient au dedans, de la partie postérieure de chaque ■ pariétal Les membranes qui recouvraient le cerveau étaient exemptes de toute altération; la substance du cerveau était plus molle que de coutume; huit à dix onces de liquide se trouvaient dans les ventricules; la membrane qui tapisse ceux-ci était d'une couleur jaune sale 1 es couches optiques étaient un peu augmentéesde volume, etentièrement converties en une matière fongueuse que M. John Hunter, Juii., qui a rédigé l'observation, considère

comme étant de la nature du fongus hematode. Une section longitudinale, pratiquée suivant l'épaisseur d'une des couches optiques, offrait exactement l'aspect d'un caillot sanguin- Les corps striés n'étaient pas altérés, mais la maladie s'étendait aux parties voisines du cerveau et au cervelet, en dessous, ainsi qu'au bord inférieur et postérieur de la grande faulx du cerveau. Les nerfs optiques offraient une teinte plus foncée qu'à l'ordinaire, mais la texture n'en semblait pas altérée. Les autres nerfs cérébraux n'offraient aucune altération de structure. La moëile , au moins toute la portion que l'on peut examiner sans ouvrir le canal rachidieii, élait parfaitement saine, Il existait plusieurs rebords osseux à la base du cnine, et toutes les irrégularités étaient . . forlemenl marquées. On ne trouva dans le tho-

rax et l'abdomen aucune altération morbide, si ce n'est une quantité depeliles concrétions biliaires (I).

(1) Mclico-Chirargical Transactions, vol. XIII, p. 88. Lon.lon 1825. Voyez \o\>^ev.Miou .,.?nlti"r clprUnanl le pé.l«ne.,lc cérébral droil, la .no.fe dro.lc du puni de Na.ok, la

rig. 145.

EXEMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aM.UJUOSE . 857

[§ XXVI. — Amaurose intermittente.

M. Bradshaw (1) a rapporté dans le sein dé la Ilcadinr/ Palhological Society, un cas Irès rcinîU'quablc , pcul-èlre uni(pic, de celle variélé d'aniaurose. Nous eu reproduisons ci-après l'observalion :

Obs. G%. — Une dnnift friinçnise, ;"isce de 37 ans, élnil siijctlc il des accès de cécilc complète. Ces accès survenaient soudainement, et sans aucune cause a])|)ai'ente, la nuit et le jour, irrégulièrenienl et sans périodicité ; diacun d'eux se prolongeait pendant trois heures environ. Pendant l'accès, les pupilles étaient largement dilatées, la cécité était complète et les glohes oculaires ainsi que les paupières dans une immobilité absolue. Après l'attaque, les yeux reprenaient leur aclivilé accoutumée, et paraissaient sous tous les raj)ports dans un état d'inlégrité parfaite. La sanlé de celte dame était, sous tous les autres points, des plus satisfaisants. L'affection persistait depuis plusieursannées, et la fréquence des accès n'avait pas varié; il y en avait toujours trois par quinzaine. Celte malade avait subi des traitements variés sans en avoir retiré aucun avantage. Sa sœur était affligée des mêmes accidents. T. W.]

[§ XXVII. — Anaaurose due à l'action de la foudre.

M. Pélrequin en a cilé deux faits (2). Il attribue cette amaurose à la perversion de Taction nerveuse et peut-être à la soustraction d'une portion du fluide nerveux par l'action de la foudre. Dans le premier cas, après un an de soins et de traitements infructueux, le malade fut mis à l'usage du sulfate acide d'alumine, et, dès lors, il éprouva une amélioration qui alla toujours en croissant. Dans le deuxième fait,

.«■urface antérieure du lobe droit du cerveau, déterminant de l'amblyopie à droite, et une amaurose compicle ù gauche, par Boyer, Arciiives générales de médecine, S"-' série, I. Vlil, p. 91 : Ilydatides dans le ventricule laléral gauche, produisant une pliotopsie intense et une amaurose complète, par Johnson, Mcdico-Chirurgical Review, January, 1856, p. 202 : Tumeur comprimant les tubercules quadri jumeaux. par Kennion, London Médical Gazelle, vol. XXII, p. 894 : Tumeur dans le troisième ventricule, Mowno's Morbid Analomy of the Brain, vol. I, p. 167; Edinburgh, 1827 : Tumeur dans la partie postérieure du cerveau, par Bainbridge, Médical Gazette, .'Vpril iO, 184-0, p. 119 : AITection cncéphaloïde du cerveau, Ibid., vol. XXXIX, p. 1004 : Tumeur dans rhéinisplière droite du cerveau, déterminant une épilepsie et une amaurose, Médical Times and Gazette, August 13, 1853, p. 166 : Tumeur située au-dessous du troisième ventricule, rendant d'abord un œil amaurolique, puis l'autre, et déterminant la cécité, par Heath, Ibid., Seplember 10, 1853, p. 279 : Kyste dans le cerveau, par Barncastle, l.ancet, 12 Deecmber, 1846, p. 635 : Tumeur ressemblant à de la gelée de pied de veau, et occupant le cerveau, Ibid., 29 April, 1848, p. 468: Fongus hématode du cerveau, Dublin Médical Press, 11 Oclober, 184-8, p. 230: Cas d'amaui'ose d'un œil, et d'e,\ophlhalraos, par HiBBEni Tayloii, .Médical Gazette, March 1849, p. 429 : Tumeur encéphaloïde ù la base du cerveau, par Ericiisen, ibid., vol. XLV, p. 4b2 : Tumeur cncéphaloïde de la couche optique, Médical Times, 14 Deccmbcr, IS.'iO, p. 622 : Tumeur du cervelet, comprimant le pont de Varole, la cinquième paire, et déterminant une amaurose el une paraplégie, par Beitii, Médical Gazette, 16 May, IS.'il, p. 856 : Kysic .lans le cervelet, par Keid, Ibid., 17 October, 18i51, p. 664 : Tumeur tuberculeuse du cervelet, par Bramweli., Monthly Journal of Médical Science, Noveniber, 1851, p. 4-4-2 ; Ilyperoslosc du crinc, avec tumeur ù la base du cerveau, el une tumeur occupant chaque méat auditif inlerne, Uimi.v, De cpostosi cranii rariore, Gôttinga;, 1852. [Tumeur de la base du cri\nc comprimani les couches optiques, diagnostiquée pendant la vie, par Rostan ; Gaz. des liôpilaux, 1854, n" 8. — I.ebert. Des symptômes fournis par l'œil dans les cas de tumeurs du cerveau ; Virchow's Arch. f. palh. Anat., l. III, cah. 3. — N. Ansiaux. Amaurose causée par une tumeur tuberculeuse de la bas* du crùne, Ann. d'Ocul., t. XIX, p. 9. T. W.] [(1) Prov. Med. and Surg. Journ., July 2i, 1814.]

[[i) iSouYcllus roeheruhus sur la thérapeutique de ramaurosc ou gnulle sereine. 1

H')8 AMAL'ROSE.

lamaurosc, d'abord cotnplèle, se. Iransforma hientôl en une nyclalopie (elle, que le malade voyait les objets les plus petits dans l'obscurité la plus profonde et au milieu de la nuit la plus obscure, et (ju'il cessait de voir aussitôt que le jour commençait à paraître. Il reprit brusquement la vue, sans avoir rien lait autre que de se tenir à un régime salulaire.

llenrolay a rapporlé dans les ternies suivants l'observation d'un cas de perte subite de la vue, à la suite d'un coup de tonnerre, chez un sujet portant au cou une chaîne galvanique.

Obs 626. — Geeraeris, âgé de 38 ans, d'une constitution détériorée, d'un tempérament lympiialiqu'e, remplit au camp de Beverloo les fonctions de garde-magasinier du matériel du génie. Accablé d'anciens rliumatismes qui ont enlevé à ses membres toute souplesse, il porlait depuis quelques mois une chaîne galvanique pendante à la poitrine, lorsque, l'été dernier, il fut pris subitement d'une forte dyspnée au moment où la foudre vint à tomber sur l'un des carrés, dont il se trouvait éloigné d'environ cinq minutes. Au bout d'un quart d'heure remis de son émotion, il avait pn regagner son domicile. Cet événement n'avait laissé qu'une faible impression dans son esprit, lorsque, le 1" mai de cette année, se trouvant dans sa chambre à lire la gazette, à une fenêtre enlr'ouverte, au moment d'un coup de tonnerre, Geeraeris fui tout à coup pris de vertiges, chancela, se retint aux meubles qui l'environnaient et perdit complètement la vue. Cette fois la chaîne galvanique, qu i! avait continué à porter, était simplement placée autour du cou. Je fus appelé a voir le malade avec M. Warlomonl, peu de temps après l'accident.

Geeraeris avait l'air égaré, les yeux ouverts et immobiles; les pupilles, un peu plus dilatées qu'à l'étal normal, iouissaient de très peu de mobilité. Il accusait de la céphalalgie et des vertiges; nous trouvâmes le pouls lent, faible et dépressible ; un bruitde rapeau coeur; il se p'aignait de quelques nausées, d'un peu de soif, d'anorexie et d'une légère douleur épigastriqueà la pression. L'étal du pouls etlaconstituliondusujeléloignantloutafaitl idée des évacuations sanguines générales, nous fîmes appliquer en deux fois vingt-quatre sangsues derrière les oreilles, des sinapismes aux extrémités inférieures, et le malade ful mis à une diète absolue. Au bout du deuxième jour, ces moyens n'ayant pas amené d'amélioration sensible, je fis appliquer un grand vésicatoire à la nuque, et dès ce moment un mieux prononcé se déclara, à tel poinl que le sixième jour la vue était complètement

Il est inutile d'ajouter que Geeraeris s'est empressé de se défaire de sa chame galvanique et qu'il l'a enfouie à plusieurs pieds sous terre (1). T. W.].

[I XXVIII. — Amaurose phlébitique.

M Mackenzie a décrit très au long, à l'article ophlhalmîtis phlébitique p 92, les désordres que la résorption purulente peut produire dans l'organe de la vision ; voici une observation qui démontre que en pareil cas, la vue peut être détruite sans que l'œil présente aucune altération.

O&s m - Un malade, âgé de 37 ans, entra dans mon service à Saint-Bartholomew^s Hosm I 21 mai l83^i, pour une inflammation de la veine basilique, survenue a la su. î uï sa igi^e ; S n aïad avait débuté le 29 février. Les symptômes, qu étaien graves l LrLnsSère^^

ép que à laqu 1 e e pouls élail calme, le sommeil bon, la langue nette, et l'appél.l con-

[(1) Annales d'Oculisliquc, l. XXVII, p. 71.]

F.XKMPLES DE QUELQUES-UNES DES ESPÈCES d'aMAUHOSE . 8o9

sorvé. Sur lii dciiiaïulo du iiiiiliide, dont In faim cluil imp(!riilive, on lui prescrivit chaque jour une côlelelto do inoulon cl une dose d'infusion de casearille el de rliuliarlie trois fois par jour. Le 17, il prit sa côlelelto et ses trois doses d'infusion, et dormit liien; le 18, il eut une selle, se leva el s'Iiabilla lui-niènie, el le cliirurj^ien ciiargé des pansements le trouva assis près du feu. Il dit qu'il se trouvait si bien qu'il n'avait pu garder le lit; il se plaignit de la laim, cl réclama une portion de vin ou de bière pour son diner, ce qui lui fut formellement refusé. Dans la matinée, ses amis vinrent le voir el lui apportèrent vraisemblablement du vin ou de l'alcool. A diner, il ne put i)as manger sa côleletle, mais ne se plaignit de rien. A six heures du soir, il fut pris tout ;"i couj) d'évanouissement, depcrle de la vue, et d'une légère douleur de tète. 11 se coucha immédiatement; on lui administra un peu de calomelet de poudre de James, puis une once d'huile de ricin en quatre heures. — 19. Insomnie eldélire pendant toute la nuit; ksi'éUncs sonlcomplclemoil insensibles, au point qu'il ne peut distinguer la lumière de l'obscurité. Les pupilles sont légèrement dilatées, mais elles se contraclenl lorsqu'on tient une chandelle devant les yeux, quoique le malade n'en ait pas la conscience. La léte est chaude et douloureuse. Le malade a toute sa connaissance, el répond raisonnablement aux questions qu'on lui adresse. Le pouls est petit et fréquent, hi langue blanche et un peu sèche, la soif vive. (Raser la tête el la recouvrir d'applications froides; tirer de la nuque quatorze onces de sang à l'aide de ventouses; vésicaloire entre les épaules ; une dose de sel purgatif et de vin d'antimoine toutes les quatre heures.)— 20. La vision est toujours dans le même état. (Vingt-quatre sangsues aux tempes; une dose d'huile de ricin; deux grains de calomel avec autant de poudre anlimoniale toutes les quatre heures). — 41. Le malade a un peu dormi le matin; la vuè s'est améliorée, et il peut voir et compter les doigts qu'on tient devant lui. Vers le milieu du jour, les symptômes ci-dessus décrits reparaissent avec plus d'intensité; délire avec marmottement continuel, selles involontaires. (Vésicatoires aux mollets.) La mort survient le 23. On constate un épanchement séro-purulent dans le péricarde et une infiltraiion purulentemarquéedansla substance musculaire du cœur. Il y a dans tout l'encéphale des traces de congestion sanguine active; la substance médullaire est parliellenient ramollie en divers endroits. L'arachnoïde, épaissie à la base du cerveau, offre une leinte jaune qui parait due à la présence du pus. Ces altérations sont surtout marquées vers l'infundibulum et le chiasma des nerfs optiques (1). T. W.]

§ XXIX. — Amaurose congéniale. [V. p. 537.] l'-ig. Von Amman, tlieU. III, taf. XVI, XVil, XVllI.

On m'a souvent apporté des enfants, quelques mois après leur naissance, parce qu on les croyait aveugles. On commence, d'ordinaire, à concevoir ce soupçon lorsque l'on s'aperçoit que l'enfant ne suit pas la lumière d'une chandelle, et ne s'en amuse point; mais on ne peut s'en rapporter à ce signe pour décider qu'il y a amaurose congéniale, à moins qu'il ne soit accompagné de mouvement de roulement des yeux, ou de quelque forme anormale de la tête, indiquant un défaut de développement du cerveau.

Dans beaucoup de cas où la cécité n'avait été soupçonnée que par suite du défaut d'attention de l'enfant pour les corps lumineux, mais dans lesquels les pupilles étaient mobiles, j'ai vu survenir une amélioration graduelle dans l'espace de quelques mois. Dans quelques cas, l'amélioration a été rapide ; de sorte qu'avant la lin de la première année, la vision était parfaite.

[(I) Lawrence. Édition aniéricoinc, p. Philadelphie, I83i.]

860 KNTOZOAiniîS A l/[NIÉUIUll« DE l/oilGANE DE LA VISION.

On s'esl quelquefois bien trouvé, en pareil cas, de pelils vésicaloires derrière les oreilles.

Il ne faul pas coiirondre Famaurose congéniale, due au développement imparfait de quelque partie de l'appareil nerveux optique, avec celle qui est la conséquence d'une lésion traumatique de la tête de l'enfant lorsque la délivrance s'est opérée à l'aide des instruments.

Obs. 628. — Un petit garçon de 6 ans nie fut amené de loin pour avoir mon avis. On m'appril que la nière, élaiilen travail depuis trente-six iieures, avait été délivrée à l'aide du forceps, dont les cuillères avaient de chaque côté entamé la tête de l'enfant, juste audessus des oreilles. Pendant les quatre premières semaines, il ne fil attention à rien, pas même à une bougie allumée tenue près de ses yeux. Vers la fin de la cinquième semaine, il commença à faire un peu attention à la liougie. Cet état dura une ou deux semaines ; après quoi il commença à faire attention h la lumière du jour. Les choses allèrent en s'améliorant jusqu'au sixième mois; toutefois, il ne paraissait impressionné que par une lumière vive. L'amélioration continua graduellement, l'enfant commençant ù s'occuper des objets qu'on lui présentait à une certaine distance et dans une certaine position, et tendant la main vers eux, mais néanmoins il ne paraissait jamais fixer directement les objets ni les regarder de son propre mouvement. Quand je le vis, les pupilles se contractaient et se dilataient parfaitement bien. Il paraissait voir mieux les gens lorsqu'il était en plein air, qu'à l'intérieur de la maison.

Page 1