‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 23 sur 143 · PANNUS OU NÉBULOSITÉ VASCULAIRE DE LA CORNÉE · texte numérisé non relu

PANNUS OU NÉBULOSITÉ VASCULAIRE DE LA CORNÉE

Fig. Ilccr; hniiil I, Inf. III, Ht;. 3; bniKl II, liif. IV. Ilg. 3. Wuiilrop, pl. Il, flg. 3: pl. VII, li;.' i.

On doit entendre par pannus un état vasculaire de la cornée, avec épaississemenldeson épilhélium, rcsullanUlerinllammalion chronique.

Il existe trois variétés de cette maladie : — la première est la conséquence delà cornéite,et c'est à celle-ci que s'applique généralement le nom de pannus, parce que la cornée y ressemble complètement à un morceau d'étoffe rouge ; la seconde, qui est plus fréquemment désignée sous le nom de nébulosité vasculaire de la cornée, est le résultat des granulations de la conjonctive; et la troisième, qui se combine souvent avec le xérome est produite par l'irritation occasionnée par le renversement des cils en dedans. La première variété est idiopathique ; la seconde etla troisième sont symptomaliques. Dans la première variété, la surface interne des paupières est lisse et normale; dans la seconde, elle est inégale et sarcomateuse ; et dans la troisième, les paupières ou les cils renversés frottent contre la cornée.

Le prolongement des vaisseaux sur ou dans la cornée s'accompagne toujours de changements moléculaires de sa substance, et souvent d'un épanchement plus ou moins considérable de lymphe plastique, de sorte que le poli en est détruit et qu'elle devient souvent à demi opaque. Dans la -première variété du pannus, les vaisseaux sanguins proviennent de ceux de la sclérotique aussi bien que de ceux de la conjonctive; dans la seconde et la troisième variété , c'est la conjonctive qui fournit principalement les vaisseaux anormaux. Bien que les vaisseaux de la conjonctive ne semblent recouverts que par l'épithélium hypertrophié, il est beaucoup plus probable qu'ils sont situés sous la lame élastique antérieure. Quand ils proviennent des vaisseaux de la sclérotique ou du réseau profond sous-conjonctival, ils passent évidemment au-dessous de cette lame et envahissent alors en avant la totalité du tissu lamelle de la cornée, au point de la rendre presqu'imperméable à la lumière.

M. Bowman fait remarquer que « les vaisseaux doivent être regardés comme engendrés par la maladie et non comme la maladie ellemême. Ils se développent, dit-il , en vertu d'une loi salutaire et conservatrice de l'organisme, afin de permettre à une partie dont la vitalité est faible de supporter une action morbide qu'elle a contractée, et à laquelle, sans ce secours, sa vitalité succomberait. Leur présence indique bien l'existence d'une maladie, dont elle marque jusqu'à un certain point l'étendue, mais il faut bien se garder de croire qu'elle en constitue l'essence. Si les vaisseaux ne s'étaient point développes, le

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nrooossus morbide se serait depuis longtemps terminé pas la destruclion totale du tissu... On peut même aller plus loin et soutenir que ces vaisseaux adventifs sont nécessaires à la guérison et pour leur propre

,li^pa,.ition Enellct, comme les produits morbides (y compris les

N aisseaux) déposés dans la cornée exigent pour subsister l'abord d'une . cM'lainc quantité de matériaux nouveaux i)Our que le mouvemenl de nutrition s'y continue, de môme ils ne peuvent disparaître sans qu'il existe des agents pour efl'cctuer rabsori)lion et entraîner les matériaux anciens dont ils sont composés, et ces agents sont surtout les canaux

\asculairos (1). » , < i •

La première variété de pannus se guérit à l'aide des remèdes qui

conviennent à la cornéite. La seconde ne guérit que lorsqu'on a réussi

à (aire disparaître la granulation de la conjonctive dont elle dépend.

La troisième réclame l'arrachement des cils déviés, ou la cure radicale

du Irichiasis ou de l'entropion qui l'a produite. On a proposé contre la seconde variété, et contre elle seulemenl,

l'inoculation de la conjonctive avec la matière provenant d'une blen-

iiorrhagie.

[L'importance de cette maladie, sa fréquence et sa gravité dans les pays où règne l'ophtlialmie granulaire, cause fréquente du pannus, nous déterminent à entrer dans quelques développements additionnels relativement à quelques points de son histoire (2) :

SYMPTOMES. 1. Exsudalions. Tantôt primitives, tantôt consécutives à la vascularisation de la cornée, les exsudations, dans l'un et l'autre cas, se présentent sous la forme d'opacités blancliàlres mais limitées, tantôt légères, tantôt épaisses, le plus souvent multiples et apportant un obstacle plus ou moins considérable à l'exercice de la vision. Ces épanchements apparaissent d'abord sur un ou plusieurs points du bord de la cornée, sous forme d'un petit nuage, d'une sorte débrouillard grisâtre, et, avec le temps, gagnent de proche en proche, en se réunissant entre eux, toutes les parties qui étaient restées saines. Ils ne paraissent pas d'abord avoir une épaisseur sensible; mais à mesure que la maladie devient plus intense et plus ancienne, ils forment une sorte de revêtement à la conjonctive cornéenne qui s'en épaissit d'autant. L'exsudation est dans le principe fibrino-séreuse ; examinée à la loupe, la cornée semble soulevée par de fines vésicules inégalement distribuées à sa surface. Quand elle devient plus épaisse, plus plastique, sa couleur s'assombrit, devient plus grise ou plus jaunâtre. Les épanchements sont généralement plus épais à la circonférence de la cornée qu'à son centre. Quand ils sont récents, l'épithélium paraît soulevé, épaissi, comme macéré; mais quand ils sont anciens, Ils finissent par s'organiser, et résistent alors opiniâtrement aux moyens ordinaires qu'on y oppose.

2. Déformation de la cornée. Dans le pannus avancé et considérable, la cornée semble propulsée en avant , ce qui est attribué, par la plupart des auteurs, à une disproportion entre la sécrétion et l'absorption de l'humeur aqueuse ; d'où la sensation de pression et de plénitude qu'accusent parfois les malades. L'épaississement partiel ou total de la conjonctive cornéenne par les exsudalions et les vaisseaux innombrables qui la parcourent, rendent bien mieux compte de ce phénomène. On peut y ajouter le ramollissement total de la cornée et parfois les ulcérations qui peuvent compliquer le pannus, et qui, diminuant la puissance de résistance de cette membrane à Faction des muscles oculaires, lui per-

(t) Lectures on Ihe Paris, etc., p. 32 ; fct Annales d'OciilislIquc, I . XXX, p. 19 cl suiv.] [(2) WAiii.osioriT. Uu pannus cl de son trailcmciil, avec irentc oliscrvalions de la cure radicale de celle alTeelion par l'inoculalion blennorrhagiquc. Bruxelles, 1834.. Mtiquardl.]

MALADIKS CONSliCUTlVES AUX OPIITIIALMIES.

iiicUrniciU de se porlcr en avanl cl do prendre même lu l'orme concave, en veriu des ■ mêmes lois qui prcsidcnl, dans d'aulres condilions, à la lormalion de la comcilé de la contée.

<5. L'aspecl de l'œil paniieux esl profondément modiliê; le malade l'ouvre dilïlcilenient et supporte péniblement rinijjression de la lumière ; des larmes s'écoulent en ahondance. La cornée ne se laisse pas délimiter, elle semble le plus souvent propulsée en avanl; son i rellel s'est effacé; on ne peut plus voir, {\ travers son tissu obscurci, la pupille ni l'iris. Elle esl d'une couleur qui varie depuis le gris jaunâtre jusqu'au rouge le plus ardent ; dos taciies lactescentes de grandeur et d'épaisseur variables se partagent sa surface; en même temps, des vaisseaux de toute grandeur, les uns llexueux, les autres droits, s'anastomosanl . entre eux, forment au-devant de l'œil, tant sur la cornée que sur la sclérotique, une sorte ; de réseau <i mailles serrées, remplies le plus souvent de la matière des exsudations. Tout cela semble former une membrane nouvelle, opaque et éminemment vasculaire, dont les ; différents degrés d'épaisseur, d'étendue, de vascularilé constituent aussi les degrés du i pannus lui-même. Enfin, l'extrême sensibilité des yeux, qui porte les malades à fuir l'action dù jour, les flots de larmes qui s'écoulent chaque fois qu'ils essaient d'en braver l'éclat, la démarche qu'ils affectent et qui se reconnaît à l'indécision du pas el à l'inclinaison de la lête vers la terre, le développement lent et chronique de ces désordres, tout cela constitue un ensemble symptomatique qui ne permet pas la confusion ou l'erreur.

Tn,iiTEniiiNT. S'il est bien vrai que le pannus ne se guérit jamais, tant que persiste la cause qui y a donné naissance, il ne l'est pas moins que la maladie persiste souvent, même après que cette cause a été écartée. C'est ainsi que le pannus déterminé par des causes mécaniques, telles que la présence des granulations ou des cils renversés en dedans et frottant contre la cornée dont ils ternissent la transparence, dure indéfiniment, alors même que ces causes ont disparu, s'il est épais, ancien el comme organisé. Dans ces cas, un traitement général ou local et chirurgical est toujours nécessaire.

I. TRATTiîMEiVT GÉNiîRA-fi. Si l'oH 3 affaire à un sujet qui présente les signes d'une dyscrasie quelconque ou les symptômes d'un embarras dans la circulation abdominale, dù à la déviation d'un flux hémorrhoïdal ou menstruel, c'est à ces dispositions qu'il faut s'attaquer au moyen de la série des remèdes que la science possède. Dans tous les cas, avant d'en venir aux moyens locaux, il faut faire en sorte de réduire la maladie à son état de simplicité, en la dégageant des causes d'irritation qui l'environnent trop souvent. Une sensibilité anormale, un larmoiement excessif se répriment, la plupart du temps, assez facilement, soit par l'application de quelques sangsues à la tempe, soit par des lotions émollientes narcotiques, soit par des purgatifs, suivant les circonstances. L'application de révulsifs, tels que les vésicatoires aux tempes, les cautères, lessétons à la nuque, ne laisse pas d'avoir souvent son utilité, surtout dans les cas où il existe une phlegmasie ancienne et chronique des yeux.

IL TuAiTEMiîNT LocAii. A. MoYENS MÉDICAUX. La plupart des agents astringents ou caustiques et irritants ont été misa contribution dans le traitement du pannus, avec des résultats divers.

1. Sîill'ate de cuivre. C'est un des astringents les plus précieux dans les vascularisations chroniques des yeux. La meilleure manière de l'appliquer consiste dans les attouchements journaliers au moyen d'un cristal bien uni.

2. Nitrate acide de mercure. Uni à partie égale d'eau, l'application n'en esl pas plus douloureuse que celle des autres caustiques, pourvu que fendroil cautérisé à l'aide d'une petite baguette de verre soit promptement lavé à grande eau. Cette cautérisation doit être répétée toutes les fois que la réaction qu'elle a provoquée a cessé d'exister.

3. Calomel et sucre candi, tutie préparée, sulfate de cadmium, oxyde rouge de mercure. La poudre composée de parties égales de calomel et de sucre candi jouit d'une grande efficacité dans tous les cas d'opacités nuageuses de la cornée, contre lesquelles on les emploie depuis très-longtemps. Cette poudre doit être impalpable et introduite deux fois par jour dansles yeux, au mojen d'un cornet de papier, d'une cuiller, ou simplement des doigts. Le calomel s'emploie aussi en pommade, à la dose de 2 à 4 grains sur l gros d'axonge, dont on introduit, deuxfois par jour, gros comme un petit pois dans cliaqueœil.

4. Tannin. L'emploi du mucilage tannique (voyez t. 1, p. lU) compte des succès nombreux et réels, surtout dans les cas de pannus récent, accompagné ou non de phénomènes inflammatoires. On en introduit dans les yeux quelques gouttes trois ou quatre fois par jour.

PANNUS OU NliDULOSlTÉ VASCULAinU I)E I.A COUNKK.

y Nitrate craracnt. H s'appliciue ordinairement en crayon sur les cornées, et on n y ,^ S •■•^'^"'■'i»" 1'" ' onlma,ron,enl après

'f .ï. ont Dans le hiU de Huitériser les vaisseaux sur tout le pourtour de la

' ÏÏ;; ^ avait i„.aslné une sorte de ead>el rond donl la c>rconfér,..ce,

î, enlerniail de la i)ierre infernale fondue sur place ; toute la partie centrale '■' t ON h IniHlis . ..e le pourtour s'appli.p.ail sur la conjonctive sclôroU-

i i l e la conlée. Le nitrate d'argent peut s'employer auss, en solution in , s S s de concentration. i;inlensil(5 de la nu.la.iie el la sensil.ilile des malades ' >\ suivre dans la graduation de ce médicament, qui, entre des mams

■> ne ie. est du plus grand secours dans une foule d'aflcctn.ns oculaires. TMe m,tre,1vlovib cristallisé. Ce sel de plomb, tanl ,.ar s<.n essence que par I, Li st e deson adhésion sur les tissus où il a été appli(pie,jou,l d'une grande elTlcaci é , 1 , U.S symplomatiquc des granulations. C'esl,avec le tannin un des astringents k'sm s il iÀ le plus permis de compter dans les cas où l'inoculation n'es pas applir lie l a poudre doit en être linement porphyrisée et introduite, au moyen d'un pinceau IM hireau légèrement humecté d'eau, sur toutes les parties allectees (voir t. I, p. 748).

7 M Follin se loue beaucoup de l'usage du perchlorure de fer dans la kératite pannirorme La solution dont il se sert marque 30» à l'aréomètre de Baumé ; il en instille tous es deux ou trois jours, une large goutte entre les paupières, ù l'aide d'un tuyau de plume. 1 1 constriction des paupières, qui suit l'introduction de ce collyre dans l'œil, commande ,uVon prenne les précautions nécessaires pour introduire du premier coup une quantité .uni^aiile du liquide. La goutte de la solution s'étale rapidement à la surface de l'œil qui décolore d'une teinte jaune assez vive. Une constriction douloureuse qui dure un quart d'heure environ suit celte introduction ; mais elle diminue peu à peu el s'éteintcomplétement à la lin du jour. 11 convient le plus souvent de ne faire aucune nouvelle application ,lu médicament qu'au bout de deux, trois ou quatre jours ; il faut se guider, dans ce cas, ^ur la diminution ou la cessation des symptômes aigus ( l).

8 Nous citerons encore au nombre des agents thérapeutiques dont l'utilité a été reconnue dans le pannus : le laudanum pur, en instillations, le collyre de Conradi, les huiles de naphteel de noix, la teinture dHode, Valun cru, additionné de swcre blanc, les funiigalions d'iode, etc., etc.

B Moyens chirurgicaux. 1. Section des vaisseaux. Elle se pratique de plusieurs manières : tantôt on divise les vaisseaux perpendiculairement à leur direction au moment où ils vont passer sur la cornée, pour interrompre toute communication entre eux et le pannus : tantôt on les incise de façon à déterminer par leur dégorgement une véritable saignée de l'œil ; tantôt, enfin, pour être sûr de bien les comprendre tous dans la section, onenlève un lambeau de la conjonctive tout autour de la cornée. Nous croyons que ces divers moyens n'agissent que par la perte de sang qui les accompagne et la réaction qui les suit. Nous nous rencontrons dans cette opinion avec MM. Chélius et Lawrence qui déclarent formellement que ces procédés ne leur ont jamais réussi et ne les conseillent que pour les cas où tous les autres moyens de traitement ont échoué. Nous ferons cependant une réserve : quand, dans certains cas très-rares où les épanchements ont disparu et où les vaisseaux restent seuls à constituer la maladie, la cause qui a déterminé ou qui entretient le pannus a été écartée , l'excision des vaisseaux avec ou sans ablation d'un lambeau de la conjonctive, peut avoir son utilité: ce n'est plus alors seulement un symptôme que l'on élimine, mais un produit que l'on fait disparaître el avec lequel disparaît toute la maladie.

L'association de la cautérisation avec l'incision de la conjonctive, déjà recommandée par Berlrandi, a été souvent mise en usage par M. Van Roosbroeck. Une incision circulaire el profonde est praliquée dans la conjonctive, tout autour et près de la cornée, en faisant en sorte que tous les troncs vasculaires soient divisés par cette incision. Immédiatementaprès, on promène un crayon de nitrate d'argent, taillé en pointe, dans tout le sillon ainsi tracé; puis le globe de l'œ.il est recouvert d'une couche d'huile fine el des fomentations froides sont appliquées. Ce moyen est d'une exécution difficile, très-douloureux et infidèle dans les résultats. On comprend néanmoins que l'action vive exercée par le caustique, l'im-

[(I) Archives générales de médecine, avril 18aG, cl Annales d'Oculisliqiic, l. XXXV. p. 186.]

MALADIKS CONSI'CUTIVES AUX OPIITIIALMIES.

naimiialion inlense qui en est la coiisé(|iiencc et l.i rdaclion qui v succède, peuvent aider a la résorption des produits ramollis sur lesquels elle s'est exercée.

C. Inoculation. Nous cinprunlons tout ce qui a rapport à ce siijci au mémoire déjà cité, publié en 18:34, par l'un de nous (1) :

Après avoir fait celte longue énuniération de moyens de traitement, qui oui lous entre eux une fâcheuse analogie qu'il n'est pas permis de nniconnaître, leur désolante insullisance, il nous reste à (in examiner un qui, malgré les succès nombreux dont son passé peut s'enorgueillir, malgré l'autorité irrécusahie dont ses auteurs auraient dû le couvrir, est resté le domaine de quehiues praticiens privilégiés, qui ont eu le courage de braver hnjuslc réprobation dont on a trop bien réussi à l'entacher et qui en ont seuls aussi recueilli les bienfaits. Nous voulons parler de l'inoculation de la bicnnorrhée oculaire comme agent thérapeutique du pannus.

Introduitcdansia science vers l'année 1812par le professeur Frédéric Jaeger,de Vienne et non pas en 1810, par le docteur Walker, de Glascow, comme le pense le professeur Rognetta (2), employée largement par Piringer, de Griitz, cette méthode hardie fut, dès ses premières applications, fertile en résultats heureux. Les malades qui y furent soumis guérirent, et la science put se croire enrichie d'une puissance nouvelle. Peu de médecins cependant, soit répugnance, soit excès de crainte, suivirent la nouvelle médication qui venait de révéler si victorieusement son efficacité. Jaeger et Piringer l'employèrent presqueà l'exclusion de tous les autres et continuèrent à s'en louer pendant une longue suite d'années.

Les annales de la science reproduisirent néanmoins, de loin en loin, le résultat des expériences isolées de quelques praticiens, et toujours, chose remarquable, le succès les avait couronnées.

Comment comprendre dès lors la résistance invincible que l'introduction de l'inoculation a rencontrée dans la pratique ? Comment excuser l'inexcusable jugement porlé contre elle par des auteurs, d'ailleurs très-recommandables, qui oui déversé sur elle le blâme le plus sévère sans jamais en avoir fait la moindre application ?

Quoi qu'il en soil, l'inoculation a été appliquée isolément par quelques praticiens : en Hollande par M. Kersl, en Écosse par M. Dudgeon, en Belgique par M. Fallol, en Amérique par M. Slout, de New-York. Tous les faits rapportés par ces honorables praticiens sont des cas de succès, et cependant aucun d'eux n'en a généralisé l'application. Comme on le voit, l'inoculation n'a rencontré, sauf les inventeurs du procédé, que des champions assez timides; quelques expérimentateurs, jaloux des progrès de la science, en ont fait des applications isolées, mais l'ont réservée exclusivement aux cas extrêmes et désespérés, bien que, dans presque tous les cas cités par leurs auteurs, le succès eiil dépassé toutes les espérances ! Nous devons toutefois faire exception en faveur de deux praticiens belges, MM. Hairion et Van Roosbroeck. Le premier à l'Institut de Louvain, le seconda l'Université de Gand, ont appliqué l'inoculation sur une large échelle. M. Van Roosbroeck continue à en faire usage toujours avec le même bonheur. M. Hairion nous dit l'avoir employée dès l'année 1844 (ainsi qu'il conste d'une note qui se trouve à la page 6 d'un mémoire publié par lui sur l'ophthalmie goiiorrhoïque en -1846), et, dans l'espace de six années, en avoir obtenu dans vingt-six cas des succès remarquables qui ne se sont jamais démentis. Depuis trois ans ce praticien n'a plus dû recourir à l'inoculation, parce que, à l'aide du mucilage tannique, il est veim à bout de lous les pannus qu'il a rencontrés dans

[(1) WARLOMOfiT. Du pannus, elc, p. 72 et siiiv.]

[(2) M. RogneilQ, s'en rapportant probablement à une commnnicalion dn docteur Ilamillon (Voy. London and Edinburg Montlily Journal, Juillet 1843), attribue à lort celle expérience au (locleiir Walker, de Glascow, en 1810. La phrase qui sert d'appui aux prétentions de ce dernier est celle-ci .- « L'emploi de toutes les autres méthodes préconisées ne m'ayant pas réussi, j'ai cherché à déterminer dans l'œil atteint de celte dernière variété (un étal vasculaire, lent cl insidieux de la conjonctive cornéenne) l'aelion excitante de ce qu'on appelle une ophllialmie purulente. » Il est évidenl, par cette dernièi'e ligue, que le docteur Walker, qui ne s'est pas exprimé dans des termes très précis, a employé pour atteindre le but qu'il se proposait, un excitant chimique quelconque, et non pas l'inoculation d'un virus organique. S'il ciit songé à recourir à ce dernier moyen, el (|ue le succès eut coui'oniié son expérience, il n'aurait cerlaincnicnl pas manqué de le dire clairement. (Domarres. Trait, des mal. des yeux, p. 252, l'» édil.)]

PANNUS OU NÉBULOSITÉ VASCUI.AinE DE LA COUNÉE.

1 pratique II n'ii pourliiiit pas renoncé à ce moyen de Iraitemenl el il n'iiésilerail point à IVI iDloyei- dans les cas qui se nionlreraient rebelles au tannin. .

M V'in Uoosbro(îck, plus qu'aucun de ses confrères, esl reste lidele à la pratique de on illustre niaitre Fr. Jaeger. Dans plus de cent cas dont nous possMons les observations, cueillies les unes |>ar M. le I)'' Vanweoseniael, ancien chef de la clini(|ue oplitlialniolo- (lue de Gand, qui a bien voulu nous les faire parvenir, les auli'es par M. Boscii, cliirur- 011 de rinstitut opiitlialinique du Brabaiit ou par nous-nièine, la guérison a été la ri;le i)res(iue invariable. .

Nous avons suivi avec la plus scrupuleuse alleiition les diverses périodes que parcourt blennorrbée résultant de rinoculalion dans les cas de pannus ; nous avons recueilli, au lit du malade, plusieurs des observations que nous rapportons i)lus loin. C'est donc de 'isu que nous apprécierons le procédé opératoire dont nous tentons la réhabilitation. \près avoir pris connaissance des résultats constamment heureux obtenus dans les cas plus désespérés, nos confrères reviendront, nous Tesiiéroiis, à plus de coiiliance, el ne repousseront pas plus longtemps une des pratiques les plus hardies à la fois et les plus l'Ilicaces que l'ophlhaliniâtrie possède.

Des indications de l'inoculation. — Bien dilîércnte des méthodes curalives ordinaires, celle que nous étudions offre d'aulaiit plus de chances d'amener des résultats complets, que la maladie contre laquelle elle est dirigée, est arrivée à un plus haut degré (le développement. Les pannus affectant les deux yeux, les couvrant d'une trame épaisse, serrée, ne laissant plus apercevoir aucune trace du miroir de la cornée, sont ceux qui -Hérissent le mieux, ceux où les accidents sont le moins à craindre. Quand le pannus est iiarliel, qu'il n'affecte qu'un segment de la cornée, ou quand, en ayant envahi toute la >iirface, il laisse apercevoir des espaces respectés par la maladie, ou bien lorsqu'il existe ,les ulcérations sur la corné, l'opération est contre-indiquée A'une manière yénérale. Uaiis le premier cas, la blennorrhée attaque le tissu resté sain, dépourvu du revêlement IKilhologique qui le préserve sur les points qu'il recouvre; dans le second, l'ulcération peut reprendre sous son action une nouvelle activité et se terminer par la perforation. C'est donc dans les cas en apparence les plus graves, sauf ceux où il existe lies ulcères de la cornée ou des altérations de la conjonctive irrémédiables, comme dans le xérosis, que l'inoculation offre le plus de chances de succès. Nous pensons qu'il est prudent de s'en abstenir quand un seul œil est malade. La dilTiculté de garantir celui qui est resté sain des atteintes de la contagion, et les désordres que l'on a à redouter de la maladie s'abatlanl sur des tissus non garantis , commandent de réserver l'inoculation pour les seuls cas où les deux yeux sont entrepris. On s'exposerait, en s'écarlant de cette ligne de prudence, à perdre celui des organes sur lequel le malade peut compter le plus. Dans le cas où l'on voudrait tenter, malgré ces légitimes appréhensions, la cure d'un d'il isolément malade, il serait convenable d'appliquer à l'œil sain l'occlusion palpébrale la plus complète possible pendant toute la durée du traitement. En s'entouranl de minulieuses précautions, il sera souvent possible de soustraire à la contagion l'œil ainsi garanti. Quelques auteurs pensent qu'il n'est pas nécessaire d'inoculer les deux yeux, parce que liés qu'un œil est entrepris, l'autre ne tarde pas à l'être également. Nous ne comprenons pas l'avantage de cette pratique, qui a au moins l'inconvénient de retarder la terminaison (le la maladie dans celui des deux organes qui a été attaqué le dernier, et d'empêcher ainsi que les deux yeux soient guéris en même temps. Dans un cas actuellement en obser- \ation, l'œil inoculé avait déjà traversé la période ascendante de la blennorrhée, quand le -econd s'entreprit. Quand celui-ci en fut au plus haulétat d'acuité de l'inflammalion, une l ecrudescence se manifesta dans le premier, et depuis, la maladie suit son cours à la fois dans les deux yeux. 11 esl bien plus rationnel, on en conviendra, de faire l'inoculation des ■ Icux côtés simultanément, ne fût-ce que pour éviter une plus longue durée du traitement.

De la matière à inoculer. — Jaegcr et Piringer employaient la matière fournie par lies yeux atteints de l'ophthalmie des nouveau-nés. La difficulté de s'en procurer toutes les fois qu'il en avait besoin a engagé M. Van Roosbroeck à se servir indifféremment du juis bleniiorrhéïque, soit qu'il provînt de l'ophthalmie des nouveau-nés, de l'ophlbalmie ^onorrhoïque ou même de la matière d'écoulement de la gonorrhée uréthrale. Dans nos inoculations, nous avons pris le pus blennorrhagique que nous avons pu nous procurer, sins nous inquiéter de ses caractères. Du moment où l'introduction en était suivie de l'explosion de l'ophthalmie purulente, nous avions ce que nous voulions obtenir; s'il en était

MALADIES CONSÉCI'TIVES AUX OIMITIIALMIES.

aulrcmciil, nous rocommciicions jusqu'à ce que lu maladie éclalâl. La quaiililc de pus inoculé, sa iialure, la ilale de lu maladie dont il provient, ne seinbleiil avoir aucune aclion sur le résultai linal. Tel individu rélractaire à une première etuljondunte inoculation, se laisse aisément iniluencer à une seconde épreuv(;, pur de la matière qui aurait semblé ù j l'examen bien moins active que la première. Tel |)us qui, introduit dans les yeux d'un sujet, y demeure inolTensil', détermine au contraire cliez un autre les pliénomènes les plus l'ormidables. L'inoculation ressortit d'autant plus ses efl'ets que les pannus sont plus récents; (|uand la conjonctive a été dès longtemps irritée par des frottements continuels ou par des cautérisations nombreuses, qu'elle est comme cutisée, il est parfois fort dillicile, parfois mémo impossible d'y faire prendre l'inflammation artificielle. ,

Manière de procéder à l'inoculalion. — Elle consisl(! simplement à recueillir, au moyen d'un pinceau, la matière à inoculer et à la déposer sur la conjonctive palpébrule. Quand on ne peut en agir de la sorte, on conserve le pus, comme on fait du vaccin, entre deux lames de verre, et l'on peut ainsi le garder pendant plusieurs jours pour le transporter au loin. Au moment de s'en servir, il sulTit de l'étendre d'un peu d'eau. Cette façon de procéder est moins sûre que le transport direct de la matière fraîche, mais elle réussit le plus souvent. Elle réussit même, prétend-t-on, quand le pus est étendu de cent fois son volume de véhicule. Quelquefois, malgré des applications réitérées, l'ophthalmie purulente ne se déclare pas; on peut alors introduire le pus sous l'épitliélium au moyen de la lancette ou faire précéder son introduction de scarifications sur les conjonctives.

Symptômes résultant de V 'mocuMion qui a réussi. — Après un temps qui varie de 6 à 24, 36 ou même 72 heures, le plus souvent après 24 heures, le patient ressent dans l'œil des picotements qui vont croissant, de la pholophobie et du larmoiement, symptômes initiaux de la blennorrhée qui va se déclarer; bientôt la conjonctive se couvre de vaisseaux ; les paupières se gonflent, deviennent rouges, œdémateuses ; les larmes s'écoulent en abondance, mêlées d'un mucus qui devient de plus en plus épais et enfin purulent ; les douleurs dans l'œil, le pourtour de l'orbite et toute la tête, se développent ; la lièvre survient avec ses caractères ordinaires, soif, anorexie, accélération de la circulation. Ordinairement, 24 heures après le début, la purulence est établie; les paupières, tellement tuméliées qu'on a peine à les écarter, laissent échapper incessamment des flots d'un pus irritant qui rougit, excorie les parties sur lesquelles il s'écoule. Quand on parvient à ouvrir l'œil, on le trouve uniformément rouge et chémosié, la cornée a disparu sous un voile rouge, épais, qui la recouvre tout entière ; les conjonctives palpébrales participent à cet état et sont elles-mêmes tuméflées, engorgées, boursoufllées. C'est alors que les douleurs de l'œil sont vives, empêchent le sommeil et donnent les plus grandes inquiétudes au malade et au médecin qui assiste pour la première fois à la scène qui se développe devant lui.

Marche, durée, terminaison. — C'est une erreur de penser que la blennorrhée qui frappe les yeux affectés de pannus, n'atteint pas le même degré d'intensité que celle qui survient sur des yeux sains. 11 est bien vrai que ses effets sur la cornée sont moins meurtriers, mais c'est à cause du revêtement dont le pannus la recouvre, et non à cause d'une moindr.e activité de l'inflammation. Lamarche de l'ophthalmie purulente artificielle et accidentelle est donc la même, et nous n'avons pas à nous y arrêter. Disons seulement qu'en général, après trois à quatre jours d'une marche ascendante, elle arrive au stade de rétrocession : ce stade dure de trois à six semaines. Quand les symptômes les plus aigus se sont arrêtés, la résorption des produits épancliés commence et ordinairement après ce terme elle est complète.

Quand on assiste pour la première fois à la succession des phénomènes dont nous venons de tracer le tableau, on ne peut s'empêcher de concevoir des doutes sur le résullaL En effet, quand s'ouvre la période de résolution, quand le malade commence à pouvoir ouvrir les yeux et à supporter l'éclat du jour, les désordres paraissent irréparables ; la cornée a disparu sous une couche de matière rouge, charnue, dont elle semble ne devoir jamais se dépouiller, et, à moins d'en avoir été plusieurs fois témoin, il est à peine possible de croire à la guérison, qui cependant ne doit pas faire défaut.

Traitement de la blennorrhée, suite de l'inoculation. — Tant que les symptômes suivent la marche que nous venons de décrire, on ne doit rien faire pour l'entraver. On se borne à laver les yeux à l'eau tiède, afin d'entraîner le pus qui se forme incessammenU Une seule circonslance peut indiquer l'urgence de l'enrayer. Quand la cornée commence

PANNIS OU NÉBULOSITÉ YASCULAlUt: DE LA COH.NÉE.

\ o„,,„'Oi)rciu!R', il se niai.ifL'sto loiijours iinu doulcnir o\(xssiv.;iiioiit vive, qui survient Lni i 'o II) cl dont le uininde ne uiinuiue pas de se iilaindre; cette douleur est l'indice Sô lésion coniniencante, du il est encore possihle d'arrêter. On aura donc soin de suri er ivocla plus grande altention , pendant les premiers jours, les malades inocules, S (le recourir, dés (pie la douleur earuclérisluiue s'éveille, aux moyens de salut que la

^TunSTiiMiiieninis avons toujours vu réussir et (pie nous ne saurions trop recommnider- c'est Tapplicatiou du nitrate d'argent en crayon ou en s(dulioii conceiitive. Celle .m iciiti'on laite à temps, enraie les accidents, et le travail destructeur (pii s'exeirait sur !■ cornée s arrête aussitôt, ne laissant aiirès lui que des ulcérations superllcielles cl réparables On e^l quehiuel'ois obligé de revenir à de nouveaux attoucliements; mais, en gênerai iscessenld'élre utiles si, après avoir i)rati(iué le premier, on instille toutes leslieuresdans les\eii\iinesoluliond'unà4gr. de sel lunaire daiisuiie once d eau distillée, .laeger rtl'iriueer oiil conseillé, quand la hlennorrliée parait trop aiguë, trop violente, de cliercliera en arrêter la inarclie parle Iraileinent aiitiplilogisli(pie, les purgatil's, les a|)plicalioiis froides; mais l'emploi de ces moyens déhllitanls réussit hieii moins sùremeiil que la cautérisation. Quand le travail de résorption semble se ralentir et (|ue les produits épanchés ne disparaissent pas avec toute la rapidité qu'on est en droit d'espérer, on peut l'activer par l'usag.' des collyres, des poudres ou des onguents irritants, tels que les insufllalions de poudre deealouïel et de sucre (^aiuli (calom. ad. vap; saccli,cand. aà dracli. sein.; m. f. pulv. sublilissim.), la pommade au précipité rouge (oxyd. rubr. liydrargiri gr. ij; axong. |)orc. (Irach. j), les instillations de solution légère de nitrate d'argent (nitr. argent, gr. j; aq. stillat. une. j). Quand, aii contraire, la résorption s'opère d'une façon graduelle et régulière, quoique lente, il n'est pas nécessaire de chercher à l'accélérer.

Accidents. - Le seul accident qu'on ail à redouter, c'est l'ulcération de la cornée et la perforation qui peut en être la suite. iNous avons indiqué la façon dont elle se révèle et le moyen de l'arrêter au début. Lorsque, malgré ces i)récautions, la perforation se sera déclarée, il faudra la traiter comme celle qui se présente dans les autres circonslances(l).

Stiiles. — Dans la majorité des cas, avant de reprendre sa transparence normale, la cornée conserve pendant assez longtemps un aspect nuageux qui diminue chaque jour. De plus, le sujet semble atteint de myopie. Mais si l'on considère que cet état ne se corrige pas par l'usage des verres concaves, on sera plutôt porté à penser que si la vue ne récupère pas immédiatement sa pcrieclion, c'est 'à cause de la longue privation de la lumière que le niaiade a subie^ et parce qu'il ne peut recouvrer que par l'exercice l'intégrité de la fonction visuelle.

Un fait qui mérite toute raltenlion el sur lequel nous ne nous appesantirons pas en ce moment, c'est que dans tous les cas où la succession des phénomènes, suites de l'inoculation, s^est déroulée sans oitraves chez des individus alteints de granulations, quelque volumineuses el quelque anciennes qu'elles fussent, les granulations avaient disparu quand la hlcnnorrhéc oculaire avait parcouru ses périodes. Ce fait pourrait fournir d'Intéressantes déductions pour l'histoire encore bien incomplète de ce produit. Il nous apprend au moins que, dans les cas de pannus accompagné de granulations, il est inutile de commencer par détruire celles-ci quand on se propose de recourir à l'inoculation, qui ne manque jamais d'en faire bonne el complète justice.

Récidives. — Dans quelques cas, la récidive survient quand, après la guérison du pannus, on n'a pas eu le soin ou le pouvoir d'anéaiilir la cause qui lui avait donné naissance. 11 n'y a aucune raison qui empêche de recourir au moyen qui a d'abord réussi, si lesujelse retrouve dans les conditions où la première inoculation l'a saisi. Ordinairement, la seconde inoculation épuise plus promplement ses ellets que la première el procure une guérison plus prompte (2).

(1) Dans le cas qui fait le sujet de robservation i\7 , l'ulcération de la cornée cul lieu el fui annoncée par des (loiilcurs très vives ilans les yeux. La néglii^ence de l'Infirmier, qui n'ciil pas soin (le faire appeler le méilecin, ful])our beaucoup dans la gravité de l'accidenl, qui ne put élrcarrcié dès son a()piirilion.

(2) D'après de llassner, quand la cornée a été atU'inIc de pannus et qnc cette afl'eclion a été ' délrtiiie, la moindre irritation y provoque immédialemenl un nouveau dévcloi)p(;nicnl considé- I rablcdcvaisscaux,cequi arrivesurtout dans les cas decicniriccde la cornée,qui, sous l'iuduence ■ de la moindre cause, s'entoure d'une injeclion cousidériible. On réussit aisément, en ménageant I convenablement l'œil, à éloigner complélemeut celte injection qui est, du reste, sans craviié.

MALADIES CONSÉCUTIVES AUX OPIITIIALMIES

L'aulGUi' donne, pour Icnnincr, la rolalion de 50 observalions de^ guérison radicale du pannus par l'inoculalion ))lennorrliagi(pie ; nous ^ n'en cilerons que Irois el renverrons pour les autres à l'ouvrage cilc :

Obs. 416. — Marcello, Jeaii-Nicolas-Fraiiçois, âge do 50 ans, portier de l'iiislilulophtlialniique du Urabaiil, osl atlolnl depuis plusieurs années d'un pannus épais, suile du l'oplilhalniio niiiilaire, qui a résisté à tous les Iraitonients appliijués par feu lo docteur -, Cunier. Le pannus est devenu si dense, (lu'il permet à peine au malade do se conduire, j Nous citons ce l'ail en tôle de nos ohservations, parce (|ue l'individu (|ui en est l'olijel esin connu do tout le monde, et (juc tout lo monde peut vérilier l'exactitude de notre dire, ei't ensuite parce que, altaciié au service de l'ancien directeur de l'Institut, il a été traité pendant longtemps avec tout le zèle, toute l'assiduité possibles. Or, malgré ces soins intelligents, le pannus augmentait do jour en jour el menaçait d'abolir complètement la vue.

Le 20 mai 1853, date où il est pris on traitement par M. Van Uoosbroock, l èlat des > yeux est loi qu'il est presque impossible do songer à l'améliorer; la pliotopliobie est-i inlonso, lo larmoiement abondant, la sensibilité extrême; lo pannus est épais, vasculaire; on ne distingue plus à travers la cornée l'ouvorturc de la pupille; la vue est presque éleinle. C'est dans ces conditions que l'inoculalion esl appliquée, à deux rei)risos, aveedu ■ pus provenant d'une urétrite aiguë et conservé entre deux verres, mais sans produire de résultai.

28 mai. — Nouvelle inoculation avec du pus provenant d'une urélrile aiguë, recueilli i le matin à l'hôpital militaire.

30, — Apres 32 heures d'incubation, l'ophlbalmie purulenlc fait explosion a trois ■ heures du malin. Dans l'après-midi du mémo jour, la purulence cl tous les autres signes do la blennophlbalmie aiguë sont établis.

Pendant les journées du 30 el du 31 mai, les symptômes ont été croissant; le gonfle-ment des paupières, l'écoulement de pus, le chémosis, la lièvre, la céphalalgie, l'insomnie,rien n'y manque.

-[cr Ces symptômes ont cessé d'augmenter, l'amendemenl commence. —

Dièle absolue, lotions d'eau liède. , , iÀ

2. — Diminution notable de tous les symptômes. La diète est remplacée par la denfl^

portion. ... , ■

6 Depuis le 2 la marche rétrograde de l'inflammalion a commue. Le chemosis: persiste toujours, mais le malade peut ouvrir les yeux. La cornée est ontièrement cachée^ sous un voile épais, d'un rouge de sang. 11 n'y a plus guère de douleur, la rougeur estmoindre, l'écoulement puriforme est abondant, épais, crémeux. Le malade y voit moins m que jamais et commence à se lourmenter. La réaction parait lléchir. Un l'excite par des-, lotions avec le collyre de Conradi.

14 —Pendant les huit jours qui viennent de s'écouler, la résolution a fait des progrès.-; le mouvement des paupières dégonflées est devenu plus libre ; les cornées tendent deja a reprendre un peu de leur aspect normal ; en quelques points elles se sont dépouillées de la couche qui les couvrait. La vue commence à s'exercer, à la grande joie du malade impatient et découragé jusque-là. - Introduction, trois fois par jour, dune pommade au précipité rouge, deux grains sur un gros d'axonge.

Denii« ce moment, la résolution a suivi son cours régulier; le 14 août, cest-a-dire, deux mois et demi après l'inoculalion, Marcelle a repris ses occupations; ses cornées sont devenues assez claires pour lui permettre do lire les caractères moyens, ce qu il n » T)lus fait depuis quatre ans. Il y a cependant encore de la ^ascularisalion et un pelil image central à gauche; mais en considérant la marche si favorable de la resolution, tout fait présager qu'elle sera bientôt aussi complète que possible.

Obs 417 — Auger, Napoléon, âgé de 16 ans, d'un tempérament lymphatique, fils de M Au^er major en retraite, est entré à l'âge de huit ans à l'école des enfants de troupe a 1 ierro" où il a contvaclé l'ophthalmie granuleuse. Pendant plusieurs années il a ele soumis ù une foulede moyens de traitement qui n'ont pas empoché le pannus de s établir. I y a deux ans, il a guivi les consullations du docteur Cunier el a été cautérise Ix^'hI^''^ f hult mois. Les granulations ont disparu, mais les cornées sont couvertes des produits du

1>\NNUS OU NÉUUI.OSITÉ VASCULAIRE DE LA CORNÉE.

n inruis \u mois do juin 185;}, la vue est coiiiplclcineiit aliolie à gauclie; à droile, elle l'iIllKMK'ore au malade pour se conduire. Le major Aiiger, à bout de moyens et d'espé-

niicf^ croyaiil la vue de son lils perdue sans retour, sollic.ilc et olilienl l'admission de ce

,l,,,.nièrà rinslilul des Aveugles, où je suis appelé à le visilerà son cnlrée. Témoin des

siuxès de l'inoculalion, je décide le malade à s'y soumellre el le 15 juin il entre a

i'lii>;lilnl opIiLlialmitiue.

lî) juin IHo;5. — La malière d'inoculation est fournie par Marcelle (F. OIjs. 410), qui a

l on'iillialmie depuis 17 jours. Klle est introduite à I) heures du malin. K) — L'inllammalion l'ait ex|)losion à la même heure; vingt-quatre heures après riiio-

nilatiou, le malade ressent des picotements, du larmoiement el successivement tous les

vignes ordinaires de l'invasion.

"iT. — Les quatre paui)iùres sont rorlemenl gonllées, œdémateuses, et une suppuration

abondante inonde leurs intervalles; il y a réaction fébrile el douleurs modérées. La nuit

a été agitée. , , ,

18. — Le malade n'a pas dormi; depuis la veille au soir, les douleurs sont devenues i.irt vives. On a négligé de faire prévenir le médecin qui, le matin à la visite, trouve les |iaupièiTS si gonllées qu'il ne peut les écarter pour s'assurer si, comme tout le fait rniiiidre, les cornées ne sont pas entamées. — Application du crayon de nitrate d'urf;eiil, l) gr. par once d'eau, à instiller quelques gouttes toutes les heures; diète, repos, lotions froides.

19-20 juin. — Amélioration, douleurs moins vives, sommeil meilleur. — Mêmes lirescriptions.

-21, On peut eiilr'ouvrir les paupières ; les deux cornées sont ramollies et ulcérées. Conlinualion des instillations avec un collyre à 30 gr. ; frictions mercurielles hellailiiiiées.

"22 j«/h au i" juillet. — Mêmes moyens ; amélioration progressive.

2. — Il y a perforation centrale de la cornée et hernie de l'iris à droile. — Contlnuaiion des prescriptions.

3 juillet au3noùt. — La résorption marche et n'offre rien de particulier.

3 août. — La hernie de l'iris est réduite. — Pommade au précipilé blanc.

13. — L'ulcère de la cornée est cicatrisé. — Poudre de calomel et de sucre candi, à piirlies égales; une pincée dans l'œil, matin cl soir.

19. — La cicatrice de la cornée est peu étendue et promet de ne laisser que peu de iraces; il n'y a qu'une opacité légère, mais sans synéchie ; la pupille est Intacte et le ]!;innus complètement dissipé. — Calomel el sucre c-andi.

10 septembre. — Auger vient se présenter à la consultation ; les opacités sont presqueeffacées. lia repris ses occupations et ses études, lit et écrit avec la plusgrande facilité. En un mol, le succès est complet malgré les accidents intercurrents.

Celle observalion mérite quelque allenlion, plus peul-clrc à cause (les accidents survenus que du succès défini Lil'. Nous renouvelons ici la re^omniandalion de veiller allenlivemenl à ce qui se passe du lùté des cornées. Si le médecin avait clé prévenu immcdialemenl, ro 111 nie Tordre en avait été donné, il esl vraisemblable que la perl'oralion de la cornée eiil pu être prévenue.

Obs. 418. — Joseph Vandenhauten, de Merchtem (Drabant), âgé de 18 ans, d'un teniliérainenl lymphatique, d'une bonne conformation physique, a eu la petite vérole à ITige lie 8 ans; son visage n'en conserve plus de traces, mais c'est pendant celle maladie que ses yeux 5ont devenus malades. Pendant plus de 8 années, rairectioii oculaire, sur la ii:ilure de laquelle il ne peut donner aucun détail, a été traitée par une foule de moyens qui n'en ont pas arrêté la marche. Au mois d'avril 1853, il portail un pannus vascuiaire ' liais aux deux yeux, qui lui permettait à peine de se conduire. C'est à ce moment qu'il se présente pour la première fois à Cand, i\ M. le professeur Van Roosbroeck, qui lo 'lecide incontinent à subir ce qu'il appelle la vaccination.

Opérée le 15 avril, rinoculation développe une série de symptômes dont le récuserait ■lussimulileque fastidieux, elqui se déroulaavecunerégularitéremarquablc. Aucun accident

MALADIES C0NSI':CUT1VK.S AUX 01>I1TIIALM1ES.

lie survint ; l'innaiiiiiiiilioii. iiitoiiso peiitliiiil Irois jours, llochit le quiilriènio, el liioiilùi In r(?soUitioii miiiiifcsla ses cITels. Cliez ce sujel, la résorplion fui si r!i|)i(le et si active que le l" juin le niahule retournait cliez lui, seul, sans guide et ne conservant de son iulirinilé, qui l'avait privé de la vue pendant iieut années, qu'une légère inyojjie qui disparut peu à jicu.

Le succès chez ce malade fut à la fois plus proni])l et plus conii)let que chez aucun des autres opérés.

l/obsorviilion suivaiilc, ompi'imlV'c à la |)i'ali(|ii(' de M. Van Uoos-. lu'occk cl (|iii nous csl, c.oniiniiniinic'c par M. le docleiir Van W'eezeinael, déinonlre (|ue, eonlrairentcnl à ce (|uc nous avons dit plus liaul, ( V. page 167) la présence d'uleéralions sur les cornées n'est pas une ij contre indication absolue à l'inoculation comme méthode curalive du i pannus.

Obs. 419. — Une femme, âgée de 62 ans,estatleinte d'une affection granuleuse avec vas-cularisaticn des cornées, qui, depuis p'us de deux ans, la prive ;-i complètement de la vue qu'elle distingue à peine le jour delà nuit et contre laquelle une foule de moyens de traitement avaientété institués sansaucun succès. Voici l'étatdans lequi'l se présentent les yenxde cette femme au moment de son entrée à l'hôpital civil de Gand, le 24 mal 1834 : Les con--, jonctives des quatre paupières sont recouvertes dans toute leur étendue de granulationsrouges, de la grosseur d'une forte tête d'épingle, en même temps qu'elles sont le siège d'une sécrétion muco-purulente visqueuse, épaisse et assez abondante. Les deux pau-pières inférieures sont renversées en dedans et viennent augmenter encore l'état d'irrita-lion dans lequel se trouvent les yeux de la malade. Une trame vasculaire épaisse recouvre les deux cornées et s'étend sur la scléroti([ue, de manière à masquer toute ligne de démarcation entre ces deux membranes. Il y a impossibilité complète de voir la pupilleou l'iris; aussi est-ce à peine si la malade distingue le jour de la nuit. Au centre de chaque cornée existe une petite ulcération de forme arrondie, n'entamant que les couches superficielles de cette membrane. Il y a pbotophobie , douleurs sus-orbitaires assez intenses; en un mot, les organes visuels sont dansun état d'irritation inflammatoire très-prononcé.

Traitement. Après avoir combattu l'état inflammatoire suh-aigu, par une applicalionti de sangsues à la tempe, des fomentations émollientes et narcotiques, on s'occupa du redressement des paupières inférieures qui lut obtenu par l'excision d'un pli horizontal de la peau, suivie de la réunion des lèvres de la plaie par quelques points de suture. ()uant aux granulations et au pannus, c'était le cas ou jamais de recourir à l'inoculation blennorrhagique, si l'existence des ulcères sur les cornées n'en avait fait redouter les suites. Aussi ne fut-ce qu'après quatre à cinq mois de traitement infructueux par les divers agents thérapeutiques indiqués dans ce cas i)Our ainsi dire désespéré, que M. Van Roosbroeck se décida à recourir à celte pratique hardie, miiis qui lui a déjà fourni de si nombreux el de si beaux résultats. Uetenu par la crainte de voir les ulcères des cornées gagner, sous l'action de la purulence, en élendue et en profondeur, il ne pratiqua l'inoculation qu'à un œil et ferma hermétiquement l'autre au moyen de l'ouate el du collodium. Il se *:ervit du pus d'une ophthalmie blennorriiagique qui avait été inoculée à une jeune fille atteinte de pannus. avec le produit de la sécrétion d'une urétrite. La blennophthalmie qui en résulta fut modérée; toutefois, dans la crainte que ruicération de la cornée ne fît des l)rogrès, on la loucha pendant les premiers jours avec une solution de nitrate d'argent. i„.,^„.,„'in .r^nnomoMi fi(.« iviiiiiièrfis fut assez diminué nour permettre d'examiner l'élal

Lorsque le gonflement des paupières fut assez diminué pour permettre d examii de la cornée, on ne fut pas médiocrement surpris de voir que l'ulcère, au lieu de s'a «•était au contraire entièrement cicatrisé. Gomplélement rassuré de ce côté, oi immédiatement le second œil avec le pus provenant du premier. Cette fois, on laissa la blennophlhalmie parcourir régulièrement toutes ses périodes sans chercher a I cntraver par des instillations de nitrate d'argent; l'ulcère de celle cornée se cicatrisa aussi promptemcnt que celui du premier œil. La disparition des granulations et du pannus n'eut lieu que très-lenlement ; toutefois, elle fut complèleel, à la sortie de la malade de l'hôpital, c'està-dire au commencement de février 1855, il ne restait plus de traces de l'une ni de l'autre

XÉROMA CONJONCTIVAL OU XÉnOlMITlIALMlE. 175

de CCS alTn-lions. Sculcnicnl, les deux cornées offrenl une légère leinle rugueuse grisùlre i m m t clincuno une i.elile cicatrice qui a succédé à l'ulcère don elles ont é e le s.ege et nu n i.'"'" un pou sur le champ pupillaire. De là, persistance d'un cer a... trouble dans ZSon .n;,is ',ui cependant permet à la malade de se conduire cl de se livrer a des occupalioTs qui n'cxiî;enl point une vue très-nette; à une petite distance, clic parvient même il voir l'heure à une nionlre de poche. T. W.]

XliHOMA CONJONCTIVAL OU XÉaOPllTlIALMlE (1).

-Xerosisconjiiiioliva;. Culisnlioii de la conjoiictlvc. Uehcrhanliing der conjiincliva, Atl. Alroiiiiie de la conjonctive. Syiiiblopliaron pnslerius, Von Antmun.

Fig. Von Ammon, llil. 1, taf. I, flg. 10, 18 el 21.

Obs. -m. — Agnès Mackinnon, âgée de 26 ans, se présente au Glasgow Eye Infirmanj le "6 mars •I833,\hins les circonstances suivantes :

La conjonctive des deux yeux est rouge et a évidemment souffert d'inflanimalion pendant longtemps. Celle de droite surtout est d'un rouge foncé et, dans le point où elle se porte de la paupière inférieure sur le globe de l'œil, offre une teinte olive, suite de l'usage fréquent de la solution de nitrate d'argent. La conjonctive gauche semble recouverle par la peau; elle est en plusieurs points d'une couleur blanchâtre el la face interne de la paupière supérieure parait le siège d'une cicatrice. Elle est partout plus sèche qu'à l'état normal et semble presque complètement privée de la sécrétion muqueuse qui lui eslpropre. La malade dit que cet œil fournit beaucoup moins de larmes que le droit. L'extrémité nasale de la paupière inférieure a une tendance au symblépliaron ; la conjonctive, lorsque le malade tourne l'œil en haut el en dehors, forme une bride qui empêche l'œil de se mouvoir librement. 11 existe à gauche un léger enlropion, et quelques-uns des cils frottent contre la surface du globe de l'œil ; de nombreux vaisseaux s'y ramificnl sur la cornée.

La malade dit qu'elle est depuis huit ans sujette aux attaques d'ophthalmie dont la première s'est montrée à l'œil gauche, à la suite d'un coup de navette. Les conjonctives n'ont jamais été scarifiées ni touchées avec un caustique solide. Elle n'a jamais subi d'autre opération pour son entropion que l'arrachement des cils déviés. — On enlève ces derniers et Ton prescrit de baigner les yeux trois fois par jour dans une solution tiède de 10 grains de muriate d'ammoniaque el 20 grains de gomme arabique dans 8 onces d'eau.

Cette observation est un exemple d'atrophie de la coiijonclive, conséquence d'une inflammation prolongée et mal traitée de cette membrane. Cette maladie a été décrite par M, Travers sous le nom de cutisation de la conjonctive. Cet auteur rapporte (2) avoir vu des cas où la conjonctive, transformée en une peau opaque et rugueuse, maintenait les paupières collées contre le globe de l'œil, les sinus palpébraux se trouvant oblitérés. Bien qu'il la place parmi les suites de l'inflammation chronique de la conjonctive, il la considère comme étant la conséquence immédiate d'une oblitération des canaux lacrymaux; opinion déjà émise par Schmidt (5), qui l'a décrite sous le nom de xérophlhcilmos .

Nous devons au docteur Von Ammon une description plus com-

(1) Voyez pour le xcroma lacrymal ou xéroplillialmie, t. 1, p. 109.

(2) Synopsis of llie Diseascs of llic lîye, p. 120 ; l.onilon, 1820.

(ô) Uiber die Kraiiklicilen des Tlu-ïmenoryans, p. bo ; Wicn, 1803.

MALADIF.S CO.NSKCUnVKS AUX OPIITIIALMIES.

|)lèle (lo CCI cUU morbide de la conjonctive. 11 reconnaît que c'est le. prolosseur Jacij;cr, d'I^rlanj^cn, (|ni a (ixé son allention sur le premier cas (lu'il en a observé, et (|ui, dans ses leçons cliniques, en avait parlé, sous le nom de ucberluiviiuKj dur conjimcUva.

Les principaux symptômes du xéroma conjonclival se trouvent indi(|ués(lans l'observationde Mackinnon, que nous venons de rapporter, i J'ajouterai néanmoins (|uel(|ues remar(|ues (|ui comprendront ce (|ui'! m'a paru le plus intéressant dans le travail du docteur Von .! Ammon (1). 1

Symplànies. — Bien qu'en général la conjonctive soit d'un rouge ij foncé, épaissie, rugueuse et d'une couleur sombre, elle est parfois aussi i plus blanclie et moins vasculaire qu'à l'ordinaire. Même dans les casv où elle est rouge, elle saigne beaucouj) moins que sa couleur no ' porterait à le faire croire, lors(|u'on la scai'ifie à la lancette. Elle j est toujours plus sèche qu'à l'état sain et semble recouverte pan la peau. La caroncule lacrymale est sèche, unie et ai)latie; parfois ^. plus blanche qu'à l'ordinaire et souvent si allaissée qu'on a peine à lai reconnaître. Dans quelques cas néanmoins, j'ai vu la caroncule hyper- trophiée et sécrétant des grumeaux purulents qui se logeaient dans le • sinus inférieur de la conjonctive. Les points lacrymaux sont ordinaire-ment contractés ou oblitérés; parfois cependant dilatés et paralysés.. La cornée est terne et nébuleuse, recouverte de vaisseaux rouges. Les-! cils sont peu nombreux et peu développés et il existe ordinairement i un certain degré de tricbiasis ou d'entropion. Assez souvent on voit la i conjonctive former des plis autour et surtout au-dessus de la cornée. | La conjonctive offre souvent des brides qui appliquent les paupières -1 d'une façon anormale contre le globe de l'œil, et la fente palpébrale ; s'en trouve rétrécie. A une période plus avancée, la conjonctive s'est l fortement rétractée, les sinus en sont presque oblitérés, et elle se con- j tinue pi'csque directement du bord libre des paupières sur la surface 'J de l'œil. M. Von Ammon a donné à cet état le nom de symblepharon ' postérius (2). Si l'on louche du doigt la conjonctive, elle manifeste à ' peine quelque sensibilité. Les glandes de Méïbomius sécrètent moins qu'à l'ordinaire, ou même ne fournissent plus rien. Les paupières ne se meuvent qu'incomplètement et avec douleur. Le malade n'ouvre l'œil qu'avec, dilliculté et y accuse de la sécheresse et une sensation de gravier. S'il éprouve quelque émotion qui le porte à pleurer, il ne s'écoule point de larmes, mais l'œil devient rouge et douloureux, tandis que rien de semblable ne survient à l'œil sain. La vue est obscurcie, mais s'éclaircit un peu lorsque le malade mouille son œil avec de la salive, ou l'enduit avec de l'axonge ou de l'huile.

(1) Zeitschrift fur die OpIiUialinoIogie; vol. I, p. 63 ; Drcsdcii, 1850; vol. II. pp. ôSI, 412: niTsdcn , 1832.

(2) Ibid ; vol. III, taf. IV, fig. 4 ; Drcsdcn, 1855.

Xl'UOMA CONJONCTIVAL OU XtlUOPIIïHALMIE. 17D

fatisi's. — Pi'os(Hic loiijoui's le xcroiiK! conjonclival a été précédé ,ruiu' iiilliiinmalioa coiijoiiclivalc de longue durée. Lors(|u il se développe hrusciuemenl, e est évideiumenl à la suilede raelion desubslanees ,«scliar()U(|ue8 sur laeonjouelive, connue de celle de la chaux vi\e. (^)ue la cause ail agi hrusquenieni ou leiUenienl, il parait hors de doule, d a- ])i'(\s I aspect de la nicnd)raneet les autres symptômes, (|u'elle a suhi une nUération telle (ju elle a jjcrdu en totalité ou en partie le pouvoir de sécréter répithélium ou le nnieus. L'espèce d'inllannnation (|ui a le plus , le tendance à délerminer ce changenu'ut est roplillialmie scrofulo-ca- UM'rhale; mais elle peut aussi succéder à toute conjonctivite chroni(|ue, (luVIle soit scroluleuse , catarrhale ou conlagieuse. Le docteur Von Vmnion est tenté de croire (jne lors(|ue les gi'anulations de la conjonelive disparaissent, celte membrane est sujettcà passer àTétat de xéroine. l/un de ces états est une hypertrophie, l'aulre une atrophie du tissu iiuKiueux. Je suis porté à croire que la cause la plus l'réquentc de la maladie est une ophlhalmie scrorulo-catarrhale complètement négligée, 1)11 irailée exclusivement par des stimulants, tels que les pommades au j)réci|)ilé rouge, au nitrate d'argent ou autres moyens semblables. Au lieu d'abattre les inllammalions conjonctivales à l'aide d'applications cmoUientes et adoueissanles et par des saignées locales, on a malheureusement trop contracté l'habitude de n'employer que les slimulanls et les escharoliques, et quelquefois à doses si Ibrles qu'ils détruisent la icxlure de la membrane sur laquelle on les a appliqués cl la Iranslbrnienl, au bout d'uucerlain temps, en unesimple enveloppe cutanée. Les applications saturnines sont probablement, dans beaucoup de cas, la cause du xéroma ; car s'il existe la moiiulre excoriation sur la conjonctive, le plomb, précipité par l'acidemurialique qui existe dans les larmes et le mucus conjonclival, se fixe inslanlanément sur le point excorié, le rend blanc et sec et y reste adhérent pendant longtemps ou même toujours. Assez souvent on remarque sur la cornée, dans le xéroma, de noiubreuses taches blanches qui paraissent n'élre aulre chose que des dépôts de chaux ou de plomb.

Je ne nie pas néanmoins que l'inflammalion seule puisse détruire ilaus laeonjouelive la l'acuité de sécréter son épilhélium normal. On voit la muqueuse de la langue subir partiellement les mêmes changeiiienls, indépendamment de toute application astringente ou escharotiquo, et présenter de nombreuses places blanches persislantes et oll'ranl l'aspect de la peau.

Le docleur Von Amnion, ayant souvent trouvé le xéroma accompagné d'enlropion, en a conclu que Topéralion par laquelle on retranche un pli de la peau pour guérir le renversement des paupières, pourrait bien être la cause du xéroma, l'incision ayant été laite trop j)rofondémenl, l'indammalion consécutive s'étant étendue jusqu'aux conduits lacrynuuix.Mais il suHil, pour ren\erser cette opinion, de rappeler

MALADIES CONSÉCUTIVES AUX Ol'IITIlALMIES.

qu'on roiicoiiire (coinmo chez Mackiniioii) celle nialiulie de la conjouclive sur dos suj(Us ((iii n'oiil j)oiiil siihi coUc oporalion, cl inôiiu; cliez d'aulros (jiii iTonl poiiil de. rciivei'seiiioiil en dedans d(ïs |)ani)ièi'es. Que les canaux lacrymaux suicnl (luchiueloisoltlilérés dans le xéronia, c csl ce que je ne prélends poinl nier; je pense au conlrairc (|ue le xéronia lacrymal et le xéroma conjonclival sonl souvent combinés ; mais la même inflammalion chroni(|ue mal iraiU'c, ou les applications cscharo- ■ li(pics violon les (jui dclruiscnl les porcs sccréloircs de la conjonctive ne peuvcnl-cllcs pas aussi amener l'occlusion des canaux lacryjiiaux? l^a simple occlusion de ces canaux, la conjonctive étant d'ailleurs saine, donnerait-elle naissance à la maladie qui nous occupe? Je ne le crois pas, et le docteur Von Ammon send)le partager à cet égard mon opinion. C'est le mucus de la conjonctive, et non les larmes qui, dans les circonslaiices ordinaires, mainlienl l'œil humide et la cornée Iransparenle, puisque ces conditions persislent même après l'ablation de la glande lacrymale. Mais quand la conjonctive cesse de sécréter, le malade accuse une sensation de sécheresse dans l'œil, dont les mouvemenls deviennent dilïiciles, ctclle ressemble alors à la |)eau du dos de la main; de plus, la cornée n'étant plus garantie contre les elFets de l'air, de la poussière et de la lumière, devient opa([ue. Dans un cas que j'ai observé, l'épilhélium de la cornée ressemblait à un morceau de soie que l'on aurait étendu sur la surface de l'œil.

[Vidal de Cassis a attribué celle alTeclion à une lésion permanente de l'innervation, analogue à celle qui produitia sécheresse de la langue pendant un accès de colère, ou la suppression de l'urine pendant une attaque d'hystérie. D'après lui, la xérophthalmie pourrait exister indépendamment de toute inflammation; mais celte théorie ne peut cire soutenue: elle ne rend pas compte des changements les plus IVappanls, tels que roblitéralion des sinus palpébraux, l'adhésion des paupières au globe de l'œil, la destruction des glandes de Meïbomius etc.

Pour M. Taylor, le xcrosis est le plus souvent le résultat d'inflammations longtemps continuées ou fréquemmenl répétées, aggravées par la négligence ou par l'emploi peu judicieux de puissants stimulants ou d'escharoliques. La conjonctive csl infiltrée d'exsudation inilammatoire; son appareil de sécrétion est détruit et la conlraclion graduelle que produit l'organisation des matériaux épanchés rend parl'ailemenl compte des divers changements qui surviennent dans cette aH'cction.

Celle hypothèse est certainement la plus plausible de toutes celles qu'on a mises en avant. Elle est cependant susceptible d"une grave objection. Comment se lait-il, si la xéropbihalmie est la conséquence (l'une conjonctivite longtemps prolongée, et avec exsudation dans l'épaisseur de son tissu, que celle aflection soit relativement si rare, surtout en Belgique, où la conjonctivite granuleuse réunit si bien les

XlhtOM.V CONJO.NCTIVAL OU XÉUOPIITIIALMIE. 177

Aoux comlilions de (luire longue et d exsudai al.ondanl Nous nous ennellrons aussi uuc hypoUièse : c'est .lue, pour .pie le xcros.s se n .luise il faut (lue rrullaminalion se soit propagée de la eonjoiuUive ' ii.su sous-jaeent, à la capsule de Tenon ou ineinhnine all.uginee, vient se tenniner à la eiiconlérence de la cornée. La lendanee a I , conli'aetion,au raeeoui'cisseinent est propre à l'inllainination siégeant (inis les tissus albuminés, ainsi (jue Tout si bien dcinoniré les travaux ,1c Gerdy. Or, dans l'espèce, il n'y a vraiment à expli.iuer (pie la reinelion de la eonjonelive. Quant à la Iranslorinalion (pi elle éprouve ,lors à sa oïlisaiion, c'est un lait gêné'ral pour toutes les mufiueuses exposées d'une manière p.îrmauenle au contact de lair, ainsi que cela éuiit connu depuis longtemps pour les muqueuses rectale et vaginale en état de prolapsus. T. W.]

Pronostic. — Le pronostic du xéroma conjonclival est laclieux. l'on ne parvient pas à arrêter la marche de la maladie, la cécité est le lésullal du dessèchement et de l'opacité de la cornée qui en sont la eonséqueiice.

T rai te nw II t. —Le docteur 'V^on Ammoii a constaté que les applications froides sont nuisiblesdans cette alTection ; il leur préfère les applications lièdes qui, sous le rapport des propriétés physiques et chimiques, ressemblent à la sécrétion que l'œil a perdue et que l'on a peu d'espoir de lui rendre. Le malade voit mieux lorsque la surface de la cornée est humectée par quelque collyre semblable à celui que nous avons recommandé (t. I,page 110) contre le xéroma lacrymal. M. Cadenhead, d'Alicrdeen, ma communiqué l'observation d'un cas de xéroma dans lequel les cornées paraissaient sèches, ratatinées et opaques, où un peu d'axonge appliqué journellement fit revenir la transparence au point jue le malade put se promener dans la ville, examiner les petits objets pi'il trouvait aux fenêtres des boutiques, et même lire les grands ca- ■aclères. M. Taylor (1), de Londres, a recommandé dans le même but les applications de glycérine renouvelées fréquemment pendant le jour; 'lies rendent un certain degré de triinsparence à la cornée et en font lisparaitre la sensation douloureuse de chaleur et de sécheresse. Si la •onjonctiveest très rouge, les saignées locales procurent un soulagement marqué. On doit veiller à l'état de la santé générale et ne jias négliiicr le irichiasis, l'cntropion et autres complications. Il convient d'einliorler d'un coup de ciseaux toute portion de la conjonctive bulbaire formant un pli susceptible de causer de l'irrilalion. Il est tout à fait inutile de diviser les brides formées par la conjonctive.

(I) Ediiibui'gli Mi'dii'iil and Sui'gical Journal ; vol. LXXXi, p. 55 ; Edinburgli,l8î54 [ul Annales d'Ocidislique, l.ôl, |). 281].

MALADllîS CONSÉCUTIVES AUXOPIITIIALMIES.

SE(7rj()N VIII.

ANCIIYLOnLlhMIAUOiN KT SYMULÉPIIAllON .

l'iji. Voii Ammon, llil. Il, tnf. VI, lin. ) ci | i. Wiillim, llu;. !:>, 1 1 ut 15. [Sicliul, pl. i. XIV, Dii. i; ci 7.]

L'adhérence des bords libres des paupières eiilrc eux, andiyloblé- ' pharon, el radbérence des jjaupières au globe de Vaii\,symblé})haron, souL deux élals morbides qui petivenl, se reneoiilrer réunis ou sé|)arés.

Les bords libres des paupières peuvent se souder dans (oule iein* éleiidue, ou seulement dans une partie, le plus souvent alors à leur extrémité temporale. Il est très rare qu'il ne persiste point une ouverture à leur angle nasal. Le symblépbaron |)eut également être complet ou incomplet, la face antérieure de l'œil ayant contracté des adhérences avec la totalité de l'une ou des deux paupières^ ou cette union n'existant que dans une petite étendue. Ces diverses modilicaiions influent considérablement sur le pronostic à établir et sur le Iraitenienl, moins cependant que la circonstance suivanle : Dans quehpies cas, les bords libres des paupières, ou les surfaces de l'œil et des paupières partiellement ulcérées ou gangrenées, étant laissés en contact, des tissus qui primitivement étaient libres se trouvent réunis par une cicatrice solide et résistante. D'autres fois, la lésion étant plus superficielle, de la lymphe coagulable s'épanche entre les deux bords ou entre les deux surfaces, et en s'oriïanisant constitue l'union morbide. Lorsque les paupières sont réunies de celte façon, leur ouverture naturelle est oblitérée par une membrane blanchâtre, continue, résislanle, et quand le globe de l'œil adhère de cette façon à l'une ou aux deux paupières, la lymphe coagulable organisée se présenle sous la forme de bandes dont la texture est presque tendineuse et qui s'étendent d'une surface à l'autre (fig. 8). Quelquefois l'adhé-

renQe consiste en une seule bandelette isolée derrière laquelle on peut faire passer une sonde. Ces bandes peuvent se comparer, sous certains rapports, aux adhérences que l'on rencontre si fi'équcmment entre la plèvre pulmonaire et la plèvre costale; mais elles en dill'èrcnt essentiellement en ce que la plèvre étant une membrane séreuse, il suflît d'une légère inflammation pour que des adhérences se forment dans la poitrine ; tandis que la conjonctive, étant une membrane muqueuse, ne contracte jamais d'adhérence sans solution préalable de continuité. Si les

ANCIIVLODLÉI'IIARON VA' SY.MIJMÎI'IIARON . 179

menibnuK's iimqucuses coiUraclaienl des adhérences dans les mêmes conditions que les séreuses , le jeu des organes serait sans cesse exposé aux plus grands dangers, par suite des adhérences ([ui s établiraient entre les parois opposées dos viscères creux. La nature a pare à ce danger. Aussi, tant (pie la conjonclive n'a point été blessée, exco- Piéc ulcérée ou partielleinenl détruite par la lormation d'une eschare, l'œil ne contracte-l-il jamais d'adhérence avec les paupières. J'ai rencontré peu de cas de svmblépharon (jui ne comprissent pas plus ou moins la cornée, habituèllemenl sa moitié inlérieure. Dans un cas que j'ai traité, le segment supérieur de cha(|ue cornée était resté libre et transparent, mais plus de la moitié s'en était incorporé à la paupière inférieure par suite d'une brûlure. Les pu|)illes étant obslruées, je pratiquai à clnuiue œil une pupille arlilicielle en séparant l'iris d'avec la choroïde, derrière la partie supérieure de la cornée.

Causes. — L'anch} loblépharon et le symblépharon reconnaissent surtout pour causes les inllammalions traumaliqucs telles (jue celles qui succèdent aux brûlures ou à l'action de substances capables de produire des eschares ; néanmoins, toute oi)hthalmie qui donne lieu à une ulcération ou à une excoriation peut amener ce résultat. On l'observe surtout chez les malades dont les yeux ont été blessés par des morceaux de métal chaud, des liquides bouillants, des acides concentrés ou de la chaux vive. Les plaies qui traversent l'une ou l'autre paupière et qui entament le globe de l'œil sont sujettes à déterminer le symblépharon pa rliel.

[iXous ajouterons à ces causes l'emploi mal réglé des caustiques dans le traitement des ophthalmies puro-muqueuscs. Nous avons \u, à l'Institut ophlhalmique de Bruxelles, un jeune homme qui avait été traité pour une ophthalmie gonorrhoïque, et chez qui des cautérisations inconsidérées, faites avec l'acide chlorhydrique, avaient déterminé l'adhérence de la paupière supérieure avec la plus grande partie de la cornée. T. \V. ]

Obs. 4'2I. — J'ai vu au Glasgow Eye Iiifirmary un jeune garçon dont l'œil gauche et les iiaupières du même côlé s'élaii'nt niorliliés, à la suile d'une brûlure occasionnée par du fer en fusion, dont on retrouva, lorsqu'il se présenta à l'inllrmerie, une portion moulée dans le repli inférieur de la conjonctive. La destruction du globe de l'œil et d'une portion des paupières l'ut suivie d'un symblépharon et d'un anchyloblépharon presque complets: il ne restait, vers l'angle temporal, qu'un petit interstice d'une ligne, par lequel s'échappaient les larmes.

Pronosiic. — Le pronostic est variable et dépend surtout de la possibilité de détacher complètement les adhérences moi'bides et de les empêcher de se reformer, et de l'état apparent ou présumé de la cornée.

On ne peut opérer l'anchyloblépharon avec quelque espoir fondé de succès, que lorsqu'il n'est point compliqué de symblépharon, ou qu'au moins celui-ci n'est pas considérable et ne comprend point la cornée.

MALADIES CONSÉCUTIVES AUX OPIITHALMIES

ce (lonl 011 poiil s'assurer par divers moycMis. L'un d'eux consisic à saisir un pli de la pinipière supérieure el à prescrire au niahule de l'aire mouvoir son œil d'un côlé à l'autre aulaul (|ue cela lui est possible, et à essayer d'ouvrir el de feriiier I'omI. On découvre ainsi non-.seulenieiil rexisleiice, niais encore assez cxaclenieiil, réleiuliie de (oule adhérence des paupières au i^lobe de l'œil. Un second nioyen consiste dans l'inlroduclion d'une petite sonde à l'angle nasal des paupières. S'il n'y a pas de synihlépliaron, la sonde se porte lacileiiieiit jusqu'à l'angle temporal, tandis (|ue s'il existe quel(|ue adliérence, la résistance (|ue rencontre rexlrémité de riiislriiment in(li(|ue la situation et l'étendue qu'elle occupe. La sensibilité (juc l'œil conserve encore pour la lumière est aussi une bonne indication. Lorsqu'un malade atteint d'anchyloblépliaron est cajiable de distinguer les divers degrés d'intensité de la lumière, il est probable qu'il n'existe pas d'adhérence morbide sur la cornée et (|ue celle-ci a conservé sa transparence. S'il ne distingue que les dillerences d'intensité considérables, et que les plus légères lui échappent, il laul opérer, bien que l'état de la cornée soit douteux. Elle peut ne pas être adhérente, mais être jusqu'à un certain point opaque. S'il n'existe aucune sensibilité à la lumière, on peut en conclure, ou que l'adhérence s'étend à toute la surface de la cornée, et probablement même à une portion plus considérable du globe de l'a^l, ou tout au moins (|ue la même inflammation qui a produit l'anchyloblépharon a aussi déterminé l'opacité complète de cette membrane, et que par conséquent le but de l'opération, c'est-à-dire la restauration de la vision, ne saurait être atteint.

On doit recommander au malatle de se soumettre à l'opération lorsqu'il ne s'agit que d'un simple anchyloblépharon et que l'on a reconnu que la surlace du globe de l'œil n'a que peu ou pas soufl'erl de l'inflammation qui y a donné naissance. Mais lorsque la sensibilité à la lumière est peu marquée ou manque complètement, ou même lorsque celle-ci existe, si le doigt sent, à travers la paupière, le globe de Vœ'û jilus gros ou plus petit, plus dur ou plus mou qu'à l'ordinaire ou présentant une surface complètement irrégulière, il faut ne proposer l'opération qu'avec réserve, car le malade ne serait guère salislait si celle-ci n'avait pour résultat que d'exposer à la vue un œil inutile et déformé, qui du moins se trouvait caché.

On peut être amené, et cela m'est arrivé, à pratiquer une opération contre le symblépharon même sans aucun espoir de rétablir la vision. Lorsque l'autre œil est sain, le malade, lors(|u'il veut le diriger d'un côté à l'autre, éprouve, dans l'œil aflecté d'adhérence morbide, une sensation de tiraillement qui gène jusqu'à un certain point les mouvements de l'œil sain lui-même. Quand la vue de l'aMl afîecté de symblépharon est bonne, le malade éprouve souvent de la diplopie, lors-

anciiylodlki'iiaho.n kt sy.miii.ki'iiauo.n. ISI

,|u'il louriic l'œil de laçoii à lirnillcr I aillu-ronce ; ce qui le décide ,,;,i-l'oisà réclainei- ropéralion. Le syinhlépliaroii est f|uel([ueibis combiné avec le sla|)liylùiiie; dans ce cas, il l'aul opérer sans son^^er à l'espoir de rétablir la vision. Les |)anpières soudées à la cornée s'opposeiil à raecroissentenl du slapliylônie el deviennenl la cause (l une douleur inlense (jue Ton soulage ))()ur un certain temps en |,onetionnanl la partie de Tocil, (|uelie (|u elle soit, qui se trouve en \iie; mais l'ouverture se referme Itienlôt, le slapliylôme comprime de nouveau les paupières, la douleur et la lièvre reviennent, et si l'on \cut procurer une amélioration permanenle, il l'aut d'abord opérer le -,\inl)lépliaron, puis enlever immédiatement le stapliylôme. Il parai! qu'en pareil cas il s'établit parfois une communication lisluleuse entre le stapliylôme el le tissu aréolaire de la paupière supérieure, de sorte i|iie, de temps en temps, la paupière se distend fortement et tout I organe devient douloureux. Loi\s(|ue l'on ponctionne la partie lumélire, il s'écoule une grande quanlilé d'un liquide qui parait être de I humeur aqueuse. Celle opération soulage le malade jusqu'à ce qu'il M' forme une nouvelle accumulation de liquide; on ne peut obtenii' de soulagement pei'manenl qu'en mettant à nu la partie antérieure de l'œil cl en l'excisant. Dans ces sortes de cas, on ne saurait toujours décider -i le li([uide qui s'accumule dans la paupière supérieure ne provient pas philôt de la glande lacrymale que de l'inlérieur de l'œil, le symblépharon empêchant aussi les larmes de s'échapper.

Traitement. — 1. L'opération destinée à faire cesser VanchylobléjilKiron varie suivant que les paupières sont unies l'une à l'autre im- Miodialemenl ou par l'intermédiaire d'une fausse membrane. Si elles MiHl unies immédiatement el qu'il n'existe point à leur extrémité nasale d'ouverture suflisanle pour l'inlroduclion d'une petite sonde I annelée, un aide saisit la paupière supérieure entre le pouce el l'index, (le façon à former un pli vertical qu'il éloigne autant que possible du ulobe de l'œil, tandis que l'opérateur fait de même à la paupière inférieure avec la main gauche. Puis, saisissant un scalpel de la main liioite, il pratique en suivant exactement la direction de la fente pal- |iébrale normale une incision transversale de deux ou trois lignes. Il introduit ensuite et pousse vers le colé nasal une sonde cannelée sur la- 'luelleil incise la portion correspondante de l'anchyloblépharon, puis il la change de direction el incise de la même façon la portion temporale. Lorsque l'on a pratiqué une ouverture centrale de la façon que nous avons indiquée, on peut achever avec des ciseaux le reste de I opération. Si les paupières présentent à leur angle interne uneouverlure convenable, on introduit la sondecannelée parla et l'on divise immédiatement l'anchyloblépharon.

Lorsque les bords libres des paui)ières sont unis par une fausse membrane, on débute par exéculer l'opération que nous venons de

MALADIES CONSiXUïlVES AUX OI'HTIIALMIES.

décrire, en ay;inl soin de l'iiire porter Tineision eonire le Itord libre de la i)au|)ière inl'érieui'e, en laissant la lolalilé de la l'ausse niend)raiie allacliée à la paupière inférieui'e; saisissant alors celle inend)i'ane à i, Taidc d'une pince, on Tenlève avec des ciseaux. i Le succès de ropéralion dépend du soin avec UMjuel on einpèclie la i réunion des paupièi'cs séparées, ou, en d'autres lernies, de la rapidiuavec la(|uelle leurs bords libres se trouvent recouverts par la peau, i M. Wallon conseille (1) |)our obtenir ce résultai, de bien séclier les 'l surfaces et d'y appli(|uer ensuite ducollodion, j

Le docteur Scbindler (2) rapporte (pi'il a guéri un ancbyloblépliaron au moyen de deux ligatures <iui prati(iuèrent le troisième jour -i la section des adliérences.

2. Lorsque Ton rencontre un cas de symblépharon non eompliciué d'ancbyloblépharon, il n'est pas dillicile de décider si l'on entreprendra ij l'opération avec quelque chance de succès. On voit dans quel état se 'i trouve la cornée, et l'on i)cut calculer les eiïels probables de la section ) des adhérences morbides. Lorsque le symblépharon est isolé de façon .j à ce que l'on puisse passci' une sonde derrière les brides , l'opéralion i est toujours suivie de la giiérison. Lorsque l'adhérence se continue en i arrière jusqu'à l'angle de réllexion de la conjonctive, le résultat de • ropéralion est incertain; et lorsque cette adhérence est très étendue, . toute tentative en est inutile.

Si, comme je l'ai déjà dit, l'anchyloblépharon est sujet à se repro- duire après l'opération, il en est de même du symblépharon; il parait it ici impossible en eiVel d'empêcher, au moins jusqu'à un certain point, .i la réunion graduelle des parties divisées. 11 ne faut donc pas s'attendre ■ à pouvoir exécuter l'opération sans voir reparaître quelques bandes^ d'adhérence qu'il faudra enlever plus tard, excepté lorsque le synddé- ■ pharon n'était lui-même constituéque par une simple bandelette isolée. . Lorsqu'il en est ainsi, l'adhérence peut être coupée à l'aide d'un coup • de ciseaux ou divisée au moyen de la ligature.

[Un point capital pour le pronostic et le traitement du symblépharon, et sur lequel M. Chassaignac a spécialement appelé l'attention, . repose sur la question de savoir si le cul-de-sac conjonclival est ou i n'est pas respecté parl'adhérence. Si des adhérences filamenteuses, par • suite de brûlures par exemple, se sont établies entre la cornée et la face profonde de lapaupière supérieure, et si le faisceau adhérentiel n'occupe pas toute la hauteur de la paupière et ne remonte pas jusqu au fond du cul-dc-sac conjonclival supérieur, il est évident qu'il restera au-dessus de la bride un espace muqueux, une sorte de petite galerie dans le fond de laquelle la conjonctive aura conservé ses propriétés normales. Si , au contraire, la brûlure a atteint jusqu'au fond du cul-de-sac de la

m Opcralivc Opl.llmlmic Surgcry, p. 129 ; Lon.lon, 18b5.

f2) Arnmon s Zoilsclirilï fiii- die OpliU.almolog.c ; vol. V, p. S9 ; Ilclelberg, I806.

ANCIIYLOllLitiMIAUON ET SYMBLKIMIAUON . 183

,,n,„„ousc riullu'reiicc se (ail alors à pleines surfaces. 11 y a dans ces ,,„Hli,ions'uneoi.ornie (lideronce au point de vue de la ihérapoulique. l'a clVel aulanl il est facile, dans le |)reinier cas, de inanilenii', après ropcM'alion, la séparation des surl'aces adhérenles, aulanl il est dillicile, ,| ms le second, de conserver les résultats du décollement. Dans le nirniier, aussitôt que le faisceau adhérentiel a été divisé , la réagglutiiialion des surfaces est facile à prévenir, ou renlre tout à fait dans lenuhne cas que celui d'adhérence latérale des doii^ts (piand la commissure a été K'speclée et présente un téi^uinent sain. Dans le second, au contraire, ,]ii;uul ladhérence existe jusiiu'à la conunissure iiudusivemenl, le tra- Nail cicatriciel qui s'y foriue y prend une telle force rétractile, qu'il iiai^ne de proche en proche en' refoulant tout ce qu'on lui oppose el ~pril linil par rétablir radhérence dans toute sa longueur. Aussi l'interimsiliou de corps étrangers entre la pauiiière et le globe, tels que les lames de plomb (Barlisch), un morceau de vessie (Callisen) ou de pari hemin (Solingen), une coque de cire (Uosas), un œil artificiel trempé ,ians(le l'huile d'amandes douces (Demours), une coque d'ivoire préalahlement ramollie dans de l'acide hydrochlorique (Carron du Villards), csl-elle absolument impuissante et doit-elle être rejelée parce ([u'elle lie sert qu'à dévelo])per une inllammalion |)lus vive et à i)roduire ainsi une rapidité plus grande dans la réapparition des brides qui s'élèvent (lu fond de l'incision et chassent bientôt au dehors le corps étranger.

C'est à mettre le fond du cul-de-sac dans des conditions telles que lies brides cicalricicllesne s'y puissent plus former, que Icnd le procédé d'Amussat : Après avoir divisé la bride muqueuse dans une élenduc aussi grande que possible, ce chirurgien porte chaque jour dans le >ommel de la division, soit une pointe d'épingle, soit rextrémilé aiguë il im instrument tranchant pour déchirer la membrane pyogénique et conlinue exactement depraliquerceUe petite opération jusqu'au moment DÙles lèvres enlisées de la solution de continuité ne peuvent plus adhérer entre elles. Celte méthode réussit parfois ; mais la déchirure répétée de la plaie provoque quelquefois des érysipèles ; de plus, elle exige de la part du médecin et du malade une persévérance qui se fatigue souvent avant que le résultat ail été obtenu. M. Desmarres a léussi à guérir un jeune homme en pratiquant la dissection des bi'ides aussi profondément que possible et en égralignant dès le lendemain le fond'de la plaie au moyen de la pointe du bistouri et en recommençant ;iinsi pendant quatre semaines (1). L'interposition d'un des corps l'irangers énumérés plus haut, celle d'un œil arliliciel par exemple, a alors son utilité. T. W.]

Obs. 4-22. — Ilildanus rapporle un cas d'union parlielle de la paupière supérieure avec It! giolje de l'œil, résullaiil d'un coup d'épée qui avail traversé la paupière, enlanié la

[(I) DKSMAnnKs. Loc. nlL t. I, p. 'iG:).]

MALADIES CONSÉCUTIVES AUX OPIITIIALMIES

l'oriiée et d(5lruil hi vision. Lo iiiiiiade craigiiiiil qu'on divisiinl riidhércncc on n'ouvrit l'œil ol que les Iiuimciiis ne rnss(!nl (■vacin'os. Comme on pmiviiil introduire une soiuio derrière le s\ ndtlépiiaron, llildanus l'entoura d'un lil de soie au(|uel il suspendit un petit poids de plond). Le syuiblépliaroii fut coupé par lu pression du lil, du liuitiènieau neu- \ièine jour (1),

Si runioii esl imnu'diiilo, laiilc alliro la paupière supérieure eu haul, .| eu réloigiiaul du globe de l'œil aulaul, (jue j)ossil)le, laudis (jue lopt-ra- j leurallire eu bas la paupière iul'érieure, afin que, les points d'adliéreiice i se trouvanl exposés à la vue dans loule leur longueur el bien tendus, . puissent être l'acileinent el soigneuseuienl divisés à l'aide d'un {«'lin scalpel. La partie antérieure de radhérence eu est toujours la portion i la plus résistante. 11 laut éviter de léser, d'une pari, les eai'lilages des >i ))aupières, et de l'autre la scléroli(pic el la cornée. On enduira Iré- I queinmentles surfaces divisées avec de l'onguent de lulhie, et l'on préviendra, autant que i)0ssible, leur leiulance à se réunir en déchirant ; tous les jours en travers, avec la pointe d'une sonde, loule fausse nieiii- i brane qu'où verra s'y former.

Si lesymblépliaron est constitué par des bandes de lymphe organisée, , après avoir tendu les parties comme dans le cas ci-dessus, il faut ; lâcher d'inciser les bandes tout contre le globe de l'œil, puis les saisir • avec une pince et les disséquer. Cela fait, on réunit , suivant le conseil de M. Wilde (2), tant à la paupière qu'au globe de l'œil, à l'aide • de points de suture, les lèvres des plaies de la conjonctive qui en résultent. Celle manière de faire parait être le moyen le plus efficace • pour prévenir une récidive; et lorsque, ainsi que M. Wallon le fait remarquer (5), il ne reste pas assez de conjonctive, une fois l'adhérence coupée, pour que la plaie puisse élre ainsi réunie, il y a peu à espérer de l'opération.

M. Hunt de Manchester m'a communiqué la méthode suivante : Au lieu d'enlever l'adhérence par la dissection, M. Uunl la perfore, el, en introduisant chaque jour une sonde à travers l'ouverture, l'empêche de se fermer. On continuecelle manœuvre jusqu'à cequelesbordsde la plaie, devenus calleux, ne fournissent plus de suppuration. On introduit alors ■ un bistouri par l'ouverture el l'on coupe ce qui reste de l'adhérence.

[A ce procédé se rapporte l'idée d'introduire à la base de l'adhérence un anneau d'or ou de plomb et de l'y laisser séjourner jusqu'à ce que l'ouverture qu'il traverse se soit organisée, cutisée, commecelle des oreilles percées de leurs anneaux. Le symblépharon complet se ■ trouve ainsi transformé en symblépharon lubulaire, ofTranl, comme celui-ci, de nouvelleschanccs de guérisonpar la section du pont membraneux persistant. T. W.]

(1) Giiilliclnii FaliriL'ii IMldiiiii Opéra otiiniii : p. !i02. Francofiirli ad Mœniim, 1GI6.

(2) nubliii Quarlcrly Joui'iial ol'.Mcilieal Science, Februnry 1847, p. 2ô5. (5) Op. cil p. 123.

ANClIYLOnLÉPHAnON KT SYMULÉPIIARON. 18;i

M Pélrcqiiiii propose de iravcrscr la bride avec une double ligature, ,lc ne serrer que légèrenienl celle (pii regarde du cùlé des paupières, 'n.uiis que l'on serre Ibrleinenl celle qui esl la plus rapprochée de l'a-il de façon à couper pronii)tcnienl la bride cl à obtenir une surlacc pminple à 'se cicatriser. Dès qu'on a obtenu ce résultai, ou serre la seconde ligature qui londje cl laisse une nouvelle surlacc à cicatri- .,,"('!). M. iMandin, dans le cas suivant, a eu recours à une méthode particulière :

Pl„ ',03 Par suilo d'une ulcéralioii élondue delà coiijonclive, du glolje de l'œil elde nauniùre inféri.nire, anionéc i)iir une brûlure, le cnrlilagc de la paupière fui déliuil, adliérenccs s'iMahlirenl entre rœil et la paupière el la moitié inférieure de la eoriiee irouva recouverte par une cicalriee. M. tJlandin disséqua la ciealrice de liaul en bas, ,k' façon à séparer la paupière du globe de l'œil, el louriianl en dedans la cicalriee dense, . en servit pour remplacer la membrane muqueuse palpébrale el empéclia ainsi la foriiiiitiou d'une adbérence nouvelle. La cicalriee se Irouva repliée en dedans comme une .kniblure el maintenue en place par la suture du pelletier; les deux extrémités du lil furent ,lih-éas iiorizontalement vers les tempes droite et gauclie, alin de maintenir la paupière ,r;u'lée de la cornée el de contribuer à prévenir toute cicatrisation vicieuse. On enleva les Milures le quatrième jour. Trois' semaines après l'opération, l'œil avail complètement ircupérésa mobilité cl pouvait être porté dans toutes les directions; la paupière inféi-M'ure avail un bord arrondi et, bien qu'un peu courte, pouvait être, sans diiricnllé, Millisammenl rapprocliéc de la supérieure pour proléger emeacemenl l'œil contre la liiinière {i).

' [Le docteur Killel a décrit (5) la méthode employée par le profes- M'iir Arll dans les cas de symblépharon partiel, procédé qui a la plus rii'oite analogie, au moins par son principe, avec le précédent. Il se . (impose de quatre temps : dans le premier, le chirurgien conduit au moyen d'une aiguille lancéolaire, pendant qu'il attire fortement en bas la paupière inférieure et qu'un aide relève la supérieure, un fort lîl de >()ie à travers la partie de l'adhérence correspondante à la cornée. (',ette anse de fil est confiée à un second aide qui exerce sur elle de légères tractions. — Dans le second temps, un bistouri étroit est introduit entre le bulbe et l'adhérence; le sang est lavé à l'eau froide; puis l aide écarte les deux paupières, tandis que l'opérateur, saisissant avec (les pinces à dissection le lambeau décollé (qui était d'abord assujéti par le moyen du fil), le détache avec un scalpel ou des ciseaux depuis la cornée et la sclérotique jusqu'au fond du cul-de-sac conjonclival. Il V a alors deux surfaces saignantes en rapport : d'une part, la cornée et la sclérotique misesànu;de l'autre, la membrane, détachée de la cornée, qui s'enroule fortement et la face interne de la paupière. Il reste à empêcher le contact de ces deux surfaces, ce qui se fait dans le troisième lemps. Chacune des extrémités du fil, d'abord introduit, esl armée d'une aiguille; puis la membrane détachée est rabattue de façon à ce

(1) Hcvuu oplillialinolofçiqnc de la lillOraliirc mi^ilinalc do raniice I8i2, p. 'M ; lii-ii\ellcs, I81Ô.

(2) Exlcail (11! la fla/.i'lii- iniMlicale du Paris puiir \HW, par Wallon, Op. cil. p. 1:23. [(3) l'rajjiT Vicrleljalirsclirill, XI, I8ij/i, M. I. S IGl.]

MALADIKS CONSÉCLTIVliS AUX OPHTHAI.MIKS.

que sa face eu Usée rei^çaidc la plaie du bulbe; les deux aiguilles sont alors eouduilespai' la j)aupièi'e ([u'elles Iraverseul d'oulre en oulre à sa base avec leurs (ils qui sont noués enseiid)le à la l'ace ciilanée de la > paupière sur un morceau de j)lume ou de sonde. Dans le quatrième temps, on i-éunil au moyen de points desuture les lèvres de la plaie de la conjonctive bulbaiic. Des ajjplicalions froides sont continuées peiidanl trois jours. T. W.]

Von Ammon et Diellenbach onl tous deux inventé une opération contre le symblépharon.

Dans l'opéra lion de Von Aminon, on ne toucbe point d'abord au symblépliaron ; on pratique à la paupière adbércnle deux incisions (pii en comprennent toute l'épaisseur el se réunissent à angle aigu, de façon à former un lambeau triangulaire ayant sa base vers le bord libre de la paupière el comprenanl loul le symblépliaron. On réunit alors au moyen de la suture enlorlilléc par-dessus ce lambeau triangulaire les deux portions restantes de la paupière. Elles se réunissent entre elles, mais nullement au lambeau sous-jacenl, à la face interne duquel se trouve le symblépbaron. Au bout de quinze à vingt jours, lorsque la réunion est consolidée, on exécute la seconde partie de l'opération, qui consiste à disséquer le lambeau triangulaire que l'on a | laissé adhérent au globe de l'œil. Après chaque opération, on applique sur l'œil, pour modérer l'inflammation, des compresses imbibées d'eau glacée (1 ).

La méthode de Dieffcnhach consiste à replier la paupière sur ellemême, de sorte que sa face cutanée se trouve en contact avec le globe 1 de l'œil après que l'adhérence morbide a été divisée. Si c'est le sinus | inférieur, par exemple, qui est le siège de l'adhérence, il pratique une ! incision partant de l'angle interne de l'œil et se prolongeant le long du j côté du nez, et une autre, également verticale, partant de l'angle externe de l'œil et se portant au bord externe de l'orbite. Il détache alors la paupière du globe de l'œil en incisant le symblépharon et rase les cils. Il replie sur lui-même le lambeau quadrilatère ainsi formé, de façon à \ produire un entropion complet, et le fixe au moyen de quatre points | de suture que l'on soutient à l'aide de bandelettes agglulinatives. On | recouvre la partie de fomentations. Lorsque la surface du globe de l'œil est cicatrisée, on fait cesser l'entropion artificiel et on fixe le lambeau dans sa situation naturelle au moyen de points de suture (2).

(1) Op. cil.; vol. m, p. 2.';8; Dresdcn, 1853.

(2) Operalive Chirurgie, vol. I, p. 482 ; Leipzij,', 1845.

SYNÉCHIE.

SYNÉCniE.

SuvÉXîia, continuilii, de <JUvî/w, j.' niuiiilii iis cnsoiiiblc.

On so sert du mol snitéchic pour (lôsignor loule espèce (l'adhérence morbide de l'iris. Lorsque l'adliéreiice a lieu avec la cornée, on l'appolle snnêchie anléneurc.(¥\^^. 94, 1. 1, p. 71)1 .)Ellepeul èire le résultat d une plaie pénétrante de la cornée, d'une inllanunation ulcérative de . etle i)arlie, qui s'est terminée par rouverlure de la chambre antélicure et l'écoulement de l'humeur aqueuse, et nu'me d'une inllammation de l'iris ou de la cornée sans perforation de celle dernière membrane. Quand l'adhérence a lieu avec la ca|)sulc du cristallin, on rappelle sijncchie postérieure ((ig. 1 cl 2, p. 15), conséquence l'réi|iienlc de Tirilis.

Dans la synéchic antérieure peu étendue, on peut quelquefois détacher l'iris à l'aide d'une aiguille introduite à travers la cornée, ou bien couper en travers la portion adhérente, ainsi que je l'expliquerai plus complètement dans le chapitre consacré à la pupille artificielle.

Dans la synéchie postérieure, alors même que toute la circonférence (le la pupille contractée parait comprise dans l'adhérence, il arrive parfois, après des mois ou des années, qu'une petite portion de la circonférence de la pupille devienne libre, et il survient alors un retour inattendu de la vision (1). Chez un vieillard pour lequel j'ai été consulté, toute la circonférence de la pupille parait s'être ainsi détachée vingt ans après l'iritis qui avait clos cette ouverture. Il est probable ([ue, l'humeur vitrée s'étant dissoute, le cristallin enveloppé de sa capsule était tombé derrière l'iris, car après que la vue du malade se fut l)rusquement rétablie, la pupille sembla un peu dilatée et l'iris tremblotant.

On observe quelquefois, surtout dans Ui synéchie antérieure, la déchirure ou l'absorption de l'iris près de sa grande circonférence. L'iris est tendu et se déchire, ou est absorbé en un ou plusieurs points, de sorte que la vision s'améliore. Suivant le nombre d'ouvertures qui se forment, la vision est quelquefois rendue double ou triple.

(I) SiEMF.ni.nc's nici kwurdiircr Fall eiiicr vieljiilii'igcn voii der Nalur zwcirnal gcliobencn Blindliidl fines 9-2 jalirigcii Greises; Ijcriiii, 1818.

MALADIIÎS COiNSI'CUTlVES AUX OIMITIIALMIKS.

SECTlOiN \.

Oni.lTKlWTlON Ulv I.A PL'l>ILLK.

Sijii. — l'Iilliisis piiiiillu;.

J'ai longucineiil expliqué aux sections XXI cl suivantes du chapin-e • prccc(.lcnl(|uc, par suite tic rinflamnialion de l'iris, la pupille est sujette i à se réti'éeir, à se déformer, à se fixer et à se remplir de lym|)he * ooaj^ulable, état des parties auquel on a donné le nornd'a/rc.sm iridis{ l) et de syaizesis{^2). La capsule, en pareil cas, dans toute l'élendue (|ui cori-cspondà la pupille contractée, est opaque ou recouverte d'un dépôt opaque, auquel le bord pupillaire est ordinairement solidement lixé, bien que Iréqucmmcnt une petite portion de son étendue reste libre. Souvent en pareil cas le tissu de l'iris est ramolli par rinHanmialion, de • sorte qu'il se décliirc lorsqu'on le saisit avec un crochet ou tout aulre instrument. Un lait important, signalé par M. Bowman, c'est qu'en j général dans la sijnizesis, le cristallin reste transparent, ainsi ([ue la capsule qui n'est opaque que dans l'étendue de l'espace qui correspond à la pupille (5).

La vision peut parfois s'exercer à un degré considérable à travers la mince couche de lymphe qui occupe la pupille contractée. Dans les cas d'occlusion de la pupille, on ne doit point abandonner trop tôt l'usage de la belladone, surtout si quelque portion de la pupille esl restéelibre. La solution iîllrée de belladone, ou celle d'atropine, appliquée sur la conjonctive une ou deux fois par jour, et continuée pendant I plusieurs mois, est fréquemment suivie d'un certain degré de dilata- I tion de la pupille et d'une amélioration considérable de la vision, i L'iode pris pendant longtemi>s à l'intérieur est aussi utile.

Le docteur Lorch (4) rapporte un cas intéressant de synizesis, accompagné de trois hernies de l'iris qui s'étaient effectuées par autant d'ulcères de la cornée. L'occlusion de la pupille était totale et la vision complètement abolie de ce côté. Les portions herniées de l'iris étant venues à s'affaisser et les ulcères à se cicatriser, la pupille s'ouvrit et la vision fut rétablie.

AVoolhouse essaya avec une aiguille introduite à travers la sclérotique de diviser les libres blanchâtres qui retiennent l'iris et de rétablir la pupille obstruée; il donnait à cette opération le nom de diœresîs Q)). C'est probablement l'insuccès de ces tentatives qui con-

(1) De a, privalil", el TLtpâw, je perfore. "*

(2) SuvlC/i<Tt;, tic ff'JvlÇw, jd ferme.

(5) Médical Times aud Gazelle, Juiuiary 3, 1852, p. 12.

(4) AmmoirsZciL-.clirifi furdie Opiillialinologie ; vol. V. p. ^0 ; Ilcidelberg, ISô.'î. (.ï) .Miur.auin. De piipilla; plilliisi ac synizcsi ; Ilalleri Dispulatiuiics cliirurgica; .selccta; : vol. I,p. 4(j8; Lausaniise, 1753.

SYNCHISIS, OU DISSOLUTION DK l/lIlIMia U VITUÉK. 1 0 J

,|„i.sil Clicsohlon i\ concevoir l'iclco. de |)i-ali(|uer une i)U|)ine ai'li(icielle. \\ oollioiisc n'osa loucher avec rais^iiillc l'uvce ou l'iris. Chesclden iiH-isa lariîcinciil ces parties cl son ingénieuse hardiesse Cul couronnée |);ir le succès.

SIXlTIOiN XI.

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