OPACITÉS OU TACHES DE LA COUNÉE, ETC
(lisscquor ou de raser des opacilés de la cornée dont le sic^e clail plus profond que la lame clasli(|iic anléricure. M. Malgaigne lut con- (liiilà cette pratique par de nondjreuses dissociions qui lui démontrèrent ,,110 les oi)acités de la cornée n'occupent en général que les lamelles ,iq)cr(icielles, et que chez les animaux on peut enlever la moitié de ré|)aisseur de la cornée et obtenir une cicatrice transparente. Avant ,lc' tenter une opération aussi chanceuse que celle d'enlever une porlion considérable de l'épaisseur de la cornée, le chirurgien doit s'assui-er s'il n'existe pour le malade aucun autre moyen de récupérer la vision sans courir autant de risque, en dilatant, parexemple, la pupille avec la belladone ou en établissant une pupille arlilicielle; qu'il n'existe point de synéchie antérieure qui puisse rendre nul le résultat (le l'opération ; que la pupille n'est point fermée et que la rétine a conservé une sensibUité suffisante. Si l'opacité occupe toute l'étendue ,[o la cornée, on doit se borner à enlever les lamelles superficielles au rentre, dans une étendue équivalente, à peu près, à la dimension de la pupille.
Les instruments dont le docteur Gûltz s'est servi dans un cas pour enlever les couches opaques de la cornée, sont le couteau à cataracte ;i double tranchant de Rosas, le couteau pyramidal de Beer, avec une petite pince à dents, et des ciseaux déhcats. Le manuel opératoire con- >ista dans l'introduction réitérée du couteau au-dessous et au travers (les couches externes, jusqu'à ce que l'on fût parvenu à la portion iiansparente de la cornée que l'on mit à nu dans une étendue d'une ligne et demie de diamètre. Le traitement consécutif se borna à l'application d'emplâtres adhésifs sur les paupières pour en empêcher les mouvements et à l'emploi d'eau à la glace pour éviter la réaction.
Dans l'un des cas heureux de M. Malgaigne, le creux laissé par l'enlèvement des lamelles opaques finit par s'oblitérer; plus de deux ans après l'opération , la cornée était encore unie et transparente et la \ision telle que le sujet de l'opération, qui était une jeune fille de 18 ans, travaillait à l'aiguille depuis le malin jusqu'au soir sans que >on œil parût en souffrir (l).
Dans certains cas d'opacités indélébiles de la cornée, il suffit quel- (luefois d'appUquer tous les deux jours à l'œil une goutte de solution (le sulfate d'atropine ou d'extrait de belladone, pour dilater la pupille • l permettre au malade d'aller et venir, de se livrer à ses affaires et même de lire. Lorsqu'il en est ainsi, on ne doit jamais tenter un moyen aussi chanceux que l'ablation des couches opaques de la cornée. On s'apercevra souvent, en procédant à cette ablation, que toute
il) Sur Pcxcisioii dos coiiclics opaques tic la cornée, consullez : IIamii.ton, London and Edin- I iirgh MoMllily Journal of Ulcdical Science, Hlarch 18U, p. rJ8 : Ibid., July iSU,]). C2G ; \miale,s d-Oculisti(|iie , lon.e IX, pp. 93, 180; Bruxelles, 1845; ibid., lonie XIII, p. 211; ilnixelles, I84i).
158 MALADIKS CONSlif.niVKS AUX OI'HTIIALMIKS.
rô|)aisseui' de la coriiéc esl cnvaliic par Topacilé el qu'il n'y a pas lieu de conliiiuer l'opéraliou.
[L'électricité, le (/alvanisme el h yalvano-poncture ont élé employés depuis longtemps par un eerlain nond)re de médeeins , et avec des. chances dilVérenles de succès, contie les oj)acilés de la cornée. M. LIsiglio, de Corfou (1), s'est livré à quelques essais sur des yeux humains malades, et il a constaté (jue l'emploi de l'électricité a élé suivi d'un plein succès dans trois cas de lâches survenues à la suite de Ion- ' gues ophthalmies et qui avaient résisté à tous les moyens employés en pareille circonstance. Le pôle négatif était placé sur la langue des malades et le pôle positif sur l'œil fermé. M. Willebrand, d'IIelsingl'ors(2), a procuré une grande amélioration ou même une guérison complète, dans quatre cas d'opacité de la cornée, au moyen du galvanisme employé en courant continu, avec l'appareil à auge de verre de Daniel. Le courant était produit par une paire métallique, en appliquant sur le centre de la cornée opaque un bouton d'argent fin, arrondi, d'un demi-pouce de diamètre, supporté par une lige entourée de soie et en communication avec le zinc dans l'appareil à auge par un fil métallique, tandis que le malade tenait dans la bouche un morceau de zinc qui, au moyen d'un autre fil métallique, était en communication avec le cuivre de la même paire. Durant l'opération, le malade éprouve du picotement et de la chaleur dans l'œil, la conjonclive s'injecte et il y a sécrétion de larmes. Dès que l'opacité commence à diminuer, cet effet continue, même quand on interrompt l'emploi du galvanisme. L'auteur n'hésite pas à considérer cet agent comme le plus j)uissant de tous ceux qui ont été recommandés contre les taches de la , cornée. Il semble surtout avoir le plus d'efficacité quand l'exsudation j qui siège entre les lames de la cornée est constituée par une masse j amorphe : on doit, au contraire, très peu compter sur ce moyen quand .1 la production pseudo-plaslique a déjà ses vaisseaux propres et par -l conséquent uue organisation spéciale. Dans un cas où il existait une • opacité et un épaississement de la cornée avec des vaisseaux déjà développés qui de la conjonctive se rendaient à la première membrane, le • galvanisme n'amena aucune amélioration. M. Crusell a communique a i l'auteur un cas dans lequel l'emploi du galvanisme a déterminé la perle ■ de l'œil • à ce sujet, il a insisté sur le soin qu'on doit avoir de ne jamais trop prolonger l'action du courant électrique sur l'organe et de ne jamais y imprimer une trop grande force. La durée de l'application du galvanisme sur l'œil ne doit pas dépasser deux minutes, et même elle sera moindre si le malade se plaint de douleurs violentes et si la conjonclive s'injecte. Il ne faut jamais employer plus d'une paire.
Medicin, aoùl I8/18.]
OI'ACITÉS OU TACUi:S UlC I.A COU.NÉE, ETC.
Le ilootcur Turcka égalcineiit réussi par le même moyen à faire disparaître des albugos, comme on le verra par lobservalion suivanie (1) :
« Obs. 418.— Une nile de trente mis, d'un tempérament lymphatique nerveux, eut, il y a ilix ans/uno douhlo kiiratlto qui laissa à sa suite un alliU!;o sur cliaque comt^e. I.'alhugo de l'tcil gaiidie, d'une couleur nacrée et d'unden)i-centiniètre environ de diamètre, quoi(|irjiu rentre do la cornée, permettait A la malade la vision latérale, à l'aide de laquelle elle accomplissait pénihiement son travail hal)iluel. L'albiigo de l'œil droit, d'un blanc sale, ircouvrait largement la cornée, sur laquelle il faisait une légère saillie. Il interceptait le passage de tous les rayons lumineux et lU! laissait distinguer le jour de la nuit que par liiio teinte jaunâtre. Cette lille avait consulté un grand noml)re de médecins qui tous 1 avaient considérée comme incurable. FJIe alla aux eaux de Plombières pour s'y fyire iiailerdes suites d'une fracture du bras, et y consulta M. le docteur Turck, qui se décida ;i répéter sur elN; le procédé qui lui avait si bien réussi sur le cheval.
.( M. Turck prit une pile carrée, d'environ 6 centimètres de côté. Il écarta les deux I unes dans un des angles et les replia un peu en dehors, après les avoir percés d'un trou. ,l;ins lequel lurent attachés les fils qui devaient servir de conducteurs. Ce petit appareil lui mis dans un verre d'eau acidulée par l'acide clilorbydrique et rempli aux deux tiers. Iles que le dégagement des bulles d'hydrogène annonça que la pile était en action, l'opéraii iir plaça le conducteur zinc ou positif dans la bouche, tandis qu'avec le conducteur l uivre ou négatif, recourbé en anneau, il touchait la cornée malade.
.( Quand l'expérience durait plus de trois minutes et demie à quatre minutes, la malade avait des vertiges, des nausées, des battements artériels violents dans la tète. Des lotions iioides et l'électricité appliquée aux jambes, comme déiivatif, à l'aide de la machine des H ères Drelon, ou de larges ventouses sèches, triomphaient de ces accidents.
« Pendant quarante jours, on fit trente-quatre applications galvaniques sur l'œil droit cl quatre sur l'œil gauche. (Le traitement a été suspendu pendant six jours, à cause des l'ègles.) Voici le résultat qui a été oblenu : L'albugo de l'œil droit est réduit au cinquième environ de son étendue et il n'existe plus que dans les couches profondes delà cornée, où ilt'S tissus isolants le mettent à l'abri de l'influence électrique. Au lieu de sa couleur d'un lilanc sale, il a une couleur nacrée, et enfin l'œil, qui depuis dix ans ne voyait plus, peut lu e facilement et sans lunettes. L'albugo de l'œil gauche est un peu diminué de largeur et d'épaisseur, mais sa situation dans les couches profondes de la cornée le rendait peu accessible il l'influence électrique. Il est possible, ajoute M. Turck, que, sous l'influence du ii ailement qui a été suivi chez cette femme, le mieux obtenu aille en grandissant. On peut pnrtager sa confiance: mais ce dont nous devons le louer surtout, c'est d'avoir su s'arrêter ;i lemps dans cette expérience et de s'être contenté d'une amélioratoin sensible, par la ii-ainte qu'en poussant l'épreuve plus loin, les chances n'eussent tourné plus défavorablement. Il faut ajouter enfin que, d'après ce fait comme d'après l'expérience que M. Turck M fnile sur le cheval, il n'y a lieu d'espérer du succès de cette pratique que dans les cas où l iilbugo est superficiel et n'intéresse que la lame externe de la cornée. »
Enfin tout récemment le docteur Alexandre Quadri, de Naples, a lepris ces expériences dont il rend compte dans les termes suivants :
« Je me suis servi de préférence, dans ces dernières années, du courant continu d'une pile de Bunsen. Je l'ai appliqué d'abord dans les Uiches de la cornée, suivant l'expérience de M. le docteur Turck. ; V. Annales d'Oculis tique, t. XXVIII, semestre 18o2, p. 224. ) J'en ai fait le premier essai sur un jeune homme de 22 ans qui, à la Miite d'une grave ophthalmo-blennoiThée , présentait un albugo au '■« ntrc de chaque cornée. Il n'y avait pas de cicatrice, à proprement parler, car la surface de la cornée était lisse et polie comme à l'état
[(I) Annales d'OculIsliquo, l. XXVIII, p. 224.]
MALADIES CONSÉCl'TIVES AUX OI'IITIIALMIES.
normal ; ce nï'Iaicnl pas des nnaj^cs, puisque la couleur en élail blanc (le lait cl ne lirait nullement sur le jaune ; c'étaient enlin deux vérilables albuçjos. Je n'avais pas osé soumettre le malade aux dangers d'une opération de pupille arli(icielle, parce qu'il pouvait encore distinguer les gros objets et voyait à se conduire, et parce que j'espérais diminuer l'épaisseur des opacités au moyen des collyres. Mes eiïorts n'ayant eu aucun succès, j'eus recours à la pile. J'appliquai, selon les préceptes ; (le M. le docteur Turek, le pôle cliarbon à la boucbeelle pôle zinc sur la taie pendant 4 à 5 minutes. L'œil s'irrita très peu et le malade ■ accusa une sensation plutôt agréable que pénible; il sentait comme si i une surface lisse et veloutée glissait sur son œil lorsque je promenais * le bouton du réophore zinc sur la tacbe. Immédiatement après, en i sortant de chez moi, il put voir l'heure à une horloge dans la rue. Le jour suivant, l'amélioration fut encore plus notable, et le troisième jour' le patient pouvait même lire les chilTres et distinguer les petits objets, de sorte qu'il put reprendre son ancien état de domestique et abandonner tout traitement. Les taies avaient sensiblement diminué. Après quelques mois pourtant, le malade revint; il avait perdu graduellement une partie de l'amélioration qu'il avait obtenue : il se soumit de nouveau à l'application de l'électricité, qui fut encore suivie d'une rapide amélioration ; puis il retourna à son état et je ne le revis plus.
La seconde expérience eut lieu sur un jeune homme de 20 ans, qui, à la suite d'une ophthalmie scrofuleuse grave et opiniâtre, avait conservé un albugo au centre de la cornée gauche, tout à fait semblable aux précédents. J'avais aussi fait en vain usage de différents collyres, tels que le laudanum, la poudre de calomel, les sulfates de cuivre, de zinc, d'alun, de cadmium, le proto-iodure de mercure, etc. Après cinq ou six applications de la pile, l'œil s'améliora tellement, qu'il s'en déclara satisfait et partit pour son pays presque entièrement guéri.
Je dois déclarer, d'autre part, qu'ayant appliqué le galvanisme à des leucomes anciens et épais, l'effet en a été presque nul. »
En présence de ces résultats favorables signalés par divers praticiens également recommandables , il n'est pas permis de refuser au galvanisme une certaine efficacité dans les opacités de la cornée. Lorsque l'on considère combien jusqu'à présent les autres moyens employés dans le même but ont été insuffisants, il est difficile de ne point être séduit par les promesses , peut-être fallacieuses , de celui quia quelquefois réussi. Pour notre compte, nous l'avons essayé plusieurs fois sans en rien obtenir; mais nous croyons n'y avoir point mis assez de constance pour pouvoir juger de sa valeur. Aussi nous promettons- nous d'y revenir.
Un grand nombre d'expérimentateurs, parmi lesquels nous citerons
f(1) Annales d'Ocnlisliquc, t. XXXVI, p. 42 ]
OPACITÉS OU TACHES DE LA CORNÉE, ETC. lul
llcissin-^cr Wallhcr, Dieneiibach , Munck, Feldman, Dcsmarres, Plouvicz de Lille, Wiitzer, de Bonn, ont lenlé de remplacer la cornée opaciliéc par une cornée Iransparenlc cniprunlée à un animal vivant. Tous sont arrivés à établir le lait (|ue cette transplantation peut s'elleciiicr et qu'une cornée, entièrement détachée de l'œil d'un animal et irjointe au moyen de sutures sur le même œil ou sur le moignon de I'(j3il d'un autre individu , se resoude en contractant des adhérences nouvelles. Malheureusement, la transparence de la cornée artificiellemciil grelVée ne s'est jamais maintenue, ce qui a lait abandonner complètement ces lcnlativ(!S infructueuses (1).
Pour remplacer la transplantation de la cornée, qui ne repose sur aucune donnée physiologique exacte et ((ui n'a jamais procuré une amélioration notable et permanente de la vue , le docteur Nussbaum (2) a imaginé une cornée artificielle consistant dans un petit verre d'une épaisseur de trois huitièmes de ligne, ayant la forme d'un bouton de chemise et od'rant une rainure à ses bords. Après avoir fait une incision d'une ligne et demie d'étendue à la cornée , on l'y introduit et on l'y fixe comme dans une boutonnière. « L'aspect de l'œil, dit l'auteur, n'a rien de désagréable; autour de ce petit verre, dont la partie transparente paraît noirâtre, se trouve un petit anneau blanchâtre d'une teinte leucoraateuse. Quatorze ou vingt jours après l'opération, toute l'excitation de l'œil a disparu. Je n'ai jamais vu survenir d'accidents graves, tels que la fonte de l'œil, même lorsque l'opération ne réussissait pas bien. Il m'est physiquement démontré qu'une semblable ouverture peut suffire à la vision, et mes expériences sur les lapins m'autorisent à admettre qu'un verre tel que celui décrit plus haut peut rester fixé dans l'œil sans y produire d'irritation. » Le docteur Pauli, de Landau (5), s'exprime ainsi à l'égard de cette opération : « La cornée artificielle du docteur Nussbaum, qui n'a en sa faveur aucun fait physiologique ou pathologique qui puisse faire espérer un résultat probable, et qui n'a ainsi pourelle ni la théorie, ni la pratique, est une opération infructueuse, accompagnée de longues douleurs et parfois si dangereuse qu'elle doit être pour toujours rayée du nombre des opérations qu'on peut tenter avec quelque chance de succès chez l'homme. » Nous pensons qu'il y a peu d'ophthalmologues qui ne se rallient à l'opinion du docteur Pauli sur les mérites de celte opération, qui, il faut bien le reconnaître, présente quelque chose d'excentrique. T. W. ]
[(I) Annales d'Oculistique, l. III supplémcnlaire, p. 180 ;l. X, p. 183 ;l. XI, p. I il) t. XII, 1 p. t. XIV, p. 'J3.]
[(2) DeuUclic Klinik, i8îj3. n» U.] [(3j Idem, 181)3, n" iôci U.]
MALADIES CONSÉCUTIVES AUX OPIITIIALMIES