OPACITÉS DE LA MEMBRANE IIYALOÏDE
,j'ai rencontré trois ou quatre cas d'opacités que j'ai jugés être la conséquence de riiillammalion du corps vitré. Elles offraient généralement un aspect strié ou rainilié, et étaient inlundibulirormes. Je lus très surpris de voir que dans l'un de ces cas le malade pouvait lire tle l'œil affecté.
Il faut ne se prononcer qu'avec réserve sur le siège des opacités que l'nn aj)erçoil profondément dans l'œil. J'ai dernièrement opéré une malade qui, pendant un certain temps, avait offert une opacité infunilihulirorme striée et paraissant située à une profondeur consulérable derrière le cristallin de chaque œil. Ce cas se termina par la formation (le cataractes lenticulaires. Les cristallins extraits n'offraient rien de particulier : l'opacité profonde disparut après l'opération ; la malade se n'iablil et vit parfaitement. La profondeur apparente à laquelle on apereevail l'opacité striée doit avoir été due à quelque illusion d'optique, produite parle cristallin, l'humeur aqueuse et la cornée.
SECTION XIII
SViSCIIISlS ou DISSOLUTION DE l'iIUMEUR VITRÉE. S'jyyuaiç, mélange, de auy/iio) je mélange,
La désorganisation et la dissolution du tissu de l'hyaloïde succèdent 1 diverses affections inllainmatoires de l'œil, et surtout à celles de la
MALADIES COiNSl'CtTIVF.S \V\ Ol'UTlIALMIES.
choroïde cl de l'iris. Cet élat du corps vilré csl coinplélemcnl incurable cl s'aceoiiipiii2,iie iôl ou tard d'aniaurose. Lorsque le corps viirô csl dissous, l'œil ne devient pas pour cela mou et lacile à déi)rinier : auii contraire, il est plus dur (pi'à l'ordinaire, cc(iuiestdù à ce (pie le. liquide qui occupe la place de l'humeur vitrée est plus abondant (prù ,, l'ordinaire.
M. Desmarres (1) a donné le nom de synckisis éiincelant à un élat ^ de l'œil dans kMjuel on voit se mouvoir de haut en bas, et vice versà,'.^ de petits cristaux brillants de cholestérine. Ce phénomène avait déjà ^ été observé par Parlail-Landi-au (2), par le docteur Jacob (ôj, et i par moi (4). Il semble le plus souvent dù à la IVagmcntation d'une ! cataracte lenticulaire traumatique; mais il faut pour que le phénomène ' se produise que l'humeur vitrée soit en état de dissolution. M. Malgaignc (5) a avancé le premier que les pai'ticules en question étaient formées par de la cholestérine, opinion (jui a été conlirmée ])ar une analyse faite par le professeur Aldridge (G), dans un cas opéré i)arii M. Wilde (7).
ATUOPIUE DE l'oeil.
Syn. — Plitliisis ociili.
Fig. Bcer, b.m.l. Il, laf. II, fig. 7. Demours, pl. LXl, llg. ). Vnn Ammon, llil. I, laf. I, Hg. 2t et 23. [Sicliel, pl. XXXVII, fig. 1, 2, 5, el 3; XXXYIII, «g. 1,2, 5, i, 3, G et 7.]
Certaines oplithalmies graves et de longue durée, survenues dans • l'enfance, peuvent s'opposer à la croissance de l'œil, el faire que les -i
(1) Annales d Oculisliquc, Novembre, 1843, p. 220.
(2) Revue méilicale, tome IV, p. 203 ; Paris, 182S.
(5) Dulilin Jledical Press, Januai'y 2a, 1845 ; Ibid., December 11, I8i4-.
(4) Ediiiburgli Médical and Surgical Journal, July 184i), p. 73. •
(3) Annales d'Oeulisliqne, Novembre, 184o : p. 223.
(6) Dublin Quarlerly Journal of Médical Science, May 1848, p. 4-!)8.
[(7) C'est avec clonnemenl ((ne nous voyons le nom de M. Sicliel omis dans Pliisloire d'une • maladie pour l'élude de laquelle il a plus l'ait qu'aucun aulre; nous croyons faire acte de jusiiee en rapi)elanl que M. Siebel avait observé, quatre ans auparavant, un l'ait seudjlable à celui recueilli par M. Desmari es (V. Annales ifOculislique, I. XIV, p. 250), et que .s'il ne Tu pas publié plus tôt, . c'est qu'il allendait, dit-il lui-même, d'eu avoir rencontré quelqu'aulre du même genre dans • les fastes de l'art. Quoi qu'il en soil, l'observalion en figure dans le tome XV, p. 1G7 du même recueil sous ce litre : liaclierrkcs sur la formation de paiUctles mobiles et luisantes dans le corps ■ vitré. Les /liDia/cv rf'Ont/i'siif/îte ont inséré différents autres articles du même auteur sur celle • maladie inléressante : (V. t. XV, p. 167, 248; t. XVI, p 79, t. XXIV, 4-9, p. Uo; t. XXV, p. 9: t. XXVI, p. 3, t. XXXIV, p 253, 291). Cea articles établissent que, sauf un premier cas de disection d'yeux spintliéropiques, dûs au d'irtenr A. G. {Berlincr medicinische Zeilung, I84S), n" \j% 26 dée.) et dont il ignorait l'existence, M. Sicliel a le premier publié le résultat de l'examen micrograplii(pie (fail avec le concours de M. Lebert), de la matière extraite par lui d'un i œil renl'ermanl des cristaux cbolestériniques et a donné il cette affection le nom de s/ji'ii(/(cVo;)ie, (de uTrivÔ/ip, t'iinccllc., el o'j'tç, vision) qui lui est resté. Dans ces derniers temps, les cas de spintliéropie se sont tellement multipliés qu'il serait diliicile et oiseux à la fois de cberelier à les renseigner tous Le lecteur en trouvera d'ailleurs la nomenclature dans les Annales rf'OciJlislir,ue, L XXIV, p. 146, t. XXX. p. 10, 11 et suiv. et XXXVI, p. 76, ainsi que divers articles
ATUOPHIE DE l'oEII..
limensions en rcslcnl poiirloule la vie au-dessous dccellosdcl élal nor- ,n,l. ou bien, si elles sui'viennenl eliez l'adulte, elles sont sûmes d une iwoi-Dlion anornude ou de la irprodueliou ineoniplète du conleuu de 1 a-il et de rallaissemenl de ses luniques. On voit souvent la eoi-née,
(luelquelois tout le globe de l'œil , garder de petites dimensions ,„à's les opbtlialiuies scrofuleuses ou les inllaininations pruvocpiees p u- des eauses trauinaliques ehez des sujets seroliileux. J'ai vu l'œil iVduil à plus de la inoiliê de son volume par suite d'une o|)litbalinie ,ov|)iioime : la pupille était restée ouverte, bien (ju'elle ressemblât, nour la dimension, à un trou d'épingle; la eornéc était Ibrtement coniiaelée, quoique transparente, et la vue presque perdue. Dans les eas .ririiis 'svi)bilitique, après que le mereure a déterminé l'absorption ,1e la lym'pbe épaneliée, ou que des tubercules se sont dévelopi)és sur la surface de l'iris, il arrive parfois que l'absorption, par suite de l'étal ,r;dtéialion dans leciucl se trouvent les parties internes de l'œil, contiiHie au point de déterminer la flaccidité et l'aflaissement du globe iculaire, qui prend en pareil cas une forme carrée, à cause de la lopression produite parles quatre muscles droits; en même temps, la ,mpille se ferme, la cornée se contracte et devient opaque et l'œil s'cnloiice dans l'orbite. L'atrophie s'étend en pareil cas au nerf optique, cl quelquefois on peut la voir remonter le loi>g du tractus optique du ctlé opposé jusqu'aux tubercules quadrijumeaux (1) L'iritis arthriti- (|ue est souvent suivie d'atrophie de l'œil.
La flaccidité de la cornée ou de la sclérotique est l'un des signes les plus certains de la présence ou de l'existence d'une rélinite; elle est (lue évidemment à une diminution des parties contenues dans le globe DCidaire, et surtout de l'humeur vitrée. Quand la rélinite est récente, le globe de l'œil peut reprendre sa consistance normale sous l'influence d'un traitement approprié. (F. p. 77 et 106) Lorsque l'on néglige les lutlanimations internes de l'œMl, outre l'amaurose et la flaccidité de la cornée, on voit parfois survenir l'absorption complète de l'humeur vitrée, tandis que la réline, rendue opaque, devient visible et se monire sous la forme d'une corde ou prolongement infundibulil'orme se portant directement en avant du nerf optique au bord postérieur du ligament suspenseur du cristallin. 11 se forme, en pareil cas, un épan- ( hement aqueux entre la choroïde et la réline contractée. Si le cristallin est opaque et qu'on l'enlève, la rétine vient se montrer sous l'aspect que nous venons de décrire. Lorsqu'on dissèque des yeux ainsi alté-
-iir le même objet par MM. DESMAnnES (1. XIV, p. 220, t. XVIII, p. 25, t. XXIV, p. 19.")), Stovt I XVl, p. 7/i), TavickotcI Bouisson (l. XVlll, p. 20), A. Hohkiit (I. XVIll, p. 79), GiÉpiN 1. XIX, p. 117), G.\UTii:n (t. XX, p. tîfl). lii.Asitis) (I. XXlll, ]>. 3, 1. XXV, p. 19, I. XXX, p. 117), liiiiAtin (l. XXV, p. M), A. G. (l. XXV, p. 9), GuKNsnunf., (t. XXV, p. 22). Fischer (t. XXV, p. 2.5), CiiAssAicMAc, (i.XXVI, p. 3, jAcon {l. XXVI, p. 15), Backlii (I. XXVI, p. 215), Rau t. XXXV, p. 7G). T. W.] (1) Cloqlet Palholofiie chirurgicale, p. 132, pl. X, fig. i, îi, 6; Paris, 1831.
MALADIES CONSÉCUTIVES AIX OIMITIIAI.MIES
réSjOn trouve parlbis la pupille ohliln-oc, la choroïde elle crislalliuen ;, pai'lie ossiliés. JVii ai encemoineiilsoiislesyeiixj)liisieiirs écliaiililloiis.
Ce ii'esl pas chez les siijels scroruhiii.x, seuls (pie rophlhahiiie Irauinali(pie délcrniiiie Talrophie de VwW. Il n esl |)as non plus indispcusahli; (pie les hlessiires soient {;i'a\(^s pour produire! cel ellel. La simple, ■ plaie i)roduile par rinlroduction d'une aiguille à calaracle est (piel- ., quel'ois suivie d'une inllaininalion (jui délruil la i'aculU^ s(icr(Hoire de i l VœW, de sorle que la régi'nc'ralion des humeurs n'a plus lieu el (piol; l'organe s'allaisse.
Ja' pronoslic de l'alrophie de l'œil à tous ses degrc's est délavorahle. Lors même (|u'il n'y a i)as encore de diminution apparente du volunu» de l'orgauc, si la coriu'e ou la scléi'otique sont plus llasques (|u'jï l'ordinaire (symptôme qui dénote toujours une tendance à l'alrophie), un examen allenlif dc-montre presque toujours que la sensihililé de la rt'line n'est plus complète. Les opcM-ations pratiquî'es sur de pareils >: yeux, el à plus forte raison sur ceux dont le volume a déjà comineii(j(' à diminuer, ne donnent presque jamais de résultats favorahles. Il en i est de même pour les yeux affectés de cataracte congénialc et qui sont i pclils au moment de la naissance. (Microphlhalmos.)
L'alrophie de l'œil s'accompagne fréquemment d'inflammation i chronique et de névralgie des branches oculaires de la ciiuiuième • paire, sympl(îmes que Ton allège beaucoup par l'usage interne de la ! belladone ou de l'aconit.
[ Quand l'atrophie s'est emparée d'un œil, ou bien elle reste stationnai re, ou bien elle marche rapidement vers le degré le plus avancé de réduction de son volume. Nous ne connaissons que le cas suivant, dû à M. Siebel, (1) de guérison d'un œil déjà affecté d'atrophie.
Ohs. 424. — M. L...,sokliil invalide, se présenle h ma clinique diins le courant de 18H8. Ce malade est aUeinl d"uiie oplillialniie qu'un c(51èl)re professeur de la Faculté de Monlpellicr a vaineinenl conihaUue, d'après les termes mêmes de son cerlilical, « par les moyens tant antiplilogistiques que spéciliques; » ce qui semlilerait dénoter des soupçons sur une complication sypliilitique dont plus tard je n'ai plus trouvé aucune trace. Cette oplillialniic avait complètement détruil l'autre (eil. Dans celui qui reste, l'œil gauche, la pupille, trèsétroite, oliliquement ovalaire de dehors en dedans et de bas en liaul, est lermée par une capsule opaque d'un blanc bleuâtre, adliéreiile et recouverte, sur tout son bord, d une fausse membrane plus foncée.
L'instillation de la belladone n'amène aucun résultat, à rexceplion d'une dilatation trèslégère de la i)artie supérieure de la pupille; ce qui cependant n'augmente pas la vision, laquelle est com|)létemeiit abolie, sauf la perception lumineuse. L'iris est un peu bombé en avant et rapprociié de la cornée, sans cependant beaucoup rétrécir la cbambre antérieure; la couleur et la texture en sont un peu anormales. On procède à l'opération le 20 juillet -i8;-58. Toute la moitié interne de l'iris est enlevée par décollement, très-rapidement à la vérité, mais non sans peine ; car, à partir du moment où le crociiel a saisi l'iris, le malade donne des signes d'une violente douleur et roule fortement le globe oculaire en dehors, en haut et en dedans. Néanmoins, l'opération réussit complètement. La chambre antérieure se remplit de sang, à l'exception de l'espace compris entre la circonférence du
[(I) SiciiEL. RccliiTclics cliniques el analomiques sur ralropliie el la plitiiisiede l'a'il. Annales d'Oculislique, t. XV!, p. 200.]
ATltOIMIII'. I)K l' OKII.
■ l istallin Cl les procùs ciliiWrcs, qui reste noir, cl a travers e.iiicl le malade .Uslingue le. , H ô prescril une forte saignée et des foniental.ons deau froide. M. L... va ne . Mu-àu lendeimiin, où, de grand malin, il éprouve des donneurs violentes (,m necessilcnl X uvellesaig^ l'endanl cette exaspération, le sang untieremenl résorbe a c e rcm- ,r.r r un éimnehcnienl de même nature, plus considérable, occupant a chambre ii'ure (Puri^atif, réitéré après .|ueiques jours; frictions d'onguent napolitain el de ,do,,c "calomelas et opium.) Les douleurs cessent, mais le diemosis, surtout de la partie ruériie de la conjonctive, ainsi que l'épancliement sanguin, persistent
« SI juillet il ne reste plus de sang qu'à i)eu près au centre de la clianibre antérieure ; i,s iVirtics supérieure, inférieure et inicrne sont libres. Le cristallin opa(iue, d'une leinle ris-blanchàtre, est cependant encore un i)eu diaphane en quchpies endroits. L'inlerslice rntrc la cataracte el le corps c'iliaire est noir. Le malade ne resseiil plus de douleurs; H n,imnence ù distinguer comnle des masses les doigls qu'on lui présente. Il existe encore „„ peu de chémosis partiel en bas el eu dehors. M. L... se plaiiil de ce que ses yeux punirent beaucoup, parce que, dit-il, il y a un corps étranger lixé dans l'œil, qui le gene el pique irès-forl. Celle sensation est produite \m- la procideiice arlihcielle de l'iris, Miliaceléeel très-longue. On en pratique l'ablation d'un coup de ciseaux courbes sur le I,lat, el la gène cesse immédialeiiiciil. L'absence de tout prodrome de salivation permet uc continuer l'usage des mercuriaux.
L'innammalion diminue petit îi pelil , après avoir d'abord reparu assez violemmeiil lyc'c de fortes douleurs névralgiques. Elle persiste cependant d'une manière chronique ,lans les membranes inlernes, el finit par produire, près du bord cornéen extérieur, un ;iiiiieau bleuâtre, large de 2 millimètres à peu près, el qui doit êlre regardé comme le i ommenccmenl d'un staphylôme du corps ciliaire, seul symptôme qui trahisse encore la hk'gniasie. Le cristallin restant opaque, je me décide à faire le broiemenlde la cataracte, ! aide d'une aiguille à lige courbée que j'introduis, en passant par-dessus le nez, ù Iral's le côté interne de la sclérotique. Voici ce qui m'a fait choisir ce procédé tout à fait -olite : le slaphylôme du corps ciliaire, développé sur le côté externe, prouvait clairenl que ce côlé était encore le foyer d'une ophthalmie interne, affection que devait L'essairemenl raviver cl augmenter une nouvelle opération de scléronyxis pratiquée par mode el au lieu d'élection ordinaires. D'un autre côté, l'extraction n'élail guère pratible sur un individu robuste, sanguin, remuant, adonné à la boisson el par-dessus tout la, privé d'un œil. Comme il s'agissait d'opérer l'œil gauche, il m'a fallu introduire une uuille à lige courbée par le côlé interne de la sclérotique el par-dessus le nez, en tenant iiislrumenlde la main gauche au lieu de la main droite. Celle opération assez difficile, pratiquée le 28 août 4838, réussit bien. Le cristallin, sans que cependant ses fragments iiiiissenlêlre déplacés, est complètement broyé, sauf une petite portion de son tiers moyen. iii>puis la première opération, on avait aperçu une fausse membrane en forme de bride lire le bord inlehie inférieur du cristallin el les procès ciliaires, dans le tiers inférieur la pupille. Après avoir lerminé le broiement, j'essaie plusieurs fois d'inciser el de délaler celle bride, mais sans résultat el en causant de vives douleurs; il s'ensuit même un .aiichemenl de quelques gouttes de sang dans les chambres de l'œil. J'ai beau combattre fort énergiquemenl l'inllammalion, elle revient à plusieurs reprises 1 1 continue à causer des souffrances Irès-aiguës. Cependant le cristallin se résorbe dans K! petite élendue, de manière qu'il se produit un interstice noir semi-lunaire sur le bord lerne de la pupille. L'inflammalion finit par perdre considérablemenl de son intensité; •iitefois des accès névralgiques viennent de temps à autre lui rendre toute sa violence. Le ailemenl anliphlogislique le plus énergique, aidé des mercuriaux continués jusqu'à la ilivalion commençante, ne peut rien contre l'ophUialmie interne compliquée de ces accès •vralgiques, qui s'amendent pendant quelque temps par l'application de vésicaloires liants à la nuque et derrière l'oreille, mais qui ne devaient céder définitivement qu'à isage interne de la quinine, à la dose de 10 centigrammes avec 1 centigramme 5 milligr. opium, quatre fois dans les vingl-quatre heures pendant plusieurs jours. Cependant, il près une semaine el plus d'un calme complet, le malade qui, d'ailleurs, d'après ce qu'on Va dit, faisait des excès de vin, un jour éprouva dans l'œil malade une violenle douleur «mprcssive suivie d'un craquement, el à partir de ce moment, la vision devint plus faible lien que le malade reconnût encore vaguement les doigts el la couleur d'un papier ^inc); l'œil commença à diminuer de volume, en se ramollissant el donnant ainsi les II. 47
MAl-AUlKS COiNSKCUTIVKS AUX OI'IITIIALMIKS,
signes l(!S plus positifs d'une alroplile comnieuennle. Le niiiiadc quilta la clinique le 17 octobre i8;]8.
Je déclarai qu'il n'y avait plus rien à espérer pour sa vue. A mon grand étonnenienl, jj revint me consulter, ciiKi à six semaines plus tard, avec un amendement des plus manifestes dans l'état de l'œil et de la vision. U gloi)e (iculaire était redeveim un peu plus volumineux, plus plein, plus rénitent à la pression. La vue avait notahlement gagné : le | malade distinguait les ohjels assez petits et pouvait se conduire seul. Kvideniment, l'atro- i phie s'était non-seulement arrêtée, mais encore avait coiisidérahlement rétrogradé, bu reste, un examen répété à plusieurs semaines d'intervalle m'a conlirmé dans cette oïdiiioii, que je n'ai pas admise comme réellement fondée sans beaucoup de circonspection, car ce fait est complètement en contradiction avec tout ce que j'avais vu jusqu'alors et tout ce que j'ai vu depuis; mais force m'a été de me rendre à l'évidence. Mallieureusenient, cet lionime, adonné h la boisson, est mort d'apoplexie cinq mois environ après cette amélioration inespérée. Je n'ai eu connaissance de sa nu)rt que longtemps plus tard, ce qui m'a empècliéde l'examiner de nouveau avant qu'il ait cessé de vivre et de m'assurer d'une manière précise par l'autopsie de l'état des parties de l'œil.
On ne peut donc pas savoir si le résultat favorable se serait maintenu, ou bien si la vision n'eût pas même acquis une plus grande perfection, sans l'accident qui a mis lin aux jours du malade. Pour ma part, il me parait beaucoup plus |)robal)le qu'au bout d'un certain laps de temps, l'atropbie, reprenant sa marche ascendante, aurait lini par devenir complète et, par conséquent, par amener la cécité absolue. Je fonde cette supposition sur des cas, non certes exactement analogues, mais qu'il est cependant permis, sous un certain rapport, de mettre en parallèle. J'ai quelquefois vu l'atropliic demeurer stationnaire pendant un temps notable, mais plus tard elle a toujours pris de nouveau sa marche ascendante et jusqu'à son dernier terme. T.W.]
SECilOiX XV.
STAPHYLÔME.
De aTratpû)»/), raisin.
On a donné le nom de slaphylôme, à cause de la ressemblance qu'elles ont parfois avec un grain de raisin, à diverses tumeurs occupant généralement la partie antérieure de lœil et dues à divers changements survenus dans la texture et la consistance de ses tuniques.
^ I. — Staphylôme de l'uvée, ou iridoncosis.
Iridoncus on iridoiicosis , de t'piÇ , iris, cl oyxû; , tumeur.
Toute personne familiarisée avec l'étude des maladies de l'œil, doit avoir obsemé un état particulier de l'iris consécutif à l'iritis, que le professeur Jaeger, de Vienne, désigne sous le nom de staphyloma iricUs, et pour lequel le docteur Klemmer (1) propose celui d'iridoncosis. La surface antérieure de l'iris, dans les caspour lesquels ces noms ont été créés, a perdu sa coloration normale dans un ou plusieurs de ses points ; elle est devenue noirâtre et présente même parfois une teinte si obscure que l'iris semble avoir été absorbé, ou bien
(1) Ammon's Zeilschrifl fiir die Ophtlialmologic ; vol. V, p. 262 ; lleidclberg, 1856.
STAPIIVI.OMK.
Fig. 9.
Empruiilcc ù Klcmmcr.
,,„.„„, porlion en a élé .•eU'ancl.cc |,o,U' la lonuali,.,. ,l u,„. pupill..
" t tsc s,,,. ,.ause je ce. o.al ,1e l'iris dillëre .le e,
,lo klcMiniuM-. Tous doux — .
noiinmoins coiivicnnenl (lu'il osi une des suites de l'irilis clironique , cl parliculièrcnuMil de rii'ilis s^plulilique.
Un des eas les plus renuw- (juables que j'en aie observés , élait le résullat d'une oplulialmie conséculivc à la petite vérole chez un enfant âgé de trois mois. Jacgei' pense que, par suite de Tinllainmation , l'iris perd sa consistance naturelle et devient beaucoup plus adhèrent à l'uvée sous-jacenle ; que l'humeur aqueuse de la chambre postérieure pousse en avant l'uvée à travers l'iris aminci, et qu'ainsi seforme le staphylùme de l'iris. La dénomination de staphyloma iweœ conviendrait beaucoup mieux et servirait à différencier cette affection de la hernie de l'iris à travers la cornée. Jaeger n'a rien publié sur ce sujet; mais dans l'exposé que le docteur Froriep (1) a donné de sa doctrine, exposé auquel renvoie le docteur Klemmer, il n'est point parlé de rinfluence que la contraction et l'adhérence de la pupille peuvent exercer en provoquant la pression en avant de l'uvée par l'humeur aqueuse, ce fluide ne pouvant plus suivre ce que l'on considère généralement comme sa pente naturelle, c'est-à-dire passer à travers la pupille dans la chambre antérieure.
L'absence de la vision et ce fait qu'il a pu en pareil cas pratiquer avec succès une pupille artificielle, démontrent que toute l'épaisseur de l'iris n'est pas absorbée dans les cas que Jaeger a désignés sous le nom de staphylômes de l'iris.
Klemmer propose les mots iridoncus ou iridoncosis pour désigner celle suite de l'irilis qui, selon lui, n'est pas un amincissement, mais un épaississement de l'iris , non une hernie de l'uvée à travers l'iris, mais un dépôt de lymphe plastique dans le parenchyme de cette membrane. Les preuves qu'il apporte à l'appui de son opinion sont incomplètes et il en est de même de sa réfutation de la doctrine de Jaeger. Quant à présent, on peut admettre que ces deux états de l'iris peuvent se rencontrer. Quel est le plus fréquent d'entre eux et à quels signes
(1) Oc corncilidc scrofulosà ; p. !) ; Icnœ, 18ôO.
' ''^^ MALADIRS CONSKCIITIVKS AUX OI'IITIIAMHIES.
|)oul-oii le reoonnaUi'C? c'est ce que de nouveaux observateurs auront à dcterniiner, ceux surtout qui auront occasion de disséquer des yeux alleclés de celle altération consécutive à Tiritis.
Parlois la coloration iu)ire se montre sous l'oi-me de petits points isolés; d'auti'cs lois la lolalilé de l'iris est adcclée, excepté vei's la {)upille où l'iris conserve oi-dinairenient sa texture normale. Quelquelois la couleur noire forme un anneau étroit près de la grande circonfércnce de l'iris; dans d'autres cas elle présente une forme triangulaire dont la base est tournée vers le bord ciliaire et le sommet vers le bord pupillaire de l'iris. La surface de la partie airectéc peut être unie ou l)ossuée; elle présente souvent un aspect strié dû à des vaisseaux ou à des nerfs qui la traversent ; la coloration n'est pas toujours noire, mais parfois grisâtre, blanc bleuâtre ou d'un noir bleu.
Klemmer ne rapporte qu'une seule dissection d'un œil atteint de cette alTeclion et c'était celui d'un bœuf.
5 — Staphylôme de l'îrîs, ou staphyloma raoemosum.
Syn. — Dcracemus grappe de raisin.
Kig. Becr, biinil. Il, lof. I, fig. 1, 3, l. Dalrymple, pl. X, flg. 6, 5. [Siclicl, pl. XXIX, flg. i, 2, 3,. S, G.]
On donne quelquefois le nom de staphyloma iridis à la liernie d'une portion de l'iris à travers une plaie de la cornée, comme celle,'^par exemple, que l'on pratique pour l'extraction de la cataracte; makjon le réserve en général pour désigner les hernies dues à la destrucfidu générale ou partielle de la cornée par un abcès ou une ulcération. Quelle que soit la cause qui y a donné naissance, le nom qui conviendrait le mieux à cette espèce de hernie est celui de staphyloma iridis per conieam. Il peut n'y avoir qu'une seule hernie de cette espèce, constituée par une portion seulement, ou par la totalité de l'iris, avec occlusion de la pupille, ou bien il en existe plusieurs. La cornée peut
se perforer par ulcération en plusieurs points , et l'iris, faisant hernie à travers . les ouvertures ainsi formées, donner ^ naissance à une tumeur qui ressemble au fruit d'une ronce ou à un amas de ' groseilles (flg. 10); d'où lui est venue la dénomination de staphyloma racemosum. Le docteur Hasner comprend d'une manière un peu différente la façon dont s'élablit le staphyloma racemosum s'étendant à toute l'étendue de la cornée délruite. Il pense qu'il se forme des bi'ides qui s'étendent d'un bord à l'autre de la cornée ulcé-
(fig. 10.)
STAPIIYI.ÔMK
rée et qu'il sctablil progressivement une sorte de réseau dans les intcrsliccs duquel les hernies de l'ii-is se produisent (1). Les hernies de l'iris prcsonlent généralement une teinte sombre, ou même une couleur noire et une surface unie et luisante. Parfois une ou plusieurs d'entre elles se déchirent et laissent échap|)er l'humeur aqueuse qui, en les distendant, avait contribué à leur formation. Le staphylôme s'allaisse alors, et peut même disparaître complètement, la cornée se cicatrisant par-dessus le i)oinl où existait la hernie. Ce staphylôme guérit parfois accidentellement à la suite d'un coup qui provoque une inllammalion se terminant par l'atrophie de l'œil. Dans d'autres cas, le staphylôme de l'iris dégénère en staphylôme de la cornée et de l'iris ; l'iris mis à nu, se trouvant recouvert parunépancliement de lymphe plastique qui se convertit graduellement en une cicatrice ou pseudo-cornée, le devant de VœÀ\ prend une couleur blanche opaque, mais oiïranl encore une saillie anormale.
Pronostic et traitement. — Si une portion considérable de la cornée a conservé sa transparence, on peut pratiquer une pupille arlilicielle en regard de cette partie, après avoir fait disparaître le staphylôme de l'iris ; ce qui s'obtient parfois en ponctionnant chaque point saillant avec une aiguille à cataracte et en les touchant avec la pointe d'un crayon de nitrate d'argent. S'ils sont plus considérables, on peut les retrancher d'un coup de ciseaux et les toucher de la même façon. Lorsque toute la cornée est entreprise, rien ne peut rétablir la vision. On peut ponctionner le staphylôme de temps en temps , mais il vaut mieux l'enlever complètement avec le couteau, comme on le fait pour le staphylôme total de la cornée et de l'iris: on obtient ainsi une cicatrice aplatie, opaque, ou pseudo-cornée.
§ III. — Staphylôme de la cornée et de l'iris.
Fig. Wardrop, pl. VIII, flg. 3, 2, pl. IX, flg. 3. Beer, band. Il, taf. II. fig. i, S. Deraours, pl. LX, pl. LXI. flg. 1. Von Ammon, llil. I, laf. V, llg. 7, 8, 9, il. — lti. Dalrymple, pl. XI, 1, 2, i\ pl. XVI, Dg. b. [Sichcl, pl. XXVIII, flg. i, 6 ; XXX, 1, 2, 3, i, 3. C, XXXI, llg. 1,2. 3, *, 5. 6.]
Le slaphyloma corneœ et iriclis, suivant l'expression technique consacrée, est constitué par une cicatrice étendue au-devant de Tiris auquel elle adhère, occupant la place et présentant un peu la forme de la cornée, mais complètement opaque. Cette cicatrice est ordinairement beaucoup plus épaisse et plus dense que la cornée ordinaire ; souvent, en eflet, elle est aussi résistante qu'un cartilage et peut même avoir un dixième de pouce d'épaisseur. Le staphylôme de la cornée et de l'iris n'est pas, comme on le croyait autrefois, une dégénérescence de l'ancienne cornée, ni la transformation en un tissu
(1) Eiilwurf eincranaloinischcn Begrûiidung dcr AugcnUraiikhcilcn, p. l/iii Priii.. 1817.
MALADIRS CONSI'T.UTIVKS AUX OPIITIIALMIES.
o|)a(|iic Cl épaissi, do pai'tics qui élaicnt minces et transparentes, mais bien plutôt un produit nouveau, occupant la |)lace de la portion do cornée qui a été détruite |)ai' abcédation ou par ulcération. Si un onyx vj s'ouvre et que la cornée soit perforée sans (pril se produise d'ulcé- 1 l'ation étendue autour de la pei-l'oration, il se l'oime ordinairetnent un i staphylônu; partiel. Si, lors même que la perforation est petite, il survient une ulcération profonde et étendue de la cornée, et que celle-ci i se trouve fort amincie, c'est ordinairement un stapliylôme généi'al (|ui ' se développe. Si toute l'épaisseur ou toute l'étendue de la cornée est i détruite par l'abcédation, la formation d'un stapbylôme total est encore plus certaine.
L'iris est toujours adbérent à la surface interne de la cicatrice ou i pseudo-cornée. Une simple opacité de la cornée, conséquence d'une inllammation, ne produit jamais le stapbylôme. L'iris, comme nous • l'avons expliqué dans une section précédente, contracte quelquefois des adbérences avec la surface interne de la cornée, par suite d'inflammation ; mais cette synechia anterior, comme on l'appelle, ne se termine jamais par un stapbylôme, à moins que la cornée n'ait été en partie détruite et ne se soit ouverte. Le stapbylôme n'est point constitué par l'adbérence de l'iris à la cornée, mais bien par un tissu de nouvelle formation qui vient recouvrir l'iris dénudé, ce qui constitue un des caractères essentiels de la maladie. C'est là un point qui a été parfaitement établi par M. Wharton Jones (1).
Celte espèce de stapbylôme s'appelle partiel ou total, suivant qu'il comprend une portion ou la totalité de la cornée ou de l'iris. Le symptôme le plus apparent consiste dans une saillie opaque occupant la place de la cornée; le plus souvent elle est blancbâlre, mais quelqueibis aussi bleuâtre ou verdâtre. Si la destruction de la cornée et la bernie de l'iris qui y succède, sont limitées, le stapbylôme est ordinairement partiel; si la totalité ou la plus grande partie delà cornée a été détruite, l'iris, n'étant plus soutenu en avant, se trouve poussé de ce côté en même temps que le cristallin, et le stapbylôme est total. Dans le stapbylôme partiel, l'iris déplacé est recouvert par une cicatrice continue avec la portion d'ancienne cornée qui reste et qui conserve sa transparence. Dans le stapbylôme total, l'iris déplacé, formant une tumeur arrondie, est graduellement recouvert par une cicatrice opaque embrassant toute l'étendue qu'avait la cornée naturelle.
La doctrine du stapbylôme comporte beaucoup d'exceptions. Alors même que la cornée a été en partie détruite et se trouve ouverte, il ne se forme pas nécessairement un stapbylôme partiel ou total, mais quelquefois seulement un leucome avec synécbie antérieure. Pour qu'il s'établisse un stapbylôme total, il n'est pas indispensable que la
(1) London Médical Gnietlc, vol. XXI, p. 847.
STAIMIYLOMK.
loialilcou même la plus graiule parlicdcla cornée soii doli uilo, bien que ce soit la coiulilion la plus ordinaire de sa producl.on.
ïs'Vro .m une d ce co istiluéo par une sul.slnnce hlar.d.o cl opa.,uc; mais a pcne iciS l- ecoinplèle, que l'iris et la eornoo, s. Irouvai.l on coi.lacl dans oule
, édïï 10 al si proéminonl gauciic, que k:s paupières avaionl peiiH^ ..^..î;' ^ d 'sus do lui. L'olcnduo de cornée dolruilo par chaque "IccnUion égalait envii on 1^^^^^^^^^ u n;;ciudian.èlrodo colle n.en.brane. J'allribuai la saillie f |.l.ylo".a cr^o . Jc^ occlusion con.i)lùle do la pupille à chaque œil, on parUo a 'applica on ^ f^^^J: l'iris contre la cornée et à l'oblitération de la chambre antérieure qui en fu a const ,,ucnce. 11 n'v avait aucun opanchonionl api.arenl de lymphe plastique Soudan 1 ins a la , ornée; mais à mesure que la saillie se produisit, la cornée devint 'M)^que de ■ ç^^^^^^^ manquer l'iris, et sans doute de la lymphe s'est épanchée, qui a réuni ces deux membiancs. (Uielque temps après, le centre du stapliylôme de l'œil gauche commença a s amincir sou. rinfluence de la distension.
En disséquant un slaphylôme qui s'est formé comme dans le cas ri-dcssus , on doit s'attendre à trouver dans sa structure des particularités anatomiques diliérenles de celles que Ton rencontre dans les staphylômes ordinaires de la cornée et de riris. On trouvera probablement intacte une portion considérable des lames élastiques antérieure et postérieure, avec le lissu lamellaire normal distendu, mais non détruit, excepté au centre de la saillie, là où rulcéralion a d'abord pris naissance; tandis que le staphylôme ordinaire, ainsi que M. Bowman (1) l'a démontré, consiste dans un entrelacement dense et irrégulier de lissu fibreux blanc ol jaune, dont les mailles sont larges , inégales et ouvertes de tous côtés (fig. 1 1). Sa surface antérieure est constituée par iinecoucbe épaisse d'épitbélium semblable à l'épiderme, mais sans lames élastiques iinlérieure ni postérieure. [Fij, n j
[Ayant eu l'occasion d'examiner au microscope un bon nombre de sUipbylômes, nous pouvons confirmer en .grande partie les idées de MM. Wharton Jones et Bowman. Ainsi, il est parfaitement exact
II) I.ni'Iuros nn Ihci Paris fîoiiconied in thc Operalloiis on llie Kyc, p. -i l ; Lonil. 18iS) ; [et Annales il'Oculisliqno, lomc XXX, p. 45.]
MAl.AnilCS CONSKCllTIVES AUX OPIITIIALMIES.
coininc Ta dit le pirinier de ces auteurs, que la totalité de l'iris n'adhère point à la cornée. Celte adhérence est toujours plus ou moins limitée et n'existe (jue dans les points où la lame élastique postérieure a été détruite; dans les trois (|uai'ts descas, on reconnaît très hien la brèche qui existe à la membrane de Descemel, parce (jue les cellules épithéliales qui la recouvrent permettent de la distinguer partout où elle existe. L'iris s'enfonce par cette brèche plus ou moins prolondémenl dans l'épaisseur de la pseudo-cornée : dans un cas, il s'enloncait à la manière d'un coin presque jusqu'à la superficie du staphylôme, sur lequel on retrouvait des traces distinctes de la lame élastique antérieure ; de sorte que la destruction de la couche profonde de la cornée paraissait avoir été plus considérable que celle de la couche superficielle , et qu'il y aurait lieu de se demander si exceptionnellement un staphylôme ne pourrait pas s'établir alors que la membrane de Des-
ccmet et le tissu lamellaire auraient été détruits de dedans en dehors, et sans que .b la lame élastique antérieure eût eu beaucoup à souffrir.
Dans les trois quarts des cas que nous avons examinés, des portions de la capsule du cristallin adhéraient à la cornée dans le même point que l'iris avec lequel elles s'étaient intimement unies, comme nous l'avons représenté dans la figure ci-jointe (fig. 12).
De nombreux vaisseaux sanguins se voient dans toutes les portions du staphylôme, excepté dans la capsule. L'adhérence de cette partie à la
o. Capsule cristalline formant de nombreux plis ; 6. lissu , nvnliffiiP pnmmPllf
rte Piris uni à la capsule; c. tissu altéré de la cornée, soudé aCOmCe CXpiiqUC UOninieill,
liris. (Gross. 70 diam.) malgré toutcs Ics précautions,
le cristallin s'échappe souvent pendant l'opération. Nous avons vu, comme M. Bowman, des entrelacements de fibres élastiques blanches et jaunes, irrégulièrement entrecroisées, formant de larges mailles, contenant parfois des espèces de noyaux irréguliers. Mais plusieurs fois nous avons retrouvé en certains points des traces du tissu lamellé de la cornée, tantôt presque avec son aspect normal, sauf la transparence, mais le plus souvent les lamelles, ou plutôt les fibres qui les composent, affectant une disposition confuse. On trouve aussi dispersées çà et là, dans l'épaisseur du staphylôme, des grains et des cellules pigmen-
STAPIIYLÔME.
Mires proveimiil de l'iris cl comme fondues dans le lissu de cicalrice H, milieu duquel elles onl été Iransporlées. Enfin, à la superficie du .i ipliylôme il existe toujours une couche trois ou (|ualre lois plus r|)ai^se de cellules épitliéliales que sur une cornée saine. T. W.J
Causes. — Le sta|)liylôme était beaucoup plus fréquent avant la |)ro|)agation de la vaccine que de nos jours. On sait en elfet que la variole donne très souvent lieu à des onyx étendus se terminant par l'ulcération et la suppuration de la cornée. L'ophtlialinie des nouveaunés, ropluhalmie contagieuse ou égyptienne et rophtlialniie gonorrhoïqiie', les ophlhalinies scrol'uleuses graves et Iraumalicpies sont, de nos |()urs, les causes les plus fréquentes du staphylômc.
i . Le staphylômc parUelde la cornée
de r</7s, résultat ordinaire d'un onyx d une étendue limitée, qui, après s'être (Uivcrt, a donné naissance à une pertoi-ation de la cornée, occupe neuf lois sur dix la partie inférieure de la cornée (fig. 13). Il est généralement de couleur blanchâtre, épais, denseet moins sujet à se laisser distendre que le slaphyliuiie total. Dans les cas où il ne comprend ni ne recouvre la pupille, le malade peut voir plus ou moins distinctement les objets placés au-dessus de lui, ou au même niveau que son œil; mais généralement l'œil est le siège (Fépiphora et de douleur. Dans des cas plus malheureux, tout le bord de la pupille est adhérent à la surface interne de la saillie opaque, et le malade peut récupérer un certain degré de vision par l'établissement d'une pupille artilicielle latérale. Il arrive néanmoins quelquefois qu'un slapbylôme partiel, occupant le centre de la cornée <'l comprenant toute la circonférence de la pupille, (inisse par se contracter à tel point que l'iris se décbire par places ou se détache (le la choroïde, et qu'il s'établisse une ou plusieurs fausses pupilles a travers lesquelles le malade jouit d'un certain degré de vision. Dans d'autres cas, le slapbylôme partiel central n'étant point complètement consolidé, continue de former une saillie de plus en plus marquée et dégénère à la lin en un slaphylôme total.
Diagnostic. — On confond parfois le leucome accoini)agné de \vncchie antérieure avec le slaphylôme partiel, bien qu'un examen allcnlif de Tœil permette toujours d'éviler celte erreur. Dans le slaphylôme partiel, l'iris est adhérent, de sorte que l'élendue de la chambre antérieure est diminuée; dans le leucome simple, l'iris n adhère pas à la cornée, et dans la synéchie, bien qu'il y ail une opacité de la cornée à la surface interne de laquelle l'iris est adhérent, il n'existe ni saillie, ni hernie contre nature. Dans le slaphylôme
MALADIKS CONSÉCUTIVES AUX OIMITHAI.MIES.
partiel, loulc la conirc; a jusqu'à un ccM'lain point la forme d'un cône, dont la terminaison serait le centre du staphylôme; dans le leucoine et la synéeliie, la l'orme sphériciue ordinaire de la cornée n'est poim altérée, le point opa(pie ne formant (|ue rarement saillie au-dessus du niveau de la cornée et étant assez souvent déprimé.
Traitement. — On ne doit point toucher au staphylôme partiel, lorsqu'il est petit, blanc et dense, que la pupille est libre en totalité' ou eri partie, et lorsqu'il ne monti-e aucune tendance à s'agrandir. H'i peut être utile de pratiquer une pupille artificielle lorsque l'autre œil ! est privé de la vue.
Des tentatives imprudentes ou maladroites dans le but de faire disparaître ou diminuer la maladie, peuvent faire perdre à un malade atteint de staphylôme partiel la vue qui lui restait. Lorsqu'un œil ainsi affecté est blessé ou pris d'inflammation, si des soins bien conçus n'y . sont pas donnés, la tumeur augmente de volume jusqu'à faire saillie entre les paupières et à y être exposée au contact de leurs bords, des cils ou des corps étrangers. Le malade doit, en pareil cas, se soumettre à un traitement qui, bien dirigé, aura pour résultat de corriger la forme de l'œil et de conserver ce qui reste de la vision. On doit, dans tous les cas, prévenir le malade que, bien qu'on puisse faire disparaître le staphylôme partiel, il est impossible de rendre à la cornée sa transparence dans le point aflecté, et qu'après le traitement même le plus heureux, il doit toujours rester une cicatrice très visible, blanche, mais aplatie.
Si le sommet d'un staphylôme partiel, dense et blanchâtre, fait une saillie qui empêche les paupières de se fermer facilement, ou gène la pose d'un œil artificiel, on peut le raser avec un couteau à cataracte de façon à le mettre de niveau avec le reste du staphylôme.
On peut, à l'aide d'un travail inflammatoire graduel et modéré, dont on provoque à diverses reprises le développement, dans certains cas de staphylôme partiel dans lesquels la pupille est restée libre en totalité ou en partie, déterminer une amélioration, sans compromettre ce qui reste de la vision ni la forme générale de l'œil. On provoque l'inflammation à l'aide de l'emploi prudent d'escharotiques, dont on continue l'usage jusqu'à ce qu'il s'établisse dans la pseudo-cornée une contraction et une cohésion qui lui permettent de résisler à la pression de l'humeur aqueuse. On maintient les paupières largement écartées et l'on touche le sommet du staphylôme avec un crayon pointu de nitrate d'argent ou de potasse caustique. Avant de laisser les paupières se fermer, on lave la surface du staphylôme avec un gros pinceau en poils de chameau ti'cmpé dans l'huile. Il se forme sur le point touché une petite eschare, qui se détache au bout de quelques jours, laissant après elle un ulcère qui, en se cicatrisant, produit la rétraction du tissu du staphylôme et son aplatissement. On ne doit pas répéter l'ap-
STAl'HYLOME.
»Iic-uion du causlique avanl que ce travail de réparation soit complci' 11 faut CM pareil cas laisser passer plusieurs mois avant de tenter a lorinalion d'une pupille artiliciellc.
Dms les cas où, par suite de rocclusioi» de la pupille, ou parce que le sl'aphylôme partiel s'est développé au-devant d'elle cl (ju'clle s'y trouve comprise, la vision se trouve abolie, il faut s'attacher a laire diminuer le slaphylônic et disparaître la douleur et l'irritation que nrovoque son augmentation de volume; puis examiner si, a l'aide de ropéralion de la pupille artiliciellc, on peut restituer un certain degré de vision. On se sert en i)areil cas des escliarotiqucs comme lorsque la pupille n'est point fermée; mais Rosas ('l),s'appuyant sur l'autorité de Beer et de Steinberg, recommande par-dessus tout d'essayer de rétablir la communication entre les chambres antérieure et postérieure, soit par l'établissement d'une pupille artificielle, soit en détachant la portion d'iris adhérente à la cornée, de façon à rétablir la pupille, opération à laquelle on pourrait donner le nom (.Vabsdsion.
[Lorsque le staphylôme partiel masque plus ou moins complètement l'ouverture pupillaire, et que la cornée est restée transparente en d'autres points, on peut souvent, au moyen d'une opération imaginée par Jean-Baptiste Quadri, et dont il a donné la description dans ses Annotazioni pratiche, démasquer la pupille en conduisant devant elle une partie transparente de la cornée. L'observation suivante publiée par M. A. Quadri donne un aperçu exact de cette opération et de ses indications (2).
Obs 426. — Angélique Raceo,âg(5e de 6 ans, de tempérament lymplialique, futaffeclée, dans le mois de mai 1853, d'une grave ophUialmie scrofuleuse à l'œil gauche. Après deux mois de souffrances, il en résulta un slaphylôme yci s la partie inférieure et interne de la cornée, qui augmenta petit à petit jusqu'à ce que la pupille en fût recouverte et que la vue se' perdit. Une grave irritation se manifesta dans l'œil, accompagnée de douleurs pendant la nuit, le long des nerfs de la cinquième paire, de sorte que ses parents vinrent demander les secours de l'art. Je fis inutilement usage dus moyens résolutifs, des sangsues, du laudanum (avec lequel j'ai bien souvent réussi). Je proposai alors d'abattre le staphylôme pour calmer les souf- — .«Esar:;-^ frances ; mais comme le slaphylôme s'élendaitjusque sur la pupille, el qu'il ne restait de transparent que le tiers de la cornée, j'annonçai que la vue ne pourrait jamais se rétablir el que j'opérais seulement dans le but de calmer les douleurs. Mon avis fut accueilli, et ayant éUié-
risé la pelile malade, je Ira- ^. „.j
versai la cornée avec un couteau, comme pour l'opération de la cataracte {ftg. U.). Je trouvai la cornée si amincie, qu'après l'incision celle membrane s'afl'aissa et le slaphylôme disparut entièrement. Je saisis néanmoins le lambeau avec des pinces et j'en enlevai npe
(1) Edinburgh Médical niul Siirgical Journal j Jaiiuary, ISoô; p. 32. [(2) Annales d'Oculisliquc, lome XXXIV, p. lli.]
^t^-i- MALADIES CONSÙCUilVKS AUX OPIITIIALMIKS.
portion que je tAcliai de rendre senii-lunnire. .le fermai l'ajil avec du taiïetas d'Angleterre et j'ordonnai la dièle et le repos. La nuit et le jour suivants, l'opéré(! jouit de la plus grande tran(iuillité : les douleurs avaient disjjaru. Le troisième jour, le même calnie ayant continué, j'ouvris un peu l'œil et je trouvai que rinllammation avait diminué et se bornait aux paupières' qui, par leur gonflement , exerçaient une compression très utile dans cette circonslance. A la liase du stapliylôme, on remarquait une perle de substance de forme circulaire comme un ulcère de la cornée, entourée d'une auréole
blancliâtro; je fermai soigneusement l'œil pour éviter une procidence, et j'abandonnai ic reste à la nature. Après dix-' liuit jours, le i20 novembre i 1853, je rouvris l'œil; la cica- Irice s'était achevée. La cor- née était peut-être trop plate ^ en comparaison de celle de l'autre œil; la portion supérieure de la cornée, qui était demeurée transparente, était descendue vis-à-vis de la pupille, de sorte ([ue la malade commençait à y voir.
Après quelque temps et srAce à l'emploi du laudanum, la cornée s'est éclaircie aux alentours de la cicatrice et la pupille s'est trouvée recouverte d'une portion de cornée complètement transparente, de sorte que la vue est devenue parfaite. Il ne reste qu'une synécliie antérieure qui empêche les mouvements pupillaires vers la partie inférieure.
Celte observation témoigne de la grande utilité de la méthode opératoire inventée par mon père ; elle montre aussi le peu d'épaisseur que peut prendre la cornée dans quelques staphylômes chez les enfants, contrairement à l'opinion de Scarpa. Dans le cas présent, en effet, la cornée était moins épaisse qu'à l'état normal, et elle n'élait ni dure, ni calcaire, comme l'indique Scarpa. L'opération détruisit le staphylôme. rendit la régularité delà forme à l'œil et une faculté visuelle à laquelle on était bien loin de s'attendre. Il est certain que l'on peut considérer celle méthode opératoire comme un vrai progrès de l'ophlbalmologie, parce que dans un cas que l'on aurait traité, il y a 50 ans, en détruisant l'organe et en appliquant un œil artificiel, on a'pu, au moyen d'une opération bien simple et bien facile, rendre la régularité de la forme et la fonction à un organe qui était devenu inulile et même fort incommode.
Dans deux cas qu il nous a clé donné d'observer, lopéralion du staphylôme partiel, pratiquée par M. Van Roosbroeck de la façon décrite, a été couronnée de succès. Dans le premier, où il existait un staphylôme considérable de la partie inférieure de la cornée avec conservation d'une légère transparence du segment supérieur, l'ablation d'un lambeau a restitué à la cornée sa convexité et sa forme à peu près normales. Dans le second, profitant des enseignements fournis par le précédent essai , l'on a obtenu un succès plus complet encore.
Nous devons faire observer que la perte de substance à pratiquer à la cornée doit être en général beaucoup moins considérable que les besoins de la correction de la dilformité ne sembleraient devoir le demander. Dans la première opération, bien que le lambeau excisé fût relativement assez exigu et le staphylôme proportionnellement consi-
or-
STAl>lIYL()Mi:. 20Ô
Aèrs^hk la cornée dcsccndil à un degré de convexilé qui resta audessous' de létal normal, (juaiid la cicatrice fut complète. Nous appelons ratlenlion sur celle parlieularilé «lu'il importe de ne point perdre
'^^Lriacililé avec laquelle s opère la réunion des lèvres de la plaie rend celle opération presque inolVensive, (piand elle a éle ha bdemenl nraliquée Disons loulelois (nrdle est délicate et que ranesthesie du sujet est indispensable à raccomplissement de son manuel, surtoul quand on a aiïaire à des enlants. I':n général, la cicatrisation est coniplète en quehiucs jours et ne laisse que des traces légères. Ces considérations nous onl'permis d'exprimer la pensée que le procédé Quadr pourrait être ulilement appUipié au slaphylôme transparent de la c née (I). L'excision d'un lambeau bien mesuré, rendant à l'œil son de^rc normal de convexité, lui permettrait de reprendre ses fondions. Ce^onscil a déjà été suivi avec succès |)ar M. Van Roosbroeck dans un cas que nous rapportons plus loin. T. W.]
2. Le slaphjjlonie lolnl de la cornée el de riris est généralement hémisphérique(lig.'1 0), bien qu'il puisse présenter parfois une forme un peu conique. Néanmoins, par suite de la dilalalion qu'il sidjit, sa forme devient quelquefois presque globuleuse.
Beer distinguait deux variétés de slaphylôme total, l'une sphériqiie et l'autre conique; il pensait que dans le staphylôme sphérique la chambre antérieure était effacée, mais que la '"'^ postérieure subsistait, tandis que dans le slaphylôme conique, les deux chambres étaient oblitérées. Cette distinction est mal fondée; car lorsqu'on excise un slaphylôme s])hérique, il n'est pas rare de trouver le cristallin opaque, adhérant à l'iris et à la pseudo-cornée, de sorte qu'il n'y a plus de chambre de l'humeur aqueuse. Généralement le cristallin n'est pas ainsi adhérent; il existe au contraire une quantité considérable de fluide aqueux entre lui et la surface interne du slaphylôme. Parfois le cristallin est transparent ; souvent on ne le voit point du tout, parce qu'il s'est probablement détaché et enfoncé dans l'humeur vitrée. Diverses opinions se sont formées sur la nature de la maladie décrite par Beer, sous le nom de staphylôme Mal conique; (pielques-uns l'ont considéré comme le résultat de la cornéile, d'autres comme celui de la choroïdile (2). Il est plus probable que ce n'est point autre chose que la suite d'une inflammation très prononcée de la cornée. Cette manière de voir est conlirmée par ce que dit Beer, que la tumeur
(1) Annalps (rOculi.sii(|ii(>, I. XXXIV, p 18.
(2) Voyez J()m;s's 0|ililli:iliiiie nicdicine iiiid Slirgcry; p. lOo; Loiiiloii. 1847; UosKii, Op. cil. p. 10 : CiiKi-ius, llimilbucli liiT Augi-iilii-ilkuiule ; liuiid II. S. 581 , Sliitlunrd, I85i).