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CHAPITRE XIX

ARC SÉNILE (argus SENILIS).

Syn. — Gcronloxon cxlernum et interniim. Marasmus senilis corncœ et leiitis. Macula acuta.

Ai'cus senilis adiposus, Canton.

Fig. Von Ammon, tlil. 1, laf. IX, flg. 22, lar. VII, 0g. 11, laf. IX, flg. 1,2, taf. XIX. Og. 13.

Chez les personnes âgées , la cornée, à une distance variable mais peu éloignée de sa circonférence , présente assez fréquemment un anneau opaque de couleur blanchâtre, plus ou moins large et plus ou moins complet. L'opacité est souvent semi-lunaire et située au bord supérieur ou inférieur de la cornée. Cet arc sénile, comme on l'appelle, survient sans avoir été précédé d'inflammation, et a été généralement attribué à une diminution de la nutrition ou au marasme de la cornée. M. Canton (3) a démontré, ce que l'on paraissait déjà avoir soupçonné avant lui (4), que cette affection n'est qu'une dégénérescence graisseuse, et que, lorsque l'on examine au microscope une mince tranche de cornée ainsi affectée, on découvre, entre ses lamelles, une innombrable quantité de globules huileux. Les lames élastiques antérieure et postérieure en sont complètement exemptes. Ou voit quelquefois une semblable opacité chez les jeunes sujets (5) , mais elle parait alors

(1) Synopsis of the Diseases of Ihc Eye, p. 509: Lomion, 1820.

(2) Journal complémentaire des Sciences médicales; vol. XL, p. 391 ; Paris, 1831.

(3) Lancel, May 11, 1850, p. 560; January 11 and 18, 18bl, pp. 35, GG.

(/(.) Sciiôs, Ammon's Zeilsclirift fur .lie Opiillialmologie ; vol. I. p. 162 ; Dresden, 1831 : Midi)i,i:moriî's Treatise on ihe Diseaises of llic Eye ; vol. 1, p. /p36 ; London, ISôo.

(5)WARDnop's Morbid Anatomy of tlie Human Eye; vol. I, p. 8S, Ui \ pl. 1, fig. I; pl. 7, fig. 3, London, 1819. Von Ammon a figuré une opacilé semblable comme élanlle résultai de l'indammaioii derorbiculusciliaris,dans'sonDai'slellunsen;lheil.l,laf. I, fig. 10. 12. Dalrympic donne la ligure d'un empiélement annulaire congénial de la scléroliquc , pl. XXXIV, fig. 2.

AUC SENILE.

dépciiili'C OU (l'un simple cmpiclcincnt de la sclérolique sur la cornée, ou d'une perte de iransparcnce par suile d'atrophie de celte dernière. Un pareil état de choses est parfois le résultat d'une lésion IrauinaUque ou de rinllainination cl, en général. Tare s'élargil avec les progrès de l'âge. Au lieu d'avoir une forme arquée , l'opacité i-eprésenle parlois un^segment de cercle ou deux segments s'unissanl à angle.

Lorsque l'on examine soigneusement un arc sénile, on voit qu'il est constitué par deux arcs ou anneaux : rexterne d'un gris hlanchàlre, qui parait éli-e un empiétement de la sclérotique sur la cornée ; l'autre, de couleur laiteuse, qui est le résultat de la dégénérescence graisseuse. Ces deux arcs sont séparés par une portion de cornée restée transparente, et qui, en même temps qu'elle paraît déprimée, est probablement plus faible qu'à l'état normal, car je l'ai vue se déchirer et donner naissance à une hernie volumineuse de l'iris chez une personne dont le pouce était venu par accident heurter la cornée. L'arc interne avance quelquefois tellement vers le centre de la cornée, qu'il ne laisse à découvert qu'une portion dont la dimension correspond à celle d'une pupille moyennement dilatée.

M. Canton, dans les cas où l'arc sénile était parfaitement développé, l'a toujours vu accompagné de la dégénérescence graisseuse des muscles de l'œil et du cœur. Lors donc que cet arc existe dans des cas où la circulation et la respiration éprouvent un embarras qu'on ne peut rapporter à aucune lésion manifeste, il doit conduire à soupçonner la dégénérescence graisseuse des fibres musculaires du cœur. Je pense néanmoins que beaucoup de cas de dégénérescence graisseuse du cœur ne s'accompagnent pas d'arc sénile.

[C'est surtout chez l'adulte que l'arc sénile a une grande valeur comme symptôme d'un état morbide de tout le système et comme signe précurseur de la dégénérescence graisseuse de certains organes, el particulièrement du cœur. Jamais Canton n'a trouvé l'arc cornéal chez l'adulte sans qu'il s'accompagnât de cette dernière transformation. Il a constaté aussi, se liant à cet état graisseux du cœur et de la cornée, la dégénérescence graisseuse du foie, des reins, de certains muscles, des os, des artères, des cartilages du larynx et des côtes , et celle de l'artère ophthalmique, que M. Schôn a également reconnue. On comprend toute l'importance de cette notion. S'il était vrai que l'état graisseux du cœur et l'état semblable de la cornée se trouvassent souvent réunis, il est évident que l'arc cornéal, chez l'adulte, pourrait servir de signe précieux pour le diagnostic, jusqu'ici impossible, de la transformation graisseuse du cœur et agrandirait ainsi le domaine de la pathologie. « En résumé, dit M. Paget (1), l'arc sénile me parait être, avant tout, la meilleure indication qu'il y ait d'une prédis-

[(I) Lceltirc on Surgical Palliology.]

Aiu; sknim;.

posilion el d'une lenclance à la (Icgéiici'cscence graisseuse, i)ai'iielle ou i générale, des lissus. » 11 est toujours important, dit encore Barlow(l), de noter la présence ou labsence de l'arc sénile dans les cas de dégénérescence graisseuse du cœur. Déjà l'on a reconnu l'utilité de celte altération de la cornée pour permettre de diagnoslicpier une lésion i send)lable du cœur; elle ()eut servir encoi'c à faire présagei' uneatta(|ue d'apoplexie et à éclairer certains cas obscurs de ramollissement cérébi'al, car ces alVeetions peuvent se lier à cet état morbide de la ! cornée. » T. W.]

Nous devons au docteui- Von Ammon (2) cette observation que, dans les yeux où il existe un arc sénile sur la cornée, on rencontre un semblable anneau opaque autour du cristallin. La piemière l'ois (ju'il s'en aperçut, ce fut sur l'œil gauche d'une femme, âgée de 62 ans. La moitié inférieure de la circonférence de la cornée offrait un arc sénile. La moitié supérieure, aussi bien que la cornée droite, était- parfaitement transparente. En disséquant l'œil gauche, le docteur Von Ammon fut fort surpris de trouver sur le bord inférieur du cristallin une opacité en croissant correspondant exactement à l'arc sénile de la cornée. La capsule était parfaitement normale (3).

Des recherches ultérieures faites par le docteur Schôn ont montré que l'arc sénile du cristallin siège plus fréquemment sur la capsule postérieure que sur la lentille même, mais que, dans quelques cas, la capsule postérieure et la lentille sont toutes deux opaques parliellement et que l'opacité correspond assez exactement, pour la forme el l'étendue, à celle de la cornée. L'opacité de la circonférence du cristallin est en partie constituée par des stries qui se portent en rayonnant de dehors en dedans. Il ne parait pas que l'on ait jamais vu darc sénile sur la capsule antérieure. Dans plusieurs cas d'arc sénile externe et interne, le docteur Schôn a trouvé l'artère ophthalmique ossifiée.

M. Canton dans ses nombreuses dissections, n'a jamais découvert d'opacités cristallines semblables à celles décrites par les docteurs Von Ammon et Schôn ; il est donc porté à croire qu'elles sont purement accidentelles (4).

[(1) Transaclioiis ol" llie Patliological Sociely in Londoii, I8bl, 1852.]

(2) Grafe uiid Waltlier's Journal dcr Chirurgie und Augenheilkunde ; vol. XUI, p. IH; Berlin, 1829.

(3) Op. cit. pp. 119, 151.

[("i) Nous pensons qu'il n'y a que simple coïncidence, l'arc sénile ella cataracte non trannialique élanl des affcclions qui se développent toutes deux à une période avancée de la vie, el la cataracte vraie débutant à peu près conslammont, sinon toujours, par la circonférence du ■ cristallin. Quoi qu'il en soit, nous pouvons ainrmer que l'arc scnilc peut exister sans opacité de la circonférence du cristallin, et que celle-ci existe également sans arc sénile,- enlin, que les altérations qui constiluenl en pareil cas Kopacilé crislallinienne ne différent en rien de celles que l'on observe dans tous les autres cas de cataracte. (Voir Noie sur quelques particularités de la structure du cristallin et de la capsule à l'étal normal et i» l'état pathologique, par TESTELiit, .\nnalcs d'Oculistique, l. XXXIV, p. 109, 1855, elt. XXXV, p. 5, Bruxelles, 1856.)

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4ii point de vue praliqne, on a atlachc peu criniporlanco à l'arc sénile si ce n'est lorsqu'il s'agit de la section de la coruée, dans l'opéntion'de la cataracte par extraction. On a signalé l'ai-c sénile étendu comme une contre-indication de l'extraction, à raison de la dillicullé avec ia«iuelle l'incision se réunit, si elle porte sur la portion opa(|ue de ia cornée. Cette dilliculté de réunion n'est cependant |)oint conslanle, car j'ai vu des sections de la cornée portant sur un ai'c sénile se réunir avec la plus grande facilité.

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