‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 42 sur 143 · DÉFINITION DE LA CATARACTE · texte numérisé non relu

DÉFINITION DE LA CATARACTE

Par le mot Cataracte (1), on désigne une opacité située entre l'humeur vitrée et la pupille.

Les parties que l'on rencontre dans cet espace sont, d'arrière en avant : 1" l'hémisphère postérieure de la capsule cristalline; 2" la lentille cristalline et 5" l'hémisphère antérieure de la capsule cristalline. Chacune de ces parties peut perdre sa transparence et donner lieu ainsi à une cataracte capsulaire ou à une cataracte letiticidaire, suivant que l'opacité siège dans la capsule ou dans la lentille. La face interne de

(1) Les Gi'posne se sont jamais servis du mot xatappaxT/jç pour designer une maladie. Voici de quelle façon l'on en est venu à appliquer le mol- lalin cataraeta à une maladie de Pœil : (ialien appelait l'afTeclion qui nous occupe ÛTO/U[xa ou Cntép^utri; ûypoù; c'esl-à-dirc suffusion ou éeoulement d"une luinieur ; les Arabistes ont traduit cette expression par des mots que leurs traducteurs latino-barbares ont rendus littéi'alcment par aquw descensus, d'où est venu cataracta qni est synonyme de la première expression. Dans une des cdilions lalines d'Albucasis, il y a un chapitre intitulé : De cura aquœ quœ descendit in oculo vel calaracta. Ducange renvoie aux Aeta Sanclorum pour remploi du mot eataracta, désignant une maladie de l'œil.

CATARACTE

la ca|)sule, dans l'élal nalurcl, adhère iiiUmonieiit à la face exlonie d(. , la lenlille par rinterinédiairc des cellules inlra-capsulaires de Werneck ; mais celle adhérence du erislalliii à sa capsule est quehiuel'ois ^ délruilc par suite d'un état niorhide, et il se dépose alors entre eux un liquide opacjue qui constitue ce que Ton a appelé aUaracle de Moi', gaqni. Toute opacité située dans Vinlérieiir d;u tissu de la capsule ou i à l'intérieur de sa cavité, s'appelle cataracte vraie. Celte dédiiilion i s'ap|)lique à toutes celles que nous venons d'énumérer.

Entre la capsule cristalline antérieure et la pu|)ille, se trouve l'humeur aqueuse de la chambre i)ostéricure. Elle ne peut point devenir i opaque sans que la totalité de Thumeur le devienne; mais elh; peut i être remplacée par une substance o))aque, telle que de la lymphe coagulée, du pus, du sang ou du pigment de l'uvéc. Cette sorte de cataracte s'appelle cataracte fausse^ elle a son siège en dehors de la i capsule.

Les anciens chirurgiens croyaient que la cataracte était due à l'épanchemenl d'une humeur {Ù7ro%v(Ttç vypou) entre l'uvée et le cristallin, devenant peu à peu solide, et recouvrant la face antérieure du cristallin à la manière d'un voile : on rétablissait la vision en déprimant, à l'aide de l'aiguille, celte humeur concrète. Lasnier, Rolfink, Borel, au XVII'' siècle, démontrèrent la fausseté de celte opinion : la dissection fait voir, en effet, que le dépôt d'une fausse membrane dans l'ouverture pupillaire peut bien constituer une fausse cataracte , mais que la vraie cataracte est due à une opacité du cristallin lui-même.

Que la cataracte soit vraie ou fausse, l'opacité d'une partie naturellement transparente intercepte, à un degré plus ou moins prononcé, le passage des rayons lumineux à l'intérieur de l'œil; Timpression sur la rétine en est rendue imparfaite, et il s'ensuit une cécité partielle. La cataracte ne détermine jamais la cécité absolue.

Quand on emploie le mot cataracte sans autre qualification , on désigne ordinairement Topaci té de la lentille. Quand nous disons, par exemple, que la cataracte est une maladie lente, dont le développement exige des mois et des années, nous entendons parler de la cataracte lenticulaire, les autres espèces, notamment les cataractes fausses, pou- MuU se développer en quelques jours ou même en quelques heures. 11 parait cependant que la cataracte lenticulaire elle-même peut se produire en très peu de temps. Richter cite le cas d'une cataracte qui s'était formée dans l'espace d'une nuit. Chez un malade atteint de la goutte, et qui avait exposé ses pieds pendant une nuit à raclion du froid , la goutte rétrocéda et la vue se perdit. Richter le vil le lendemain matin et constata la présence d'une cataracte complète d'un gris de perle (1). M. Wathan croyait que les forgerons et

(I) Trcaliso on the cxIraoUoii of Ihc Calaracl: iraiislaleJ fi-uni liic Germaii; p. 5, l.otiilon, 1797.

DKFIMTION. '

„H,s les ouvriers qui travaillent en regard de foyers ardents, y étaient , s sujets que d'autres; il a vu deux malades appartenant a cette ' worie oiro pris hruscpienient de la cataracte pendant leur travad (1). 1 e ilocleiir Martin, de Porllavv, dans une i-cunion de la Société Chtrm- 'icalc cVlrlande a rapporté deux cas d'évolution soudaine de cataracte Inticulaire : l'un chez une fenime cachectique qui, après avoir passe plusieurs nuits auprès de sa inèrc inllrnie, et avoir beaucoup pleure, ' éveilla un malin avec les cristallins demi-opa(iiies cl ollrant a leur ,,.„(,■(' un aspect étoilé semblable à celui que leur communique la man'iation; l'autre chez un homme qui, ayant épousé la fille d'un ler- ,i,ier,alla se coucher, les yeux parfaitement sains, après avoir pris part ,iix réjouissances ordinaires d'une noce irlandaise, et s'éveilla le lenilemain matin la vue fort allaiblic par des cataractes (2). Je n'ai jamais observé de cas semblables sur des yeux auparavant sains ; cependant, chez un des malades de ma consultation au Eijc Infirmary deGlascow, ,,ui avait un œil atteint d'amaurose et de glaucome, mais n'oirrait aucune trace de cataracte, et dont, le lundi ou le mercredi, l'œil offrait exactement le même aspect que celui que j'avais observé depuis quel- |ues mois, je fus fort surpris de trouver, le vendredi, la surface du lislallin complètement opaque et parcourue par des lignes éloilées ariant du centre.

[Le docteur Wendelstrom rapporte un cas dans lequel une cataracte se forma complètement en quelques heures. C'était chez un paysan robuste, âgé de 60 ans, jouissant d'une excellente santé, à part quel- (|ues légères attaques de goutte qui lui survenaient parfois ; sa vue ( lait très bonne. Un jour qu'il fendait du bois, il éprouva un obscurcissement de la vue qui alla graduellement en augmentant et se termina on peu d'heures par une cécité complète. Il n'éprouva pas la moindre douleur ni la moindre inflammation externe. Il fut vu quelques jours ;iprès par le docteur Wendelstrom, qui trouva les deux cristallins opa- ([ues et en fît l'extraction (5).

Il nous serait facile de citer ici plusieurs faits analogues; nous pensons toutefois que, dans plusieurs de ces cas, la cataracte peut avoir existé un certain temps à l'état latent avant de prendre une inarche aussi rapide. C'est ce que le fait suivant, autorise à pen- >er : Une dame, fille d'un père cataracté, avait toujours joui d'une vue excellente, lorsque, vers la fin de 1851, elle éprouva un certain trouble de la vision qu'on attribua à une névralgie de la cinquième paire dont elle souffrait depuis longtemps. Ce trouble mal caractérisé, qui n'avait aucune analogie avec les symptômes de la cataracte, porta néanmoins

(1) Disscrl;\iioii on llic Tliooi-y and Cure of llic Calaracl, p. 12: London, 1783.

(2) l)iil)liii Médical Press, Mai /(., 1812, p. 27/<..

[(3) Ameriean .journal of Mcd. Science, Aiigiisl, 1829, p. :i02; cité par M. lUvs, édition améri- I niiie de Lawrence.]

CATAUACTE.

à examiner ses yeux dans lesquels on n'apereul absolument rien. Un jour de la première quinzaine de déeembi'e (elle avait été en proie à de vives inquiétudes et avait beaucoup pleuré à l'occasion des événements de cette époque) on s'aperçut, lorsqu'elle descendit le matin,, que la pupille de l'œil droit, qui, la veille au soir, était encore nette,', était devenue le siège d'une opacité complète. La vision de ce côté i; était tout à fait abolie. On dilata au moyen de la belladone la,,i pupille de l'œil gauche , qui paraissait sain et dont la vue étailii bonne, et il fut lacile de reconnaître que le centre du cristallin avaiiii seul conservé sa transparence; toute sa circonlerence, dans l'étendue « d'un millimètre environ, présentait une opacité grisâtre striée très> marquée. Les choses restèrent dans cet état pendant près d'un an. La; malade n'ayant que cet œil pour voir, et l'altération de la vue n'augmen-itant pas, non plus que l'opacité, il paraissait évident que le travaili d'altération du cristallin était arrêté. Mais un matin, en s'éveillanl, la vue se trouva complètement abolie et la pupille occupée par une»* opacité complète. Comme la malade avait encore lu la veille au soir, ili est évident que c'est dans l'espace d'une nuit que cette cataracte, donli la marche avait d'abord été si lente, s'est complétée. T. W.]

[SECTION n.

ANÂTOMIE PATHOLOGIQUE DE l'aPPAREIL CRISTALLI.MEX.

(Note additionnelle par les traducteurs).

Cet appareil se compose du cristallin et de sa capsule. Pour bien comprendre les alléra-i lions que subissent ces diverses parties, il importe d'en avoir présente à l'esprit la. structure interne normale, telle surtout que la révèle le microscope. Nous allons donc , l'exposer ici aussi brièvement que possible, en insistant surtout sur les points contre-' versés.

Page 1