‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 52 sur 143 · COMPLICATIONS DE LA CATARACTE · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS DE LA CATARACTE

L;) cataracte se rencontre souvent avec d'autres aiïections de l'œil qui sont, ou purement locales, ou sous la dépendance d'une cause constitutionnelle; d'autres lois elle se trouve compliquée d'alleelions constitutionnelles qui, soit qu'elles aient agi ou non sur sa production, peuvent néanmoins très vraisemblablement Inlluer sur le résultat des opérations entreprises pour en amener la guérison. On rencontre rarement un cas parla ilenuïiit exempt de toute complication. Il importe au plus haut point d'examiner chaque l'ois les questions suivantes : — L-'oreane de la vision est-il dans une condition telle qu'il puisse reprendre ses fonctions, au moins à un degré utile, lorsque la cataracte aura été écartée? N'y a-t-il rien dans la santé générale qui puisse faire échouer l'opération? N'y a-t-il aucune affection locale dans aucun autre organe qui puisse réagir sur l'œil par sympathie et en déterminer l'inflammation?

\. Quant aux complications purement locales, j'indiquerai celles qui sont la suite des intlammalions de la cornée et de l'iris, telles que les taches de la cornée, les adhérences de l'iris à cette membrane ou à la capsule. Ces complications se reconnaissent facilement; elles influeront sur le choix de la méthode opératoire et sur la manière d'exécuter celle que l'on aura choisie. L'ophthalmie tarsienne, ou ophlhalmie catarrhale chronique, contre-indique l'opération, surtout l'extraction. On doit aussi guérir le trichiasis ou le distichiasis, ainsi que le renversement en dedans ou en dehors des paupières, avant de rien entreprendre contre la cataracte. Les complications locales font souvent reconnaître un état de la constitution peu favorable pour l'opération, surtout pour l'extraction. Une tache de la cornée, par exemple, l'ésullant d'une ophthalmie scrofuleuse, et existant soit sur l'œil qu'on doit opérer, soit sur l'autre, diminue les chances de succès.

2. Il y a certaines complications locales qu'on ne peut guère reconnaître qu'au moment où l'on pratique l'opération : telles sont l'adhérence contre nature du cristallin à sa capsule, portée au point de s'opposer à sa sortie qui est au moins très difficile; l'état de dissolution du corps vitré, qui n'est guère moins embarrassant. Cette dernière complication accompagne fréquemment le glaucome, et si l'on sait qu'avant d'être atteint de cataracte, le sujet a présenté des symptômes de glaucome, il faut être sur ses gardes et s'attendre à la liquéfaction de l'humeur vitrée ; mais souvent on ne sait rien sur l'état antérieur de l'œil, et il n'existe aucun signe actuel bien manifeste qui puisse nous éclairer. La dureté anoi-male de l'œil, néanmoins,

CATAnACTE.

ainsi qu'une leitilo vorlc de la calaraclc, doivent nous porter à soup-» eonner la dissolution de riiurneur vitrée.

3. Les eoniplieations suivantes, (iu()i(|ue très déliivorahles , n contrc-indiquent pas absolument l'opération; ce sont : le niyosis, le trend)lenient de Tiris, Tétai vari(|ueux des vaisseaux externes, un léger aniineissenienl de la seléroti(|ue, un léger état de rainollisseineni ou une dureté de Tœil plus considéridjle qu'à l'état normal. Dans tous ces. cas, on doit soupçonner qu'il existe, conjointement avec les autres', changements morbides de l'intérieur de l'œil, un aniiil)lis.sement de la sensibilité de la rétine, et que, bien qu'à la suite de l'enlèvement de la cataracte le malade puisse recouvrer un certain degré de vision, . l'amélioration sera peu marquée et temporaire.

4. Quand il y a complication de myopie, le cristallin opaque parait i situé plus loin derrière la pupille, et la chambre |)ostérieure se montre !■ plus grande qu'à l'ordinaire. Le malade conserve plus longtemps une? vision utile, la cataracte arrive plus lentement au point que réclame ? l'opération. J'ai vu un malade rester pendant plusieurs mois dans ceti état slationnaire ; il pouvait encore reconnaître les pei'sonnes. écrire . son nom et même lire les caractères grands et bien noirs.

5. Si la pupille est largement dilatée et immobile, et que le malade ; ne peut distinguer le jour de la nuit, il n'y a pas à douter qu'il existe un degré d'amaurose qui rend toute opération inutile. Mais nous • n'opérons pas volontiers, même dans des cas où l'amaurose est moins ; prononcée, si nous pouvons la constater. La simple perception de la main qui s'interpose entre l'œil et la lumière, n'est nullement un indice suffisant de l'état d'intégrité de la rétine. Sans doute, l'amaurose est incomplète quand ce degré de sensibilité persiste; mais si, d'après le commémoralif et l'aspect de l'œil , il y a quelque raison de craindre que la rétine n'ait conservé que la faculté de distinguer la lumière de. l'obscurité, comme cela se rencontre quelquefois dans l'amaurose incomplète, il vaut beaucoup mieux laisser le malade tel qu'il est, que de soulever dans son esprit le faux espoir de récupérer la vue, de l'exposer aux anxiétés qui accompagnent une opération, et aux incommodités qui peuvent en être la suite, et qui sont quelquefois sérieuses et longues. Si, par exemple, un malade avancé en âge distingue simplement le jour de la nuit, et s'il a perdu tout pouvoir sur l'aclion volontaire des muscles de ses yeux, de sorte que lorsqu'on lui prescrit de regarder dans une certaine direction, il le fait en tournant la tète de ce côté, mais sans bouger les yeux, il est inutile de l'opérer.

6. J'ai quelquefois opéré de la cataracte un œil ailecté de strabisme; mais chaque fois que je l'ai fait, même chez les enfants, dans l'espoir que le retour de la vision , après la disparition de la cataracte, corrigerait le strabisme, j'ai été trompé dans mon espoir. (V. t. I, pages o2o, 542, 570.) Quand donc la cataracte se complique de slra-

COMPLICATIONS DU I.A CATAIUCTE.

bisme, il faut que celui-ci ail élc guci-i par lopéralion avant qu on a^isse sur raiili-e alleclion. Le doclcur Fraiiz a cepeiulaiil suivi avec succès la inai-elie opposée dans uu cas île calai-aele congéniale (I).

7 Le glaucome, à toutes ses périodes, peut se conipli(|uei- de calaracie; une opacité, plus ou moins blanchâtre, vient se développer sur la surface du cristallin, qui était auparavant d'une couleui" ambrée, liiais paraissant verte à la lumière réllécliie, ainsi que je Texpliquerai plus au long dans un prochain chapitre.

Lorsqu'un glaucome, complètement développé, se compli(|ue de calaraole, ce qui se fait souvent brusquement, il survient autre chose que l'addition d'une teinte blanchâtre venant s'étendre au-devant de la coloration vert de mer terne ou vert olive du cristallin ; il s'opère toujours dans l'œil d'autres changements i-cmarquables qui dénotent uue alléralion de presque tous les autres tissus de cet organe. Le cristallin opaque est volumineux ; quelquefois même il parait encore plus volumineux qu'il ne l'est réellement, parce qu'il est refoulé en avant par le liquide surabondant qui a remplacé l'humeur vitrée. Il finit par être poussé jusqu'à un certain point à travers la pupille. L'iris est pâle, décoloré et complètement privé de mouvements. La pupille dilatée est irrègulicre, l'iris se trouvant tiré surtout dans une ou deux directions. La circonférence de la pupille parait s'être enroulée en arrière, du côté de la chambre postérieure. Le globe de l'œil semble, à la pression, aussi dur qu'une pierre, et il est recouvert de vaisseaux variqueux. Le malade, qui n'a plus la moindre sensation de la lumière externe, voit souvent des éclairs lumineux à l'intérieur de son œil. Cet état désespéré de l'œil a souvent été précédé de choroïdite chronique ou d'irilis arthritique et de céphalalgie intense et opiniâtre. (F. pp. 47, 65.)

8. Quant aux complications générales et éloignées de la cataracte, elles sont sans nombre. Parmi les plus fréquentes, nous signalerons le rhumatisme, la scrofule, la goutte et la syphilis comme des complications générales , et les ulcères invétérés aux extrémités inférieures parmi les complications éloignées. Il est très important d'être instruit de l'existence de ces complications, comme aussi de l'histoire complète delà santé du malade qui vient nous consulter pour une cataracte. Si, par exemple, une personne allectée de cataracte a une tendance aux inflammations, est sujette à des attaques de pneumonie ou de pleurésie, il faudra, avant et après l'opération, éviter soigneusement toute cause de pléthore ou d'excitation du système artériel. Ce n'est probablement qu'à l'aide de saignées répétées, de purgatifs et de la diète, employés avant et après l'enlèvement de la catai'acte, que l'œul échappera à une iullammation destructive.

(1) Phllosopliiciil Ti-aiisaclions ; vol. CXXXI, p. 39; l.oiulon, 18i l.

Toute pcrsoiiiio, alloinU' de qiiehiue ancclion organique sérieuse (elle qu'une alleelion du cœur, par exemple, se trouve dans de maii vaises eonditions i)our subir Topéralion de la eataraete. L ahstineiic, (|ui doit préeéder et le Iraitenieni déplélil iMKjuel on peut se voir oljliii, de recourir après ['(qx-ration, peuvent déterminer Diydropisie et un, débilité irrémédiable.

Quand le sujet est sain et l'œil aussi, à part la cataracte, le résulta' de l'opération sera l'avorable. Si l'œil et la constitution sont en boi état, on peut, par exemple, inciser la moitié de la eoi-née et extraire le cristallin sans beaucoup de risque. Mais il n'en sera plus de même l'œil ou la constitution sont en soullrance. La |)laie est alors disposé à suppurer, et l'œil à se détruire par l'inllammation.

L'âge seul n'est point une objection contre l'extraction. 11 y a gêné ralementcbez les vieillards bien portants assez de force de réparatioi pour sulïïre à la guérison de la plaie; mais, si les progrès de l'âge s sont accompagnés d'altérations sérieuses de l'économie, et que le forces générales soient affaiblies, ce seront autant de circonstance défavorables.

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