MYODÉSOPIE NON SENSITIVE
Spectre, fixe. — Ce fait qu'il existe certaines mouches fixes qui, une fois bien formées, ne cliangent jamais de position, soit par rapport l'une à l'autre, soil par rapport à l'axe optique, nous conduit naturellement à clierclier quelque exemple d'un spectre llxe naturel analogue aux prototypes des diverses espèces de mouches dont nous avons déjà parlé, et qui toutes possèdent un mouvement réel en même temps qu'un mouvement apparent. Le spectre vascidaire, tel qu'on l'obtient dans l'expérience de Purkinje, et ce que l'on désigne sous le nom de couleurs accideiilelles, sont les seuls exemples que je puisse ni"en rappeler.
Vaisseaux sanguins et. point central de la rétine, tels qxCon les voil dans l'expérience de Purkinje. — On ne doit pas clore les paupières de l'œil dont on ne fait point usage; le gauche, par exemple, mais on empêche, avec la main ou tout autre moyen, la lumière de tomber sur lui. On regarde alors fixement en avant avec l'œil droit, puis on prend une bougie allumée (l'appartement ne doit contenir aucune autre lumière) que l'on fait mouvoir lentement de haut en bas et vice versa au côté temporal de Tœil droit, ou de
(1) CiiELius. Ilandbuch dcr Aiigcnlieilkuiulc, Vol. I, p. 571 ; Stuttgart, 1843.
ANOMALIES DIVIÎKSF.S Dlî LA VISION.
liroile A giiiidio au-dessous de lui. Au bout de quelques secondes, on aperçoit dislincienieul les vaisseaux sanguins de la rétine avec toutes leurs ramilications, d'une teinte sombre, fortement grossis, et se projetant sur un fond d'un blanc grisâtre, qui ne paraît situé qu'à un pi(!d au-devant de l'(K;ii.
11 est indispensable que la lumière se meuve; car dès qu'elle reste stalionnairc, l'image se brise en fragments et s'évanouit. Bien que ce soit là un exemple d'un spectre (ixe, il faut faire observer que, pendant que la lumière se meut, l'image se déplace aussi et cela dans une direction opposée à celle de la lumière; ce qui me semble une conséquence de la distance qui existe entre les vaisseaux et la couche sentante de la rétine. Aucun spectre n'apparaît lorsqu'on éloigne et rapproche successivement la lumière de l'œil, non plus que lorsqu'on découvre et couvre alternalivemenlcel organe.
Lorsque c'est l'œil droit qui sert à l'expérience, la partie du spectre qui correspond à l'entrée du nerf optique se montre naturellement à la droite de l'observateur; et l'on voit partir de ce point deux troncs vasculaires se portant en hiiut el deux qui se portent en bas, d'où ils se prolongent en prenant une forme arquée vers la gauche, pour s'évanouir vers le milieu du champ de la vision. Purkinje décrit la portion du spectre correspoudanl à la partie centrale de la rétine, comme oITranl une forme circulaire concave.
Purkinje n'a donné aucune explication de cette remarquable expérience. En voici une destinée à suppléer à son silence et que je crois due à la plume de M. Wheatstone (1) :
« Si les vaisseaux sanguins répandus sur la surface antérieure de la rétine étaient complètement opaques, ils empêcheraient la transmission de la lumière à la matière nerveuse située au-dessous d'eux, et leurs ramifications seraient constamment visibles; mais ils sont transparents, el, dans les cas ordinaires, la quantité de lumière qui les traverse ne diîfère pas beaucoup de celle qui tombe directement sur la rétine. Toutefois, lorsque celle-ci est fatiguée par une lumière intense, les veines deviennent visibles, parce que la rétine n'est plus influencée par la quantité de lumière qu'elles lui transmettent; mais cet effet n'est que momentané, car les parties qui sont ainsi abritées contre la lumière plus intense récupèrent promptement leur susceptibilité, et les images s'évanouissent; mais on peut les rendre de nouveau visibles en les déplaçant sur la rétine, et, en les faisant ainsi changer déplace, on rend ces images permanentes. »
Purkinje et Wheatstone ont indiqué des procédés à l'aide desquels on rend visibles les plus petits vaisseaux de la réline, ainsi que son point central. Voici l'un des plus faciles : IJirigez un œil vers une plaque de verre dépoli ou une feuille de papier, derrière el contre laquelle se trouve une bougie; faites mouvoir au-devant de l'œil el d'un côté à l'autre, en lui imprimant un mouvement de tremblotement, une carie noire percée d'un trou d'un dixième de pouce de diamètre. L'image de la lumière sur la rétine se trouvant ainsi continuellement déplacée, on voit apparaître un réseau extrêmement compliqué de vaisseaux sanguins, de couleur blanc-grisâtre, et dans lequel on voit les ramifications des Ironcs supérieurs s'anastomoser avec celles des inférieurs; tandis qu'on distingue, au centre du champ visuel, un petit cercle sombre où l'on n'aperçoit aucune trace de vaisseaux, et qui est le point central de la rétine.
Couleurs accideulelles. — Dans les expériences relatives à la production des couleurs accidentelles que nous avons rapportées dans la section précédente, le spectre, bien que fixe quand l'œil reste en repos, se])orte néanmoins, suivant les mouvements de l'œil, en haut, en bas, ou d'un côté à l'autre, suivant les muscles que l'on contracte, même lorsque les paupières sont fermées. Si nous déterminons une impression sur la réline, à l'aide d'un pain à cacheter coloré, par exemple, et que nous nous bornions à fermer les paupières, comme dans cette action la pupille est un peu soulevée parce que l'œil est également contenu entre les droits supérieur el inférieur, le spectre se montre suivant une ligne horizontale, ou un peu au-dessus, et persiste ainsi jusqu'à ce que nous tournions volontairement l'œil dans quelque autre direction. En contractant de nouveau le muscle orbiculaire des paupières, le globe de l'œil roule en haut et le spectre s'élève.
Les spectres dans ces sortes d'expériences sont en général prompts à s'évanouir; mais, en portant la lumière qui les produit à un haut degré d'intensité, on peut les rendre plus ou moins durables, comme dans le cas de Sir Isaac Newton, qui, en regardant l'image du soleil réfléchie par un miroir, produisit un spectre lumineux entouré de couleurs, d'une
(l) Journal oflbc Royal Inslilulion of Grcat Brilain, vol. i,p. 111 ; London, 1831.
MYODI'SOPIE.
persisliiiiee iclle que, pour s'en débarriisser, il fui obligé de s'enfermer pendanl trois jours dîiiis une fiiaMil)re oiiscure; ou celui nipporlé par nulToii, d'un de ses amis (|ui, après avoir regardé une éclipse de soleil par un petit trou, vit pendanl plus de trois semaines l'image colorée de ce corps célesie sur tous les objets qu'il regardait.
Spectres persistants. — Mouches fixes. — 11 y a (jiicl(|iic raisoii de croire non-seuleinenl que les mouches fixes, eomine on les appelle, ont dans quelques cas de la ressemblance avec les spectres dont nous venons de |)arler, (anl sous le rapport de la forme que sous celui de l'espèce d'allcclion de la réline dont elles dépendent, mais encore qu'elles ne sont, dans certains cas, que des spectres i)ersistants, conséquences d'une surexcitation du nerf de la vision et de Tépuisement de la faculté sensitive. Le cas de Bullbn lui-même peut être cité comme un exemple de cette espèce.
« J'ai vu, dit-il, pendant plus de trois mois, des points noirs en si grande quantité, que j'en conçus beaucoup d'inquiétude. J'avais probablement laligué mes yeux en répétant trop fréquemmenl les expériences précédentes (celles sur les couleurs accidentelles), et en regardant le soleil ; car c'est à cette époque qu'apparurent ces points noirs que je n'avais jamais aperçus jusqu'alors. Ils en arrivèrent à me fatiguer tellement, surtout lorsqu'en plein jour je regardais quelque objet fortement éclairé, que j'étais obligé de détourner les yeux : le jaune surtout m'était insupportable, et je fus obligé de faire remplacer par des rideaux verts, les stores jaunes de mon appartement. M'étanl attaché à éviter de regarder les couleurs vives el les objets brillants, le nombre des points noirs diminua graduellement, et à présent je n'en suis plus incommodé. Ce qui me donna la conviclion que ces points noirs étaient le résultat d'une trop forte impression de la lumière, c'est qu'après avoir regardé le soleil, je voyais toujours pendant un certain temps une image colorée recouvrant tous les objets; et surveillant attentivement les diverses dégradations de celte image colorée, je remarquai qu'elle perdait graduellement ses couleurs, de sorte que je ne voyais plus sur les objets qu'une tache noire, d'abord assez grande, mais qui diminuait insensiblement, et finissait par se réduire à un point noir (1). »
Quinze ans environ après i'allaque qu'il a ainsi décrite, Buffon, qui étudiait beaucoup et était très myope, en eut une autre qui, commençant par de la photopsie, fut suivie de l'apparition devant son œil gauche du spectre d'un anneau ou disque noir, recouvrant tous les objets et l'empêchant de lire. Après un jour et deux nuits, cette sensation s'amoindrit de façon à lui permettre de voir les objets à droite et en bas. Pendant quinze jours, il ne put voir la plume avec laquelle il écrivait. Ses yeux s'enflammèrent, ce qui l'obligea à leur donner du repos, et, au bout de quelques mois, le spectre se brisa en fragments et sa vue se rétablit (2).
Apparences diverses des mouches fixes ou réliniennes. — Les mouches fixes sont parfois uniques; mais souvent elles sont multiples. Leurs dimensions el leurs formes varient extrêmement. Elle ne sont pas toujours fixes dès le début; mais, api^ès avoir affecté l'un des côtés de l'axe optique, elles peuvent se porter à l'autre, fait qui indique peut-être qu'elles sont dues à un épanchemcnt de sang fourni
(1) Mémoires de l'Académie Royale des Sciences, pour 1743, p. 156 ; Paris, 1746.
(2) Histoire de l'Académie Uoyale des Sciences, pour 1760, p. 5îi ; Paris, 1766.
ANOMALIES ET ALTÉRATIONS DIVERSES DE LA VISION
parles vaisseaux rélinieiis. Elles sont parfois seini-lransparcnles au (lébul, mais ensuite leur couleur esl gciiéraleinent noire, ou du moins beaucoup plus sombre que celle des mouches llollanles ou enlo-hyaloïdicnnes. Elles sont souvent si noires (pie, (piand les deux yeux sont ouverts et que la mouche n aiVccte que l'un d'eux, la figure d'une personne qui se lient devant le malade semble clVacéc, ou sa tète coupée; la flamme d'une lampe à gaz semble éteinte. I.eur couleur change toutefois d'une façon remarquable et devient d'un blanc grisâtre lorsque l'œil est fermé, pour reprendre instantanément la teinte d'un noir de velours quand il est rouvert à la lumière. Quelquefois, lorsqu'on ferme l'œil, la mouche fixe ofl're la couleur de l'objet qui a impressionné en dernier lieu la rétine.
Les mouches fixes font parfois paraître les objets blancs, comme s'ils étaient couverts de grandes taches noires mal limitées. Quelquefois le malade voit dans l'air la forme de lettres noires, comme celle d'un T ou d'un X par exemple. Dans d'autres cas, il dit qu'il lui semble voir comme à travers un tamis dont les interstices diminueraient de plus en plus, jusqu'à ce que la cécité devienne complète.
Une mouche fixe, occupant le centre du champ de la vision et s'étendant graduellement jusqu'à la circonférence, se termine par une des variétés les plus relDelles d'amaurose. On doit l'attribuer à un changement de structure survenu dans le point central de la rétine, résultat évident, dans quelques cas, d'un état de surexcitation de l'œil amené par l'application continue à de petits objets. « Ce que je vois, me disait un littérateur en voie de perdre la vue, ressemble à un pain à cacheter noir qui couvrirait les objets. Il devient de plus en plus large, car autrefois je pouvais lire au delà de son bord, mais actuellement je ne le puis plus. »
Millier dit que la' figure vasculaire, observée dans l'expérience de Purkinje, s'aperçoit quelquefois avec un caractère lumineux. « J'ai souvent vu cette figure lumineuse ramifiée dans le champ obscur de la vision, quand, après avoir monté un escalier, je me trouvais brusquement dans l'obscurité, ou lorsque je plongeais brusquement ma téte sous l'eau en me baignant. Celte apparition lumineuse est évidemment reflet de la compression que les vaisseaux remplis de sang exercent sur la rétine (1). » Une pression modérée sur la rétine produit toujours une sensation lumineuse ; mais si l'on augmente cette pression, on détermine l'obscurité. Les malades disent quelquefois que le spectre qu'ils aperçoivent a l'aspect d'une araignée avec les pattes étendues ; mais généralement, lorsqu'on indique au malade la manière d'examiner soigneusement cette espèce de spectre, il reconnaît qu'il s'agit de mouches perlées ou aottanles. Si l'on reconnaissait
(I) Op. cil., vol. Il, p. 121t.
MYOniiSOPIE.
qu'il ne possède aucun niouvenienl réel cl (ju'il ne produit point une image double sur la réline loi'S(|u'il est exposé à deux rayons lumineux divergents, on serait conduit à l'attribuer à un état variqueux des vaisseaux sanguins de la rétine. 11 est assez probable que cet étal des vaisseaux était la cause d'une apparence particulière viu^ par une pauvre l'emme à qui je donnais des soins, et (|ui, complètement amauroliquc d'un œil, était en voie de perdre rapidement la vue de l'autre. « Pendant quelque temps, disait-elle, j'ai vu deux buissons devant cet œil, et maintenant les deux se conrondenl. »
Quand le globe de l'œil bouge, la moucbe fixe semble se mouvoir avec la même vélocité; nous en avons un exemple dans la carpliologie, ou lorsque le malade éplucbc ses couvertures. La figure d'une souris courant sur le plancher est un spectre que j'ai vu accompagner l'insensibilité d'une portion de la rétine et annoncer une amaurose complète. La distinction des mouches fixes d'avec les mouches flottantes exige donc, de la part du malade, beaucoup d'attention et un grand pouvoir d'observation. Quelquefois il est alleclé des deux espèces de mouches. Ainsi, Hellwag rapporte que, en regardant à travers une carte percée d'un trou d'épingle, il voyait deux choses : des points noirs fixes qui ne changeaient point de position les uns par rapport aux autres ni par rapport à l'axe optique, et une toile semitransparente mobile composée de chaînes entrelacées (1).
Les affections des vaisseaux de la réline sont les causes probables des mouches fixes. — On admet généralement qu'un état morbide des vaisseaux de la rétine, dans lequel ils sont soudainement distendus au delà de leur diamètre naturel, ou même rompus, de façon que du sang s'épanche à la surface ou dans la substance de cette membrane (apoplexia retinaf) , peut, par la compression qui en résulte, donner naissance à une abolition partielle de la vision et à des mouches fixes. Il en est vraisemblablement de même de la dilatation partielle de ses artères et de l'état variqueux de ses veines. On a trouvé l'artère centrale de la rétine dans un état anévrysmatique évident.
Mouches fixes suite de paralysie partielle de la rétine. — On a supposé que la substance nerveuse de la rétine est susceptible d'être frappée de paralysie dans certaines portions de son étendue, indépendamment de toute affection de ses vaisseaux sanguins. Andreœ compare cet état supposé de la rétine à celui dans lequel se trouve le cerveau dans l'apoplexie nerveuse; il l'appelle une perte de fonction par suite d'une insuffisance d'action vitale. Il dit que les mouches qui dépendent de cette cause disparaissent pendant un certain temps sous l'inlluence de certains excitants physiques et moraux, tels qu'un joyeux repas, un verre ou deux de vin, ou une conversation agréable.
(2) Observation cilcc par Am)iik.i;, Op. cit., p. 21 .
AiNOMALIlîS lîT ALTÉ n\T10NS DIVERSES l)F. LA VISION.
Mouches fixes suite de mclanose et de névrôme de la réiine. — On ne saurait guère doulcr que les pelils points noirs qui, dans cerlains cas, se déposent sur la surl'ace concave de la l'élinc et constituent ce que Ton a appelé mélnnose de la réiine, et les corps plus volumineux qui, dans d autres cas, se rencontrent à sa surlace convexe, et auxiiuels ' on a donné le nom de névràmes, ne donnent quelquefois naissance à des mouches fixes.
Obs. 5S6. — Langcnbeck rapporte l'observation d'un homme qui avait été pendanl longlonips fort dérangé par des niouciies. A l'aulopsie, ni l'iinnieur aqueuse, soigneusemonl conservée cl examinée au microscope, nil'liunicur vllrée, ni le crislallin, ne laissèrent rien apercevoir d'anormal. La rétine et les tuniques de l'œil ne présentaient rien d'anormal à l'œil nu. Les vaisseaux de la rétine n'étaient point agrandis, ni i)lus nombreux, ni plus remplis de sang qu'à l'ordinaire. En examinant cette nienibrane au microscope, on vit que toute la surl'ace interne était couverte de points noirâtres ou bruns qui semblaient formés par des molécules de pigment noir, rassemblées dans de petits globules environ dix fois plus gros que les globules médullaires de la rétine. Ils étaient également disposés, et dans un certain ordre, sur la rétine, principalement le long du trajet des vaisseaux sanguins. On les apercevait dans chaque réline, mais plus noirs et plus nombreux dans celle de l'œil gauche.
La myodésopie chez ce malade était continue, bien qu'elle augmenlàt par intervalles, surtout lorsqu'il buvait des liqueurs spirilueuses. Quelques-unes des mouches floltaienl devant SCS yeux, mais le plus grand nombre étaient fixes. Lorsqu'il écrivait, son papier lui paraissait parsemé de grains de tabac à priser : celte ressemblance était si complète que souvent il essayait de les balayer.
Les petites tumeurs appelées névràmes paraissent produites par la rétinite chronique : elles recouvrent la surface convexe de la rétine et sont rouges, pellucides et un peu proéminentes: quelques-unes s'aperçoivent à l'œil nu, ayant deux fois le volume d'une graine de pavot ; d'autres sont si petites qu'on ne peut les voir qu'au microscope. Elles sont mélangées de points noirs et entourées de stries de pigment. Quelques-unes olTrent à leur centre une dépression semblahle à un ombilic, etcoutenant un point noir. Elles sont enfouies dans la substance corticale de la rétine; il se peut qu'elles soient des accroissements morbides des globules médullaires. La couche cellulo-vasculaire de la rétine est en pareil cas plus épaisse et plus ferme. qu'à l'ordinaire, d'une couleur blanchâtre, parcourue par des vaisseaux rouges et facile à séparer des autres couches. Telle est la description que donne Langenbeck de cet état morbide de la réline (1).
C'est par conjecture que l'on a admis que les névrômes, àune période voisine de leur début, occasionnent des mouches fixes. Finalement, ils déterminent une amaurose complète, et on ne les rencontre que sur des yeux complètement privés de la vue.
On ne saurait être trop réservé dans les conclusions à tirer relativement aux symptômes que certains états pathologiques peuvent déterminer sur la vision, et en particulier sur les symptômes qui peuvent
(I) De rctinâ. Observationcs anatomioo-piUhologiciv, p. ; Goltincœ, 1856.
MYODiiSOPlE.
(Hre la conséquence de oerluincs alloralions morbides de la réline. La loliiiile, par exemple, qui, conlrairemenl à ce que l'on aurait pu sup- [)0scr, ne s'accompagne pas de douleur, amène un épancliement sur la surface concave de la réline, accompagné d'un obscurcissement général (le la vue, et lorsque le traitement est pai'venu à l'aire diminuer la maladie, l'apparition, non de mouches fixes, mais de mouches flottantes. Les névrômes siégeant sur la surface convexe de la membrane sont plus dangereux pour îa vision que la mclanose qui, de son côté, est plus sujette à produii'C des mouches fixes, sans amener la cécité complète. La l'clation intime qui existe entre les diverses portions de la rétine, considéréecomme surlace sensorielle, et l'action réciproque quechacune de ces portions exerce sur les autres, sont probablement plus marquées sur la surlace convexe, qui en réalité aune structure plus nerveuse que vasculaire, que sur la surface concave de cette membrane. C'est pourquoi les névrômes peuvent produire par irradiation l'amaurose complète, tandis que la mélanose n'occasionne que des mouches fixes. Les points mélaniques, bien qu'ils soient extrêmement nombreux, ne détruisent pas la vision, parce qu'ils sont situés sur une des couches les moins importantes de la rétine ; les névrômes, quoique moins nombreux et laissant probablement entre eux un grand nombre d'espaces dans lesquels la réline n'est pas altérée, produisent l'abolition complète de la vision, parce qu'ils siègent dans une matière nerveuse qui exerce une certaine influence sur les parties voisines ; fait analogue à ce que nous savons des fonctions de la rétine à l'état sain.
États morbides de la choroïde qui produisent probablement des mouches fixes. — Si nous ne devons parler qu'avec réserve de la rétine comme siège des causes efïicientes des mouches fixes, c'est encore d'une façon plus douteuse que nous signalerons la choroïde comme pouvant ies déterminer. Les observations nécroscopiques manquent ici complètement; aussi n'est-ce que comme probabilités que nous pouvons indiquer des épaississements partiels de la choroïde, la dilatation de ses vaisseaux, des dépôts sur ses surfaces, comme des causes qui, en comprimant la rétine, occasionnent d'abord la photopsie, puis ensuite des mouches fixes.
États morbides des nerfs optiques et du cerveau déterminant probablement des mouches fixes. — De même que les nerfs optiques cl l'encéphale déterminent des sensations lumineuses, même après que le globe de l'œil a été extirpé, de même ils peuvent être la cause de spectres noirs et d'amaurose partielle. C'est un fait bien connu que les afl'ections du cerveau peuvent produire l'hémiopie.
Obs. 557. — Le docteur Dclaflelcl (4) rapporte l'observation d'un vieux Monsieur qui linllpar devenir complélemenl aveugle; l'un des premiers symptômes qu'il éprouva fui,
(I) Noies cl adililions au Travers' Synopsis of Uic Discases of liic Eye , p. 5U; New- Vorit, mii.
ANOMALIES lîT AI.Tf;UA I IONS DIVKUSRS DK I-A VISION.
en so proiiKMiiiiil, do s'iniiigiiicr voir ii Icrro des olijcls qui lui iiilerceptaieiil le passage, el qu'il s'elToiTnil, d'évilcr en l'iiisiinl, de «rands pas (!l en levant forleineiil les ])ieds. Ces specires élaienl peul-èlre des nioiieiies lixes. A l'autopsie, les yeux parurent sains à tous égards, lanl |)ar leur |)lénilu(le que par leur iransparence. On ne dit point toutefois que l'on «lit examiné la réline au niieroscope. Les ventricules du cerveau contenaient beaucoup de liquide, et les nerfs opti(pies, au niveau et à partir du (laiiglion opiicum (cliiasnia?) élaienl raccornis, ou plutôt absorbés, de sorte qu'ils |)araissaieiit aplatis et de couleur jaune ' paille. Il ne restait que la gaîne du nerf, la substance médullaire ayant entièrement disparu.
Symplômcs qui coïncidenl avec les mouches fixes. — Dans la plupart des cas où les mouches fixes consliluenl un symptôme saillant, on trouve toujours une combinaison de divers autres symptômes subjectifs, tels que la photopsie, ou sensation d'étincelles et de. halos lumineux ; des mouches flottantes (la rétine conservant les impressions d'une façon anormale); des spectres oculaires; l'apparition et la dis|)arition alternatives de petits objets; l'hémiopie; la vision partielle el oblique; la sensation d'un nuage qui flotte devant les yeux et à travers lequel s'établissent des ouvertures par lesquelles les petits objets sont vus par moments, pour redevenir ensuite obscurs; les objets brillants paraissant entourés alternativement d'ombre ou de lumière tremblotante ou ondulante; les contours des objets mal limités et nuageux, comme s'ils étaient bordés de brouillards ; les lignes perpendiculaires paraissant déformées ; les caractères d'impi^ession rompus ou à dentelures; les objets circulaires dépouillés de leur figure régulière. On ne doit point confondre ce qui appartient aux mouches fixes avec ce qui dépend d'autres causes. Le lecteur ti^ouvera une observation intéressante dans laquelle existe ce mélange de symptômes; elle a été publiée par le malade lui-même, M. Keir, dans The Lancet, October l, 1842. L'observation du professeur Roze offre un exemple de la même nature. Outre la sensation d'un disque qu'il voyait devant l'un de ses yeux, les objets lui apparaissaient courbés, déformés, et frangés; les lettres étaient brisées ; les objets se montraient colorés en bleu et en vert ; le disque s'agrandit et son opacité augmenta, et à la fin la vision s'éteignit dans une moitié de la rétine: l'autre moitié voyait comme à travers un brouillard épais (1).
Traitement des mouches fixes. — La plupart des cas de mouches fixes sont incurables, ainsi qu'on peut en juger d'après la nature des causes efficientes qui les produisent. Dans les cas susceptibles de traitement, on se trouvera probablement bien des déplétifs sous toutes les formes, du meixure,de l'iodure de potassium et des révulsifs, auxquels on fera succéder les toniques généraux et locaux, de manière à diminuer l'état de distension des vaisseaux et à les ramener à leur diamètre normal. Si la maladie a succédé à la disparition d'un écoulement habituel, on tentera de le rétablir ou d'y suppléer par un autre. La meil-
(i) Histoire de l'Académie Royale des Sciences, pour 17G0, p. 34; Paris, 1766.