HALLUCINATIONS DE LA VUE (SPECTRVL ILLUSIONS
Les phénomènes que Ion comprend sous ce titre peuvent être simplement rapportés dans une première série de cas, à ce que l'œil reste insensible aux impressions directes dune lumière faible; tandis que ceux d une seconde série doivent être considérés comme des symptômes (l une afleclion morbide de l'appareil nerveux qui préside à la vision, ou de la partie du cerveau avec laquelle il se trouve en rapport.
I. Sir David Brewster fait observer que, lorsque l'œil regarde fixement des objets qui ne sont éclairés que par une faible lueur, cet organe se trouve dans un étal presque aussi douloureux que s'il y avait excès de lumière. La transmission des impressions cesse d'avoir lieu, l'objet que l'on regarde disparaît et l'œil est agité par le retour d'impressions trop faibles pour permettre l'accomplissement de ses fonctions.
Ces faits « peuvent servir à expliquer, dit Sir David, quelques-uns (le ces phénomènes de disparition et de réapparition des objets, et de changement de forme des objets inanimés, qui ont été attribués par le vulgaire à des causes surnaturelles, et par les philosophes à l'imaginalion. Lorsque, dans une nuit obscure par exemple, nous entrevoyons à l'improviste un objet quelconque, soit en repos, soit en mouvement, nous éprouvons naturellement un vif désir de nous assurer de ce qu'il est, et noire curiosité appelle en action toutes nos facultés visuelles.
(1) Praîleclioncspublica; de morbis oculonim, p. 62; Gollingte, 1746.
[(2) Cet arliele sur les moiiclies volantes csl cerlaincmcnt le plus complet qui ait été écrit sur lamalicre. Aussi, malgré les lumières nouvelles apportées par roplillialmoseopic ù leur élude, avons-nous jugé convenable de n'y rien ajouter, de peur d'en altérer rcnsemble si bien conçu. Ce que l'oplillialmoscope nous a d'ailleurs a[)pris sur ce symptôme proléiforme est loin do donner la ciel' de toutes les variétés connues de muuelies volantes, el il nous a semblé plus priidenl de ne point introduire ici les données ineoinplètes révélées [jar son emploi, bien que, dans notre pensée, il doive, dans un avenir qui n'est pas éloigné, en luire modifier radiculcmcnl la nomenelalure exislunle. T. W.]
ANOMALIES KT ALTÉRATIONS DIVERSES DE LA VISION
Celle ardeur, loulefois, ne serl (ju'à rendre vains nos eiïorls. La réline, excilée par une faible lueur, ne peul perinellre la vision permanente de Tobjel, el |)endanl que nous l'aliguons nos yeux à en découvrir la nalure, il dispaiail enliéreinenl, puis reparail el s'évanouil allernalivemenl (1). »
II. Cerlaines illusions de la vue aceompagnenl, coninie on sait, le delirium Iremens ou mania àpolu. Le malade s'imagine voir dans sa chambre des chais, des serpenls el des speclres, el souvenl il appelle pour qu'on vienne l'aider à les chasser. Il s'imagine (jue son lil esl couvert de vermine et s'ellbrce de la ramasser; ou bien il élend fréquemment la main, comme s'il voulait saisir un objet lloltanl dans l'air devant lui. Dans la plupart de ces cas, les sens et le jugement sont également aiïectés ; mais dans d'aulres les sens seuls sont malades. Dans ce dernier cas, le malade esl promplement convaincu qu'il est en proie à des illusions ; mais dans l'autre son déliie l'empêche d'acquérir celle conviction.
L'explication que l'on donne généralement des illusions des sens, soit pendant le delirium iremens, soit dans d'autres circonstances que je signalerai dans le paragraphe suivant, c'est que, la perception s'accompagnant dans les cas ordinaires de quelque mouvement ou changement inconnu du cerveau, dans le delirium tremens et dans divers autres états morbides, le cerveau a éprouvé une altération telle, que s'il arrive de penser seulement à une impression passée, il s'eileclue dans le cerveau le même changement que si l'impression était actuelle.
III. Les speclres, ou des ressemblances avec des objets naturels, se présentent souventeux-mêmes, pour ainsi dire, à l'œil, dans des cas oùla lumière est suffisante el l'état de la santé générale en parfaite intégrité. Nous devons beaucoup au docteur Ferriar(2), de Manchester, pour la lumière qu'il a répandue sur celte espèce d'illusions de la vue. Admettant la réalité des impressionsd'où résultent les spectres survenant sans aucun agent sensible externe, il considère comme loi générale du système auquel on peul rapporter l'origine de ces sortes d'impressions, qu'elles consistent dans le renouvellement d'impressions réelles qui ont agi autrefois sur le sensorium, et il a appliqué ce principe à l'explication des visions et des apparitions. Ce sujet a été poussé plus loin par le docteur Ilibbert, dans ses Skelches of tlie Philosophy of Apparitions. Il attribue ce phénomène à une grande variété de causes, telles qu'un état d'extrême excitation de certains tempéraments, l'hystérie, l'hypochondrie, l'oubli d'émissions sanguines périodiques accoutumées, les alleclions fébriles inflammatoires, l'inflammation du cerveau etc.
Les illusions de la vue, dont nous parlons, sont infiniment variées; quelquefois elles se présentent sous l'aspect d'une seule personne ou
(1) Edinburgli Journal of Science, vol. 111, p. 209 ; Edinluirgli, 1823.
(2) Essay lowurdsa Tlieory uf Apparilions ; Luiidun, 1813.