‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 2)Chapitre 97 sur 143 · HAI.LIJCINATIONS DF, I.A VUE · texte numérisé non relu

HAI.LIJCINATIONS DF, I.A VUE

(i'im seul objet; (riiulres fois elles représenlcnl une mullilude d'clres iHimnins en mouvement ou des scènes d'une diversité infinie. Quelques nialiulcs, aflcelés de pareilles visions, sont incapalilcs de les distinguer d'avec les sensations réelles, et appellent ceux qui les entourent i)our leur faire regarder les objets de leur terreur ou de leur surprise; d'autres, bien qu'ils puissent à peine se persuader que les impressions (lu'ils éprouvent ne sont pas dues à des objets exléi-ieurs, ressentent un certain doute lorsqu'ils rapi)ortenl ce qu'ils voient à d'autres personnes dont ils recbercbenl parlois la société pour disperser les intrus dont ils sont environnés; une troisième série de malades, enfin, sont parfaitement convaincus, depuis le commencement jusqu'à la fin, qu'ils sont en proie à une maladie qui les rend sujets à de fausses pcrceplions. Dans quelques cas, le malade remarque que les fausses apparitions suivent toujours les mouvements de l'œil ; dans d'autres, dans lesquels probablement la maladie affecte plutôt le sensorium que l'appareil optique, les visions se meuvent devant le malade, ou restent immobiles sans être influencées par le mouvement ou la direction des organes de la vision.

Quelques malades n'aperçoivent de spectres que lorsque leurs yeux sont ouverts, et il leur suflit de les fermer pour les faire disparaître; cbez d'aulres, c'est le contraire. Ceux qui ont été une fois afTeclés d'ballucinations de la vue, sont très disposés à en être de nouveau troublés; ils peuvent même tomber dans un état qui leur permet à peine de distinguer la réalité de l'illusion.

Traitement. — On sait combien le sommeil produit par l'opium est avantageux pour cbasser les fantômes que voient les malades atteints de delirium tremens. D'aulres remèdes seront indiqués dans des cas différents et agiront parfois d'une manière aussi marquée. Témoins les effets de la saignée, dans le cas si célèbre de Nicolaï, le libraire de Berlin, qui, pendant deux mois, fut presque conlinuellement afTeclé d'hallucinations de la vue.

« Bien qu'à ceUe époque, dil-il, je fusse rians un assez bon état de santé de corps et d'esprit, et que je me fusse telleiiienl familiarisé avec ces faiilômes qu'ils n'excilaienl plus en moi la moindre sensation dcsasréalile; mais qu'ils fussent au contraire fréquemment des sujets d'amusement et d'hilarité : néaiinioiiis, comme la maladie augmentait insensiblement, et que les ligures m'apparaissaient pendant tout le jour, et même la nuit lorsque je m'éveillais, j'eus recours à diverses médecines, et je fus enfin obligé de m'appliqucr de nouveau des sangsues à l'anus.

« C'est ce que je lis le "20 avril, à onze heures du matin, ,1'clais seul avec le cbirurgien; et pourtant pendant l'opéralion la cliamiire fourmillait de formes humaines de toute espèce, qui se pressaient les uiiesconire les autres : cela continua jusqu'à quatre heures et demie, époque précise où ma digestion commence, .l'observai alors que les ligures commençaient 11 se mouvoir plus lentement; bientôt après les couleurs pâlirent graduellement; de sept miniiles en sept minutes, elles perdaient de plus en plus de leur inlensilé. sans qu'il survînt aucune altéralion dans la forme des apparitions qui restait dislincte. Vers six heures et d(!niie,lniil(!s les ligures élaieiit complélement blaiiehes, et se bougeaioni très peu; néanmoins leurs formtîs étaient parfaitement distinctes; par degrés, elles de-

ANOMALIES KT AI.Tl'ftATIONS DIVRRSRS DE LA VISION.

Vinrent visililonicnl moins évidenlfs, sans que leur nombre diminuât, comme cela avait souvent eu lieu dans d'autres circonstances. Les ligures ne s'éloignèrent pas, ni ne s'évanouirent comme cela se i)assait d'ordinaire. Dans cette circonstance elles parurent se dissoudre iminédiatenuînt dans l'air; des porlioiis t(uit entières de (luelques-unes d'entre elles persistèrent même pendant un certain temps et Unirent aussi par se perdre graduellement. Vers huit heures il n'en restait plus le moindre vestige, et de|)uls je n'ai jamais plus éprouvé d'apparition de cette nature. Deux ou trois fois encoi'e, j'ai ressenti une disposition, si je puis ni'expi'imer ainsi, à voir quelque cliose, une sensation comme si une apparition se dressait devant moi, mais cela s'évanouissait sur le champ (1). »

Un simple changemenl de position du corps, de nature à modifier 1 état de la circulation du cerveau, a quelquefois suHi pour dissiper les fantômes résultant de sensations morbides. « Je connais un monsieur, dit un anonyme qui a écrit sur ce sujet, actuellement au printemps de sa \ie, qui, suivant moi, n'est surpassé par personne, tant en connaissances acquises qu'en recherches profondes et originales, et qui pendant neuf mois consécutifs fut tous les jours, au moment de son coucher, visité par l'apparition de la même figure humaine menaçant de le tuer. Elle apparaissait quand il se couchait, et disparaissait immédiatement lorsqu'il reprenait la position verticale. (2). »

Il est extrêmement utile de faire savoir à ceux qui sont en proie à ces sensations morbides, qu'ils sont simplement atteints d'une maladie .spéciale de l'appareil optique interne, dont le résultat est de produire la répétition ou l'imitation de sensations antérieures. Par ce moyen on calmera leur esprit, et on empêchera qu'ils n'attribuent leurs visions à des causes surnaturelles, ou que la crainte et la terreur ne les conduisent à la folie (3).

ASTHI-NOPIE.

Syn. — Asibénnpie, de a privatif, ffflévoç, force, el «4', 'œi'- Debililas visus. Hebeludo visti.";. 'impaired vision, Tyrrell. Mnsciilai- amaurosis, 7 J. Adains. Dispo.silion à la faligue des yeux. Bonnet. Kopyopie, Pélreqnin. WeaUsiglitedness. Incapabilily of susiaining Ihe accommodalion of Ihe eyes to near objecls. Angl. Gesichlsschwâcbe. Allem.

On entend par asthénopie cet état de la vision dans lequel les yeux ne peuvent continuer à s'exercer sur des objets rapprochés, quoiqu'au premier coup d'œil le malade les voie généralement bien, qu'il puisse

(1) NicoLAi's Memoir, Nicbolson's Journal, vol. VI, p. 161 ; London, 1803.

(2) Nicbolson's Journal, vol. XV, p. 289 ; London, 1806.

3) Le lecteur qui désircrail pousser plus loin l'étude des halincinalions de la vue, outre les ouvrages déjà cilés, pcul consulU r : Aldehson, Edinburgh Médical and Surgical Journal, vol. VI : AnMSinoNC Ibid., vol. IX : Buhtok Pearson, Ibid. : Simi>son, Pbrrn.dogical Journal, n" (> ; Edinburgh Journal of Science, for April. 1850 : Streetun. Mi.lland Médical and Suri^ical Uoporler, vol 11 • Sutton's Tracis on Dclirium Trcmeus, elc. Scott. On Demonology and W ilclicrari. D 16- iomlon, 1830: Brewster. On Nalural Magic, p. 57; London, 185-2: Craio and CiuifiiE, Edinbnrgh Médical and Surgical Journal, vol. XLVI, pp. 354, 5;i5 :

n 170 ■ A»ERCR0«niE's Inquirics concerning Ihc Inlellcclual l'owcrs, pp. 02, 049; bUin- I.urgh, 1850 : Bostock's Physiology, vol. III, p. 204; London, 1850.

ASTIIl'NOPIE.

logardor aussi longlemps qu'il veul les objets éloignés, et que ses yeux ne présentent i\ Texlérieur iiueune apparence morbide.

Symptinnes. — Le malade ne peut regarder pendant un temps un peu long des objets petits ou rapprocliés, connue lorscpi'il s\igil de lire, de coudre, etc. ; il est obligé, tant à cause de la coni'usion et de l'obscurité qui semble s elendre sur les objets, que par un sentiment de i'aliguc qu'il ressent dans les yeux, d'interrompre son travail. Clicz la plupart des malades, l'attaque débute par une sensation de gène dont ils essaient quelquefois de se débarrasser par de IVéqucnts clignements. D'autres accusent dans les yeux une sensation de tension et de pesanteur, du larmoiement et de la diplopie. Si le malade persiste à se servir de ses yeux, malgré la lassitude qu'il y ressent et la confusion de la \ision, cet eiïort s'accompagne de pesanteur dans la téte et de douleurs dans les globes oculaires, les orbites, les tempes et le front. Une dame par qui j'ai été consulté, devenait sourde quand elle persistait à vouloir lire ou coudre. La surdité ne revenait jamais d'elle-même. Cette malade était nerveuse et afl'aiblie par une ménorrbagie et des inquiétudes d'esprit.

Lorsque le malade est en plein air, il ne se plaint point, car il voit nettement et sans fatigue les objets volumineux et éloignés. Lorsqu'il commence à regarder des objets petits ou"rapprocbés, il les voit aussi d'ordinaire très distinctement, jusqu'à ce que l'attaque d'asthénopie survienne; ce qui, suivant les sujets, s'effectue au bout d'une beure, d'une demi-beure, ou même de quelques minutes.

Après l'attaque, un repos très court suffit d'ordinaire pour rétablir la vue ; de sorte que la faculté de voir de petits objets se rétablit et que le malade se retrouve en état de reprendre ses occupations. Lorsque les objets rapprochés s'évanouissent, pour ainsi dire, devant les yeux ainsi affectés, quelques malades se trouvent soulagés par le seul fait de regarder des objets éloignés qu'ils continuent à voir parfaitement; chez d'autres, les objets éloignés paraissent également confus, et ils ont besoin de se couvrir les yeux pour se remettre de l'attaque. Dans tous les cas, c'est en fermant les yeux que le malade éprouve le plus de soulagement. Pendant que leurs yeux sont clos, quelques malades voient le spectre oculaire des objets qu'ils viennent de regarder, surtout si ces objets présentaient des contrastes remarquables de couleurs claires et de couleurs sombres.

Comme dans l'aslhénopie le malade ne peut supporter longtemps l'effort nécessaire pour lire, écrire, coudre, etc., il ne peut que dillicilement accomplir toute occupation sédentaire qui réclame l'inspection attentive d'objets rapprochés. Lorsqu'il lutte contre ces dillicullés, les attaques de faiblesse et de fatigue des yeux deviennent d'ordinaire de plus en plus fréquentes et de plus longue durée ; néanmoins on rencontre des malades qui ont malgré tout accompli leurs occupations

(ÎO.

ANOMALIES ET ALTl'UATlONS DIVERSES DE LA VISION.

pendant plusieurs années, et chez qui raslhénopie est restée presque la même qu'au début. Les tailleurs et les couturières atteints de cette aU'eclion |)euvent parfois se livrer à leurs occupations pendant les trois ou quatre premiers jours delà semaine; mais pendant les deux ou trois autres, leur vue est si faible (|u ils ne peuvent conliimer qu'avec la plus grande dilïiculté, ou sont même obligés d'y renoncer. Le repos du dimanche rend la force à leurs yeux et leur permet de reprendre leurs occupations le lundi. Dans quelques cas, Tasthénopie survient si facilement que le malade ne peut jamais s'appliquer à aucune profession qui exige l'usage ordinaire de la vue, ou qu'il n'est jamais capable d'apprendre à lire. Ces faits suffisent pour démontrer que l'asthénopie constitue une afTection sérieuse. C'est une infirmité beaucoup plus redoutable que beaucoup de maladies de l'œil, qui, pour un observateur superficiel, présentent un aspect plus formidable.

Les symptômes sont d'ordinaire complètement subjectifs. On trouve à l'examen les membranes de l'œil parfaitement saines, la cornée et les autres milieuxdioptriquestransparents, lespupillesdouéesde la promptitude de leurs mouvements, et ni trop dilatées ni contractées. Dans le moment même oîi l'application des yeux sur de petits objets a déterminé l'attaque accoutumée, les pupilles ne présentent qu'un degré de dilatation moyenne. Dans quelques cas, à la vérité, les yeux paraissent mornes, langoureux et inanimés; ils ont perdu l'expression de la force et de l'intelligence, et pris celle de la faiblesse et de l'indécision; mais le plus souvent ils n'oflrent aucun signe appréciable de maladie.

L'asthénopie, dans le cours ordinaire des choses, ne s'accompagne d'aucun accroissement de la sensibilité, d'aucune photophobie, d'aucune douleur dans les organes de la vision, à moins que le malade ne fasse des efforts pour continuer à se servir de ses yeux, même durant l'attaque. Alors seulement de la douleur se fait sentir dans les yeux et la tète. Quelques malades, néanmoins, accusent, même lorsque leurs yeux sonten repos, une sensation douloureuse dans la partie supérieure du globe de l'œil, comme s'ils y avaient reçu un coup. Beaucoup d'entre eux indiquent aussi comme existant presque constamment, une sensation douloureuse à la partie moyenne et inférieure du front.

La langue est généralement nette; quelquefois elle est gonflée, et le bord porte l'impression des dents. L'appétit est assez bon, et les selles régulières. La maladie parait rarement en rapport avec quelque dérangement des organes digestifs.

La constitution des malades atteints d'asthénopie est généralement délicate. La pâleur de la face et le froid des extrémités indiquent la faiblesse de leur circulation. On ne rencontre que rarement ou même jamais cette maladie chez les sujets robustes ou pléthoriques. Ceux chez qui on l'observe sont, à peu d'exceptions près, pâles et mal nourris; ce sont le plus souvent des jeunes filles délicates, dont le

ASTIIl'NOriE.

corps cl riiUolligcncc sont aiïaiblis par une vie scdcnlairc, le manque d air cl d exercice, el d'autres causes.

Lastliénopie débute rarement chez ceux qui ont déjà atteint la période moyenne de la vie; c'est presque exclusivement dans renlanee ou la jeunesse qu'elle se manilesle. Après avoir débuté dans le jeune âge, elle peut continuer pondant toute la vie.

Les lemmes en sont aussi rréqiienunent atteintes que les hommes ; néanmoins, elle est rarement en rapport avec quelque désordre de la menstruation. ,

Diagnoslk. — Le vulgaire est porté à comprendre toute espèce de maladie de l'œil sous le nom de vue faible; et quelques auteurs de médecine ont également eu le tort de comprendre un grand nombre de maladies sous cette dénomination.

Les maladies avec lesquelles l'asthénopie est le plus sujette à être confondue sont : la photophobie, la myopie commençante, la presbytie, la nyctalopie ou Théméralopie, et l'amblyopie ou amaurose incomplète.

1 . Photophobie. — On confond quelquefois avec l'asthénopie la photophobie qui accompagne l'inflammation de la conjonctive, occasionnée par la chaleur que répand la lumière artificielle intense, celle du gaz spécialement. L'état inflammatoire dont nous parlons est caractérisé par de la chaleur et un état d'irritation des yeux où le malade ressent de la sécheresse el de la raideur, puis ensuite de la douleur et de la démangeaison, de sorte qu'il est obligé de les Irotler continuellement. Ces symptômes sont dus à la suppression de la sécrélion de la conjonctive; mais si la maladie n'est point arrêtée par le repos et d'autres moyens, l'inflammation augmente et la conjonctive commence à sécréter un mucus puriforme. Le malade est obligé, comme dans l'asthénopie, d'abandonner ses occupations ; mais la plus légère attention de la part du praticien lui permettra de distinguer facilement la photophobie occasionnée par celle ophthalmie ou tout autre d'avec l'asthénopie.

2. Myopie. — Il arrive quelquefois que des jeunes personnes vers l'âge de la puberté, après avoir beaucoup exercé leurs yeux sur de petits objets, en peignant, en brodant, etc., deviennenl lout à coup myopes. Elles et leurs parents sont souvent très alarmés en constatant qu'elles ne sont plus capables de distinguer de l'autre côlé de la rue des objets qu'elles y apercevaient parfaitement bien quelques jours auparavant. Elles sont obligées de faire un eflbrt inaccoutumé pour distinguer les petits objels; el au lieu de pouvoir tenir leur livre à la dislance ordinaire de quinze à vingt pouces, elles doivent l'approcher à celle de huit ou dix. La myopie soudaine est surtout sujelleà se déclarer chez les jeunes garçons auxquels on fait apprendre des professions comme celles d'horloger , de graveur , ou chez les jeunes pension-

Page 1