OSCILLATION UL CI.OUK DE LOEIL
laiil ((110 les yeux claicnl dirigés vers quelque objel; mais lorsqu'on soulevjiil la paupière supérieure de Tuii des yeux, el que le malade lerniail l'autre, roscillatioii cessait immédiatement el complètement, et la pupille se cachait sous la |)aupière. Tous les objets paraissaient agités à cause de cet état des yeux, (pii s'accompagnait aussi d'un degré d^miaurose peu inar(|ué. Les pupilles étaient dilatées et riiumeur aqueuse en excès. On avait jugé que ce malade n'était atteint que de myopie simple. Chez une autre malade, j'ai vu roscillation cesser quand elle regardait en bas; mais elle re|)araissait à un haut degré aussitôt qu'elle regardait en haut. La convergence des y<;ux, comme celle qu'on produit en lisant, paraissait dans ce cas suspendre l'oscillation. Lors(|ue les deux yeux étaient ouverts, l'oscillation était très apparente; mais lorsque l'un d'eux était fermé, l'autre devenait tout à lait immobile. Il y avait, sous ce rapport, quelque analogie avec ce qui se passe dans le strabisme.
L'oscillation s'accompagne souvent de myopie, le plus souvent d'asthénopie et d'une sensation de l'atigue des yeux, quelquefois de tremblement de l'iris, el de douleur profonde dans les orbites el dans la téte. Elle accompagne quelquefois le strabisme.
Danscertains cas, Toscillalion trouble remarquablement peula vision. Ainsi, une jeune lille de 17 ans, dont l'histoire est rapportée par Sir Charles Bell (1), lisait parfaitement bien, quoique ses yeux fussent sans cesse en mouvement. Elle enlilait son aiguille sans la moindre difficulté el cousait avec la même habileté que quiconque. Celle malade voyait tous les objets tels qu'ils étaient dans leur étal naturel de repos ou de mouvement. Quand elle se regardait dans une glace, elle voyait son œil se mouvoir rapidement (2).
Causes. — L'absence congéniale du pigment noir, comme chez les albinos, s'accompagne généralement d'oscillation. Ce symptôme existe le plus souvent dans la cataracte congéniale, el devient plus marqué à mesure que le malade avance en âge : c'est une raison qui doit engager à opérer de bonne heure en pareil cas. Il se rencontre souvent aussi avec l'amaurose congéniale, complète ou incomplète, et la perte de la vue occasionnée par rinflammalion scrofuleuse profonde du globe de l'œil. J'ai vu l'oscillation succéder, conjointement avec le strabisme convergent alternant, à l'ophlhalmie des nouveau-nés. Les occupations qui fatiguent les yeux augmentent toujours leur état d'agitation , tandis que le repos le diminue le plus souvent. J'ai observé une fois l'oscilla-
(l) Ncrvotis Sysiciii ol' llic IIiiii}iiii Boiiy, Api)eiulix, p. XLII. Loiulon, 1850.
[(2) Cet (■lat accompagne soiivciil les mauvaises vues, mais par iui-mi''mc il irinfliic en rien sur la vision. IJien plus, par un hasard assez sinsulier, les vues les plus étendues que je connaisse appartiennenl à (les personnes allcintes de Toscillalion des yeux, l/une d'elles peut lire lelcxlcdu |)reinier ariicle des Annales (rOeiilisli(|uc à un décimètre des yeux el il un mcire. A deux ou trois mclres, elle déeliillrc encore (|uelques mots. Un jour que le soleil cclairail une lettre dans un omnibus, je l'ai vue faire un véritable tour île force et lire d'un bout ù l'aulre quelques li-jnes de cette lettre. (AVi/e de M. Gurphi.)]
MALADIl'S DES MUSCLES DE l'oEIL.
(ion des deux yeux dans un cas d'apoplexie avec paralysie du côté. ii;auclie du corps, aiïaiblisseinenl de l'abducleur de l'œil droit, el unii cerlain doa;ré d aniaurose. J.e docteur Wallace(i) rapporte un cas « dans le(iuel les yeux étaient agités de mouvements continuels, semblables à ceux d'un enlant adeclé de cataracte congéniale. Cet état avait ,i été amené par l'usage de l'hydriodate de potasse à trop haute dose.
Traitement. — Dans les cas même les plus favorables de cataracte i congéniale qui s'accompagnent d'oscillation, ce symptôme ne disparaît que lentement, après que la destruction du crislallin opaque a éclairci la pupille. Si la cataracte est complicjuée d'amaurose incom|)lcte, l'oscillation persiste sans changement. Dans les cas d'oscillation aveci amaurose incomplète et douleur profonde derrière les yeux, l'application de sangsues aux tempes soulage la douleur et diminue l'oscillation. J'ai vu survenir, lorsque l'aiïection était congéniale, une amélioration graduelle dépassant toute prévision. Le repos de l'organe et l'usage des toniques sont indiqués dans la plupart des autres cas ; mais nous devons avouer qu'ils procurent rarement une guérison complète el permanente.
Dieflenbach (2) et quelques autres ont divisé tantôt le droit interne, lantôt l'externe, et quelquefois les obliques, dans le dessein de guérir l'oscillation, mais en résumé, les résultais oblenus n'ont pas été encourageajits.
SECTION IX
NYSTAGMUS.
De VcUff'uaÇa), je nCincline.
Ce mot s'emploie pour désigner un mouvement involontaire du globe de l'œil d'un côté à l'autre. C'est une convulsion clonique des muscles droits, symplomalique de diverses affections nerveuses, telles que l'hystérie, l'épilepsie, la chorée, etc. Dans un cas de compression du cerveau par un épanchement de sang, à la suite d'une fracture du crâne, j'ai vu cette sorte de mouvement de pendule des yeux se manifester pendant quelques heures avant la mort. Il persistait sans interruption, même quand les paupières étaient fermées. Le docleui Bright (5) décrit le nystagmus comme produit par la compression cérébrale, dans un cas d'asphyxie par le charbon.
(1) Lanccl,26 Mardi, 1856, p. 9.
(2) OiEFFiîNDACii. Uel)cr (las Scliiclen, p. 199. Berlin, 1842 : Clielius, llandbiich (1er Augenlieilkundc; vol. I, p. 59i: Slutlgarl, 1843.
(5) Keporisol' Médical Cases, vol. Il, p. 226. Loiidoii, 1851.
LÉSIONS TRAUMATIQIIKS l)K I.A COUNKK.
CIIAPlTUb: XII.
LÉSIONS TIIAUMATFQUES DU GLOBE \)K l'oKIL.
Dans les sections I''' et II" du ehupitre IV, nous avons traité des lésions Iraumatiques de la rnembianc miico-cutanée qui recouvre la face antérieure du globe de l'œil; nous avons maintenant à examiner celles qui atteignent les tissus propres de lorgane. Avant d'entrer dans rénumération de ces diverses lésions , je saisis l'occasion qui se présente ici de recommander aux praticiens de ne |)oint négliger les déplétifs, surtout la saignée générale, dans les cas de lésion traumatique de l'œil. Le peu d'étendue et la légèreté apparentes de ces lésions font que I on n'y accorde pas toujours une attention suffisante; la perte totale de la vision peut être la conséquence de cette indifférence. Sans doute on peut avoir besoin de recourir à d'autres moyens tant locaux que généraux, tels que le mercure, lorsqu'il y a menace d'inflammation interne; mais on oublie moins souvent ce moyen, ainsi que les applications locales, que la saignée. J'ai rencontré beaucoup de cas, dans ma pratique, où la vision, perdue depuis des semaines, a été rapidement restituée par la saignée du bras.
SECTIOIS I-.
LÉSIONS TRAUMATIQLES DIÎ LA CORNIÎE.
% l- — Contusion de la cornée.
Des corps étrangers d'un petit volume, lancés avec violence contre la cornée, dont ils s'écartent ensuite immédiatement, y déterminent quelquefois une inllammation très intense qui se termine par une idcération de la partie frappée, un épanchement entre ses lamelles et d'autres eflels fàcbeux. La cornée est quelquefois défoi-inée d une façon permanenle à la suite d'un coup. Je n'ai pourtant jamais vu survenir cette déformation, si ce n'est dans les cas où il y avait eu en même temps déplacement du cristallin.
l.l'-.SIONS TUM MATiyn.S Dr
OI.OltF, I)F. 1. OKII..
^ II, — Corps étrangers logés dans la cornée.
On voil, fréqucininciit de peliles pai-liculcs dures, angideuscs, et quel- (liid'ois cil igiiilioii, projetées avec lanl de loree contre la cornée, qu'elles ^ pénètrent non-sculcinont répilliéliuin, mais la laine élastique antérieure > et le tissu propre de la cornée : tels sont, par exemple, un copeau d'acier, . une étincelle échappée de renclunie, un |)elit IVai^ment de pierre., un i éclat de bois, une parcelle de verre. Lorscju un petit corps étranger de ila nature de ceux que nous venons d'énumérer, est enfoui dans la » cornée, il ne détermine pas un flot de larmes aussi constant, un spasme r aussi intense de Torbiculaire des paupières, ou une innammalion aussi i prompte des tuniques externes de l'œil, ([ue lors(iu'il est lixé sur la i surface externe de la cornée.
Ordinairement, peu d'heures après que le corps étranger s'est i enfoncé dans la cornée, la portion de celle membrane qui l'entoure devienl trouble et opaque, en proportion de la violence des symptômes • innammatoires qui surviennent. La conjonctive et la sclérotique rougissent; la douleur varie de nature et d'intensité, suivant que rinflainmalion occupe spécialement l'une ou l'autre de ces tuniques. Si c'est la conjonctive qui est surtout enflammée, le malade éprouve la sensation de grains de sable dans les yeux; si c'est la sclérotique, il se développe une douleur pulsative circum-orbilaire. On peut même voir survenir une iritis avec elTusion de lymphe dans la pupille, surtout s'il existait déjà une tendance à l'iritis, ou une disposition phlogistique constitutionnelle. En même temps, la partie qui recouvre le corps étranger, ou qui se trouve en contact avec lui, privée de vie probablement par la violence du choc qui l'a frappée, ou cautérisée par l'état d'ignition du corps qui l'a atteinte , se transforme graduellement en une eschare qui, se détachant par suite du travail d'ulcération et de suppuration, finit par tomber avec le corps étranger. Il reste alors un ulcère de la cornée, plus ou moins profond, et qui guérit en général promptemeul, en laissant toutefois après lui un leucome ou cicatrice opaque. S'il s'agit d'une particule de fer qui n'était pas en ignition, et qu'on a abandonnée jusqu'à son oxydation, elle laisse après elle une tache brune résultant de la rétention de l'oxyde dans la substance de la cornée. (Voyez p. 542.)
L'inflammation de la cornée est quelquefois très intense et donne naissance à un épanchement inter-lamellaire. Lorsque le corps étranger a été extrait et l'inflammation abattue par les antiphlogistiques, la matière épanchée se résorbe ordinairement; mais si l'on na pas pris ces soins, l'épanchement purulent peut s'accroilre, l'hypopion venir s'ajouter à l'onyx qui existait déjà, et l'œil se détruire. Ce résultat arrive surtout fréquemment lorsque des tentatives grossières ont eie
LÉSIONS TRALMATigiJKS DK LA COUXÉU. .)/■'
laitos par des ouvriers pour enlever des piirlicules de pierre ou de Ter enlbncées dans la eoriiée. Je pourrais extraire du journal du (Jlasf/oir Eye In/irmarij plusieurs cas regrellahles où des ouvriers Irop |)résompUuHix, ayant essayé d'enlever a\ee un canif ordinaire des corps élraniïers enl'ouis dans la (îoi née, y onl provo(|ué une violente inllanimalion <pii s'est, lenninée par une ulcération étendue, l'onyx, l'hypopion, le stapliylouie et la perte de la vision.
Quelquefois, lorsqu'un corps étranger est demeuré un certain temps enfoui dans la cornée, il se dépose au-dessus de lui une couche de substance nouvelle ([ui fait cesser l'irrilalion d'abord produite par sa présence et lui permet d'y séjourner pendant toute la vie sans donner lieu à aucune irritation ultérieure. C'est ce que j'ai souvent vu arriver pour des grains de poudre ou des particules de charbon lancées par des explosions.
Dans d'autres circonstances, la forme du corps étranger, ou la façon dont il est fixé dans la cornée, s'oi)pose à ce qu'il soit entraîné, ou recouvert de la façon que nous venons d'indiquer; il continue alors à produire de l'irritation et de l'inllammation , d'où peut résulter la perle de la vision. J'aurai occasion, dans le paragraphe intitulé : Plaies pénéiranfes de la cornée, p. 586, de citer un cas empnuilé à la pratique de M. ^^^ardrop, qui mettra bien ce point en lumière (1).
On conseille généralement, lorsque l'on veut extraire un corps étranger enfoui dans la cornée, de couvrir l'autre œil d'un bandage, ou du moins de le fermer avec les doigts ; mais il est souvent plus avantageux , afin d'immobiliser l'œil sur lequel on opère, d'engager le malade à regarder fixement de l'autre, quelque objet placé devant lui. On fait asseoir le malade à un jour convenable; un aide se place derrière lui, soutient la tète, soulève la paupière supérieure, et empêche l'œil de se diriger en haut. Si l'on n'a pas d'aide sous la main, on peut appuyer la téte du malade contre la muraille, ou le coucher sur une table, et écarter les paupières avec les doigts de la main qui ne lient pas rinstrumenl avec lequel le corps étranger doit être enlevé. Le spéculum d'Adams peut être utilement employé à relever la paupière supérieure et k fixer le globe de l'œil. Si celui-ci est agité de mouvements involontaires, un aide le fixera en saisissant la conjonctive avec des pinces. Quand cette manœuvre est faite adroitement, l'œil reste parfaitement tranquille; si le malade est Irop agité, l'on peut recourir au chloroforme.
Lorsque les particules étrangères ne sont fixées que dans la lame
[(1) n faut enlever immcdialemenl les corps (•lranE;er.s logi^s diins hi eonicc ou duns la chambre anlérioin-e. Une pelile parliciile de fer peut qiichpicrois produire, dans l'cspaee de viui;tqiialre lieurcs, lieaiicoup do roniçeur de la conjonctive, du Irouhle de la eornée et niûme uu onyx. Si on l'enlève le deuxième jour, qu'on applique des sangsues et de la belladone, el qu'on administre le calonicl avec de ropiiim, la eornée peut s'éclaiir.ir très-vite. Mais il vaut toujours mieux faire l'extraction le plus tôt possible après raccidenl. (iVo/c de M. Mackcnzie.)]
LKSIONS TIlAllMATiyi'I.S \)V (il.OUK i)V. l/oEIL.
olasliqiie anlôrieiirc, cl, non au-dessous d clic, on réussit quclquelbisi à les (Milovci' avec le bord de la pelilc spatule en argent. (K. lig. 47 ■ p. 5^27.) Si elhîs sont enroncées plus |)r()i'on(lénienl, on les déloge avec 1 la pointe d'un instrument acéré, coninie une aiguille ou un couteau à (■alaracte. Ou n'y réussit, dans la plupart des cas, qu'en enfoncanif complétenient la pointe de rinslruincnt au-dessous de la particule de fer ou de pierre, de façon à la soulever; parfois nu'me le cori)s étranger est si solidement lixé, que ce moyen ne réussit pas, à moins (|u'avaiUi d'y recourir on n'ait commencé pai' inciser largement la -j^ortioii de la substance de la cornée qui se trouve au-devant du corps étranger (1).
Le docteur Jeanneret propose, pour faire disparaître les particules de fer, de baigner l'œil tenu ouvert dans un verre à vin plein d'eau et lenant en dissolution de 1 à 5 grains de sulfate de cuivre par once d'eau (^2).
[On a recommandé l'iode dans le but de transformer le fer en iodure soluble dans les cas d'extraction difficile ou impossible; la solution à employer est celle-ci : iode, S centigrammes; iodure de potassium, 50 centigrammes; eau de roses, 100 grammes. Dans un cas, dès la première application du collyre, la paillette d'acier s'oxyda et son brillant disparut. Bientôt les symptômes de l'ophlhalmie traumatique s'anien- «lèrent et le malade recouvra parfaitement la vue. Dix minutes suffirent pour dissoudre une battiture volumineuse. On lave ensuite l'œil avec du lait, puis on le couvre de compresses d'eau froide, pour prévenir la conjonctivite. T. W.]
Le docteur Jacob dit que , dans le cas où une particule de fer a séjourné assez longtemps dans la cornée pour y avoir produit un ulcère avec tacbe, il faut, après avoir enlevé le corps étranger, gratter avec l'aiguille la surface de l'ulcère , afin d'empêcher que la tache ne devienne indélébile (5). Autenrielh propose de dissoudre avec de l'acide muriatique dilué la portion de rouille qui resterait après l'ablation de la particule de fer (/(■). Von Ammon enlève, en pareil cas, avec le couteau à cataracte, le corps étranger avec une portion de la cornée (S). Ces trois méthodes prêtent toutes à de graves objections. Quand le malade ne se présente que quelques jours après i'accideul, le chirurgien doit examiner soigneusement la partie, en concentrant la lumière sur elle au moyen d'une lentille, ou en rexaniitiant à travers le microscope ophthalmique, pour s'assurer que le corps étranger est encore présent, et ne pas s'en laisser imposer par
[(I) Voir, pour l'exlraclion des corps étrangers de la cornée, DKSMAnnES, 2" édition lonic H, |).3H,314, trois excellentes figures (21, 22, 23) représentant diverses manœuvres ingénieuses pour la pratique de celte opération.]
(2) Médical Times and Gazette, April 24, 1832, p. 428.
(ô) Dublin Ilospilal Reports, vol. V, p.372 Dublin, 1830.
(4) Zeitschrilt fur die OplUhalmologie, vol. Il, p. 552. Drcsden, 1832.
(3) Ibid, p. 331.
LÉSIONS TIUUMATIQUES DE LA COUNÉE. -J^l
roxydc lil'un qu'il laisse souvent après lui et qui coiislilue une laclic brune qui disparait en générai trelle-niénie au bout de luiilà dix jours.
Quand le eorps étranger a été enlevé par le ehirurgien, il reste dans la cornée une dépression (jui se remplit en général proinptenienl, et line auréole opaque qui disparait peu à i)eu. En enlevant les particules étrangères lixées dans la cornée, on emporte souvent une portion cousidérabie de son épilhélium; mais celui-ci se reproduit avec toute sa transparence, à moins que, comme on ne le lait ([ue trop souvent, on ne baigne l'œil, après lopéralion, dans une solution d'acétate de plomb (|ui rend la cicatrice opaipie.
On fomente les yeux deux qu trois fois par jour avec de l'eau chaude, et l'on peint les paupières avec de l'extrait de belladone. Ce moyen modère considérablement la iibotophobie qui accompagne les abrasions et les ulcérations de la cornée. La saignée, soit locale avec les sangsues, soit générale, est très utile, et quand il y a beaucoup d'irritation, il ne faut la négliger sous aucun prétexte. On purgera le malade et on lui fera garder le repos, sans lui permettre d'essayer de se servir de son œil avant que toute menace d'inllammation ait disparu. Quand, à la suite des lésions dons nous venons de parler, il s'établit un ulcère profond de la cornée, l'évacuation de l'humeur aqueuse est un des moyens les plus efficaces pour conjurer les accidents.
g III. — Plaies par piqûre de la cornée.
Les plaies par piqûre de la cornée , même lorsqu'elles ne sont pas pénétrantes, doivent être surveillées avec le plus grand soin, car l'inflammation qui leur succède est quelquefois promptement désorganisatrice. J'ai vu une simple piqûre d'aiguille produire, pendant l'espace de quelques jours qu'on la négligea, une inflammation telle, qu'elle se termina par un dépôt abondant de lymphe et de pus entre les lamelles de la cornée et dans la chambre antérieure. La saignée du bras, d'abondantes applications de sangsues, les purgatifs, le repos, un régime antiphlogistique rigoureux, sont nécessaires. On doit employer conti e l'inflammation de l'iris, qui est sujette à se présenter et à se terminer, lorsqu'on la néglige, par l'occlusion de la pupille, le calomel avec l'opium à l'intérieur, et la belladone à l'extérieur.
[Obs. 331. — Le docleur Kreig, de Merseburg, rapporte le cas curieux d'une blessure de la cornée par une piqûre d'abeille. Le blessé élail un bomme de 60 ans; l'abeille l'avait piqué au centre de la cornée, ce qui avait donné naissance à une inl'laninialion extrêmement douloureuse. Le médecin qui le vit le premier airirnia qu'il avait extrait le dard, mais il n'employa aucun remède pour faire cesser l'irritation de l'organe. Lorsque le docteur Kreig vit le malade, cinq semaines après l'accident, la conjonctive était fortement byperlropliiée et la cornée recouverte d'une membrane opaque épaisse. 11 y avait tout lieu de croire que les parties internes de l'oeil étaient également malades. En examinant soigneusement l'œil avec une loupe, on découvrit au centre de la cornée un point noir et légèrement proéminent, autour duquel existait une forte injection. Le docleur Kreig enleva de ce point un long corps filiforme, constitué par le reste du dard de Ta-
•^^'^ LÉSIONS TUAUMATIQlli:s 1)1] CI.OliE UK LOVAI.
beilic. L'innuiiiiiialion commença bienlôl ù (liminuor, et au bout il un mois la cornée avait en partie recouvré sa transparence, mais il resta des traces permaïK'iites et reniardual)!.'! (leseflels produits i)ar la blessure. Ainsi, la teinte de l'iris passa du (?ris bleuâtre au bien parfait, la pupille resta dilatée et insensible à Tuction de la luinic're, et le malade qui avant cet accident, se servait de verres convexes, dut l'aire cliangeri'un d'eux conln' un verre concave, l'œil gauclie étant devenu myope (1). T. W. ]
[Ohs. 33'2. — .l'ai extrait, six à liuit semaines après l'accident, un grand nombre des épines de l'enveloppe d'une cbâtaisne qui s'étaient enfoncées dans la cornée. Le malade était un garçon de douze ans, admis le K) novembre 1838 au Wills hospUnl. Il raconta que six semaines avant son eiitré(i, pendant qu'il était occupé avec un de ses camarades à abattre des cliàtaignes, et pendant qu'il regardait en l'air, un de ces fruits, encore garni de son envelopi)e épineuse, se détaclia de l'arbreet vint le Irapper sur l'œil. L'inllammalion qui survint n'ayant point cédé aux remèdes domestiques et la vue restant affaiblie, sa mère l'avait amené à l'hôpital. On apercevait dans la-cornée quatorze ou quinze épines de châtaigne, dont plusieurs avaient complètement traversé cette membrane. La conjonctive était un peu injectée mais beaucoup moins qu'on n'aurait dû le supposer. Trois de ces épines furent extraites avec la pointe d'une aiguille à cataracte; mais l'œil devint alors si sensible, s'injectanl et sécrétant une si grande quantité de larmes, que je crus devoir m'abstenir de tenter pour le moment de nouveaux efforts. On prescrivit une once de sel d'Epsom à prendre moitié de suite, l'autre moitié le lendemain matin. Deux jours après, j'enlevai deux nouvelles épines. L'irritation de l'œil m'engagea encore à m'arrêter, et je prescrivis le sel purgatif comme la première fois. En suivant celte méthode, je parvins à enlever toutes les épines. L'une d'elles qui avait perforé la cornée et semblait avoirpénétré dans l'iris, ne l'ut extraite qu'avec difficulté, et je ne réussis à l'enlever qu'après plusieurs tentatives. Lorsqu'elle vint, elle fut suivie d'une portion de l'humeur aqueuse. La plaie qu'elle laissa se guérit aussi facilement que celle des autres, et, finalement, il était difficile de découvrir où les épines avaient pénétré (2). T. W. ]
§ IV. — Plaies par incision de la cornée.
I! y a des plaies par incision qui ne dépasseni, guère la lame élastique antérieure de la cornée ; elles déterminent pendant un certain temps la diplopie pour l'œil blessé. Les lèvres de ces plaies se gonflent et restent i écartées. On peut quelquefois craindre de voir la plaie s'ulcérer et déterminer une perforation de la cornée; mais, le plus souvent, elle se contracte graduellement et se guérit en laissant une cicatrice linéaire. J'ai vu une plaie de celte nature, faite avec la pointe de ciseaux, amener l'astliénopie.
\\ V. — Plaies pénétrantes de la cornée. — Perte de l'humeur aqueuse. — Prolapsus de l'iris. — Fistule de la cornée. — Ophthalmitis et autres eOets des plaies de la cornée.
Les plaies qui pénètrent à travers la cornée dans la chambre antérieure sont tantôt nettement incisées, tantôt déchirées ; elles ne constituent parfois qu'une simple piqûre ; d'autres fois, elles s'étendent à toute la largeur de la cornée ; enfin, elles peuvent en occuper le bord ou le centre : il en résulte des effets diflérents, suivant les cas. On rencontre des plaies pénétrantes de la cornée, si petites et si obli-
[(1) GazeUc des Hô|)il,aux I8i3, juin 27, extrait de Caspiîr's Wôchenschrifl.] [(2) Hays. Édition aiiicricainc de Lawrence, p. 189. Philadelphie, 1854.]
LÉSIONS TU.UIMATIQUF.S DK LA CORNÉE,
qucs, qu'elles ne donnent lieu à aucun écoulement d'humour a(|ucuse, et qu'elles guérissent par première intention, laissant à peine une cicatrice visible ; d'autres Ibis, la plaie laisse suinter pendant des semaines l'humeur aciueuse, mais à la lin clic se réunit, souvent sans (|ue l'œil ait éprouve de dommaire sérieux et |)crnianenl. Dans une troisième série de cas, la plaie s'enllaunnc, supi)ure et laisse après elle une cicatrice opaciue qui génc plus ou moins la vision , scion sa situation et son étendue. L'irrégularité de la cornée dans la partie blessée, indépendamment de l'opacité , entrave beaucoup la vision et occasionne quehiuelbis la diplopie, quand le malade ne regarde les objets qu'avec l'œil blessé. Tandis que les plaies occasionnées par des instruments bien aflilés sont moins dangereuses , celles qui sont produites par des corps épais et irréguliers , comme un clou, une aiguille d'emballeur ou la dent d'une fourchette, peuvent, en moins de vingt-quatre heures, occasionner une opacité considérable, avec gonllcment et suppuration de la cornée. Ces sortes d'accidents se terminent souvent par l'atrophie de l'œil, après une inflammation longue et violente.
ISeiiï fois sur dix, les plaies pénétrantes de la cornée sont suivies de la perte soudaine d'une quantité considérable d'humeur aqueuse et de la hernie de l'iris. Celle-ci survient surtout lorsque l'ouverture de la cornée est située près de sa circonférence. Le prolapsus est dù, en partie à ce que l'iris perd le point d'appui que lili fournissait l'humeur aqueuse qui s'est échappée, en partie à la pression exercée par le reste de ce lluide qui cherche aussi à s'écouler par la plaie. La pupille est attirée vers la portion d'iris heruiéc , et comme il n'arrive que trop souvent que le prolapsus n'est pas réduit, l'iris s'unit aux lèvres de la plaie, et la difformité persiste à jamais. Le cristallin étant blessé dans beaucoup de cas, donne lieu à une cataracte que l'on reconnaît dès que l'étal de la cornée permet d'examiner l'intérieur de l'œil. C'est ce qui arrive souvent lorsque des enfants se blessent avec des objets tels qu'un canif, une fourchette, des ciseaux, un morceau de verre.
La perte de l'humeur aqueuse, que les anciens considéraient comme équivalant à la perte de la vision, est promptement réparée par une nouvelle sécrétion de ce fluide. La réduction de l'iris hernié est beaucoup plus difTicile et est souvent impossible. M. Lawrence dit qu'il ne l'a jamais vue s'accomplir (1). On peut cependant quelquefois réussir par les moyens suivants , si on les emploie une heure ou deux après l'accident , et surtout si c'est la poriion pupillaire de riris qui est lier niée.
La première chose à faire, c'est de provoquer, au moyen de la belladone, la plus forte contraction possible des fibres radiées de l'iris. La meilleure manière d'obtenir ce résultat, c'est de faire tomber dans
(1) Leçons dans Uie Lanccl, vol. X,p. 482. London, 1826.
584 MCSIONS TR.MIMVnQUKS DtJ GI.O»K DK l'oEIL.
chiUluc œil quclfiucs goiUlcs (riuic soluUoii de 3 à 4 grains d atropine dans une once d'caii. I.a pupille saine, en se dilalani,, aide par sympa- > line à la dilalalion de celle d(! Vœ\\ blessé. Si Ton n'a pas d'atropine . sous la main, on l'ait usage d'extrait de belladone dissous dans l'eau, i ([u'on emploie de la même façon, et doiit on enduit aussi les paupières.
Il faut ensuite placer le malade sous l'inlluencc du chloroforme. ' Ce moyen non-seuleinenl favorise la dilalalion de la pupille, mais " empêche de plus toute résistance et toute agitation de la part du malade, pendant les eiïorls que l'on fait pour faire rentrer l'iris hernie. L'œil, au moment où nous le voyons, est ordinairement déjà enflammé, , intolérant pour la lumière, et le siège d'une douleur aiguë. La cornée q est, en général, plus ou moins flasque, et en essayant de lixer l'organe, on fait écouler assez souvent une nouvelle quantité d'humeur aqueuse. Ces symptômes sont modérés par l'influence du chloroforme.
Le malade étant dans la position horizontale, on exerce sur l'œil, à . travers la paupière supérieure, des frictions que l'on continue pen- dant quelques minutes , puis on expose brusquement l'œil à une vive lumière. C'est un moyen auquel il ne faut pas renoncer trop tôt ; il faut ■ l'essayer à plusieurs reprises, patiemment, et en y consacrant chaque fois plusieurs minutes. Le but de cette manœuvre est de refouler en i arrière l'iris hernié à travers la plaie de la cornée, en faisant mouvoir : circulairement la paupière sur la surface du globe de l'œil. Si cela ne réussit pas, on comprime avec la curette ou une petite sonde mousse ■ la portion d'iris déplacée, afin que le reste d'humeur aqueuse , logée ■ derrière elle, puisse s'écouler. Lorsque l'on y réussit, on peut avoir • la satisfaction de voir l'iris glisser en arrière et reprendre sa place.
Dans l'espace de quinze à trente minutes, l'atropine ou la belladone • auront probablement agi sur la portion non déplacée de l'iris de façon i à dilater la portion de pupille encore libre et à attirer en place la portion déplacée. Si le déplacement persiste, il faut renouveler les friclions et les tentatives avec la curette ou la sonde. Si l'on réussit, on i recommande de toucher la plaie avec un crayon de nitrate d>rgent l taillé en pointe, pour empêcher tout nouvel écoulement d'humeur • aqueuse (1).
Si le prolapsus de l'iris résiste à l'action de la belladone et aux efforts tentés par le chirurgien pour le replacer avec la curette ou la sonde, il faut le ponctionner ou l'inciser avec l'extrémité de petits ciseaux. Cela permet à l'humeur aqueuse, située derrière la portion hcrniee, de s'échapper, et favorise la rentrée de l'iris dans sa position normale, rentrée qu'il faut s'elïorcer de favoriser à l'aide des moyens que nous venons d'indiquer (2).
(1) Voyez un cas de prolapsus de l'iris traité avec succès par le docteur MiCFAnLAXt. Glasgow Médical Journal, vol. I, p. 104. Glasgow, 1828. ,n,.„ii „ ic i ondon I8H.
(2) GiBSON's Praclical Observations on Ihe Formalionofan Artificial Pupii, p. 42. London.
LÉSIONS TRAUiMATlOLKS DE L\ COUMCK.
Lorsque loulos les tentatives pour réduire la portion d'iris herniéc ont échoué, on peut la retrancher d'un coup de ciseaux, ou la laisser se rétracter lentement et dis|)araitre. Le prenuer de ces deux moyens est corlainoment celui que l'on doit préférer, car la portion hcrniéc abandonnée à elle-même est |)cnilant loni!;(em|)s une cause d'irrMatuju. Son volume, au lieu de diminuer, va pendant un certain temps en s'accroissant ; la pupille se trouve plus tiraillée de ce côté, el la cicatrice est plus étendue qu'après l'excision. Si le malade se refuse à cette petite opération, on touche, tous les deux jours, la portion herniée avec le nitrale d'argent. Sous rinlUience de ce traiicment, l'iris contracte des adhérences avec la cornée, s'ad'aisse graduellement, se recouvre de lymphe plastique, et Unit par disparaître, laissant la pupille déformée d'une manière permanente et la vision plus ou moins altérée, suivant la dimension el la situation de la cicatrice.
[Si c'est la portion d'iris voisine de ses attaches ciliaires qui fait hernie, la dilatation de la pupille au moyen de la belladone n'est indiquée que dans le cas où la solution de continuité de la cornée est très large et où l'on a à redouter la procidence de toute la marge iridienne. Mais dans tous ceux où cette plaie de la cornée est limitée à un millimètre environ du bord correspondant de la pupille et ne menace que la partie sous-jacente de l'iris , il faut se garder de faire usage des mydrialiques. Dans le premier cas, si l'on parvient à dilater la pupille, il est évident qu'on sauvera toute la portion de cette ouverture située dans l'extrémité opposée à l'ulcération; tandis que, au contraire, dans le second, la portion herniée même de l'iris servira à oblitérer Fouverlure sans risque aucun pour la vision (1).
Lorsque la série des moyens qui viennent d'être exposés a été vainement appliquée, M. Desmarres pratique sur la conjonctive scléroticale, dans la partie qui se trouve en regard de la hernie de l'iris, en ayant bien soin de ne pas toucher à celle-ci, une ou plusieurs cautérisations énergiques au moyen du crayon de nitrale d'argent. Tantôt il cautérise seulement trois ou quatre points ; d'autres fois il fait une trainée de caustique sur le pourtour de la cornée, dans le voisinage de la hernie. Si une première cautérisation n'a pas suffi, il en pratique, à deux ou trois jours d'intervalle, une deuxième, une troisième, une quatrième, sur la cornée même, mais en ayant grand soin que le caustique ne s'étende pas sur l'iris , car autrement la hernie pourrait devenir plus volumineuse à l'instant même. On se borne ensuite à des applications d'eau froide. M. Desmarres affirme avoir réussi à réduire par ce moyen, dont il explique fort ingénieusement le mode d'action (2), des hernies de l'iris anciennes, et où des adhérences s'étaient déjà établies entre cette membrane et la cornée. T. W. ]
[ (I) Di;sMU\iii:s, loc. rit., l, II p. 280. ] [(2j M., l. II, |). m.]
LESIONS TU.UiM.VïKJlJKS CI.OliK UK l/oKlL.
Les plaies Irès élendues de la cornée cxposenl moins au ])i*olapsus \ (le i'ii'is (pie les ])laies plus ])el,il('s. Ainsi, la scclion de la cornée, dans v rexlraclion de la calaracle, esl, rai'cnienl suivie d'un pi'olapsus iinniédial, tandis que l'ouverUire pratiquée pour Topéralion de la ])upille • arlilicielle par excision, et qui ne s'étend qu'au quart de la circonférenée de la cornée, donne presque toujours lieu à une hernie de l'iris. Le même résultat s'observe lorsqu'il s'agit de plaies accidentelles. Oji ni a vu la cornée divisée complètement en travers, par un instrunieni li bien tranchant, guérir avec une légère cicatrice linéaire et sans (pi'il survint de prolapsus de l'iris (1). Toutefois, dans les cas où la cornée a été complètement divisée suivant l'un de ses diamètres par un caiiif, i un morceau de verre, etc., l'iris, bien qu'il n'ait pas l'ail hernie, se réunit souvent à la cornée, et le cristallin, ayant été touclié, devient opaque (2).
Les plaies pénétrantes de la cornée dont nous venons de parler, sont faites par des corps étrangers qui ont été retirés immédialement, tels que la pointe d'un canif, une fourchette, une paire de ciseaux, des morceaux tranchants de laiton ou de bois, des éclats de métal ou de : pierre projetés contre l'œil, etc. Il arrive néanmoins parfois que le corps vulnérant reste fixé dans la cornée. j
Obs. 333.— Le 29 juin 1846, on me fit lever à deux heures du malin pour extraire de la • cornée d'un homme un hameçon qui y était fi\é depuis la veille à huit heures du soir. La pointe de l'hameçon avait pénétré dans la cliambre antérieure, et sa dentelure était cachée dans la sufistanc.e de la cornée. En le saisissant solidement avec des pinces, et en .1 tirant lortenienl, je parvins à le faire sortir par le chemin qu'il avait suivi, résultat que 1 je n'espérais pas pouvoir obtenir sans agrandir la plaie. Le lendemain, l'œil paraissai bien ; mais l'iris, par suite delà perte de l'humeur aqueuse, se trouvait en contact avec la cornée. Je dilatai la pupille avec la belladone, et en deux jours l'œil se trouva parfaitement bien-
J'ai fait allusion, page 579, à l'observation suivante :
Obs. 334. — Un malade se présente à l'hôpital de M. Wardrop, l'œil gauche très rouge • et atteint d'une pholophobie intense. On apercevait au côté temporal de la cornée un point opaque, auquel la pupille, irrégulière, adhérait. Quatorze semaines auparavant, pendant qu'il était à tordre un morceau de fil d'or, celui-ci se cassa et un petit fragment i vint frapper l'œil. Trois jours après, il survint une inflammation intense, avec forte don- ■ leur, qui persista pendant cinq semaines malgré des déplétions actives. A partir de celle r époque, la douleurdevint moins aiguë. Quelques jours après son arrivée à l'hôpital, on • aperçut un morceau de fil d'or dont une portion faisait saillie à la surface de la cornée, . et dont une autre, plus considérable, paraissait emprisonnée dans le point opaque. On le dégagea facilement au moyen d'une pince; mais son extraction fut suivie de l'écoulement de l'humeur aqueuse. La portion de fil métallique avait trois lignes de long, et Tune de ses • extrémités avait pénétré dans la chambre antérieure. Le malade éprouva un grand soulagement de l'extraction de ce corps étranger, et l'inflammation et l'opacité disparurent promptement (3).
(1) RoGxiîTTA. Cours pulilio d'ophthalmologie. Lancette française, / janvier 1837.
(2) Dkmouiis. Traité des maladies des yeux, p. 55. Paris, 1818.
(3) Lancet, vol. X, p. 475. London, I82U.
CORPS KTIUNGERS DANS LES CHAMBRES DE l'iIUMEL'R AQUEIJSE. .')87
Il arrive quol(|U('fois qu'iino plaie pénélraiile de la cornée, siluéc à circonrérence, conlre la scléroliqiie, el arrivant jusque dans la r'hanibre antérieure, se trouve lertnée par la eicalrisation de la conloiu'live qui la recouvre, bien que le tissu pro|)re de la cornée ne se .oit pas réuni; de sorte que l'hunieur aipuMise s'écoule par Touvcrlure de la cornée et vient soulever la conjonclive sous la foi-ine d'une vési- ,,de. Si Ton retranche d'un coup de ciseaux la petite tumeur (jui en résulte, il s'échappe une quantité considérable d'un Ikiide ténu, el au fond de la ca\ité que l'on a ainsi ouvcric, on aperçoit un orilice qui ..oiiduil dans la cluunbre antérieure. Si l'on ne l'ait rien de plus, la conjonctive guérit; mais la fistule do la cornée, comme on l'appelle, persiste, et la vésicule se reproduit. Pour l'ernu'r l'ouverture fistuleuse, il liuil, après avoir retranché la conjonclive avec les ciseaux, toucher l ouverlure de la cornée avec un crayon de nitrate d'argeiit taillé en pointe (1).
Les plaies de la cornée, produites par des éclats de fer ou de pierre, lancés avec force contre l'œil, et pouvant intéresser l'iris et le crisiallin, peuvent être suivies d'ophthalmilis phlegmoneuse. Si la cornée cl la sclérotique ont été blessées à leur point de jonction, l'iris y fail hernie ; la pupille est attirée vers la plaie, el, après que celle-ci est cica- Irisée, on voit fréquemmenl survenir une inllammalion sympathique de l aulre œil. Dans une plaie de Vœ'û dans laquelle la cornée seule a été divisée, les eflets de la lésion peuvent s'étendre à l'intérieur de l'organe, comme dans le cas suivant :
Obs. 333. — Une plaie de la cornée produite par un éclat de fer détermina une infiammalion considérable de la conjonclive elde la sclérotique, un grand Iroubledans la chambre aiilérieure qui se remplit de lymplie, eluiie coloration vert doré de l'iris. A mesure que la cluinibre antérieure s'éclaircit, on aperçut de la lymphe plastique déposée sur la capsule (lu cristallin. Celle lymphe s'absorba graduellement, el l'on vit que le cristallin était Iransinirent; mais l'on aperçut derrière lui une opacité d'apparence concave, d'une couleur gris-verdàlre, et qui était probablement de la lymphe épanchée sur la surface de la réline. L'œil ne conserva que la faculté de distinguer la lumière de robscurlté.
Dans un cas rapporté par M. Pollock, l'inllammalion violente qui succéda à la section transversale de la cornée par un coup de fouet, fut suivie d'un tétanos mortel (2).
SECTION II
COUPS ÉTRANGERS DANS LES CHAMBRES DE l'uI MEI R AQLELSE.
Dans beaucoup de cas de ])laies pénétrantes de la cornée, le corps ciranger qui les produit s'introduit complètement dans la cluunhre
(1) Mcdipiil CiizcUr, vol V.p. 221. Loiidon, I82!l.
(2) iVl.'iliciil V.»mh; vol. XXXLX, p. tOOCi. Londoii, 184^.
LKSIONS TUAUMATIQliKS 1)1 (JI.OIIK DE l.'oiCIL.
aiiléricuro. On le trouve parfois iulliéreiil à la face iiileriie de la eoriicc; daiilres fois il est lombé au fond de la (•liaud)re aiitéiieure ; plus fiv- (luenuuenl, il s'esl lixé dans l'iris ou dans la capsule du crislallin; niais il arrive rarenienl qu'il ail, passé derrière l'iris cl qu'il se soil établi dans la chambre postérieure. Il faut dans tous ces cas procéder imniédialcmenl à son extraction, à moins qu'il ne soit d'une très petite dimeii-' sion. On peut, |)ar exemple, laisser un grain de poudre à canon, qui, ayant traversé la cornée, est allé se lixer sur la face anlérieure de l'iris, ou une parcelle métallique de la même dimension, il est arrivé nombre» de fois que la pointe d'un couteau ou d'une aiguille à cataracte s'est, rompue dans la chambre antérieure, et qu'y ayant été abandonnée, ellei s'y soit oxydée cl dissoule (1). On ne doit pas compter que des fragments métalliques plus volumineux et plus grossiers disparaissent de celle façon. S'ils sont Hxés dans l'iris, ou engagés entre la cornée et riris , quand même ils n'auraient pas déchiré celui-ci , ils amènent presque inévitablement une iritis; et lorsqu'ils se trouvent simplement en contact avec la capsule cristalline, une cataracte survient nécessairement. Qu'on enlève le fragment métallique de ces diverses situations, et l'irilis el la cataracte pourront être prévenues. Pour en arriver là, cependanl, on court le risque de blesser l'iris, de le détacher de la choroïde, el de produire en même temps un épancliement de sang; d'ouvrir la capsule, ce qui, en permettant le contact de l'humeur aqueuse avec la lentille, détermine une cataracte; de voir l'iris fairet hernie au dehors après l'ablation du corps étranger, elde voir survenir, par suile de l'opération, une inflammation désorganisalrice qui se termine par ratroj)hie de l'œil.
La diflicullé que l'on éprouve pour extraire un corps étranger, varie suivant qu'il est libre dans l'humeur aqueuse, enchevêtré enire lî cornée et l'iris ou le cristallin, ou fixé par ses angles ou ses extrémités dans la substance de l'un ou l'autre de ces tissus.
Il est très avantageux, lorsque l'on veut procéder à l'exlraclion de ces corps, de placer le malade dans une position horizontale, et de le plonger dans une insensibilité complète à l'aide du chloroforme. Lorsque l'on n'a point recours à ce moyen, et que le malade est assis, il doit appuyer la tête contre la poitrine d'un aide placé derrière lui ; si l'œil ne peut rester en repos, on saisit la conjonctive avec des pinces près
du canthus interne.
On peut se servir, pour exécuter l'extraction d'un corps étranger c la chambre antérieure, d'un crochet ou d'une petite pince (plus petite que celle représentée iig. k% page 505), introduite à travers la plaie qui existe déjà à la cornée, ou par la même ouverture que l'on a prea lablement agrandie avec le couteau à cataracte. Toutefois, dans —
(1) Lawrence. Leçons dans Uic Lancct, vol. IX, p. 551. Lonilon,
COUPS ÉÏUANGKRS DANS LES CIIAMIJUES DE L'uinMEl R AgUElSE. o85)
lains cas celle nianœuvre ne peut s'exéculei', ou il ne coiivieiil pas de l'essayer; on doit alors prali(iuer avec le couteau à calarade, à un I dixième de pouce de la sciéroli(iue, une nouvelle ouverlure d'une étenidue sullisanle. Si Ton |)rali(|ue louverlure de la seléroli(|ue dans un poinl plus rai)proelié, il y a beaucoup à craindre de voir survenir un prolapsus de Tiris (1). J'ai vu rajjplication de la belladone, dans un cas où un l"ra£;nicnl anguleux d'acier était logé entre l'iris et la cornée, i dilater la pupille et entraîner le corps étranger avec l'iris jusqu'à lu circonlercnce de la cornée; niais je ne crois pas que l'on doive recourir . içénéralenienl à l'emploi de cet agent ;ivant de jirocéder à l'extraction lies corps étrangers par une incision à la cornée, car je pense qu'elle . favorise le prolapsus de l'iris. Il arrive assez souvent que, dès que I l'incision de la cornée est laite, le corps étranger s'échappe au dehors lavec riiunieur aqueuse , de sorte que l'on n'a pas la peine de l'extraire 'avec les instruments. Pour agir avec une pince ordinaire, il faut que 1 l'incision de la cornée soit assez grande; une plus petite sullît lorsqu'on se sert du crochet mousse, de celui de Schlagintweit, ou de la pince à canule.
Obs. 336. — Pendant qu'un ouvrier lournail du cuivre, un fragment aigu de ce niélul. d'environ 1 1/2 ligne, fut projeté dans l'un de ses yeux. Douze jours après l'accident, il I vint me consulter, etje vis le morceau de cuivre adhérent à la face interne de la cornée. I il n'existait ni pfaie, ni cicatrice apparente, mais il y avait une iritis bien développée. Je I pratiquai une saignée du bras, j'administrai le calomel et l'opium, et je dilatai la pupille avec de la belladone. Je diminuai à l'aide de ces moyens l'inflammation oculaire, puis je procédai à l'extraction du corps étranger. J'ouvris la cornée dans l'étendue de deux lignes, à un dixième de pouce de la sclérotique, en ayant soin de maintenir le couteau dans la plaie jusqu'à ce qu'il se fût écoulé un peu d'humeur aqueuse, afin d'éviter le prolapsus de l'iris qui est si sujet à se manifester lorsque ce liquide s'échappe brusquement. J'introduisis alors un petit crochet, et j'attirai le morceau de cuivre le long de la surface de la cornée, [jusqu'à ce qu'il fût arrivé au niveau de l'incision, à travers laquelle il sortit aisément. En quelques jours l'œil fut parfaitement bien remis.
1 Obs. 337.— Un homme vint me trouver, ayant dans l'œil une épine dont la pointe était fixée dans l'iris et l'extrémité la plus é|iaisse dans la cornée. L'accident était survenu trois semaines auparavant, et la plaie de la cornée, qui avait livré passage à l'épine, s'était fermée par-dessus elle. La présence de ce corps étranger n'avait, pendant ces trois semaines,
1 déterminé aucune inllammalion. J'ouvris la cornée à son bord temporal, l'épine se trouvanlprèsdeson bord nasal. llniefutimpossibledeladétacherdela cornée avec le crochet de Schlagintweit; pendant que je tirais dessus avec le crochet, l'iris se déchira, et l'œil se remplit de sang.
i [(1) Notre aulcur se trouve ici en complète opposition avec M. Desmarrcs qui dit (t. Il,p.5!/i-): " Avant tout, on devra se raijpelcr la disposition aiialomique des parties el ne pas oiililier que
. la cornée est eneliùssée sur la scléroliqne en avant de l'iris, et qu'il y a entre ces membranes un
I espace lilwe, un sillon, dans lequel le corps étranger ira souvent se loger. Si l'on omettait cette circonstance, il arriverait que la ponction laite à la circonférence de la cornée passerai! tonjour> iiu-(lessns(iu corps étranger el que rextractionen deviendrait ou excessivement laborieuse, ou même im|)ossible. l'our éviter un aussi fâcheux résultat, il faut ])onelionner en biseau la scléro-
t liquedans I clendue d'environ un centimètre, et de manière à faire i)asser l'instrument inunéilialenient en avant de l'iris. Le corps étranger, libre dès lors, s'éeliappe souvent seul, ou est
' facilement entraîné avec nue curette. « iM. Uesmarres l'ait, comme on le voit, bon marelié de
t l'imiiiincnee (In i(r<ilai)sus irien. T. W.]
i.KSioNS th.u'matiquI'S du cloijk i. or.ii,.
C'est line clioso iTinaï quable (\\w le i)eu (rirrilalion que délei-mino , quel(|ue('()is le séjour prolongé (run corps élraiigor dans la cliainlm' ■■ aiUérieure (1). Uognella C^) a vu un inoi'ceaii de faïence du volume .i d'un pois séjourner huit jours derrière la cornée sans délerniiner ri d'accident grave; la plaie extérieure s'était cicatrisée. Laissé au delà J d'un certain temps, ce corps étranger aurait entrainé la destruction de > l'œil. Un l'ail intéressant, néanmoins, dont Von Ammon (ô), Solomon (4), et Griillich (5), ont rapporté des exemples, et dont j'ai vu moi-même un cas, c'est qu'un corps étranger logé dans la chambre . antérieure détermine quelquefois autour de lui une exsudation de i lymphe plastique qui, venant à s'organiser, forme une sorte de capsule i (jui entoure de toutes parts le corps étranger, ce qui met fin à l'irritalion occasionnée par sa présence. Cette éventualité ne doit cependant pas servir de prétexte pour négliger d'enlever sur-le-champ les corps étrangers qui ont pénétré dans les chambres de l'humeur aqueuse.
[L'observation suivante de M. James Dixon ne fait que confirmer celte allégation ; elle prouve que l'enveloppe fibrineuse qui se forme autour de fragments métalliques, dans cette partie de l'œil, ne garantit pas toujours le malade contre des attaques d'inflammation ultérieures, et démontre qu'il est important de faire l'extraction immédiate de ces corps étrangers, quand l'opération n'entraine pas de danger pour l'organe intéressé (6).
Obs. 338.— G. âgé de 3o ans, cordonnier, grêle, pnle, d'un aspect maladif, entre à rhôpilal le tO jiiiivier 1848.11 accuse à l'œil droit de la pliotopliohie et de la douleur; la vision de ce côté est imparlaite. La cornée est transparente; la sclérotique présente de la vascularisalion en forme de zone; l'iris se contracte lentement à la lumière, et la pupille eiil déielée en dedans et en has. On voit, à la partie inférieure et interne de l'iris, une pelile masse arrondie de la grosseur d'un grain de nioularde, située à distance égale entre l'adhérence du cercle ciliaire elle bord pupillaire. Ce corps étranger semhle composé de librlne, et présente un point noir vers son centre. Trois jours avant son entrée à l'hôpital, le malade lisait facilement le petit caractère avec l'œil affecté; mais à présent, il ne dislingue plus que les grosses lettres. Il dit qu'il y a huit ans que cet œil lut frappe d'un plomb de chasse; il croit à la probabilité de cette clrconstiince, en ce qu'il se trouvai! au moment de l'accident, à quelques pas d'un individu qui tirait des moineaux. 11 se produisit de la douleur et de la rougeur à l'œil ; le malade consulta un médecin qui diagnostiqua une iritis et lui fit faire un traitement mercuriel.
11 n'y eulà celte époqueaucun troubledela vision, et celle-ci n'éprouva aucune atlemie pendant les trois années qui suivirent l'accident, le malade voyant aussi bien de 1 œil droit nue de l œil gauche. A Texpiralion de ces Iroisannées, il survint une nouvelle innammalion, ■loiir laquelle un médecin fut appelé. Tout alla bien jusqu'au commencement de l'année 1848, époque où le malade vint réclamer les soins de M. Di.von, qui prescrivit de^
[(1) Voir iineobserviUioli il'nn morceau de verre volumineux cxlrail de l'œil après y avoir -séjourné ciuq ans. C. Jakokh dans Ammou's Zeilsclirift, vol. III, p. lOô. ]
(21 Cours public d'oplitlialmologie : Lancellc française, 10 janvier 18o/.
(3) CriAEFE und WAi.rnEU. Journal der Chirurgie und Augenhe.lkunde, vol. XIll, p. 418. Bcr lin, 1829.
fi) lbid.,vol.XlV,p. «7. Berhu, 1850. , „ lor,
AMMniv'sZcilsclirifliïirdicOnblbalmologic, vol.I.p. m6. Dresden, Ihol.
t. XXII, ... 17.- The Dublin Quar.erly Journal of .Médical Scu-nee vol. VI. New .séries, 18/i8, p. 210.]
LÉSIONS TUAIIMATIQI'KS DlC LUUS. ii'J 1
.m.'siies ù la lenipc el des prises .le ealoniel («l (ro|)i.in. nialln el soir Trois jours après, noyau libr ucux, uié sur l'iris, avait perdu de son volume, e le corps noir Ire. r 'o nire, se vil plus dislineleu.enl. L'enveloppe librineuse n'elail eepeudanl pas â a iniuée pou.' qu-on pùl, songer à une opération exploralr.ee avee 'l"e que ciumce Je s 1 ùs; car on r s.iuail de léser le erislallin qui paraissait parlaitenienl sn m. Il ne faU ( e fois jours de plus pour exciter un nouveau dépôt l.l.rineux au lourd,, corps
Inï qui se .'ouva de .■eclief eacl.é à la vue ; el la ...asse a va.t telle...e.,t au|:n.e..le de X, e ers le .nilieu du mois de nia.-s, qu'elle se l.'ouvailen contac avec a lace posér i ro de la cornée el co.iv.'ait la moitié i.iléri.HU'e de l'ouverlu.-e pu|.il ...-e Le 10 av.. ,
, i le p.mMui..e.ice hlanrhàln-, prése.ilaiit un poi.,t .loir vers le ce.,l,-e, .1 sa l.e a la ; e n..térie...-e de la cornée; celle-ci semblait se .■amollir el sur le point de céder a la nression. T.-ois jours snni.'enl pour do.u.er au petit globule noi.'at.-e l'aspecl d un corps Ln=:er, qui .■essemblail à l'exl.'éinilé d'u.ie soie de po.'c, no..-ocl fort tle Hee. M. Dixon s i;irce;wpsét.'anger avec une pi.ice et le .•eti.'a: celui-ci avait env..'on 1 fi ligne de Ion? el fui .-econnu, parles réactio.is cliimiques, pou.' un IVagmc.it de cu.v.-e. Il ne s écoula poiîu d'humeur aqueuse, pa.-ce que Pe.iveloppe lihrineuse, dont ela.t e.iloui'e le corps élraiiiier lormail. en arriè.-e, une cloison, tandis qu'e.i ava.it il y avait eu .■an.oll.sseniei.l el ulcé.'atio.i de la cornée. — jui... ll..e forte opacité de la cor..ée cache la mo.tié interne delà pupille; celle alté.'alion pathologi(iue et une légère synécliie de l'iris sont les seules traces de la lésion qu'a ép.'ouvée l'œil di'oit. Les co..l.'aclions de l'iris sont éi.e.-s.ques, le cristallin est d'une ti-ai.sparcnce parfaite, el la vision est excellente T. W.] (d).
SECTION m.
LKSIO.NS TUAUMATIQUES DE l'iIUS.
Fig. Wanirop. pl. X, «g. 2 el ô.
Outre le prolapsus, donl nous avons déjà parlé, les lésions les plus Ircquenles de l'iris sont : les piqûres et les déchirures edectuées à Iravers la cornée ; le déplacement; la séparation du bord ciliaire de Tiris d'avec la choroïde.
J'ai vu, dans un cas, l'iris revêtir une couleur vcrdàtre, après que lœil avait été exposé à un courant de vapeur d'eau. Les coups sur l'œil déterminent aussi cette coloration verdàtre de l'iris, due probablement au sang qui s'épanche dans sa substance.
L'iris reçoit en abondance du sang rouge. De là vient qu'il saigne ordinairement beaucoup lorsqu'il est blessé, et quelquefois assez abondamment pour remplir les chambres de l'humeur aqueuse. Il est aussi très sujet à l'inflammation adhésive, à cause de la fibrine qu'il laisse échapper de ses vaisseaux lésés , et qui donne lieu aux adhérences morbides qu'il contracte avec les tissus qui l'avoisincnt.
i. Les piqiires et les déchirures de Tiris sont fréquemment suivies de la dilatation de la solution de continuité, qui constitue alors une
[(I) Voir diverses olisei'va.ioiis intérossnnies de corps élrangei-s dans la chambre aiilcv rii'urc : Annales il'Oi:iilisti(|ne, l. I, j). 433, 439, HO, W ; I. V, p- 157 : .. U''" siippléinenlairc, p,243; t. Vlil.p. '27!); I. XIII, p. 1!)3 . l. XVII, p. li : 1. XVlll, p. 230, 272: l. XXII. p.224il.XXlll,p 7; l. XXVI, p. 209, ll() ; I. XXXI, p. 295.]
l.KSIOINS TU.Vl'MATiyUKS DU iilOliV. 1)K LOKIL.
pii|)illo. acci(l(Mi((>lle ))crmanonl,p. On dnil , dans cos sortes do cas, selenirtBI on garde contre rinnaninialion, cl la combattre par le IraiteineiiiquiiBI convienl à l'irilis, c'est-à-dire, par la saignée, le mercure et la belhidoiie.i'H'
Obs. 339. — Un inilividii se perfora la cornée ganclio, près de son bord supérieur, avec^lf In pointe d'une des l)ranclies d'un compas. 11 se fil à l'iris une plaie ap|)areiile, qui s'étcn-^|| dait de sa grande circonférence presque jusqu'au bord pupillaire. L'Iiumeur aqueuse«|| suinta pendant quatorze jours par la plaie extérieure. 1/iris se rapprocha gra'duellementjB! de la cornée, et après que la pbiie de cette dernière partie se fut cicatrisée, la cliumbreiH' antérieure parut presque conipiétenient ell'acée. La plaie de l'iris resia longtemps béante, Jhi et cette membrane paraissait évidemment amincie autour de la blessure. La pupille étail^K à peine mobile, et la vision était obscure, probablement parce que l'aberration de spliéri-iiB' cité n'était pas sulTisamment corrigée. Peu à peu, l'iris reprit sa place naturelle; il ne sur-M vint aucune cataracte, et la vision redevint parfaite. Un an ou deux après, il se forma sarill le point de l'iris qui avait été blessé, une tumeur vésiculeuse résultant du dépôt d'un fluideili entre la substance propre de l'iris et l'uvée.
Les corps étrangers, comme les petits éclats de métal ou de pierre,* qu'on laisse en conlacl avec l'iris, s'entourent d'une petite capsule, ainsi ^A (|ue nous l'avons déjà dit. B Les plaies pénétrantes de la cornée sont qtielquefois compliquées'Bi tout à la fois de déchirure et de prolapsus de l'iris. La portion déchirée^ qui fait hernie se montre sous l'aspect d'une membrane grisâtre etf flasque, qu'il faut retrancher d'un coup de ciseaux.
Chez les enfants scrofuleux, les plaies par piqûre de la cornée et de! l'iris se terminent souvent par l'atrésie de la pupille et la destruction i de l'œil. Une excroissance fongueuse rougeàtre prend quelquefois! naissance sur l'iris blessé et vient faire saillie au dehors à travers hi plaie de la cornée.
2. Les coups sur l'œil (comme les coups de poing, par exemple)' occasionnent assez fréquemment le déplacement d'une portion consi-i dérable de l'iris La pupille est fortement agrandie; une moitié peul-t être de l'iris se dérobe à la vue, de sorte que d'un côté la pupille!» s'étend jusqu'à la circonférence même de la cornée. Cet accident! s'accompagne le plus souvent d'un épanchement de sang dans l'inté-' rieur de l'œil et d'amaurose consécutive.
5. L'iris est, chez l'homme, moins solidement attaché à la choroïde ^
que chez les quadrupèdes; il en résulte que les coups brusques sur l'œil araè-* nent fréquemment la séparation de cesdeux membranes l'une de l'autre, ce qui i détermine une pseudo-pupille. (Fig. 75.) Un coup de fouet, de queue de choal,!
ou d'un rameau d'arbre, produit sou- 1 vent cet accident. Nous ne possédons, en pareil cas, aucun moyen de ramener s l'iris à sa situation primitive. La bella-»
LÉSIONS TnAU.MATIQl lis UK L IIMS.
donc dilate la Causse pupille, aussi bien que la pupille ualurelle, el diminue la largeur de la poi lion d'iris (|ui les sopare. La ^islon est ordinairoiiUMil hoaucouj) alVaihlie dans ïœW (pii a subi cet accidenl.
Chez un jeune lionnne à qui j'ai donné des soins, l'iris avail élé eu partie délaehé par le choc d'une fusée; la pupille naturelle était en même tein|)s lortdilalée, et la vision obseurcie. Après une saignée du bras, cl l'usage du caloniel avec l'opium, la fausse pupille connncnoa à diminuer d'éliMulue ; la pupille naturelle se eoniracla aussi. La vision redevint presque parfaite; mais la fausse pupille ne se ferma point. Je n'ai jamais vu, en pareil cas, le bord de l'iris reprendre sa position normale.
Une dame, en secouant un morceau de drap, fut frappée à l'œil droit par un bouton qui y était attaché. Il en résulta un décollement de l'iris en deux i)oints distincts, el une cataracte.
Lorsque l'iris est malade, comme il l'est souvent dans les cas où l'on cherche à le détacher dans l'opération de la pupille artillcielle , il retourne se remettre en contact avec la choroïde. Il u'cn n'est pas ainsi dans les cas de séparation accidentelle dont nous nous occupons, dans lesquels l'iris est parfaitement sain, et où ses fibres radiées ont conservé complètement la faculté de se contracter.
Quelquefois la plus grande partie de l'iris est détachée ; il se contracte alors et se trouve réduit à un cercle très étroit. (Fig. 74.) Dans un cas que j'ai vu, l'iris était réduit à un mince lambeau flottant ; le cristallin opaque était profondément enfoncé dans l'humeur vitrée ; néanmoins, le malade, avec l'œil dans cet état, distinguait encore les doigts. Bien que l'œil, en pareil cas, soit le plus souvent amaurotique , il est cependant très intolérant pour la lumière, et demande fi être recouvert d'un bandeau.
Un coup sur l'œil peut aussi déchirer l'iris, de son bord ciliaire à son bord pupillaire, et entraîner une portion de la choroïde. La fig. 73 représente un accident de cette espèce observé chez un malade du Glasgow Eye Infirmary. Ces cas s'accompagnent toujours d'un épanchemcnt de sang dans l'intérieur de l'œil; de sorte que, tant que ce liquide n'est pas absorbé, on ne peut reconnaître l'état de l'iris ; après, on trouve généralement le
cristallin luxé, l'humeur vitrée dissoute, l'iris tremblolanl, el la rétine insensible.
•194' LÉSIONS TU.VUMAÏIQURS DU CLOBK UH LOlîlL,
Lorsqu'une i)laic |)éiu'li'aiilc de In cornée est compliquée de décollenienl, de rii'is,on voit souvenl lecrisUdliu cl sa capsule devenii'oj)aques,
riuimeui' vilrée se dissoudre, et, comme i dans le cas représeulé llg. 70, l'œil augmenter de volume, cl la choroïde iransparailre à travers la scl(i*'Oti(|ue amincie. ' Le cas représenté (lig. 70) est celui d'une : plaie pénétrante produite par une fourchette ; lestaphylôme de la choroïde acquit un volume si considérahle, qu'après avoir i vainement évacué à plusieurs re|)rises, l'humeur vitrée dissoute ([ui le disleiulail, je fus ohligé d'enlever avec des ciseaux une portion de la choroïde et de la sclérotique; après quoi, l'œil s'affaissa et put être facilement recouvert par les paupières.
[Une autre variété de déchirure de l'iris dont les auteurs parlent à peine, la déchirure de son cercle interne ou hord pupillaire, a été récemment signalée par M. While Cooper (1). Cet accident entraîne la dilatation considérahle et permanente de la pupille et des troubles sérieux dans la vision ; cette dilatation est aussi prononcée que celle qui est déterminée par une forte solution de sulfate d'atropine. Si les fibres qui font contracter l'iris sont complètement déchirées, la pupille sera largement dilatée et immobile; si la déchirure n'est que partielle, il pourra encore se faire quelque contraction. Il faut, dans ces cas, être très réservé sur le pronostic, car, bien qu'avec le temps l'œil s'accoutume à l'excès de lumière qui lui arrive, la vue, dans les cas les plus favorables, n'en reste pas moins sérieusement troublée. Le temps amène quelque amélioration; mais quand la déchirure est considérable, il est douteux que l'œil puisse être amené à être encore de quelque utilité. Les bords delà déchirure sont fortement écartés et ne peuvent être rapprochés par aucun moyen connu.
Pour remédier à celte mydriase permanente, M. Cooper conseille l'usage d'un appareil qui consiste dans un encadrement de lunettes auquel on fixe, du côté correspondant à l'œil malade, une plaque opaque, d'acier mince, de corne ou d'écaillé de tortue noircie, et ayant à son centre, au point qui correspond à la pupille, une ouverture circulaire, ou une petite fente transversale. La forme et les dimensions à donner à cette ouverture doivent être indiquées par l'expérience. Les trois observations qui suivent sont dues à M. While Cooper :
Obs. 340. — En oclobre 1854, un liomme cnlve h Saint Mnry's hospital, pour un coup violent qu'il ii reçu sur l'œil droiî; In cliiimbre anlérieurc est remplie de sang, el Ton ne peul distinguer 'aucune irace do l'iris. On le met au lit, el on |)rescril des applications
[(I) Annales d'Oculisliquo, l, XXXIV. p. Wu]
LÉSIONS TIUUMATIQUKS DK L MUS.
froides à domoure sui' l'œil, un purgatir aclll cl la diole. Je ne le vis que le leiideiiiam; l'absoi'plioii avait marché si nipidenieiil que je pus reconnailre l'élal de l'iris. Je vis que le s'iii"s'ctail ('A:\u\\)\)é de doux lissuros du cercle iiilerne do l'iris, qui donnaient à celle meiîihranu laspecl dentelé. La pupille élalHargenient dilatée, (•oniiHélenieiil ininiol.ile, et la vue si alfaiblie que le malade ne distingunit (pie les gros ohjels. L'o'il était cependant exempt d'innainmatioii et le malade n'accusait aucune douleur, ce (lui lit (|ue, comme on availun pressant Itesoin délits, on lelaissa sortir, en Ini faisant promettre de se présenter ùlacoiisiiltatioiiexteriie. 11 ne jugea iioint à propos détenir sa promesse, el ce n'esl qu'au hasard (lue j'ai dù de piuivoir plus tard examiner son o'il. Voici dans (jucl état il se Irouvaitdcuxmois après faccident : la |)U|)ille est toujours largement dilatée, et l'irrégularité (lu cercle interne de l'iris est encore très distincte. On ne peut exciter dans l'iris ni coniractioii ni dilatation ; il reste immobile, quelle que soit l'intensité delà lumière. L'œil s'était proin|)lement rélal)li de raccident, à l'exception de la vue qui est restée fort oliscure. Tous les ohjels lui paraissent sombres et conlus ; il voit mieux lorsqu'on le fait regarder à travers une carte penx'c par une épingle. Comme il n'existait aucun symptôme indammaloire, on se borna à lui conseiller de se procurer un diaphragme percé de façon à limiter la quantité de lumière arrivant à l'œil, el à éviter tout ce (lui pouvait surexciter cet organe.
Ol>s. ;>il. — Un olllcierde dragons, en garnison à Dublin, reçut, au commencement d'octobre 1854 en jouant à la panme,'un violent coup de halle sur l'œil gauche. Il fut élourdi sur le moment, mais en reprenant ses sens, il s'aperçul qu'il ne voyait plus de l'œil blessé. Il s'adressa à un médecin habile; M. Wilde fut aussi consulté, de sorte qu'il fut traité dès le début avec tous les soins désirables. Je vis ce monsieur le 10 novembre, environ six semaines après l'accident; son œil était dans l'état suivant : — la pupille est énormémcnl dilatée, l'Iris est réduit à une bande étroite, el complètement immobile sous l'action de la lumière la plus intense. Sa porlion inférieure présente deux fissures, dont les bords écartés donnent à cette partie l'apparence d'une scie. La vue est très imparfaite, il n'aperçoit que les gros objets; l'emploi d'un diaphragme percé ne l'améliore pas. On essaie desembrocations stimulantes el riiislillation des teintures d'aconit et d'opium, mais sans le moindre avantage. Je revis ce genlleman de temps à autre, el six semaines après sa première visite, la vue s'était notablement améliorée : en regardant à travers un trou d'épingle, il voyait nettement des objets qu'il distinguait à peine auparavant. Au bout de quatre mois, i'iris parut reprendre un peu de sa puissance contractile, car la dilatation de la pupille avait subi une diminution notable, et la largeur de l'iris s'était accrue. Néanniioins, exposé alternativement à la lumière et à l'obscurité, il n'exécutait aucun mouvement.
Quand je vis le malade pour la dernière fois en juillet, une nouvelle amélioration élait survenue, car il s'opérait de légers mouvements de dilatation et de contraction. La vision s'était améliorée, car non-seulement il apercevait à l'aide du diaphragme percé les ohjels éloignés, mais il pouvait de plus lire et écrire avec assez de facilité. Il y avait cependant un revers à la médaille : comme la puissance visuelle des deux yeux n'était pas égale, el qu'il ne pouvait constamment porter son diaphragme, le malade avait pris, sans le savoir, l'habitude de fermer l'œil malade chaque fois qu'il regardait quelque chose.
Obs. 342. — Le 14 juin 18oo, je fus consulté pour un jeune homme de 17 ans, qui, onze semaines auparavant, avaitreçu une pierre volumineuse etvigoureusementlancée surl'œil droit. Il tomba sous la violence du coup, et l'aMl atleinl perdit sur-le-champ la faculté de voir. Il fut traité activement par un médecin, mais la vision ne revint qu'imparfaitement; c'est pourquoi on l'avait amené à Londres. Il n'y avait pas à se tromper sur la nature du cas. La pupilleprésentailcette large dilatation caractéristique que nous avonsdéjàdécrileet son bord iiiférieurélaitdentelé comme une scie. Il y avait ici trois tissures, de sorte que les irrégularités étaient encore plus marquées. La coloration de Firis n'était point altérée, et l'œil n'offrait pas la moindre trace d'inllainmation. En lui faisant fermer l'œil sain, on s'assura qu'il ne distinguait que les objels volumineux, et encore coiiliisément. En le faisant regarder par un trou d'épingle, il reconnaissait les traits du visage, et lisait assez bien les grands caractères. Comme la lésion était très étendue, mon pronostic fut défavorable, et je conseillai de le faire renoncer à la profession d'imprimeur, à laquelle on le destinail, pour prendre celle d'agriculteur, ou toulc autre qui n'exigeât pas trop de travail des veux, plus l'usage d'un diaphragme percé. T. W.]