‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 112 sur 144 · I.KSIO.NS TllAUMATlQl KS \)V (M.Oltr. W. l/oKlL · texte numérisé non relu

I.KSIO.NS TllAUMATlQl KS \)V (M.Oltr. W. l/oKlL

8l:cTl()^ IV.

LÉSIONS TU.VU.M.VTIQIIKS DU CUISTALl.lN KT i)V. SA (;AI>>I I.K. 1 — Cataracte traumatique.

Ki,;. Wurili-op, pl. I\, 1 .

1 . Un cas très rare, mais dont j'ai observé un exemple, c'est qu'iuj i corps aigu, poussé à travers la cornée, ne lasse qu'égraligner la capsule cristalline sans la perforer. La conséquence de cet accident est une marque blanche permanente.

2. Les plaies pénétrantes de la capsule cristalline, faites à travers la cornée ou la sclérotique par des instruments piquants ou tranchants, sont promptcment suivies de l'opacité de la lentille. Ce résultat, qu'on attribue généralement à l'introduction de l'humeur aqueuse dans la capsule, parait inévitable, quelque petite que soit la piqûre. Une femme qui , en secouant vivement un morceau d'étoffe , s'était fait sauter une épingle dans l'œil droit, vint me consulter. L'épingle avait pénétré vers le milieu de la cornée et piqué la capsule immédiatement derrière le bord de la pupille. Il en résulta une cataracte lenticulaire complète et une opacité partielle de la capsule. Lorsque la plaie est plus étendue, on voit souvent une portion du cristallin sortir de la capsule et présenter une teinte blanc-bleuàtre , qui le fait ressembler à un épanchement de lymphe plastique. Les bords de la piqûre ou de la plaie de la capsule sont sujets à s'enflammer et à devenir d'une couleur blanc de craie. Si la réunion a lieu, de façon que l'humeur aqueuse ne vienne plus se mettre en contact avec le cristallin, la marche de la cataracte s'arrête. Si la plaie capsulaire est considérable et ne se ferme pas, la totalité du cristallin devient promptement opaque, et, chez les jeunes gens ou les personnes d'un âge moyen, il s'absorbe graduellement, de sorte que la pupille redevient claire et que la vision reparait souvent à un certain degré.

La lésion qui a produit la cataracte traumatique est souvent suivie d'iritis et d'adhérences qui s'établissent entre l'iris et la capsule. On doit donc dilater fortement la pupille aussi promptement que possible au moyen de la belladone ou du sulfate d'atropine, et la maintenir dans cet état jusqu'à ce que tout danger d'inflammation soit passé, ou même jusqu'à ce que le cristallin ait disparu. On appliquera à demeure sur l'œil blessé, des compresses froides, et l'on combattra l'iritis par les déplétifs et le mercure.

On peut voir survenir des accidents encore plus graves à la suite des plaies pénétrantes de la cornée et du cristallin, tels que la rélinile

I.KSIONS TUAIIMAÏIQUKS DU CUlSTAI.l.l.N KT DK SA CAl'SLl.E. IVJ7

ei la ehoroïclilc. Ccllcs-ei survienuciil avec ou sans lésion de l'iris. Chez les'enranls scrofuleux, un pareil accidenl délerniine assez souvent P.;,„.Hirose el ralropliie de l'œil. U> Ireinhlolemenl de l'iris, l'ahsorptioii'de nmnieur vilrée, accompagnés de la coarclalion de la réline et de rossillcalion de la capsule, el (luchiuelois du crislallin, sont au nombre des conséquences possibles des blessures dont nous nous occunons acluellcmonl. Lors(|Uun œil a élé délruil par une |)arcille cau.se, eique le cristallin on la capsule esl devenu le siège d'un dépôt calcaire, celui-ci peul délermincr une irritation si grande qu'on soit forcé de l'enlever. Ouebiuelbis, après labsorplion du crislallin, on aperçoit derrière l'endroit où il élait situé une membrane opaque inlïindibuliforme. C'est la réline, à qui la pression exercée par un épanchcment qui s'est elVcclué enlre elle el la choroïde, a communiqué une l'orme conique, en même temps que l'humeur vitrée a été résorbée. Un œil dans cet' étal esl mou, el lorsqu'on le presse avec le doigt, on soulève là réline de façon à la mettre plus en vue. Lorsque la choroïde s'enflamme, après les plaies du crislallin, la sclérotique s'amincit, el le globe de l'œil revêt une forme allongée et conique. ^ M. Barton, de Manchester, s'appuyanl sur ce fait que les plaies par piqûre de la capsule sont souvent suivies d'opacilé el d'épaississemenl de celle membrane, et de son adhérence avec la pupille rétrécie, propose de traiter tous ces cas en faisant dès le début l'extraction du crislallin. Il introduit le couteau de Beer à travers la cornée jusqu'au centre de la pupille; il en élève alors le manche afin d'en abaisser la pointe, et maintient l'inslrumenl dans celle position pendant quelques instants, afin de s'assurer s'il suffira d'e.xercer une légère pression avec l'instrument ainsi placé, pour que le crislallin s'échappe. C'est ce qui arrive souvent; mais s'il le trouve trop dur pour sortir de celle façon , il agrandit l'incision, et termine l'opération avec la curette (1). Si l'on juge que le cas réclame ce mode de traitement, on doit y recourir de suite, car l'inflammation chronique qui survient souvent enlraine l'atrophie de l'œil el l'insensibilité de la réline. Par l'exlraclion, on prévient ces résultats fâcheux.

Quand le cristallin blessé est brisé en morceaux, il se ramollit et se désorganise promplement. Ilsegonilealors beaucoup, et comprime douloureusement l'uvée. M. Walker, de Manchester, employait ])Our l'extraction, dans ces sortes de cas, un couteau à deux tranchants pourvu d'un sillon ; il l'introduisait et le poussait par la cornée, à travers le centre du crislallin el de la ca|)sule postérieure : la substance crislalline ramollie s'échappait le long du sillon.

5. Les coups sur l'œil sont souvent suivis, après des mois ou même des années, de la forniation d'une cataracte lenticulaire ou capsulo-

(I) l.oiitlon .Médical GiiziMlc, vol. V, j). ~Sl. Londoii, 1830.

LÉSIONS T11,U;.MAÏ1Q11KS DU GLOIllî \)V. l/oKIL

loiiliniliiirc. Le moins coiiipliquo do ces ciis u'csl poini l'avoiabh! pourr 1 opci'iilion, cai' la irliiic reste rareineiil saine, ou même jamais.

[Nous cm|)iMinl()ns à M. Slaynes Wallon (i) rinléiessanle ohser- vallon qui suit, due à M. IJrowiie, de Bell'asl.

Ohs. 343.— Un jeune giiiTon, cniployc il;ins l'ulelier iruii niccnnicien, rejiurdnnl un ou- . Yi'ior quifoupiiil du cuivre avec un cisciiuct un niiirleuu pesant, reçut dans l'œil un morceau i de ceniétal,dn poids de sept grains, il faisait nuit lorsqu'on me l'amena, et la douleur élait tellement vive que ](> pus à peine examiner l'organe ; je renian|uai loulefois (pie la cornée j)résenlait à sa partie externe el inférieure, une plaie décliirée d'un quart de pouce d'étendue, et j'aperçus derrière la impille le morceau de mêlai brillant lixé dans le cristallin. La douleur et l'irritation étaient si considérables que je dus me borner à prescrire des applications adoucissantes et un opialù l'intérieur. Le lendemain, la douleur avait considérablement diminué, de sorte que je pus examiner plus complètement la lésion. Le bord externe lie la pupille était déchiré, et le cristallin entamé à sa partie externe et antérieure, tandis que le morceau de métal paraissait profondément enfoncé dans sa substance. L'iiumeur aqueuse s'élant complètement écoulée, l'iris se trouvait presque en contact avec la face postérieure de la cornée, effaçant ainsi la chambre antérieure. Je fus de suite convaincu qu'il fallait essayer d'enlever le corps étranger; je me déterminai à extraire en même temps le cristallin blessé. Je ne me dissimulai pas, cependant, la dilliculté qu'il y aurait à agrandir suffisamment l'ouverture de la cornée sans couper une portion de l'iris. Un aide ayant soigneusement lixé l'ccil, je lis pénétrer une sonde par la plaie située à son côté externe, et je lui lis traveiser la chambre antérieure, jusqu'à ce que sa pointe fût parvenue au côté interne entre l'iris el la cornée. Ayant alors attiré en avant la cornée, j'introduisis par la plaie un couteau à extraction étroit, et je complétai la section de près de la moitié de la circonférenee de la cornée, sans avoir aucunement lésé l'ii'is: il suffit alors d'une manœuvre facile pour extraire le crislallin el avec lui le corps étranger. Je rapprochai les paupières comme après une exlraclion ordinaire, et la plaie se guérit sans plus d'inllammation que de coutume. Toutefois, le bord déchiré de la pupille contracta des adhérences avec la plaie de la cornée, ce qui détermina roblitération de la pupille el l'opacité de la portion externe de la cornée dans le point où elle avait été déchirée. Comme le centre de la cornée élait clair, et qu'il n'y avait pas décentre indication, quelques mois plus tard je pratiquai une pupille artificielle, qui est très belle el permet encore une vision moyenne. T. W.]

[Obs. 344. — Un homme reçut un coup sur l'œil pendant qu'il élait occupé à tourner du métal; il vint me voir quelques jours après cet accident. Il avait une irilis intense, avec un léger hypopion, el au centre de la cornée une marque indiquant le point frappé par le métal. Une petile portion de celui-ci se voyait au fond de la chambre antérieure en contact avec l'iris. La saignée et le mercure triomphèrenl des accidents immédiats produits parla blessure, et, au bout de quelques semaines, le corps étranger se trouva recouvert d'une matière demi-transparente, qui resta sullisammenl claire pour que l'on put continuer d'apercevoir nettement, au travers, la particule métallique. Deux ans apiès, ce même homme vint me revoir, en me disant qu'il avait reçu un nouveau coup sur l'œil qui avait déjà été blessé. Je pus m'assurer, en effet, que le kyste qui contenait le corps étranger avait été déchiré, et que la particule métallique flottait de nouveau librement dans la chambre antérii'ure.lle fus obligé d'ouvrir la cornée el d'extraire le corps étranger car il délernnnail une innammation grave qui menaçait l'œil de fonte purulente, et il ne si' manifeslail aucune tendance à la formation d'un nouveau kyste (2). T. W. ]

[{!) OpiM-alivc 0|ilillialiiiic Siirgcry, p. 110-11.]

[(2) .MiDDLiiMDiii;. Trc'iUise on llio Uisuusi's of llic l^yr. l. I, p. GOl. Loiiilon. 185o ]

I.KSKINS TUMMATigLKS Di: CUISTAI.I.IN KT l)K SA CAI'Sl l.i:. 599

^ II. — Luxation du cristallin.

Fin. Sicliel, Pl. XIX, llg. 1, S el l.

On peiiladmellrc les variôlôs suivaiilcs dans colle lésion : I. Quelques jours, quolquos scniainos, ou quelques mois après un léiier coup sur l'œil, le crislallin, (lélaché doses connexions nalurelles, devienl Ireinhiolanl, IloUe dans riiunieur vilrée, ou londte à Iravers la pupille dans la dianibre anléricure. Unerenime, qui vinl me consulter, avail la vue Irouble à la suilc d'un coup qu'elle avait reçu sur l'œil droil;ellc no pouvait lire un gros caractère qu'en tenant le livre très près de l'œil. La pupille était à l'étal naturel; le crislallin transparent, mais tremblotant. Il arrive parfois que le malade ne se rappelle pas avoir reçu de coup sur l'œil, de sorte ([ue ces faits ont été regardés comme des cas de luxation spontanée du cristallin (1). Il y a quelque l'aison de croire qu'il en est quelquefois ainsi, et qu'à la suite d'une maladie de l'humeur vitrée, le ligament suspensour du cristallin se sépare en partie de la choroïde, de sorte que l'on peut voir pendant un certain temps la lenlille se balancer dans l'œil d'avant en arrière; puis, la séparation devenant totale, le crislallin flnit par s'enfoncer dans l'humour vitrée, ou par passer à travers la pupille. Le crislallin ainsi luxé peut èlre opaque ou transparent. En général, il est renfermé dans sa capsule; quand il en est ainsi, et qu'il est en mémo temps transparent, sa circonférence réfléchit la lumière, de façon qu'on le dirait enlouro par un élroit cercle d'or. Le plus souvent il n'existe dans l'œil, ni douleur, ni inflammation, mais la pupille est dilatée et la réline n'est point parfaitement sensible. Il arrive cependant quelquefois que ces déplacements s'accompagnent d'une douleur intense, surtout si le cristallin détaché est venu se fixer dans l'ouverture pupillaire, ou s'enclaver entre l'iris et la cornée (2). J'ai vu un staphylôme choroïdien de la moitié inférieure de l'œil succéder au séjour longtemps prolongé dans ce point d'un crislallin luxé.

Ohs. 34S. — Le docleiir Jamos Brown ni"amena en consullalion un jeune garçon (letT ans, poUcr de son élal, et que je trouvai dans les condilions suivantes : son œil droit avait élé détruit dans son enfance; il avail éprouvé pendant longtemps dans le gaudiela sensation de mouclies volantes.— Loi'''- septembre 1831, il reçut sur l'œil un coup très léger d'un morceau d'argile à potier, qu'un de ses camarades d'alelier lui avail jel('> en jouant. I,e matin du 4, en sortant du lil, il s'aperçut qu'il ne voyait qn'indistlnclcment,

(1) LosAÏiDi, Sur la calnraclc congéniale, p. 2D. Paris, 18-27. Ahmon's Zeilsciirifl fin- die Opli- Ihiilniolngie, vol. I. p. 200. Dri'silcii, IS.ÏI. Dans le cinqiiiùmo vniiimr de Ammoirs Zcllx-lirifl , le (locleur Loncii rapimric un cas dan.s Irquci la lu.xalion du cristallin s'cllcclna dans les doux yeux, ;i la siiile d'une clinic sur le derrière de la lèle.

(2) Voyez des observations de Itixalion sponlanéc du crislnllin, par Ni;rMANX, ivdinljurgli .Mecicaland Surgical .lonrual, vol. I.XXV, p. 120. i:,linl.urgh , ISlil. Iîow.max-. Lectures ou llie larls eoneerned ni llic OperaTunis on llie Kye, pp. 152, 105, ISÎi. Loudon, IS^i!). Hai.i-ouu Médical Tunes, .-(iarci. I8:)l , p. 2lt|. Dixon. I.aucel . l-ebruary U, ISiW, p 171

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IJ'SIONS THAU.MATIQlil'S 1)11 (iLOliK l)K l.'oKIL

il sortit pour se hiver l'œi! à un puils, supposant (jue l'oliscureissenieiit de in vision était : dû à (|uel(|ue matière étrangère altacliéo aux paupières. Ce moyen n'amena aueuii cliangenient dans la vision . Surces entrel'ailes, un de ses voisins lui regarda I'omI, et lui dit (|u'li apercevait fniel(|ue eliose (pii l)allotlait à l'intérieur de cet organe. Il alla imniédialemenl i trouver le docteur IJrown qui découvrit le cristallin situé au fond de In chambre aiilé- rienre. Il étnit coniplélement transparent, même le?) quand je le vis, et son volume était si t diminué (pril bougeait Incilement à cliarpie inclinaison de la têle. Son bord inférieur qui i reposait sur le pinnclier de la chambre antérieure, était un peu carré, comme si l'absorp- • lion avait mareiié là plus rapidement qu'ailleurs. Le cristallin ne recouvrait i)oiiit le bord 1 supérieur de la pupille, de sorte que le malade voyait |)ar-dessus lui. On appli(|ua de la i belladone dans ra|)rès-midi du 5; la pupille se dilata, et, dans la soirée, le cristallin re- • tomba à ti'avers la pupille dans la chambre postérieure. Le lendemain, le malade n'éprou- vait pas de douleurs et voyait bien, mais l'iris était évidemment Ireniblolant.

Je ne cloulai point que, dans ce cas, le crislallin ne tlùl se dissoudre complélement ; mais, malheureusemenl, le reste de l'œil ne paraissait pas sain, et il y avait de grandes probabilités pour qu'il devînt aniauj'otique.

2. La capsule est rompue par une plaie pénétrante ou à la suite d'un coup, et le crislallin se met en contact avec l'uvée. Celle espèce de luxation s'accompagne généralement d'inllammation et de douleurs considérables, quelquefois de la formation de pus à l'intérieur de l'œil ; elle est souvent suivie d'amaurose. Si le cristallin est mou, il peut se dissoudre, surtout chez les jeunes gens, et la pupille s'éclaircir. S'il est dur, sou voluiue diminue simplement un peu, et il est sujet à passer de temps en temps dans la chambre antérieure, puis à glisser de nouveau en arrière à travers la pupille.

Obs. 346. —Un campagnard robuste, travaillant dans une carrière, avait reçu, quatre semaines avant que je le visse, un coup de pierre sur l'œil droit. Il se confia aux soins (l'une personne étrangère à l'art, qui le laissa sans rien faire pour le soulager des douleurs aiguës qu'il ressentait dans l'œil et dans la tète. La sclérotique était fortement enflammée, la cornée plus saillante qu'à l'état normal et un peu trouble, l'iris en contact avec la cornée; le crislallin, l)risé en morceaux et paraissant gonflé, était en contact avec l'iris et la cornée. La sclérotique présentait une dépression concave, immédiatement au-dessous de la cornée, là où elle avait été frappée. Il était évident que la capsule s'était rompue el que le crislallin, poussé en avant, avait oblitéré les chambres de l'humeur aqueuse, accident qui détermine toujours de vives douleurs. Je pratiquai inmiédialemenl une petite section au bord supérieur de la cornée, et le crislallin mou et désorganisé s'échappa aussitôt. Je lis prendre au malade, au moment de se mettre au lit, quatre grains de calomel et deux grains d'opium. La douleur cessa entièremenldans le courant de l'après-midi et ne revint plus. Le septième jour après l'extraction, il quitta Glascow pour retourner à la campagne. Il existait encore une rougeur zonulaire marquée; des lambeaux de capsule opaque occupaient la pupille dilatée ; la partie inférieure de la sclérotique, au lieu de sa convexité normale présentaîl encore une concavité. Il y avait lieu de craindre que la violence de la lésion et le long temps pendant lequel on avait négligé les moyens propres à soulager le malade, n'eussent déterminé la perte delà vision; néanmoins, elle semblait revenu- a un léger degré, le malade distinguant la lumière d'avec l'obscurité quand il regardait a sa droite.

Une circonstance remarquable du cas que nous venons de rapporter, c'est l'aflaissement permanent de la sclérotique. Il n'y a rien d'étonnant

LÉSIONS TnAUJlATigUES OU CUISÏALLIN KT DE SA CAPSULE. GOl

à ce que la courbure nalurelle de l'œil disparaisse pour un inonienl ; mais il n esl i)as facile d'expliquer conuneiil cel ellel peut |)ersisler. Vous le voyons eependanl se |)ro(luire assez rréqueiiiiuenl à l'œil ; dans le cas suivant, la cornée ollrit cette délorniation :

— Un friigmeriliinsuloux do for, d'un demi-poiico de long environ, délaclié par un cise;ia, viiil Ini verser, h une ligne de son liord supérieur, la cornée droite de Samuel Lamonl. Bien qu'il eùl élé enlevé ininiédialenient, il produisit l'opacité et le déplacenionl du cristallin coninie dans le cas ci-dessus, avec une violente inllaniniation, qui malgré la saignée, les sangsues et les vésicatoires, persista sans amendement pendant les cin(| semaines qui précédèrent l'entrée du malade au Glasgow Kyc Iiifuiuary. Le cristallin fui extrait par le docteur Rainy, avec le soulagement si remarquable qui suit en pareil cas l'extraction. La cornée, lors de l'entrée du malade, était plus convexe dans le sens liorizonlal que dans le sens vertical, comme si elle avait élé comprin)ée latéralement. Cette forme, qu'elle conserva d'une manièi'e permanente, conlribuait à diminuer la vue du malade. La rétine paraissait saine, et il distinguait beaucoup plus nettement les objets qnand il les examinait à travers un verre convexe de quatre pouces de loyer.

ù. La capsule se rompt à la suite d'un coup, et le cristallin, traversant la pnpilie, vient se loger entre l'iris et la cornée. Le cristallin peut rester longtemps transparent après être passé dans la chambre antérieure. S'il est dur, il peut rester là pendant des années. J'ai vu la capsule rompue accompagner le cristallin dans la chambre antérieure ; en pareil cas, ils deviennent quelquefois le siège de dépôts calcaires.

Obs. 348. — James Lang, âgé de 66 ans, se présenta au Glasgow Eije Infirmary le 22 août 183-1. Il avait reçu, neuf semaines auparavant, un coup d'une pièce de bois sur l'œil droit. Le coup avait déchiré la capsule et le cristallin était passé au-devant de l'iris. La pupille était fortement dilatée. Depuis l'accident, il avail élé fortement tourmenté pendant la nuit par une douleur péri-orbitaire, de sorte qu'il n'avait que peu dormi. L'œil n'était pas très rouge. Pouls à 84. L'œil gauche était glaucomaleux; il croyait que la vision de cet œil avail disparu depuis l'accident qui était arrivé au droit. Le bord supérieur de la cornée ayant été incisé comme pour l'extraction, le cristallin, suivi d'un peu d'humeur vitrée dissoute, s'échappa immédiatement. On rapprocha les paupières des deux yeux avec des bandelettes de taffetas gommé, et on prescrivit au malade de rester tranquille comme s'il était endormi. Le lendemain matin, il nous dit qu'il avait plus dormi la nuit précédente que durant les neuf semaines qui s'étaient écoulées depuis son accident. Il n'éprouvait presque plus de douleur. L'œil avail été le siège d'un écoulement aqueux abondant. La pupille restait largement dilatée. On ne pouvait constater s'il distinguait la lumière de l'obscurité. Le 24, les bords de lïncision sont bien affrontés, la pupille est encore dilatée, et la rétine parait insensible à la lumière. Le 9 septembre, il quille l'infirmerie lout à fait exempt de douleur, mais sans que la vision fût revenue.

C'était donc là un cas de rupture de la capsule par suite d'un couj) sur l'œil; le cristallin, volumineux et dur, avait traversé la pupille et était venu se mettre en contact pendant neuf semaines avec la cornée, sans devenir opaque et sans éprouver aucun changement manifeste dans son volume; il avait déterminé une gène constante et, pendant toutes les nuits, une douleur circum-orbitaire intense. On procéda simplement à l'extraction du cristallin qui, en pareil cas, doit être considéré tout à fait comme un corps étranger. Le iualade n'eut pas besoin

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LÉSIONS TUAlJM\TlQUi:S UIJ GLOIIE DE l'oEIL.

(lu plus pclil opial, cl dûs que le crislalliii fui exlrail, il lui rcsla ai peine la moindre sensalion douloureuse.

4. Un coup délaehe coniplélemenl de loules ses allaches la capsuler renfennanl le cristallin ; celui-ci, se désorganisant, se liquéfie; lacap-sule s'cpaissil et devienl o|)a(|ue, el celle mtorac/a cysiica nage der-rière la pupille dans un excès (riuinieui- aciueuse.

[Obs. 349. — M. Addiiiell Hewson (1) a vu un cas dans lequel la pression du cris-lallin déplacé avail déterminé la niorlificalion de la cornée. Il s'agil d'une Irlandaise, âgéei de 38 ans, qui se présenta à moitié ivre à l'hôpital de Will. Elle avait reçu, deux semaines ^ auparavant, probablement dans quelque lutte d'ivrogne, car on ne put tirer d'elle aucuni renseignement bien exact sur la manière dont les choses étaient arrivées, un coup de c poing sur l'œil. Depuis lors elle avail ressenti une douleur intense circum-orbilaire aveci sensation de graviers dans l'œil el avail été privée de la vue de ce côté. Au moment où elle se présenta, l'œil était extrêmement douloureux, et il fallut employer beaucoup d'insistance pour la décider à le laisser examiner La sclérotique el la conjonctive étaient toutes deux fortement injectées, et la cornée, poussée par un cristallin opaque el gonlléqui se trouvait dans la chambre antérieure, faisait une saillie considérable en avant; ce même cristallin comprimant l'iris en arrière, y avait déjà provoqué de l'inflammation. Le tiers externe de la cornée était parfaitement transparent, ce qui permit de reconnaître cet étal de l'iris ; mais le reste de cette membrane, comprimé par le cristallin luxé, était complètement opaque. Cette opacité était séparée de la portion transparente par un cercle blanc bien limilé, indiquant le début de la formation d'une escliare qui comprenait les deux tiers de la cornée. T. W.]

b. Parfois on voit le cristallin, sorti de sa capsule, flotter profondément dans riiumeur vitrée diiïïuente. Celte variété de luxation du cristallin doit ordinairement son origine à un coup sur l'œil, à la suite duquel les chambres de l'humeur aqueuse se sont remplies de sang. Le sang se résorbe lentement, et on aperçoit alors le cristallin profondément situé derrière la pupille. Si l'on ponctionne la cornée, l'humeur aqueuse s'échappe, et le cristallin vient flotter en avant vers l'iris ou la cornée.

Obs. 350. — L'œil droit de Marie Mains, âgée de m ans, et admise au Glasgow Eye infirmary le 7 septembre '1834, offre un exemple de cette variété de luxation du cristallin. Un mois avant son entrée, elle avait reçu un coup de poing sur la région orbitaire droite. La peau avail été divisée au-dessus du sourcil, mais la plaie, à son arrivée, était parfaitemenl cicatrisée, quoique la cicatrice fût encore douloureuse lorsqu'on la touchait. La pupille droite était dilatée, l'iris tremblotant, les humeurs glaucomateuses, la sclérotique et la conjonctive légèrement injeclées de sang, et elle ressentait une violente hémicrànie. Elle distinguait encore de l'œil malade les doigts et les antres objets volumineux. Pouls à 78; soif intense; constipation. Lors de l'entrée de la malade, il n'y avait donc rien qui indiquât une luxation du cristallin. Il y avait un état amaurotique, el le tremblotement de l'iris portait fortement à soupçonner un état de liquéfaction de l'humeur vitrée. Je saisis cette occasion de faire remarquer aux élèves que ce cas étail un de ceux qu'on pouvait prendre pour un cas d'amaurose sympathique, consécutive à une lésion de quelqu'une des branches de la cinquième paire. La malade avail reçu une plaie au-dessus du sourcil, et, si elle ne s'était point aperçue que son œil avail été frappé en même temps que sourcil, nous aurions pu être conduits à supposer que la plaie du sourcil élait la cai

[(1) Edition américaine de Mackenzie, p. 405. Philadelpliia, 18bi.]

LÉSIONS TIWlliMATigi liS Df CUISTAI-MN KT DK SA CAl'SULH. OO.)

1^ r.fniibli'^soiiiont (le la vision. On pi"ili(|iiii à c.îlle iiinliid.! un.! siiii^noe du bras de 3? oiicos; on lui donna 6 grains .le caloniel el^2 grains (ro|)inn. mu inonienl de se coMciier, le lend.'n.ain malin, une dose de sulfal.; de nin}ïn.>sie. - Le 9 l'li.'nMer;.nie elnil forlefi, l diniinu.;.'. On prescrivit pour .•ha.iue soir une pilule de .leux grains de caloniei el

•m, -rain d-oniuin. - Le 10, la lioul.'ur .jui avait reparu dans i'apres-midi du 9, con- M, , nit ù être intense. La conionctive et la srléroti(iue.Haient plus enniiiniuées. On applique

PS venlous.'s à la lonipe droite et l'on ordonne deii.\ pilul.'S n prendre en serouclianl. Les ventouses ont niod.'ri^ la douleur. - Le 12, on administre de nouveau le suilale de m-mu'sie - Le L5, la douleur persiste, quoique mitigée, el la rougeur est moindre.—

Mi elle nous dilque la douleur a repuru dnns l'après-midi du el qu'elle a continu.' .vec intensité jusque vers huit heures du soir, qu'alors elle a disparu, el <iue la vision est Jevcnue heaucoup meilleure qu'elle ne l'était la veille. A la visite, nous trouvons œil exempt de .loul.'ur; la malade voit beaucoup mieux, elle distingue un individu d un •lulre I e tremblolenieiit de l'iris n'est plus aussi distinct, mais la pupille est plus dilatée. lecrWtallin est devenu mobile depuis la veille, et on le voil d'un aspect glaucomaleux, nollinl cà el lit à chaque mouvement de la tête, el à une dislance beaucoup plus prolonde nue la portion postérieure de la pupille. La partie supérieure de la pupille dilatée est beaucoup plus claire que le reste, le cristallin étant en partie enlbncé dans l'iiumeur vitrée.

On poiil ap|icler secojirfa/res les luxiilions qui survieiinonUkms ces sortes de cas. Elle n'a pas élé ici le résullal imiiiédial de la lésion Iraumalifiiie,mais elle a élé pi-oduile parle ramollissement du corps vitré qui existait au moment de l'entrée de la malade, un mois après l'accident.

6. La choroïde, la sclérotique el la capsule se trouvant déchirées par un coup, le cristallin s'échappe hors de l'œil et vient se loger sous la conjonctive.

[Obs. 331. — Cristallin luxe et. ;x/SNt'' sous la conjonctive. — La nommée Gilboii, âgée de 34 ans, du village de Trembleur, occupée à soigner dés bestiaux, fut frappée à l'œil gauche par un coup de corne de vache. L'œil avait élé atteint par la partie convexe et non par la pointe de la corne, ce qui explique comment il n'a pas élé vidé d'emblée. Cette femme, bien que ressentant des douleurs dans l'œil, n'y fil pas grande altcntion; mais quand les accidents inllammatoires furent calmés, elle s'aperçut que la vision de cet œil n'était plus nette et que les mouvements en étaient gênés. C'est alors qu'elle s'avisa de recourir aux conseils du médecin de sa localité. Ce praticien fit disparaître ce qui restait encore d'inflammation dans l'œil et la malade ne fit plus rien. Au mois de juillet 18o2, cette femme se présenta à ma visite cantonale à Hervé, et je reconnus les altérations suivantes : la pupille était déformée; toute la portion supérieure el interne de l'iris avait disparu; à la partie supérieure et interne du globe de l'œil, au-dessous de son diamètre transversal, se trouvait une bosselure demi-sphérique, d"uiie teinte opaline, que la malade avait n;marquée seulement quelque temps après l'accident. Celte tumeur était dure, indolente, cl offrait tous les caractères d'un cristallin passé sous la conjonctive, par suite d'une violence extérieure. Au bout d'un certain temps, cette tumeur ayant pris de l'accroissement, se rompait spontanément pour laisser échapper un peu de liquide , puis s'affaissait légèrement sans jamais disparaître entièrement. L'aspect extérieur de l'œJl malade el l'accident qui avait provoqué ses altérations faisaient supposer que la tumeur développée à la surface de

^'^J-^'' LÉSIONS TRAUMATIQUIÎS DU GLODE DK l/OEIL. "

l'œil pouvait bien être le cristulliii luxé et passé sous la conjonctive, à travers une (iocliiriiro des tissus de la coque oculaire. Le trenil)lement de l'iris et la faculté de rcctilier la vision au moyeu d'un verre lenticulaire, comme cela se lait chez les sujets opérés de la calariict(!, dissipèrent tous les doutes et démontrèrent positivement que cette présomption était fondée. Il restait une chose importante à connaître : l'ouverture qui avait livré passage au cristallin était-elle oblitérée? La date de l'accident (un an) il autorisait à croire qu'il en était ainsi. Mais, d'autre i)arl, le liquide qui se reproduisait de « temps en temps, au point de faire rompre la tumeur, pouvait faire naître des doutes el'l donner à penser que la communication entre l'œil et la tumeur n'était i)as interrompue. L'opération lut décidée pour le 17 novemlire et il y fut procédé de la manière sui- vante : la patiente s'assit en face du jour, et les paupières furent écartées par le dilata- teur de Kelley. Je fixai l'œil avec une érigne qui fut ensuite confiée à un aide. La i conjonctive l'ut saisie à la partie supérieure par une pince à crochets et incisée avec des s ciseaux courbes, puis l'espèce de kyste qui s"y était formé, disséqué avec le plus grand 1 soin. Toute la partie antérieure de la conjonctive fut abaissée et conservée, et la lentille ( encore munie de sa capsule fut ainsi mise à découvert. Il fut facile de l'enlever avec une • curette, car elle n'avait pas contracté d'adhérences. La sclérotique était saine ; seulement l'espace circulaire que la lentille en recouvrait, vers la partie interne, auprès du bord de la cornée, présentait une saillie un peu noirâtre et fort dure au toucher, comme carlilagi- ■ neuse. Celte élevure constituait la cicatrice de la solution de continuité qui avait livré passage au cristallin et qui était entièrement fermée. Cet état des parties rendit les suites • de l'opération très heureuses, car, au bout de quinze jours, Marie Gilbon quitta le dispen- ■ saire pour reprendre ses occupations habituelles. L'observation microscopique de l'appa- ■ reil réfracteur a été faite par M. Schwann, professeur d'analomie à notre université. Le ■ cristallin qui avait gardé une partie de sa transparence, avait conservé sa structure nor- • maie; seulement, il était ramolli, principalement dans ses couches corticales. La capsule ' n'était pas complètement opaque; elle conservait une demi-transparence; sur une place de la cristalloïde existait un dépôt blanc pulvérulent, se dissolvant dans l'acide acétique, avec • dégagement de gaz. C'était probablement du carbonate de chaux (1). T. W.]

Obs. 35'2. — La figure 78 représente les résultats de deux accidents difTérenls, qui, dans l'espace de quelques années, arrivèrent à l'œil d'un vieillard, le premier malade sur lequel j'observai la luxation sous-conjonctivale du cristallin. En m'inl'ormant de son histoire, j'appris que le décollement de l'iris, représenté dans la figure, avait été le résultat de son premier accident, mais que la tumeur que j'apercevais à la partie supérieure de son œil était la conséquence d'une chute récente qu'il avait faite sur l'angle d'une chaise. La tumeur avait exactement la forme du cristallin , et la pupille était attirée de ce côté. En fendant la conjonctive, il fut facile d'extraire la lentille. L'ouverture de la choroïde et de la sclérotique, par laquelle il s'était échappé, paraissait déjà parfaitement réunie. La rétine n'était point affaiblie, malgré les lésions graves produites par les deux accidents sur les autres tissus de l'œil, et avec un verre à cataracte le malade pouvait lire les caractères ordinaires.

M. Dixon rapporte un cas dans lequel le cristallin et l'iris avaient tous deux disparu à la suite d'un coup.

[L'observation nous a paru assez curieuse pour mériter d'être reproduite en entier (2) :

[(1) Jui.ES Ansiaux. Annales d'Oculislique, t. XXXII, p, 92.]

[(2) A Guide lo Ihe Praclical Sludy of Discases of tlie Eve, willi an outline of Iheir Médical ami Operative Treatmenl, by James Dixon, p. ô'I. J. Churchill. London, 1853.]

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