‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 118 sur 144 · Opluhalniics inlcrmillenlcs · texte numérisé non relu

Opluhalniics inlcrmillenlcs

SECTlOiS H.

UEMÈDES CONTRE LES OPUTHALMIES.

Avant de procéder à la description des diverses maladies de l'œil et d'expliquer le traitement spécial que chacune d'elles réclame, il ne sera pas inutile d'exposer un petit nombre de règles applicables à tous les cas et de présenter quelques remarques générales sur les diflérenles classes des remèdes les plus usités.

Règles générales. — 1. Un précepte qui est d'une grande importance dans le traitement de toute ophthalmie, c'est de chercher à découvrir la cause qui y a donné naissance, afin de l'écarter lorsqu'on le peut et que son action se fait encore sentir. Cette cause peut être locale ou hien constitutionnelle; mais, dans tous les cas, il est évident que, si l'on ne la fait pas disparaître, tous les remèdes ne seront que d'un effet faible ou nul.

2. Lorsque l'on traite les diverses formes, variétés et degrés d'ophthalmie, il est essentiel de bien connaître la constitution du malade. Tant qu'elle n'est point ramenée à son état normal, on échoue souvent dans le traitement de l'affection locale. Il faut aussi s'enquérir des affections antérieures que le malade peut avoir essuyées.

5. On doit écarter de l'œil et du corps entier toute cause nouvelle d'irritation. La maladie peut persister, bien que l'on ait éloigné sa cause originelle; elle est alors entretenue par des causes qui diffèrent beaucoup de celle qui lui a donné naissance, mais qui ne sont pas moins nuisibles. La cause primitive est fréquemment locale, tandis que les causes secondaires sont le plus souvent constitutionnelles. Lorsque la première a été écartée, on est trop porté à ne pas s'occuper des autres.

4. Comme l'exercice des fonctions de l'œil est pour lui une source incessante d'excitation lorsqu'il est enflammé, il faut, en général, prescrire le repos de l'organe. Il est même le plus souvent nécessaire d'cmpècher, en les couvrant, que la lumière arrive aux yeux. Quelquefois, au contraire, il faut encourager les malades à s'exposer à la lumière el

RKMKDKS CONTHK LKS Ol'IITIIAl.Mll'S.

même à exercer leur vue. Le re|)os du corps peut élre indispensable, surloul à la période aiguë des ophlhalmies inlenses.

fj. Il osl d'une haute iniporlance (re.vaniiner de (enips en lenips, complélenient el soigneusemenl, l'organe malade, (|uel(|ue('ois lous les jours, ou même i)lus souvent. Beaucoup d'enlanls perdenl la vue dans roplulialmie puro-nui(|ueuse, parce que l'on n'examine pas leurs yeux. Le praticien ne doit jamais se laisser délournerde cet examen par aucune diflioullé réelle ou imaginaire, s'il ne veut s'exposer à trouver les cornées détruites au moment où il se décidera enlin à les découvrir.

Remèdes. — Les remèdes que l'on peut avoir occasion de mettre en usage pour la guérison des oi)lithalmies sont très nombreux ; ceux (|u'on emploie le plus fréquemment, et en général avec un succès constant, sont simples et peu nombreux. Ils ne sont cependant pas lous de la même nature, ils peuvent même difl'érer beaucoup. Dans les ophthalmiesde même espèce, divers remèdes dont les eflels sont diamétralement contraires, peuvent être utiles, comme nous le verrons tout à l'heure. Le sens commun indique qu'il ne faut pas employer en même temps des remèdes opposés; il ne faut même peut-être pas les employer les uns après les autres dans l'ordre exact de leur énumération. Leur choix est souvent indiqué par quelques particularités inhérentes aux diflerents cas.

1. Émissions sanguines. — L'ouverture d'une veine du bras, l'application de sangsues autour de l'œil, les scaridcations de la conjonctive enflammée, sont les trois modes d'évacuations sanguines auxquels on a ordinairement recours. Il est rarement nécessaire d'ouvrir Tartère temporale, la veine jugulaire externe, ou la veine nasale, ou d'appliquer des ventouses à la tempe. Les trois premiers modes ne peuvent pas être indifl'éremment substitués l'un à l'autre ; on courrait risque de perdre l'œil qu'on traiterait par des émissions sanguines locales, alors que la saignée générale déterminerait une prompte guérison, et vice versà. Ainsi, par exemple, la saignée du bras, en déprimant trop les forces du malade, aggrave plutôt qu'elle n'améliore les ophlhalmies scrofuleuses, tandis qu'une application de sangsues, en faisant disparaître la turgescence locale, détermine un grand amendement. La saignée générale arrête promplement la plupart des ophthalmies internes, tandis que dans ces cas les saignées locales ne produisent relativement que peu d'edel. Dans la conjonctivite chronique purorauqueuse, les scarifications à la face interne des paupières produisent une amélioration beaucoup plus marquée que ne pourraient le faire les sangsues ou la phlébotomie. L'ordre dans lc([uel on emploie ces trois modes d'évacuations sanguines n'est pas non |)lus indillérent. Les sangsues, par exemple, lorsqu'il existe une lièvre syno([ue considérable, produisent beaucoup plus d'eiïel si l'on en a fait précéder l'application de la saignée générale, surtout si on les applique quelques

^^ô^ OPHTIIAI.MIKS.

heures après ((lie Ton ii, |)iir ce moyen, modéré In force de la circu la lion.

Aucune maladie inllanunaloire de l'œil ne cède à la saignée seule. Je< | considère comme folles les lenlalives faites pour guérir ropliiliahnie* conlagieuse ou égyplienne par la souslraclion d'une grande quanliié (B de sang d'une arlère ou d'une veine, jus(|u'à ce (|iuî la membrane' | enllammée ail pàli par suile de la déplélion : d'abord, parce que, lors il même que l'on oblienl celle pâleur, l'inllannnalion n'en esl pas pour iM cela enrayée; ensuite, parce que la saignée, portée au point d'obtenir Jl' cet ellet ou même seulement quelque chose qui en approche, laisse le <« malade dans un grand étal de débilité produite sans nécessité ; et enlin, il parce que celte maladie peut être guérie à l'aide d'un Iraitement plus Mdoux. Toutes les oi)hthalmics exigent d'autres remèdes que les éinis- jlf sions sanguines; c'est pourquoi, tout en accordant à ce moyen l'impor- |l tauce qu'il mérite, il ne faut dans aucun cas s'en rapporter à lui seul, l- Lorsque les praticiens n'avaient confiance qu'en la saignée dans lesJIophthalmies purulentes, ils arrivaient à des résultats véritablemeni désastreux (1). m

Lorsque ron saigne au bras dans les afleclions inflammatoires de f l'œil, il faut pratiquer une grande ouverture, pour être sûr de produire, . autant que faire se peut, une action marquée sur la force de la circu- lalion. La quantité de sang à extraire varie de 10 à 20 ou à 50 onces, . suivant la constitution du sujet et l'intensité de la maladie.

Les sangsues doivent être appliquées, en général, sur le trajet de la \ veine nasale, sur la tempe, le front, ou derrière les oreilles plutôt que ;■ sur la peau lâche des paupières. Leur nombre varie de une à vingt ou i plus. Un verre à sangsue m'aide à les placer sur le point indiqué. Chez t les enfants, on obtient souvent de bons effets de l'application d'une i sangsue sur la partie moyenne de la paupière supérieure; et dans ^ quelques cas d'inllammation chronique avec épaississement de la con- jonctive, on retire de bons effets de l'application d'un ou deux de ces «) annélides sur la face interne des paupières. L'application de sangsues -i sur la muqueuse de Tune ou de l'autre narine débarrasse les vaisseaux de 'j l'œil du côté correspondant, ceux de la conjonctive surtout. On a pro- l posé, dans l'ophtbalmie varioleusc et dans quelques autres, d'établir • pendant plusieurs heures un écoulement de sang continu à l'aide de • sangsues posées derrière les oreilles , en remplaçant celles qui tombent i par de nouvelles. C'est ce que les Français appellent appliquer des î sangsues en permanence.

Je ne nie en aucune façon l'efficacité de l'ouverture de l'artère tem- •'

(1) " J'ai vudescasirophthalniie dans lesquels oji me disait avoir soustrait IGOet 170 onces t de sang en trois jours, cl cela sans succès ; ([ueiqucs pral.icieus m'ont dit qu'ils avaient l'iiabitude d'enlever dé 70 ù 80 onces de sang en une seule fois. » CAi.VEin"s Reileclions on Fcver, p. o. London, ISIS.

UEiMÈDKS COMUE LES OPIITIIALMIES.

poi'ulc, OU de remploi des ventouses seariliées sur la tempe; mais ces moyens sont d'une exécution plus dillicile et s aecompiignent de plus d'irrilalion et de douleur (|ue la saignée du bras et l'application des sangsues. Ils excluent aussi dans beaucoup de cas le recours à d'autres moyens qui ont chance d'être utiles, tels que les vésicaloircs à la tempe el derrière l'oreille. Le bandage serré, indispensable après l'artériotoniie, présente aussi des inconvénients dans le cas d'opliibalmie; la pression douloureuse el l'augmentation de chaleur qu'il détermine, peuvent augmenter le malaise de I'omI et de la tèle. Quand c'est la saignée générale qui est nécessaire, comme dans l'iritis, il ne faut pas compter sur les ventouses scarifiées. Elles ne produisent pas sur la circulalion le même eiïel que la phlébotomie. J'ai vu beaucoup de malades qui n'étaient redevables, sinon de la perle de la vision, au moins de son altération irréparable, qu'à ce que l'on s'était borné à leur appliquer des ventouses seariliées pour une iritis, tandis que l'on aurait dû leur faire une saignée générale. Douze à quinze onces de sang que Ton tire par une assez large ouverture, du pli du bras, ont plus d'efficacité pouiarrêter n'importe quelle ophlhalmie interne qu'une quantité double enlevée au moyen des ventouses. Le sang est toujours couenneux dans l'iritis, dans l'iritis syphilitique surtout, et il faut souvent ouvrir trois ou quatre fois la veine du bras avant que la maladie s'arrête. Ayez recours, en pareils cas, aux ventouses scarifiées, et vous laisserez probablement la pupille fermée, la sensibilité de la rétine alîaiblie, et le globe de l'œil ramolli par suite d'atrophie commençante.

La scarification de la conjonctive palpébrale, et même quelquefois de la conjonctive oculaire, est, dans certains cas, un moyen avantageux, de l'emploi duquel nous ne devons pas nous laisser détourner par cette idée théorique, qu'il ne saurait y avoir avantage à déterminer une lésion mécanique sur une partie qui est déjà le siège d'une inflammation active. Je me suis assuré par de nombreuses expériences que les scarifications de la conjonctive sont utiles, non-seulement lorsque l'inflammation est sur son déclin, mais même alors qu elle est encore à l'état aigu, surtout s'il existe un chémosis considérable. Si l'on prali((ue avec une lancette dont la pointe a été arrondie, une ou deux incisions occupant toute la longueur de la surface interne de l'une ou de l'autre paupière, il surviendra un écoulement de sang très considérable, et si l'on dispose les paupières convenablement, cet écoulement persistera longtemps. Pour obtenir ce résultat, il ne faut ni tenir toujours la paupière renversée en dehors jusqu'à ce que le sang ait cessé de couler, ni la laisser constamment en contact avec le globe de l'œil ; par l'une ou l'autre de ces positions, on n'obtiendrait que peu de sang. Il faut tantôt renverser la paupière en dehors, tantôt lui permeltre de reprendre sa position normale, ce qui laisse aux vaisseaux divisés la facilité de se remplir et de fournir un écoulement de sang prolongé.

oi'irniAi.MiKS.

Un morceau (répongc Ircinpé iluns Toau chaude, puis exprimé, reçoit le . sang; mais il ne doit pas loucher l'incision, si ce n'est quand le liquide ■ paraît sur le point de s'arrêter. On enlève alors le caillot pour que la » plaie puisse recommencer à saigner.

Les scarifications de la conjonctive oculaire se faisaient généralement dans une direction conccntri(iue à la cornée ; mais M. Tyrrell (1) avança qu'il était prél'érable de pratiquer ces incisions en rayoïniantà » partir de la cornée comme centre, et de les faire correspondre aux v intervalles qui séparent les insertions dcsmusclesdroits.il recommanda » celte méthode dans l'ophthalmie purulente aiguë, maladie dans laquelle p la conjonctive est d'habitude fortement gonilée. Il croyait que, dans la méthode employée d'ordinaire pour scarifier la surface muqueuse du globe de l'œil, on divisait en grande partie, sinon en totalité, les vais- , seaux qui se rendent à la portion cornéenne de la conjonctive; ce qui ii augmentait la tendance de la cornée à se détruire, tandis que sa nié- i thode de scarification laissait intacts les principaux vaisseaux de la *> conjonctive bulbaire, tout en permettant au trop plein de la mem- i brane de s'évacuer. Malheureusement, dans les cas graves dans les- i quels il y a un chémosis prononcé, les paupières sont ordinairement i si gonfiées qu'il est impossible de faire les incisions rayonnantes qu'il i a décrites.

On peut classer à côté des scarifications, la section transversale et i individuelle des vaisseaux dilatés qui parcourent la surface du globe de l'œil, opération qui est quelquefois utile, mais que l'on pratique sou- • vent sans nécessité aucune. La meilleure manière de l'exécuter con- ■ siste à soulever avec des pinces un petit pli de la conjonctive et à le ' couper en travers avec des ciseaux. Ce pli renferme rarement le vaisseau dilaté qu'on se propose de couper; mais celui-ci se trouve misa i nu, et il est alors facile de le soulever avec un petit crochet qui l'écarté ; de la surface de la sclérotique, ce qui permet de le diviser.

[M. Desmarres emploie le procédé suivant : il écarte avec l'indica leur la paupière supérieure en la relevant, abaisse l'inférieure avec le • pouce, et, par une pression convenable sur l'œil, maintient cet organe dans une immobilité convenable. Alors, armé d'un petit instrument représenté Gg. 86, il fait ou des scarifications, ou une saignée, selon i

les cas, en suivant les vaisseaux en travers.

Pour les scarifications, le procédé consiste à prot'^'s 86.] j^^gj^g^, riuslrument tran-

chant parallèlement à la cornée sur les vaisseaux péri-kératiques, les

(1) Medico-ChirursioalTransadions, vol. XXI, p. M. London, 1858. London Médical Gazelle, vol. XXIII, pp. 371 , 702, 81Î).

[(1) Loc. cil., l, )l,p. 18.]

IIKMKDES CON i ni-: I.KS OIMITII U.MIKS.

vaisseaux (ranasloiiioso, les vaisseaux IVoulières pour ainsi dire, eiiliv la vaseulai'isiiliou interne et la vascularisaUdU eMenie. On é\ile de presser Irop l'orleuienl sur rceil. De lenips en lenips, el pour un iuslanl Irès-eourl, on abandonne les paupières, on enlève (|uel(|ues caillots qui se forment, el l'on obtient ainsi un déiîaiienient instantané et cxli'ènienient rapide. Quand, au eoniraire, on veut prali(|uer la sai- «uée de VœW, il l'aul aiîir à peu près eoniuie sur les vaisseaux du bras : on divise la inu((ueuse en travers en même temps (|m' le vaisseau sousjacenl, el dans une étendue d'à-peu-près un centimètre. M. Desniarres recommande d'ouvrir de préférence un des gros vaisseaux parallèles au muscle droit supérieur, parce que, le malade regardant naturellement en bas, la plaie reste béante, et l'on peut obtenir ainsi une saignée quelquefois très abondante. T. W.]

La pratiijue qui consistait à retrancher avec des ciseaux une portion circulaire de la conjonctive autour de la cornée, comme le conseillait Scarpa (1) pour les nébulosités, parait avoir été renouvelée par Sansou comme moyen de traitement contre rophtbalmie gonorrboïque. Il excisait à l'aide d'une pince el des ciseaux la conjonclive oculaire, et immédiatement après il cautérisait la conjoncti\e |)alpébrale avec le nitrate d'argent solide (2). Je pense que cette excision est inutile; de plus, elle est presque impraticable dans les cas aigus, à cause du gonflement des paupières et de l'état de tension et de tuméfaclion considérables dans lequel se trouve la conjonclive. Quand le gonilement diminue au point de rendre l'opération praticable, la guéris<m peut être obtenue sans cela. Lorsqu'on l'a pratiquée, on doit craindre le symblépharon.

2. Paracentèse. — A. Paracentèse de la cornée, ou évacua'.ion de l'humeur aqueuse. — Elle a été fortement préconisée par M. Wiudrop (5) comme moyen de déplétion dans certaines espèces d'ophllialmie. Bien que ce remède soit dans certains cas extrêmement avantageux, il constitue une opération trop délicate pour que son emploi soit devenu général.

L'ouverture de la cornée qui doit livrer passage à l'humeur aqueuse peut se faire à l'aide d'un des couteaux em])loyés d'ordinaire pour l'extraclion de la calaracle, ou d'un large couteau à iris. 11 sullit que la pointe de l'instrument parvienne dans la chambre antérieure. La ponction doit se faire à un dixième de pouce de la sclérotique sur un point quelconque de la circonférence de la cornée. Lorsque le couteau a pénétré dans la chambre antérieure, on le relire un peu, el ou imprime à la lame un léger mouvement de rolationsur s(m axe : l'iui-

(1) TraUalo di-llc priimipali Malallie ilpsli Ofcliî, vol. I, p. 210. Viw'y.i. I8IG. {2iJi:i.i,nRi). De l'emploi de l'excision cl de laeaulérisalloiidans l'oiilitlialinie bleiiiiorrhaniqiie, p. "5. Paris, 185:).

(3) Medico-Cliirorgleal Traiisaclioiis. vol. IV. p. 155. I.oiidon. 1815,

()Ô8 OPIITIlAIMir.S.

iiicul' iKHKMisos'ccliiippc alors proiiiplcinciil . Il vaiil mieux ne paseiilever • l'oinpli'UMiicni rinsIruniciil avant (|nc loiil le li(iuidese soit échappé; car , si riiicision n'est pas sulVisamiiuMil élciiduc, et que 10» retire le couteau i avant la sortie de riiumeur aqueuse, l'élasticité de la cornée délerniine l'occlusion de la plaie et (Mni)éche la soudaineté de l'évacuation qui est ainsi rendue moins ellicace, ou (|ui nu";me ne s'edeclue pas du tout. • L'opération nécessaire pour évacuer Tliumeur acjueuse consiste simplement dans le premier temps de la section de la cornée pour l'opération de la calaracte par extraction, celui qu'on appelle la ponction.

La principale dilUculté de l'opération est due à la douleur (ju'occasionnesur un œil enllammé la pi-cssion nécessaire pour inaiiilenir les paupières écartées; mais tant que l'on n'a pas bien eu vue une portion sulïisante de la cornée, et que l'œil n'est pas complètement à la discrétion de l'opérateur, il ne doit point tenter l'introduction du couteau. Un aide soulève la paupière supérieure avec les doigts, ou à l'aide du rétracteur représenté (ig. 71 , p. 545 ; l'opérateur, avec l'index et le doigt médius de la main qui ne tient pas le couteau, abaisse la paupière inférieure, de telle façon que les doigts puissent toucher le globe de l'œil cl exercer sur lui la pression nécessaire. Avant que l'aide soulève la paupière supérieure, on recommande au malade de regarder en bas: l'aide emploie alors une pression sulïisante pour maintenir l'œil dans celle situation.

Comme le malade fait souvent un mouvement brusque loi'sque la poinle de l'inslrumenl vient en oonlacl avec son œil, il est utile de toucher plusieurs fois la cornée avec le dos de l'instrument, jusqu'à ce que l'on se soit assuré que le malade ne bougera pas. Dès que l'extrémité de l'inslrument se trouve placée en regard du point où l'on veut pratiquer la ponction, on presse sur la poinle qui pénètre facilement dans la chambre aniérieure.

[M. Desmarres pratique cette opération au moyen d'une aigudle représentée fig. 86. La lame en est pleine, exactement conique, pour

empêcher l'écoulé-

- — meiit trop rapide de

l'humeur aqueuse.

[F'g- 86.] A 2 millimètres de

la pointe , il y a deux arèles qui empêchent la lame de pénétrer plus loin. Le malade étant appuyé contre un mur (on peut se passer d'aide), l'opérateur écarte les paupières avec l'index et le pouce de la main gauche , et par une pression convenable lîxe le globe entre ces doigts. Il ponctionne ensuite la cornée avec l'aiguille en renfonçant jusqu'aux arêtes. Cela fait,' il retire lentement de la plaie la lame de l'instrument pour que l'humeur aqueuse s'écoule peu à peu et sans secousse. A mesure que la chambre aniérieure se vide, Tiris se bombe en avant et linit par s'appliquer contre la cornée. L'opération est des

ui:mki)i:s coiNTUk les oi'iitii m.miks.

lorsachovôo. Mais si I ninaminalion os( oonsidéraltlc cl quo Ton jiii^e Conv'oiial)Ic de videi- une seconde on une Iroisiènie t'ois la elnunbre anléi'ieure, on allend uiu; ou deux niinules au plus; puis on inlroduil un pelil slylel d ari^enl au moyen (ln(|uel on éearle les lèvres de la |)lai3 pour donner de nouveau issue à riiunu'ur a(iueuse.

]î. Paracentèse de /« ir/tro^/V/v^c — Comme il faul (|ue la ponelion soil ici d'une eerlaine largeur, la laneelle ou le eouleau laneéolaire doil remplacer l'aiguille à calaracle ou celle à paracentèse coruéenne, dont la pi(|ùre serait trop élroilc. M. Desmarres prélere Taiguillc à paracentèse sclérotieale représentée dans la ligure 87, parce quelle atteint mieux le hul et ne peut pénétrer (jua la prolbudeur voulue. C'est en grand, à part la goultière, le même instrument (jue celui (|ui sert |)our la cornée. On peut pratiquer la paracentèse sclérotieale dans plusieurs endroits de Tcril. Si, après une opération de cataracte à Taiguillo, on veut obtenir la disparition du gonflement inllanmiatoire des membranes intei'ucset arrêter le phlegmon, on plonge Tinstrumenl dans la (ibreuse, à 5 ou 4 millimètres de la cornée, dans l espace triangu laire compris entre le muscle droit externe et Tinférieur, et Ton donne issue à une partie de l'humeur vitrée en rompant l'hyaloïde avec un slylet ordinaire ou avec une curette que l'on introduit dans l'œil. Si, au contraire, l'opération a pour but de débarrasser l'œil d'une collection liquide, comme cela se voit dans l'hydropisie sous-rétinienne, on fera pénétrer l'aiguille beaucoup plus en arrière par rai)porl à la cornée (pour éviter l'appareil cristallinien) et on la dirigera tantôt entre le muscle droit externe et l'inlérieur, tantôt entre ce dernier et l'interne. M. Desmarres mentionne plusieurs cas où la paracentèse de l'œil par la sclérotique a réussi entre ses mains dans les cas les plus graves (1). T. W.]

d. Anesthésiqncs. — On peut signaler, parmi les moyens avantageux de diminuer l'inllammation des dillérents tissus de l'œil ainsi que la douleur et la pliotopbobie qui accompagnent certaines ophthalmies, l'inlialalion des vapeurs d'éther sulfurique ou du chloroforme. Il sullit de plonger pendant quelques minutes le malade dans un état d'insensibilité à l'aide de l'un de ces agents, pour obtenir un soulagement marqué et souvent durable, dans la conjonctivite scroftdeuse, la cornéite et l'ophlbalmilis sympathique. L'inhalation doit être praliquéo pendant que le malade est couché sur le dos cl renouvelée tous les jours ou tous les deux jours (2),

[Fig. «-.]

[(I) Loc. cit., t. Il, p. 31.]

(2) Médical Gazelle, vol. XXXIX. p. 1077. Loiiduii, ISi".

OPIITIIAL.MIK.

i. l'iirijulifs. — Os iiK'dicaiiiciils iiiiis.sciil de deux l'acons dans le , Irailcmeiil des alloclions iiillammaloircs (I(î l'œil : coiiiiiu' dépléiils^ comme, moyens syin|)allii(|iies. Ils dimimieiilla (|uaiililé du lliiide eii-culaiil,en même temps (|irils expulsent le contenu des iiilesliiis; el, à cause (le la continuité (|ui existe entre la muqueuse qui recouvre ra;ilel celle qui tapisse la surface du canal alimenlaire, ils se moiitrcMil très elïicaces dans la plupart des ()|)litli;dniies. Une dose active de calomel el de jalap sullit souvent à elle seule pour ari'cter une attaque, lors(proii rein|)loie de bonne heure. Il est toujours nécessaire, dans le cours du Iraitemeiïl de ces all'ections, d'administrer de tenqjs en temps des laxatifs; souvent même, surtout chez les enfants, il n'y a (|ue l'usage persistant des purgatifs qui puisse amener la guérison.

o. Les (hiiéliqucs el les nauséeux rendent des services essentiels dans le traitement des diverses inflammations de l'œil, non-seulement en agissant sur le tube digestif, lorsqu'il y a lieu de soupçonner qu'un étal de surchai'ge des organes digestifs est la cause qui enti'elient l'iriila- (ion, mais encore en ralentissant la circulation et en relâchant la peau (1). Dans les aHections chroniques, l'action absorbante de cette classe de remèdes est aussi très utile pour provoquer l'absorption des déi)ùts morliides et aider à ramener la transparence dans les ])arties antérieures de l'œil.

G. Les diapit.oi-êt ifjues diminuent le travail inflammatoire qui siège dans l'œil, surtout lors(|ue, comme cela arrive souvent, la suppression de la transpiration a été la cause excitante de l'ophlbalmie. L'œil, (jui est recouvert d'un prolongement des téguments, participe aux bous cllets produits par la réapparition de la sécrétion de la peau. Une 0})hlhalmie se traite l'arement par les diaphoréliques seuls; mais après la déi)létion, ce sont des adjuvants très utiles. Les pédiluves chauds, pris au moment de se coucher, et les bains tièdes ou chauds, apj)artiennent à cette classe de remèdes.

7. Médication résorbante. — L'eflicacité du mercure dans les inflammations de l'œil est établie depuis longtemps (2). Sans ce médicament,

(1) DoitsoN. Médical and Pliilusoplikal Coninienlai-ies, vol. III, p. 4-11. Edinburgli, I78i.

(2) liivKnms. (Opéra, |). 263. Fraiinoliirli, 1674) cilc, eu rapproiivanl, la pratique de Zaeutus l.usilauus, qui guéril en sept jours, ù Taidc de Iriclioiis mercuriellcs, une ophllialinic qui avait résisté pendant un an à raclion des autres remèdes. Ciii-vivi;. (Natural .Melliod of curini; llic Di- .seases of tlie Hody, p. 125, London 17/(2) élablit que l'œlliiops minéral est un reméde^cnicace contre les inllammatioMs des yeux. WAUNi-n (Description of llie lluman Eyc,elfi., p. 50, London, 1775) recommande les mercuriaux unis à Topium, dans riullammalion de la conjonclive. Pli;nck( De niDrbis oculorum, p. 80, Yienna, 1777) conseille l'usage interne du mercure dans les o|dillialmies gonorrhoïque et vénérienne. Le docteur Robeut IlAMii.Toxa publié (dans l)uncan'.s Médical Commentaries, vol. IX, p. 191, London, 1783) une notice sur les bonseffcis produits |iar le calomel et l'opimn dans les aireetions innanunaloires. Il parle de rellicacile du mercure dans roplilluilmie comme d'un lait depuis longlemps établi. Waiik (Remarks ou tlie Ophibalmy, etc., pp. 9(1, KU, 5.'i Kdilion, London, 1793 ) prescrivait avec succès le sublime corrosif dans ungi'and nombre de cas. En coiisullanl lti;i:n (lîibliollieea Opbtlialmologiea, vol. I, p 'j<6 et vol. Il, p. 83. VindcdioiiM, 1799), leleeleur se convaincra qua Tépociuc de cette publleution, l'auteur connaissail i tlesellets de l'iritis, el rellicacile du mercure puurprévcnn-1 epan-

RE.MKUKS COMHK I.KS OlMITll AL.MIKS.

les oplillinlinies inlcnies olsiirloul l'irilis soiil prosciueinciirahlos. C'est priiR'ipak'inciil comme absorhanl (iiu; le mercure se moiilresi mile dans les opIUlialmies iiileriies; il provociue très éiieri!;i(piemeiil la disparilion delà lymphe coai^iilahle épanchée, en augmenlani, l'aclioii des ahsorbanls. On ne saurait dire s'il exerce celle action directement, ou s'il ne l'ail (|ue favoriser l'aclion des ahsorhanls, en dimiiuuuit par un mode d'aclion inconnu l'inllammalion qui donne lieu à répanchemenl; mais ce que l'on ne saurait i'évo(|ner en doute, ce sont les Irislcs résullals des ophllialmies internes lorsciu'on néglige l'emploi de ce moyen, et les admirahlesellels <iue l'on en relire pour conserver la j)upille ouverte et transparente.

Dans les cas auxquels je viens de faire allusion, on emjjloic le mercure de façon à allecler la conslilulion et à agir ainsi sur l'œil ; mais on s'en sert, dans d'autres cas, à plus petites doses, alin d'ohlenir l'action avantageuse qu'il exerce sur les organes sécréteurs de la digestion.

L'iodure de potassium s'emploie souvent avec avantage dans des cas où le mercure ne convient pas, ou lorsque l'on a été dans l'obligation de suspendre l'usage de ce dernier médicament à cause de son action sur la bouche.

8. Ironiques. — Celle classe de médicaments, parmi lesquels le quinquina est de beaucoup le plus puissant, est utile dans les oplilhalinies scrol'uleuses, et dans presque toutes les autres, quand elles sont à l'état chronique. Le traitement des ophthalmies scrofuleuses par le sulfate de quinine est pour la médecine ophlhalmique un progrès presque aussi important que l'a été le traitement de l'irilis par le mercure. La première de ces all'eclions, en ell'el, est beaucoup plus tréqueule que la seconde, et son action désastreuse sur les parties transparentes de l'œil n'est guère moins prononcée (1).

chenient lie lymphe phisliqiie dans la pupille. Il dit qu'après la saignée, il n'y a pas de meilleur moyen que le mercure pour arrcler les ophllialmies violentes et prévenir la sup|)uration el l'épanchemenl de lymphe plasiiqiie. Muin (Kdinbui'gli Médical and Surgical Journal, vol. VI], p. 24i, 1811) recommandait la salivation dans l'ophllialmie. Beeii ( Lehre von den Augenkrankheilcn , vol. I, pp. /j-oO, 5()3, Wien, 1815) conseillait le ealomel avec l'opium dans l'irilis iiliopiifliiqne, et dans l'irilis syphililiquc le ealomel avec l'opium, on le sublimé corrosif. Le docteur pARnE (Préface au Irailcde Saiikuers, 2= édit. on some Practical Points relaiing to ihe Diseases of tlie Eye, p. 38, London, 1816) met en avant l'opinion que l'action mercuriclle seule peut arrêter l iritis dans sa période aiguë, doctrine grosse de dangers.

(1) Dans le premier volume des Médical Observations and Inquiries, public en 1763, les docteurs FoTiiEnciLL et l'onovcE reconiniandcut la décoction de quinquina en poudre comme un remède contre la conjonctivite scrofuleuse. Il n'est pas douteux que les iiraticiens qui leur ont succédé n'aient retiré des avantages du quinquina employé en décoction ou sous toute autre forme. A ta même époque, quelques auteurs oui parlé défavorablement de ce remède i'i l'occiision de rophllialmie même, pour laquelle rothergillet Fordyce l'avaient vanté. « Le (piinquiua et les autres tonicjucs, dit M. Lloyd dans son Traité sur la scrofule, p. 51/», ont été surtout recommandés dans celte espèce d'ophllialinie ; mais bien que je les aie vu em])loyer dans beaucoup de cas, jamaisje n'ai reniaripié qu'ils eussent pi'oduit la moindre aciicni sur celte alleetion eu |)artieulier. » M. Sannders en ISI I , et M. Ryall en 1828, conseillaient, dans l'ophtlialmie des nouveaunés, le premier le quitupiina, elle second le sulfate de quinine.

En 1828, .M. Wallace publiait dans le quatorzième volume des Medico-Chirurgieal Transactions, une opinion favorable aux effets du quinquina dans l'irilis ajirès fièvre.

oi>irnui..MiKS.

I.os acides iiiiiKM-iuix cl les IViTUi^incux soiil aussi des reiiu''(le,s v l,()ni(jiies li'ès recoiiiiiiaiidaljles dans divcj'scs espèces d'oplilhalmie el \ à mie cerluine période de leur exislence.

L'arsenic est un loni(iue, cl comme les aulrcs remèdes de celle classe, il agil en coMmiuni(|uaiil aux capillaires une énergie salulaire. Il rend i des services dans cerlaines oplilhalmies clironiciues (|ui s'acconi- ' pagnenl d'hémicrànie. .le Tai IrouNé surloul ulile dans la scléroiiie scroluleiise (1 ).

Le bain de j)()ussièrc a(iueuse, froide ou chaude, el en général lous ■ les l)ains froids, soni des remèdes Ioniques Irès cHicaces.

9. Anodins. — On esl nalurellemenl conduil à employer les anodins |)ar l'espoir de soulager la douleur (pii accompagne beaucoup (ropliliialmies ; mais ce n'esl peul-ètre pas là leur aclion la plus iniporlanle. Deux des oplilhalmies les plus douloureuses sont la rbumalismale et la calarrho-rhumalismale. Des ap|)licalions de laudanum sur les lem|)es el sur le fronl, ou Tadminislralion de l'opium à l'inléi'ieur calmenl beaucoup la douleur; mais on relire des ellels bien |)lus avanlageux de ce médicamenl quand on l'emploie associé au calomel. Le calomel avec l'opium pcul pres(iue être considéré comme un spécifique dans ro))lilhalmie rhumatismale ou calarrho-rliumalismale. Chacun de ces remèdes, employé isolément, esl beaucoup moins ellicace. L'opium n'agit pas seulement comme anodin, mais il agil en quelque soi'le comme régulateur; il empêche le calomel d'être expulsé par les selles et rend son absorption certaine.

On applique directement sur l'œil l'opium en vapeur ou en fomeiitations, dans certains états inflammatoires.

Des frictions autour de l'orbile avec la teinture de tabac diminuent la douleur qui accompagne certaines oplilhalmies C^).

10. Mfidrkitiqu.es. — Dilalaieurs de la pupille.— Ln belladone, la jusquiame et le stramonium constituent une classe de narcotiques (jui ont la faculté de dilater la pupille, et sont d'une valeur inestimable

u iv suis pai-failciiieiil convaincu, dit le docleur Jacob, de rcilicacilc du snllale de qniniuc, cin|d(iyé dans la plupart des formes d'opliUialniie, qui survieniieiil chez des sujets dcbifnés ou scrol'uieux, chez ceux qui sont restés renrcrmés pendant longtemps dans une chambre malsaine, ou (|ui ont eu à supporter un Irailement mercuriel peu judicieux , el je ne connais aucun inédicamenlqui mérileplusde lixcr l'altenlion des cliirurgiens oculisles.» ^Transactions of Kiug s and Queen's Collège oC Physicians, vol. V, p. 477. Dublin, 1828.)

^ En 1828, on amenait réguliérctueni chez moi, d'une distance de sept milles, un enfant allcinl d'une conjonclivile pldycléiuilairc opiniâtre pour laquelle j'avais essaye sans succès un grand nombre de remèdes. Un jour, au niomenl où l'on m'amena l enfanl , du sulfate de quinine se trouvait sur ma table ; il me vint à re&jii'it qu'il serait bon de l'essayer contre une affection aussi rebelle. 11 guérit l'enfant en quelques jours. D'autres cas de la même nature cédèrent aussi facilement. J'introduisis l'usage de ce remède au Glasgow Eye Infirmarij, et j'en étendis l'usage il la eornéile scrofuleusc et à l oplilhalmie tarsienne, lîn novembre 1828, je publiai un Iravail sur l'eiricacilé de ce remède dans ces affeclions ; il jiarut dans le Glasgow Médical Journal.

(1) Médical Gazette, vol. XII, p. 18. London, 1833. .

(2) Noni,i;'s Treatise on Opiilhalmy, p. 20i). liiriningham, 1801. VtTcii. Dans Medico-Chn'i gical Transaclions, vol. XVI. p. 357. London, 1850.

UliMÈDI'S C.ONTUl': LKS OPMTIIAI.MIKS.

pour la môticciiie oplillialiiiiciuc (1). On les emploie sous heiiucoup de formes, mais surloulsous celle d'exlrail mou dont on enduit le sourcil et les paupières. C.onmie il y a dans toutes les o|)liilialmies internes une tendance à roeclusion de la pupille, on appli(|ue Tuii de ces narcotiques une ou plusieurs l'ois dans les Vt- heures. Ils ne produisent (jue peu dellet si l'iris est déjà le siège d'une inllamnuUion intense; mais si raiïeclion est à son début, ou si elle est déjà en voie de céder à l'action de la saignée ou du mercure, la pupille se dilate promplenu'ut.

La belladone et la jus(iuianic employées en romenlations, en vapeurs, ou en frictions, ou bien administrées à l'intérieur, diminuent bcaucouj) la pbolophobie et le larmoiement qui accompagnent la conjonctivite et laeornéilc scrofuleuses (Î2). Elles agissent aussi puissamment pour calmer l'irritation, et provoquer la cicatrisation dans les ulcérations de la cornée. Il existe peu d'ophtludmies dans lesquelles l'action calmante de ces médicaments ne i-ende pas de services, indépcndammenl de leur propriété de dilater la pupille.

Une manière élégante et facile d'obtenir les efl'els s])éciliques de la belladone, consiste dans l'application sur la conjonctive d'une solution d'un sel d'atropine. Une solution d'un demi-grain d'atropine dans une pinle d'eau, employée en lotion sur l'œil, détermine cet elTel ; mais on emploie ordinairement une solution d'un à deux grains par once d'eau.

11. Acide liijdrocyanique. — Si l'on met un peu d'acide hydrocyanique dans un tube de verre ouvert à ses deux extrémités, et que l'on place à chacune de celles-ci un doigt de façon qu'il se trouve en contact avec l'acide, ou même seulement avec les vapeurs qui s'en élèvent, on ressent au bout de quelques minutes une sensation particulière d'engourdissement qui dure un certain temps. On suppose que la vapeur qui s'élève de cet acide, lorsqu'il est chaulfé légèrement, ])roduit la même action sédative sur les nerfs de l'œil, et par leur intermédiaire sur les vaisseaux sanguins. On se sert de cet agent à l'aide d'une iiolc

(1) Bien que les anciens paraissent avoir eu connaissance de la propriélé cpronl eerlains \<'gclaux lie dilater la pupille, et même, ainsi que Pline nous l'aiiprend dans le chapitre 15 du livre XXV de son //i.itoire naturelle , de ravanlage que l'on peut en retirer dans certaines opérations qui se pratiquent sur les yeux, ce ircst que dans li's temps modernes que l'on a eu Tidce de les employer pour eomhallre la rctraelion dé la pupille dans Tii-itis. .le ne crois môme pas que quelqu'un ait dit avant Darwin, (Zoonomia, vol. III, p. 132 London, 1801) que la |)ropriélé qu'a In belladone de dilater lu pupille i)ouvail être ulilisée avec avantage dans cei'taines oi)litlialmi(!s.

Voyez, pour l'iiisloire de la belladone et des autres dilatateurs de la pupille, l'ui.TtcMcv. Pliilosopliical Transactions, vol. I, part. I, p. 62. London, 1738. 11i.mi.v. Ki-anklicilen und Misbildungen des nienseliliehen Auges, vol. I, p. 18. Berlin, 18/(.3.

Il serait imporlant de connaître toutes les piaules qui ont la propriélé de dilater la pupille. On prcleml qu'Ani.sodus Luridns, natif du Népaiil, est dans ce cas.

IJ.ui.yrT,!. (Osservazioni l'ralielie suUe Malatlie degli Oeelii, t. I, p. 159, Milano, 1818) a essayé \e coniiim nuirululuiii, l'acniitliiin ncomonlaniim, U' digilalis purpurca, \c rhns railicaiis, le ec'ocus .'lalivus, l'arnica MioHia«a, et \a papavcr suinnifcrnin, mais aucune de ces plantes ne dilate la pupille.

(2) U.Mi.uTA. I.oe.eit. Animon's Zeilsclirift fiir die Ophllialiiioloijie, vol. I, p. il7. Dresden, 1831. Di'i'uvTiio. Leçons orulesde clinique chirurgicale, t. IV, ]). 129. Paris, !83i.

OI'HTIIALMIKS.

dont remboucliui'o ii la l'orme (run hain d'œil ; on niel au l'ond de la fiole quelques gouUesd'aeidecoiicenlré, on ouvre l'œil, et ony a|)plique pendant quelcjnes ininules rend)Oucliure du llacon.

C'est surtout dans la période ehronique de la cornéite, et dans les opacités de la eoiMiée, (jue l'on a obtenu des avantages de rapplicalion de la vai)eui' d'acide liydroeyani(iue. 11 |)ai'ait nuisible lorscpi'il y a ■ ulcération, ou (jue, par suite d'une lésion trauniaticjue, l'œil est menacé de désorganisation.

12. Réfrigérants. — Êmollienls. — La sensation de clialeur exagérée qui accompagne la plupart des opbtbalmies, porte d'instinct les malades à employer l'eau l'roide comme remède. Ce moyen soulage incontestablement pour un temps; néanmoins, il est positivement nuisible dans les ophlbalmies internes, et dans la plupart des cas il est suivi d'une réaction lâcheuse. L'inllammalion commençante de la tunique externe de l'œil peut quelquefois être arrêtée par des lotions froides; mais dans ces cas on relire ordinairement le même avantage des lotions tièdes, qui ne font pas courir le danger de la réaction, de même que dans les fièvres on rafraîchit la peau avec moins de risfiue par les allusions tièdes que par les aiïusions froides. Une lotion tiède adoucit et relâche les membranes de l'œil enflammé ; et comme elle s'évapore aux dépens du calorique surabondant de la partie, elle agit en réalité, comme réfrigérant aussi bien que comme émollient. La décoction de tètes de pavots convient très bien dans ce but.

Les cataplasmes appliqués sur les yeux sont quelquefois utiles, mais ils ont souvent le tort de conduire à l'omission des remèdes convenables. Plus d'un œil se crève sous un cataplasme, surtout dans rophthalmie des nouveau-nés et dans l'ophthalmie scrofuleuse. Lors donc qu'on prescrit des cataplasmes, il faut avoir soin d'examiner tous les jours l'œil sur lequel on les fait appliquer. Lorsqu'on les continue trop longtemps, ils provoquent une violente éruption pustuleuse sur les paupières.

■15. Détersifs. — Astringents. —Siimulants. — Escharoliques . — Nous comprenons sous ces dénominations les innombrables substances qu'on applique sur la surface de l'œil, dans le but, non-seulement de le débarrasser de la matière qui s'y forme, ou de déterminer rastriclion des tissus avec lesquels on les met en contact, mais encore dans celui de réagir sur les fonctions vitales. La même substance peut agir, suivant son degré de concentration, comme détersif, comme astringent, comme stimulant, ou comme escharotique.

Dans les opbtbalmies internes, surtout à leur période aiguë, l application des stimulants est inutile ou dangereuse, tandis qu'ils constituent les remèdes les plus puissants contre les inflammations de la conjonctive. Les astringents tels que l'alun, le muriate d'ammoniaque, le sulfate de zinc et le sulfate de cuivre, ont été en grande partie

UEMÉDKS CONTUE LES OPHTIIAI.MIKS .

éclipsés par le iiili-ato (rai'gent cl le dculo-clilonii'o do inorcurc. L acétalo (le plomb doit èlrc c'()in})lél('in('iil, hamii de la iiK'dcciiic oculaire, à eaiise dti précipilé ()pa(|iie, el le i)lus souveiil indélébile, aii(|iiel sa solulion donne naissance, lors(iii\'lle se Iroiive en conlacl avec quelque point dénudé ou ulcéré de la conjonctive ou de la cornée (1). Quand il existe un ulcère sur la cornée, on doit s'abstenir de toute solution saliue, à moins qu elle ne soit indispensable \H)nv ('ni|)écber la parli(! de.se désorganiser, car toutes donnent lieu à un précipité (|ui adhère à Puleère el expose à des cicatrices ()|)a(iues.

On n\Mni)loie guère le deulo-cblorure de mercure qu'en solulion très allaiblie. Sous celle l'orme, il conslitue un collyre astringent. On augmente ordinairement sa solubilité |)ar l'addition d'Iiydrochloratc d'ammoniaque, el le collyre dont il est l'un des ingrédients conlienl souvenl (|uel(jue autre substance, telle que l'opium et la belladone.

Le nitrate d'argent s'emploie en solution, en pommade, et à l'étal solide. La dose ordinaire est de 4 grains i)ar once d'eau distillée; mais dans le traitement de l'ophlbalmie purulente elle peut être portée à 10 grains et au delà. Pour l'appliquer, on en fait tomber une douzaine de gouttes dans un verre à vin vide, el on y lremi)e un pinceau en poils de chameau, avec lequel on touche la conjonctive enflammée. Il l'aul étendre la solution dans le sinus supérieur et ne pas se borner à toucher l'inférieur. On doit renouveler l'application toules les huil heures environ. Dans les cas aigus, une l'ois par jour ne suffit pas. La solution est immédiatement décomposée par le muriale de soude qui existe dans les larmes et le mucus conjonctival, et s'échappe d'entre les paupières sous un aspecl laiteux, dû à la présence de l'argenl natif. Celle solulion, lorsqu'on en continue longtemps l'usage, communique à la conjonctive une teinte vert olive indélébile; son application sur un ulcère de la cornée noircit quelquefois la cicalrice d'une manière permanente. {Voyez p. 545.)^

La pommade au nitrate d'argent paraît avoir été proposée d'abord par le docteur Ryan (2) pour les lâches et ensuite par docteur le Cleoburey (5) pour les ulcères de la cornée. Le docteur Ryan employait un gros de nitrate d'argent pour une once d'axonge; M. Cleoburey 3 grains seulement. M. Guthrie (4-) a introduit dans la pratiiiue cette pommade dont il varie la composition, jusqu'à y faire entrer 80 grains par once d'axonge, pour le Irailement non-seulemenl des ulcères et des taches, mais aussi de différentes ophthalmies, même à leur période

[(I) Nous ne piirlagcons pus lopinion de M. Maclicnzic sur le (hingcr de remploi de raetilutc de plomb; nous avons déjà exprimé iioli'c senlimeul à cel égard ( V. mile p. 5/i5) ; nous y reviendrons à Toceasion du Iraitemeul des iirauulalions palpéhrales. T. VV.]

(2) ïransaclions ofllie Associalious of Fellows and IJcenlialos of Ihe King aiid Qucen's Collège of Pliysicians in Irelaud, vol. IV, [i. 21)7. Dublin, tSii.

(3) Keview ol' llie diiïerenl Opérations |)erfornie<l on Ihe Eyes, p. GO. Loudon. ISiO.

(4) Loiidon Médical and Surgical Journal, l'or Sc|)tenibcr 1828.

OI'IITIIALMIKS.

cracuiU'. (hiollo (jne soil, la l'oi-cc! (|troii lui (Idiiiic, il l'aiil sii|)|)iiiiici' TopiuMi (HIC M. CU'ohmc^y iDlroduisail dans sa |)()inina(le, cl la li(|iiL'ui' i d'acclalc <lc plomb iiciilrc ([ue M. Gulliric ajoute à la sienne. Le i' nilrale d'argent doit être soigneusement broyé dans un mortier, et la matière grasse avec la(iuelle on doit le mélanger lavée dans de leau i distillée bouillante, alin de la débarrasser de toute substance étrangère, ' et notaiiiment du sel commun ; ce qui est indispensable pour retarder r autant que possible la décomposition du nitrate d'argent dans la : pommade (1).

La pommade de la force de 10 grains et i)lus par once s'applicpie sur la conjonclivc, en vertu de ce ))rincipe (|ue deux maladies ne peuvent exister en même temps dans le même lieu. On supi)ose (pie la pommade, qui est un stimulant puissant, excite une iiillaininalion plu.s intense, mais de meilleure nature et d'une durée moindre que celle qui existe déjà. C'est surtout à la période granuleuse ou sarcomateuse de l'ophthalmie puro-niuqueuse que cette pommade est utile. Lors(|u'oii l'emploie, il ne faut pas la mettre en une seule masse sur la face interne de la paupière, car de celte hem elle n'agit que sur la portion de conjonctive qu'elle touche, et peut même y produire une eschare. 11 faut en charger un pinceau en poils de chameau, renverser en dehors et essuyer la paupière, puis étaler la pommade sur la conjonctive palpéhrale. Il se produit une action chimique immédiate sur la surface de la membrane; le nitrate d'argent esl en partie décomposé par le Jiiucus de la conjonctive et réduit à l'état de chlorure. Quelques malades se plaignent peu de ses effets, et peuvent au bout d'une demi-heure à une heure, et même moins, ouvrir les yeux et se promener dans la rue; d'autres souffrent fortement pendant trois ou quatre heures.

Le nitrate d'argent solide s'applique quelquefois sur la conjonctive enflammée (2) des paupières, et il est peut-être plus facile à manier que la pommade forte. L'une et l'autre de ces applications exigent beaucoup de soin, car, manié sans précaution, cet agent peut détruire la transparence de la cornée comme le fait la chaux vive, déterminer la mortification de la conjonctive ou de la cornée, et amener le symblépharon .

Le précipité rouge et le sous-nitrate de mercure ne s'emploient que sous forme de pommade, dont on fait varier la force.

La potasse en solution, à cause de la propriété qu'elle a de dissoiulre le mucus et le pus, constitue un des meilleurs collyres détersifs. On le compose de 2 à 6 gouttes de solution de potasse caustique par once d'eau. Si l'on croit utile de colorer ce collyre, on peut y ajouter quelques gouttes de teinture de cachou.

Le tannin en solution a été employé comme astringent dans les mari) London Médical imd Sursical Journal, for Oclobcr ISiit, p. 32b. (2) WALKicn. Lanecl de 1850-51, vol. II, p. 619. Jullurd. Op. cil., p. 7o.

HKMKDKS CONTUF. I.KS OPIITIIALMIES.

ladies tle l'œil, à la dose de 10 à 20 grains par once d'eau el ((uelqiie-

fbis beaucoup plus (1).

On emploie le vin d'opium pur ou dilué : ee médicament est Irès lUiledans la plupart des inllammalions clironiipu's (i2). Il contribue à prévenir les rechules. Les Allemands emploient le laudanum de Sydenham qui contient deux Ibis autant d'opium que notre vin d'opium. Quelques praticiens emploient une solution vineuse d'opium sans mélange d'aromales.

14. Les n'i'y//.s//;s',(iui comprennent les liniments rnbélianis, les vésicaloires et les fonticulcs, rendent de grands services dans le Irailement des ophthalmies, surtout dans leur période de cbronicité.

Par leur moyen on excite les vaisseaux d'une partie voisine, du cou par exemple ; ceux des yeux s'en trouvent soulagés d'autant, ce qui favorise l'action des absor bants. Après remplàtre cantbaridé, l'emplâtre émétisé est celui qui est le plus utile. Ces remèdes agissent d'autant mieux qu'il n'existe ni lièvre, ni irritation générale. Les révulsifs qui troublent la santé générale aggravent la maladie locale.

[lo. L'occlusion palpébraJe rencontre ses applications dans un grand nombre de cas qu'il importe de bien distinguer. Elle s'applique de dilTérentes façons: M. Furnari, à qui revient le mérite d'avoir introduit en France cette pratique empruntée aux Arabes, a adopté le moyen suivant, après avoir successivement essayé le coton cardé et' trempé dans une solution de gomme, les bandelettes agglutinatives, le collodion, le taffetas d'Angleterre, etc. : les paupières étant closes, on étale sur elles une légère couche de solution de colle de poisson, de blanc d'œuf, de gomme arabique; immédiatement après, on applique horizontalement une ou deux bandelettes superposées de tulle, de la forme d'un ovale allongé ayant de 4 à 5 centimètres de long, c'est-àdire dans le sens horizontal, et 2 centimètres de haut. Ces petites bandes s'adaptent parfaitement, sans exercer aucune pression, à la forme et au bombement des paupières, et constituent une adhérence multiple et filiforme tellement forte, que quelquefois, après deux ou trois jours d'occlusion, il est nécessaire, pour les détacher, de faire usage d'eau tiède (3). — M. Hairion emploie le collodion : avec le pouce de la main gauche, il abaisse la paupière supérieure, de manière à ce que les cils recouvrent la surface cutanée de la paupière inférieure, à laquelle il les fixe par leurs extrémités, au moyen d'une ou de plusieurs couches de collodion. Ce procédé est applicable à tous les cas, et permet d'exercer sur l'œil une pression plus ou moins forte et uniforme (4). — L'occlusion n'empêche pas d'employer coucurrem-

(1) Annules (rOciilislique, t. XXIV, p. H8. Briixclk-s, ISiiO. London Journal of Mcdieiiic, vol. Vi, p. 268.

l2) Wahk. Rcninrks on llic Oplillialmy, Plc, p. /p6. London, 179!). 1(5) Annules d'Oculisliquc, I. XXXI, p. 123.] [('i.)Ibid.,l.XXXI,p. \U.]

OIMITIIALMIES.

iiRMil a\('c' l'Ile les (li\(M's inodUicalcui's (|U(' Ton |)('ul iiili-oduiro dans ■ roL'il iimuôdialenuMil avant de la praliciuer, sous ronne de colUres, poinniades, olc. T. W.]

Après avoir passé en revue les dinéronles classes de remèdes employés dans les opiillialniies, j'ajoul,i!i'ai (pie les preseriplions diéléli(pies peuvent aussi beaucoup pour la i2;uérison de ces maladies : je pi'cnds le mot (liélolufaos dans son sens primitif et le plus étendu, eesià dire qu'il comprend toute la manière de vivre du malade. Ainsi, la propreté, le soin d'enlever soigneusement les écoulements morbides qui s'échappent de l'œil, un air pur, l'habitude de se coucher de bonne heure, un sommeil tranquille, le repos de l'esprit, une nourriture bien réglée, un exercice convenable, etc., voilà des prescriptions dont l'observance favorise beaucoup la guérison, tandis que l'oubli de ces règles amène souvent des attaques intenses et prolongées d'inllanimation dans les difTérents tissus de l'œil.

L'alcool sous toutes ses formes doit être proscrit dans presque tous les cas, car il augmente l'action du cœur, ce qu'il faut éviter. Il faut dans beaucoup d'ophthalmies améliorer l'étal des cajjillaires par l'usage de toniques appropriés, mais les liqueurs fermentées remplissent rarement cetle imlication (1).

SECTION III

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