SYMPTOMES OBJECTIFS ET SUBJECTIFS DES OPHTUALMIES
On peut, en général, se former une assez bonne idée de l'espèce d'ophthalmie à laquelle on a aflaire, soit en regardant l'œil enflammé et en portant surtout son attention sur la disposition des vaisseaux dilatés, sans prendre garde aux détails que donne le malade des sensations qu'il éprouve, soit en se faisant dire par le malade, sans regarder son œil, quel genre de douleur il éprouve. Il va sans dire qu'avant d'eu- Irepi-endre aucun traitement, il faut s'appuyer sur les symptômes auatomiques comme sur les symptômes physiologiques, et ne négliger ni ceux qui ont été conslatés par l'examen direct, ni ceux qui sont fournis par les rapports des malades.
^ I. — Disposition des vaisseaux sanguins.
La disposition des vaisseaux sanguins externes se présente sous (juatre formes bien déterminées dans les ophthalmies, savoir : la réliculée, la zonulaire, la fascicidaire, et la variqueuse.
[(1) Voir, pour plus de délails, le formulaire qui se trouve à la fin du 2« v
SVMI'ÏO.MKS OIUKCTII S KT Sl'lUKCTIl S Ul.S Ol'll'l IIALMIKS. ()4'.)
I . Le réseau que l'on observe dans la première de ces disposilions (fii;. 88), esl silué dans la eonjonelive; les vaisseaux qui le eonslilnen
sont comparalivenienl volumineux el lorlueux; ils s'anaslomosenl largement entre eux, et on peut les faire mouvoir en comprimant les paupières avec le doigt ou en les tiraillant. Ces vaisseaux siègent dans le réseau conjonctival superficiel qui provient des artères lacrymale et palpébrale, branches de l'artère ophthalmique; leur disposition caractérise la conjonctivite puro-muqueuse.
2. Dans l'inflammation zonulaire (fig. 89), les vaisseaux sont petits et minces comme des cheveux; ils ne sont jamais li'ès tortueux, mais se portent en rayonnant vers la cornée; ils ne forment point un réseau, mais une sorte de halo par-dessus lequel on peut faire glisser facilement la conjonctive. Cette disposition siège dans les couches profondes de la conjonctive ou dans le réseau vasculaire de la sclérotique, formé par les artères musculaires de l'œil et les ciliaires antérieures, branches de l'artère ophthalmique; elle indique la sclérolite et l'iritis.
5. Dans ces deux premiers arrangements, les vaisseaux dilatés sont assez également répandus sur le globe de l'œil ; mais dans la disposition fasciciilaire, la rougeur n'occupe ordinairement qu'un ^ seul côté de l'œil (fig. 90), et ne consiste souvent que dans ([uelques vaisseaux qui se portent vers la cornée, et viennent se terminer à une phlycténule ou à une ^'S- 90-
aphte. Celte disposition a|)partienl aux diverses variétés de la conjonctivite éruptive.
OIMITIIAI.MIKS.
L;i lornic variqueuse, esl eousliluée par de s^ros vaisseaux tortueux
(jui proviennent de eeux qui se distribuent aux muselés droits ((iij;.91); on la rencontre surtout dans la forme chronique de roplilhalmie arthritique et de quelques autres ophthalmies internes. Les vaisseaux dont nous parlons sont des branches de Tun des sept troncs vasculaires que l'on voit, dans tous les yeux, s avancer vers la cornée : l'un d'eux provient du droit externe; deux autres émanent de chacun des autres muscles droits.
[La figure 92 représente l'injection caractéristique de ces quatre formes d'ophthalmies.
A. Ophllialraie phlyclénulairc.
B. Oplilhalmie rhumalismale.
* C. Oplilhalmie calarrhale.
U. Oplilhalmie veineuse. T. \V.]
Ces quatre formes d'arrangement des vaisseaux sont, en général, parfaitement distinctes; mais dans quelques cas elles sont combinées. Elles peuvent être rendues confuses par ce que l'on appelle le clmnosts, qui n'est qu'un œdème inflammatoire du tissu cellulaire sous-conjonctival, qui soulève la conjonctive de dessus la sclérotique, et la gonfle au point qu'elle empiète quelquefois sur la circonférence de la cornée, ou vient même faire saillie entre les paupières. Lorsqu'il y a chemosis, on ne peut plus distinguer aucun arrangement particulier des vaisseaux. Dans les ophthalmies composées, comme dans la catarrho-rhumatisinale, etc., on trouve deux ou plusieurs formes combinées.
Dans la période aiguë des ophthalmies, ce sont surtout les artères
C0NJ0^(;TIV1TI■. SIMIM.K ou PlII.KC.MONF.ljSE. <>•> '
aui sont gorgées de sang; c est poiiniuoi les vaisseaux se monlreiil iriin ,ouge vif. A la période de chronicité, les veines se ddalcnl a leur lour, ei la leinle devient livide.
^ II. Caractères de la douleur.
1 es ophtlialinies s'acconipagnenl de deux espèces de douleur : Tune nui caractérise les iullanunations de la conjonctive, laulre celles de la sclérotique et de l'iris. La première est comparée par tous les malades à la sensation qu occasionnerait la présence de sable dans les yeux; elle se tait sentir principalement pendant le jour et surtout lors(|ue e malade essaie de s'en servir. La seconde est pulsalive : elle occupe la ré-ion péri-orbitaire tout aussi bien que l'œil. Elle se lait surtout sentnla nuit, ce qui est très caractéristique; elle commence après le coucher du soleil, s'accroit jusqu'après minuit, diminue avec le lever du soleil, se fait à peine sentir pendant le jour, mais recommence a se montrer e soir vers la même heure. La douleur externe et diurne, la sensation de graviers est due à la compression des nerfs de la conjonctive et des paupières ; la douleur interne, pulsative, nocturne, dépend de la compression des nerfs ciliaires; le malade ne la rapporte pas tant a l œil qu'aux branches de la cinquième paire qui s'irradient hors de 1 orbite, surtout à la brancbe sus-orbi taire. Les ophthalmies qui ne s'accompagnent que de la douleur conjonctivale, de la sensation de graviers, sont généralement curables par les applications externes seules ; celles qui donnent lieu à la douleur péri-orbitaire et pulsative réclament toujours la saignée. La rétinite exemple de complications est toujours indolore, ce qui en fait une maladie très insidieuse.
SECTION IV
CONJONCTIVITE SIMPLE OU PHLEGMONEliSE.
Sijn. - Taraxis. Oplilhalmia angularis. Conjonctivite franclie. RogiicUa. Fig. Dalrympld, pl. XIII, flg. I.
On doit surtout comprendre sous la dénomination de conjonctivite phlegmoneuse, une inflammation idiopathiqiœ de la conjonctive, dans laquelle ne se montre aucun écoulement puro-muqueux, ni aucune apparence d'éruption cutanée. Les descriptions de Slade (1), Rognetta (2) et Desmarres (5) porteraient à supposer que c'est là une affection commune et assez grave, tandis qu'elle n'est ni l'un ni l aulre.
(I) OplMlialmia, p. 25. Loiidon, 1838.
i'I) Traité pliilosopliique cl clinique (roplitlialinologic, p. 275. Paris, I8W. (ô) TraiUi théorique cl pratique (les maladies des yeux, p. 107. Paris, 1847.
''•'-^ OPIITIIALMIKS.
On voit (|iielqucrois une [xn-lioii de l;i eoiijonelivc oculaire devenii- le siège d une rougeur el d'un léger gorilUînienl (jui n oecupeni guère que le côlé nasal ou le eôlé temporal du globe de lœil. La poriion' de membrane enllaniniée a généraleineiil une l'orme Iriangulaire, mais on la dislingue laeilemenl du plérygion. J'ai riiabilude de désigner ees cas sous le nom de laraxis, ancienne a|)pellalion doni, on se servait pour désigner le degré le plus léger de roplitlialmie. Cette alleclion se montre (luclquelbis sous la forme d'un faisceau rouge au côlé correspondant (le chaque œil.
Un purgatif el une lotion légèrement astringente sunisent ordinairement pour dissiper cette alleclion. 11 est rare qu'il faille a])pliquer (|uelques sangsues sur la veine nasale.
L'inllammation symplomalique de la conjonctive peut être simple ou |)hlegmoneuse: telle est celle qui accompagne le phlegmon sous-conjonclival, et que nous avons déjà décrite (v. p. 545), et celle qui survient en même temps que rinflammation des autres tissus de l'œil, comme dans la sclérotile el la cornéile.
SECTIOiN V.
CONJONCTIVITE P U HO-M U Q U E USE EN GÉNÉRAI,. Si/H. — Lippiludo , Celsus. Oplillialmia blennorrliîea.
La membrane muco-culanée qui double les paupières el revêt la surface antérieure du globe de l'œil, peut être le siège d'inflammations semblables à celles qui allaquenl ordinairement les autres parties du système muqueux, c'esl-à-dire, d'inflammations puro-muqueuse, blennorhagique ou calarrhale, en même temps qu'elle peut être attaquée de maladies qui tiennent évidemment delà nature des éruptions cutanées. La conjonctive ressemble sous ce rapport à la membrane qui tapisse le gosier, laquelle est atteinte tantôt d inflammalion calarrhale, tantôt d'inflammation aphlheuse , ou au prolongement de la membrane de l'urèthre qui vient revêtir le gland, et sur laquelle se développent tantôt une espèce de gonorrhée, tantôt des éruptions pustuleuses ou herpétiques.
Symptômes. — Le genre conjonctivite puro-muqueuse est caractérisé par certains symptômes invariables, soit que la maladie ait élé causée par l'action du froid ou par la contagion, ou que la matière par laquelle celle-ci s'ellêctue provienne de l'œil d'une autre personne, ou qu'elle ait été sécrétée par la muqueuse enflammée d'un autre organe, comme celle de l'urèthre ou du vagin.
Toutes ces causes peuvent produire une conjonctivite puro-mu- ([ueuse, les causes contagieuses déterminant toujours une plus grande
CONJONCTIVITK l'IUO-MlQUiaSE EN GÉiNÉHAI..
inlensilé de la maladie que rinlliieuce du froid seul. Les syniploines de la conjonctivite puro-nuiqueuse sont tout à lait analoi^ues à ceux qui accompagnent les inllammalions blennonliagique et purulente des autres membranes muqueuses, comme celle de la membrane de Schneider dans le catarrhe, ou celle de l'urèthre dans la gonorrhée. U caractère le plus remarquable de ce genre est, sans contredit, l'écoulement puriforme. Il est à peine nécessaire de dire que le pus est sécrété par la conjonctive, et qu'il est le i-ésultal d'un accroissement, d'une altération morbide de la sécrétion du mucus, et non l'enet d'une ulcération.
L ophthalmie puro-muqueusc, quelle que soit la cause qui lui donne naissance, débute par la conjonctive et reste d'abord bornée à cette membrane ; mais, dans les cas graves, les autres tissus et surtout la cornée sont sujets à se prendre, de sorte que l'œil peut être détruit.
Périodes. — La conjonctivite puro- muqueuse présente quatre périodes. La première, qui est généralement si courte qu'elle passe inaperçue, est la période d'inflammation pure. La seconde est caractérisée par un écoulement plus ou moins puriforme et s'accompagne souvent de chémosis et de gonflement des paupières. Dans la troisième, la cornée s'afl'ecte, devient opaque, s'infiltre d'abord de sérum, puis de pus, se ramollit, et s'ulcère plus ou moins profondément, de sorte que la partie antérieure de l'œil est exposée à se perforer et à livrer passage à l'iris, et que la maladie se termine par la formation d'un staphylôme. La quatrième période est surtout caractérisée par l'état d'hypertrophie de la couche papillaire de la conjonctive palpébrale, qui présente un aspect granuleux ou sarcomateux, tandis que les paupières, dans cet état, frottant contre la cornée, la rendent vasculaire et nébuleuse.
La conjonctive est souvent énormément dilatée pendant le cours de l'inflammation puro-muqueuse ; tous ses plis augmentent de volume, de sorte qu'au lieu de rester cachés entre les paupières et le globe de l'œil, ils viennent faire saillie à l'extérieur. Sa surface sécrétante est aussi grandement changée par suite d'une nutrition anormale; ses papilles qui, à l'état normal, sont petites et sessiles, deviennent parfaitement visibles à l'œil nu et font saillie comme autant de granulations à la face interne des paupières. Il n'y a guère alors de production nouvelle, mais surtout un développement inflammatoire d'un tissu normal.
La destruction de la cornée dans les ophthalmies puro-muqueuses ne doit pas être attribuée seulement à une action vitale, mais en partie aussi à une cause mécanique ; elle est due non-seulement à l'excès du travail inflammatoire qui siège dans la cornée, mais de plus à la compression exercée par Ténorme distension que subit la conjonctive palpébrale et oculaire. Il y a évidemment aussi, dans ces ophthalmies, d'autres causes qui concourent à déterminer des opacités de la cornée, la séparation de son épithélium, et son ulcération ; c'est par exemple.
OPHTIlALMIIiS.
sa inacéi'Ulioii dans ui» llol de liquide puruleiil, loi s(|iic l'on n'a pas le soin d'enlever celui-ci à mesure de sa sécrélion, par des lotions cl des » injections. Toutefois, la destruction de la cornée par infiltration desérum i et de pus, pai" ramollissement et ulcération, peut être en grande partie atli'ibuée à la compression cxerco'e par la conjonctive atteinle d'un chémosis dont l'action mécanique forme obstacle à l'abord d'une quantité -j suffisante de matériaux nutritifs vers la cornée. On voit assez souvent ii à la circonférence de cette membrane, dans le point recouvert par la t conjonctive à l'état de cbémosis, un sillon circulaire ulcéré dont on i peut attribuer la formation à l'accroissement excessif de l'absorption i|l> déterminée directement par la pression, bien que ces ulcères en gout- tl' tière, comme on les a appelés, s'observent aussi dans les cas où il n'y j a pas de cbémosis. La destruction de la cornée se voit plus fréqucm- | ment cbez les sujets dont les paupières sont naturellement appliquées I fortement sur les yeux , les sinus de la conjonctive étant peu profonds et la fente palpébrale plus étroite que chez ceux qui se trouvent dans des conditions opposées. C'est spécialement chez les enfants que j'ai fait celte remarque. '
Quant à l'écoulement fourni par la conjonctive dans les opblhalmies i puro-muqueuses, il est bon de se rappeler que « le mucus, en tant que l sécrétion fluide abondante, n'existe pas à l'état sain. La seule sécrélion i normale d'une membrane muqueuse est son épithélium, qui ne se forme î jamais en quantité suffisante pour donner lieu à une évacuation appa- i rente. Si la sécrétion s'effectue avec rapidité, elle revêt immédiatement '. les formes et les caractères physiques du pus (1). » La sécrétion du fluide puriforme fourni par la conjonctive se forme sans que la surface i de celle-ci soit entamée, et la matière de l'écoulement n'est ni acre ni | corrosive. Cependant, quand elle est épanchée entre les paupières cl le i globe de l'œil, elle irrite fortement l'organe enllammé, et sa présence [ prolongée ajoute considérablement aux chances de désorganisation de la cornée. Cette matière irrite mécaniquement; elle produit dans l'œil la sensation d'un corps étranger, sensation qui disparaît lorsqu'on en a nettoyé l'organe. L'irritation mécanique ainsi produite augmente l'in- ( llammation; mais, de plus, lorsque l'écoulement est de nature spéci- l (ique, comme celui de la gonorrhée, sa présence inocule la maladie I sur toutes les portions de la conjonctive, l'une après l'autre.
La période granuleuse des ophthalmies puro-muqueuses est d'une | durée indéfinie. Usé par la longue continuité des souffrances, le malade peut être pris de la fièvre hectique, et quand cela arrive, les yeux deviennent incurables.
Analomie patholorjique. — La description suivante de l'ophlbalmie des nouveau-nés, au point de vue analomo-pathologique, par M. De-
(I) General Palhology, by John Snio>-, p. 112. Loiidon, I80O.
OPIlTlIALMIli CATAHRHALE.
quov;uivillitM',pcul(Hre coiisidnrt; coiiimc iip|)licablcaux inflaminalioiis puro-inuqiieuscs tic la coiijonclivc cii gciicral :
■1. Los tnicos (i(î l'iiiniinmiation se liissipoiil après la iiiorl; la coloration roiigc de la conjonctive a lait place à une teinte livide; la turgescence s'est affaissée, et la membrane est liiciie et ridée.
± l/état néhuleux de la cornée a disparu.
3. Les lamelles de la cornée sont séparées les unes des autres par un liquide ténu; leur adhérence est moindre qu'il l'état normal.
■1. A l'état de ramollissement, les lamelles se réduisent par le plus léger grattage à un fluide épais, blanc jaunâtre, semblable à celui qu'on obtient lorsqu'on promène le scalpel le lonff d'une membrane libreuse ramollie.
5. Lorsque la cornée a été prolondément ulcérée, la surface de l'ulcération vue à la loupe parait unie; mais après deux ou trois li(!ures de macération dans l'eau ou l'alcool, on peut enlever une mince pellicule de la surface de l'ulcère. Il est alors facile de séparer les lamelles avec la pointe du scalpel et d'apercevoir sur chacune d'elles une ouverture qu'on dirait faite par un emporte-pièce, et dont le diamètre est d'autant plus considérable que la lamelle perforée est plus superlicielle. La lamelle qui forme le fond de l'ulcère est légèrement opaque, mais celles qui sont au-dessous peuvent être transparentes.
6. Lorsqu'il y a procidence de l'iris, c'est le bord libre de cette membrane qui s'est engagé dans l'ulcère. Plus l'ouverture est étendue, plus la portion d'iris déplacée est considérable. Lorsque la partie en état de prolapsus est peu étendue, la pupille prend la forme d'une ellipse irrégulière dont une des extrémités correspond à l'ouverture de la cornée. Si celte portion est grande, la pupille disparaît complètement. Quelquefois, en pareil cas, le bord ciliaire qui est en face est détaché et attiré vers l'ulcère. Quelle que soit la couleur de l'iris, la hernie présente toujours une teinte noire uniforme. Il existe ordinairement des adhérences entre l'iris et la membrane qui recouvre le fond de l'ulcère.
7. Si la cornée est détruite dans une grande étendue, on ne retrouve ni le cristallin, ni la plus grande partie du corps vitré. Si le cas est récent, l'iris est accolé aux débris de la cornée et la pupille largement ouverte. S'il est ancien, l'œil est affaissé au fond de l'orbite, dur, et sesdifférents éléments sont à peine reconnaissables (1).
Traitement. — Un Irailement, en partie anliphlogistique et adoucissant, en partie stimulant et irritant est ce qui réussit le mieux contre les ophthalmies puro-muqueuses.
SECTION VI
OPHTHALMIE CATARUHALE.
Sijn. — Calarrhus oculi, Langcnbcck. Ophlhalniia piirulenla inilior. Conjunclivilis piiro-mucosa
calarrlialis.
Fig. Wardrop, pl. I, flg. I. Dalrymple, pl. I, Hg. 1, pl. VU, flg. C. Siebel, pl. II, Hg. I el 1.
Il y a trois espèces d'ophthalmie qui sont souvent provoquées, surtout chez l'adulte, par des influences atmosphériques; ce sont : Tophthalmie c(itorr/mJe, Tophthalmie r/mma«2sma/e et ropluhalmic cn^arrAorhumatismale. La première des trois consiste dans une inflammation puro-muqueuse ou blennorrhagique de la conjonctive; la seconde est une afl"ection de la sclérotique; la troisième, une maladie de la conjonc-
(1) Archives générales de nicdecinc,4o série, Tome II, p, 9. Pnri.s, 1853.
OPlITlIAMyilKS.
tive et de la sclérotique, dans laquelle les symptômes de rophlhalmie calarrhale sont réunis à ceux de roplithalmie rhumatismale.
Symptômes. — Dans l'oplithahuie catarrliale, qui est de beaucoup ) raHection oculaire la plus commune chez les adultes, l'inflammation est i presque entièrement bornée à la conjonctive et aux l'oUicules de Meï- bomius. Les symptômes consistent dans la rougeur et le gonflement de ' la surface interne des paupières, la rougeur réticulée de la conjonctive • scléroticale, la sensation de graviers et l'adhésion des paupières le ' matin.
1 . La sécrétion de la conjonctive augmente en quantité : parfois elle • devient opaque, épaisse et puriforme ; mais souvent elle reste transparente, sa plus grande abondance faisant paraître l'œil plus humide qu'à l'ordinaire et donnant au malade une sensation de viscosité. D'un autre côté, la sécrétion méïbomienne, dont la maladie a aussi accru la quantité et changé la nature, se concrète sur le bord des paupières et au milieu des cils qu'elle colle ensemble pendant la nuit.
2. Dans les cas légers, la rougeur occupe principalement la conjonctive qui double les paupières. Sur le blanc de l'œil, les vaisseaux sont disposés en un réseau (fig. 88, p. 649) qu'on peut faire mouvoir dans toutes les directions en poussant la paupière contre le globe de l'œil à l'aide du doigt, ce qui démontre qu'ils siègent dans la conjonctive. On observe assez fréquemment des taches de sang extravasé sous la conjonctive, ou même une ecchymose généralement répandue, mais légère. Dans les cas intenses, il survient un chémosis qui peut même être fort étendu. Ce symptôme est beaucoup plus prononcé si l'on n'a recours qu'au traitement général, comme la saignée et les purgatifs, et qu'on néglige les moyens locaux ; la cornée peut même alors devenir trouble par suite d'une infiltration séreuse, s'ulcérer à sa circonférence, devenir le siège dabcès, se rompre et se désorganiser dans une étendue plus ou moins considérable.
■3. Tous les malades atteints d'ophthalmie calarrhale se plaignent d'éprouver dans l'œil des picotements et une sensation comme si un corps rude, du sable, des cendres chaudes, du verre cassé, se trouvaient logés sous la paupière supérieure; sensation qui n'accompagne jamais l'ophthalmie rhumatismale pure, et à laquelle on peut par conséquent attribuer une valeur diagnostique très notable. La sensation de sable ou de corps étranger dans l'œil est si prononcée au début d'une attaque d'ophthalmie calarrhale, que j'ai souvent été appelé auprès de malades qui s'imaginaient qu'une particule de poussière venait de se loger sous leur paupière ; dans une circonstance même, je fus appelé la nuit par un médecin qui, d'après ce qu'il éprouvait, était tellement convaincu de l'existence d'un corps étranger dans son œil, qu'il avait déjà lait de nombreuses tentatives avec une sonde à pansement pour se débarrasser de ce corps imaginaire. Cette sensation de graviers esl
01MITIIAI.MIE CATARiUlAI.i: .
siirloul (lue au IVollomciil dos |);ui|)ièi'es, doiU la sciisibililé csl très (lovcloppôe, sur les vaisseaux luri^rsoculs do la conjonctive scléi'olicido. La pi'ésiMice de grumeaux de mucus puriforme détermine aussi celte même sensation.
Dans roplithalmie calarrhalc, c'est le soir (|ue survient Texacerbation : elle s'accompagne de démangeaison des yeux et de pliotophobie; mais le malade éprouve du soulageuïcnt en se couchant, et dort en général sans interruplion pendant toute la nuit. La douleur revient le matin, lors((ue le malade essaie de se servir de ses yeux, ce (|ui est dù au IroltenuMil des surfaces eiillammées Tune sur l'aulre. Le plus souvent le malade n'éprouve point de céphalalgie, tandis que l'un des symi)lômes les plus remarquahles de l'ophthalmie l'humatismale consiste dans une douleur sus-orbilaire ou circum-orbilaire qui s'aggrave considéiablement pendant la nuit, de six heures du soir à six heures du matin. Lorsque de la céphalalgie survient dans l'ophthalmie catarnhale, la douleur occupe le front transversalement, comme si elle siégeait dans les sinus frontaux et elle se fait sentir surtout le malin.
î. L'ophthalmie calarrhalc s'accompagne souvent de symptômes d'inllammalion de la muqueuse qui tapisse les narines, l'arrière gorge et la trachée. D'autres fois, l'afl'eclion est entièrement bornée à l'œil : c'est une conjonctivite muqueuse exempte de toute complication. Chez les petites filles de deux à trois ans, l'ophlbalmie calarrhalc se complique assez souvent d'un écoulement puro-muqueux par le vagin. La maladie est alors quelquefois légère, mais souvent elle est assez grave, et l'écoulement est devenu manifeslement purulent.
Causes. — Les vicissitudes atmosphériques, et surtout l'exposition au froid et à l'humidité, sont les principales causes de l'ophlbalmie calarrhalc. Les veilles, l'exposition à l'air de la nuit, lorsqu'on est fort échaulTé ou en état d'ivresse, occasionnent souvent cette maladie. Les matelots, les soldais et autres passagers à bord des vaisseaux en sont fréquemment atteints, surtout ceux qui dorment près de quelque sabord ou de quelque écoutille ouverte : il en est de même des soldats qui dans les hôpitaux couchent près d'une porte, d'une fenêtre ou de quelque autre ouverture qui donne lieu à un courant d'air. Les vidangeurs de Paris, qui travaillent la nuit, sont sujets à celte alléction qu'ils appellent la mille (1). L'humidité des pieds est une cause accusée par quelques malades. Une femme délicate eut les deux yeux fortement atteints pour avoir fait la route d'Edimbourg à Glascow sur un des sièges extérieurs d'une diligence. Une autre dame contracta pour la première fois cette aiïection en se baignant dans la mer, et pendant plusieurs mois elle fut sujette à des rechutes cha(|ue fois qu'elle s'exposait à l'air ou qu'elle exerçait trop sa vue. L'action de lire ou d'écrii'e
(I) ViapEui. .Manuel pratique dos maladies des yeux, p. 180. Paris, 1840.
6j8 OPIITIIM-MIKS.
trop avant dans la nuit amène quchiiiclois rophthalinic calarrhale, ou< ce que Ton devrait plutôt appeler une conjonctivite muqueuse simple, car récoulement est à peine |)iirir()rme. (-elte allection est aussi sujclle à se montrer chez les personnes devenues myopes par les progrès de ràge,etqui lisent ou écrivent sans lunettes. L'allaitement trop prolongé peut amener à sa suite une ophthalmie puro-muqueuse qui s'accom-'t pagne d'un étal d'irritation oculaire plus développée que de coutume L'ad'ection que l'on désigne sous le nom de kay-fever (lièvre de foin) se complique souvent d'une inllammation de la conjonctive de nature catarrhale. Ceux qui ont été une fois atteints de rophlhalmie calarrhale sont très sujets à la contracter de nouveau ; un de mes malades en eut trois attaques depuis le mois de mai jusqu'à celui de janvier.
Epidémies. — On a souvent vu l'ophthalmie catarrhale attaquer brusquement et dans le même temps un grand nombre de personnes qui s'étaient trouvées exposées aux mêmes causes excitantes générales. 4ssalini, par exemple, rapporte qu'en mai 1792, quelques bataillons des troupes du duc de Modène se rendirent à Reggiopour y faire cesser des troubles. Ces troupes passèrent la première nuit de leur arrivée sous les spacieux portiques d'un couvent situé au nord, dans la partie la plus basse de la ville, et près des fossés de la citadelle. Un grand nombre de soldats contractèrent une violente ophthalmie catarrhale, dont on attribua la cause à la poussière de la paille sur laquelle ils avaient couché, sans faire entrer en ligne de compte l'air froid et humide de l'endroit, qui sans aucun doute avait été la véritable cause du mal, cause qui devait être d'autant plus délétère, que ces hommes étaient habitués à occuper des quartiers clos et comfortables (1).
L'ophthalmie calarrhale s'est quelquefois développée sur une échelle encore plus vaste. On la vue attaquer un grand nombre d'habitants d'une ville, d'un canton, sous une forme épidémique. En 1778, elle attaqua tout le voisinage de Newbury, dans le Berkshire; elle régna pendant la même année dans plusieurs des camps anglais, où on la désignait sous le nom de ocular disease (maladie oculaire). Pendanl l'hiver de 1805, une ophthalmie catarrhale régna dans Paris; le peuple l'appelait /a cocotte (2). La même affection reparut en 1806, et s'accompagna, dans beaucoup de cas, d'une affection des voies aériennes complication que j'ai souvent observée dans les cas sporadiques de ce pays. Elle régna en 1808 à Vicence en Italie. Quelques auteurs disent que la maladie est plus fréquente en été qu'en automne. A Glascow et dans son voisinage elle est commune dans toutes les saisons, mais elle s'observe surtout pendant les temps froids et humides ou quand les vents d'est et de nord-est sont prédominants.
Sur toute la route d'Orihuela à Alicante, en Espagne, M. Inglis
(1) Miuiuale di Cliirurgia, parte II, p. 1 17. Milaiio, 1812,
(2) RÉvKiu.É-l'AnisE. Hygiène oculaire, p. 19. Pans, 182o.
OIMIÏHAI.MIE CATAnnilAI.E.
remarqua que presque tous les enfants el beaucoup d'atlullcs étaient affcclés de maux d'yeux. Les gens du pays ne savaient à quelle cause l'allribuer, mais il appril à Alicanle (pie c'élaieiit les irrigations qui y donnaient lieu (1).
En Egypte, beaucoup de circonstances favorisent le développement de cettc alleclion et contribuent à lentretenir; telles sont les plaines basses, les déserts sablonneux, les lacs, comme dans le voisinage d'Alexandrie, et la lueur éblouissante réflécbie par tous les objets qui ont une couleur blancbc uniforme. L'élévation de la lemi)éralure, les rosées abondantes des nuits doivent avoir agi de la manière la plus défavorable sur les armées européennes qui ont occupé ce pays; il en est de même des particules de sable cbaud qui flottent dans l'air et que la moindre brise soulève. Quoique endémique ou épidémique, déterminée d'abord par des causes atmosphériques ou autres exerçant une action générale, elle paraît pouvoir devenir ensuite contagieuse et, prenant alors une forme plus grave, constituer l'ophthalmie égyptienne ou contagieuse.
Pronostic. — Si l'ophlbalmie catarrhale est négligée ou traitée seulement à l'aide de remèdes généraux ou de remèdes locaux mal choisis, elle peut se prolonger pendant des semaines et devenir la cause d'une fièvre et d'un dérangement constitutionnel marqués, et de désordres locaux douloureux. Parmi les conséquences fâcheuses que peut entraîner cette aiïection négligée, on remarque l'état sarcomateux et inégal de la conjonctive, état qui se développe surtout sur la portion de cette membrane qui tapisse les paupières, et d'où résulte un frottement sur la cornée qu'il rend vasculaire et nébuleuse, ou même fortement opaque, surtout dans sa moitié supérieure. L'écoulement fourni par la conjonctive, lorsque l'affection est négligée ou mal traitée, peut s'épaissir, devenir opaque et acquérir des propriétés contagieuses.
Contagion. — Je ne crois pas que l'on puisse encore douter que la matière de l'écoulement fourni par l'ophthalmie catarrhale, transportée des yeux du malade sur ceux d'une autre personne, soit avec les doigts, soit par le moyen d'essuie-mains ayant servi à une personne contaminée, ou à la faveur d'autres circonstances analogues, ne soit susceptible de provoquer une conjonctivite plus intense, plus évidemment purulente, et plus dangereuse dans ses eflets sur la cornée que ne l'était l'affection primitive. Telle est la conclusion à laquelle je suis arrivé par l'observation de beaucoup de cas dans lesquels, autant que l'examen des faits a pu avoir lieu, cette maladie s'étant développée sur un des membres d'une famille par suite de l'exposition au froid, plusieurs autres membres de la même famille ont contracté une afleclion semblable sans avoir été soumis à la même cause; et tandis que la maladie.
(1) Spain; by H. D. Inglis, vol. Il, p. 225. Lonilon, 1837.
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()IMITII\l.Mli:S.
chez le preniiei' malade, élail coinparaliverneiil légère el à peine puril'oniie, les syniplônies chez les autres se inoiiUaieiil plus violenls, récoulenieul plus épais, ahondanl el opmjue.
Je crois que l'ophllialniie (pii allaciua en Egypte les armées de la i France el de TAnglelerre n'élail d ahord qu'une conjonclivile puroinu(iueuse excilée par des causes almosphéri(iues, mais qui dégénéra « ensuile en une imiladie conlagieuse ou peut être inleelieuse; c'esl-à-dire ' qu elle se j)ropagea par le conlacl direct du licpiide de lecoulement, el i peut-être par des miasmes qui des yeux se répandaient dans l'air. Celle opinion n'a rien qui contrarie les idées que l'on se l'orme d'hahilude sur les maladies contagieuses el infectieuses. Dès que l'on admel la i contagion ou l'infection comme une chose réelle, il faut admettre aussi que des maladies qui se développent à leur début par des iniluenees externes, se propagent ensuite par leur propriété contagieuse ou infectieuse. '
Je ne connais aucun fait dans lequel l'écoulement provenant d'uu œil affecté d'ophthalmie catarrhale simple, ou de conjonclivile puromuqueuse due aux influences atmosphériques, ail élé appliqué par voie d'expérimentation à un œil sain. Les expériences du docteur Guillié peuvent cependant en tenir lieu. Il pril à l'hôpital des Enfants- Malades, à Paris, du mucus puriforme provenant des yeux de quatre enfants affectés de conjonclivile puro-muqueuse, el l'introduisit entre les paupières de quatre autres enfants appartenant à l'Institut des Aveugles. Ces enfants étaient amaurotiques, mais la surface externe de leurs yeux était saine et intacte. Il se produisit chez tous quatre une conjonclivile puro-muqueuse qui suivit la marche ordinaire (1). M. Mackesy (2) rapporte quelques expériences dans lesquelles il appliqua sur ses propres yeux, sans y déterminer d'inflammation, l'écoulement provenant des yeux de quatre soldats. Les hommes qui avaient fourni la matière paraissent bien avoir élé atteints d'ophthalmie catarrhale; mais le conlacl avec la conjonctive s'est probablement effectué d'une manière insuffisante, M. Mackesy s'élant surtout contenté de maintenir appliquée sur ses paupières une compresse imbibée du mucus puriforme.
J'aurai occasion, dans la section suivante, de rapporter quelques exemples remarquables d'ophlhalmies catarrhales qui ont paru se i)ropager par voie de contagion ou d'infection.
Traitement. — L'ophlhalmie catarrhale cède promptement à un iraitement très simple, qui consiste surtout dans des applications locales stimulantes. J'ai tout d'abord élé frappé de la vérité de ce fait en voyant à Vienne, en 1817, les succès obtenus par le professeur Beer dans le traitement de cette affection , et ma conviction a élé cora-
(1) Bibliolbèqucoplillialmologiquc, t. I, p. 81. Paris, 1820
(2) Edinburgh Médical and Surgical Journal, vol. Xll, p. 411. Ed.nburgb, 1816.
Ol'llTHALMIt; CATAUmiALK. I
plôlomeiil fixée par une élude atleiUive des observalious délaillées (|uc contient un excellent rap|)orl du doeleui- Melin.qui a élé publié dans le london Médical and Pliysical Journal , Seplember 'I8!24. Les résullals de ma pratique tant en ville qu'au Glasgow Eye In/irmanj, résultats que j'ai mis sous les yeux de mes conlrères en 1826 (1), m'ont parlailemenl démontré que, dans celle adeclion, les remèdes généraux doivent céder le pas aux moyens locaux; que, de plus, les remèdes généraux violents sont |)lus nuisibles ((u'iitiles, el enfin (|iir l'on peut compter en général sur l'emploi des remèdes locaux slimulanls.
1. L'usage d'une solution de nilrale d'argeul atténue constamment la sensation de graviers dans l'œil el diminue rindammation ; c'est un remède d'une utilité souveraine dans les inflammations puro-muqueuses de la conjonctive, el sans lequel ces maladies enlraineraienl souvent la perte de la vision. La solution dont je lais ordinairement usage contient quatre grains de nitrate d'argent par once d'eau dislillée. On en applique, à l'aide d'un pinceau en poils de chameau, une grosse goutte dans l'œil, une, deux, ou trois fois par jour, suivant les circonstances. Pendant une minute ou deux après celle application, le malade ne sent rien de particulier. Mais, ce temps écoulé, il commence à ressentir un picolemenl qui, lorsque l'inflammation est aiguë, se transforme en une douleur assez vive qui dure pendant environ dix minutes, puis disparaît; après quoi l'œil esl beaucoup moins douloureux qu'avant l'introduclion de la goutte. La sensation de sable dans l'œil el le larmoiement, en particulier, sont nolablement diminués. Ce soulagement persiste pendant cinq à six heures, puis les symptômes reparaissent; il faul les arrêter immédiatement par une nouvelle application. A mesure que la maladie cède, le remède occasionne de moins en moins de douleur, jusqu'à ce qu'enfin il soil à peine senli. J'ai quelquefois efl'rayé certains confrères en leur proposant d'appliquer celte solution decauslique lunaire sur la surface d'un œil fortement vascularisé, qui faisait ressentir au malade la sensation de morceaux de v.erre cassé roulant sous ses paupières, et qui sécrétait évidemment de la matière puriforme; mais leur surprise, lorsqu'ils trouvaient le lendemain tous les symptômes amendés sous l'influence de ce moyen, me charmait et m'amusait beaucoup. Si la constitution du malade est torpide, et l'écoulement fourni par la conjonctive copieux, on peut se servir d'une solution de dix grains par once. On peut quelquefois employer avec avantage des solutions plus fortes que celle-ci, et même des solutions saturées.
2. Les fomentations faites sur les yeux avec de l'eau chaude ou une décoction de têtes de pavots, soulagent beaucoup le malade. J'ai l'habitude d'employer pour les fomentations et comme collyir une
(I) Médical and Physical Journal, vol. LVI, p. 527. London, 1826.
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solution d'iiii grain do siihlinié coiTOsil el de six grains d'iiydrochloraie d'aninionia(|uc dans six onces d'eau ; lorsqu'on veut l'employer en i l'omenlalions, on en prend une cuillerée à soupe, à la(iuelle on ajoute t une égale (juantité d'eau bouillanle. On se sert de cette solution ainsi i diluée pour fomenter les paupières trois Ibis par jour, à l'aide d'une icompresse ou d'un morceau d'éponge douce. Dans les cas légers, on i en laisse couler quelques gouttes dans WvW, mais dans les cas graves, lorsque l'écoulement est abondant et puriloiMue, le collyre doit être injecté à l'aide d'une petite seringue sur toute la surlace de la con- • jonctive, et principalement dans son i-epli supérieur, afin que la sécrétion morbide soit complètement enlevée et la membrane loucliée immédiatement par la solution. Dans toutes les oplithalmies puro-muqucuses, on procure un grand soulagement en enlevant la matièi-e de récoulemenl, la sensation de graviers dans l'œil étant en grande partie occasionnée
par sa présence. i
5. Au moment du couclier, on étend le long du bord libre des paupières, gros comme un grain d'orge de pommade au précipité rouge qu'on a fait fondre sur le bout du doigt. Cette pommade doit se préparer de la façon indiquée à la page 199, et contenir 20 grains de précipité par once d'axonge. . . , , „ ,
4 J'ai rarement reconnu la nécessité de tirer du sang dans lophthalmie calarrbale, soit par la saignée, soit par les sangsues. Quand rirritation constitutionnelle est plus prononcée qu'a l'ordinaire, on se trouve bien sans doute d'une saignée du bras de 12 à 20 onces; mais il est rarement nécessaire de recourir à ce moyen, si l'afieclion n'a pas été négligée depuis plusieurs jours, ou mal traitée. Si les symptômes locaux ne cèdent point promplement aux moyens que nous avonsmdiaués on peut appliquer de 6 à 12 sangsues : on en place deux ou trois sur le trajet de la veine nasale, et le reste à la tempe ou sur les pau-
*"T\es scarifications de la conjonctive des paupières ne sont nécessaires que lorsqu'il existe un certain degré de chémosis et uu écoulement évidemment puriforme. Ce moyen est en pareil cas très utile, si on l'emploie de la façon indiquée page 655 et en suivant les règles qui Y sont prescrites.
6 On peut faire prendre au début une dose de calomel et de jalap qui agisse vivement, et quelques doses de sels neutres pendant le cours
de la maladie. ,. • i- .• k
7 II est utile de révulser à la peau. On remplit cette indication a l'aide de pédiluves cbauds pris le soir en se coiicbant, de petites doses d'esprit de Mindererus, ou de quelque autre diapborétique léger, combiné avec des boissons délayâmes, et le repos au lit.
8. Dans les cas graves, un vésicatoire a la nuque ou derrière les oreilles, et qu'on fait suppurer, peut être utile.
OniTlIALMIK CATAnUIlAI-K. •'^'•^
0 L(HS(|ne la nuiladie a èlé loiiglcmps négligée cl a passé à Télat chronique, on cloil trabord essayer les remèdes déjà indiqués. S'ils ne réussissent pas, on ajoute avee avantage deux drachmes de vin d opium à 6 onces du collyre précité. On peut aussi recourir à remploi (rune nonmuule au nitrate d'argent contenant de 10 à ï20 grains de ce sel par once d'axonge, ou à une pommade au précipité en rouge contenant de SOà OO grains par once. Pour se servir de ces pommades, on commence par nettoyer et dessécher la conjonctive des deux paupières ; puis on prend sur le bout du doigt gros comme la moitié d'un pois de pommade que l'on l'ait fondre, et que l'on étend sur la surface malade. La pommade remplace la solution de nitrate d'argent; on doit rappli(|ucr une fois par jour.
10. 11 uc faut pas croire que la maladie soit terminée dès que la conjonctive scléroticale est excmjjte de rougeur. La conjonctive palpébraie peut alors être encore vascularisée. 11 faut donc examiner tous les jours la face interne des paupières et surtout celle de la supéiicurc. S'il existe quelque tendance à un étal inégal ou sarcomateux de la conjonctive, il faut alternativement la scarifier et la loucher avec le sulfate de cuivre ou le nitrate d'argent solide, ainsi que je l'expliquerai plus au long à la section intitulée Conjonctive granuleuse (granular conjunctiva).
Kégimc. — Le malade doit prendre une nourriture douce, se priver de toute liqueur fermentée, é\itcr de lire ou d'écrire, abriter ses yeux contre la lumière trop vive, et se coucher de bonne heure.
J'ai traité plusieurs centaines de cas d'ophthalmie catarrhale suivant la méthode que je viens d'exposer, cl le i)lus souvent avec les trois applications dont je viens de parler, employées seules, savoir; la solution de nitrate d'argent, le collyre au deuto-chlorure de mercure et la pommade au précipité rouge. Dans presque aucun de ces cas (je pourrais même dire dans aucun de ceux où la scrofule n'influait pas sur les symptômes), il n'est survenu d'ulcération ni d'opacité de la cornée quand CCS accidents n'existaient pas déjà avant l'emploi des remèdes; dans tous, la maladie s'est promptement améliorée. D'un autre côté, j'ai eu fréquemment occasion de voir des cas dans lesquels cette allection s'est beaucoup aggravée lorsqu'on ne la combattait que par des moyens généraux, et surtout par la saignée, ou lorsqu'on n'employait comme moyens locaux que l'acétate de plomb ou le sulfate de zinc.
Modifications amenées par la scrofule. — Lorsque l'oplithalmic catarrhale se déclare chez des sujets disposés à la scrofule, surtout chez les enfants, elle esl très disposée à dégénérer en ophthalmic phlycténulaire, que nous décrirons ci-après. L'ophlhalmie scrolulo-calarrhale esl une des opli thaï mies composées les plus propres à embarrasser le praticien inexpérimenté. Le traitement doit, en j)areil cas, consister
OI'IITIIAI.MII'S.
dans remploi des remèdes que nous venons d'indiquer, el dans Tusage de ceux que nous indiquerons plus loin contre l'oplulialmiescroruleuse.
SECTION VII