‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 21 sur 144 · MALADIES DE L ORBITE · texte numérisé non relu

MALADIES DE L ORBITE

SECTION II

BLESSURES DE l'oRBITE.

Dans un chapitre destiné à l'élude des lésions trauma tiques de l orbite, on ne peut se dispenser de mentionner les effets que ces lésions peuvent déterminer sur les parties qui revêtent cette cavité et sur celles qui y sont contenues. De même il y a lieu d exposer, en parlant des blessures qui traversent les parois de lorbile, tout ce qui a rapport aux lésions qui peuvent atteindre par cette voie le cerveau et les autres organes avoisinants. Ilestdescas, en effet, où il est impossible de préciser, soit au dedans, soit au dehors, soit au delà de l'orbite, le siège de l'altération à laquelle les phénomènes observés doivent être rapportés. C'est ainsi que l'amaurose, par exemple, une des conséquences les plus graves des blessures de l'orbite, est due tantôt à la lésion d'une des branches de la cinquième paire située hors de cette cavité, tantôt a celle du nerf optique ou des autres nerfs de l'intérieur de l'orbite, tantôt enfin à celle de l'œil lui-même ou à celle du cerveau.

Contusions du rebord de l'orbite.

Les coups, les chutes et autres accidents semblables peuvent, surtout chez les enfants scrofuleux, ainsi que je l'expliquerai plus au long dans la prochaine section, déterminer une inflammation susceptible de se terminer par suppuration et d'attaquer le périoste et la substance même des os qui constituent le rebord orbitaire. Les coups supportes par le rebord de l'orbite, surtout ceux qui atteignent sa partie supérieure, peuvent encore entraîner des conséquences plus graves telles qu'un épanchement de sang à l'intérieur du crâne, la commotion du cerveau, l'inflammation de sa substance ou celle de ses membranes ; et parfois, tandis que toute l'attention est fixée sur les altérations survenues dans les parties molles ou les os, on constate trop tard, a l intérieur du crâne, des désordres qui doivent se terminer fatalement par la mort.

[M. Velpeau fait, à l'égard de ces contusions, les remarques suivantes (1) : « Les plaies du contour, de la base de l orbite soni eu général de peu d'importance dans sa moitié inférieure ou elles ditterent à peine des aitres plaies de la face. Quand elles occupent a région du sourcil, elles rentrent dans la catégorie des lésions décrites à ce mot ; il ne me reste, par conséquent, à examiner que les plates de orbitaire e.terne, ou mieux, les plaies des tissus qui reco.ivrem r-monhyse temporale de l'orbile. Dans ce lieu, les plaies de orbite ffon par un mécanisme qui n'a pas jusqu'ici fixé convenablemen, l^t^^ntiîm des praticiens : elles ont lieu fréquemment par suite d une

[(,) llr,„T(oin. .1rs sciences mé.licales, 1. XXII, p. 298. el suiv ]

IILI'SSUUES UE L OllUlTi:.

clilUe sur la tète. La région que je viens d'iiKliquer, élaiU une des plus saillantes ou des plus anguleuses du visage, est par cela même une de celles qui se heurlent le ])lus rréquenunenl contre les objets, contre les plans résistants de rextérieur. L'os IVonlal, représenté là par un bord presque Iranclianl, l'ail que toutes les plaies dont il s'agit offrent les caractères des blessures par instrument tranchant, quoiqu'elles soient en réalité dues à l'action des corps contondants. Soit qu'elles aient lieu par suite d'un coup porté d'avant en arrière contre l'orbite, soit ([u'elles résultent d'une chute contre le sol ou quelque corps solide extérieur, elles n'en présentent pas moins cette particularité remarquable, que les tissus se trouvent alors divisés bien plus par raction vulnérante de l'apophyse orbilaire externe que par celle du corps qui a porté contre la tète. En effet, les téguments se trouvent nécessairement pressés, en pareil cas, entre le corps extérieur qui, plus ou moins plane ou arrondi, représente plutôt un point d'appui qu'un instrument tranchant, et l'apophyse orbitaire externe, qui remplit exactement le rôle d'un couteau mousse. C'est d'ailleurs là une particularité que l'anatomie chirurgicale retrouve partout où des saillies osseuses en forme de crèle ou de pointes se montrent à nu sous la peau, et dont M. Bouchacourt a déjà fait pressentir l'importance il y a quelques années. (Thèse, n" 366. Paris, 1856.)

Ces sortes de plaies, s'effectuanl des os vers l'extérieur, présentent en outre plusieurs autres caractères spéciaux :

On voit d'abord qu'elles doivent toutes comprendre le périoste en première ligne , et que leur premier inconvénient est de pénétrer presque inévitablement jusqu'à l'os. A la différence des plaies qui s'opèrent de l'extérieur vers les parties profondes, elles sont nécessairement plus étendues du côté des plans osseux que du côté de l'épiderme ; si bien qu'elles sont toujours accompagnées d'une sorte de décollement qui permettrait jusqu'à un certain point de les comparer à un abcès qu'on vient d'ouvrir.

Toutes choses égales d'ailleurs, les plaies de l'angle externe de l'orbite sont plus graves que les plaies des autres points du contour de celle cavité. Facilement retenus derrière les téguments, les fluides qui s'épanchent des tissus divisés, et qui se trouvent entourés de parties coiUuses, provoquent plus vite une inflammation assez vive. L'inflammation et le pus, appuyés sur un angle osseux, tendent à fuser dans les régions voisines. Du côté du front, les tissus sont si denses et si serrés que les liquides et la pblegmasie s'y portent rarement; ccst donc vers la tempe, ou plutôt encore vers la paupière supérieure, que la maladie gagne de préférence. Du côté de la tempe, elle porte à craindre la l'ormalion d'un phlegmon diffus ou d'une large pblegmasie érysipélaleusc : arrivée dans la paupière, elle y occasionne rapi(lem(!nt une tuméfaction considérable, et bientôt une suppuration

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énorme qui prend pres(|ue immédialement les caraclères du phlegmon gangréneux. Toutefois, il est, juste de dire (|ue, retenue par le ligamenl palpéhral qui la limite en arrière, eetle phlegmasie pénètre moins souvent dans rorhile qu on ne s'y attendrait de prime abord.

Le traitement des plaies de l'angle externe de l'orbite, envisagé du point de vue où je me suis placé dans les considérations précédentes, se rattache, du "reste, à un petit nondire de principes faciles à bien saisir. Si le chirurgien est appelé avant le début des symptômes inflammatoires, il devra établir avant tout une compression exacte do bas en haut et d'avant en arrière contre la face inférieure de l'apophyse orbitaire, à l'aide de petits rouleaux de charpie, de plaques d'agaric ou de compresses graduées, et de quelques diagonales de bandes ou de bandelettes de diachylon qu'on applique sur la face cutanée de la paupière supérieure, en ayant bien soin de laisser a plaie libre au-dessus. Cette précaution étant prise, les lèvres de a division se trouvent naturellement rapprochées, et d suflit des lors de les couvrir d'un linge criblé, d'un gâteau de charpie et dune petite compresse que l'on fixe en définitive par un bandage conlentil simple. Ce dernier pansement, qui doit être renouvelé chaque jour, reste tout à fait indépendant de la. compression palpébrale qm doit rester la en permanence pendant quatre à cinq jours pour empêcher toute extension de la maladie par en bas. Lorsqu'on est appelé plus tard, et que la suppuration est déjà établie, il importe de ramollir avant tout les bords et le voisinage de la plaie en les couvrant malin et soir d un large cataplasme émollient. Si des foyers purulents existaient d une manière évidente dans le corps de la paupière, il faudrait les ouvrir sans hésiter. Mais pour peu qu'il y ait de doute, et quand même e boursouflement de la paupière aurait acquis son plus haut degré, le genre de compression que j'ai signalé plus haut en est encore le meilleur remède! Établie comme je l'ai dit, comme je l'ai laite et lait faire un très-iirand nombre de fois dans les hôpitaux, cette compression produit réellement des eflets miraculeux. A son aide, on dissipe en ving quatre heures les inflammations les plus vives, et 1 on réduit a peu de L e un gonflement qui déformait la veille le malade dune manière h^ ise, (îui rendait impossible l'examen de l'œil, et qui, selon tm.te .nn irence devait se terminer par une vaste suppuration Du reste, • "V'on a triomphé ainsi du phlegmon palpébnil, on peut faire abstr.ction delà compression et s'en tenir a l emp bi des catapl sUs, qui doivent être continués jusqu'à ce que la plaie soit co plét ni nt modiliéc et qu'elle ne suppure p us que par ses bords c'est alors seulement qu'on peut sans danger s'en tenir au pansemeni <imnlc nour cil corapIcUir In cicalrisalinn. ,

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gonflemenl rapide, à une innaniinalion cliUïise (|ui deviciU racilemcnl ganiîl'éneuse, et que tous les liquides iiilillrés dans les tissus de cette région oecasionnent sans peine un boursouflement (|ui cache bientôt les veux et enipècbe les malades dentr ouvrir les paupières. Il faut dire, en outre, qu'au-dessous du sourcil les blessures du contour de l'orbite exposent à la lésion du nerf frontal et, par suite, à des accidents tout spéciaux, soit du côté de l'œil et de la vision, soit du côté du crâne. » T. W.]

O^s. .|. Henri II, roi de France, fut frappé, dans un tournoi, au-dessus du sourcil droit. La peau du front fut décliirée en travers jusqu'à l'angle externe de l'œil gauche ; on remarquait, enfoncés dans l'œil, de petits morceaux du bois de la lance fracassée. Il n'y avait pas de fracture. La blessure fut suivie de la mort, qui survint le onzième jour. En ouvrant le crâne, Paré trouva au niveau de la partie moyenne de l'occipital, une grande quantité de sang épancbé entre la dure-mère et la pie-mère. La consistance et la coloralion du cerveau en ce point étaient altérées (1).

Obs. 2. — M. Deasc fut appelé auprès d'une femme qui avait reçu un coup d'un pot d'étain au-dessus de l'œil gaucbe ; il en était résulté une plaie d'un pouce et demi de longueur qui avait mis l'os à nu. Elle mourut le vingt-sixième jour. A l'autopsie, on trouva la dure-mère décollée et légèrement parsemée de pus dans le point correspondant à la plaie, la partie antérieure de l'hémispiière gaucbe du cerveau en suppuration, et une matière fluide tapissant la fosse antérieure gauche du cerveau (2).

Obs. 3- — Un homme est atteint d'une plaie de 18 lignes de long au-dessus du sourcil droit. Le troisième ou quatrième jour, il est pris de fièvre et d'insomnie; les lèvres de la plaie deviennent douloureuses et gonflées; vomissements bilieux, délire; l'abdomen est douloureux, surtout l'hypochondre droit. Les symptômes empirent rapidement; le resserrement des mâchoires survient, et le malade meurt le septième jour. On trouve à l'intérieur du crâne une grande quantité de pus en contact avec la faux cérébrale et la tente du cervelet; la surface du cerveau est fortement injectée et d'une couleur plus foncée que de coutume; le foie est volumineux et son enveloppe péritonéale épaissie; les intestins contractés présententçà et là des parcelles d'exsudation purulente (3).

On a vu des accidents aussi graves succéder à des blessures analogues portant sur le bord inférieur de l'orbite. Ainsi Petit rapporte un cas de paralysie à gauche, suivie de mort, dépendant d'une suppuration de l'hémisphère droit du cerveau, consécutive à uue blessure du bord inférieur de l'orbite droit, près de la sortie du nerf sous-orbilaire qui cependant ne paraissait pas avoir été atteint (4).

La contusion de la portion temporale a quelquefois été suivie du développement de tumeurs enkystées ou autres à l'intérieur de l'orbite. Nous nous en occuperons dans un paragraphe spécial, ainsi que de l'inflammation des diverses parties contenues dans l'orbite, et du développement d'exostoses produit par la même cause.

(!) OrMivrcs(rAmliroiscPnrc,liv.X, rap. 9. Paris, 1G07

(2) Observnlionsoi, Woiimlsorihcllcad,!). 107. Loiulon, l7G(i.

(^) Journal .le nuulcciuc <1l. Corvisarl. dcc. 1808, cl K'- par An.siatix, Cllni.iiic ciiirurgicnlc, p. 48. LiPiic, 1829. lie

u ^■"".^'™"jst«>nc du cerveau, par F. -P. m, Petit, dans OE.ivr.-s diverses do Louis, t. H. p. 41. Pans, 1788.

6 MALAbiKS i)K l'ouiuti:.

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