BLESSURES DE LA GLANDE LACRYMALE ET DE SES CONDUITS EXCRÉTEURS
Il doit être difficile de blesser avec un instrument ordinaire , pénétrant dans la cavité de l'orbite, la partie supérieure de la glande lacrymale (glandula innominata) ; il ne serait cependant pas imposssible qu'on pùt y atteindre, avec un canif par exemple , poussé en haut, en arrière et en dehors dans la fosse lacrymale. On conçoit du moins trèsfacilement que la portion inférieure de celte glande (glandute congreeatte) et ses conduits excréteurs puissent cire intéressés par une pareille plaie pénétrante. Les conséquences des plaies de cet organe doivent ressembler à celles des plaies de la parotide et de ses canaux ; c'esl-à-dire que l'écoulement fréquent des larmes doit, comme celui de la salive empêcher la cicatrisation de la plaie et amener ce que 1 on appelle une fistule lacrymale vraie (fistula lacrymalis vera). Je ne connais aucun cas de cette nature, mais la chose parait possible. Chaque fois donc que l'on soupçonnera qu'une plaie pénétrante a pu intéresser la glande lacrymale ou ses conduits, on devra s'efforcer d'obtenir une réunion parfaite ; on emploiera pour cela les sutures, es bandelettes d'emplâtre agglutinatif sur la plaie , et l'on couvrira les paupières d'une compresse maintenue par une bande, en recommandant au blessé de tenir l'œil autant que possible au repos jusqua
euérison complète. , • i
Les plaies contuses, qui suppurent et intéressent les conduits lacrymaux peuvent se terminer par la destruction et roblitération de ces canaux, el donner naissance à un xérome lacrymal incurable.
nh:= 1-19 - Larrey rapporte [\) qu'un soldai reçut un coup de niousquol vers v.ntt: supérieur e eSeri e cKi l'or ! le gauel.e. Une moilié de la balle pril la d.recl.on d l anglesupei cui ci tMu il fui facile d'aller Texlrairc; l'aulre
« l'o M eS^ r glande lacryn.ale. La plaie des paupières
Z^SZX^^^^^ '^iî-cuon de celte seconde .noilié el on enleva en .orne dyanlcicdo d a i guérirenl rapidemenl el non sculemcnl 1 œil fui
S£^f mSl^^S'à^SeSl^ humiclé pour pouvoir accomplir ses .ou-
vemenls ordinaires.
(1) Clinique cl.irurgicule, t. I,p. Ô9G. Paris, 1829.
XliUOME LACIIYMAI. OU XÉnOlMITIIALM lli.
SECTION III
XÉROME LACRYMAL OU XKROPIITILU.MIE .
De Çïipôî sec cl o\i[ia, ou ôtpOaXfJiô; wil. L'aiicienii<! xoroplillialinie, on lippiliido sùclic, élail ce qu'un appelle inaiiiteiiaiit oplithalniie larsieiiiie, oplilliuliiiia Uii'si.
Il y a deux sortes de xérome ou sécheresse de rooil , run qu'on peut appeler lacrymal, l'autre conjonclival. Le premier dépend de la suppression ou de la diminution de sécrétion des larmes; le second de la suppression de la sécrétion muqueuse qui , à l'étal normal, lubréfie la surface de l'œil (1).
Le xérome lacrymal peut tenir à un état morbide de la substance de la glande, à une diminution de la force nerveuse spéciale dont dépend l'action sécrétoire de la glande , ou à une altération de ses canaux excréteurs, telle que celle qui peut être la suite d'un abcès situé derrière la paupière supérieure.
Bien que le xérome puisse dépendre d'une inflammation de la glande , je ne suis pas convaincu que ce soit un symptôme commun dans ce cas. Les faits rapportés par M. Todd et le docteur O'Beirne (2) contredisent l'opinion qui le donnait comme propre au squirrhe ou à l'hypertrophie de cet organe. Il est cependant diflîcile d'admettre que les fonctions de la glande lacrymale puissent s'accomplir régulièrement lorsqu'elle est le siège d'une inflammation intense ou d'une induration étendue.
Il n'y a rien d'étonnant à rencontrer le xérome soit seul, soit accompagnant l'amaurose chez les personnes âgées, car chez elles la glande est atrophiée, et l'énergie de la cinquième paire , comme celle de tous les autres nerfs , diminuée. On rencontre cependant fréquemment ce symptôme dans l'amaurose commençante , même chez des personnes peu avancées en âge. Nous considérons, dans ces cas, le retour de la sécrétion lacrymale comme d'un augure favorable; car presque toujours, aussitôt que ce changement se manifeste, la vision s'améliore. ^ On voit souvent des céphalées chroniques s'amender beaucoup sous l'influence d'un retour d'activité des fonctions de la glande lacrvraale (3).
Le xérome qui survient quelquefois à la suite d'un chagrin profond, n est qu'un phénomène nerveux ou purement sympathique.
Dans les cas de xérome lacrymal, l'œil, quand on le regarde, ne parait point sec, car la sécrétion muqueuse de la conjonclivo'n'est pas
hol^ZTr "<'v<=">»>'-e «834, p. 34i) un cas de xérome lacrymal cl
«.onjonciival de naissance.
(2) Voyez dans ce chapitre section V
. Ses'îuml'oriSr ""'^"'^"^'"-''l Writings of the late C. 11. Paluv, M. I)., vol. I.
110 M.VLADIKS DES OUGANES SÉCUÉTEIÎRS DES LAKMES.
supprimée. L'œil parait, aussi luiniichî el aussi glissant qu'à l'ordinaire; néanmoins, le malade se plaint de ce (pi'il n'est jamais, humecté. Si HueUiuel'ois il vient à être baigné de larmes , il en résulte un grand soulagement, ce qui prouve évidemment que la sécheresse est due à l'absence de la sécrétion lacrymale , et non au défaut de la sécrétion
conjonctivale. . , , • i
Si le xérome parait dépendre d'une innammalion de la glande lacrymale, ou si l'on a quelque raison de soupçonner le début d'une affection de nature à déterminer l'hypertrophie ou quelque altération de la structure de cet organe, il sera convenable de recourir aux saignées locales el aux autres remèdes antiphlogisliques. Les slernutatoires sont utiles quand la cause réside dans un afiaiblissement du pouvoir nerveux. Si l'affection est sympathique, on aura recours aux purgatifs, aux toniques el aux antispasmodiques. L'innuence de la musique parait avoir quelquefois agi d'une façon remarquable pour faire disparaître le xérome produit par un chagrin profond (1).
Pour suppléer à l'absence des larmes dans le xérome, Walhen (2) recommande l'usage d'une lotion savonneuse. On doit ajouter trois ou oualre gouttes de solution de potasse caustique (aqua polassœ) a deux onces d'eau tiède; on emplira aux deux" tiers un bain dœil àe ce mélange et on l'appliquera pendant une minute ou plus a 1 œil tenu ouvert'' Ce moyen n'occasionne aucune douleur, il débarrasse l œil et : ses paupières de toutes les excrétions morbides, et fait disparaître sur- le-champ ce que le malade appelle le nuage placé devant sa vue. Mais ^ comme celui-ci se reforme rapidement, il faut revenir souvent a celle, application. Pour exciter autant que possible la sécrétion ^l^^s larmes il fout se servir chaque fois d'une nouvelle préparation , donl il est bon . d'augmenter la force, de façon que celle lotion finisse par devenir mu
''1îtt"bon aussi de baigner de temps en temps l'œil dans l'eau tiède: cela ne sert pas seulement, conjointement avec le moyen deja reconniandé, à sïppléer à l'absence des larmes mais cela peut de plu.relâcher les parties, et les disposer à reprendre leurs fonctions.
SECTION IV
EPIIMIORA.
De sTtl 4M)- cl oépw je porte.
Celte affection est le contraire de la précédente, car ici les larmes sont sécrétées en trop grande abondance el leur écoulement est trop rapide.
de. 1). 71. l,(iii(lon, 1792.
liPlPIIOUA.
Comme le xéromc néanmoins, l'épiphora est plutôt un symptôme qu'une maladie spéeiale.
Diagnostic. — L'épiphora , ou la sécrclion en excès des larmes , ne doit pas être conlondu avec le larmoiement, stillicidium lacrymamm. La dillerence consiste en ce que cette dei'nièrc allection est presque exclusivement due à quelque obstacle survenu dans les voies d'excrétion des larmes, qui se trouvent mises dans l'impossibilité d'enlever le mucus et les larmes de dessus la conjonctive, après que ces liquides y ont rempli leur ollllce, tandis que répi})liora est une aiïection des organes sécréteurs des larmes, ou une sécrétion exagérée des larmes.
Causes. — Toute irritation chijuique ou mécanique, appliquée à la conjonctive, comme une particule de poussière, par exemple, logée à la surface interne de la pauj)ièrc supérieure, un grain de sel pénétrant dans l'œil , produit à l'instant même un écoulement de larmes ou épiphora. C'est un moyen que la nature emploie pour entraîner le corps étranger ou diluer l'agent cliimique.
L'inflammation de l'œil ou des paupières, et spécialement rinHammation plilycténulaire de la conjonctive (affection appelée ordinairement ophthalmie scrofuleuse), est une cause extrêmement fréquente d'épiphora. Les sujets atteints de cette dernière affection surtout, dès qu'ils essaient d'ouvrir les yeux, sont pris à l'instant d'épiphora et de spasme de l'orbiculaire des paupières. Les sympathies qui existent entre les paupières , la conjonctive et la glande lacrymale, s'expliquent tout naturellement quand on se rappelle que le nerf lacrymal, branche de la première division de la cinquième paire , après avoir traversé la glande lacrymale, vient répandre ses derniers rameaux dans la conjonctive, l'orbiculaire des paupières et la peau delà paupière supérieure (1). Souvent, dans la conjonctivite scrofuleuse, la rougeur est légère, on aperçoit à peine à la surface de l'œil un vaisseau dilaté, et les phlyctèues peuvent n'avoir pas encore fait leur apparition ; mais l'épiphora et la photophobie sont très prononcés.
L'épiphora se montre quelquefois comme symptôme d'un état morbide des voies digeslives, surtout chez les enfants, et quand il y a des vers dans les intestins. En réalité, dans l'ophlhalmie scrofuleuse, on peut considérer l'ophthalmie et l'épiphora comme produits Tune et l'autre , dans beaucoup de cas au moins , par l'usage d'une mauvaise nourriture et le désordre de la digestion qui s'en suit. On peut aussi se demander si, chez les enfants, l'oplithalmie plilycténulaire n'est pas quelquefois la conséquence du flux exagéré des larmes, flux occasionné par la souHrance que déterminent la dentition et plusieurs autres causes. On voit souvent un épiphora abondant sur-
^'lam"''?'"" ^''l'''''""8''>i ilfs inMischliciicii Auges, p. U.Tah. III, fig. 5. Frankf.irt am .«ain, \m\. Rosejimii.i.eh. Pariimn cxKM'nui'iini oeiili liiiinniii doseriplio, § 162. Liiisuc, 1810.
11 2 MALADIES DES OUr.AiSES SIÎCUÉTEL'US DES LARMES.
venirdans les accès (riiyslcrie cl (riiypocliondrie; il est alors une suile des senliincnls exagérés d'iidliclion cl de découragemcnl qu éprouvem les malades. En pareil cas, lous les symplômes s'cxaspcrenl, si les , sujets aflcclés recourenl à l'abus des liqueui's.
Traitement. — Avanl de prcsci'irc aucun remède, soil général, soil local, pour l'épiphora, il faul s'assurer qu'il ne dépend pas d'une simple iiTilalion mécanique de l'œil , lelle que peuvenl la produire un cil dévié , une parlicule de poussière enfouie dans quelque poinl de la conjonclive , ou une pelile tumeur développée à la face interne des paupières.
L'épiphora seul exige rarement une prescription spéciale. Je l'ai quelquefois vu disparaître complètement et d'une manière permanente à la suite d'un émélique.Un régime régulier, des purgatifs auxquels on fera succéder des toniques, ou quelquefois les anti-acides, seront très utiles pour écarter les causes les plus fréquentes de cette affection. Lu mélange de rhubarbe et de bicarbonate de soude, pris tous les jours ou tous les deux jours, auquel on fait succéder l'emploi continu du sulfate de quinine, forme un traitement dont je me suis souvent bien trouvé.
Les remèdes locaux les plus efficaces sont la vapeur de laudanum et la solution de caustique lunaire. On verse une cuillerée à thé de laudanum dans une lasse d'eau bouillante, et ou place le vase audessous de l'œil, les paupières écartées, afin que la vapeur puisse se mettre en contact avec la conjonctive. Puis on lotionne l'œil, à l'aide de ce mélange et d'un morceau de vieux linge, deux ou trois fois par jour. La teinture de belladone peut remplacer utilement le laudanum, bans certains cas, rien ne calme plus promptement l'irritabilité de la conjonctive, dont dépend si souvent l'épiphora, qu'une solution de 2 à 4 grains de caustique lunaire dans une once d'eau distdlée, dont on fait pénétrer quelques gouttes dans l'œil à l'aide d'un pinceau en pods de chameau, une ou deux fois par jour.
Les vésicatoires peuvent aussi être utiles; il est probable quds ont plus d'efficacité quand on les applique au devant de l'oredle ou sur la tempe, car ils agissent alors sur les rameaux temporaux qui s anastomosent avec le nerf lacrymal. .,,11 [Divers auteurs ont conseillé et pratiqué 1 extirpation de la glande lacrymale pour guérir les larmoiements chroniques rebelles aux autres moyens. Le docteur Paul Bernard (1) d'abord, plus tard Textor (2) et Stoltemberg (5) ont obtenu de cette opération d'incontestables succès. Enfin, tout récemment M. Tavignot(4) a enlevé la glande acrynudc pour obtenir la guérison de la tumeur et de la fistule lacrymales.
[(1) Mémoires sur un nouveau moyen de guérir les fistules lacrymales et les larmoiements chroniques réputés ineurables. - Annales d-Ocul.sl.que, t. X, p. 19o.] [(2) id. t.XVIlI,p. 218.]
[S Aladcm^ê dcs'sdencis de Paris (Séa.ice .lu 6 août ISîiî)).]
lilMPIIOUA.
Divers procôilés onl ('((' mis en usage pour la praliqiuî de celle opération. M. Travers donne le conseil d'inciser pai' dessous la i)aupière supérieure quand la chose est possible ; niais l'éli-oilesse de l'ouverture naturelle des paupières et la difliculté qu'on rencontrerait à arrêter Tliéniorrhagie qui se produirait, onl empêché de le suivre. MM. O'Beirne, Todd et Lawrence recommandent une incision transversale divisant la paupière suj)érieure dans toute sa largeur et suivant la direction de ses plis naturels ; mais des incisions aussi étendues ne sont pas nécessaires, et en outre, elles infligent au malade une dillormité très apparente après la guérison. Acrel incise les légumeiils directement sur la glande, et Velpeau découvre celle-ci en prolongeant la commissure exlcrne.
Tous ces procédés ont leurs inconvénients, celui que M. Ch. ITalpin a proposé de leur substituer (1) a sur eux une incontestable supériorité.— Après avoir rasé le sourcil , le chirurgien tire fortement la paupière en bas, jusqu'à ce qu'il ait fait descendre la moitié du sourcil au-dessous du bord de l'arcade sourcilière, et fait lîxer par un aide la peau dans celle situation. Afin d'assurer le plus d'espace possible pour la dissection de la glande, le chirurgien fait décrire presque les deux tiers de l'orbite à sa première incision , laquelle est faite en ligne courbe, à convexité supérieure, commencée immédiatement au-dessus du tendon du muscle orbiculaire et terminée à un demi-pouce au-dessus de la commissure externe. Elle divise le sourcil dans toute sa longueur, en laissant du côté du front environ la moitié de sa hauteur; on renverse en bas le lambeau en le disséquant, ce qui donne beaucoup d'espace. La glande enlevée, on rapproche la plaie par quatre points de suture et, au dire de Halpin, elle se réunit par première intention dans toute son étendue. Dans un cas opéré par ce chirurgien, le malade put retourner chez lui au bout de sept jours.
D'après M. Desmarres (2), ce procédé serait sans contredit le plus facile à exécuter et celui aussi qui laisserait le moins de traces quand, ce qui est très-commun après l'extraction de la glande lacrymale , la réunion ne se fait pas par première intention. 11 l'a mis en pratique une seule fois, sur une dame qui présentait une tumeur de la grosseur d'une petite noix dans la région lacrymale. L'extraction fut facile, mais il survint un phlegmon du tissu cellulaire de l'orbile, qui entraîna la perte de l'œil.
Si l'on en croit M. Bernard, l'extirpation de la glande lacrymale est, par elle-même, peu grave et peu douloureuse; l'opération est facile, sans danger et ellicacc. Le fait que nous venons de ciler prouve que cette assertion est par trop absolue cl ([u'il y a lieu d'en rabattre. Dans
^ [(1^ miLlin Q,KnM.Tly Journal »f Jlclical Science, cl Annales d Oculisliqnc, t. XIX. [(2) Loc. cit.,t. I,p. 278.]
MALADIES DliS OHOANKS Sl^.CUÉTEUItô DES LARMES.
le cas cité par M. Bernard, tous les moyens, dit-il, avaient été employés É sans succès ; tous , sauf la cautérisation du sac par les caustiques , le ' cautère actuel ou électrique qui aurait vraisemblablement Iriompbé , de la maladie. T. W.]
SECTION V
INFLAMMATION ET SlllM'URATION DE LA GLANDE LACRYMALE, e loi. — Inflammation et suppuration des glandules conglomérées.
{Glandulos congregatœ.)
Cette affection n'est point rare; mais comme ellea quelque ressemblance avec l'orgeolet et le chalazion, on la prend souvent pour l'une de ces affections. L'angle externe des paupières est gonflé, rouge et douloureux ; si on soulève la paupière supérieure, on aperçoit plusieurs acini des glandules conglomérées , augmentés de volume. Dans l'espace de quelques jours, on voit l'un ou plusieurs d'entre eux se soulever en pointe et laisser échapper du pus à la surface interne de la paupière supérieure ou de l'inférieure, tout près de la commissure. Quelquefois, en pressant , on voit un long fllament de matière s'échapper d'un des conduits lacrymaux. La suppuration des glandules conglomérées s accompagne d'une violente douleur; il existe fréquemment un chémosis • séreux de la conjonctive, et cette membrane fournit une sécrétion
puriforme. , • <• •
Les causes sont les mêmes que celles de l'orgeolet. J ai vu une lois cette affection déterminée par une soie de cochon logée dans le sinus supérieur de la conjonctive. J'ai reçu au Eye Infirmary de Glascow un garçon qui , à la suite d'un coup de pierre, eut un gonflement avec rougeur de la paupière supérieure vers son extrémité externe. Le sourcil était soulevé, et la paupière déprimée; en la soulevant on apercevait , entre la face interne de la paupière et le globe de 1 œil , une saillie charnue considérable que je considérai comme la portion i inférieure de la glande lacrymale atteinte d'inflammation.
Des fomentations chaudes, un petit cataplasme de pain et deaui chaude, renfermé dans un sac huilé, constituent le traitement le plus ■ généralement employé. Il est rare qu'il faille recourir aux sangsues. L'affection est ordinairement trop avancée lorsqu'on nous consulte, pour i qu'on puisse tenter la résolution par les applications froides, et il est rarement nécessaire de recourir à la lancette pour évacuer le pus.
s II - Inflammation et suppuration de la glande lacrymale proprement dite.
^ ■ {Glandula innovunala.)
La glande innominée ou portion supérieure de la glande lacrymale, peut devenir le siège d'une inflammation ; le volume de la partie
INFLAMMATION ET SUlM'imATlON UK LA UI.A.NDK LACRYMALE.
Hd
allectéc, le siège prolbiul quelle oceupe , l'oiiL que celle inahidic est l)eaucoup plus sérieuse i\m celle que nous venons de 'décrire. C'est surloul chez les enfants scrol'uleux qu'on la rencontre; elle est, au reste, loin d'être commune.
Symptômes. — De la douleur au niveau du siège de la glande cl, une tuméfaction progressive au niveau de l'angle cxlcrne des paupières sont les premiers symptômes que l'on renuirquc. Bientôt il se manifeste à l'angle supérieur et externe de l'orbite, une tumeur rouge et tendue; on ne soulève la paupière supérieure qu'avec diflicullé, ou même on ne peut pas la soulever; la conjonctive s'enflamme, et l'œil est poussé en avant hors de l'orbite. Quand la glande enflamnièe a subi le plus haut point de tuméfaction , le gonflement sympathique qu'elle provoque dans le tissu cellulaire voisin, elle chémosis de la conjonctive s'avancent tellement au-devant du globe de l'œil, que cet organe en est complètement caché. La douleur dans l'orbite et dans la têle va en s'accroissant. A moins que les progrès de l'inflammation ne soient enrayés , on voit la fièvre , l'insomnie et le délire précéder les symptômes locaux de la suppuration; la fluctuation devient distincte; enfin, le pus soulève les parties en pointe et vient se porter au dehors par une ou plusieurs ouvertures à travers la paupière supérieure. Mais avant que ceci n'arrive, la peau de la paupière supérieure peut se mortifier dans une étendue plus ou moins considérable. Les tissus voisins, en se confondant entre eux, peuvent maintenir l'œil dans son état de déplacement; le plus souvent il est tourné vers la tempe. Il peut aussi arriver qu'avant que le pus se soit frayé une issue spontanée , le périoste de la fosse lacrymale s'enflamme et que l'os lui-même se prenne. L'aflection suit alors une marche très-lente ; il survient un ectropion de la paupière supérieure (fig. 5, p. U) et une fistule qui, ainsi que nous l'avons déjà expliqué , ne peut se fermer que lorsque l'os est revenu à l'état normal, ou que sa portion malade a été évacuée au dehors, ce qui peut se faire attendre pendant des années.
Causes. — Les coups sur l'apophyse orbilaire externe du frontal, les plaies contuses, même légères, de la paupière supérieure, et l'exposition au froid, sont les causes les plus communes de l'inflammation de la glande lacrymale. J'ai vu la glande lacrymale tomber en suppuration et aboutir, moins de huit jours après une blessure de la paupière supérieure. M. Todd dit que la grande majorité des cas qu'il a rencontrés n'étaient pas idiopalhiques , mais avaient succédé à l'inflammation de la conjonctive ou à quelque autre forme d'ophthalmic. Il a vu l'inflammation de la glande lacrymale accompagner ce qu'd appelle la psorophthalmie des enfants, quand l'aflection était intense ou aggravée par la négligence , l'exposition au froid , ou 1 usage mal réglé des applications stimulantes. Il croit aussi que quelquefois l'inflammation de la glande précède, dans la fonne ordinaire
116 M\LAUIKS DES ORGANES Sl'CCUÉTFAjUS OKS I.AIIMES.
(le rophllialmio, cl doiiiio lieu à des symplômcs quon a généralenieiil altrihués à rinllamnialion de l'œil seulement (1).
Outre la forme aiguë, il existe une forme chroni(juc d'inflainmalion de la glande laerymalc, qu'on n'observe guère (jue dans les premiers temps de la vie, et qui, suivant toute probabilité, dépend d'une disposition scrofuleuse. Daris eetle alTeetion, laeeroissement de volume de la glande est évident, et il existe parfois une tuméfaetion œdémateuse de la paupière supérieure ; il y a rarement beaucoup de douleur, mais le malade accuse généralement une sensation de ])lénitude au dessus du globe de l'œil et l'impossibilité de mouvoir cet organe aussi facilement que l'autre. Quand on exerce une compression entre le globe de l'œil et l'extrémité temporale du bord supérieur de l'orbite, d s'écbappe immédiatement un flot de larmes. M. Todd est dispose a croire que l'ophthalmie scrofuleuse peut être produite par 1 action des larmes dont la composition est altérée par l'état d'inllammalioii cbronique de la glande; il rapporte le cas d'une jeune dame, alleint.| d'un côté d'intlammation cbronique de cette glande, et chez qui lœil du côté malade était sujet à de fréquentes attaques de conjonetivile pustuleuse; du côté où la glande était saine, il ne survml jamais
d'opbtbalmie. . . . ,. ■ i i
Outre cette inflammation cbronique, M. Todd indique que la glande lacrymale est sujette à une autre alïection encore plus évidemment scrofuleuse : elle est caractérisée par l'âge et la constitution du malade; par la lenteur de la marche de la maladie, bien que la glande acquière quelquefois un volume considérable, par l'absence de douleur et par la forme plus ou moins lobulée de la surface de la tumeur. Il ajoute que quelquefois cette alïection, au bout d'un certain temps, reste s ationnaire pendant des mois et des années, tandis que dauli-es fois elle prend la forme suppurative particulière aux glandes scrofuleuses et devient ainsi une afteclion des plus longues et des plus incommodes Il est probable que le gonllement scrofuleux de la glande, surtout lorsqu'il existait des deux côtés, a été quelquefois confondu avec quelqu'une des aftections que nous décrirons dans la section prochaine (i).
Traitement. - Dans l'inflammation aiguë de la glande lacrymale il faut appliquer largement des sangsues à la paupière sijPe»;;^;;;';;' ^» front, à la tempe; on peut aussi appliquer a la tempe des ven o u scarifiées; il faut de plus prescrire des purgati Is le repos, des ouon fraîches, et tout l'appareil du traitement ^ff^'^^l^ est intense, il faut recourir à la saignée du bras. Lnl.n, d iaut donner, à netites doses fréquemment répétées, le calomel avec 1 opium. Da^s Mammation chronique, ou dans l'engorgement scrofuleux
Mclical Giacuc, vol. 111, W- b23, 524. London, 18i9.
INKLAMMAÏlOiN HT SUriHIUATION DK I.A GLANDK l.ACUYMALE. 117
(le la glarulo, on pi-cscrira un iTgimc anli-scrofuleux , dos alimenls nourrissants, l'air de la mer, les Ioniques, ele. On relii-era aussi (|iielqu'avantage des ai)})ltealions permanentes de compresses imbibées (l'eau froide; de quelques sangsues placées au voisinage de la glande, (le petits vésicatoires répétés sur le front, la tempe et le derrière de l'oreille, de quelques petites doses de caloiuel ou de bhie pitl le soir, suivies d'un purgatif salin ou de quelqu'aulre laxatif le lendemain matin. J'ai trouvé dans l'iodure de potassium un moyen lenl, mais (>Hicacc. Si l'inllammalion scrofuleuse de la glande se termine par "-iippuration, il ne faut pas laisser la peau s'altérer dans une grande l'iendue, mais ouvrir avec la lancette aussitôt que la lluctuation devient distincte. Si l'œil est déplacé et qu'il soit menacé de désorganisation, il faut extirper la glande.
[M. Le docteur Haynes Wallon (1) pense que l'inflammation des glandes lacrymales n'est pas aussi rare que les auteurs s'accordent à le dire, et que fréquemment on la méconnaît dans la persuasion de l immunité morbide de cet organe, ou même que l'observateur croyant la reconnaître , doute de la justesse de son diagnostic. II en rapporte lesdeux observations suivantes :
, r7 Thompson, 40 ans, se présente en juin 1853 au Central London
nplilhalmic Hospital avec les symptômes suivants : la porlion externe Ae cliaque sourcil (r„Tespondant a la partie inférieure de cliaque glande lacrymale, était saillante et un peu ,jennammee. Sous la pression du doigt, on sentait que celte tumeur était irrégulière elplus 11 ou moms molle : quand on enfonçait le doigt dans l'orbite pour parvenir à la porlion Mipeneure de la glande lacrymale, on y sentait une tumeur dure et immobile. L'altération (■ ailla mcmedesdeux colés. H n'yavailaucundérangementdans la sécrétion de ces glandes i n prescrivit des pilules de mercure à la craie et d'extrait de fusquiame («gr.lfâ) à la dosé t e-i par jour; puis, la bouche étant un peu affectée après la prise de 8 pilules, on n'en oiina plus qu une tous les deux jours. 11 y eut une grande diminution de la tuméfaction en
l-Uàlun\:^i ïr.^^""'"' ^f' P°''^^"'^ ^'«"'«"'•S' se présenta à
I Hôpital en aoul 1853, avec une tumeur considérable de la paupi.M-e supérieure prise
. e .nflammalion aiguë, en même temps que d'une luméfactiin e d'une rouge" r iS e e la paupière inférieure. Une tumeur dure occupait la position de la glande lacrym Te et rimait le cul-de-sac conjonclival. La conjonctive se mouvait facilement au dessu de tumeur et avait en ce point une teinte jaunâtre. Douleur presque conslan e m s peu n nse; hevre légère, langue chargée; pas d'altération des fonclLis d la g a'nde na le l a ion. - Pilules purgatives de calomel et jaiap à répéter toutes les p tre hS ireT o ionP?p"n' '"^'''"^ ''''''' l^o^^'-'^ment, des lotions froides. - Ai o -|s^s,hnlbmmal,on avait considérablement diminué; en une semaine la Sson
I) Med. Times and Gaz., ISU, n-> 196, p. 517-518.