LÉSIONS TIUUMATIQUF.S DE LA CONJONCTIVE
liiiit par recouvrir une portion de la pupille. On voyait sur la cornue un pelil point (lur proéminent, de la dimension d'une petite lentille, mais plus long que large, et tout "i l'eiitour sous forme de stries, de nombreux petits vaisseaux rouges. Le malade n'éprouvait' pas de douleur. La dureté de la tache et les autres circonstances du fait lirent penser au cliiruriîien qu'il y avait là un corps étranger adhérent à l'œil. Il prati(|ua inie incision sur la tacîie et à l'aide d'un verre grossissant aperçut un corps noir qu'il délogea, avec la pointe du couteau, de la petite cavité qu'il s'était creusée dans la cornée. 1! se^tro'uva que c'était une des élytres d'un escarbol.
Le cliaiigcinenl de place des corps étrangers esl dû vraiscmblableincnl à la pression que les paupières exercent sur eux dans le clignotement.
\. Les dards de certains insectes restent quelquefois fixés sur la conjonctive ; il faut les enlever soigneusement à l'aide de pinces ou d'une aiguille à cataracte.
§ II. — Brûlures et autres lésions chimiques.
V'ig. Wardrop, vol. 1, pl. V, flg. 5.
J . La chaux, soit à l'état de chaux vive ou de chaux éteinte, soit à l'état de mortier, mélangée avec du sable, agit sur la conjonctive d'une façon très fâcheuse. Fréquemment aussi elle attaque violemment la substance propre de la cornée et détruit quelquefois complètement l'œil. Un des premiers effets que l'on observe après l'introduction de la chaux, sous l'un des états que nous venons de mentionner, c'est que la conjonctive palpébrale et scléroticale blanchit, se gonfle et s'exfolie : elle est en effet décomposée par l'action caustique de cette substance. L'épilhélium de la cornée subit les mêmes changements. Cette décomposition de la conjonctive s'accomplit très rapidement, (le sorte qu'on peut rarement enlever la chaux assez promplement pour la prévenir. Quand la conjonctive de la cornée ne s'est exfoliée que dans une petite étendue, on aperçoit à sa surface une dépression à boixls irréguliers. Si la totalité de la portion cornéenne de la conjonctive s'est détachée, le tissu propre de la cornée se montre parfaitement uni et offre plus ou moins une teinte blanchâtre d'un bleu perlé. L'œil peut être détruit sans qu'aucune portion de la conjonctive se soit exfoliée.
Les effets définitifs de l'introduction de la chaux dans l'œil dépendent de son degré de causticité et de la longueur du temps pendant lequel elle reste en contact avec la conjonctive. Le mortier ordinaire qui tombe dans l'œil, et qu'on en fait sortir de suite, n'agit ordinairement que comme un irritant très intense; il provoque de la rougeur, de la douleur et de l'épiphora , auxquels succède un écoulement puromuqucux fourni par la conjonctive. Mais j'ai vu ce mortier, même après avoir été promptement enlevé, déterminer le gonflement de la conjonctive; la cornée blanchissait et éclatait, et la vision se trouvait '• 29
MALADIES DK LA CONJONCTIVE
perdue . Dans un cas, la cornée s'amincit, se désorganisa progressivement, et n'éclata que trois semaines après raccidcnt. J'ai vu du i mortier qu'on avait laissé séjourner pendant plusieurs jours dans les ^ replis de la conjonctive, provoquer la gangrène de cette membrane, , des nébulosités permanentes de la cornée et un symblépharon partiel. . La chaux éteinte jetée dans les yeux agit encore d'une façon plus ^ intense, et si on ne l'enlève pas rapidement, elle produit souvent i l'opacité complète de la cornée, ou même sa fonte purulente, et lev staphylôme.
Obs. 212. — On apporta au Glasgoiv Eye Infi.rmary un enfant de deux ans, qui, trois semaines auparavant, était tomijé sur de la cliaux vive qui lui avait pénétré dans les ■ deux yeux. Immédiatement après l'accident, on s'était borné à appliquer un cataplasme, et t l'on n'avait rien tenté pour enlever la chaux ou la neutraliser. A l'examen, je trouvai la » cornée droite complètement opaque, petite et déformée. A gauche, il n'y avait plus de > traces de cornée ; l'œil était réduit à un très petit moignon aplati.
Obs. 213. — Robert Gray, âgé de 13 ans, ardoisier, entre le 3 septembre 1838 au Glasgow Eije Infirmary. — Le 28 du mois précédent, une grande quantité de mortier avait" été jetée dans son œil gauche. A gauche, la peau des paupières et de la joue est enflammée, les paupières sontgonflées, l'œil ne s'ouvre qu'à moitié. La conjonctive oculaire et celle qui double la paupière supérieure offrent l'aspect blanchâtre d'une cicatrice ; celle qui tapisse la paupière inférieure a plutôlconservé son aspect naturel. Des portions de conjonctive sont en train de se détacher sous forme d'eschares. Il y a encore beaucoup de mortier logé entre le globe de l'œil et la paupière supérieure , et adhérent à ces deux surfaces La conjonctive de la cornée, surtout dans sa moitié supérieure, semble avoir été plongée 'dans l'eau bouillante. La vue de l'œil malade est très confuse; néanmoins elle permet encore de lire les grandes lettres d'une carte de l'infirmerie. Le premier jour après l'accident le malade avait ressenti une vive douleur brûlante qui avait disparu après l'application d'un cataplasme. Actuellement, il ne souffre pas beaucoup. Il dit que son maître a enlevé une grande quantité de mortier immédiatement après l'accident. Lorsqu on tient l'œil ouvert pendant quelques minutes, la cornée parait complètement sèche, et offre l'aspect de l'épiderme lorsqu'on la regarde à la loupe. Dès qu'on ferme l'œil, elle est baignée par les larmes et prend un aspect moins opaque. On enlève soigneusement ce qui reste de mortier; on applique à la conjonctive la solution de nitrate d argent, et huit sangsues aux paupières. - 4 septembre. 11 a passé une bonne nuit. L'œil s ouvre mieux. On prescrit une poudre purgative ; une pommade au précipité rouge pour endmre les paupières le soir en se couchant; un collyre avec le vin de belladone, et un vesicatoire derrière l'oreille — 5 La conjonctive a meilleur aspect. L'œil se meut plus librement. Lne dose de sulfate de magnésie. - 6. La cornée est un peu plus claire. - 10. Trois sangsues a la paupière inférieure. - 12. La moitié inférieure de la cornée est beaucoup plus claire - 19 Trois sangsues à l'angle interne de l'œil. Répétition du vésicatoire.-22. On remplace la solution de nitrate d'argent par le vin d'opium dilué. -29. Une portion considérable de la conjonctive cornéenne s'est détachée. Toute la cornée est plus opaque. La conjonctM est moinJ enflammée. - 7 octobre. La couche superficielle de la cornée manque évidemment Il ne peut, avec l'œil gauche, distinguer un doigt d'avec un autre. - i^- ^«rnee gauche unie et plus transparente. -4 novembre. L'amélioration continue; il existe veïs f angle interne une bride formée par la conjonctive et s'élendant de la circonferen e d ^. co née à la paupière supérieure. La cornée est encore très nébuleuse. L aspect genén. le 'ÏÏ est mei leur - 17 avril 1839. La cornée est beaucoup plus transparente, excep e fers son bonî siipJneur et interne, au ^«isinage du symblépharon. Il peut lire les petits caractères avec son œil gauche.
Sous quelque état que la chaux pénètre dans l'œil, on doit l'en extraire sur-le-champ. Pour cela, onouvrel'œil, on renverse successi-
LICSIO.NS TRAL'.MATIQl'KS IJK LA CONJONCTIVE.
^clWlïl l'une el l'aiUrc paupières, el avec l'onglo, du doigt, ou la petite spatule, on enlève cluuiue particule du corps étranger. L adhérence à la conjonctive est quelquefois assez l'orte pour qu'il laille recourir à I (-nq)loi d'une pince pour la détacher. Après qu'on a ainsi enlevé tout ce qu'on a pu, on lait passer à l'aide d'une seringue un courant conliiui d'eau froide entre l'œil et les paupières, alin d'entraîner jusqu'aux moindres particules de chaux.
On envoie alors le malade au lit; on peint le sourcil et les paupières avec l'extrait de belladone, et on les recouvre d'une compresse imbibée (leau froide. La solution de nitrate d'argent (gr. iv à x par once d'eau distillée) est très bonne pour diminuer la conjonctivite puro-muqueuse ([iii survient; les symptômes inllammatoires i)lus graves doivent être combattus par la saignée, le caloniel et l'opium, et les révulsifs. On doit éviter soigneusement l'usage de la solution d'acétate de plomb , car le plomb se précipite sur les parties excoriées el forme des écailles opaques qu'on ne peut que rarement faire disparaître.
Si l'inflammation consécutive est modérée, l'épilhélium de la cornée, dans les cas où il s'exfolie, se régénère lentement, el la vision peut se rétablir complètement. Si la chaux a agi plus profondément, ou si rintlammation a été intense, la cornée peut ne reprendre jamais sa transparence (1), bien qu'elle ait conservé sa forme.
[M. Gosselin (2) a traité avec de grands développements la question de savoir quel est le mode d'action de la chaux éteinte sur l'œil et la nature des lésions qu'elle amène. Il commence par donner l'observation suivante :
Obs. 214. — Jules Labasse, 21 ans, maçon , reçoit dans l'œil, le 6 juin 1885, une certaine quanlité de chaux préparée depuis plusieurs jours pour servir au badigeonnage , et dans laquelle plusieurs ouvriers avaient pu plonger la main sans en ressentir ni chaleur ni cuisson. 11 n'en éprouve pas une très vive douleur, ni même un sentiment de brûlure, mais la gêne que cause le corps étranger. Douze minutes après l'accident, M. Gosselin coDslate que la cornée est compléleraent blanche el qu'une grande quantité de bouillie calcaire se trouve derrière la paupière; il la retire avec une pince à disséquer el un courant d'eau. La vision est abolie, il csl impossible de voir l'iris et la pupille, el cependant le malade souffre à peine. Douche oculaire répétée toutes les heures. — Le lendemain, le malade est bien, il a dormi toute la nuit sans souffrir. Il y a seulement un boursouflement œdémateux de la conjonctive oculaire, et la cornée continue à être blanche. Saignée ! du bras; douche oculaire foules les deux ou trois heures; collyre d'eau distillée très ' sucrée à insliller quelques gouttes toutes les deux heures. — Le 11, l'opacité a diminué, la cornée est moins blanche. — Le 20, on commence à voir la pupille el l'iris ; il y a peu de douleur, pas de suppuration ; il y a un chémosis œdémateux el eechymolique. Purgalion ; collyre sucré; cessation des douches. — Le 24, le chémosis a diminué, le malade commence à reconnaître divers objets , mais la conjonctive est un peu plus rouge. 12 sangsues derrière l'oreille gauche.— Le 2 juillet, il y a toujours absence de suppuration cl très peu (le douleurs; la cornée s'éclaircil chaque jour davantage. Le malade ne peut ouvrir l'œil quand il esl couché, tandis qu'il l'ouvre quand il est assis. Collyre sucré; purgalion. —
(t) Jacod. Dublin Journal of Médical Science, vol. IX, p. 7b. Dublin, 1856. WAnonop, Op. cit., vol. I, p. 160.
[(2) Archives générales Je médecine, 1833, vol. II, p. 513. ]
540 MALADll'S DE LA CONJONCTIVK .
Le i'd, peu tic cliangemeiil. 13 sangsues au-devant de l'oreille. — Le 30, l'œil s'ouvre de mieux en mieux; la conjonctive est moins rouge, mais elle est épaissie et vascularisée tout autour de la cornée, notamment ù son bord externe sur lequel elle se prolonge même <\ un peu. Deux brides, l'une supérieure, l'autre inférieure, se sont formées. — Le 4 août, le malade sort; il reste très peu de rougeur à la conjonctive, mais celle-ci se continue sur la partie externe de la cornée. L'œil n'est pas tout à fait aussi ouvert que l'autre. La cornée est légèrement trouble par places, mais cependant on aperçoit bien l'iris et 'i^ la pupille. Tous les objets sont reconnus avec l'œil malade. Exeat.
L'aiileur concliil de celle obscrvalion el des expériences (|u'il a ensuite r| établies, que Topacilé de la cornée, dans ces circonstances, n'est point il due à un épanchemenl plastique sécrété à la surface ou dans l'épais- -| seur de celte membrane, ni à la coagulation de la matière albuminoïdeii de la cornée par le contact d'un corps cbaud ou d'un agent cbimique, j mais bien à l'inBltralion des molécules de chaux dans les mailles dcila cornée el à la combinaison de ces corps étrangers avec son lissu, .| phénomènes dont la perméabilité de la cornée et sa propriété endos- motique rendent suffisamment raison.
M. Gosselin a reconnu de plus que le meilleur moyen de dissoudre : la chaux sans augmenter la phlegmasie est l'instillation fréquente il dans l'œil, d'une eau distillée fortement saturée de sucre. T. ^y.]
2. Les particules de potasse, de nitrate d'argent ou de tout autre caustique solide doivent élre immédiatement exlrailes de l'œil avec les pinces, ou tout autre instrument qu'on aura sous la main. Leimélange des larmes avec ces substances accroît leurs effets destructeurs. .
J'ai une fois vu une inflammation considérable de la conjonclive, . accompagnée de la formation d'une eschare étendue du repli inférieur i de celte membrane, à la suite d'une application de précipité rouge en i poudre, faite par une personne ignorante et présomptueuse, dans un i cas d'ophlhalmie légère. La conjonclive mortifiée se détacha pari plaques blanches, dures, el laissa une surface dénudée. Avec des soins, on empêcha la formalion d'un symblépharon.
3. Les liquides chauds ou caustiques, comme l'eau bouillanle, loi suif fondu, l'acide sulfurique, etc., déterminent la vésication délai conjonclive et provoquent une inflammation d'un caractère exlréme- ment dangereux (1). Lorsqu'on a jeté de l'acide sulfurique dans les ?j yeux , méchanceté infernale dont j'ai vu plusieurs exemples, la con- ■ jonctive parait mortifiée; elle est blanche, ramollie et gonflée. Elle s'exfolie ensuite, tandis que la cornée se désorganise promplemeni par suppuration, ulcération ou gangrène; le globe de l'œil et la surface, interne des paupières offrent des places dénudées, disposées à s'unir t et à clore l'œil par l'établissement d'un symblépharon incurable el presque tolal. Dans d'autres cas, le symblépharon n'est que partiel. Le remède à employer, au moment de l'accident, consisle à faire passer
(I) Voyez sur l'opacité de la cornée produite par l'acide sulfurique, TnoMfo>. I.ancct, oel. ôl, mo', p. 209.
LÉSIONS Tl\.UIMATIQUi:S DU LA CONJONCTIVE.
sur l'œil un jel clcau tiède, ou d'une solution de 4 grains de souscarbonale de potasse i)ar once d'eau, l.'inllainniation qui succède doit être combattue |)ar les saignées générales et locales , le calomel et ropiuin à rinlérieur, la belladone à Icxtérieur. On cherche à prévenir rankyloblépharon et le syinblépiiaron en ouvrant de temps en temps les paupières et en les enduisant avec la pommade de tutie. Un ellel de la brûlure de la conjonctive, (lue j'ai observé plusieurs lois, c'est un étal ecchymolique de la cornée, survenant près de l'endroit où la conjonctive a été brûlée, du sang s épanchant dans la substance propre de la cornée. Cet aspect disparait très lentement.
4. Le vinaigre, les liqueurs spiritueuses ou les autres fluides irritants, jetés dans les yeux, déterminent une inflammation intense de la conjonctive. J'ai vu l'introduction du whiskij donner naissance à une inflammation de la conjonctive, de la sclérotique et de la cornée, fort difficile à arrêter; j'ai vu la même chose survenir à la suite d'une misérable plaisanterie , consistant à mettre du tabac en poudre dans l'œil d'une personne endormie.
5. Le docteur Von Ammon (1) rapporte le cas d'un homme qui , étant occupé à enduire le sommet de la porte de sa maison avec de la poix fondue, eut le malheur de se laisser tomber une goutte de cette substance juste sur la cornée, où elle adhéra si fort qu'aucun des chirurgiens appelés ne put la détacher, soit à l'aide des instruments, soit au moyen des collyres. On conseilla au malade de faire pénétrer de l'huile d'olive dans l'œil et de le recouvrir avec une compresse trempée dans ce fluide : ce moyen amena promptement la dissolution de la poix, qui sortit de l'œil sans y avoir déterminé aucune lésion apparente.
6. Lorsque la cornée a été touchée par un fragment de bois enflammé, ou un morceau de fer chaud, ou une goutte de fer ou de plomb en fusion , son épithélium blanchit, se coagule comme une couche d'albumine, se soulève par vésication et se détache. Dans certains cas, les efl'ets produits sont légers; dans d'autres, ils sont intenses. On applique l'extrait de belladone pour adoucir la douleur, et l'on fait des lotions avec l'eau froide. Le lendemain, l'œil paraît tout à fait bien, l'épithélium s'étant déjà régénéré. D'autres fois, la réparation s'effectue plus lentement. Si la brûlure a pénétré jusqu'à la lame élastique antérieure de la cornée, les suites sont beaucoup plus graves, il survient une ulcération de longue durée. Les suites sont généralement très graves chez les enfants; la cornée suppure, se rompt, et l'œil reste staphylomateux. La conjonctive oculaire et palpébrale est quelquefois gravement endommagée par les brûlures , comme lorsque du fer en fusion est projeté dans l'œil. La formation d'eschares et le symblépliaron succèdent fréquemment à ces lésions.
(1) Zcilschrift fur die Ophllialmologic, vol. Il, p. Ibb. Dresden, 1832.
MAI-ADIKS DE LA CONJONCTIVE
[Nous verrons dans l'observation suivante la projection dans l'œil d'une goutte de métal en fusion, ne déterminer sur la conjonctive (|irune lésion bien peu en rai)port avec la cause Iranmatiipie (1) :
[5. V. IJîilIcmagne, apprenti bijoulier, 12 ans, nyanl voulu couler dans un moule liuniiilc de la soudure (alliage d'argent et de cuivre), la vaporisation subite de l'eau ' détermina un jet viobnit de la soudure fondue qui atteignit la (igure, et dont une goutte vint se fixer dans l'œil gauebe. L'accident datait de buit jours quand le malade vint me trouver ; je me bâtai d'extraire le corps étranger. A l'aide d'une pince, je retirai de l'œil une petite lamelle métallique de forme ovalaire, abords lïangés et irréguliers, déprimée à son centre et présentant une légère élevure à toute sa circonférence; elle ofirait enfin l'aspect d'une goutte de plomb fondu tombée sur le sol et solidifiée par le refroidissement. Le lendemain le malade était guéri. Le métal en fusion s'était aplati entre les paupières et ( le globe de l'œil baigné sans doute en ce moment par une grande quantité de larmes; l'abondance du liquide avait vraisemblablement empècbé la brûlure de l'œil et permis au métal de se mouler en se refroidissant, et sans léser les tissus avec lesquels il se trouvait i en contact. T. W.]
7. Lorsque de la poudre fait explosion en face des yeux, ses gi^ains • viennent se fixer dans la conjonctive et la cornée ; il faut les extraire soigneusement avec la petite spatule ou la pointe d'une aiguille à cataracte, sans quoi la cicatrice s'établit par-dessus ces grains, qui laissent alors des traces ineflaçables troublant la transparence de la cornée.
8. D'autres substances laissent quelquefois des traces indélébiles sur la conjonctive sdéroticale , à moins qu'on ne les enlève en ayant soin d'emporter avec eux la portion de membrane qu'ils ont lésée. J'ai i vu une lésion, occasionnée par un morceau de cbarbon , laisser une • tacbe noire permanente ; et le docteur Jacob (2) dit avoir observé plusieurs fois la même cbose à la suite de coups portés avec un bâton dont l'extrémité était charbonnée.
9. La conjonctive reste quelquefois marquée d'une façon indélébile (3) consécutivement à l'emploi irrationnel de la solution de nitrate d'arsent; remède dont abusent beaucoup les praticiens à demi instruits, qui, "incapables de distinguer les cas dans lesquels il convient, ou trop peu soigneux pour l'appliquer eux-mêmes et en surveiller les effets, le donnent à leurs malades, en leur recommandant de s'en servir tous les jours, jusqu'à la guérison dune inflammation de l'œil, ou la disparition de' quelque opacité de la cornée. Au bout de quelques semaines, la conjonctive revêt une légère teinte d'ocre. Si la solution est forte et qu'on en ait fait usage pendant des mois, la teinte est plus foncée, elle n'occupe plus seulement la conjonctive oculaire, mais s'étend a celle de la paupière inférieure; elle est olive sale, ou même noire, et détermine une difformité permanente et très apparente. On a recommande, pour faire disparaître cette coloration de la conjonctive, une solution
[(i) Annales d'Ociilislique, l. VUI, p. 93. Jules Ansuux.]
(2) Dublin llospilal Reports, vol. V, p. 371 . Dublin, 1830.
(3) Ibid., p. 3Gii. SoLOMON. Médical Times, Oclober/«., 1851, p. oaO.
LÉSIONS TIULIMATIQUKS DK l\ CONJONCTIVK. 545
d iodurcilc polassium ou (riiyposuiralo de soude à la dose de I partie siii- 10 parties deau. Le uilrale se déeouipose queltiuefois de liieon ipie son oxyde se précipite cl s'incor|)ore dans une cicatrice de la ornée, où il produit une tache noire ; mais cela esl rare.
■10. Si Ion applique sur un point (|uelcon(|ue de la conjonctive excoriée ou ulcérée une solution d'acétate de |)loinl), ce sel se décompose; il se Tonne un précipité blanc (|ui adhère à la conjonctive avec ténacité, et qui, lors(|ue la nienthrane se i!;uérit, reste incorporé dans la cicatrice. Si cela ai'rive à la surface de la cornée, la vision i)cut s'en irouver fort gênée. L'aspect produit par ce dépôt de plomb à la surface de la conjonctive, est bien reconnaissable ; l'opacité crayeuse et mate quelle détermine se dislingue aisément de l'opacité plus dense qui résulte de la cicatrisation d'un ulcère.
Ol>s. '216. — Du ivhisky lancé dans l'œil d'un maître d'école délermina l'ulcération de la cornée. On y appliqua une solution de sucre de plomb, et il s'ensuivit une cicatrice opaque, de forme triangulaire, et composée de trois lamelles oITrant des degrés différents d'opacité. La partie centrale, où l'ulcère avait été le plus profond, était crayeuse, la couche .sous-jaeente moins blanche, et la suivante qui était la plus étendue encore moins; le tout ressemblait à la surface de section d'une agatlie.
[Obs. 217. — Un pharmacien de province se livrait, dans son laboratoire, à des manipulations chimiques, quand il reçut dans l'œil une forte quantité d'acide sulfurique étendu d'eau. Un médecin appelé s'empara d'un flacon d'eau de saturne et en versa en grande abondance dans un verre, en y ajoutant une très petite quantité d'eau; puis le malade baigna longtemps dans ce mélange l'œil lésé. La cornée fortement érodée permettait encore, avant l'emploi de ce remède, de distinguer les objets d'un grand volume; cette faculté fut anéantie et le miroir devint le siège d'une opacité étendue, résultant d'incrustations de sous-carbonate de plomb. — M. Deval (!) se rappelant un fait où l'usage de la pommade à l'oxyde rouge de mercure lui avait réussi dans une circonstance analogue , prescrivit : Ox. rouge de nierc. 10 centig. , axonge 4 grammes; laud. liq. Syd. 10 gouttes (2). T. W.].
Une solution de 10 grains de nitrate d'argent par once d'eau distillée, appliquée chaque jour sur ces sortes de déwôt de plomb, les fait quelquefois complètement disparaître dans les points où l'ulcère n'a pas été profond.
J'ai réussi dans un cas à enlever en une écaille le plomb qui avait élé déposé sur la cornée; mais il est ordinairement tellement incorporé avec la cicatrice, qu'on ne peut le détacher.
[(I) Annales (rOculislique, l. ôi, p. 181.]
[(2) Onaurail lorl niianmoins de s'exagérer rimportaiice de celte incruslalioii saturnine. En 'i'igique, où lacélalc iieuire de plomb en poudre est jourucllemenl appliqué, et avec un Irès ^iMmlsiiecès,sur les granulalionsconjonclivalcs qu'elles font quelquefois proniplcuicul résorber, ' ' ili' iiicriislalion se présente rarenieni, cl lorsqu elle se nianifesle,clle in(|uièlc peu le prnlieien. ' ' 'il esl si vrai que M. Buys, l'inventeur de ce mode de Irailemenl, ne trouve pas, dans l'exis- ' iiied uleérations cornéennes, de conire-indiealion ù son emploi. Bien plus, nous l'avons vu el i">iis le voyons tous les jours appliquer la poudre de sel ploinbique sur la surface même des iilteres (le la cornée, albi d'en lii\ter la guérison. Si des laelies d'iiierustation se manifeslenl, eues ne tiennent pus longtemps, el l'on en accélère beaucoup la disparition par les inslillulions 'I lui collyre formé d'acide acétique étendu d'eau. T. W.]
344 MALADIES DE LA CONJONCTIVE
L'inflaininalioii (jui succède aux lésions diverses que nous venons d'examiner dans celle scclion, ne varie pas seulenienl sous le rappon de rinlensilé, elle esl de plus Irès loin d'oiïrir toujours un caraclère unilorme. Lorsqu'elle resle bornée à la conjonclive, elle esl lanlol |)uromuqueusc, lanlôl éruplive. Néanmoins, elle allaque fréquemnienl les tissus propres du globe de l'œil , lels que la cornée, la sclérolique ou l'iris. Le repos et le régime anliphlogislique doivent nalurellemenl être prescrits dans toutes les blessures de l'œil. Les lopicjues à mettre en usage seront indiqués par les symptômes spéciaux qui seront survenus; les moyens internes eux-mêmes ne doivent point avoir ce caractère d'uniformité qu'on apporte d'ordinaire dans le traitement de l'inflammation , lorsqu'elle se développe sur d'autres parties du corps moins compliquées. Nous expliquerons plus complètement ce point de doctrine au chapitre intitulé : Ophthalmies Iraumaiiques.
Dans presque toutes les lésions dont nous venons de parler, on doit \ appliquer à l'extérieur l'extrait de belladone, non pas tant pour dilater r, la pupille, qu'aûn d'exercer une action calmante sur les branches du t. nerf de la cinquième paire, action qu'il possède à un degré très marqué. .|
Avant de quitter ce sujet, il est bon d'indiquer qu'on voit assez t fréquemment les effets immédiats de la plupart des lésions dont nous s venons de parler, se guérir, puis être suivies, au bout d'un intervalle de ? quelques semaines, d'inflammations internes très graves de l'œil et » occupant la cornée, l'iris et même la réline (1). i
SECTION V
ECCHYMOSE SOUS-CONJONCTIVALE.
Fig. Dalrymple, pl. VU, fig. 1.
L'extravasation du sang dans le lissu cellulaire sous-conjonclival I s'opère à la suite de causes diverses, telles que des coups sur l'œd et i les paupières, des coups de feu ou d'autres blessures à la tèle ou a la % face, des quintes de toux, des accès d'épilepsie, etc. J'ai vu un coup " léger sur le front amener une ecchymose au-dessous de la conjonctive dans les deux yeux. Dans certains cas, on ne trouve aucune cause qui puisse expliquer pourquoi les capillaires se sont déchirés ; car certaines personnes trouvent quelquefois le matin, en s'éveillant, leur conjonctive f d'une couleur rouge foncée, sans qu'elles éprouvent la moindre dou- ■ leur, et sans qu'elles se rappellent rien qui ait pu produire ce résultai. Les vaisseaux qui se sont rompus continuent quelquclois a laisser i échapper du sang au-dessous de la conjonctive pendant plusieurs jours :
[(1) Voir sur les brûlures de l'œil : Annales d'OculisUquc, l. IV, p. 88, l. X, p. 2ai, l- XIN , p. 155.]
PHLEGMON SOUS-CONJONCTIVAL. 545
OU plusieurs semaines, de sorlc que tout le tissu cellulaire sous-eoiijonctival est injecté et que la conjonctive se trouve soulevée par un sanii' noir et coagulé. On voit quchiuelois, en pareille circonstance, l'iris revêtir une teinte verdàtre, Lecchyniose sous-eonjonclivale a quelqueCois été observée dans le choléra asiatique. Elle survient dans le purpura et le scorbut ; on voit même quelquelois dans ces alleclions survenir des liéniorrbagies de la conjonctive.
Dans les cas ordinaires, le sang cxtravasése résorbe graduellement; la conjonctive devient jaune d abord, j)uis re|)ren(l son aspect normal. Un collyre légèrement astringent constitue tout le traitement à employer.
SECTION VI
EMPHYSÈME SOUS-CONJONCTIVAL.
Nous avons déjà expliqué (p. 24.4.), comment, dans les cas de fracture des parois des cavités nasales, les paupières sont sujettes à devenir emphysémateuses, par suite du passage de l'air qui de la narine se porte à travers les os fracturés dans leur tissu cellulaire. A la suite de lésions semblables s'élendant du nez à l'orbite, on voit quelquefois le tissu cellulaire qui unit la conjonctive aux parties environnantes, se laisser distendre par l'air.
Si le gonflement produit par l'air épanché est porté au point d'occasionner de la douleur ou d'empêcher les mouvements de l'œil ou des paupières, on ponctionnera de temps en temps la conjonctive jusqu'à la consolidation présumée de la fracture, afin de permettre à l'air de s'échapper. Le malade doit éviter de se moucher fortement, car cet acte est sujet à provoquer cet emphysème, ainsi que celui des paupières.
SECTION VII
PHLEGMON SOUS-CONJONCTIVAL.
Fig. Siebel, pl. V, Dg. l, 5 et (i.
Le tissu cellulaire sous-conjonctival devient quelquefois le siège d'une inflammation phlegmoneuse. La portion de la conjonctive alTeclée est très épaissie, injectée de vaisseaux rouges, et présente, au bout de quelques jours, une saillie du volume de la moitié d'un pois, et qui va rarement jusqu'à la suppuration. Cette alfection se distingue facilemeni de toutes les ophthalmies.
J'ai vu, dans un cas, des acerdents semblables à ceux du phlegmon conjonctival précéder une attaque d'iritis syphiliti(iue. Dans un autre,
346 MALADIES Dlî LA CONJONCTIVE.
j'ai VU la conjonclivc s'épaissir et s'ciiflaminep de la même façon, en même temps qu'il existait une éruption syphilitique; j'ai vu plusieurs ^ l'ois les niènies symptômes se développer au-devant de portions amincies de la sclérotique, dans lesquelles la choroïde faisait saillie. Dans tous ces cas, les symptômes cédèrent à l'action du mercure. On aurait fj pu facilement les confondre avec le phlegmon ; mais on les distinguerait i facilement d'avec les chancres syphilitiques delà conjonctive.
On devrait croire que les lésions traumatiques légères senties causes * les plus probables du phlegmon sous-conjonctival ; mais ici comme dans la plupart des autres régions du corps, cette aifeclion survient le plus souvent sans cause évidente.
Il est rare qu'il faille tirer du sang dans celte maladie. On purgera le malade, on lui fera appliquer des fomentations chaudes sur l'œil, et i si de la suppuration se forme, on lui donnera issue avec la lancette.
SECTION VIIL
OEDÈME SOeS-CONJONCTlVAL.
L'œdème sous-conjonctival s'observe quelquefois sous l'aspect de petites tumeurs, surtout au côté temporal du globe de l'œil; il donne la sensation de la présence d'un corps étranger dans l'œil : ce symptôme rend cet état très fatigant pour le malade. Ces petites tumeurs œdémateuses disparaissent ordinairement sous l'action des stimulants, tels qu'une solution de nitrate d'argent ou le vin d'opium. Si ce traitement ne réussit pas, on retranche d'un coup de ciseaux la petite tumeur œdémateuse. La plaie se guérit en quelques jours, et la maladie n'est point sujette à récidiver. Quelquefois le petit pli œdémateux dégénère en une substance dure et comme cartilagineuse; ce qui en rend l'ablation encore plus nécessaire.
Chez les vieillards d'une constitution relâchée, l'œdème de la conjonctive est quelquefois beaucoup plus étendu. Je l'ai vu survenir chez une femme âgée, à la suite d'un excès de punch au rhum, et durer plusieurs mois. Je l'ai souvent observé accompagné d'une saillie anormale des globes oculaires, comme s'ils avaient été poussés en avant par un gonflement du tissu cellulaire de l'orbite, ou par un épanchement dans la capsule oculaire. J'ai vu aussi l'œdème sous-conjonctival accompagner l'hémicrànie et la névralgie circum-orbitraire.
Dans ces derniers cas, les malades se sont bien trouvés de la saignée, du calomel avec l'opium, et delà salsepareille. Des sangsues autour des yeux, des purgatifs mercuriels, la pommade au précipite rouge appliquée sur l'œil, et un genre de vie tempéré, ont été utiles dans quelques-uns des autres cas.