‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource] (volume 3)Chapitre 71 sur 144 · RELACHEMENT DE LA CONJONCTIVE · texte numérisé non relu

RELACHEMENT DE LA CONJONCTIVE

M. Middlemore a décrit sous ce nom une affection constituée par un l elàchement morbide des moyens d'union de la conjonctive avec la sclérotique, dans laquelle la première de ces deux membranes se meut si librement sur l'autre, qu'elle forme del'plis visibles pendant les mouvements ordinaires de l'œil, surtout à la'circonférence de la cornée.

Cet état peut être si léger qu'on l'aperçoit à peine, ou poussé au point de déterminer une difformité choquante, de gêner même les mouvements de l'œil, et, ce qui est encore plus grave, d'exposer cet organe à contracter des inflammations sous l'influence des moindres causes. Il se montre rarement chez les jeunes sujets, si ce n'est chez ceux qui ont été atteints d'affections inflammatoires des tuniques externes de l'œil ; l'œdème et le chémosis qui surviennent parfois en pareil cas sont des causes qui, en amenant la distension du tissu sousconjonclival, provoquent le relâchement de la conjonctive.

Traitement. — Il doit être général et local. Le traitement général chez les personnes âgées ou chez celles d'une constitution affaiblie, consiste dans l'administration des toniques et des stimulants ; et le Irailement local, dans l'application des astringents eldes excitants. Suivant M. Middlemore, l'affection peut être poussée au point de nécessiter l'intervention de la chirurgie. On peut être obligé d'enlever avec les ciseaux courbes sur le plat les portions surabondantes de la memlii ane ; la direction à donner à l'incision serait indiquée par l'étendue (le la portion de muqueuse à enlever. T. W.]

[(1) MiDDi.KMnRE, Tiviilisc on llie Diseases of Ihc Eyc, rlc, I. I, p. 421-22. London, 183j.]

MALADIES DE LA CONJONCTIVE

SECTION X

PTÉRYGION.

IlTEpiiYtov, (if UTepôv, aile. Syn. — Unguis, Cdms. Web des anciens chirurgiens anglais. \

Onglet, Fr. Bas F lugcifell, Gcr.

Fig. Wardrop, pl. 111, flg. 2 etS. Bcer, vol. Il, pl. IV, Hg i elK.Von Ammon, Tlil. l,tab. I, ng.12, 13 du. Dulrymplc, pl. 111, flg. 2. [Sicliel, pl. XXVI, Og. 1, 2, 3, 4.]

On donne le nom de plérygion à une maladie qui consiste principalement dans lepaississement d'une portion de la conjonctive oculaire qui devient saillante; celte portion revêt la forme d'un triangle ayant sa base tournée ordinairement vers la caroncule lacrymale, el son sommet, qui est blanc et opaque, vers la circonférence de la cornée, jusqu'au centre de laquelle on le voit quelquefois s'avancer. Dans certains cas, la base du ptérygion est dirigée vers l'angle temporal; dans certains autres, enfin, il existe un ptérygion de chaque côté de l'œil.

Bien que le ptérygion n'affecte le plus souvent que la conjonctive, on aperçoit, dans certains cas, qu'une partie du mal est évidemment située au-dessous de cette membrane. Cette portion profondément située a un aspect brillant, tendineux, surtout vers le sommet du triangle; elle appartient probablement à la tunique tendineuse.

La fig. 48 représente la forme que revêt généralement le ptérygion.

Quelquefois néanmoins les bords supérieur et inférieur de la portion de conjonctive épaissie ne sont pas droits, mais décrivenl une courbe dont la concavité regarde du côté des sinus de la conjonctive ; et, bien que le sommet du ptérygion soit ordinairement étroit, la portion qui s'avance sur la cornée est parfois assez large.

Une variété de ptérygion est demi-transparente, et parsemée de petits vaisseaux sanguins formant une mince couche. C'est le pterygiiim tenue. Une autre variété offre, pour la dimension et larrangement des vaisseaux, presque tout à fait l'aspect d'un muscle mince. C esl \e inerijgium crassum (1). A quelque variété qu'il appartienne , le ptérygion peut être saisi facilement avec une pince, sans que le malade accuse de douleur, et soulevé, non-seulement de dessus la sclérotique, mais même de dessus la cornée. Cela

H\) Cunier el M. Pélreqnin, et avec eux M. Desmarres, en a.lmeltent i variélés : 1° dan l.^^l le tissu cellulaire sous-conjonctival est plus ou mois épa>ss. ; 2; le ^»^^'!!^"-^^ U t n"3e par le développement des vaisseaux de la base au sommet du pleryg.on ; 1 cV fl' . q„ Suie une vascularisalion encore plus prononcée e. „ lo i graisseux, qui n'apparaît qu'après une longue ex.slencc du pleryg.on charnu. U qu. est qu'une Iransformation. T. W.]

l'ig. 48.

PTÉRYGION.

sf fail plus aisément lorsque le malade dirige l'œil vers le côlé où le |)lérygion prend naissance. Le i)lérygion acquiert quelquefois une i^rande épaisseur, il devient charnu, sa surface est rugueuse, et il ressendjle un peu à une tumeur carcinomateuse. Si celte espèce de ptéi vgion se développe, comme je l'ai vu, à l'angle nasal de chaque œil, i cla écarte toute idée de malignité. Cet aspect que prend le ptérygion est le résultat de l'ophlbalinie catarrhale chronique survenant chez un individu atteint de ptérygion ordinaire, et dont la maladie a été complélement négligée ou mal traitée.

Le ptérygion parcourt quelquefois presque toutes ses périodes nonseulement sans occasionner de douleur, mais même sans provoquer lo moindre sentiment de géne dans l'œil ; de sorte que le malade peut ne s'apercevoir de son alTeclion que lorsqu'une autre personne l'en avertit, ou lorsqu'il vient à regarder ses yeux dans un miroir, ou hien onlin lorsque l'aireclion, s'avançant jusque sur un point de la cornée qui correspond à la pupille, la vision s'en trouve gênée.

Le grand nomhre de ptérygions qui ont leur hase tournée vers l'angle nasal de l'œil, comparé au petit nomhre de ceux qui se développent sur un autre point quelconque de sa circonférence, nous amène tout naturellement à penser que cette affection consiste dans une élongation du repli semi-lunaire de la conjonctive et qu'elle tire son origine de la caroncule lacrymale; de plus, quand on examine avec soin un ptérygion développé au côté nasal de l'œil, on reconnaît que la membane semi-lunaire est évidemment comprise dans la maladie. Mais l'on voit quelquefois le ptérygion se développer au côté temporal de l'œil, à sa partie supérieure, ou à sa partie inférieure, ce qui suffît pour démontrer que cette affection n'est pas toujours constituée par une prolongation de la membrane semi-lunaire.

Beer n'a rencontré que deux fois un ptérygion de chaque côlé de Fœil. Dans ces deux cas, les ptérygions se rencontraient au centre de la cornée, et les malades se trouvaient presque complètement privés (le la vue. Dans un autre cas, Beer a vu trois ptérygions sur le même œil. M. Wardrop a observé un malade qui avait deux ptérygions sur chacun de ses yeux.

Schmidt (1) a décrit et figuré un ptérygion extraordinaire qui présentait dans sa structure une telle ressemblance avec un muscle, qu'on aurait pu croire qu'il s'agissait d'un vice de situation du muscle droit supérieur de l'œil. Il prenait son origine derrière la paupière supélieure, contournait la partie supérieure du globe de l'œil, et venait •A^jiucr la circonférence de la cornée, offrant tout à ûùt l'aspect d'une '•miche de fibres musculaii'es. Vers la circonférence de la cornée, il s'épaississait, devenait presque tendineux, et en face de la pupille,

(1) Opl'llmlmologiscl.cBibliolhckvonlIiMLYUiidSciiMiDT.vol. Il, p. îi?. Jcna J80r>.

550 MALADIES DK LA CONJONCTIVE

entrecroisait ses fibres avec celles de la cornée, exactement comme les muscles droits font des leurs avec la scléroti((ue. Ce ptérygion fut opéré avec succès (1).

M. Travers (2) a présenté deux cas de ptérygion qui tous deux siégeaient à la partie su|)érieure de l'œil. L'un était mendn-aneux et iranspai'cnt, l'autre charnu. La personne chez qui il observa ce dernier était une lemine âgée de 21 ans, qui avait souffert de fréquentes attaques d'ophlbalmie:dans l'une d'elles, la cornée avait cédé, et l'iris vers son bord ciliaire s'était porté au dehors. Il était ensuite survenu un ptérygion dont la liasc occupait tout le dessous de la paupière supérieure: sa l'orme était triangulaire; il s'étendait jusqu'au bord inférieur de la cornée, était sarcomateux, épais d'une ligne, et formait un pli quand l'œil se dirigeait en haut. On en obtint la guérison complète en l'incisant vers sa base et en le détachant. La malade récupéra la vue, et finalement il ne resta aucune trace de la maladie.

Les ptérygions sarcomateux, comme ceux que mentionnent Schmidt et Travers, ressemblent assez au symblépharon. On a, du reste, quelquefois opéré cette dernière affection comme s'il se fût agi d'un simple ptérygion. L'histoire de la maladie, cependant, et l'aspect de l'œil permettront au chirurgien de distinguer facilement ces deux afreclions. Dans lesymblépharon, on peut souvent passer une sonde derrière le pli que forme la conjonctive épaissie; cela ne se peut jamais dans le ptérygion. Si ce que l'on prend pour un ptérygion présente non-seulement l'aspect sarcomateux, mais est, de plus, le siège d'une douleur plus intense que de raison, on peut croire à l'existence d'une affection

maligne (5). ,

Causes.— Beevcnlu\iie fortement l'opinion qu ont beaucoup dau- leurs que le ptérygion doit être considéré comme une conséquence de r l'ophthalmie. Il admet qu'à la suite des ophlhalmies longues ou négligées, ou de celles qui ont été traitées par de nombreuses applications émollienles, la conjonctive oculaire reste dans un grand état de axite, de sorte qu'cà chaque mouvement de l'œil elle forme des pl.s nombreux; mais il affirme que ces cas ne se terminent jamais par la forinalion

d'un ptérygion. i i i ■

J'ai rencontré plusieurs cas de ptérygion compliques d ophlhalmic catarrhale chronique, et je suis disposé à croire que celle dernière affection avait été la cause de la première. J a. vu aussi le pter)|,ion produit par l'ophthalmie scrofuleuse. J'ai rencontre un Pl^'j'yf.'^" f côté interne de chaque œil sur une personne qui avait habite longtemps les Indes occidentales, et qui était alteinte d clephanllasl^. J ai

(1) [Voir une obscM-valion analogue de R. M.DDLEMOnE. A Trea.isc of U.c Discases of.he Eyc

an.l ils Appcndages, L\ p. 379 'f-^fj^ . 434. London, 1820.

(2) Synopsis oj-lhe Diseases ol llic Eyi',pl. \ I, l'b; a >i 4, P; ' cancer, p»'' 3 Voyez un cas de tumeur ressemblant à un pleryg>on, cl se «■y»'^

Brow«e. Dublin Quarterly Journal of Médical Science, tebruary 18.1, p. 220.

PTÉllYGION. 00 1

observé le même l'ail de l'exislence d'un pléi-ygion i\ l'angle interne de chaque («il sur deux personnes revenant des Antilles. Un grain de poudre (|ui était, resté plusieurs années s(»us la eonjonetivo a iini par amener un ptérygion dans un eas (pu- j'ai \u. Lue plaie intéressant le bord libre de la paupière supérieure et la conjonetive, des brûlures de celle membrane et de la circonlérenee de la cornée, occasionnées par la j)rojection dans l'œil de Ter en fusion, ont, à ma connaissance, déterminé la production de celte aHeclion. Le ptérygion, en pareil cas, est très coriace et adhère plus l'orlemenl que d'ordinaire à la cornée et à la scléroli(|ue. Souvent il est impossible de découvrir à la maladie aucune cause aj)préciable. Quoi qu'il en soil, un lait dont je suis certain, c'est que souvent celte maladie commence tout contre le bord de la cornée, pai- la formation de ce qui doit plus tard être son sommet, et cela avant qu'on puisse reconnaîli'e aucun épaississemenl, aucune vascularisalion anormale de la conjonctive.

Beer (J) était arrivé à cette conclusion, que le ptérygion doit le plus souvent son origine à l'action de la chaux et de la poussière des pierres sur la conjonctive, le plus grand nombre des individus atteints de celte "alleclion, traités par lui, appartenant à la classe des journaliers, fré- (piemment exposés à l'influence de la cause que nous venons d'indiquer. M. Lawrence (2) a surtout rencontré le ptérygion chez des personnes ayant habité longtemps les climats chauds , ce qui s'accorde avec mon expérience personnelle. «Le ptérygion y est si commun, dit le docteur Heineken (5), en parlant de Madère, qu'il y mérite presque l'épithèle (Y endémique. En appréciant approximativement les choses, je crois qu'on peut dire qu'un dixième des paysans et des bateliers de celte ile en >onl atteints à un degré plus ou moins prononcé ; et, bien qu'aucun d'eux 110 se fasse opérer et que le mal empiète souvent beaucoup sur la cornée, je n'ai jamais vu un cas de cécité produit par celte cause, ni entendu (lire que quelqu'un en eût rencontré. La cause de la fréquence de cette afTection, chez celle classe d'hommes, pourrait bien dépendre de ce qu'ils s'exposent constamment aux rayons du soleil le plus ardent, en n'ayant sur la tète qu'un petit chapeau de drap (carapuca) qui n'omlirage et ne protège en rien leurs yeux (4).

[Anatomie pathologique. — L'anatomie pathologique du ptérygion < sl toute à faire ; on n'est d'accord ni sur la nature de l'altération, ni sur le siège précis qu'elle occupe. Suivant Scarpa Qï), il consisterait en iiii amas de vaisseaux variqueux, placé sur la conjonctive cl qui dégé-

(1) Lclirp von den Aiifienkrankliciteii, vol. Il, p. Gô8. VVien, 1817.

(2) Trcatise on ilie Discases of tlie Eyc, p. ÔGri. London, 1853.

(3) Médical Repository, vol. XXll, p. lli. London, 1821.

1,,. i yo-r""",LV"""'"'' ''"P'^''yg'on:C.iMEn,sur la naluro du plcpyçion ; Buliclin médical \n,mùl m 1- ■ •'""'^.'J'J'^- «««''«'•elles d'anatoniie pall.oloKi<iue sur la nalure du ptérygion , •innnles d Oculislique, 1. 1, p. iOy.] • ni i ^feiun,

[(y) ScAim. Trailédes maladies des yeux. Trad. de LÉviiiLiiict Roonetta, p. 184.]

552 MALADIES DE LA CONJONCTIVE

nèrcrail en une membrane opaque el épaisse. 11 ne s'agit point d une pi'oduclion nouvelle , mais de la conversion d une meinlirane fine et i transparente en une autre opaque , épaisse et colorée en rouge. Selon Wardrop (1), « tantôt la membrane colluleuse i)articii)e à la maladie, tantôt elle n'y participe point. » M. Middieinore (2) dit que la maladie appelée pléryrjion se développe toujours dans le tissu cellulaire sou&conjonctivalVelle est bornée en avant par la conjonctive et en arrière par' la sclérotique. Rognetta (5) prétend que la maladie est due à la vascularisalion et au développement morbide de l'expansion aponévrotique de l'un des muscles droits; aussi rejetle-t-il tout à fait cette affection du cadre des maladies de la conjonctive. Voici ce qu'en dit i M. Desmarres (/i-) : « Le ptérygion membraneux paraît consister dans l'épaississement du tissu cellulaire sous-muqueux et dans la vascularisation et le développement morbide de l'expansion aponévrolique de l'un des muscles droits ; mais une recherche plus précise sur sa véritable nature est assurément à faire. » Enfin, M. Charles Robin (S), . dans la nouvelle édition du Dictionnaire de Nysten, définit cette mala- die : « une hypertrophie partielle cellulo-vasculaire et fibro-plastique de r la conjonctive oculaire. »

Nous avons eu l'occasion d'examiner au microscope quatre pteryeions, l'un appartenant au genre appelé «zemftmweMx et les trois autres au genre craM. Nous les avons trouvés tous quatre formes purement i et simplement des éléments ordinaires de la conjonctive et de son tissu cellulaire sous-jacent. Ces éléments composés de la couche epitbeliale, du derme ou chorion muqueux , de vaisseaux sanguins et des fibres propres au tissu cellulaire , n'avaient subi aucune espèce dalteralioD apparente et n'étaient mélangés d'aucun élément particulier ; il n existait surtout aucun des éléments du tissu fibro-plastique. Si donc 1 on i pouvait tirer une conclusion d'un aussi petit nombre de faits, on devrait croire à une hypertrophie simple. T. W.]

Pronostic. - Le ptérygion disparaît rarement spontanément. La » durée de sa cure est extrêmement variable, car elle dépend de ce que . malade se décide plus ou moins promptement a subir 1 opération, de la façon dont celle-ci aura été exécutée, de ce que l'on aura on non une portion du mal, ou enfin de ce que l'on se sera contente d en p bjer . alternativement des scarifications et des applications f^^^^^^ iusnu'à ce que le ptérygion ait disparu à la suite d un long tun ail qui . S changé sa structure organique. Si la cornée a été rendue opaque . par la présence d'un ptérygion, elle peut être longtemps avant de seclaircir, ou même ne jamais reprendre sa transparence.

[(1) WAnnnoi'. On tiio Morbiil Analomy of llic Eye, p. 27 ] [(2) MiDDLEMORi;, locooil., t. I, p. 374.] , tS'^O n 1

[(3) Rognetta. Cours d'ophllmlmologie. Pan*. Labé, 18o9, p. 102.] [(4) Loco cil., l. II, P- 162.] [(5) Au mol Ptérygion, p. 1034.]

PTÉRYGION.

M. Raloigh (I) rapporte un cas dans lequel un plérygion épais, qui occupait le côté nasal de l'œil et empiétait d'environ une ligne sur la cornée, disparut conipléleinent par absorption à la suite d'une opération de calaraetc par exlraelion, dans hKpielle la section |)orta sur le côté temporal de la cornée.

[Nous croyons devoir dire quelques mots du i)ronostic du pléi-ygion, dont la gravité n'a peut-être pas loujoui's été sullisamment a|)pi'éciée par tout le monde. M. Middlemore {"2), un des j)remiers, a insisté sur ce point. Suivant lui, quand un ptéiygion charnu a atteint le centre de la cornée, si on l'y laisse séjourner longtemps sans l'enlever, son extrémité, qui était pointue, devient très obtuse et peut obscurcir tout l'espace qui cori'cspond à la pupille. Il ne s'avance pas directement en travers de la pupille et d'une façon continue ; mais, dès qu'il est arrivé vers le centre de la cornée, ses bords latéraux envoient des expansions qui peuvent cacher et obscurcir la presque totalité de la cornée. Celte membrane demeure alors opaque pour toujours et ne laisse plus passer la lumière. C'est un motif qui, suivant ce chirurgien, doit engagera opérer promptement. M. Desmarres (5) croit aussi à la gravité du ptérygion arrivé sur la cornée ; « surtout lorsque la base du ptérygion est très large et qu'elle s'est largement développée au-dessus et audessous de la membrane semi-lunaire, le pronostic est mauvais, dit-il. J'ai vu des cas semblables de ptérygion, bien opérés, récidiver plusieurs l'ois, et une bride très forte, organisée à la place de l'onglet, produire un empêchement sérieux au libre exercice des muscles de l'œil et une diplopie fort gênante. Plusieurs fois, ce résultat s'est présenté dans ma pratique, et je l'ai vu dans celle des autres. » T. W.]

Traitement. — J'ai retiré des avantages de la solution de nitrate d'argent dans le ptérygion , même quand l'aflection était presque à l'état de ce que l'on a appelé pterygium crassum : il en a surtout été ainsi quand il était accompagné de conjonctivite catarrhale. J'ai obtenu quelques cures par ce moyen, ainsi qu'avec le vin d'opium.

[M. Decondé, ayant observé les résultats qu'on obtient par l'application de l'acétate de plomb en poudre fine sur la membrane clignotante, si fortement tuméfiée et étendue dans quelques cas d'ophlhalmie 'de l'armée, a pensé que ce sel pourrait être efficace dans le traitement du ptérygion. Il réussit pleinement dans les applications qu'il en fit, ^ comme on le verra par l'observation suivante (4) :

Oh. 218. — Le 17 février 1832, le nommé Dupriez, soldai au 6< de ligne, est en iraitemenl a l'iiopilal de Mons pour diverses lésions de l'œil qui ont amené la cécité. Le

ul '^■'""^"clionsof llie iModical and Pl.ysical Socicly of Calciitia, vol. IV, p. 5;i7. Calculla, 1829. r/Ti n Tri'atise on liic Uiscases of tlie Eyc, etc., p. 37!), 80, 81.]

3 DESMvnnKs. ïrailc .les maladies des yeux, t. II, p". 1C5, 2e é.lii. Paris, 18;i;).]

ôS/t MALADIES DR LA CONJONCTIVE.

nialiulc csl en môme temps iiorleur d'un ptérygion meml)nineiix et vasculuire à l'angle , interne de l'œil gauclie; l'extrémité de l'onglel s'étend sur la cornée à une ligne de sa (j circonférence. M. Decondé applique sur toute l'étendue du plcrygion une couciie d'acétate plombiquc, l'y laisse pendant quelques secondes, puis enlève le sel au moyen d'un pinceau imbibé d'eau. - Même opération les 18, 19, 23 et 27 février. - Le l"' mars, le retrait du ptérygion est tellement considérable, qu'il n'en reste plus qu'une sorte de papule séparée d'une ligne de la cornée; la base du ptérygion est complètement effacée, de même que son onglet ou pointe cornéale. — Nouvelle application. — Le (5 le ptérygion a complètement disparu et la vue s'est en même temps remar(iuablemenl améliorée.

M. Decondé cito dans le même mémoire onze aiilrcs cas où l'emploi i de lacélate de plomb neutre lui a pleinement réussi dans les diverses ^ variétés du ptérygion. T. W.]

Lorsque ces moyens auront échoué, quand il s'agira d'un pleryçjhm tenue, n'arrivant pas encore jusqu'à la cornée, il suffira souvent de saisir le ptérygion avec des pinces et d'en retrancher une portion d'un coup de ciseaux. On le verra alors se contracter et disparaître. On peut l en même temps toucher, chaque jour, la partie avec la teinture vineuse d'opium, ou la pommade au précipité rouge.

Quant à ce qui regarde le pterygium crassum, on s'accorde généralement à penser que le mieux est de l'eidever immédiatement par une opération. Si le malade refuse de s'y soumettre, on peut essayer de pratiquer sur le ptérygion deux ou trois scarifications verticales et de le toucher alors tous les jours avec le vin d'opium. Il est cependant plus que probable que le malade s'ennuiera bientôt d'un trailement i: aussi long. Il y a de plus à craindre qu'au lieu de disparaître sous sod influence, le ptérygion n'acquière plus d'épaisseur et d'étendue.

M. Wardrop (1) décrit sous le nom de ptérygion charnu, un cas* qui doit avoir été le ptérygion commun triangulaire , traité mal à propos à l'aide de scarifications répétées, lesquelles, au lieu d'amener sa disparition, le firent s'accroître plus rapidement; de sorte qu'à la fin il faisait saillie entre les paupières et avait envahi la membrane semi-lunaire et la caroncule lacrymale.

Lorsqu'on juge devoir procéder à l'extirpation d'un ptérygion, voici ii comment il faut s'y prendre : Le malade étant étendu sur une table • et couché sur le dos, un aide maintient les deux paupières en les écartant de façon à dégager complètement l'œil. Le malade doit regarder r en dehors ou en dedans, suivant le côté occupé par le ptérygion , et i afin de le tendre. L'opérateur, à l'aide d'une pince à dents, saisit le ptérygion vers sa partie moyenne, l'écarté de la sclérotique et enlève ^ avec des ciseaux courbes le pli ainsi formé. Il saisit alors et reIran- che de la même façon les portions du ptérygion qui peuvent avoir échappé. M. Lawrence transperce le ptérygion avec un couteau et le

(1) Morbid Anatomy of Ihc Iluman Eyc, vol. I, p. lo3. London,

PTÉnVGION.

tlolachc jusqu'au niveau du bord de la cornée. Le lendemain, toute la surlace de la plaie est superficiellement enllammée et suppure. La cicaiiisation suit rapidement, et la guérison est ordinairement complète au bout de douze à quatorze jours.

L'opération donne fréquemment lieu à la formation de brides entre les paupières, surtout l'inférieure, et le globe de Tœil. Ces brides gênent les mouvements de l'œil et occasionnent une sensation de tiraillement beaucoup plus désagréable que la gène produite pai- le ptérygion ; de s()rtc que, en définitive, je suis assez disposé à dissuader de l'opération. Dans tous les cas, l'extirpation ne doit pas être portée tro|) loin, du eôté des angles de l'œil (1).

[M. Desmarres, ayant remarqué les inconvénients immédiats ou eonséculifs iuliérenls à ces différentes opérations, a imaginé un procédé qu'il a appcUé par dcrivalion, et qui consiste à fixer, au moyen de la suture, dans une plaie faite à la conjonctive, le sommet du ptérygion préalablement disséqué et séparé de la cornée. Voici comment il décrit ce procédé (2) : — 1^'' temps. — Les paupières sont écartées avec des élévateurs pleins. Le ptérygion , saisi à quelques millimètres de la ( Dpnée, est un peu soulevé au moyen d'une pince à agrafe. Le chirurgien , armé d'un bistouri fin ou d'un couteau à cataracte , incise la muqueuse en haut et en bas sur les côtés du mal, depuis la cornée jusqu'à l'angle interne. Il dissèque ensuite le sommet sur la cornée, en recommandant à un aide de lancer de l'eau avec la seringue d'Anel, sur la plaie, pour entraîner le sang.

Le ptérygion est détaché ainsi partout, sauf dans le grand angle, el renversé sur sa base (fig. 49, C) — 'i" temps. — On pratique sur le bord inférieur de la plaie faite à la conjonctive, une incision isuivaut une direction parallèle à la circonférence de la cornée dans l'étendue de 6 à 8 millimètres.

Cette incision (B) longe la cornée en bas à 4 millimètres environ, et doit être assez large i)our que l'ex- Irémilé (C) du ptérygion, devenue libre par la dissection, puisse y ■'^^ l

' lie introduite. — O" temps. a, plaie dans laquelle clait le sommcl du pléry-

l<ic«K«o«„„- • r ' Il gioii. — B, plaie de la conjonctive destinée à

Les choses ainsi disposées, le lam- recevoir Ic ptérygion.- c, ptérygion renversé.

[(1) Voir sur ic ptérygion. Annales d'Oculistiqur, t. I, p. 467; t. Il, p. liiâ; t. I snpplémen- . vt',."^" '■ "' supplémentaire, p. 148; t. III, p. 257; t. XII, p. 223; l. XXV, p. 207;

l- AAVIII, p. 181.]

[(2) DKSMAnRES, loc. cit., t. Il, p. IG8.]

336 MALADlliS DE LA CONJONCTIVK.

beau formé par le plérygion est lixc dans rincision de la conjonctive par (iiiclqiics points de suture. Le pansement consiste en des fomentations froides sur l'œil.

M. Desmarres , après avoir vu tous les insuccès essuyés par les ^| diverses méthodes opératoires, recommande la conduite suivante :

Le ptérygion à base large doit être respecté le plus longtemps pos- ' sible, c'est-à-dire tant qu'il ne menace pas de couvrir la pupille. Si l'on : est forcé de l'enlever, on doit se borner à en disséquer la partie kéra- ■ tique autant de fois que cela est nécessaire, jusqu'à ce qu'une cicatrice solide l'arrête dans sa marche vers la pupille, ou appliquer le procédé ^tardérivaiion. Le ptérygion à base étroile peut être disséqué de la base ■ au sommet. T. W.]

SECTION XI

PINGUECULA.

Fig. Beer, vol. II, pl. IV. flg. G.

La petite tumeur qu'on appelle pmgfwecif/a, et quelquefois plenjfjium pingue, parait siéger en partie dans l'épaisseur de la conjonctive bulbaire et en partie dans le tissu cellulaire qui unit celte membrane à la sclérotique. Elle se présente le plus souvent sous la forme d'une petite élévation jaunâtre, bien limitée, située tout contre la cornée sur laquelle elle empiète rarement, et jamais au point de gêner la vision. Elle s'observe tantôt au côté nasal, tantôt au côté temporal de l'œil. Weller assure que cette petite tumeur ne renferme pas de graisse. Elle détermine rarement quelque gène; s'il en était autrement, ou la saisirait avec une pince à dents et on l'enlèverait d'un coup de ciseaux.

[Le pinguécula, qui varie d'ordinaire de la grosseur dun grain de chenevis à celle d'une lentille, peut prendre des proportions qui en nécessitent l'ablation, comme on le verra ci-après :

nh^ «iq — M D (1), demeurant rue de la RoquellP, 37, à Paris, alla consulter M Magne pour une tumeur qu'il portait à l'œil droit. Les paupières fermées présenta en l vers l'angle externe une saillie considérable qui ne genail cependant pa. rocclusi^^^^^^^^ palpébraux. Ceux-ci étant écartés, le globe oculaire iroin-m

a Jeun changement de l'état normal dans ses deux tiers internes ; mais a un centimètre l demi de rcornée, on reconnaissait l'origine d'une tumeur jaunâtre qui, so» evanl » conionctive, allait e cacher en arrière de la commissure externe. La naissance du iiojau , SrK ren o. lait à plusieurs années; depuis quelques mois seulement, le p.nguecu ^S iéSé de volume. Les mouvements du globe étaient singulièrement gênés, et ' ; i ex islaitde la diplopie. Les paupières écartées par un aide, la Sîïc une pince à griffes et enlevée d'un seul coup de bistouri boutonne. Elle nsMl le

[(I) .Magne. Annales (l"Oculislique, t. XXIX, p. 218.]

VERUL'ES DE LA CONJONCTIVE. 357

volume d'une très grosse noisette et était composée de lamelles épitiiéliales et de cornuscules pigmentaires. Traitée par l'éllier sulfurique, l'évaporation de l'étlier laissa sénarer une matière blanchâtre, fusible à une température de 35 ù 40 degrés centigrades, fe liquide oléagineux présentait sous le microscope les globules caractéristiques des matières grasses, et sa faible température de fusion doit le faire considérer comme de la margarine. La quantité ne dépassait pas deux milligrammes et ne constituait donc qu'une faible proportion du tissu examiné. T. W.]

SECTION XII

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