OBSTRUCTION DES POINTS ET DES CONDUITS LACRYMAUX
l'application de cataplasmes chauds ou de fomentations tièdes, leurperméabilité peut se rétablir en peu de jours, sans le secours d'aucun moyen mécanique; les larmes les traversent alors de nouveau et parviennent évidemment dans le sac, d'où on peut les faire ressortir par la pression.
M. Mackenzie a vu deux fois les sondes d'Anel, introduites à travers un canal lacrymal rétréci, guérir un stillicidium lacrymarum qui durait depuis plusieurs années. Si ce moyen échoue, il conseille d'inciser le canal et d'obliger les deux lèvres de l'incision à se cicatriser séparément, en introduisant chaque jour une sonde entre elles. Il a réussi, par ce moyen, dans un cas de rétrécissement dû à une brûlure. Il n'est pas nécessaire d'inciser le canal dans toute sa longueur : une incision de deux lignes environ suffit.
Parfois, les points lacrymaux sont tellement effacés qu'il est impossible de les découvrir, soit pour les dilater, soit pour y introduire les instruments destinés à la section des canaux. M. Slreatfeild est parvenu, dans un cas semblable, à se rendre maître de l'obstacle, de la façon décrite dans l'observation ci-après :
Obs. 50. — Oblitération du point lacrymal inférieur, son l'établissement par une nouvelle opération^). — Clirisliana Stevenson, âgéede!3 ans, est affectée de tinealarsi négligée, ayant déterminé la perte de presque tous les cils. Les bords palpébraux sont arrondis, et la peau, reluisante, se confond,, sans limites précises, avec la muqueuse, qui est très-rouge. Le point lacrymal inférieur est renversé en dehors; il faut le chercher dans la peau mince et tendue de la paupière, laquelle peau semble s'être portée en dedans au delà de ses limites naturelles. M.Strealfeild fendit le canal lacrymal inférieur gauche, quoiqu'il eût eu beaucoup de peine à trouver le point lacrymal elà y introduire une mince sonde cannelée; mais, à droite, il lui fut complètement impossible de découvrir la moindre trace du point lacrymal inférieur. Le docteur Bader, n'ayant pas été plus heureux, se décida à fendre le point lacrymal supérieur dans l'espoir de diminuer l'épiphora. En injectant de l'eau, avec la seringue d'Anel, parle point lacrymal supérieur, aucune portion n'en ressortait par le point inférieur. Désirant rétablir le cours des larmes par le point lacrymal inférieur, l'auteur pensa que l'analomic indique que l'on peut, parle canal supérieur (ici le point lacrymal supérieur avait déjà été fendu) faire parvenir une sonde dans le canal inférieur. En conséquence, il choisit une des sondes de M. Bowman (n° 1), en recourba la portion la plus mince, qu'il introduisit dans le canal lacrymal supérieur, et la poussa en dedans jusqu'à ce qu'il fût sûr qu'elle avait pénétré dans le sac lacrymal. Il éleva alors le manche de l'instrument jusqu'au niveau de la tempe, et essaya par ce mouvement d'élévation de faire pénétrer la pointe dans l'ouverture interne du canal inférieur ; ce à quoi il réussit sans beaucoup de difficulté. Il put sentir distinctement la pointe de l'instrument à travers la conjonctive, mais ne put d'abord le faire sortir par le point inférieur. Il pensa alors à inciser sur la pointe; mais, en portant le manche de l'instrument plus fortement vers la racine du nez, et en agissant un peu avec le doigt sur la peau de la paupière inférieure, il vil saillir celle pointe au dehors au niveau du point lacrymal, et la pression du doigl fit complètement émerger l'instrument. Il fendit alors le canal lacrymal et retira la sonde.
L'état de la malade s'améliora rapidement, et l'écoulement des larmes est parfait. Le o novembre, 13 joursaprès l'opération, l'état des paupières s'était beaucoup amendé. L'aulcur essaya d'introduire son instrument, comme lors du jour de l'opération, afin de bien s'assurer quelle serait la meilleure manière de procéder à l'avenir dans des cas sem-
(1) Streatfeild. Ophlh. Hosp. Rcp. 1859-1860. Vol. II, p. 4.
MALADIES DES ORGANES EXCRÉTEURS DES LARMES
biables. Mais il fut lout surpris de ne pouvoir réussir; ce qu'il attribue avec raison au clignement continuel que la malade ne pouvait empêcher. Lorsqu'il l'eut chloroformée comme la première fois, il réussit sans difficulté. Il a reconnu qu'en traversant le canal supérieur, il vaut mieux presser la convexité de la courbure en haut; au contraire, pour franchir le canal inférieur, il est préférable de la presser en bas : on évite ainsi probablement d'accrocher l'extrémité libre de l'instrument. Voici, du reste, comment il procéda : L'instrument introduit par le point lacrymal supérieur fut poussé en dedans jusqu'à ce qu'il vînt heurter contre l'os; il le retira alors un peu en dehors, puis la pointe fut dirigée en bas et en haut, et enfin toutà fait en dehors.
L'auteur a exécuté aussi avec succès la manœuvre inverse, c'est-àdire introduit son stylet par le point lacrymal inférieur pour le faire sortir par le supérieur.
SECTION XII
OCCLUSION DU CANAL NASAL, (p. 420.)
Souvent l'obstacle au cours des larmes et les divers accidents ou inconvénients qui en sont la conséquence, sont causés par le rétrécissement de différents points du canal nasal. Rendre à ce canal, modifié dans ses dimensions, son calibre normal, tel est le but que le chirurgien doit se proposer, et que malheureusement il lui est bien rarement donné d'atteindre d'une manière définitive. Parfois, ce calibre semble redevenu suffisant à la fonction qu'il doit desservir, mais, d'ordinaire, il ne tarde pas à reprendre son exiguïté première, et les moyens de dilatation sont appelés de nouveau à le reconstituer. C'est à cause de ces fâcheuses conditions que l'on en était encore réduit naguère à employer et à maintenir à demeure des agents dilatants mécaniques, dont l'usage était le plus éclatant témoignage de l'impuissance de l'art.
De notables perfectionnements ont été apportés, dans ces derniers temps, à celte partie de la thérapeutique oculaire. Nous voudrions pouvoir dire qu'ils ont enfin fait disparaître les difficultés de ces traitements si longs, et les chances de la récidive ; mais il n'en est pas ainsi : ces perfectionnements ont fait faire un grand pas vers la cure radicale des obstructions des voies lacrymales, et c'est déjà beaucoup; mais on ne doit pas se dissimuler qu'elles leur ont encore laissé beaucoup à faire. Quoi qu'il en soit, nous les exposerons ci-après, avec détails, parce que, nous le répétons, ils constituent une acquisition précieuse pour ceux qui en savent tirer parti.
Grâce à une petite opération, à laquelle on était loin d'abord d'assigner la valeur qu'elle devait bientôt acquérir, l'incision des points lacrymaux, pratiquée par M. Bowman (1) en vue de corriger le lar-
(I) La méthode de M. Bowman a certaine analogie avec celle de Pouteau, qui ouvrait le sac avec une lancette enfoncée à travers la conjonctive, entre la caroncule lacrymale et la face
OCCLUSION DU CANAL NASAL
moiement déterminé par le renversement de ces points en dehors, on en est arrivé à pouvoir introduire, à travers les voies naturelles et jusque dans le nez, des instruments dilatateurs d'un volume jusquelà impossible; de là la méthode que nous allons exposer, à laquelle M. Bowman a attaché son nom, et qui nous a donné, dans bon nombre de cas, des résultats avantageux que nous n'oserions pas encore affirmer définitifs, mais que nous aurions, nous en avons la certitude, Demandés vainement à toutes les autres médications connues.