DES LARMES. (P
M. de Graefe cite l'exemple d'un homme d'une quarantaine d'années, qui portait une tumeur du sac lacrymal du volume d'une noisette, dont l'incision fit sortir une substance pâteuse renfermant de nombreux cristaux de cholestérine, très volumineux, et accompagnés de cellules contenant des gouttelettes de graisse, des noyaux colorés en rouge sombre ou orangé, dus probablement à un ancien épanchement de sang dans le sac (1).
M. Benjamin Bell a montré à la Médico-chirurgical 5o«e/î/ d'Édimbourg un calcul lacrymal, long d'un pouce et demi, provenant d'une opération faite à la campagne. On ignorait dans quelle portion de l'appareil lacrymal il avait pris naissance; mais, d'après ses dimensions, il est évident qu'il aurait fini par l'envahir tout entier (2).
(1) Archiv fur Ophthalmologic, 1837, B. III, Ablli. 2, S. 327.
(2) Etlinburgh Hed. Journ. 1HG3, Jan. p. 664.
MALADIES DES ORGANES EXCRÉTEURS DES LARMES
Obs. 57.— Concrétions dues à la formation de champignons dans les canaux lacrymaux inférieurs {i).— Une dame présenlail,dans la région du point lacrymal inférieur une tumeur un peu plus volumineuse qu'un gros pois. La compression et les injections par le point lacrymal n'avaient aucune action sur la position de celle tumeur. Après avoir introduit un stylet d'Anel, on parvint dans une petite cavité occupée par celte tumeur, qui s'était développée du côté de la conjonctive, fortement amincie en cet endroit. Une ouverture ayant été pratiquée du côté de la conjonctive, une légère compression en fit sortir trois concrétions qui avaient chacune la grosseur d'une demi-lentille. La petite cavité sembla alors être complètement vide, et on put pénétrer facilement au moyen du stylet d'Anel jusque dans le sac lacrymal. En examinant ces petites productions avec le microscope, on y reconnut l'organisation des champignons. Le jouisuivant, quatre nouvelles concrétions sortirent encore par la plaie conjonclivale. Trois jours plus tard, deux concrétions presque aussi fortes que les précédentes furent de nouveau évacuées, et enfin trois autres après cinq jours. Alors toute espèce de tuméfaction avait disparu sur la conjonctive, et la plaie se cicatrisa complètement. L'auteur pense que ces productions se sont développées d'une manière primitive et qu'elles n'ont pas été formées par la sécrétion purulente qui les accompagnait et qui était due plutôt à leur présence. Il croit qu'on peut les comparer à ces champignons qui se forment sur la muqueuse du canal digestif.
Obs. 58. — Champignons développés dans le canal lacrymal inférieur (2). — A. T., petite fille de 9 ans, non scrofuleuse, eut, il y a environ quinze mois, dans le voisinage du point lacrymal inférieur, une sorte de vésicule qui, au bout de trois mois, ressemblait à un orgeolet, et dont la compression faisait sortir un peu de pus par le point lacrymal inférieur. L'emploi de cataplasmes avait déterminé la sortie d'un petit disque solide et blanc, qui devint brun en se séchant. Après une amélioration de la tuméfaction et de la suppuration, le tout se reproduisit, et, quelques mois plus tard, eutlieul'issue d'un nouveau pelit disque, suivi plus tard et successivement de deux autres, dont le dernier quelques semaines avant que la malade se présentât. Le sac lacrymal était complètement libre, la petite tumeur étant dans la région du point lacrymal inférieur: à la pression elle laissait suinter du pus, mais ne se dissipait pas entièrement. Une sonde d'Anel introduite vint heurter contre un obstacle, et M. de Graefe ne put faire entrer l'eau qu'elle contenait dans le canal, d'où elle ressortait immédiatement. Il n'y avait d'épiphora que quand un surcroît de suppuration irritait l'œil ; pas de douleur, mais un sentiment de pression désagréable. Le point lacrymal inférieur fut élargi avec un stylet conique, M. de Graefe y introduisit une lame de ciseaux, et fit une incision, comme dans l'opération de M. Bowman, dans une étendue d'une ligne et demie environ. Il se présenta alors un petit disque d'environ 2/3 de ligne de diamètre, qui sortit sous l'effet d'une pression, et fut suivi d'un second, absolument semblable à ceux décrits précédemment. Le canal lui-même était dilalé et garni d'une muqueuse unie, légèrement rouge et un peu humide. On maintint l'incision ouverte et l'on y introduisit deux fois, à trois jours de distance, un crayon de pierre infernale mitigée, qui rétablit l'aspect normal de la muqueuse. Cette enfant fut observée encore quelques semaines ; l'incision était restée ouverte et tous les symptômes morbides avaient cessé.
SECTION XIV