CORPS ÉTRANGERS DANS L'HUMEUR VITRÉE
pouvait reconnaître un décollement de la rétine dans le voisinage du kyste. Ce décollement s'étendit de plus en plus et occupa bientôt le tiers de la portion inférieure et externe de la réline. En même temps, on remarquait que le corps enkysté s'était déplacé de sa position primitive et tendait à tomber vers le milieu de l'œil. Ce déplacement se fil insensiblement, sans autre phénomène qu'un léger picotement dans les parties externes de l'œil; il se forma alors un dépôt plastique qui souleva la rétine et l'hyaloïde sous forme d'un cône, au sommet duquel se trouvait placé le corps enkysté. Au boul de trois mois, ce petit corps était arrivé jusqu'au centre du globe oculaire; il est à remarquer encore qu'il abandonna sa position horizontale primitive et se plaça verticalement, position qu'il garda désormais. Les symptômes inflammatoires cédèrent au traitement; le bulbe conserva sa forme; le cristallin et les autres milieux paraissent transparents, et le malade, en regardant de côté, distingue encore facilement les grands objets, tels que les doigts.
On se représente ordinairement l'enkystement, dit M- deGraefe (1), comme le résultat d'une inflammation circonscrite des membranes internes. 11 est incontestable que celle-ci, lorsqu'elle survient, exerce une certaine influence, mais le corps étranger s'enkyste souvent sans qu'il se développe de symptômes inflammatoires. Dans les cas les plus favorables, il se forme autour du corps étranger une membrane d'enveloppe, qui très-souvent n'a aucune connexion avec les membranes internes de l'œil. L'hyaloïde devient trouble. Tantôt l'opacité est générale et s'étend de la circonférence vers le centre de l'hyaloïde ; d'autres fois elle est bornée aux parties qui environnent immédiatement le corps étranger, et au trajet qu'il a parcouru pour pénétrer à l'intérieur du corps vitré, sans qu'il existe de signes d'inflammation.
Obs. 150 (2). — Fragment de fer traversant la cornée, le cristallin, etc., et venant s'enfoncer dans la sclérotique près de Ventrée du nerf optique. — R. D..., âgé de 37 ans, ouvrier en chaudières, étant occupé à son ouvrage, fut frappéà l'œil par un morceau d'acier qui se détacha de la lête de son marleau, novembre, 28, 1862. Le lendemain, il se présenla à l'hôpital, où, après lui avoir dilaté la pupille avec de l'atropine, on remarqua que le cristallin présentait une opacité partielle. La lentille était traversée par une ligne noire qu'on supposa être la trace du passage du corps étranger. Le cristallin était déjà trop opaque pour qu'on pût explorer le fond de l'œil avec soin. — Décembre 6. Il est survenu une douleur considérable dans l'œil depuis la dernière visite. Le cristallin est gonflé et fait saillie à travers la pupille. On en fait l'extraction par la méthode de Schuft. Comme il élait complètement mou, il sort facilement, laissant la pupille entièrement débarrassée. Le malade récupéra un certain degré de vision ; la douleur et la congestion oculaire disparurent. Celle amélioration persista un certain temps, puis la douleur reparut à un degré considérable ; l'œil élait en proie à une ophthalmie générale qui résista à tous les traitements, et, comme on savait qu'il contenait un corps étranger, on se décida à faire l'excision de l'organe malade, d'autant plus que l'autre œil commençait à se prendre sérieusement. — Mars, 4. L'œil est excisé ; son examen montre que le cristallin en totalité avait été extrait. La pupille était en partie fermée par une exsudation. L'humeur vitrée est tout à fait liquéfiée, mais transparente. La rétine et la choroïde paraissent normales. Tout près de l'entrée du nerf optique, on voit s'élever de la réline une saillie de la grosseur de la moitié d'un pois d'une substance molle blanchâtre. Lorsqu'on voulut l'enlever, on reconnut qu'elle adhérait fortement à la réline et à la
(1) Corps étrangers à l'intérieur de l'œil (Arcli. fur Ophlli. 18157. R. III, Abt. 2, S. 507-556.)
(2) WonDswonTii. Ophth. Hosp. Rep. 1804, Vol. IV, p. 110.
LÉSIONS TRAUMATIQTJES DU GLOBE DE L'OEIL
choroïde, et renfermait un fragment de fer de 4 1/2 ligne de longueur, emprisonné dans la sclérotique.
Obs. 151. — Extraction d'un corps étranger logé dans la chambre de l'humeur vitrée James Perkins, tonnelier, âgé de 24 ans, se présente à l'hôpital, le 2 décembre 1858, une demi-heure après avoir reçu une blessure à l'œil gauche. Pendant qu'il délachait'd'un tonneau un cercle de fer, le tranchant de son ciseau se brisa, et une parcelle du métal qui s'échappa vint frapper sa paupière. Une petite plaie verticale, située un peu au-dessus de la marge de la paupière supérieure gauche, indique l'endroit où le fragment a traversé la peau. En renversant la paupière en dehors, on trouve une plaie semblable sur la conjonctive qui revêt le cartilage tarse. On voit sur la sclérotique, à peu près au niveau du bord supérieur de la cornée, et à une ligne environ de son bord interne, une petite plaie béante, d'une ligne d'étendue, et environnée d'un petit caillot dû an sang épanché au-dessous de la conjonctive. Une petite vésicule formée par l'humeur vitrée se montre à l'ouverture. La pupille est mobile, et le malade lit les grands caractères, mais il voit tous les objets à travers un léger brouillard.
A Pophlhalmoscope, on voit, à la partie supérieure et interne de la pupille, derrière le cristallin, un caillot de sang qui pend de la plaie et flotte légèrement ça et là dans l'humeur vitrée. Le reste de cette humeur est parfaitement transparent, et comme il en est de même de la cornée et du cristallin, on peut bien voir la rétine. On remarque juste audessous du nerf optique un petit corps arrondi, ressemblant presque en tous points à une bulle d'air; il semble que ce globule soit formé par une portion de lymphe transparente épanchée autour d'un corps étranger qui aurait pénétré dans l'œil. Toutefois, il n'existe aucune rougeur autour de ce petit globule ; et celte absence de vascularité fait douter que ce soit réellement de la lymphe plastique. On applique sur les paupières fermées un peu de coton cardé, qu'on maintient à l'aide d'une bande : repos et régime tempéré ; chaque soir une potion composée d'un gros de teinture de jusquiame dans une mixture camphrée. — Décembre, 6. La petite plaie de la sclérotique est en voie de se fermer ; il n'y a pas de douleur, et peu de rougeur de la sclérotique. Vue moins trouble que le premier jour : le blessé lit assez facilement un caractère moyen. Au bout de dix jours, on supprime la jusquiame et l'on prescrit, deux fois par jour, quatre grains d'iodure de potassium dans une décoction de quinquina. — Le 30, la vue a continué à s'améliorer, toute rougeur de la conjonclive a disparu ; la petite plaie de la sclérotique se reconnaît à peine à une ligne grisâtre; pas de photophobie. Nouvel examen à l'oplilhalmoscope. On ne retrouve plus le petit corps globulaire aperçu la première fois près du nerf optique. A la suite d'un mouvement brusque du globe oculaire, un corps noir oblong, que l'on reconnaît sur-Je-champ pour une parcelle métallique, vient faire saillie de derrière la portion interne de l'iris. Il est embarrassé dans quelques restes de caillot semblables à des filaments qui le maintiennent suspendu dans l'humeur vitrée, et lui permettent de se mouvoir librement en avant et en arrière, tandis que les mouvements en dehors sont arrêtés par le cristallin.
Les observateurs savent très bien que les corps opaques situés dans le cristallin ou l'humeur vitrée donnent des sensations très trompeuses sur la situation qu'ils occupent réellement ; ce corps étranger qui, en réalité, était derrière le cristallin, paraissait, lorsqu'on le voyait dans le champ illuminé, être situé au-devant du cristallin cl dans le plan de l'iris. Lorsque l'examen se faisait à la lumière naturelle concentrée au moyen d'un verre convexe, on reconnaissait de suite la position réelle qu'il occupait, car il flottait çà et là, tout en restant de niveau avec l'équaleur de l'œil. Ce corps étranger pouvait-il être extrait? Abandonné à lui-même, il ne resterait pas longtemps inoffensif ; car, après l'absorption des filaments du caillot qui le maintiennent suspendu, il devra nécessairement tomber sur la réline ou les procès ciliaires, et provoquer alors inévitablement une inflammation qui pourra amener la destruction de l'œil. En pénétrant dans l'humeur vitrée par la roule suivie par le corps étranger, on a la presque certitude de rompre les filaments suspenseurs, et alors le corps tombera où l'on ne pourra plus aller le, chercher. M. Dixon se détermina donc à pénétrer dans l'humeur vitrée par sa partie inférieure. Il essaya toute espèce d'éclairage, tant naturel qu'artificiel, et en faisant prendre au sujet diverses positions ; cl, comme le corps étranger s'enfonçait en arrière et disparaissait lorsque le blessé
(I) Dixon. Ophlh. Hosp. Rcp. 181)7-1839, Vol. !,p. 280.