PLAIES DE L'OEIL PAR ARMES A FEU
Obs. 158. — Un monsieur âgé se tenait près d'un brougham, dont la porte ouverte avec violence vint le heurter en plein sur l'œil gauche; la douleur fut atroce, mais la vue ne fut pas immédiatement éteinte, quoique, plusieurs heures après, il en fût ainsi. M. Bowman, qu'on envoya chercher, trouva la chambre antérieure si complètement remplie de sang que l'iris n'était plus visible; Il y avait aussi un chémosis de la conjonctive. M. Cooper vit ce malade un mois après l'accident; depuis lors, les douleurs avaient été des plus intenses et le moindre rayon de lumière ne pouvait être supporté. Lorsque l'on couvrait l'œil droit, le gauche pouvait s'ouvrir, mais il était absolument privé de vision. La pupille semblait énormément dilatée, l'iris réduit à une simple bandelette et la pupille d'un brun sombre rougeàtre; il n'y avait pas de sang visible dans la chambre antérieure, mais on pensa que la partie postérieure de l'œil en était remplie. La conjonctive et la sclérotique étaienl le siège d'une vive inflammation.
M. Bowman enleva l'œil blessé, et on reconnut, pendant l'opération, quela sclérotique avait été rompue à la partie postérieure, et qu'un caillot volumineux se trouvait en partie hors de l'œil et en partie au dedans de lui. L'humeur vitrée s'était échappée au moment de l'accident. L'aspect présenté par la chambre antérieure était trompeur ; car bien qu'elle eût paru libre de sang, on la trouva remplie par un coagulum derrière lequel se trouvait l'iris avec sa pupille de dimension normale. La bandelette d'iris que l'on voyait était la portion de ce diaphragme qui dépassait le caillot sanguin.
Obs. 159 (1). —Dans le courant de mai 4865, se présente, à ma consultation de l'hôpital St-Sauveur, un homme de la campagne, âgé de 28 ans. Il y a un mois, il a reçu sur l'œil gauche un coup de la manivelle de fer d'un puits. Il a éprouvé, sur le moment, de la douleur, puis du gonflement, mais actuellement la douleur a disparu. La paupière supérieure, qui n'a subi aucune altération, est soulevée par une tumeur irrégulière mamelonnée, présentant une coloration variable et qui, longue de plus de trois centimètres, a bien la grosseur du doigt auriculaire. Elle siège en haut et en dedans, un peu au dehors de l'insertion de la cornée à la sclérotique. En avant, la tumeur présente deux bosselures d'un gris rosé transparent, séparées par des sillons assez profonds, formés par des brides fibreuses: elles sont parcourues par des vaisseaux sanguins assez développés; après ces deux bosselures transparentes, on en voit une troisième d'un noir jaunâtre, coloration due évidemment au pigment de la choroïde. La cornée a conservé en bas sa direction normale, mais en haut et en dedans elle est refoulée en avant et un peu en bas. En regardant à I'ophthalmoscope et à l'éclairage oblique, on ne peut pas apercevoir le fond de l'œil, parce que l'iris est appliqué contre la cornée ; il semble avoir été déchiré en plusieurs morceaux, qui se seraient ensuite irrégulièrement collés contre la face externe de celte membrane. Dans les intervalles de ces fragments, on voit le rouge du fond de l'œil, mais sans rien distinguer. La lumière traversait les bosselures transparentes. Il était évident que le coup avait produit une déchirure de la sclérotique, qui, en arrière, avait laissé passer la choroïde : la conjonctive n'avait point été déchirée; elle était soulevée par l'humeur aqueuse et probablement par une portion de l'humeur vitrée. C'était elle qui formait les deux bosselures transparentes parcourues par des vaisseaux; les brides fibreuses qui séparaient ces bosselures étaient des débris de la capsule de Tenon. Le cristallin était probablement resté en place. Malgré un pareil désordre, l'œil voyait encore les gros objets, et aurait presque permis au sujet de se conduire. Je me proposais de pratiquer la ponction du staphylôme et d'établir une compression pour exciser plus lard ce staphylôme, si cela ne suffisait pas ; mais je n'ai plus revu le malade.
§ V. Rupture spontanée du globe de l'œil.
L'observation suivante qui, à notre connaissance, est unique dans son genre, démontre que l'œil peut se rompre spontanément, ou du moins sans l'intervention d'une cause vulnéranle extérieure.
(1) Testeli."». Inédite.
LÉSIONS TIUUMATIQUES DU GLOIÏE DE L'OEIL.
Obs. 160(1).— Reuben Pond, matelot, âgé de 50 ans.enlraà l'hôpital de Pensylvanie, le 22 septembre 1856. Il avait eu, deux ans auparavant, une affection de l'œil droit qui s'était terminée au bout d'un mois par la perte de la vuede ce côté; depuis lors, il n'y avait rien éprouvé de particulier,- seulement, dans les deux jours qui avaient précédé son accident, son œil availété le siège de battements très douloureux, maisiln'availpasaugmenlé de volume. Apres une journée passée à un travail qui l'obligeait à se baisser souvent, Pond s'entretenait avec l'un de ses camarades, lorsque subitement il sentit une douleur aiguë dans son œil droit, qui laissa presque aussitôt échapper un jet de sang. Il entra à l'hôpital, en proie aux plus vives souffrances. Du sang artériel continuait à s'écouler, à travers une déchirure transversale de la cornée; en introduisant un stylet, on ne rencontrait pas de traces du cristallin ni de son enveloppe ; à tout autre égard, l'œil ne différait pas de celui du côté gauche. On arrêta l'hémorrhagie en introduisant, à travers la fente de la cornée, une mèche trempée dans du perchlorure de fer, et l'on fit ensuite des applications froides. La suppuration s'établit, puis des bourgeons de bonne nature se développèrent, et la déchirure de la cornée se cicatrisa. Le globe oculaire avait un peu diminué de volume quand le malade, guéri, sortit de l'hôpital le 31 octobre.
Il est fâcheux que, dans cette intéressante observation, l'état antérieur de l'œil n'ait pas été mieux connu, et que l'auteur n'ait pas jugé à propos de donner une description plus complète de celui dans lequel il se trouvait au moment de la sortie du malade.
SECTION VIII