OPHTHALMITIS RÉFLEXE OU SYMPATHIQUE
hypopyon :• on observe une photophobie extrême et des névralgies ciliaires. Si l'affection n'est pas arrêtée, les ulcérations deviennent plus profondes et déterminent des perforations. Le malade est alors en danger de perdre son œil, par la formation d'un slaphylôme ou par une irido-ehoroïdiie avec glaucome consécutif (1).»
4e forme. Irritation nerveuse. — M. Donders (2) a mentionné cette forme de manifestation sympathique, caractérisée par une photophobie des plus violentes, avec impossibilité de se servir de l'œil, bien qu'il ne soit pas possible d'y constater la moindre altération pathologique. Il dit avoir observé des cas où les malades se croyaient complètement aveugles, jusqu'au moment où, après 1 enucléation du globe oculaire renfermant un corps étranger, ils recouvraient entièrement la vue. Celte forme n'appartient pas, à proprement parler, à la classe des ophlhalmilis sympathiques, puisqu'elle est exclusivement constituée par une altération fonctionnelle, dégagée de tout désordre organique; elle en diffère encore, en ce que la guérison s'en obtient toujours par l'ablation de l'œil blessé, ce qui n'a pas lieu pour les autres formes. Ce qui suit ne s'applique donc pas à celle-ci.
2. Les causes des deux premières formes d'ophthalmitis sympathique, qui viennent d'être décrites, sont, d'après M. De Graefe (3) :
1° La présence de corps étrangers exerçant une irritation continue ;
2° La persistance d'une iiïdo-choroïdite de l'œil blessé, affection qui ajoute aux symptômes ordinaires une sensibilité extrême, localisée dans des points correspondants au corps ciliaire, phénomène qu'on peut facilement constater en promenant sur l'œil un stylet, au moyen duquel on exerce une certaine pression sur celte région ;
3° Des hémorrhagies répétées, avec des changements rapides de la tension de l'œil;
4° Des dépôts calcaires, surtout s'ils entretiennent une certaine irritation.
3. Il a été dit (t. II, p. 127) que la principale voie par laquelle se produit l'ophlhalmitis sympathique, est l'union des nerfs opiiques, mais cette voie n'est pas la seule, car on a vu une inflammation réflexe se déclarer dans un œil, après que l'œil blessé avait déjà été excisé (4). On doit admettre deux modes probables du développement de celle affection, reposant, l'un sur un trouble de la nutrition, l'autre sur une irritation nerveuse : le premier est dû à des influences s'exerçant par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs, en vertu desquelles l'abord du sang dans les parties primitivement affectées se trouve
(1) Reijdouf. Dp lophlhalmie sympathique. Mémoire couronne par la Sociëlé centrale de Lille. (Bull. méd. du Nord de la France, 1865.)
(2) Klin. Monatsbl. 1833, B. I, S. US, et Ann. d'Ocul. 1864, l. Ll, p. 236.
(3) Ibid. Id.
(4) Solomo*. Dublin Mcd. Journ. 1863, Febr. p. 58.
troublé; le second à une aclion fâcheuse sur la nutrition, par l'intermédiaire du système nerveux, et indépendamment d'aucun changement survenu d'abord dans le calibre des vaisseaux.
4. Le pronostic de l'ophlhalmilis sympathique est des plus graves et l'on peut dire qu'à moins d'être attaquée avec une extrême vigueur dès le début, elle donne presque toujours lieu à la cécité.
5. Le traitement de l'ophlhalmilis sympathique a déjà été décrit (t. II, p. 127) ; néanmoins il peut être utile d'y revenir, eu égard aux nombreuses observations de cette grave maladie, recueillies dans ces derniers temps, et aux résultats relativement minimes-des moyens de traitement employés jusqu'ici. L'attention du chirurgien doit se porter : l°sur l'œil blessé, 2° sur l'œil sympalhiquement affecté.
1° Des faits innombrables établissent l'influence d'un œil blessé, principalement dans sa région ciliaire, et de son inflammation chronique consécutive sur son congénère. Or, l'enlèvement de la cause doit être ici le préliminaire indispensable de tout autre traitement, et l'excision de l'œil enflammé est le seul moyen assuré d'y parvenir. Lors donc que l'un des deux yeux a été atteint d'une plaie, qui en a amené la destruction, surtout si celte plaie occupe la région ciliaire, et dans tous les cas où un corps étranger y est demeuré, il faul recourir à ce moyen extrême, soit aux premières manifestations des désordres réflexes, soit même avant qu'elles aient été constatées. Celte dernière conduite est peut-être celle qui présente le plus d'avantages, parce que, d'une part, l'ablation du globe est aujourd'hui, grâce à l'emploi du chloroforme et au procédé d'énucléation, une opération sans douleur et sans gravité, et que, d'autre part, elle laisse un moignon suffisant : dans de semblables conditions, l'excision d'un œil blessé, perdu et douloureux, est un bienfait par elle-même; elle en est un plus grand encore, par la préservation dont elle couvre l'organe "resté sain. Le docteur Derby pose en principe (1) que « des blessures de l'œil qui donnent naissance à une longue irritation, celles particulièrement qui ont pour siège la région ciliaire, indiquent expressément l'ablation de l'œil, quand bien même le congénère n'aurait pas encore témoigné d'une souffrance sympathique. » L'indication est surtout manifeste, si l'on considère que l'excision esl héroïque quand elle est immédiate, tandis qu'elle esl presque toujours insuffisante, si elle esl pratiquée après l'explosion des phénomènes réflexes, qu'elle ne parvient pour ainsi dire jamais à enrayer. On conçoit néanmoins que peu de malades consentent à se résigner à une semblable extrémité, alors qu'il esl impossible de leur affirmer que le second œil s'entreprendra un jour : nous n'hésiterons jamais, malgré cela, à la leur conseiller, si l'œil blessé les fait beaucoup souffrir, sur-
(i) Boston Mctl. and Surg. Journ. Vol. LXXI, pp. 2G9 cl 349, cl Ann. d'OcuI. 1865, t. LIV, p. 234. 1