‹ Traité pratique des maladies de l'oeil [electronic resource]Chapitre 172 sur 251 · XXXIII · texte numérisé non relu

XXXIII

que j'ai observée il y a cinq ans. Elle avait eu l'œil gauche blessé pu r l'explosion d'une capsule à percussion. Je la vis peu de jours après l'accident ; la douleur était légère et la blessure paraissait en voie de guérison. Je n'eus recours qu'à des remèdes émollients: la plaie était petite, mais comprenait le bord interne de la cornée au niveau de sa jonction avec la sclérotique, l'iris et le cristallin. Six semaines plus lard, je vis survenir à l'autre œil les symptômes d'une inflammation sympathique. Je chloroformai immédiatement ma jeune malade, et je fis l'excision de l'œil blessé. Lorsque l'on fit plus lard l'examen de cet organe, on y trouva un morceau de cuivre enfoui dans la région ciliaire. J'essayai aussi de pratiquer l'iridectomie à l'autre œil, mais le succès ne fut que très limité, par suite des altérations de l'iris et des adhérences solides qu'il avait contractées avec la capsule du cristallin. Je traitai celle malade pendant deux ans, et durant ce laps de temps, je lui pratiquai six opérations dont le but était l'enlèvement du cristallin et l'établissement d'une pupille claire. Je réussis enfin, et celle fille, qui a maintenant seize ans, peut coudre et lire le n" 8 de Jaeger.

Obs. 222 (1). — Un jeune gentleman, fils d'un médecin et âgé de vingt-deux ans, me fut amené, il y a quatre ans : il avait l'œil gauche affaissé et réduit à un petit volume ; dans le droit, la pupille était fermée : il y avait une cataracte secondaire; la chambre antérieure était petite et la tension du globe un peu en dessous de l'état normal. Il paraît que, vers l'âge de huit ans, il s'était blessé l'œil gauche. Il souffrit considérablement pendant trois ou quatre mois, et au bout de ce temps, l'autre œil fut pris d'un affaiblissement qui s'accrut graduellement jusqu'à l'étal qu'il présente actuellement. Pendant quatorze ans, il ne put que distinguer confusément les contours des objets, de sorte que son éducation dut être celle que l'on donne aux aveugles. Je pratiquai ici l'exlraclion par section supérieure; l'opération fut assez difficile : après que j'eus incisé une portion d'iris et de la capsule antérieure un peu ferme, il s'échappa un cristallin calaracté, déformé et assez dur. La plaie de la cornée se réunit bien, mais la pupille se ferma de nouveau. Deux mois plus lard, je pratiquai une nouvelle iridectomie, et je réussis à obtenir une pupille. Depuis lors, l'opéré a joui d'une vision utile. Il peut lire la musique, jouer aux cartes et se promener seul à cheval ou en voilure; il y a même une légère tendance vers une amélioralion progressive.

§ II. De l'ophthalmitîs sympathique par cause non traumatique.

1 . On a longtemps considéré la blessure d'un œil comme étant la seule cause du développement des accidents sympathiques, dont l'autre organe peut être consécutivement atteint : c'était une erreur : les lésions tiaumatiques ne sont pas par elles-mêmes le point de départ de ces affections, les opérations qui se pratiquent sur l'œil et qui, s'ils se passent sans accidents locaux, ne donnent jamais lieu à l'ophthalmitis sympathique, en sont la preuve; ces lésions ne deviennent ragent de désordres réflexes que pour aulant qu'elles s'acccompagnenl d'une inflammation chronique des membranes internes, conséquence de ^altération première, et particulièrement des diverses parties comprises dans le traclus uvéal, à savoir du corps ciliaire, de l'iris et de la choroïde.

La constatation de ce fait est d'une haute importance: très souvent, en effet, un œil atteint primitivement d'une affection due à une cause générale ou locale à laquelle l'autre a échappé, finit par réagir sur ce dernier, en dehors de l'intervention de cette cause et par le fait

(I) lui». Id.

OPHTH.UMITIS RÉFLEXE OU SYMPATHIQUE.

seul de l'action réflexe partie du premier. De là la nécessité d'agir spécialement sur celui-ci, en vue des accidents dont il menace son congénère, si cette influence réflexe promet de se faire sentir ou a déjà manifesté ses premières atteintes.

Les maladies susceptibles de donner lieu au développement de désordres sympathiques sont: l'iritis, l'irido-choroïdite, la choroïdite chronique, les slaphylômes irido-cornéens ou choroïdiens antérieurs, et le glaucome consécutif.

1° Iritis. — En dehors des cas déterminés par la dyscrasie syphilitique, qui donne lieu au développement du mal à peu près en même temps dans les deux yeux, l'iritis, due aux autres causes, reste souvent bornée à un seul œil, à la seule condition que celle-ci ait été guérie radicalement, c'est-à-dire sans synéchies. Quand, au contraire, il est resté des synéchies postérieures nombreuses, l'affection du second œil est la règle. Dans ces cas, celui-ci devient le siège de poussées inflammatoires réitérées se terminant par des altérations souvent très graves, si l'on n'est pas parvenu à éloigner les synéchies du premier, qui doivent en être considérées comme le point de départ. Quand celles-ci ont été détruites, tout symptôme morbide réflexe disparaît d'ordinaire. On a remarqué que l'iritis sympathique survient plus promplement à la suite de l'iritis traumalique qu'après l'iritis spontané; mais, dans les deux cas, les conséquences en sont les mêmes. Dans un cas cité par Wardrop (1), l'inflammation frappait le second œil, trois semaines seulement après une lésion traumalique de l'autre.

2° Irido -choroïdite. — Un œil atteint de cette affection, fùt-ellc passée à l'état chronique et eût-elle déterminé l'atrophie du globe, peut réagir sympathiquement sur son congénère, même dans le cas où cet œil n'est le siège que d'une irritation à peine appréciable, s'exprimant seulement par une légère sensibilité de l'œil au toucher, principalement dans la région ciliaire: l'existence de cicatrices de l'œil, la présence, dans son intérieur, de corps étrangers, de cristallins blessés ou luxés, de tumeurs, d'exsudals hémorrhagiques, de toutes les causes en un mot, capables d'y maintenir un étal continu d'irritation, peuvent donner lieu à des désordres sympathiques sur l'œil jusque-là demeuré sain.

5° Slaphylômes. — Les synéchies antérieures, avec ou sans staphylôme de la cornée, donnent lieu à un état anormal de l'iris, à des tiraillements de cet organe el, par suite, à un élal d'inflammation chronique ayant une grande tendance à se communiquer au muscle ciliaire el à la choroïde: de là nue irritation sourde, cause de phénomènes sympathiques fréquents et qui ne disparaissent que par l'atrpphie du globe malade ou son énueléation. C'est surtout dans les cas

(1) Morbld Analomy of Ihc hiiinan Eye. Vol. Il, p. 140.

où tout l'hémisphère antérieur du globe est propulsé en avant que ces désordres sont imminents.

4o Glaucome. — Quand le glaucome chronique est consécutif à des lésions ectasiques de la nature de celles renseignées ci-dessus, il peut donner lieu à des réactions réflexes. Il n'en est pas de même du glaucome primitif.

2. Les désordres sympathiques, survenant à la suite d'affections non traumatiques, peuvent être les mêmes que ceux qui accompagnent les blessures de l'œil; il faut dire cependant que ces désordres ont une grande tendance, en vertu de ce consensus oculorum dont on ne saurait méconnaître l'existence, à prendre le caractère de l'affection dont ils sont le contre-coup. C'est ainsi que l'iritis et l'irido-choroïdite donnent lieu d'ordinaire à une maladie de même nature à l'autre œil, et que le glaucome et les synéchies antérieures éveillent de préférence des désordres ressortissant à une exagération de la pression intra-oculaire. On comprend dès lors que ce genre d'ophthalmies sympathiques diffère, jusqu'à un certain point, de celui qu'occasionnent les désordres traumatiques, qu'ainsi la gravité n'en est pas aussi élevée et que les ressources de la thérapeutique n'y sont pas aussi impuissantes.

Quoi qu'il en soit, la première indication qui se présente est de faire disparaître l'œil primitivement affecté, soit par énucléation, soit en y déterminant, ainsi que l'a conseillé M. de Graefe, une choroïdite purulente, en passant au travers du corps vitré, un fil qu'on y laisse pendant plusieurs heures, et qu'on en relire dès que des signes d'inflammation s'y produisent.

Quant à l'œil sympathiquement affecté, l'iridectomie peut-être très utile dans tous les cas où les désordres se bornent à des synéchies postérieures et que le cercle ciliaire n'est pas encore affecté.

5. L'ophlhalmie sympathique n'est pas toujours de nature inflammatoire. Ainsi M. de Graefe a cité une observation d'où il résulte que le mal qui avait fini par atteindre l'œil resté sain appartenait à la classe des amauroses (obs. 225). Dans ce cas, l'action sympathique s'était évidemment propagée par l'intermédiaire des nerfs optiques, et il est permis de se demander si la section de ce nerf, du côté de l'œil primitivement atteint, n'aurait pas suffi à l'arrêter. Dans un cas où une maladie de la réline el du nerf optique d'un œil avait été suivie d'une affection semblable du second œil, que tout indiquait être sous la dépendance du premier, M. Reindorf eut recours à ce moyen, dont il relira immédiatement un avantage marqué (obs. 224).

Obs.2'23(l).— M.S...,âgédc trente-septans.enlredimsla cliniquedeM.de Graefe pour une cécité de l'œil gauclic, à laquelle se sont joints récemment des symptômes inquiétants

(I) De Giuepe. Arch. fur Ophth. 1860, B. VI, Abth. 2, S. 267.

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