HYDROPHTIIALMIE OU HYDROPISIE DE L OEIL
de sa poiiile, afin de traverser la sclérotique sans beaucoup d'effort. Il introduit l'aiguille-lrocart entre les tendons des muscles droits externe et supérieur, à 8 millimètres environ du bord de la cornée, et, perfore, de dedans en debors, la poche rétinienne, en enfonçant l'instrument à une profondeur d'environ 15 à 18 millimètres, pour être, certain d'avojr perforé le A décollement. Le liquide sous-rétinien , ordinairement très fluide dans les décollements de formation récente, les seuls, d'ailleurs, qu'il convienne d'atlaquer par ce procédé opératoire, s'écoule au dehors à travers la canule, dès qu'on a retiré l'aiguille, et aussitôt que cet écoulement commence à se ralentir, on retire la canule elle-même, en lui imprimant un mouvement de bascule. L'examen ophlhalmoscopique lui a permis de constater qu'on obtient ainsi une plaie triangulaire étendue, et que la poche rétinienne apparaît très affaissée après l'opération. Comme M. de Graefe et M. Bowman , M. Wecker, en procédant ainsi, a obtenu des améliorations assez marquées; seulement, chez aucun de ses (Fie- 63 ) opérés, celte amélioration ne s'est maintenue au delà d'un an (1).
Obs. 237 (2). — Le 19 décembre 1860, M. Mackenzie fut consulté par un malade dont l'œil droit élail amaurotiquc et affecté de cataracte congéniale. Il avait bien vu de son œi| gauche jusqu'environ cinq semaines auparavant ; mais il était très myope et portait des verres concaves d'un numéro très élevé. Il avait éprouvé de grandes inquiétudes relativement à sa profession ; ce qui avait étésuivi d'insomnie, de céphalalgie et de vertige. Il avait beaucoup lu. Actuellement il ne pouvait distinguer une personne d'une autre. La cornée et la sclérotique se laissaient déprimer. La pupille se dilatait lentement sous l'influence de l'atropine. L'œil n'était ni rouge ni douloureux. La face postérieure du cristallin gauche était parcourue par de nombreuses stries radiées indiquant le commencement d une cataracte. La rétine était décollée dans une grande étendue ; près de la papille optique elle avait celui d'une simple pellicule, mais en se portant vers le sommet, elle avait l'aspect d'un bulbe qui flottait çà et la au moindre mouvement de l'œil. Le cristallin se mouvait aussi en même temps que la réline. Ce cas est un exemple d'une des terminaisons du staphyloma poslicum.
Obs. 238 (3). — Madame F..., âgée de 37 ans et demi, fripière, a complètement perdu la vue des deux yeux depuis le mois de juin 1854. Elle a été opérée de cataracte en 1832 de l'œil droit, par Dupuytren, et en 1850, de l'œil gauche, par un de mes élèves : c'est à l'aiguille que l'une et l'autre opération ont élé faites. La dernière avait réussi immédiate-
(1) Voir, pour les décollements de la rétine : Métaxas. Du décollement de In rétine. Thèse Paris, 1861. — Laplagne. Traitement chirurg. du décoll. de la réline. Thèse. Paris, 1864. — ' De Graefe. Archiv fur Ophlh. I8;i4-18:>5, B. I, Abth. I, S. 362; 1857, B. III, Abth 52 S 391 391; 1858, B. IV, Abth. 2, S. 235; 1863, B. IX, Abth. 2, S. 83. Klin. Monatsb. 1863, 6. '1,8.4»! — Desmarres. Loc. cit. t. III, p. 473. — Bowmapin. Des opérations à l'aiguille dans le décollement <le la rétine. (Ophlh. Ilosp. Rep. 1863-1864, Vol. IV, p. 130, et Annales d'Oculistiquc, 1864, t. LU, p. 222. - Wecker. Loc. cit p. 357. — Lierreic». Archiv fiir Ophlh. 1859, B. V, Abih. 2, S. 251. - II. Wai.to*. Ilrit. Mc.l. Jotirn. 1863, Oct. 3, p. 363. - Baper. Mcd. Times ami Gaz. 1861, May 18, p. 521.
(2) Mackebzie. Inédite.
(3) Siciiei.. Iconographie ophlhalm. p. 812, cl Annales d'Oculistiquc 1861 , I. XLV, p. 257.
422 AUGMENTATIONS DU VOLUME DU GLOBE DE l/OEIL.
ment, et la malade avait pu se livrer à ses travaux habituels pendant quelque temps; mais bientôt de violentes névralgies céphaliques et des étourdissements survinrent; la vision directe fut impossible; madame F... ne voyait que de côté. Enfin, le 27 juin 1854, la vue de l'œil gauche fut complètement abolie.
Madame F... se présente à ma clinique le 2 novembre 1834. Sans dilatation préalable de la pupille et sans l'aide de la loupe, je reconnais dans la partie inférieure du fond de l'œil gauche une opacité blanchâtre, présentant le phénomène non douteux de la fluctuation et indiquant par conséquent une hydropisie sous-choroïdienne ou épanchement sous-rétinien. Une solution d'atropine permet d'observer les phénomènes suivants : On aperçoildans la partie inférieure du fond de l'œil-, immédiatement derrière la pupille ,deu\ élévations fluctuantes blanchâtres, en forme de plis ellipsoïdes s'élendanlobliquement de haut en bas, séparées en bas, à leur point de contact, par un sillon dirigé d'à vaut en arrière, sillon dans lequel on voit un vaisseau sanguin injecté, d'une couleur rouge pâle. Une bandelette pseudo-membraneuse semi-lunaire, d'un gris bleuâtre un peu ardoisé, est adhérente au bord pupillaire externe. Voici le diagnostic que je portai : bandelette pseudoinembraneuse adhérente dans la pupille gauche; amaurose de l'œil gauche, symptomatique d'une hydropisie solis-choroïdienne consécutive à une ophlhalmie interne, laquelle a été déterminée par une opération de cataracte à l'aiguille, je procédai tout de suite à l'examen ophthalmoscopique, qui confirma pleinement mon diagnostic. Tous ceux qui n'avaient pas bien aperçu au jour naturel le phénomène de la fluctuation et le vaisseau étendu d'avant en arrière dans le sillon de jonction des deux élévations, les virent parfaitement l'aide de l'oplithalmoscope, qui, en outre, fil paraître le vaisseau d'un rouge plus foncé, et donna une teinte rouge pâle jaunâtre à la partie supérieure du fond <le l'œil non occupé par le soulèvement de la rétine, et noire à la lumière solaire. La fluctuation était manifeste et très étendue; à chaque mouvement du globe oculaire, les deux plis ellipsoïdes et blanchâtres de la rétine décollée et soulevée tremblotaient; on les voyait mis en mouvement par un liquide qui, évidemment libre entre celte membrane et la choroïde, sedéplaçail d'un côté à l'autre. La bandelette pseudo-membraneuse ardoisée apparaissait sur le bord pupillaire externe; les deux tiers inférieurs environ du champ pupillaire étaient occupés par un pli considérable de la rétine, soulevé et divisé en deux tumeurs irrégulièrement arrondies et à peu près de même volunie, une externe et une interne, par un sillon incomplet au fond duquel chemine un vaisseau qui est évidemment une branche ramifiée de l'arlèrecentrale de la rétine. L'ophlhalmoscope n'a donc que très peu ajouté ici au diagnostic porté sans dilatation de la pupille et à l'œil nu ; il a seulement montré plus distinctement plusieurs détails.
Dès le 2 novembre, un traitement modérément antiphlogislique, résolut if et dérivatif fut commencé, avec un pronostic absolument fâcheux, à la vérité. On se proposait de dissiper le reste de l'ophllialmie interne et d'amener la résorption d'une partie du liquide épanché entre la rétine et la choroïde. Ce traitement se composait de l'application de dix sangsues au-devant de l'oreille gauche, réitérée à trois reprises et à quinze jours d'intervalle, de quelques sangsues appliquée» à i'anus, de purgatifs répétés, de légers minora-, tifs, de l'usage alternatif, à l'intérieur, du calomel et du soufre doré d'antimoine à dose fractionnée et altérante, de la solution de chlorure de barium, de la teinture de semences de colchique, des pilules d'oxyde noir de cuivre, de bichlorure d'hydrargyre, plus tard de l'iodurcdepotassium: à l'extérieur, de l'onguent i.apolilain, de la pommade d'oxyde noir de cuivre, de celle d'iodure de potassium, de fomentations fréquentes des yeux avec de l'eau froide, de pédiluves irritants et finalement de vésicaloires volants promenés au hfftfl de la nuque, derrière les oreilles, sur le front et les tempes.
Depuis le 2 novembre jusqu'au 8 décembre, les phénomènes visibles à l'œil nu el à l'oplithalmoscope ne changèrent point. Seulement, ce dernier jour, la malade prétendit commencer à voir mieux, c'est-à-dire ù distinguer quelques gros objets, ClrcotiSlance qui me paraissait une illusion d'aveugle, d'autant que les deux soulèvements rétiniens étaient moins distincts à l'oplithalmoscope, ce que j'attribuais à un commencement d'opacité du cristallin, causée par la pression que la rétine soulevée exerce d'ordinaire, â celte période de la maladie, sur le corps vitré cl la lenlille oculaire. Mais quel ne fut pas mon étonnemenl lorsque, le 14 décembre, la malade ayant positivement déclaré que sa vue avait encore gagné, je cherchai en vain, à l'œil nu et à l'aide de l'oplithalmoscope, les deux élévations fluctuantes, opaques et blanchâtres de la réline! Elles n'existaient plus
HYDROPHTHALMIE OU HYDROP1SIE DE l'ûEIL. 425
et étaient remplacées par une teinte rouge pâle de la partie inférieure du fond de l'œil, semblable à celle de la partie supérieure. On pouvait encore reconnaître un contour très léger et mal accusé des deux tumeurs, mais, dans toute leur étendue, la réline était devenue transparente, rose, beaucoup moins élevée; on ne pouvait plus la voir flotter ou trembloter, et pendant les mouvements latéraux du globe, on voyait à peine une légère oscillation d'une petite quantité de liquide transparent, se déplaçant dans le sens transversal et dans une petite étendue. Il fallait donc admettre que le liquide sous-rétinien et la réline avaient repris de la transparence, que la quantité du premier avait diminué, cl que celle membrane s'était en partie réappliquée contre la choroïde.
Tout en resianl dans la plus grande réserve quant à l'admission d'un résultat aussi insolite et aussi peu probable, je devais persister à faire suivre avec soin le traitement rationnel prescrit. Ce qui me forçait davantage à ne pas trop mettre en doute le résultat exposé, c'est qu'il semblait ramener l'œil gauche à l'état où se trouvait l'œil droit depuis le jour de la première visite de la malade. En effet, dans celui-ci, le fond, noir à la lumière solaire, présentait à l'ophtlialmoscope une teinte rouge jaunâtre uniforme, semblable à celle delà partie supérieure du fond de l'œil gauche, et une très légère fluctualion d'un liquide presque incolore qui, pendant les mouvements les plus vifs du globe en ligne transversale, étail de temps à autre projeté en faible quantité d'un côté à l'aulre. Le mieux continua à augmenter, et au commencement d'oclobre 1855, Madame F... nonseulement se conduisait seule dans les rues de Paris, mais encore voyait bien l'heure à une montre. Alors, à l'œil nu, on ne voyait plus aucune opacité dans la pupille, et l'ophlhalmoscope même ne montrait plus aucun soulèvement opaque de la réline. Toutefois on pouvait encore reconnaître la partie décollée de celle-ci à sa forme : elle avait toujours la profonde dépression, le sillon au milieu, et de chaque côté une convexité: mais la partie était non plus opaque, opaline ou grisâtre, mais rose et semiiransparenle. Elle offrait encore un léger mouvement oscillatoire, et laissait voir à travers son lissu transparent, la fluctuation d'un liquide entièrement incolore épanché sous elle.
Le 24 mars 1856, le mieux avait encore augmenté : aussi l'aspect à l'ophlhalmoscope avait-il changé de nouveau : l'élévation rose, oscillante, et la fluctuation du liquide incolore avaient complètement disparu. La réline, légèrement rose, paraissait uniforme, partout appliquée à la choroïde, et présentait sa concavité normale. Quelques-uns des mêmes moyens, tels que le barium, la pommade cuivrée, les vésicaloires volants, furent continués de loin en loin; un liniment excitant fut essayé avec beaucoup de précaution en avril 1856. La vision gagna encore, si bien que la malade put se livrer à tous ses travaux ordinaires et mêmelire sans lunettes un caractère moyen. Ce résultat favorable se maintint jusqu'au milieu de 1857, où, par suite de la mort de son mari, madame F.. . tomba dans la misère el devint gravement malade. Sa vue diminua de nouveau, et je ne la revis plus, probablement parce que, incapable de se soigner, elle avait dû se faire admettre dans un hospice.
Malgré la récidive, celte guérison reste acquise à la science; elle permet de conclure que, sous l'influence d'un traitement rationnel el bien approprié aux circonstances, «la rétine décollée peut récupérer sa structure et ses fondions normales. Assurément ce résultai est rare; je ne l'ai obtenu aussi complet que dans ce dernier cas et dans l'autre déjà cité. Quoi qu'il en soil, c'est une satisfaction de penser qu'il y a désormais un nom de moins à inscrire dans la désolante liste des maladies incurables.
Obs. 239 (1). — Le prédjcaleur Asmis, qui avait jadis consulté M. de Gracfe pour une affection de l'œil droit, se présente de nouveau, le 13 avril 1858, et se plaint d'être myope de l'œil gauche : celle myopie avait déjù été reconnue, mais la vue était alors distincte. Aujourd'hui le malade ne peut lire le n° 20 de Jacger, el compte difficilement les doigts qu'on lui présente : l'axe de la vision est dirigé en bas; plus de la moitié inférieure du champ visuel fait défaut; la limite de la portion supprimée du champ visuel est une ligne horizontale qui passerait par le point silué à la partie externe el excentrique du champ de la vision. L'ophlhalmoscope montre un décollement de loute la moitié supérieure de la rétine de l'œil gauciie, sous la forme d'un sac gris-bleu
(I) LiEBtmcii. Arcliivfûr Ophllinlm. 1839, B. V, Ablli.2, S. Sttl.
AUGMENTATIONS DU VOLUME DU GI.OBE DE L'OEIL
foncé, à surface renflée, faisant saillie dans le corps vitré; une partie de ce sac recouvre tout à fait les limites de la réline saine et masque la papille et la macula lutea. On distingue, sur la surface de la rétine décollée, les vaisseaux minces, déliés, presque noirs, décrivant des courbes ondulées. Au-dessus du décollement, le fond de l'œil est normal, et principalement la rétine.
De l'œil droit, dont la vue était autrefois abolie, le malade peut lire les nos 5 et 4 de Jaeger, mais il ne voit que syllabes par syllabes : le champ visuel n'existe plus en haut et en dedans. A l'examen ophthalmoscopique, les contours de la papille sont peu distincts; la rétine transparente est décollée en bas et en dehors; vers la partie supérieure, au travers de la réline saine, apparaissent des altérations isolées et circonscrites dans la choroïde. — Le soir du 14 avril, une sangsue artificielle fut appliquée. — Deux jours après, nouvel examen ophthalmoscopique : pas de modification sensible, si ce n'est que la limite horizontale du décollement s'est abaissée en dehors.— Le 18 avril, nouvelle saignée ; sensible amélioration de la vue. — Le 21, le malade distingue le n°20; le champ visuel n'est aboli que dans une petite partie, en bas et en dehors ; la partie auparavant défectueuse ne présente plus qu'une faible diminution delà vueexcenlrique. L'examen ophthalmoscopique montre l'état du fond de l'œil à peine en rapport avec ces modifications. Ainsi la réline est décollée dans la même étendue et proémine toujours dans le corps vitré; elle présente à peu près le même aspect que précédemment, quant à la coloration, à la forme et à la disposition des vaisseaux. — Deux jours après, changement notable. — Le 23 avril, on voit pour la première fois la papille ; la rétine est recollée en haut et n'est plus détachée qu'un peu, très près de la périphérie ; elle est transparente : mais dans le tiers inférieur il y a un détachement très proéminent, avec des bosselures inégalement saillantes, bien séparées les unes des autres, et dont le contenu est assez trouble. Néanmoins le malade lit le n° 5 de Jaeger ; la vue excentrique est seulement un peu diminuée; l'étendue du champ visuel est presque complète. Après une nouvelle saignée pratiquée le 25, et l'usage continu du sublimé, des diurétiques et des dérivatifs, la vue s'améliore à tel point que, le 2 mai, le malade pouvait lire le n° 3 et la plupart des mots du n° 2, el que le champ visuel était presque complet.
A l'examen ophthalmoscopique, on trouva la rétine parfaitement recollée en haut, lisse, ses vaisseaux rouges el bien distincts sur la choroïde plus riche en pigment. Dans le tissu de celle-ci, on distinguait en dedans et en haut une place claire, à bords pigmentés, foncés, place d'où s'étendait dans le corps vitré une surface ellipsoïde, trouble, bleuâtre.
Obs. 240 (1). — Le 20 février, le prédicateur Werneck se présente; il est affecté d'une amaurose de l'œil gauche, suite d'une maladie de la choroïde; il a perdu subitement la vue, el attribue sa cécité à un refroidissement. Le tiers externe du champ visuel esl conservé; du côté interne, le malade peut à peine distinguer confusément les doigts. L'ophlhalmoscope fait voir un décollement en haut, en bas el en dehors, décollemeul plus proéminent en haut, où l'opacité du contenu ne permet pas de découvrir la choroïde. Les vaisseaux apparaissent sur la membrane détachée comme des lignes foncées, presque noires, dirigées horizontalement sur la partie supérieure; ils sont, sur la partie inférieure, infléchis ou coudés, suivant les ondulations de la réline.
Sous l'influence du traitement indiqué dans la précédenleobservation, la vue s'améliora à tel point que le malade put, au bout de six semaines, lire le n° 3 de Jaeger. Pendant ce temps, le champ visuel avait reconquis son étendue; la vue excentrique seule est diminuée, mais peu sensiblement. On voit la réline recollée partout, excepté dans un point fort étroit de la partie inférieure : la portion de celle membrane, autrefois décollée, réfléchit plus fortement la lumière qu'à l'élal normal, surtout à la partie supérieure où la rétine esl perforée : là on aperçoit une tache ovoïde à bords bleuâtres, deux fois plus grande que la papille, et sur laquelle apparaissent les vaisseaux choroïdiens dénudés. Ces derniers longent la tache, el l'on peut les suivre, dans une certaine étendue, au travers de la réline saine ou d'un léger nuage diaphane. Du bord supérieur de la perforation de la rétine, où l'on remarque quelques ecchymoses rouges, pari un cordon cylindrique cl grisâtre qui plonge dans le corps vitré : ce cordon demi-transparent est parsemé de
(I) Metaxas. Du ik'collemenl de In rétine. — Thèse, Paris, 1861.
HYDROPlITHALiMIE OU HYDROPISIE DE l/OEIL. 425
petites lâches isolées. Chose très remarquable, les vaisseaux qui étaient autrefois foncés, presque noirs, ont repris à peu près leur coloration normale. Deux veines, entre lesquelles se trouve une arlère, arrivent jusqu'au bord inférieur de la perforation, s'écartent pour circonscrire celle dernière, tandis que l'artère, une fois auprès de ce bord inférieur, s'arrête déchirée.
Obs. 241 (I). — Un homme, âgé de 62 ans, eut la tête prise entre une voilure et un mur; il perdit connaissance et, quand il revint à lui, s'aperçut que la vue de l'oeil gauche était abolie. Il se présenta au dispensaire de M. Deval, quinze jours après l'accident. L'œil n'offrait à l'extérieur aucune trace d'inflammation ; la pupille gauche est irrégulière, le champ visuel périphérique conservé en dedans, en bas el en haut, points dans lesquels le malade distinguait les objets, mais aboli en dehors el directement, où il ne voyait plus rien. L'ophlhnlmoscope fit voir des tumeurs présentant des ondulations et parsemées de stries rougeâlres; tout à fait vers Vora serrala, on observait une tache rouge, probablement produite par du sang. Celte tumeur élail évidemment un décollement traumatique de la réline.
Obs. 242 (2). — Un jeune homme de 19 ans, luttant avec un de ses camarades, fut renversé el, en se relevant, remarqua qu'il ne voyait plus aussi bien de l'œil droit que du gauche: s'il fermait celui-ci, il ne distinguait plus que la moitié supérieure des objets. Lorsqu'il se présenla au dispensaire de M. Deval, trois jours après l'accident, rien d'anormal ne se remarquait à l'extérieur de l'œil : la pupille était mobile, la vue directe conservée, ainsi que celle en bas el en dehors; mais le malade ne voyait pas les objets qu'on plaçait vers la région frontale. L'examen du fond de l'œil montra les milieux de l'œil avec toule leur transparence, la papille et les vaisseaux qui en émanent avec leurs caractères physiologiques; nous avons engagé le malade à faire mouvoir son œil, el nous avons reconnu derrière l'iris et en bas une tumeur /louante, et en arrière d'elle du sang extrêmement rouge ; il s'agissait donc encore d'un décollement traumatique de la rétine. M. Deval prescrivit l'arnica. Le malade n'est pas revenu consulter, de sorle qu'on ne put savoir quelle a été l'issue dji sa maladie.
Obs. 243. — Décollement rétinien consécutif à un abcès rétro-bulbaire. — Recollement de la rétine et rétablissement de ses fonctions après Vouverture de l'abcès (3). — Ferdinand Stacker, journalier, âgé de cinquante-quatre ans, se présente à la clinique le o décembre 1862, avec une exophthalmie inflammatoire gauche. Cet homme a joui d'une bonne sanlé jusqu'au mois de septembre, époque à laquelle une ulcération charbonneuse de la jambe le contraignit de s'aliter pour quatre semaines. Durant cet intervalle, il était pris tous les soirs d'un mouvement fébrile qui l'affaiblissait beaucoup, el quand nous le vîmes, il n'avait pas recouvré ses forces. 11 y a plus d'une semaine, il sentit dans l'orbite droil des douleurs sourdes, et bientôt il s'aperçut que l'œil correspondant proéminail au dehors; mais sa vue ne s'est voilée que depuis quelques jours. Actuellement l'œil fail une saillie de plus de 12 millimètres ; la paupière supérieure est très rouge et légèrement infiltrée; l'œil ne se ferme qu'avec difficulté; le globe oculaire est complètement fixe; la cornée est un peu tournée en dehors; la pupille, modérément dilatée, ne se contracle que faiblement; la paupière supérieure est peu sensible, mais le malade accuse de vives douleurs à la moindre pression que l'on exerce sur l'œil affecté. On ne ' perçoit aucune fluctuation; tous les symptômes sont ceux d'une inflammation du tissu graisseux de l'orbite.
A côté de ces symptômes, le malade présente des troubles fonctionnels de la vue qui méritent une attention spéciale. Il ne compte les doigts qu'à une distance de trois pieds, et ne lit avec un verre convexe el à une distance de deux ou trois pouces, que quelques lettres du ii° 20 de Jaeger. En outre, la vision excentrique est abolie dans plusieurs directions, mais principalement en haut. Au premier abord, ces changements paraissent être In conséquence de la compression du nerr ; mais l'examen ophlhalmoscopique. fait découvrir un décollement rétinien circonscrit, commençant en pointe tout près du nerf
(1) Ibid. Id., p. 253.
(2) Inio. lîl.
(3) De CnAEre. Klin. Monalsbl. 18U3, B. I, S. 49, et Ann. «l'Ocul., 1863, I. XLIX.p. 2U.
AUGMENTATIONS DU VOLUME DU Gl.ODE DE L'OEIL
optique et s'étendant en bas. Ce décollement est assez bien accusé ; la partie soulevée de la rétine est transparente, sauf vers ses bords, où elle présente unèlégère teinte grisâtre. Cet accident doit être rapporté à la compression des veines choroïdiennes et implique un pronostic défavorable. — Le 11 décembre, nouvelle présentation du malade. — Quelques déplétions sanguines sont restées sans effet. — La coloration de la peau est plus foncée; la paupière supérieure tuméfiée est plus molle, surtout en dehors. — Cataplasmes tièdes. Le 19 décembre, la fluctuation était manifeste, l'abcès a été ouvert par la muqueuse : i| s'en est échappé à peu près 15 grammes d'un pus phlegmoneux, et la nature de ce pus ainsi que le sondage ont montré qu'il s'agissait bien d'une inflammationdu tissu graisseux. — L'exophtbalmie s'est notablement réduite ; le malade lit avec le verre convexe 8 le n° 16 et quelques mots du n° 11 de Jaeger, à quatre pouces de distance. — Le 21, la vue paraît beaucoup améliorée; le 14 du même mois, le malade lisait déjà le n° 11 à dix pouces de distance et avec + 8 le n" 4, à cinq pouces. La vision excentrique n'est plus défectueuse qu'en haut, et le rétrécissement du champ visuel est très limité; encore faut-il, pour l'observer, examiner le malade à un éclairage faible. L'examen ophthalmoscopique montre que les vaisseaux rétiniens ne sont pas interrompus dans leur continuité, et que la rétine s'est complètement réappliquée: la projection de l'œil en avant a presque entièrement disparu, et le défaut de mobilité du globe ne porte plus que sur deux millimètres environ, en dedans et en dehors. L'ouverture de l'abcès a été suivie d'une amélioration très sensible de l'étal général du sujet. Il se seul parfaitement bien, ce qui ne lui était pas arrivé depuis le mois de septembre. La rétine décollée s'est parfaitement réappliquée sans que l'ophllialmoscope permette d'y apercevoir la moindre altération et ses fondions se sont rétablies.
Obs. 244(1). — T.... (Augusle), imprimeur en papiers peints, cinquante et un ans, marié, constitution un peu sèche, tempérament sanguin. Personne dans sa famille n'a mal aux yeux; il n'a jamais eu de maladies vénériennes. En 1851, il a eu une fluxion de poitrine avec pleurésie. En février 1863, il fut repris de la même maladie. Jamais antérieurement il n'avait eu de mal aux yeux, ni aucuns troubles delà vue, lorsque environ un mois après la guérison de sa pleuro-pneumonie, il s'aperçut en travaillant de quelques troubles visuels de l'œil droit. Il y avait déjà quelques jours, au dire du malade, qu'il était un peu gêné pour voir de cet œil. Il ne peut préciser l'époque exacte du début de la maladie, ni si celte diminution de la vision est venue brusquement ou peu à peu. C'est en mettant la main devant son œil gauche qu'il s'est aperçu qu'il voyait très peu de l'œil droit. Cela se passait en mars 1863. Le malade se reposa et ne consulta personne. En juillet, il prit avis d'un médecin qui ne put lui dire ce qu'il avait et l'adressa à M. Sichel, qui posa le diagnostic suivant : Amblyopie avancée à droite (l'œil ne lit aucun caractère) ; plaque ardoisée mal circonscrite sur le bord inférieur externe de la papille droite. Prescription : Purgatifs drastiques, linimenls excitants, vésicatoires volanls sur la lempe droite, et puis un traitement mercuriel ioduré. Environ deux mois après le début du traitement, le malade a entrevu ; mais celle amélioration n'a été que passagère. Enfin, en décembre, il a consulté M. Follin, qui a diagnostiqué : Décollement latéral externe de la réline, à droite, cl prescrit des pilules mercurielles. Actuellement, 1er février 1864, la conjonctive de l'œil droit est rouge.
A la dislance d'un pied, le champ visuel est représenté par une bande de 0m,40 de haut, sur 0m,15 de large. La portion de la bande qui est au-dessous du point de .fixation est trois fois plus longue que celle qui est au-dessus du même point. Toule celle surface correspond à la partie interne de la rétine. Le champ visuel interne csl nul. A l'ophllialmoscope, on voit le milieu de l'œil un peu opalescent, verdâtre et quelques corpuscules flottants dans le corps vitré. On distingue assez nettement, mais à travers un nuage léger, la papille el les vaisseaux qui en sortent ; on reconnaît encore l'artère et la veine, et une légère dépression de ces vaisseaux à la partie inférieure de la papille. Le segment externe de la rétine est décollé dans toule sa hauteur; il existe aussi un décollement de la partie inférieure. Ces signes ophlhalmoscopiques sont très évidents lorsqu'on dit au malade de regarder à droile, puis à gauche. Lorsqu'on examine à l'ophlhalmoscojesans lentille, on constate que la partie externe de la réline a un aspect verdàire, que celle
(1) Lapuoe. Thèse. Paris, 18G4, cl Annales d'OcuIisliquc, t8Gi, t. Ll, p. 220.
Il YDR0PHTHALM1E OU IIYDROPISIE DE i/OE'IL.
partie flotte; au conlraire, si on examine la partie interne de la réline, on trouve le fond rose normal. A la dislance d'un pied, le malade peut lire les grosses lettres de l'échelle de M. Giraud-Teulon. L'œil gauche est un peu rouge. La vue y est bien conservée; mais lu grande sensibilité de cet œil à la lumière en rend impossible l'examen à l'ophlhalmo- SCOpe. 3 février. Le traitement médical n'a encore amené aucune amélioration. M. Follin introduit dans le globe de l'œil, à environ 5 millimètres en arrière du côté externe de la cornée, une aiguille à cataracte un peu courbe sur le tranchant, et pénètre à une certaine profondeur pour inciser la réline. Immédiatement après l'opération, injection sous-cutanée à la tempe de cinq gouttes d'une solution contenant un centigramme de chlorhydrate de morphine par cinq goulles. — Le 5. Pas de réaction inflammatoire. Le malade raconte que, depuis l'opération, ses yeux ont été moins sensibles à la lumière; vue un peu moins mauvaise de l'œil droit; le champ visuel est considérablement agrandi; il comprend 0ra,85 en largeur, dont 0m,75 en dehors du point de fixation, et 0m,1 0 en dedans, et lm,l9 de hauteur, dont 0m,27 au-dessus du point de fixation, et 0m,92 audessous. L'examen ophlhalmoscopique ne montre aucun épanchemenl sanguin dans les milieux de l'œil ; le rond a un peu changé d'aspect. — Le 20, le champ visuel de l'œil droit a gagné un peu en étendue à la partie interne. La vue est gênée par un épiphora considérable des deux yeux. M- Follin a incisé, ces jours derniers, les canaux lacrymaux.
— 5 mars. La partie du champ visuel située à gauche du point de fixation a aujourd'hui 0ra,17, et celle située directement au-dessus en a 0ra,34. La vision se ferait assez bien si on faisait disparaître l'épiphora.
Obs. 245 (1). — Madame V...., carlonnière, âgée de soixante-deux ans, bonne constitution. Pas de maladies d'yeux dans sa famille. Premiers troubles de la vue vers la fin de 1862, consistant en des mouches volantes; rougeur extérieure dans l'œil droit; le gauche était tout à fait sain. A celle époque, elle est resiée quelques semaines à l'hôpital pour une maladie du cœur. Elle ne se préoccupait pas beaucoup de l'état de ses yeux lorsque, le 1er janvier 1863, deux ou trois mois après le début, en se frottant l'œil gauche, elle fut très-élonnée de ne plus voir du tout du droit. En mars suivant, elle se présente à la clinique du docteur Wecker, qui diagnostique : insuffisance aorlique; à l'œil droit, décollement rétinien en dehors et en bas. Elle compte difficilement les doigts à trois pieds de dislance; obscurcissement du champ visuel en dedans et en haut. Choroïdite commençante à gauche. Un traitement anliphlogistique et altérant n'amène aucun résultat. — En janvier 1864, la malade se présente de nouveau au dispensaire. Le décollement est un peu plus étendu, et la poche moins transparente. Elle ne compte les doigts qu'à une distance de vingt à trente centimètres; sensation de ballottement très incommode dans le globe; elle ne dislingue aucun caractère de l'échelle de Jaeger. Depuis six mois, l'œil gauche est plus gravement atteint; la malade se plaint d'y voir des papillons. La choroïdile a fait des progrès. Un traitement antiphlogislique et dérivatif la modifie heureusement, mais n'amène aucun changement dans l'œil droit.
Bien que ce cas ne soit pas très favorable, M. Wecker se décide à tenter l'opération.
— 26 février. M. Wecker enfonce son petit trois-quarls au-dessus et en dehors de la cornée, en pénétrant dans la direction de la poche; il s'écoule delà canule une certaine quantité d'un liquide jaune verdâlre ; puis il fait éprouver à la canule un mouvement de bascule pour déchirer la membrane nerveuse. Bandeau sur les deux yeux. — Le 27. Le globe oculaire, qui présentait une grande flaccidité hier, immédiatement après l'opéralion, a presque repris aujourd'hui la consistance qu'il avait avant. La sensation de bal lollement dans le globe persiste encore. Elle compte les doigts à deux mètres de distance. — Le 28. La malade n'a pas souffert; au lever du bandeau, l'œil est un peu rouge. Suppression du bandeau; tenir les yeux fermés dans une douce obscurité ; instillation de quelques goulles d'une solution d'alropine. — Le 29. Le mieux se maintient. Le fond de l'œil parait d'un jaune verdâlre. — Ier mars. A peine un peu de rougeur de la conjonctive. Le champ visuel s'est agrandi. A l'ophlhalmoscope, on ne voit pas d'ouverture à la rétine. Cependant le fond de l'œil n'est plus le même. Les parties supérieures et internes sont affaissées; dans les régions inférieures et externes, le décollement existe toujours. Le corps vitré parait un peu trouble. Elle distingue sans lunettes les lettres du
(l) Ihid. Id. p. 222.
AUGMENTATIONS DU VOLUME DU GLOBE DE L'OEIL
n° 20 de Jaeger ; la sensation de ballottement persiste. Elle se plaint de voir jaune. — Le 4. A la partie inférieure et externe de la rétine, on voit, 5 Pophlhalmoscope, une fente d'une longueur égale au diamètre de la papille, cl d'une largeur égale au tiers de ce diamètre. Les bonis de la fente sont déjelés en avant, et ont une teinte verdâlre qui contraste avec la coloration rougeâlre de la fente. — 17 avril. La malade a fait une chute il y a quinze jours, et s'est heurté la lêle : à celle époque la vue a baissé beaucoup dans l'œil droil. Depuis, elle revient insensiblement. Aujourd'hui, elle compte les doigts ;ï quatre pieds et demi el lit quelques lettres du n° 20 de Jaeger. L'examen du champ visuel, à un pied de distance, donne, dans sa plus grande largeur, trente-deux centimètres, el 30 centimètres en hauteur. Il s'étend surtout en dehors el en bas. La malade peut fixer directement en avant.
Résumé des signes oplitlialmoscopiques. — Poche flasque, d'un gris sale et bleuâtre, plissée et mobile, s'agitant avec les mouvements de l'œil; inflexions anormales des vaissaux; teinte grisâtre de toute la partie affectée, interceptant l'image colorée du fond de l'œil normal.
SECTION III