ENTOZOAIRES A L'INTÉRIEUR DE L'ORGANE DE LA VISION
(T. Il, pp. xxxv et 860.)
§ II. Cysticercus telœ cellulosœ. (P. 862.)
Fig. Ophth. Arch. fur Ophth. B. I, 1. Taf. III, flg. 2, 3. - ld. 1, 2. Taf. VI, Qg. 2. - Nagel. Cystir. a. d. Nelzhaut, Berlin. — Liebbeicii. Atlas, Tab. VII, fig. b, 6.
La présence de cysticerques dans l'hémisphère postérieur du globe de l'œil est loin d'être rare, ainsi qu'on a pu s'en assurer depuis la découverte de l'ophthalmoscope (1). M. de Graefe en a signalé pour sa part un srand nombre d'observations (2). D'autres appartiennent à MM. Liebreich (3), Williams (4), Busch (5), Nagel (6), Soclberg Well's (7), Galenzowski (8), etc. La façon dont ces entozoaires manifestent leur présence dans la réline et le corps vitré a deja ete décrite (voir t. II, p. xxxv). Dans un des cas de cysticerque du corps vitré signalés par M. de Graefe, l'ophthalmoscope faisait voir au centre de la pupille une opacité allongée, circonscr.le, qui paraissait, à un simple éclairage de l'œil, être une cataracte polaire postérieure Un peu en arrière d'elle était un petit corps bleuâtre qui adheiant en bas à une petite vésicule parfaitement ronde, semblai y « haut et en bas dans le corps vitré pendant les mouvements de 1 œil.
i mrnsilcs New Sydenham Society, Vol. I, p. 12b,
(1) Voir : EncHEïWEisTEH. Manuel des poi»"*8; *™ * Leared. 0n Cyslic Disease London, 1857.- Id. (Med. Times and Gaz. 1860, Oct. U, P- * l
in Iceland. (Id 1860, Sept. 12, p. 270. 0 18s4.5s, B. I, Ablh. 2,
(2) Cysticerque de la réline et du corps vit. é. ( Arc • . . ^ R ^ ^ S. 326; 1855-56, B. Il, Abth. I, S. 564 ; 1857,\ ^J'1',^ . XXXVI, p. 181 ; 1838, t. XXXIX, S. 171 ; 18..0, B. VII, Ablh. 2, S. 48, et Ann d Ocul. IB£b,
p. 180'; 1860', t. XLIV, P- 134; 1861, t. , XLV p. ^^.56,^ I Abth. 2, S. 545; Annal.
(3) Cysticerque dans le corps vitré. (Ai ch. fi
d-Ocul. 1836, t. XXXM, p. 2556, et Atlas, ufc VU fig. * g £J Q „0 s> mai ,8S8, ct
(4) Cysticerque dans l'humeur vitrée. (The Unc.nn. u
Ann.d'Ocul. 1863, t. XLII1, p. 135.) , - . (888 B jy, Ablh. 2, S. 99, et Ann. d'Ocul.
(b) Cysticerque du corps vitré. (Arch. f. Ophth. I808, 1861 , t. XLV, p. 178.) ' ... .»«.«, B y, Abth. 2, S. 183, et Ann. d Ocul.
(6) Cysticerque sur la rélinc. (Arch. f. Ophth. 18oJ,
1862 t. XLVIII, P- 174.) ; , R l8G0-61, Vol. III, p. 324, et Ann.
(7) Cysticerque de l'intérieur de l'œil. (Ophth. liosp. 1
d'Ocul. 1863, t. XLIX, p. 152.) . tr0cul. 18G2> t. XLVIII, P- 263.)
(8j Cysticerque du corps vitré ct de la rélinc. ijiii
5G4 ENT020AIRES A l/ INTÉRIEUR DE 1,'oRtiANK DE LA VISION.
A l'image renversée, l'ophlhalinoscope faisait voir celte opacité sous la forme d'une figure brillante et blanche, de forme ovale, placée obliquement. Derrière, au-dessus d'elle, s'étendait presque à (ra\ers tout le corps vitré une vessie allongée, d'un gris bleuâtre, dont la partie antérieure, pyriforme, se présentait comme lêle, le rétrécissement suivant comme cou et la partie plus foncée, neilemenl délimitée et ovale, comme la partie vésiculaire du cyslicerque. Une fine membrane enveloppait tout l'animal.
Quand l'enlozoaire est fixé sur la rétine ou qu'il git sous celle membrane, les signes opblhalmoscopiques ne sont pas les mêmes. Dans un cas de la première espèce, M. de Graefe a observé à rophllialmoscope des altérations très avancées dans la partie centrale de la rétine, lesquelles atteignaient leur maximum sur deux poinls, à savoir à la pa pille du nerf optique et un peu en dehors de la tache jaune. C'étaient une décoloration d'un, vert clair et une dégénérescence à grosses granulations, qui otaienl à la rétine presque toute trace de transparence, et recouvraient non-seulement le lissu ehoroïdien, mais encore par places les vaisseaux rétiniens. Tout à fait séparée de celle altération, se trouvait, dans la partie inférieure du fond de l'œil, faisant saillie dans l'espace du corps vitré, une vésicule, ordinairement assez arrondie, d'un vert bleuàire, au milieu de laquelle une partie blanche, réfléchissant plus fol lement la lumière, paraissait devoir être une lèle, et qui présentait des conslrictious ondulées très marquées : celle vésicule avait quatre fois le diamètre delà papille du nerf optique. La lêle n'était jamais sorlie. Le sac éiait fixé au fond de l'œil, dont les mouvemenls ne lui imprimaient pas la moindre oscillation. Les vaisseaux rétiniens passaient également sous le sac, de sorlc que le cyslicerque élail silué à la surface interne de la rétine. Dans un cas où l'enlozoaire élail silué sous la réline, l'examen ophlhalmoscopique fil voir de fines membranes qui flottaient dans le corps vitré sur loule l'étendue du fond de l'œil. Dans la partie inférieure de celui-ci, on apercevait une place offrant un reflet bleuàlre assez fort, qui ne pouvait êlre produit que par un cyslicerque ou un délachemenl de la réline. La forme bien tranchée qui se voyait, dans l'examen à l'image droite, avait déjà presque établi le diagnostic, mais à l'image renversée, on pouvait distinguer une vésicule dont le diamètre était au moins trois fois celui de la papille du nerf optique, et sur laquelle on pouvait voir des contractions ondulatoires pendant lesquelles certaines parties de la vésicule devenaient saillantes. La leie, de couleur blanche, élail placée du côté externe. La rétine formait un pli qui recouvrait le cyslicerque, par-devant lequel passaient quelques rameaux vasculaires assez forts. — La partie de la choroïde correspondante au cyslicerque élail atrophiée et présentait sur ses bords irréguliers un dépôt pathologique de pigment.
ENT0Z0A1UES A L'INTÉRIEUR DE LORCANE DE LA VISIO*. oG5
On voyait aussi des places atrophiées sur quelques autres points de la choroïde, et les plus marquées d'entre elles dans la partie externe du fond de l'œil.
La présence de cysticerques au fond de l'œil donne lieu à tous les désordres que peuvent produire les corps étrangers : iritis et iridochoroïdile, rétinite et synchisis, voire même ophthalmilis. Il faut donc chercher par tous les moyens à les en éloigner. M. de Graefe a dans une circonstance (voir ohs. 280), fait une iridectomie préalable^ afin d'éclairer plus fortement le fond de l'œil : quelque temps après,' il a extrait le cysticerque du corps vitré au moyen d'une pince à canule introduite à travers une ouverture faite à la sclérotique : l'issue de l'opération aurait été entièrement favorable, n'était la cataracte traumatique qui n'avait pu être évitée. M. Liebreich a réussi complètement en agissant de la même façon, au moyen d'une pince capsulaire dont il pouvait surveiller les mouvements, ainsi que ceux de l'animal, au moyen d'un ophthalmoscope fixé autour de sa tête et qui éclairait l'œil (1). M. de Graefe conseille aujourd'hui de pratiquer l'extraction par la cornée, seul moyen propre, dit-il, à amener des réussites complètes. Il procède par trois temps successifs : 1° iridectomie à la partie inférieure et externe ; 2° un mois plus tard, extraction de la lentille; 3° six semaines après, extraction de l'entozoaire par une plaie linéaire de la cornée (voir ohs. 282).
Obs. 279 (2). — Le malade, âgé de 32 ans, tailleur, s'élait aperçu, sept ans auparavant qu'il y voyait moins de l'œil droit que du gauche; maintenant il peut à peine lire de cet œil, qui se fatigue bientôt, devient douloureux et larmoyant, et oblige le .malade à cesser tout effort de vision. La pupille est large et paresseuse, l'iris légèrement décoloré, et sa teinte d'un vert un peu plus foncé et plus sale que celle de l'autre côté; en même temps, il est poussé en avant : du reste l'organe n'a jamais été enflammé ni douloureux. Quand la pupille est dilatée par la belladone, on voit au côté interne de l'iris un corps déforme ovale, nettement limité, très brillant, qui paraît situé dans la partie antérieure du corps vitré. Il est verticalement placé, le point le plus élargi de l'ovale en bas, et présente, vers son milieu, des stries et des bandes semblables aux couches concentriques du bois; étranglé vers sa partie inférieure, dilaté ensuite, il présente une sorte de téle. Du milieu de sa face postérieure et profonde part, en se dirigeant vers le centre de l'œil, une espèce d'appendice cylindrique bien moins opaque que le reste et d'une couleur bleuâtre claire et brillante ayant l'aspect de la gaze; après ce court trajet horizontal, sa partie postérieure se redresse supérieurement en angle et se termine par une extrémité arrondie. Les bords sont arrondis et comme onduleux. Le corps principal, mesuré dans son plus grand diamètre, a à peu près 7 milimèlres, et son appendice postérieur environ le tiers de celte longueur. Examiné sous un jour favorable, il offre une couleur opaline légèrement teintée en jaune verdâlre et paraît transparent. A l'ophlhalmoscope, le kyste dont ce corps est formé paraît plus transparent que lorsqu'on l'examine à une moindre lumière; mais, sous tous les autres rapports, la vue simple donne les mêmes résultats que l'instrument. Il reste immobile, quels que soient les mouvements que l'on imprime à l'œil. Avec l'oplilhalmoscope, le regard peut plonger entre les parties inférieure et supérieure du corps étranger et les tuniques de l'œil, mais à sa partie interne, il semble
(1) Allas tl'oplillialtnoscopif, p. 18.
(2) Williams. Loc. cil.
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adhérent par sa partie convexe à la choroïde. Il n'occupe aucun point du champ de la pupille et jouit d'une immobilité parfaite, ce qui a fait croire à M. Williams que ce parasite, d'ailleurs entouré d'un kyste à parois très épaisses, a cessé de vivre; la forme particulière du corps, sa transparence et sa couleur jaune verdàlre caractéristique l'ont convaincu que c'était un cyslicerque ayant la tête en bas : l'appendice situé à la partie postérieure est probablement un canal formé de membranes Unes et opaques qui se sont développées aux premiers temps de l'existence de l'animal.
Obs. 280 (1).— Ce cas se distingue des aulres analogues en ce que l'entozoaire était parfaitement libre de toute enveloppe à l'intérieur du corps vitré. Le malade, cultivateur, âgé de 56 ans, se présenta à la clinique pour un obscurcissement de la vue de l'œil gauche. Le trouble de la vision dépendait de la présence, dans l'hyaloïde, d'un cyslicerque et d'un commencement de désorganisation des parties profondes de l'œil, provoqué par le parasite. L'œil droit souffrait par sympathie, l'œil malade s'altérait tous les jours davantage; dans ces circonstances, l'auteur se décida à extraire le corps étranger. Il pratiqua d'abord une iridectomie à l'œil malade, afin d'éclairer plus fortement le fond de l'organe et pour prévenir, autant que possible, les accidents que pouvait déterminer l'opération principale. Quelque temps après la section de l'iris, le cyslicerque fut extrait du corps vitré par le procédé suivant : La sclérotique ponctionnée avec une aiguille à cataracte, à deux lignes plus en dehors que pour l'opération par abaissement, on introduit parla blessure une pince capsulaire de Luër, qu'on enfonce dans le corps vitré et avec laquelle on saisit l'animal. Le cyslicerque, saisi par son cou, sortit par la ponction scléroticale, et l'opération se termina heureusement. Cependant, malgré toutes les précautions prises pour ne pas blesser la capsule cristullinienne, le patient fut atteint plus tard d'une cataracte traumalique à l'œil opéré.
Obs. 281 (2). — C. K., jeune homme de 25 ans, d'une bonne santé, n'ayant jamais eu de ténia, remarqua, au mois de décembre 1857, au-de-vanl de l'œil gauche, une espèce de reflet ou d'éclair qui ne changeait pas de place dans le champ visuel. A ce point brillant succéda une tache noire, et peu à peu tout le champ visuel autour de celle-ci se recouvrit d'un brouillard qui gênait fortement la vision. En mars 1858, on diagnostiqua une rétinile exsudative; un traitement institué en conséquence amena une amélioration marquée dans l'étal du malade. Au mois de juin, la vue s'était de nouveau fortement affaible, sans qu'il y eût de symptômes d'inflammation. A l'ophlhalmoscope, on reconnaît un cysticerque nu appliqué contre la région supérieure externe du fond de l'œil. Le mouvement de l'animal, les différentes parties de son corps étaient parfaitement visibles. La rétine présentait tous les caractères d'une phlegmasie chronique : hypérémie veineuse, troubles diffus, et probablement une dégénérescence graisseuse analogue à celle qu'on observe dans la maladie de Bright. L'entrée du nerf optique, à contours mal y limités, forme au fond de l'œil une tache opaque jaunâlre ; toutes traces de vaisseau ont disparu à sa surface. Une large bande blanche s'élendail du côté interne de la région équaloriale jusqu'à l'endroit où se trouvait le cysticerque, en passant par l'entrée du nerf optique. Elle semblait se rapportera des déplacements successifs de l'entozoaire et être constituée à la fois par des exsudais rétiniens et des dépôts de graisse. Le corps vitré avait conservé sa transparence, sauf en quelques endroits, où il était coupé par des membranes opaques minces. Une opération entreprise par un aulre que M. Nagel, n'eut pas un succès heureux; la vue finit par se perdre complètement par suite d'une choroïdile chronique.
Obs. 282 (3).— G. Ebel, cultivateur, âgé de 2G ans, se présenta à la clinique le 13 mai 1858. La vue avait commencé à diminuer à droite, à partir du mois de décembre 1857. Plus lard étaient survenues des douleurs de tète semblables à celles que détermine une névrose ciliairc rémittente. L'œil gauche est parfaitement sain. A droite, le malade distingue les doigts à la distance de six à huit pieds, mais il ne reconnaît aucune
(t) De Giuefe. Arch. f. Ophth. 1857, B. III, Abth. 2, S. 312, et Ann.d'Ocul. 1860, t. XLI V, p. 134.
(2) Nagel. Loc. cit.
(3) De GruEFE. Arch. f. Oplith. 1858, B. IV, 2, S. 171, et Ann. d'Ocul. 1861, t. XLV, p. 181.
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leltredu numéro 20 du livre dejuiger. La vision excentrique en dedans est très confuse le champ visuel a légèrement diminué en étendue dans ce sens. Examiné à l'ophlhalmoscope, le corps vitré paraît obscurci par de nombreuses membranes; à sa région inférieure externe se trouve un corps étranger présentant tous les caractères d'un cyslicerque. M. de Graefe se décida à faire l'extraction de l'animal par la cornée, en enlevant d'abord le cristallin, pour prévenir le développement d'une cataracte Iraumatique. Le mode opératoire se composa des opérations suivantes :
I. Irideetomie pratiquée à la région inférieure et externe de l'iris. — 2. Un mois plus tard, extraction de la lentille par kératotomie inférieure; en même temps on pratique une deuxième pupille artificielle à la région inférieure de l'iris; la guérison se fil parfaitement. — 3. Enfin, un mois et demi après l'extraction de la lentille, on procéda à l'extraction de l'enlozoaire.
Le sujet étant assis, le chirurgien pratiqua à ta cornée une plaie linéaire d'une étendue de deux lignes et demie environ, correspondant au bord supérieur externe de la pupille, dans une direction diamétralement opposée à l'endroit où se trouvait l'animal à extraire. En retirant le couteau, on vit l'entozoaire se rapprocher de la cornée ; il fut facile de le saisir avec une pince à pupille artificielle et de l'extraire en totalité. En même temps il sortit une petite quantité du corps vitré. Le pansement consista dans l'occlusion des yeux et l'application d'un bandage légèrement compressif.
L'enlozoaire exécuta des mouvements très vifs pendant quatre heures; il était parfaitement conservé dans toutes ses parties.
L'étal de l'opéré était des plus satisfaisants. Cinq semaines après la dernière opéralion, on pul déjà constater un éclaircissement notable du corps vitré. A mesure que s'améliorait l'état de l'hyaloïde, une tache blanche du fond de l'œil, qui avait été entrevue lors du premier examen à rophthalmoscope, devint plus distincte. Elle étail située près de la papille optique et correspondaità unespace du champ visuel pour lequel la vision est restée défectueuse. C'est probablemenl en cet endroit que le cysticerque s'était logé d'abord. La vue est bonne, surtout au centre du champ visuel; le sujet lit le caractère numéro 17 du livre de Jaegcr avec des lunettes convexes 2 1/4. L'œil flxe directement les objets rapprochés; dans la vision à dislance, il y a une légère déviation de l'axe optique en dedans.